Les piqueurs de rats. Le surnom pincharratas, souvent raccourci en pinchas, provient d’une personne dénommée Felipe Montedónica, Né en 1898 à Olavarria, Felipe était un fan de l’Estudiantes depuis la fondation du club, et il commença à aller au stade dès ses 13 ans. Depuis les années 1910, Felipe et son petit frère travaillaient au marché où ils déchargeaient des fruits ou comme cireurs de chaussures. De nombreux rats vivaient au marché et les deux frères les poursuivaient, piquaient avec une grosse fourchette. Ainsi, il héritèrent du surnom de pincharratas. Ce surnom les accompagna au stade et commença à s’appliquer à leur groupe d’amis et au final à l’ensemble des supporteurs de l’Estudiantes. Une autre version raconte que ce surnom est lié au fait que de nombreux supporteurs étaient des étudiants. Or, ces derniers utilisaient des rongeurs dans le cadre de leurs expérimentations au laboratoire de la Faculté de Médecine.
Étiquette : Supporteurs/Club de fan
#120 – Villarreal CF : Submarino amarillo
Le sous-marin jaune. En valencien, le terme est submarí groguet. De sa création en 1923 jusqu’en 1946, Villarreal jouait en maillot blanc et short noir. Puis, en 1946, le club opta pour le jaune. Ce changement de couleur ne résultait pas d’un choix symbolique, comme de reprendre l’une des couleurs des armoiries de la ville (constituées des fameuses pals d’Aragon, 4 rayures verticales rouges sur fond jaune) mais d’une pure coïncidence. Manuel Vilanova, directeur au sein du club de Villarreal, étudiait pour devenir entraîneur à Valence. Le club le chargea lors d’un de ses séjours à Valence d’acheter des maillots pour l’équipe. Mais, juste après la guerre, il y avait quelques pénuries et en l’occurence, il ne trouva pas de maillot blanc dans la boutique habituelle. Le magasin lui proposa alors des maillots de couleur jaune, qui présentaient l’avantage d’être disponibles et moins onéreux. Ce jeu de maillots avec le changement fut acceptés par la direction du club.
Cette uniforme intégralement jaune engendra aussi la naissance de ce surnom lors de la saison 1967-1968. À cette époque, le club de Castellón n’était qu’une humble et simple équipe de football de village, luttant dans les divisions régionales et cherchait à remonter en troisième division. Egalement, l’année 1966 fut marquée par la chanson des Beatles « Yellow Submarine » qui eut une grande popularité en très peu de temps, restant pendant des mois au n°1 des principaux charts mondiaux. Le thème de la chanson atteignit son apogée deux ans plus tard, en 1968, avec la production d’un film d’animation (réalisé par George Dunning), du même nom, présentant un fond psychédélique avant-gardiste, et mettant en vedette les quatre garçons de Liverpool. Bien que l’Espagne à cette période connaissait la dictature de Franco et subissait une censure forte, la chanson fit également son chemin parmi les jeunes Espagnols de l’époque. Notamment grace au groupe espagnol Los Mustang qui enregistra la même année 1968 une version en espagnol qui popularisa la chanson des Beatles (130 000 copies vendus, le double de la chanson originale), et en particulier le refrain.
Donc, lors de cette année 1967, les joueurs comme les supporteurs se retrouvaient régulièrement au bar La Granja et mettaient le juke-box pour animer les soirées. Et naturellement, le titre des Beatles faisaient fureurs. Résultat, après la promotion acquise, les supporteurs de Villareal se retrouvèrent au bar et se mirent à crier le refrain en espagnol « Amarillo el Submarino es, amarillo es, amarillo es » (Jaune le sous marin est, jaune est, jaune est). La chanson fut reprise dans le stade de Villareal et une Peña (la peña hispania) fit également voler des ballons, au dessus du stade, auxquels étaient accrochés une bannière. Celle-ci affichait un sous-marin jaune accompagné d’un message : « El Submarino Amarillo avanza a toda presión y ha conseguido el ascenso a tercera división. 1º Campeón » (Le sous-marin jaune avance sous la pression et accède à la 3ème division, Champion). Ainsi, cette référence musicale faisait non seulement le lien avec la couleur de l’équipe, mais aussi à sa capacité à émerger à la fin de chaque saison. Dès 1970, la presse reprenait ce surnom. En 2001, la mascotte du club prit la forme d’un sous-marin à l’expression humaine. Et aujourd’hui, lorsque les joueurs de Villarreal entrent sur le terrain, la chanson résonne dans le stade de la Ceremica.
