#920 – América FC : Coelho, Coelhão

Le lapin. Mascotte du club, il est apparut pour la même raison que le coq de l’Atlético Mineiro (cf. #24) et le renard de Cruzeiro (#78). En effet, en 1945, Álvares da Silva, secrétaire du quotidien Folha de Minas, qui délivrait l’une des pages sportives les plus importantes et dynamiques de la presse du Minas Gerais à cette époque, décida d’imiter son confrère de Rio de Janeiro, Jornal dos Sports, qui avait décidé quelques années auparavant de personnaliser les équipes cariocas au travers de personnages de bande dessiné. Flamengo était Popeye, Fluminense était Pó-de-arroz, Vasco était Almirante, Botafogo était Donald Duck et America était le Diable. Álvares da Silva confia à Fernando Pierucetti (mieux connu sous le pseudonyme de Mangabeira), professeur de dessin et illustrateur du supplément littéraire et de la page pour enfants du journal, la réalisation de ces mascottes qui devaient puiser leur source dans l’univers des fables d’Ésope et de La Fontaine, mais en utilisant des animaux de la faune brésilienne. Pierucetti dessina alors la mascotte des 3 grands clubs de la ville : Atlético, Cruzeiro et América.

S’il put choisir les animaux pour l’Atlético et de Cruzeiro, le symbole pour l’América lui fut imposé. Le directeur du journal avait convaincu Mangabeira d’adopter le canard, sous les traits du plus célèbre : Donald Duck (Pato Donald au Brésil). D’une part, Donald apparaissait comme un personnage colérique et contestataire. Il était le seul club du Minas Gerais à s’être ouvertement et de manière véhémente opposé à la professionnalisation du football en 1933. Même si le club s’y résolut, la direction du club bataillait régulièrement avec la ligue sur ce sujet et d’autres. D’ailleurs, l’América avait quelque fois sollicité les tribunaux afin de régler ses différents avec la ligue, voire même demander l’annulation de matchs. D’autre part, Donald Duck était un personnage de l’univers Disney et donc américain. Or, l’América fut fondée le 30 avril 1912 par un groupe d’élèves du Gymnasium Anglo-Mineiro, une école primaire et secondaire où les cours étaient dispensés en anglais par des professeurs majoritairement nord-américains. Les fondateurs avaient une certaine admiration pour les Etats-Unis et le nom du club, même s’il avait été tiré au sort selon la légende, marquer tout de même cette passion. Ainsi, Donald Duck affronta donc le coq et le renard dans les caricatures de Mangabeira. Mais, les supporteurs de l’América ne furent pas séduit par ce parallèle et après quelques mois, Mangabeira réalisa un dessin de Donald se suicidant avec, en arrière-plan, la présence d’un lapin qui regardait la scène avec un air ironique. Il s’agissait de la première apparition de la nouvelle mascotte pour l’América. Pourquoi avoir choisi le lapin ? L’inspiration pour le choix des animaux est venue, en grande partie, d’éléments qui faisaient déjà partie de l’image des clubs. D’une part, dans les années 1940, América comptait parmi ses directeurs un certain nombre à s’appeler Coelho. D’autre part, l’animal correspondait bien au caractère gentil, doux de l’équipe et ses supporteurs (caractère dénommé fagueira en portugais-brésilien). Mangabeira déclara ainsi « coelho é um bicho que dorme de olho aberto, assim como o time do América dentro de campo e alguns dirigentes que o clube tinha e que mudaram a história da equipe » (Le lapin est un animal qui dort les yeux ouverts, tout comme l’équipe d’América sur le terrain et certains managers du club qui ont changé l’histoire de l’équipe) et « o América era um clube aceso, sempre pronto para o que desse e viesse. Ao mesmo tempo, era um clube de torcida fina. Um coelho, não é ?” (L’América était un club animé, toujours prêt à tout. En même temps, c’était un club de bons supporters. Un lapin, n’est-ce pas ?). Le lapin était donc certes intelligent mais avant tout un peu trop doux. Un animal aux antipodes de l’esprit du canard.

