#63 – Club Olimpia : Decano

Le doyen. Il est facile de comprendre la signification de ce surnom. En étant créé le 25 juillet 1902, le Club Olimpia est le plus vieux club de football du Paraguay. En outre, il fut fondé par un groupe d’amis pratiquant ce sport dont le néerlandais, William Paats, qui est considéré comme le père du football au Paraguay. Ce dernier vivait au Paraguay depuis 1894 après un passage dans la capitale argentine. Etant notamment éducateur sportif, il se passionna à promouvoir auprès des jeunes paraguayens la pratique des nouveaux sports venant d’Europe, dont le football. La légende veut qu’il emporta de Buenos Aires dans ses bagages un ballon de football qui fut exposé puis servi à faire des démonstrations dans divers lieux du pays. D’autre version estime que ce sont les cheminots anglais qui l’importèrent. Quoiqu’il en soit, il fut un grand promoteur du développement du football au Paraguay. En effet, il organisa le premier match de football au Paraguay, le 23 Novembre de 1901, à Asunción qui opposa deux équipes composées des élèves de l’Escuela Normal de Maestros (l’Ecole de formation des enseignants). Puis, il fut donc le fondateur du premier club de football au Paraguay. Enfin, il participa à la création de l’Asociación Paraguaya de Fútbol (l’institution chargée de promouvoir, d’organiser et de réglementer les compétitions de football), dont il fut président entre 1909 et 1910. Avec une telle paternité, le Club Olimpia ne peut être qu’el Decano.

#61 – SC Heerenveen : de Superfriezen

Les superfrisons. Heerenveen est une ville des Pays-Bas, situé dans la province de la Frise. Le club joue à fond la carte de l’identification régionale. En effet, le maillot rayé bleu et blanc, avec des pompeblêden rouges (feuilles du nénuphar) du club est totalement semblable au drapeau de la province. En outre, avant l’entrée des joueurs sur le terrain, les haut-parleurs du stade diffusent l’hymne frison. Heerenveen n’est certes pas la capital de la province et elle ne fait pas historiquement partie des 11 villes de la province. Mais elle porte fièrement les couleurs de la province en Eredivisie, sans jamais friser le ridicule.

#52 – PSV Eindhoven : Lampen

Les lampes. Les joueurs du PSV sont-ils des lumières pour autant ? Non, ce surnom fait référence à l’entreprise qui favorisa la naissance du club : Philips. Philips est une société néerlandaise fondée en 1892 à Eindhoven qui commença son activité par la production des lampes à filament de carbone devenant au début du XXème siècle l’un des plus grands fabricants d’Europe. Son expansion rapide encouragea une forte immigration nationale à Eindhoven pour alimenter son usine. Mais, même si ces immigrés étaient néerlandais, les tensions existaient entre les différents communautés au sein de l’entreprise. En 1910, des employés de l’usine créèrent un club de football, sport naissant au sein des Pays-Bas, dénommé Philips Elftal. Mais, ses faiblesses financières ainsi que les grèves des ouvriers de Philips (notamment en 1911) entraînèrent la quasi-disparition de l’équipe. En 1913, avec le soutien des fondateurs de Philips, le club du Philips Sport Vereniging fut fondé par et pour les employés de Philips. Le reste de Philips Elftal intégra cette nouvelle structure, qui regroupait plusieurs sections sportives. Jusqu’en 1928, le club n’accueillait que des employés de Philips. Comme Philips était avant tout un fabricant d’ampoules, le premier écusson du PSV était une ampoule et son surnom fut naturellement Lampen.

#15 – Ajax Amsterdam : Joden

Les Juifs. Difficile de savoir pourquoi le club de l’Ajax a été attaché à la communauté juive d’Amsterdam. Peut-être certains fondateurs du club étaient de confession juive. Mais, rien ne le prouve. Il y a eu des dirigeants et joueurs juifs par la suite. Les joueurs Johnny Roeg et Eddy Hamel étaient juifs et décédèrent à Auschwitz . Dans les années 1960, Sjaak Swart (surnommé Monsieur Ajax car il joua uniquement pour le club pendant 17 ans, soit 603 matchs, record absolu) et Bennie Muller étaient de confession juive. Enfin, le président Jaap van Praag, qui relança l’Ajax dans les années 1960 pour en faire une machine de guerre, était également juif. Mais rien ne démontre qu’il y ait eu plus de juifs comme membres ou joueurs à l’Ajax que dans d’autres clubs. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le club, comme ses membres et joueurs, ne fut pas plus persécuté que les autres organisations du pays et comptait dans ses rangs également des collaborateurs pro-nazis.

