#1039 – Aiolikos Mytilène : Άνεμος

Le vent. De fondation récente (la date officielle de création du club est le 17 août 1975 et intervint après la fusion de 2 clubs de la ville Άτλαντα (Atlanta) et Απόλλωνα (Apollon)), le club n’a pas tout dévasté sur son passage comme un vent violent pour s’imposer sur la scène footballistique hellène. En 48 ans d’existence, Aiolokos a plutôt connu les affres des divisions amateurs que nationales. Lors de la dernière saison (2022-2023), le club remporta le championnat de 3ème division et prétent enfin à s’installer en seconde division grecque.

Aiolokos est basé dans la ville de Mytilène sur l’île de Lesbos. Si les premières traces d’une présence humaine sur l’île remontent à l’époque paléolithique, Lesbos et sa capitale Mytilène devinrent sous l’antiquité le coeur de la culture éolienne. Peuplée par les premiers colons éoliens venus de Grèce (de Thessalie et de Béotie) au milieu du XIème siècle avant J.-C., l’île vit plusieurs cités se développer et être rival. Finalement, Mytilène fédéra les autres cités et le VIème et le Vème siècles avant J.-C. marquèrent l’apogée de cette civilisation. Les Éoliens étaient l’une des quatre ethnies de la Grèce antique (avec les Achéens, les Doriens et les Ioniens). Originaires de Thessalie, ils émigrèrent en Béotie puis vers d’autres régions grecques. Suite à la prétendue invasion dorienne sur le Péloponèse, les Éoliens fuirent à travers la Mer Égée jusqu’à l’île de Lesbos et la région d’Éolide (Asie Mineure). Leur nom dérive du prince thessalien Éole, fils d’Hellen et de la nymphe Orséis, qui fut un héros des Éoliens. Ce nom provient du terme grec αίολος qui signifie « se déplacer rapidement » ou « tournant ». Résultat, ce terme donna aussi son nom à Éole, maître des vents dans la mythologie grecque, homonyme de l’ancêtre des Éoliens. D’où une certaine confusion entre les deux Éole. D’autant plus qu’Éole, le maître des vents, aurait régné sur une île (mais pas celle de Lesbos. Il s’agirait d’un chapelet d’îles au Nord de la Sicile dont Stromboli). Cette amalgame entre ces deux personnages, dont l’étymologie rappelle la rapidité, conduit à surnommer le club, représentant de cette région et héritière de cette culture éolienne, Άνεμος.

#1006 – JS Kairouanaise : فريق الأغالبة

L’équipe Aghlabide. Ville du centre de la Tunisie, Kairouan est présenté comme la 4ème ville sainte de l’Islam et la première du Maghreb. 4ème ville construite par les musulmans après Bassorah, Koufa et Al Foustat en 670 par le conquérant Oqba Ibn Nafi, la cité constitue le berceau de l’Islam au sein de l’Ifriqiya et joua un rôle majeur religieux et politique jusqu’au XIème siècle. Cette influence provint de l’affirmation de la dynastie Aghlabides qui gouverna l’émirat de l’Ifriqiya (qui s’étendait depuis les rivages tripolitains jusqu’à l’Ouest du Constantinois) entre 800 et 909. Nommé par le calife abbasside, en échange d’un tribut annuel, Ibrahim ibn al-Aghlab, né à Kairouan en 756, obtint la suzeraineté de la région afin de l’assagir et fonda la dynastie des Aghlabides. Pour son émirat, il choisit Kairouan comme capitale. A compter de 828, l’émirat Aghlabide entreprit la conquête de la Sicile au dépend de Byzance. Sous le règne d’Ahmed ibn Mohammed al-Aghlabi (856-863), l’émirat atteint son apogée. Grâce à son agriculture fertile, sa présence de chaque côté de la Méditerranée, et son subtil équilibre entre les berbères et les arabes, le royaume s’imposa comme une plaque tournante du commerce (notamment des esclaves) entre le monde islamique, Byzance et le sud de l’Europe de l’Ouest.