#917 – Leixões SC : os Bébés do Mar

Les bébés de la mer. Résidant dans la ville de Matosinhos, Leixões est un club omnisports fondé le 28 novembre 1907, l’un des plus vieux du Portugal. Son surnom se compose de deux aspects : les bébés d’un côté et la mer de l’autre. Commençons par la mer. Située face à l’Océan Atlantique et au nord de Porto, Matosinhos offrait un terrain favorable aux activités maritimes. En effet, sur une côte souvent tourmentée par les tempêtes et le brouillard, la crique de Leixões constituait un refuge idéal pour les marins, dès l’antiquité romaine. En 1812, le marin et homme politique portugais, Marino Miguel Franzini écrivait alors à propos de Leixões « talvez seja este o único ponto desta costa que oferece algum abrigo às embarcações acossadas pela travessia » (c’est peut-être le seul point de cette côte qui offre quelque abri aux navires harcelés par la traversée). Ainsi, les activités portuaires se développèrent rapidement et à la fin du XIXème siècle, un port moderne émergea à l’embouchure de la rivière Leça (Les travaux de construction commencèrent le 13 juillet 1884, furent dirigés par l’ingénieur français Wiriot et se terminèrent en février 1895). Plus grand port artificiel du Portugal, il est le débouché maritime naturel pour la production industrielle du grand Porto. Dénommé Porto de Leixões, 25% du commerce international portugais transitent par ses 5 kilomètres de quai, pour environ deux mille cinq cent navires, plus de 400 000 containers et 16 millions de tonnes de marchandises par an. Leixões est l’un des ports les plus compétitifs et polyvalents du pays. Egalement port de croisière, avant le Covid, il accueillait près de 100 000 voyageurs pour une centaine de navires. Naturellement portée vers la mer, l’économie de Matosinhos repose également sur les activités de pêche.

Les bébés rappellent une formidable épopée d’une bande de « gamins » qui représentèrent brillamment Leixões et ramenèrent le seul trophée de la section football. Club à faible moyen, Leixões s’attacha à former des jeunes pour renforcer l’équipe première. Au début des années 1960, des jeunes nés à Matosinhos et formés à Leixões comme Raul Machado et Jacinto Santos intégrèrent l’équipe première. A l’issue de la saison 1959-1960, Leixões monta en première division portugaise. En 1961, l’équipe réalisa un formidable parcours en Coupe du Portugal. Après avoir éliminé en demi-finale, le tenant du titre, Belenenses, Leixões devait affronter en finale ses voisins et rivaux du FC Porto. Match totalement contrasté entre le puissant Porto (déjà vainqueur de 5 championnats et 2 coupes nationals) et le petit club de banlieue, ce déséquilibre était accentué par le lieu de la finale. Comme usuellement, elle devait se dérouler à l’Estádio Nacional, à Lisbonne mais le FC Porto, arguant que les deux clubs étaient de la région de Porto, la fit délocaliser dans son antre, l’Estádio das Antas. La légende raconte qu’à la veille du match, les joueurs du FC Porto portaient un toast en l’honneur de la conquête d’un futur trophée et que les moins prévoyants s’endettaient en prévision du probable pari remporté. Pire, le périodique « Norte Desportivo » lançait en avance le tirage du journal en titrant sur la victoire du FC Porto. Mais, à la surprise générale, Leixões tint tête au FC Porto et, en seconde période, en l’espace de deux minutes, marqua deux buts par l’intermédiaire de Silva et Oliveirinha. Leixões remportait son premier et unique trophée. L’année suivante, le club atteignit les quart-de-finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe. Les joueurs de Leixões furent alors surnommés par le journaliste Alfredo Farinha, os bébés do mar. Cette génération marqua le début de la politique de Leixões qui en fit l’un des bastions de la formation des joueurs au Portugal. De ses rangs sortirent des joueurs tels que Chico Faria, Jacinto, Folha, Fonseca, Tibi, Tozé.

#893 – West Ham United : the Academy of Football

L’académie de football. Si les nombreux clubs londoniens affichent des moyens financiers importants, et pas seulement ces dernières années, la formation a toujours fait parti de leur stratégie. En la matière, l’un des clubs s’est particulièrement distingué, West Ham United. Sa formation est reconnue comme l’une des plus performante du pays. Avec l’afflux de nombreux joueurs étrangers en Premier League, West Ham United demeure toujours comme l’un des rares clubs formateurs.

