#1411 – Brusque FC : Marreco

Le canard. Dans l’univers du football brésilien, les mascottes et les surnoms de clubs font souvent appel à des animaux féroces ou à des symboles de puissance : des lions (Fortaleza #871, Avaí #696, Remo #469, Recife #417, Mirassol #1384, EC Vitória #270, Villa Nova AC, Atlético Catalano), des tigres (Vila Nova FC #1183, Criciúma EC, Ipatinga FC), des aigles (Tuna Luso Brasileira), des loups (Paysandu #441, Guaratinguetá)… Et puis, il y a le Brusque Futebol Clube, une équipe de l’État de Santa Catarina, fièrement surnommée o marreco (le canard). Mais comment un club de football professionnel en est-il venu à adopter un canard comme symbole qui pourrait le laisser paraître pour une proie ? Pour le comprendre, il faut s’éloigner des terrains de jeu et plonger dans l’histoire migratoire et gastronomique du sud du Brésil.

À Brusque, le canard est une véritable institution car un plat traditionnel allemand est devenu la recette signature de la région brésilienne : le marreco com repolho roxo (canard au chou rouge) ou marreco recheado (canard farci). D’ailleurs, depuis 1986, la ville célèbre chaque année en Octobre le canard lors d’un festival nommé « Fenarreco » (la Fête Nationale du Marreco). Inspirée de la célèbre Oktoberfest de la ville voisine de Blumenau, ces fêtes mettent en avant l’héritage germanique de la région à travers la musique, la bière et la gastronomie. Cette influence provient de la vague d’immigration allemande du XIXème siècle au Brésil. Dans les années 1820 à 1860, le gouvernement impérial brésilien (sous Dom Pedro I, puis Dom Pedro II) encouragea activement l’immigration européenne, et particulièrement germanique, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’objectif était de peupler les régions méridionales du Brésil (Santa Catarina, Rio Grande do Sul, Paraná) qui étaient immenses et proches de frontières disputées avec l’Argentine et l’Uruguay. Une présence démographique forte permettait de garantir la souveraineté brésilienne sur ces terres. Par ailleurs, contrairement au nord et au sud-est du pays, dominés par d’immenses plantations (sucre, café) reposant massivement sur l’esclavage, le gouvernement souhaitait créer dans le sud un modèle économique différent et moderne, basé sur de petites et moyennes propriétés agricoles exploitées par des travailleurs libres. De l’autre côté, le Saint Empire connut un mouvement d’exode de sa population. Dans les campagnes, l’explosition démographique et les traditions moyenâgeuses (les terres revenaient à l’ainé et les autres enfants n’obtenaient rien) entrainèrent une certaine misère rurale, accentués par des famines en raison de mauvaises récoltes. En outre, l’échec des révolutions de 1848 et les répressions qui s’en suivirent poussèrent les intellectuels et libéraux des villes à s’exiler également.

Dans ce contexte, le 4 août 1860, un groupe de 55 colons allemands (provenant principalement de Rhénanie-Palatinat, du Grand-Duché de Bade et de Prusse) menés par le Baron von Schneeburg fondèrent une colonie qui allait devenir Brusque. Ils y apportèrent leur langue, leur rigueur, leur architecture, mais aussi leurs traditions culinaires. En effet, dans les régions d’Allemagne, le canard rôti (gebratene ente) ou l’oie rôti (martinsgans ou weihnachtsgans) étaient des plats traditionnels pour les fêtes (comme Noël et la Saint-Martin), souvent servis avec du chou rouge et des pommes de terre. Mais, au Brésil, les immigrants ne trouvèrent pas d’oie ou de canard qu’ils connaissaient et les remplacèrent par un volatile locale, le canard de Pékin (canard blanc au bec jaune).

#1346 – Casa Pia AC : os Gansos

Les oies. Fondé le 3 juillet 1920, le club lisboète est lié à l’institution d’utilité publique Casa Pia dont la mission est de promouvoir les droits et de protéger les jeunes. Créée en 1780, elle se vouait à l’éducation des orphelins et à la réinsertion, par le travail, des mendiants et des prostituées. La formation des jeunes passa également par l’éducation sportive. En 1898, l’institution forma une équipe de football qui remporta un match face un club d’expatriés britanniques (Carcavelos Club), une victoire contre une référence de l’époque et qui allait populariser la pratique du football parmi la population portugaise. 22 ans plus tard, alors que des anciens bénéficiaires de Casa Pia avaient participé à la fondation du Benfica et au GS Luz Soriano, le football s’institutionnalisa au sein d’un club officiel, notamment grâce à Cândido de Oliveira, entraîneur national et joueur du Benfica, et futur co-fondateur du journal A Bola (la référence des quotidiens sportifs portugais).