Kairouan connut également son apogée avec les Aghlabides. La cité profita de cette richesse commerciale pour développer une école de droit malikite (droit musulman sunnite), une école scientifique (édifiée sur le modèle de Bagdad, où l’on enseignait la médecine, la théologie, la logique, les mathématiques, la botanique et l’astronomie) et des bibliothèques qui firent sa renommée dans le domaine du droit, de la théologie et de la science. L’ensemble était intégré à la mosquée de Kairouan. Edifiée par Oqba Ibn Nafi, le monument fut remodelé dans sa forme actuelle sous les Aghlabides. A cette époque, la mosquée était l’un des plus grands centres de la civilisation musulmane qui exerçait une influence comparable à l’Université de Paris au Moyen-Age. Elle réunissait d’éminents scientifiques, théologiens et juristes musulmans. Malgré le déclin de la ville à compter du XIIème siècle, la mosquée conserva son rayonnement culturel et spirituel dans le monde musulman. Aujourd’hui, monument emblématique de la ville de Kairouan, la mosquée demeure le sanctuaire le plus ancien et le plus prestigieux de l’Occident musulman.

#1002 – Real Saragosse : los Maños

L’erreur serait de traduire le terme maños par « mains » car ce n’est pas sa signification dans cette région de l’Espagne. Utilisé dans la vie courante et de affectueuse, le mot est devenu la manière de désigner les habitants de Saragosse et ceux du sud de l’Aragon. De ce terme est dérivé un surnom pour Saragosse, Mañolandia. Son origine est incertaine et plusieurs versions se racontent, chacun choisissant celle qui lui convient.

Une version assez répandue raconte que le mot provient du latin magnus ou magnum qui signifie grand. Par la suite, l’hispanisation du mot fit remplace le « gn » par « ñ ». Si l’histoire est répandue, cela peut s’expliquer par le fait que ce surnom peut rendre fier les habitants de Saragosse.

Une autre théorie, remontant à l’occupation arabe de l’Espagne, suggère que le terme maño vient du mot arabe mawla, qui signifie « ami » ou « protecteur ». D’un côté, ce terme aurait été utilisé par les mudéjars aragonais, les musulmans tolérés en Espagne après la reconquête. De conditions modestes et inférieures (du fait de leur religion), les mudéjars disaient maño pour appeler affectueusement un de ses compagnons, en tant que membres d’un peuple soumis, frères d’infortune. D’un autre côté, à l’inverse, il est avancé que pendant la domination musulmane de la péninsule ibérique, les habitants de Saragosse étaient connus pour leur loyauté et leur amitié avec les musulmans.

Mais ces deux explications sont souvent contestées car le lien entre le mot d’origine et maño n’est pas aussi évidente.

Il existe donc une troisième théorie beaucoup moins avancé. Le terme proviendrait du mot latin matianus, qui signifie « habitant de Matiena », une ville romaine qui se trouvait dans l’actuelle province de Huesca (au Nord de la ville de Saragosse). Au fur et à mesure que le latin évoluait vers l’espagnol, le mot se transforma en matiano puis finalement maño.

#967 – FC Botoșani : Moldovenii

Les moldaves. Il y a encore quelques temps, la Moldavie était inconnue par la plupart des européens. Mais, avec le conflit Ukrainien qui déstabilise l’ensemble de la région, la Moldavie tombe sous le feu des projecteurs. Toutefois, avant d’être ce pays situé à l’Est de la Roumanie, la Moldavie était une région plus vaste, principauté plus ou moins indépendante entre 1359 et 1859. Peuplée par des Thraces, la région fut romaine pendant plus d’un siècle. Puis, le mélange des Thraces avec des peuples migrateurs comme les Slaves et les Magyars amena à la création d’une population dénommée Volochovènes, qui constitue le origines des Moldaves. Au XIVème siècle, Bogdan Ier unifia les différents petits duchés moldaves de la région pour fonder la principauté. Après une relative indépendance à l’époque médiévale, la principauté devint un vassal de l’Empire Ottoman pour plusieurs siècles. A la fin du XVIIIème siècle et jusqu’au milieu du XIXème siècle, la Moldavie se retrouva au milieu de conflits entre les Ottomans, les Russes et les Autrichiens. Puis, en 1859, la Moldavie se dissolvait dans le nouvel Etat Roumain.