Dans les années 1950 et 1960, le club alignait une équipe composée de nombreux jeunes formés en son sein. En effet, quand le nouveau manager Ted Felton prit le club en main en 1950 en seconde division, il comprit que le manque de moyens du club ne lui permettrait pas de décoller. Dans son autobiographie, « Home With the Hammers », Fenton écrivait : « The only way to build the club was youth. There were lots of good players around, but I had no money to buy the key players we needed. There was always the problems of running a club on a shoe-string. » (La seule façon de construire le club était la jeunesse. Il y avait beaucoup de bons joueurs, mais je n’avais pas d’argent pour acheter les joueurs clés dont nous avions besoin. Il y avait toujours les problèmes de gestion d’un club avec peu de moyens). Ainsi, avec le soutien de son président, Reg Pratt, et du dépisteur en chef du club, Wally St. Pier, une politique et un programme de développement des jeunes commencèrent à être mis en œuvre. Cette stratégie conduisit à l’avènement de nombreux joueurs tels que Ken Brown, Malcolm Musgrove et John Bond mais surtout, d’une génération dorée, à la fin des années 1950, comprenant Geoff Hurst, John Smith, John Lyall, Ronnie Boyce et Martin Peters et emmenée par le légendaire défenseur Bobby Moore. Mais, au-delà de la formation, avec la contribution considérable du joueur Malcolm Allison, Fenton infusa auprès des joueurs une nouvelle approche moderne du football. Ils introduisirent des régimes alimentaires pour améliorer leur niveau de performance et encouragèrent les joueurs à passer du temps ensemble en dehors du terrain et à discuter leurs tactiques. Ils s’inspirèrent des méthodes d’entrainement des équipes continentales, et notamment de la fameuse équipe hongroise de Ferenc Puskás. Ces concepts innovants furent connus sous le nom de The West Ham Way.

En 1961, Fenton céda sa place à Ron Greenwood, qui va poursuivre le travail. Lors de la Coupe du Monde 1966, 3 joueurs formés à West Ham, Bobby Moore, Geoff Hurst et Martin Peters, constituèrent l’ossature de l’équipe nationale. Capitaine de la sélection aux 3 lions, Moore fut décrit par Pelé comme le plus grand défenseur contre lesquels il avait joué. Lors de la finale face à l’Allemagne de l’Ouest, remporté 4 buts à 2 par les anglais, Hurst resta célèbre pour son hat trick, complété par un but de Peters. Les fans de West Ham chantèrent alors « I remember Wembley/When West Ham beat West Germany/Peters one and Geoffrey three/And Bobby got his OBE! » (Je me souviens de Wembley/quand West Ham a battu l’Allemagne de l’Ouest/Peters un et Geoffrey trois/et Bobby a obtenu son OBE – ordre de chevalerie britannique). Depuis, l’académie de West Ham a continué à produire de nombreux joueurs professionnels, dont Frank Lampard Senior, Trevor Brooking, Clyde Best, Paul Ince, Tony Cottee, Frank Lampard, Rio Ferdinand, Jermain Defoe, Glen Johnson, Sol Campbell, Joe Cole, John Terry, Anton Ferdinand et Michael Carrick.

Avec l’arrivée de Ron Greenwood, la presse commença à utiliser le terme d’Academy of Football. Il fut repris par le club qui l’utilise régulièrement dans sa communication et nomme désormais sa structure de formation the Academy of Football. Outre être une source importante pour l’équipe première, l’académie est une partie importante de l’identité du club. Lorsque le club a été relégué de la Premier League en 2003, la vente des prometteurs jeunes joueurs de l’Académie sauva le club d’un désastre financier. Pour terminer, un article d’ITV Football du 13 septembre 2004 déclarait que « The biggest single contributor to the current England national squad is not Manchester United, Arsenal, Liverpool or Chelsea, but the West Ham Youth Academy » (Le plus grand contributeur à l’équipe nationale d’Angleterre actuelle n’est pas Manchester United, Arsenal, Liverpool ou Chelsea, mais la West Ham Youth Academy).