L’Oie est la mascotte du club et, dans une des salles du stade, on peut trouver un tableau, signé par un ancien de l’institution Casa Pia, Tavares Correia, représentant une scène cocasse où un peintre revient vers sa toile et la trouve entourée d’oies. A l’arrière plan, on aperçoit la chapelle du Restelo où les pensionnaires de Casa Pia étudiés. Car ce surnom est un autre lien entre le club et l’institution puisque les oies est le surnom des élèves de Casa Pia. Plusieurs histoires viennent expliquer ce sobriquet qui serait apparu au milieu du XIXème siècle. Les Lisboètes aurait choisi ce surnom à cause de la posture fière et disciplinée des étudiants lors des défilés. En effet, la reine disait lors des cortèges en voyant les casapiens « Aí vêm os gansos ! » (Voilà les oies !).

Une autre explication réside dans la pratique sportive des étudiants de Casa Pia. L’institution était la première école à proposer des cours de natation. Or, les nageurs couraient torse nu de la plage de Jerónimos à celle de Bom Sucesso pour nager. Comme des oies selon les observateurs.

#906 – Salon Palloilijat : Joutsen

Les cygnes. Bleu et blanc, l’écusson de ce club finlandais présente un magnifique cygne nageant sur l’eau. Fondé en 1956, les fondateurs reprirent la plupart des attributs des armoiries de la ville de Salo où il résidait : le cygne ainsi que les couleurs bleu et blanche. Les armoiries originales de la cité furent adoptées le 24 septembre 1949 et étaient basées sur une œuvre de l’artiste Johan Jacob Ahrenberg réalisée en 1902. Elles se décrivaient comme suit : « Dans l’écu bleu, un cygne d’argent nageant sur une ligne ondulée d’or et au-dessus de lui un lis d’argent ; dans le coin gauche, un bras armé tenant un pistolet. L’écu est surmonté d’une couronne ducale. ». La présence du cygne avait pour symbolique de rappeler que la ville de Salo est traversée par la rivière Uskelanjoki.

Toutefois, si vous effectuez quelques recherches, vous me retorquerez, à raison, que les armes de Salo ne ressemble pas du tout à cette description. En effet, depuis 2008, Salo a participé à la plus importante fusion de communes finlandaises avec 9 autres cités et un nouveau blason a été mis en place. Autant dire que cela suscita de l’émoi parmi les habitants et en 2018, une nouvelle tentative fut menée en vain pour rétablir les armes avec le cygne.

#707 – Breiðablik Kópavogur : Blikar

Le mot provient de la dernière syllabe du nom du club est fait penser à la splendeur, le scintillement. Mais, il pourrait aussi reposer sur le mot bliki qui désigne le canard mâle en islandais. Plus connu pour son équipe féminine (18 fois championnes du pays) que celle des hommes (1 fois championne en 2010 avec tout de même plusieurs secondes places ces dernières années), le club possède un nom plutôt singulier Breiðablik, sur lequel il convient de se pencher. En effet, ce dernier fait appel à la Mythologie nordique puisque le Breiðablik est le domaine où règne le dieu Baldr. Situé dans les cieux il s’agit d’une contrée où le mal est banni. Dans l’Edda de Snorri Sturluson (dans sa première partie dénommée Gylfaginning), l’auteur explique qu' »en ce lieu rien ne peut être impur » ou « il n’y a pas dans le ciel de plus belle demeure ». Il n’en fallait pas moins pour Baldr, dieu de la lumière, la beauté, la jeunesse et l’amour. Avec comme « parrain » le dieu de la lumière, le club prit pour blason une torche blanche avec une flamme rouge sur fond vert. D’où la référence à la splendeur, au scintillement paraît logique. Comme vous l’aurez noté, la couleur principale de Breiðablik est le vert. Or, le canard colvert, qui arbore un superbe plumage vert au niveau de son visage, demeure certainement le plus connu et reconnaissable de tous les canards. Le surnom joue donc certainement sur ces deux aspects.