Aujourd’hui, l’ancienne région qui correspondait à la Principauté de Moldavie se partage entre 3 états. D’un côté, la partie orientale (36% de l’ancien territoire) qui a gagné son indépendance en 1991 et correspond à la République de Moldavie dont la capitale est Chișinău. Le Nord de l’ancienne principauté (18%) se situe aujourd’hui en Ukraine. Enfin, la partie occidentale (46% de l’ancienne principauté) demeure en Roumanie et est constituée à plus de 95% de Roumains de culture moldave, soit plus de 4,5 millions de personnes (plus que dans la République indépendante voisine). Elle se partage aujourd’hui en 8 Județ (département) et la ville de Botoșani est le chef-lieu du département du même nom. Au XVIIIème siècle, Botoșani était l’une des principales villes de Moldavie, à la croisée des routes commerciales.

#958 – Exeter City FC : the Grecians

Les grecs. Je vous rassure tout de suite. Les îles britanniques n’ont pas dérivé pour atteindre les côtes hellènes. Ce surnom a toujours laissé perplexe de nombreux fans d’Exeter City, ce qui donne naturellement lieu à de nombreuses spéculations et débats.

Rappelons d’abord que le club fut fondé officiellement en 1901 sous le nom de Sidwell United, les joueurs venant notamment de l’Ecole de St Sidwell située sur Sidwell Street. Ensuite, ce surnom des Grecians n’est pas attaché uniquement aux joueurs mais aux habitants de la paroisse de St Sidwell et finalement à ceux de la ville d’Exeter. L’historienne locale Hazel Harvey dans son histoire de Sidwell Street retrouva des publications de 1737 où les résidents de Sidwell se désignaient eux-mêmes comme des Grecs. En 1835, Charles Dickens mentionnait aussi ce sobriquet dans le magazine « All Year Round ». Pour le club, après quelques tentatives comme United ou Saints qui ne prirent pas, le journaliste de l’Evening Post utilisa le terme grecians pour la première fois le 6 décembre 1901. Parlant de l’affrontement du lendemain contre St David’s dont l’enjeu était la première place du classement, il écrivit « if the Grecians should pull the match off they feel assured of obtaining the trophy » (si les Grecs réussissent le match, ils sont assurés d’obtenir le trophée).

Commençons par les légendes peu probables mais qui circulent. Certains disent que les supporteurs chantaient « We hate the Green Ones » (Nous détestons les verts) qui se serait transformé en « We are the Grecians » (Nous sommes les Grecs). D’autres fans préfèrent dire que le nom est né parce que les joueurs jouaient comme des dieux grecs. Un peu plus flatteur que des erreurs de prononciation. Une autre version propose que le surnom provient d’une bijouterie de Sidwell Street, située près du terrain du club, qui avait accroché à l’extérieur de sa vitrine une horloge affichant le nom grecians sur son cadran. Il est également suggéré que le surnom dérive d’un groupe d’enfants de St Sidwell qui étaient appelés les « Greasy Un’s » (les graisseux, du fait qu’ils étaient sales en raison de leur pauvreté). Greasy Un’s serait devenu Grecians. Une autre histoire avance que le nom gallois de la ville d’Exeter, Caerwysg, donna le gentilé de Caer Iscuns, qui éventuellement muta en grecians. Il y a aussi la possibilité que ce surnom provienne de la présence d’une forte communauté Grec orthodoxe qui s’installa au XIXème siècle dans le quartier où fut érigé en 1904 le stade du club, St James Park.

