#1471 – Club Necaxa : los Rayos

Les éclairs. Il existe une petite confusion fréquente dans le football mexicain puisque le surnom los rayos est transformé en los rayados (Les Rayés). Il est vrai que le maillot du Club Necaxa affiche des bandes rouge et blanche. Mais, ce surnom los rayados appartient historiquement au CF Monterrey, un autre club emblématique du Mexique, célèbre pour son maillot à rayures bleues et blanches (cf. #214).

Le lien historique du club avec l’industrie électrique est à l’origine de la création de ses surnoms (los Electricistas – cf. #39 – et los Rayos). Necaxa fut fondé en 1923 par un ingénieur anglais, W.H.Frazer, directeur de la société électrique Luz y Fuerza del Centro. Pratiquant le football dans sa jeunesse et convaincu que le sport était bénéfique pour la santé des travailleurs, il fusionna l’équipe de football de Luz y Fuerza del Centro et celle de la société de transport, Tranvías, au sein de cette nouvelle structure. Le club prit le nom de Necaxa, le fleuve dont la puissance alimente un complexe de centrales hydroélectriques qui fournit l’énergie électrique à la ville de Mexico. Située dans la Sierra Norte de Puebla et démarrant ses services en 1905, ce système est considérée comme le berceau de l’industrie électrique au Mexique et en Amérique latine. Il comprend une succession de barrages en cascade (dont celles de Necaxa, Tepexi, Patla, etc.) et a une capacité totale de plus de 200 MW, la centrale principale de Necaxa ayant une capacité de 109 MW. En outre, en 1943, alors que le professionnalisme gagnait le Mexique, le club n’y résista pas et se retrouva en quasi-faillite. Soutenu puis repris par le syndicat mexicain des électriciens (Sindicato Mexicano de Electricistas), le club put continuer son existence.

Et ce fut encore une quasi-disparition du club qui mena à la création du surnom los rayos. En 1971, en raison d’importantes difficultés financières, le Necaxa fut vendu à des investisseurs espagnols qui décidèrent purement et simplement de supprimer l’identité du club (changement de nom pour Atlético Español, changement des couleurs pour le noir et le blanc), provoquant la colère des supporters. Après 9 ans (le 21 juillet 1982), le géant des médias mexicains Televisa racheta l’équipe et la première décision fut de rendre au club son nom historique. Puis, la nouvelle direction souhaitait relancer la marque avec une identité plus moderne et percutante. Le surnom historique de los Electricistas était perçu comme trop long et trop industriel pour la télévision et le marketing sportif. Ils décidèrent de raccourcir et de dynamiser le concept en devenant officiellement los Rayos. Ce nouveau surnom permettait de conserver l’héritage historique lié aux compagnies d’électricité, tout en donnant aux joueurs une image beaucoup plus agressive, rapide et moderne sur le terrain.

#1470 – CS Marítimo Funchal : os Leões

Les lions. En 1910, le Club Sport Marítimo fut fondé avec la volonté de représenter les classes ouvrières du port de Funchal. Il afficha alors un fort engagement politique en adoptant des tenues composées d’une bande verte et d’une bande rouge, les couleurs du mouvement républicain et de la toute nouvelle République portugaise (cf. #94). L’association rentrait aussi en confrontation avec le CS Madeira, le club des élites de l’île, qui reprennait les couleurs de la monarchie.

Dans les années 1910, la nouvelle formation du Marítimo gagna vite une certaine réputation, en affrontant avec succès divers groupes sportifs locaux ainsi que les équipages des navires transitant par le port de Funchal. Cette notoriété atteignit le continent et le journal lisboète « O Século » écrivait en 1912 « O grupo madeirense tem fama de invencível, porque até hoje não o conseguiram vencer os franceses, os ingleses e alemães de passagem pela Madeira » (L’équipe de Madère a la réputation d’être invincible, car à ce jour, ni les Français, ni les Anglais, ni les Allemands de passage à Madère ne sont parvenus à la vaincre). Ayant entendu parler de la qualité des joueurs de l’équipe de Funchal, Cosme Damião, directeur du Benfica, invita le Maritimo pour affronter les clubs lisboètes en 1912. Une nouvelle tournée fut organisée en 1913. Grâce à une tactique révolutionnaire supportée par de bons joueurs, Marítimo obtint quelques succès de prestige et malgré les défaites, les journaux louaient la qualité de l’équipe comme « O Século » qui indiquait que « O team campeão de Lisboa venceu por 3-1 o C.S. Marítimo, mas a sua vitória foi difícil e obtida com trabalho. O team do Funchal é o mais forte que nos tem visitado » (L’équipe championne de Lisbonne s’est imposée 3-1 face au CS Marítimo, mais sa victoire a été chèrement acquise. L’équipe de Funchal est la plus forte que nous ayons rencontrée) ou « Sports Ilustrado » « O C. S. Marítimo provou no seu primeiro match que não era exagerada a fama de que vinha precedido » (Le CS Marítimo a prouvé dès son premier match que la réputation qui le précédait n’était pas exagérée). En 1914, la renommée du « champion invincible de Madère » s’exporta hors du Portugal et un club des îles Canaries invita le Marítimo pour des matchs amicaux.