#882 – Tersana SC : الشواكيش

C’est un terme argotique égyptien qui signifie les marteaux. Fondé en 1921 et basé à Gizeh (dans le quartier de Mit Okba) près du Caire, le club naquit sous le régime du protectorat britannique. Or, l’occupation britannique de l’Égypte depuis 1882 importa le football dans la vallée du Nil, via les expatriés anglais travaillant pour la Compagnie du canal de Suez. La création du club fut donc l’oeuvre d’un anglais, le Major E.W. Slaughter. Initialement basé à Boulaq, un des principaux ports de la capitale égyptienne, le club était destiné au personnel de l’administration maritime et des chantiers navals de ce district. Ainsi, l’ensemble des symboles du club se réfèrent au port et à ses activités. Le nom du club « tersana » est l’équivalent en arabe d’arsenal (parmi les constructeurs navals, certains devaient certainement bâtir des navires militaires). Les couleurs bleu et blanc de son maillot rappellent directement la mer. Enfin, son écusson affiche une ancre, symbole de l’univers marin.

Pour autant, le surnom du club, الشواكيش, ne le relie pas directement au monde maritime. Il existe différentes explications pour ce surnom. La première raconte que ce terme décrivait la rudesse et la force de l’équipe, qui frappait ses adversaires comme un marteau. La deuxième histoire, qui est la plus connue de toute, indique qu’à une époque, Tersana avait recruté dans ses rangs un certain nombre d’anciens fedayins. Dans les années 1940, des nationalistes égyptiens appelés fedayins formaient des petits commandos dont l’objectif étaient d’harceler les troupes britanniques qui défendaient le canal de Suez. Le marteau pouvait donc symboliser leurs actions coup de poing et leurs duretés. Enfin, la dernière version se rapproche des origines du surnom des anglais de West Ham United (cf article #313). Certains des membres initiaux travaillaient sur les chantiers navals de Boulaq. C’était pour la plupart des ouvriers qui travaillaient l’acier pour construire les navires. Le marteau était un symbole qui les représentait bien. Il semble en tout cas que le surnom fut popularisé par les célèbres commentaires sportifs, Abdul Majid Noman, écrivant pour le journal « Al Goumhoria » , et Najib Almstkawi, du quotidien national « Al Ahram » . Ayant attribué des surnoms à la plupart des clubs égyptiens, ils auraient affublé « hammers » à Tersana à la suite d’une intervention rugueuse du défenseur Fouad Gouda, qui provoqua la blessure au pied du joueur adverse, Saleh Selim.

#876 – Sheriff Tiraspol : осы

Les guêpes. Pour ceux qui connaissent les recoins des coupes européennes, le club moldave n’est pas un inconnu, plus en raison de son nom que de ses exploits. Trouver un digne représentant de la conquête de l’Ouest à l’Est de l’Europe, ce n’est pas banal. Son nom provient de son actionnaire bienfaiteur, l’un des plus puissants conglomérats de la région séparatiste de Transnistrie, Sheriff. Ce dernier possède un réseau de stations-services, une chaîne de supermarchés, un média, une maison d’édition, une entreprise de construction, un concessionnaire Mercedes-Benz, une agence de publicité, une fabrique de spiritueux, des réseaux de boulangerie ainsi qu’un opérateur de téléphonie.

Fondé en 1996, l’appui financier de son actionnaire, Sheriff, fut déterminant dans l’ascension du club. En 2000, démarra pour le club un règne sans partage sur le football moldave. De 2000 à 2010, Sheriff rafla tous les titres de champion de Moldavie ainsi que 6 coupes de Moldavie. Pour fêter le 10ème titre de champion en 2010, le club ajouta à son blason traditionnel (une étoile de sheriff) une étoile, à la façon des clubs italiens ou d’autres à travers le monde. Ce ne fut pas le seul changement puisqu’il fut décidé de doter le club d’une mascotte. Trois propositions émanèrent : un sheriff (naturellement étant donné son nom et ses symboles), un tigre et une guêpes (les deux derniers présentant des couleurs fidèles à celles du club, jaune et noir). En mai 2010, l’insecte fut désigné car, à la fois, les joueurs portaient les mêmes couleurs que l’animal et surtout ils piquaient leur adversaire comme la guêpe ses ennemies. Dès lors, à chaque début de match, une mascotte en forme de guêpe venait encourager les joueurs et chauffer les supporteurs. Résultat, au bout d’un moment, la presse commenca à appeler l’équipe тираспольские осы (guêpes de Tiraspol) puis simplement осы (guêpes). 