Voila donc résumé un certain nombre de légendes qui entourent ce surnom. Mais, elles paraissent toutes pour des raisons différentes improbables. En fait, les versions plausibles tournent autour d’un point commun : la position du quartier de Sidwell par rapport au centre ville d’Exeter. Situé en dehors des murs du centre ville cossu, Sidwell regroupait des classes laborieuses et pauvres qui se sentaient un peu exclu. Historiquement, les personnes qui habitaient dans l’enceinte d’Exeter étaient souvent appelées les Romains. La raison est qu’ils vivaient à l’emplacement de la ville romaine (Isca Dumnoniorum) mais aussi parce que ces citoyens étaient considérées comme l’élite riche et dirigeante de la région. Les habitants de St Sidwell voulaient se distinguer des « Romains » et considèrent le surnom de Grecs. Ils trouvèrent intéressants de se comparer aux héros grecs rusés qui eurent raison des Troyens qui se pensaient en sécurité, protégés par leurs murs (comme les « Romains » d’Exeter). Cela donnait aussi une meilleure image à ses habitants pauvres de la ville. Une autre version se rapproche de celle-ci avec un peu plus de précisions. En effet, en 1726, lors d’une foire à Southernhay, un autre district près du centre-ville, pour une raison obscure, le siège de Troie fut reconstitué. Lors de la distribution des rôles, les habitants du centre-ville (à l’intérieur de l’enceinte d’Exeter) jouèrent les Troyens assiégés, tandis que ceux de Sidwell (à l’extérieur des murs) furent les assaillants Grecs. De ce spectacle, les habitants de St Sidwell en tirèrent leur surnom. Si les mythes grecs, et en particulier l’Iliade, étaient si connus à Exeter et Sidwell, c’est que des pièces du théâtre grec étaient régulièrement jouées sur le parvis de la Cathedral tout au long du XVIIIème siècle et surtout, Joseph d’Exeter écrivit une Iliade en Latin en 1183 dont le titre est Phrygii Daretis Yliadis libri sex (L’Iliade de Darès le Phrygien en six livres) et qui relate la guerre de Troie.

Pas étonnant alors que le premier stade du club fut orné d’une porte grecque.

#938 – Gateway United FC : Rock City Boys

Les garçons de la ville de pierre. Le club réside dans la ville d’Abeokuta, capitale de l’Etat d’Ogun au sud-ouest du Nigeria. Situé à 100 km de Lagos, Abeokuta est bordé par le Olumo Rock (Rocher d’Olumo), qui lui donna son nom. En effet, le peuple Egba se serait réfugié ici, dans les cavités naturelles du rocher, pour échapper à plusieurs guerres tribales au XIXème siècle. Résultat, Abeokuta, se traduit par « Sous un rocher » en langue yoruba (les Egba sont un sous-groupe du peuple Yoruba) et est surnommé Rock City (la ville de pierre). Le rocher offrait donc une protection mais, comme promontoire, il permettait aussi d’apercevoir au loin et anticiper les attaques ennemies. Il fut un élément essentiel pour les Egba dans la défense de leur territoire et représente encore aujourd’hui un totem nationaliste. Le monument naturel symbolise leur bravoure et leur indépendance et offre la paix et la liberté à tous les habitants d’Abeokuta. Le Rocher est devenu un esprit protecteur, vénéré dans la religion Yoruba en tant qu’orisha (des esprits envoyés par le créateur suprême, Olodumare , pour assister l’humanité et lui apprendre à réussir sur Ayé (Terre)).

Olumo Rock se dresse à une hauteur de 137 mètres. Son nom se compose du terme olu qui signifie dieu et mo qui signifie façonné et se traduit par « Dieu a mis fin à nos ennuis et à nos souffrances » . Au regard de son symbolisme, ce rocher constitue une destination touristique de premier plan au Nigéria, d’autant plus que son escalade est assez facile. Adapté en site touristique en 1976 et rénové en 2006, le rocher comprend des statuts d’anciens héros Egba comme Agaba – le grand chasseur, Okonkenu – le premier souverain suprême du pays Egba, et Jagun Jagun – le général tireur d’élite. Un nouveau musée, des restaurants, une fontaine d’eau, un marché d’artisanat et un ascenseur furent les dernières commodités installées en 2006. Pendant la saison des pluies, Olumo Rock produisait de l’eau qui avait des vertus médicales pour les homéopathes. Ce n’est plus le cas depuis une cinquantaine d’année. En outre, un arbre qui aurait plus de 200 ans et dont les feuilles ne tombent jamais s’élève sur le rocher.