Ce surnom est peut-être plus lié à la localisation de 1934 à 1996, du Stadion de Meer, où évoluait le club, situé à l’Est de la ville, comme le quartier juif (Jodenbuurt qui signifie « quartier juif »). Il semblerait que dans l’entre deux-guerre, du fait de cette proximité, de nombreux membres de la communauté juive supportaient l’Ajax. Il faut rappeler qu’à cette période, Amsterdam comptait 80 000 juifs sur les 140 000 présents dans le pays et était surnommée Jeruzalem van het Westen (la Jérusalem de l’Ouest). Pour autant, dans l’entre deux-guerres, les clubs de la communauté hébraïques étaient plutôt le Wilhelmina Vooruit (WV) et le Hortus Eendracht Doet Winnen (HEDW) (aujourd’hui fusionné en WV-HEDW). Il se pourrait aussi que le fait de se déplacer vers le quartier juif pour se rendre au Stadion de Meer faisait dire « Wij gaan naar de Joden » (Nous allons chez les Juifs).

Aujourd’hui, les groupes de supporteurs les plus ultras du club n’hésitent pas à revendiquer ce judaïsme. Une identité qui se serait forgée dans les années 1970 avec la montée du hooliganisme et la structuration des premiers groupes ultras. Des drapeaux d’Israël peuvent être brandis dans les travées du stade et la chanson traditionnelle juive « Hava Nagila » ou le chant « En Wie Niet Springt Die Is Geen Jood » (Ceux qui ne sautent pas ne sont pas juif) retentissentt encore. Certains groupes de supportent se surnomment Joden (Juifs) ou Super Joden (Les Superjuifs) et les plus ultras se sont même fait tatoués une étoile de David. Avant le début d’un match de Ligue des Champions, face au Bayern, les supporteurs de l’Ajax avaient brandi une banderole où s’étalait « Joden nemen wraak voor 1945 » (les Juifs se vengent de 1945). Texte encore plus surprenant quand on sait que le Bayern fut purgé par les Nazis en raison de son fort lien avec la communauté juive de Munich (et cette fois, cette proximité n’était pas supposée).

A l’inverse, les provocations antisémites fleurissent parmi les hooligans du PSV et du Feyenoord, les principaux rivaux de l’Ajax. Leurs sifflements font référence au bruit du gaz, le Zyklon B, dans les camps d’extermination tandis que d’autres crient « Hamas, Hamas, joden aan de gas » (Hamas, Hamas, les juifs en chambres à gaz). Dès les années 1920 et 1930, des articles de journaux surnommaient l’Ajax neuzenclubdans (le club du nez), faisant référence au stéréotype selon lequel les juifs ont un nez crochu. Dans les années 1960, le gardien de but du DWS, Jan Jongbloed, traita le joueur de l’Ajax, Bennie Muller, de vuile rotjood (sale juif) lors d’un match. En mars 2011, après un match remporté par ADO face à l’Ajax, le joueur de La Haye, Lex Immers, exhorta ses supporteurs en scandant entre-autre « we gaan op jodenjacht » (nous partons à la chasse aux juifs). Il écopa de 4 matchs de suspension. En mai de cette année, lors d’une rencontre face à l’Ajax, 154 supporteurs de l’AZ Alkmaar ont été arrêtés suite à des chants antisémites par la police néerlandaise après plusieurs rappels à l’ordre.

En 2005, la direction de l’Ajax tenta d’effacer ce supposé lien avec la communauté juive. D’autant plus que certaines associations juives de la ville étaient outrées par les manifestations antisémites des adversaires et le fait que les ultras de l’Ajax n’avaient certainement aucun lien avec les juifs. Son président, John Jaake déclara alors « Ajax wil van dat imago af en zal daartoe het nodige ondernemen. Is het niet langer aanvaardbaar dat joodse fans van de club thuis- maar vooral uitwedstrijden niet willen bezoeken. De paradox dat wij zogenaamd een jodenclub zijn, maar dat joden het moeilijk vinden om onze wedstrijden te bezoeken, moet van tafel. » (L’Ajax veut se débarrasser de cette image et prendra les mesures nécessaires pour y parvenir. Il n’est plus acceptable que les supporters juifs du club ne veuillent pas assister aux matches à domicile et surtout à l’extérieur. Le paradoxe selon lequel nous sommes censés être un club juif mais que les juifs ont du mal à assister à nos matches doit être mis fin). Uri Coronel, membre honoraire du Conseil d’Administration de l’Ajax et juif lui-même, apporta son soutien en précisant que « Die affichering als joodse club is gevaarlijk en pijnlijk en voert terug naar de holocaust » (Le fait d’être étiqueté comme un club juif est dangereux et blessant et nous ramène à l’Holocauste). L’initiative fut mal accueillie par les supporteurs de l’Ajax et l’identité hébraïque est restée.