#851 – FC Carthagène : Efesé

Le terme n’a aucune signification et provient d’une moquerie journalistique. Dans les années 1920, la pratique du football se développa bien dans le Sud de l’Espagne et la rivalité entre les différentes équipes se construisit, en particulier entre le Real Murcie, Natación de Alicante, Valence FC et Carthagène FC. Plusieurs quotidiens sportifs relataient leur lutte et l’entretenaient. D’ailleurs, certains n’étaient pas neutres car liés aux clubs. Par exemple, « Murcia Deportiva » était le média « non officiel » du Real Murcie. La salle de rédaction de l’hebdomadaire était située au siège du club, tandis que la plupart des employés du magazine étaient d’anciens joueurs ou entraineurs du Real. Ce journal sportif intégrait, parmi ses pages qui avaient un ton sérieux, une rubrique dénommée En serio y en broma (sérieusement et en plaisantant) qui apportait un regard humoristique, satirique voire cinglant sur les nouvelles sportives. Elle fut le recueil naturel des allusions désobligeantes sur les rivaux du Real Murcia. En 1924, le Carthagène FC était devenu le principal opposant du Real Murcia et donc une cible privilégiée pour la section En serio y en broma. Dans ce contexte, un rédacteur en chef (très probablement Fernando Servet Spottorno) décida d’affubler les rivaux d’un sobriquet, évidemment ironique. Pour Carthagène, le terme Efe-se apparaît pour la première fois, le 18 septembre 1924, dans les pages de ce magazine, suite à une défaite du FC Carthagène face à Natación de Alicante, 6 buts à 2. Ce surnom soulignait de manière péjorative la prononciation par les supporteurs des initiales du club, FC. Leur prononciation était influencée par le seseo, une caractéristique linguistique de certaines régions hispanophones où le « z », le « c » et le « s » se prononcent avec le même son [s]. Le trait d’union de Efe-se permettait de bien distinguer les deux lettres « F » et « C » et montrait donc l’origine du terme.

Dès le 25 Septembre de la même année, le sobriquet fut réutilisé dans le journal et cette fois, sans le trait d’union. Enfin, l’accent apparaît sur la dernière lettre le 6 novembre 1924. Dès lors, les mentions du Carthagène FC dans « Murcia Deportiva » en tant qu’Efesé étaient de plus en plus courantes et s’imposa même dans les autres pages plus sérieuses du magazine. Désormais ancré auprès des rivaux de Murcie, il fallait alors qu’il fusse adopté également par les supporteurs de Carthagène, ce qui arriva le 21 décembre 1926. Deux jours auparavant, Carthagène réussit pour la première fois de son histoire à s’imposer face au Real Murcie lors d’un match officiel. Cette victoire incita un journaliste d’ « El Eco de Cartagena », connu sous le pseudonyme de Penalty, à écrire un article le 21 décembre dans lequel il interpellaient les journalistes de Murcie (dont ceux de Murcia Deportiva) qui avaient prédit un large triomphe des leurs. Dans celui-ci, Penalty reprit le terme péjoratif d’Efesé pour donner plus d’ampleur à la victoire et se venger du quolibet (l’équipe dont vous vous moquez, vous a battu sur votre terrain). En clair, c’était l’arroseur arrosé. Peu de temps après, les fans de Carthagène adoptèrent ce terme comme un surnom affectueux, un cri de guerre.