#935 – Hibernian FC : Hibs, Hibbies

Diminutif du nom du club. Dans le quartier surpeuplé de Cowgate, dans le vieux centre ville, en 1875, le club de Hibernian naquit, par la volonté de la communauté irlandaise. En effet, l’Ecosse connut au XIXème siècle une forte immigration irlandaise. Une série de mauvaises récoltes de pomme de terre engendra une période de famine et de maladie en Irlande de 1845 à 1852 qui bouleversa la société irlandaise et son histoire. Cette époque tragique se solda par le décès d’un million d’irlandais mais entraina également une exode massive des habitants, principalement vers les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Les études estiment que plus d’un million de personnes ont fui le pays, provoquant une chute de la population du pays de 20 à 25 % (dans certaines villes, jusqu’à 67 %) entre 1841 et 1871.

En Ecosse, la plupart des migrants s’installèrent à Glasgow, mais une petite partie fit son chemin jusqu’à Édimbourg. Les irlandais se regroupèrent dans le quartier de Cowgate qui devint alors connu sous le nom de Little Ireland (petite Irlande). D’ailleurs, construite pour le rite anglican, l’Eglise St Patrick, située dans le Cowgate et qui avait l’avantage de porter le nom du Saint Patron de l’Irlande, fut rachetée par les catholiques en 1856 et devint un des repères de la communauté irlandaise. Cette paroisse fonda en 1865 la Catholic Young Men’s Society (CYMS), dont l’objectif était de favoriser la formation spirituelle, culturelle et sportive des jeunes hommes irlandais en accord avec la foi catholique. Mais, ces initiatives communautaires ne facilitaient pas l’intégration de la population irlandaise, renforcée par les préjugés anti-irlandais qui demeuraient forts chez les écossais.

Michael Whelahan et ses amis s’intéressaient au football mais avaient conscience qu’il était pratiquement impossible pour eux de jouer pour l’un des clubs écossais établis. Whelahan suggéra alors au père Edward Joseph Hannan de l’Eglise Saint Patrick que le CYMS formât son propre club de football. Après avoir réalisé son enquête sur ce nouveau jeu, le père se montra favorable à cette requête, pensant en outre qu’elle aiderait à rapprocher les irlandais des écossais. Lors d’une réunion du CYMS le 6 août 1875, le Hibernian FC fut fondé. Le choix de la date n’était pas le fruit du hasard et marquait déjà l’orientation du club. En effet, le 6 aout 1875 correspondait au centenaire de la naissance de Daniel O’Connell, chef politique des catholiques d’Irlande et promoteur d’un nationalisme irlandais dans la première moitié du XIXème siècle. Le club était donc celui des irlandais d’Édimbourg. La harpe celtique, symbole de l’Irlande, s’étala sur le blason du club. Le vert, couleur de l’Irlande, fut retenu pour les uniformes des joueurs. La devise était « Erin Go Bragh » (L’Irlande pour toujours). Enfin, le nom du club ne pouvait échapper à cette tendance même s’il y eut quelques débats parmi les fondateurs. Plusieurs idées furent avancées, mais en fin de compte, Michael Whelahan rappela que le CYMS avait absorbé quelques années auparavant la société catholique Ancient order of the Hibernians (L’ordre ancien des Hiberniens). Or, Hibernian était l’ancien nom latin de l’Irlande. Il fut donc décidé que le nom serait Hibernian Football Club. Comme tous les joueurs-fondateurs étaient catholiques et irlandais (à l’exception d’un, Danny Browne, qui était d’ascendance irlandaise), il fut édicté que tous nouveaux membres devaient également être catholique et d’origine irlandaise.

