#487 – FK Teplice : Skláři

Les verriers. Fondé juste après la Seconde Guerre mondiale, en 1946, le FK Teplice se construisit sur les bases de l’ancien club de la ville, disparu en 1939, Teplitzer FK. Jusqu’en 1966, le club changea régulièrement de nom (Slovan, Sokol, Tatran), accompagnant également les changements de sponsor. En 1966, le club modifia une nouvelle fois son nom pour intégrer son nouveau parraineur, l’entreprise de verre, Sklo Union. Cette société, créée en un an auparavant, avait son siège à Teplice et visait à unir toutes les verreries tchèques et moraves produisant du verre pressé. Ces usines se trouvaient à Rosice, Hermanova Hut, Nemsova, Rudolfova Hut et Libochovice, les deux derniers étant les plus proches de Teplice.

Au début des années 90, la société se retrouva démantelée et privatisée, conduisant à sa liquidation en 1996. Aujourd’hui, le principal sponsor du club est l’entreprise AGC, société belge, filiale du groupe japonais Asahi Glass Co., fondée en 1907 et leader mondial en verre plat. AGC fabrique du verre pour la construction, pour les constructeurs automobiles et des industries spécialisées telles que transports et électroménager. 

L’industrie du verre en Tchéquie et en particulier à Teplice relève d’une longue tradition et bénéfice d’une certaine renommée. Dès l’antiquité, les populations celtes établies en Tchéquie produisaient de verre de qualité.  À partir du 8ème siècle, l’industrie du verre redémarre timidement en Tchéquie et Moravie. Puis, avec l’arrivée des allemands au XIIIème siècle, la fabrication s’améliora au point d’atteindre un premier age d’or au XVIème siècle, concurrençant alors les verres de Venise. La guerre de Trente ans marqua un coup d’arrêt et, seulement au XVIIème siècle, la région regagna ses lettres de noblesses avec un verre si transparent qu’il se fit connaître sous le nom de « cristal tchèque ». Entre 1720 et 1750, le verre tchèque atteignit son apogée, en ayant supplanté le verre vénitien. Puis, les usines de verre se modernisèrent avec la révolution industrielle au XIXème siècle, des innovations furent réalisées mais leur production ne dominait plus le marché (les goûts des consommateurs ayant évolués). Jusqu’à cette époque, les produits tchèques se limitaient à la vaisselle et aux objets décoratifs et étaient à la fois des objets de la vie courante comme des oeuvres d’art. A l’issue de la Première Guerre mondiale, plus de 90% de l’industrie verrière de l’ex-Autriche-Hongrie rejoignit la nouvelle République Tchécoslovaque. Sous le communisme, l’industrie fut nationalisée et les verreries tchèques gagnèrent en renommée avec le verre pressé (que Sklo Union gérera), en remportant notamment un prix lors de l’Exposition Universelle de 1958 à Bruxelles. Depuis, la vague de privatisation du début des années 1990, l’industrie du verre tchèque continue de prospérer grâce à son niveau de qualité. La production actuelle se concentre surtout sur le verre plat pour la construction et le transport, suivi par le verre d’emballage pour les industries alimentaire et chimique. La production de verre spécial, en particulier d’optiques de précision, a également une part importante.

#414 – FC Slovan Liberec : Modrobílí

Les bleus et blancs. Si le club tchèque fut fondé en 1958, le football dans la région des Sudètes (nord de la Tchéquie) puise évidemment ses origines au début du siècle dans la communauté allemande. 90% de la population de la ville était alors germanophone et la région de Bohème faisait partie de l’Empire Austro-Hongrois. Ainsi, à la fin du XIXème siècles, différents clubs apparurent, certain représentant la communauté allemande, d’autres les tchèques. Deux clubs commencèrent à sortir du lot : le Sparta Ober Rosenthal qui changea par la suite son nom en Sparta, pour les allemands et le SK Liberec, le premier club purement tchèque. Le premier jouait en vert et blanc tandis que le second opta pour le bleu et blanc. En 1934, SK Liberec prit le nouveau nom de Slavia Liberec afin de revendiquer son caractère slave à un moment où le régime nazi dans l’Allemagne voisine présentait déjà une menace sérieuse pour l’ex-Tchécoslovaquie. Puis, en 1938, la région devint allemande. A la sortie de la guerre, Liberec s’affirma alors comme une ville tchèque et les deux clubs reprirent leur rivalité. Un nouveau club à l’identité tchèque naquit en 1949, le Sokol Čechie Liberec XI (Sokol était une association créée en 1862 et avait pour objectif de promouvoir l’identité slave et en particulier le nationalisme tchèque). Afin de se renforcer, ces différentes entités commencèrent à fusionner et en 1958, les 2 derniers représentants s’unir pour créer le Slovan. Le bleu et le blanc étaient alors les couleurs qui se retrouvaient dans au moins 2 des 3 clubs. En outre, c’était les couleurs du premier club tchèque de la ville, le SK Liberec. Elles s’imposèrent donc naturellement pour le nouveau Slovan.