Le Carthagène FC disparut en 1952. Un autre club de la ville, Unión Deportiva Carthagène, reprit le nom Carthagène FC en 1974, refaisant alors survivre le surnom. Puis, en 1995, le club du FC Carthagène (celui de notre article), naquit et hérita également de ce surnom. Aujourd’hui, le débat existe entre les partisans de la « pureté » qui estiment que ce surnom n’appartient qu’au club historique, tandis que d’autres pensent qu’il est attaché à l’histoire footballistique de la ville et donc appartient à tous les clubs de la ville.

#810 – São Paulo FC : o Mais Querido

Le plus aimé. Le club de São Paulo porte ce surnom flatteur, certainement parce qu’il est largement soutenu dans la ville pauliste mais aussi dans tout le pays. Certain sondage estime entre 15 et 20 millions de supporteurs au Brésil. Néanmoins, l’enquête publiée par l’Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística (l’institut public de statistiques, équivalent brésilien de l’INSEE) en juillet 2021 montre depuis plusieurs années que Flamengo demeure le club le plus populaire du pays avec plus de 42 millions de supporteurs. Les Corinthians occupent la seconde place avec près de 30 millions de fans et São Paulo arrive seulement en 3ème position (17 065 411 fans). D’autre part, São Paulo n’est pas le seul club à s’attitrer ce surnom de « plus aimé » à travers le pays. Il faut dire qu’un club peut toujours trouver un périmètre géographique ou temporel qui lui permet d’affirmer cela.

Pour São Paulo, ce surnom puise son origine dans les années 1940 et il est important de se remémorer le contexte. Avant 1930, l’Etat fédéral brésilien, qui était faible face aux Etats régionaux, était présidé par alternance par l’un des gouverneurs des deux grands états producteurs de café, São Paulo et Minas Gerais. Mais, alors que le représentant de Minas Gerais devait arriver au pouvoir, le président en place, un pauliste, Washington Luís, manœuvra pour favoriser l’élection du gouverneur de São Paulo, Júlio Prestes. Après plusieurs tentatives de conciliation, Getúlio Vargas, soutenu par l’Etat de Minas Gerais, arriva à la présidence brésilienne suite à un coup d’Etat, le 4 octobre 1930. A partir de 1937, Vargas imposa un régime autoritaire avec une volonté de réaffirmer la puissance de l’Etat centrale face aux pouvoirs régionaux. Ainsi, Vargas promut l’incinération sur la place publique de tous les drapeaux d’État et l’utilisation des symboles des États régionaux devint strictement interdite et criminalisée. Autant dire que Vargas n’était pas en odeur de sainteté dans l’Etat de São Paulo. En 1936, Vargas lança un programme national de soutien au sport. Comme souvent dans les dictatures, le sport était le principal vecteur de communication pour vanter les mérites du régime. Ainsi, la construction d’un nouveau stade fut démarrée à São Paulo avec l’idée de montrer la modernité et la puissance de l’Etat brésilien (dans la même logique de vitrine politique qui prévalut à la construction du stade olympique de Berlin en 1936 et le Foro Italico à Rome à la même époque).