Toutefois, ce communautarisme s’analysa comme du sectarisme par les organisations écossaises. Ainsi, quand le nouveau club voulut s’affilier à l’association écossaise de football, ils reçurent la réponse laconique « We are catering for Scotsmen, not Irishmen » (Nous servons des Écossais, pas des Irlandais). L’accueil fut aussi froid auprès de la fédération d’Édimbourg, qui interdit en plus à tous ses clubs-membres de jouer ou avoir des contacts avec les Hibernians. Ainsi, privé de matchs amicaux ou officiels, les rencontres des Hibernians se limitaient à des entrainements. Finalement, un club brisa cet isolement à Noël 1875, Heart of Midlothian, donnant ainsi naissance au grand derby d’Édimbourg, encore d’actualité. Finalement, à force de persévérance, les Hibernians s’imposèrent dans le paysage footballistique écossais et devint une référence. Malheureusement, sa mauvaise gestion conduisit à sa disparition en 1891. En 1892, le club fut reconstitué, avec un changement significatif puisqu’il n’y avait plus d’obligation fait à ses joueurs d’être membres de la CYMS (donc plus nécessaire d’être irlandais et catholique). En tout cas, ce choix des premières années de représenter la communauté irlandaise d’Édimbourg fit des émules puisque des clubs irlandais naquirent à Dundee et Glasgow (Dundee Harp, Dundee Hibernian et Celtic Glasgow).

Le nom d’Hibernia fut donc attribué par les Romains dans l’Antiquité à l’île de l’Irlande. L’origine du terme n’est pas certaine et plusieurs versions se confrontent. Tout d’abord, Hibernia proviendrait du bas latin hibernum (Hiver) en raison du climat froid et pluvieux de l’Irlande. Ensuite, Hibernia pourrait venir de Ivernia dérivant du latin Ierne qui était le nom donné à l’Irlande par Pythéas, un marchand et explorateur grec du IVème siècle avant J.-C.. Ierne puiserait ses sources dans Erin le nom mythologique de l’Irlande. La dernière hypothèse repose sur le celte. En effet, Hibernia pourrait provenir de l’irlandais primitif Iweriu ou Ériu qui lui-même descend de la racine indo-européenne PiHwerjoHn (qui signifie le pays fertile).

#884 – Deportivo La Corogne : los Turcos

Les turcs. Apparu dans les années 1980, ce surnom était réservé au départ aux fans de l’équipe de football de la ville, le Deportivo, mais il s’est répandu de plus en plus en dehors des terrains de sport. Au milieu des années 1980, la rivalité entre les deux clubs galiciens du Deportivo et du Celta Vigo s’intensifia. En 1987, le Deportivo perdit le derby 2 buts à 0 dans le stade de Vigo. Les fans du Celta insultèrent ceux du Deportivo en les traitant de turcos. Ce qui devait être désobligeant finit par être une source de fierté pour les fans du Deportivo. Ainsi, dans les années 1990, les drapeaux rouges au croissant fleurirent dans les travées du Stade de Riazor. Qu’est-ce que la Turquie a à voir avec La Corogne ? Une question que beaucoup se posent mais dont la réponse n’est pas unique. En effet, de nombreuses histoires circulent mais nous allons essayer de résumer les plus répandues.

Il y a d’abord la version du bus. Le Deportivo se déplaçait à Vigo avec un bus de la société dénommée TourCoruña. Mais, avec le temps, le uña s’effaça et il ne restait plus comme inscription TourCo qui fut simplifiait en turco.