En 1916-1917, la toute jeune fédération de Madère lança le premier championnat de l’île que le Marítimo remporta. Cette victoire fut une confirmation importante pour le club car elle faisait taire les critiques qui ne croyaient pas à la supériorité de l’équipe ou qui avaient cherché des justifications extra-sportives pour expliquer les défaites des autres clubs face au Marítimo durant les 6 dernières années. Lors de cette saison victorieuse, le club décida de modifier son écusson (qui était seulement composé de symboles maritimes – une rame, une bouée, un harpon et une ancre). Un nouveau blason fut créé par José Inês Ramos, un dessinateur de la maison de broderie Hughs à Funchal, qui conservait les racines maritimes du club, exprimées par la roue de navire mais un lion y fut ajouté, symbolisant la force du nouveau champion de Madère, marqué par son invincibilité durant 7 ans dans son antre d’Almirante Reis. En outre, le symbole du lion permit aussi de renforcer l’opposition avec le CS Madeira, le grand rival local, qui arborait un aigle au centre de son emblème. Quoi de mieux que le roi des animaux face au majestueux oiseau.

Dès lors, l’intégration de cet animal sur le blason conduit durablement à l’adoption du surnom de Leões pour désigner l’équipe, celle-ci devenant également indissociable de la figure du Leão do Almirante Reis (le Lion d’Almirante Reis) ou Leões da Madeira (les Lions de Madère).

#1469 – AA Estudiantes : el León del Imperio

Le lion de l’empire. L’Asociación Atlética Estudiantes, basée à Río Cuarto dans la province argentine de Córdoba, porte un surnom majestueux : El León del Imperio. Ce pseudonyme s’enracine profondément dans l’histoire géographique, culturelle et sportive de sa région. Pour le comprendre, il faut le diviser en deux parties : l’histoire du territoire et le symbole de l’équipe.

La mention de l’Empire ne fait pas référence à un palmarès ou à une conquête sportive du club, mais à la ville elle-même. En Argentine, située à 215 kilomètres au sud de Córdoba et à environ 575 kilomètres de Buenos Aires, Río Cuarto est historiquement et familièrement surnommée El Imperio del Sur (L’Empire du Sud). À la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, Río Cuarto connut un développement économique (notamment agricole) fulgurant. Elle se positionna rapidement comme le centre névralgique et la capitale officieuse du sud de la province de Córdoba. Forte de son autosuffisance, de ses infrastructures de pointe pour l’époque et d’une bourgeoisie locale influente, la ville développa une identité très forte, cultivant une certaine rivalité et une volonté d’indépendance vis-à-vis de la capitale provinciale (Córdoba). Ce dynamisme économique et cette fierté territoriale lui ont valu ce titre d' »Empire » . La petite histoire raconte qu’en avril 1890, le gouvernement provincial destitua le maire de la ville, Andrés Terzaga, élu un an auparavant, et imposa une commission à sa place. Ceux qui défendaient l’autonomie locale auraient été alors qualifiés d’impérialistes, et le surnom leur est resté. En intégrant dans son surnom ce terme, l’AA Estudiantes s’affirme comme l’ambassadeur sportif de cette cité singulière.

L’identité visuelle de l’AA Estudiantes s’est construite autour de la figure du lion pour symboliser la bravoure, la souveraineté et surtout la garra (la combativité acharnée, typique du football argentin) de l’équipe. Le choix du félin sert à projeter une image de gardien redoutable, prêt à défendre son territoire, son enceinte contre les institutions historiques de Buenos Aires ou de Rosario. On ne sait pas quand cette image est apparue. Peut-être au début des années 1920, quand, entre 1919 et 1925, le club remporta 7 championnats consécutifs, s’imposant comme l’un des clubs les plus puissants de la région. Où alors dans les années 1980 quand l’équipe évolua pendant 3 saisons (1983, 1984 et 1985) et pour la première fois dans l’élite argentine.