Le 27 avril 1940, la nouvelle enceinte de São Paulo, du nom d’Estádio do Pacaembu, fut inaugurée devant un public de près de 70 000 personnes, en présence du président Vargas et du maire Prestes Maia. Outre le match inaugural entre Palmeiras et Coritiba, les festivités incluaient également un défilé des principales associations sportives de la ville. São Paulo FC réalisa son entrée dans le stade en dernier et, avec son nom et ses couleurs similaires à ceux de l’Etat de São Paulo (cf. #25), ce fut l’occasion d’une nouvelle manifestation politique par les spectateurs qui avaient déjà hué le président Vargas lors de son apparition. Ainsi, la presse rapporta que la foule se leva en applaudissant et en criant avec enthousiasme « São Paulo, São Paulo, São Paulo ! », en pointant vers la tribune d’honneur où se trouvait le président. Contrairement aux autres équipes qui avaient été applaudit par leurs seuls supporteurs présents, São Paulo FC reçut l’acclamation de l’ensemble du stade, ce qui fit dire qu’elle était l’équipe la plus aimé alors même que le club était récent dans le paysage pauliste (fondation en 1930) et était un nain (en termes de palmarès et de notoriété) face au Corinthians et à Palmeiras, les deux grands de la ville. Le président Vargas aurait déclaré aux personnes présentes après avoir remarqué la réaction du public à la réception de la délégation de São Paulo « Ao visto, este é o clube mais querido da cidade » (Il s’avère que c’est le club le plus aimé de la ville). Le lendemain, le journal « Folha da Manhã » écrivit « O público esportivo propriamente dito demonstrou quanto é querido o S. Paulo F.C., pois, ainda que apresentasse pequena turma, recebeu calorosas palmas, sendo o nome ovacionado deliberadamente » (Le public sportif lui-même a démontré combien le S. Paulo F.C. est aimé, car, bien qu’il avait une petite audience, il a reçu de chaleureux applaudissements, le nom étant ostensiblement acclamé). Le journal « Gazeta » titra « O Clube Mais Querido da Cidade » , accompagné d’une photo de la délégation avec un drapeau de São Paulo. Après les évenements, le Département d’État de la Presse et de la Propagande (en clair l’organe de censure officielle) organisa un sondage public pour savoir quel était le club le plus aimé de la ville. Evidemment, Corinthians et Palmeiras apparaissaient comme les favoris car ils comptaient un grand nombre de supporters à l’époque. Cependant, le résultat fut surprenant puisque sur 11 528 votes, Sao Paulo FC emporta nettement le sondage avec 5 523 votes en sa faveur, soit 47,90% des votants. Il reçut plus du double de votes par rapport au second, Corinthians, avec 2 671 votes, qui devançait de moins de 100 voix l’autre grand, Palmeiras.

#803 – Brentford FC – the Bees

Les abeilles. Avec cette magnifique abeille en majesté sur l’écusson du club, ce surnom s’est imposé pour le club quasiment au début de son existence. Mais, ce n’est pas sa présence sur le blason, ni même l’utilisation de maillot rayé par le club (dont les couleurs ne furent jamais proches de celles des abeilles) qui furent la source d’inspiration de ce surnom.

Fondé en 1889, il apparut dans les années 1894-1895 alors que l’équipe comptait dans ses rangs un attaquant d’une vingtaine d’année dénommé Joseph Gettins. Il connaîtra une certaine renommée avec Millwall et Middlesbrough mais dans ces années 1890, il était encore qu’un jeune étudiant du Borough Road College. Lors d’un match, ces camarades de l’école vinrent le voir jouer et scandèrent des tribunes le cri de guerre du collège « buck up Bs » (bougez vous les B – B pour Borough). Mais, le lendemain, les journalistes dans leurs articles retranscrirent mal le chant et le transformèrent en « buck up bees » (bougez vous les abeilles). Dans une autre version, le chant fut d’abord mal repris par l’ensemble des supporteurs dans le stade et le lendemain, la presse écrit l’erreur. Et voilà donc plus de 120 ans que ce malentendu perdure.

Le blason fit référence à ce surnom qu’à compter des années 1960. D’abord sous la forme d’une ruche qui se mariait avec les armes du Conseil de comté de de Middlesex (3 haches de mer). Puis, en 1972, un supporteur remporta un concours avec un blason intégrant directement cette fois et uniquement une abeille. Toutefois, il indiqua dans l’écusson l’année 1888 comme année de fondation du club, ce qui était une erreur (1889 réellement). Le logo fut remplacé dès 1975, abandonnant l’abeille au passage. Pour le centenaire du club en 1989, l’abeille refit son apparition sur l’écusson, sous une forme plutôt sympathique (elle arborait un beau sourire et portait une écharpe et un bonnet du club). En 1993, Andrew Henning, supporter de Brentford, conçoit un nouveau divisé en quatre quartiers qui s’inspirait des anciens. En haut à droite, deux abeilles butinent autour d’une ruche. Le quartier inférieur droit indique qu’il s’agit d’un club de football. En haut à gauche, les fameuses rayures rouges et blanches du club, réhaussées par la date de fondation (la bonne cette fois). Enfin, le quartier inférieur gauche arbore les fameuses 3 haches de mer des armoiries du comté. En 2017, nouvelle « révolution » marketing qui impose le logo actuel et souligne particulièrement l’identité du club en tant que « The Bees » .