Evidemment, certains cherchèrent un parallèle historique. Au XVIIème siècle, des pirates, venant majoritairement de Turquie, harcelèrent les côtes et en particulier les villes de Vigo et Cangas. Les fans de Vigo, voulant traiter ceux du Deportivo de barbares, firent le parallèle avec ces pirates turcs. Mais, comme on disait « fort comme un turc », l’image plut aux citoyens de La Corogne. Il existe d’autres versions liées à l’histoire. A une époque, la marine turque aurait atteint les côtes espagnoles et reçu l’aide des habitants de La Corogne. Les gens de Vigo n’aurait jamais oublié cette trahison. Une autre histoire indique une autre infidélité. Lorsque le pape appela les chrétiens à la croisade en terre sainte, le peuple de la Corogne ne se serait pas levé pour aller combattre les turcs. Dans les deux cas, La Corogne s’était vendue à la Turquie.

La thèse « géopolitique » est défendue par d’autres. La Galice, comme la Catalogne et le Pays-Basque, est une terre à l’identité forte et dont la culture celte s’éloigne des symboles de l’Espagne. Les gens de Vigo sont particulièrement fiers de cette différence. En revanche, ils estiment que les habitants de La Corogne se sont éloignés de leur racine et veulent s’assimiler à des espagnols. Le parallèle est alors fait avec les turcs, dont le territoire est principalement situé sur le continent asiatique, mais qui souhaitent être vus comme des européens.

Dans la même veine, la musique fut une autre source. Ce surnom serait relié au groupe Os Resentidos qui, en 1988, sortit un titre particulièrement apprécié à Vigo. La chanson s’intitulait « Por alí, por alá » et, dans l’un de ses couplets, le chanteur déclarait « Non son galegos, son árabes, non son galegos, son turcos » (Ce ne sont pas des galiciens, ce sont des arabes. Ce ne sont pas des galiciens, ce sont des turcs). Comme les habitants de La Corogne avaient cette réputation de ne se sentir particulièrement galiciens, ils furent assimiler à des turcs.

La catastrophe écologique qui eut lieue en 1992 fut également une source de ce surnom pour certains. En décembre 1992, le navire grec “Aegeam Sea” (Mer Égée) était venu appareillé dans le port de La Corogne pour livrer plus de 79 000 tonnes de pétrole brut léger à la raffinerie. Mais, des conditions météorologiques défavorables firent échouer le pétrolier lors de son approche, déversant alors 67 000 litres dans la mer. Pour le surnom, c’est le nom du bateau qui est important. En effet, s’appelant Mer Egée, il fait référence à la mer dans laquelle mouille une grande partie des côtes turques. Ainsi, les gens Vigo aurait dit qu’on pouvait voir la Mer Egée depuis La Corogne tout comme en Turquie. L’histoire semble anachronique puisque si on admet que le surnom survint en 1987, la catastrophe est postérieure.

Mais, il existe encore plein de versions différentes. Les villes de Vigo et La Corogne sont situées en Galice mais à deux extrémités de la région. Ainsi, La Corogne est à 160 km de Vigo, ce qui parait à l’autre bout du monde lorsque vous êtes dans cette dernière cité. La Corogne serait apparue aussi éloignée de Vigo que la Turquie. Autre possibilité : les plaques d’immatriculation des voitures enregistrées à La Corogne intègrent un « C » suivi d’un point au niveau du milieu du C. Or, cette configuration aurait fait penser au croissant et à l’étoile figurant sur le drapeau turc. La sémantique n’est pas en reste. En effet, une expression familière dar un baño (donner un bain) signifiait « affliger une défaite humiliante à l’adversaire ». Dans la région, le bain était même un bain turc. Or, il y a plus de 50 ans, lorsque le Celta se déplaçait sur le terrain du Deportivo, il s’inclinait et les supporteurs de La Corogne n’hésitaient pas à dire qu’ils avaient donné un bain turc à Vigo. Enfin, lors du match face au Panathinaikos en Ligue des champions, les supporters du Deportivo firent un grand tifo (de plus de 20 mètres) représentant un drapeau turc pour titiller les Grecs. En effet, les Grecs et les Turcs ne s’apprécient pas (et c’est un euphémisme).

Bref, quelque soit la véritable histoire, la multitude des légendes permet d’assoir ce surnom.