#97 – Everton FC : Toffees
Toffees (ou Toffeemen) qui fait référence à une sucrerie, un caramel. Il s’agit du surnom le plus commun d’Everton. Son origine est floue mais certainement liée à une confiserie se situant près du club. La version la plus admise fait mention de l’échoppe nommée Mother Noblett’s Toffee Shop. Elle avait l’avantage commerciale de se situer non loin de Goodison Park, le stade où le club s’installa en 1892 et d’y vendre les Everton Mint, un bonbon enveloppé dans un papier rayé noir et blanc, rappelant un ancien maillot du club. L’autre version rappelle une autre confiserie, Ye Anciente Everton Toffee House, qui se trouvait tout proche de l’hôtel Queen’s Head, siège officieux du club à ses débuts.
Peu importe l’origine puisqu’elle donna lieu à la même tradition, la Toffee Lady. Des jeunes filles distribuent avant les matchs aux spectateurs des bonbons. De quoi faire passer peut-être le gout amer des défaites et la suprématie du rival, Liverpool … . Mais, même cette tradition a sa propre légende. Une dame appelée Old Ma Bushell avait l’habitude de vendre de grandes quantités de caramels les jours de match près des anciens terrains où jouait Everton (Stanley Park, Priory Road et Anfield). Cependant quand Everton déménagea à Goodison, il y avait un vendeur de caramels déjà établi (Mother Nobletts) près de la nouvelle enceinte. Ma Bushell négocia et obtint la permission du club de vendre ses Toffees à l’intérieur du stade.
Il existe aussi une autre théorie beaucoup plus méconnue. Toffee était aussi un terme argotique pour désigner un Irlandais. Or, il existait une grande communauté irlandaise à Liverpool au XIXème siècle qui avait tendance à supporter Everton.
#79 – Fluminense : o Pó de Arroz
Poudre de riz. C’est un surnom original pour une équipe de football, sachant que la culture du riz est plutôt faible à Rio de Janeiro. Tout remonte à 1914. Pour le compte du championnat carioca, Fluminense rencontrait America le 13 mai 1914. Le match se solda par un 1-1. Sur le terrain, du côté de Fluminense évoluait Carlos Alberto, un joueur métis âgé de 17 ans qui venait de quitter l’America. Avant le match, il s’était mis de la poudre de riz sur son visage, blanchissant une partie de sa tête. Mais, avec la sueur, ce masque commença à disparaître. Les fans de l’America, mécontents du transfert du joueur, le reconnurent et scandèrent à l’encontre des joueurs de Flu « Pó de Arroz ! Pó de Arroz ! » (Poudre de riz ! Poudre de riz !). Mais pourquoi les supporteurs de Fluminense le prirent très mal au départ ?
Selon la légende, l’affaite ressurgit plus de 30 ans plus tard lorsque, dans une chronique publiée dans le « Jornal dos Sports », le journaliste Mário Filho affirmait que Carlos Alberto utilisa de la poudre de riz pour dissimuler sa peau noire car Fluminense était un équipe élitiste où seul les joueurs blancs étaient appréciés. Il est vrai qu’à sa création, si les fondateurs étaient d’origine ou de nationalité anglaise, suisse ou allemande, ils venaient tous des classes huppées de la ville et étaient tous blancs. Très vite, le club fut supporté par la bourgeoisie et les classes moyennes qui n’étaient pas, à cette époque, ouvertes aux populations noires et métisses. Même le club aujourd’hui reconnaît qu’il existait un racisme institutionnel au sein de sa structure au début du XXème siècle. Cette histoire se renforça par le fait que Carlos Alberto était le seul joueur de couleur du côté de Fluminense lors de ce match. Enfin, la rencontre se déroula un 13 mai, date de commémoration de la loi d’or (en portugais : Lei Áurea), signée le 13 mai 1888 et qui abolit l’esclavage au Brésil (renforçant le symbolisme, la portée de l’insulte de l’America).
Pourtant, aujourd’hui, les supporteurs de Fluminense se sont appropriés le surnom. Certainement car sa connotation ne serait pas raciste. Quand Carlos Alberto évoluait à l’America, il avait déjà cette habitude de se mettre de la poudre de riz. Selon un de ses coéquipiers à Fluminense, également ancien joueur de l’America, Marcos Carneiro de Mendonça, cette poudre de riz n’avait pas pour objectif de cacher sa couleur de peau mais servait à apaiser sa peau après s’être rasé. Et il est vrai qu’à l’époque la poudre de riz était appliquée sur la peau pour cacher les boutons, les tâches et les crevasses ainsi que la soulager après le rasage. D’ailleurs, Carlos Alberto avait seulement 17 ans et certainement un peu d’acné encore.