#802 – ABC FC : Elefante da Frasqueira

L’éléphant de Frasqueira. Fondé en 1915 une quinzaine de jours avant son grand rival de l’América Natal, le club adopta comme mascotte l’éléphant, lors de la première période de présidence de Judas Tadeu Gurgel (entre 1998 et 2009). En 2010, le service marketing d’ABC donna vie à la mascotte en créant les personnages de Fantão et Fantinho, qui animent les débuts de matchs et les mi-temps. En 2021, ce département poussa un peu plus loin l’exploitation de cette identité en créant un troisième maillot reproduisant la peau du pachyderme. Mais pourquoi avoir pris l’éléphant comme mascotte alors que cet animal ne vit pas du tout au Brésil ? Lors de la saison 1997, le club fit ses débuts en série B (seconde division brésilienne) par un match à domicile contre Santa Cruz de Recife et une victoire 3 à 0. Le lendemain, le 10 août 1997, dans le quotidien « Dário de Natal », le journaliste Edmo Sinedino et le dessinateur Ivan Cabral représentèrent ABC sous la forme d’un éléphant écrasant le serpent corail, mascotte du club de Santa Cruz FC. L’idée de l’éléphant était d’indiquer que le club était aussi grand, de mettre le club au même niveau que l’Etat du Rio Grande do Norte (où se situe la ville de Natal). En effet, cet Etat est souvent comparé à un éléphant car ses frontières dessinent la silhouette d’un pachyderme. En outre, l’animal montrait la force de l’équipe.

Situé sur la Rota do Sol, dans le quartier de Ponta Negra, le stade du club de 18 000 places se nomme Maria Lamas Farache, mais est plus communément connu sous le nom de Frasqueirão.

#790 – Genoa CFC : il Vecchio Balordo

Vieux fou. Le terme fait parfois débat car il semble désobligeant pour l’équipe ligurienne. Pourtant, ce surnom est largement répandu parmi les supporteurs génois et il s’agit du terme affectueux donné par le célèbre Gianni Brera à son bien-aimé club. Journaliste pour « La Gazzetta dello Sport » , « Il Guerin Sportivo » , « La Repubblica » et plusieurs autres publications, Brera couvrit le calcio pendant de nombreuses années et se distingua par son style épique. Surtout, il n’hésitait pas à créer de nouveaux mots qui marquèrent le vocabulaire footbalistique italien comme international (tels que libero, catenaccio, goleador …). Ses néologismes ont même fait l’objet d’un mémoire de fin d’études. Il est considéré comme le journaliste sportif italien le plus influent du XXème siècle.

Outre son amour des mots, il était également un fan du Genoa et déclarait « Quando il Genoa già praticava il football gli altri si accorgevano di avere i piedi solo quando gli dolevano » (Quand Genoa jouait déjà au football, les autres réalisaient qu’ils avaient des pieds que lorsqu’ils avaient mal). Brera était un brin nostalogique de l’âge héroïque du football italien quand le Génoa remporta 9 championnats entre 1898 et 1924. Il possédait notamment l’original de la charte de constitution du Genoa. Evidemment pour décrire son club de coeur, il ne pouvait le faire qu’avec une image riche et il le qualifia de vecchio balordo. Au travers de ces mots, qui ne se voulaient pas offensants ni pour le club, ni pour ses supporteurs, Brera faisait mouche et décrivait le club comme « strampalato, inaffidabile vecchio balordo » (vieux fou bizarre et peu fiable).

Gênes, dont l’étymologie changea au Moyen-Âge pour la lier au dieu romain Janus, protecteur des portes et ayant deux visages, présente également deux faces : l’une tournée vers la mer, l’autre vers les montagnes environnantes. Cette dychotomie donna une réputation à la cité d’être un peu étrange, incertaine. Ce vieux fou relevait donc cette caractéristique de la ville mais aussi l’imprévisibilité de son équipe de football. Car, tout au long de son histoire, le Genoa pouvait alterner football champagne et football moche. Une équipe capable d’exploits impossibles puis de s’effondrer incroyablement face à un club modeste. C’était notamment le cas dans les années 1970 quand le club fréquentait la Serie C.