#880 – SV Ried : die Wikinger

Les vikings. Même s’il est de plus en plus rare de trouver des supporteurs du club se balader avec un casque de viking dans les travées du stade, le club entretient le lien avec ce peuple nordique. Tout d’abord, l’équipe réserve se nomme Junge Wikinger (les jeunes vikings). De plus, depuis la saison 2016-2017, la mascotte nommée Siegfried est un viking. Enfin, le camp d’entrainement réservé aux jeunes de 6 à 13 ans organisé par le club s’appelle Wikinger Kids Camps. Pourtant, l’origine de ce surnom s’est perdu même s’il est de création assez récente. Deux versions se sont répandues pour l’expliquer. Au début des années 1990, suite au Festival Viking organisé dans la ville voisine de Pram (à 10km de Ried im Innkreis), certains supporteurs seraient revenus dans le stade affublés d’un casque de viking. L’autre version se serait déroulée également dans les années 2010 avec deux des joueurs emblématiques du club. D’un côté, Michel Angerschmid qui n’a connu qu’un seul club pendant les 14 ans de sa carrière, le SV Ried. De l’autre côté, le meneur de jeu Herwig Drechsel qui joua pour Ried lors de deux passages (de 1995 à 1998 et surtout de 1999 à 2010). Lors du centenaire du club en 2012, Herwig Drechsel a même été élu « joueur du siècle ». Ces deux piliers du club fréquentaient également un pub de la ville, où ils avaient leur table. Cette dernière était appelée la table des vikings par les propriétaires et les habitués de ce bistrot et l’appellation aurait déteint sur les deux joueurs. Puis sur l’équipe entière.

#860 – FK Desna Tchernihiv : Сіверяни

Les Séverianes. Le club de Tchernihiv a une histoire à la fois longue et récente. Fondé en 1960, il évolua durant de longues années en seconde division et troisième division des championnats soviétiques. Il mourut deux fois. Une première fois en 1970 lorsque le nouveau dirigeant de la région de Tchernihiv décida de couper son soutien financer à l’équipe. Le club réussit à se relancer en 1976. En 2010, des problèmes financiers achevèrent une nouvelle fois le club. Mais, tel le phénix, il connut une renaissance grâce aux efforts des autorités de la ville et des nouveaux propriétaires du club, des industriels de l’alcool et de la vodka.

Même, s’il n’y a pas eu de réalisations remarquables ou de moments brillants dans l’histoire de Tchernihiv, sa vie est riche et son surnom est étroitement lié à la région. Localisé sur les bords de la rive droite de la rivière Desna, Tchernihiv est au nord de Kiev et du pays. Les premières traces d’implantation humaine sur le site actuel remontent au VIIème siècle. A cette époque, la région fut envahie et occupée par les Séverianes, une tribu ou une confédération tribale des premiers Slaves de l’Est. Affiliés au départ aux Khazars, les Séverianes se soumirent à l’autorité du prince Oleg le Sage, prince varègue de la Russ’ de Kiev, au IXème siècle et se dissolvaient définitivement dans la Russ’ de Kiev au XIème siècle. Les Séverianes étaient principalement engagés dans l’agriculture et différents artisanats tels que la poterie, le tissage et le travail des métaux. L’étymologie du nom, Séverianes, est sujette à discussion. La théorie la plus connue propose une dérivation du mot slave pour « nord » (sěver, hommes du nord). D’ailleurs, le mot ukrainien Сіверяни se traduit littéralement par « nordiste ». Pourtant, cette communauté n’était pas la plus septentrionale des peuplades slaves. Une autre version estime que « nord » était le nom du groupe de population local originel, qui a ensuite été assimilé par les Slaves, qui ont adopté l’ethnonyme original. Une autre hypothèse avance que le nom dérive du nom de la tribu sarmate Seuer (seu signifiant « noir ») qui occupait une grande partie de la Scythie, nom donné aux actuelles Ukraine et Russie méridionale au temps de Darius Ier. Cette hypothèse prend du corps avec le fait que Tchernihiv signifie ville noire. Mais, d’autres hypothèses existent également.