Coquetterie, honteuse ou curative, cette poudre de riz a laissé une trace indélébile sur la peau de Fluminense. En particulier, à l’entrée des joueurs dans le stade, les supporteurs de Fluminense accueillent leurs joueurs en jetant de la poudre de riz et du talc.
#69 – KAA Gent : de Buffalos
Les buffalos. En anglais, buffalo se rapporte aux buffles (ou bison d’Amérique du Nord) qui est dérivé de l’italien bufalo. Mais, dans le cas de ce club, ce n’est pas l’animal directement auquel il est fait référence. En effet, les supporteurs crient « Buffalo ! Buffalo ! » à l’entrée des joueurs sur le terrain et ce cri donna le surnom au club. Mais pourquoi crier Buffalo ?. La légende officielle veut que ce surnom vient de Buffalo Bill. Cela explique alors assez facilement ce cri. A la fin du XIXème siècle et au début du XXème, Buffalo Bill n’était plus l’aventurier à la conquête de l’Ouest. Son surnom (son vrai nom était William Frederick Cody) provenait du fait qu’il était un chasseur de bison et fournissait en viande de bison les employés des chemins de fer Kansas Pacific Railway. Donc, de 1882 à 1912, Buffalo Bill fut la vedette d’un spectacle dénommé Buffalo Bill’s Wild West qui recréait l’atmosphère de l’Ouest américain et la vie des pionniers (chasse aux bisons, attaque de diligence, présence de vrai indiens …). Véritable succès populaire, le spectacle réalisa plusieurs tournées dans les villes européennes (Paris, Londres, Berlin, Rome, Barcelone …) et notamment à Gand (le 20 et 21 Septembre 1906). Lors de son passage dans la ville belge, le cirque, avec ses roulottes décorées de visages d’Indiens, prit ses quartiers à côté du stade. A l’intérieur du chapiteau, les spectateurs encourageaient Buffalo Bill en scandant « Buffalo! Buffalo! Wild West Ra! ». Un des événements du spectacle était un match de football à cheval (Soccer on Horseback) où les cavaliers avec leur monture jouaient un match de football avec un ballon de la taille d’un cheval. Le spectacle connut un grand succès et le cri fut alors repris plus tard dans le stade des supporteurs du club.
Si cette légende est la plus communément admise, d’autres pensent que le surnom ne provient pas de Buffalo Bill. En effet, le symbole du club est une tête de chef indien qui est apparu à partir des années 1920, soit bien après le passage de Buffalo Bill. Selon cette autre version, lors des Jeux olympiques d’été de 1920 à Anvers, les athlètes gantois Henri Cocquyt et Omer Smet avaient été surpris d’entendre les supporteurs américains crier pour encourager leurs sportifs. Ils décidèrent alors de créer le cri « Buffalo » pour s’encourager. Ce cri fut alors repris dans le club d’athlétisme de Gand et finit par venir jusqu’au stade de foot. Si en termes de date, cette version colle mieux, il n’empêche qu’il est assez étonnant d’inventer un cri et surtout signifiant « Buffalo ».
#22 – Beşiktaş JK : Kara Kartallar
Les Aigles Noirs, emblème du club. Champion les deux dernières saisons, Beşiktaş débuta la saison 1940-41 avec une équipe jeune et renouvelée. Au fil des semaines, le club était en tête du championnat avec une avance conséquente. Le dimanche 19 janvier 1941, 5 semaines avant la fin de la saison, Beşiktaş affrontait le club de Süleymaniye. L’équipe, qui portait des maillots entièrement noirs, comme dans la plupart des matches de cette saison, développa comme à son habitude un beau football et, bien que menant confortablement, Beşiktaş ne fermait pas le jeu et attaquait sans cesse pour le plus grand plaisir de ses fans. Dans les tribunes du stade Şeref, une voix d’un supporteur, un pêcheur appelé Mehmet Galin, se fit entendre « Haydi Kara Kartallar. Hücum edin Kara Kartallar » (Allez les Aigles Noirs, Attaquez les Aigles Noirs). D’autres supporteurs scandèrent alors ce refrain. Le club remporta le match 6-0, avec 3 magnifiques buts marqués par Şeref Görkey, et un but de Hakkı, de Şakir et de Şükrü. Son jeu direct, offensif, pratiqué par des joueurs tout de noir vêtus rappelait des aigles noirs. Des milliers de fans et de journalistes après le match reprirent ce surnom. Au-delà de ce match, la saison 1941 fut celle des records pour Beşiktaş. Les joueurs remportèrent tous les matchs du championnat, inscrivant au passage 84 buts en 18 matches. Un championnat qui fut survolé par un aigle.
Retraité de la société de tramway d’Istamboul, Mehmet Galin vivait près du stade de Beşiktaş. Fan dévoué de Beşiktaş, il ne manquait pas un entrainement ou un match de l’équipe. La métaphore des « Aigles noirs » lui vint certainement par la puissance développée par son équipe de cœur et le fait qu’il portait des maillots intégralement noirs. Mais également peut-être que ses origines égyptiennes jouèrent un peu, l’Aigle occupant une place importante dans la culture égyptienne comme sa présence sur le drapeau national. Mehmet Galin fut surnommé « Karakartal Mehmet » par son entourage jusqu’à son décès.
#7 – CR do Flamengo : Urubu
Les vautours. Là encore, l’animal, mascotte du club, a naturellement donné son surnom au club. Néanmoins, pour Flamengo, ce surnom n’était pas au départ admis par les supporteurs du club. Dans les années 1960 , les fans rivaux commencèrent à appeler les supporteurs de Flamengo, les « vautours ». Il s’agissait d’une allusion raciste à la grande masse des fans du club, descendants des africains et provenant plutôt des classes populaires. Evidemment, le surnom était offensant et donc pour les fans de Flamengo, il s’agissait d’une insulte … jusqu’au 31 mai 1969.
Ce jour-là, Flamengo affrontait son rival de Botafogo qu’il n’avait plus vaincu depuis 4 ans. Pendant la semaine qui précédait la rencontre, les fans de Botafogo s’en donnèrent à cœur joie en traitant les supporteurs de Flamengo d’Urubu. Quatre amis âgés de 18 à 20 ans (Victor Ellery, Romilson Meirelles, Luiz Octávio Vaz et Erick Soledade), habitants de Leme, dans la zone sud de Rio, étaient déterminés à se venger, en captivant un vautour et en relâchant le jour du match. Dimanche après-midi, jour du match, les fans de Botafogo reprirent leur insulte et scandèrent que Flamengo était une équipe de « vautours ». Dans un Maracanã bondé, les 4 amis accrochèrent un drapeau du Flamengo au pattes de l’animal et le laissèrent alors prendre son envol. Fatigué, le vautour fit un petit tour au-dessus des travées, mais suffisant pour surprendre les supporters de Botafogo. Du côté de Flamengo, les tribunes vibraient en criant « É urubu, é urubu! » (C’est le vautour, c’est le vautour !). Flamengo gagna le match 2-1. Le lendemain du match, le quotidien « Globo » titrait « Urubu pousa na sorte do Botafogo » (Le vautour se pose sur la chance de Botafogo). Le journaliste Nelson Rodrigues raconta l’épisode de l’oiseau dans sa chronique et, dans le journal « Jornal dos Sports », le caricaturiste Henfil dessina, sous des traits vivants, l’animal en symbole du club. Malheureusement, le vautour fut abandonné à son sort et retrouvé sans vie le lendemain du match. Deux jours après son apparition acclamée, O Globo rapporta « Urubu que a torcida elegeu não teve sorte: morreu de fome. […] Quem realmente ficou triste foram os serventes do Maracanã, que ontem faziam a limpeza do estádio. Quase todos são torcedores do Flamengo, e gostariam que o novo símbolo da torcida ficasse vivo, para ser solto em triunfo diante da sede da Gávea, se o clube for campeão » (Le vautour choisi par les supporters n’a pas eu de chance : il est mort de faim. […] Ce sont les ouvriers du Maracanã qui nettoyaient le stade hier qui étaient vraiment tristes. Presque tous sont des supporters de Flamengo, et ils aurait aimé que le nouveau symbole des supporters reste en vie, pour être libéré en triomphe devant le siège de Gávea si le club remporte le championnat). Toutefois, la tradition fut perpétuée au match suivant puisqu’un nouveau vautour fut relâché lors du match face à Vasco.
Jusqu’à cette date, le célèbre marin Popeye était la mascotte du club. Créée en 1942 par le dessinateur Lorenzo Molas pour le « Jornal dos Sports », qui avait dessiné un personnage pour représenter chaque club participant au championnat Carioca, Popeye rappelait le sport qui donna naissance au club, l’aviron. En outre, pour Molas, Popeye représentait la bravoure et la capacité de Flamengo à renverser des situations presque impossibles. Alors que Popeye tirait sa force des épinards, celle de Flamengo provenait de ses supporters. Suite au vol du vautour, l’oiseau fut consacré comme mascotte du club, prenant la place de Popeye, et le surnom fut accepté par les fans.