#330 – SK Sigma Olomouc : Modrá Lavina

L’avalanche bleue. Fondé en 1919, le club opta pour la couleur bleue seulement à la fin des années 60. A sa fondation, par manque de moyen, les joueurs apportèrent leurs propres équipements et épinglaient simplement un écusson siglé FHK (FK Hejčín était l’ancien nom) sur leur vêtement. Quelques années après, le club s’équipa grace au soutien d’un ancien légionnaire tchèque, Alois Trefil. Les maillots étaient alors noirs, avec des cols et des poignets blancs.

Dans l’Union soviétique communiste et dans ses satellites d’Europe de l’Est comme la Tchécoslovaquie, tous les aspects de la vie sociale étaient politisés, y compris le passe-temps le plus populaire sur le continent à l’époque : le football. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, où les organisations civiles furent appauvris, les clubs tchèques soutenus avant guerre par de riches mécènes recherchaient dans cette nouvelle organisation des nouveaux sponsors. Ainsi, en 1947, le club s’associa une première fois à un sponsor, l’usine sidérurgique, Moravské Železárny (MŽ), en changeant de nom, TJ MŽ Olomouc. Puis, en 1966, si le club voulait franchir un cap et rejoindre l’élite footballistique tchécoslovaque, il fallait se lier à une entreprise économiquement forte. Sigma, une société spécialisée dans les pompes industrielles, dont le siège se situait à Lutín, dans le district d’Olomouc, apporta son soutien financier au club. L’entreprise avait le vent en poupe à cette époque. En 1965, le groupe Sigma, qui regroupait tous les fabricants de pompes et de vannes de l’ancienne Tchécoslovaquie, fut créé. Et 3 ans plus tard, la société allait fêter son centenaire.

Ce soutien financier modifia la symbolique du club de football. D’une part, le nom du club intégra celui de l’entreprise. D’autre part, le club adopta les couleurs de l’entreprise, bleue et blanche. Pourtant, dans les 40 qui suivirent, le club osa quelques nouveautés vestimentaires, rouge, orange voire même des maillots verts et noirs à rayures horizontales. Mais, ces excentricités ne durent jamais très longtemps car ces couleurs n’avaient aucun lien avec l’histoire du club.

#237 – FC Baník Ostrava : Baníček

Le mot est dérivé du nom du club Baník, qui signifie Mineur. Fondé en 1922 grâce à l’enthousiasme de plusieurs mineurs sous le nom de SK Slezská Ostrava (club sportif de Slezská Ostrava), le club changea plusieurs fois de nom jusqu’à devenir Baník Ostrava en 1952. Dans les années 1950, la Tchécoslovaquie était sous le règne communiste et il fut ordonné de rattacher les clubs au monde ouvrier. Ainsi, Ostrava inclut dans son nom le terme Baník. Car si la ville d’Ostrava est connu sous le nom du « cœur d’acier » en raison de l’importance de son industrie sidérurgique, c’est en raison du bassin houiller d’Ostrava-Karviná. Ce dernier (d’environ 1 500 km²) fait partie du bassin de Haute-Silésie, dont la majorité du territoire est située en Pologne (5 500 km²). Dès la préhistoire, les hommes utilisèrent le charbon de la région. L’exploitation minière de manière industrielle débuta dans les années 1830 avec des mines tels que celles de Micha (qui plonge a plus de 600 m) ou Anselm (la plus ancienne – 1781). La plupart des mines fermèrent dans les années 1990 mais en 2014, 4 mines sont toujours en exploitation par la compagnie OKD.

#134 – AC Sparta Prague : Rudí

Les rouges. Initialement, les joueurs du Sparta portaient des maillots noirs avec la lettre « S » brodée sur leur poitrine. Puis, pendant 2 ans, ils utilisaient un maillot à rayures noires et blanches. Finalement, en 1906 , un des membres du club, M. Petřík, revint d’un voyage en Angleterre. Outre-manche, il fut impressionné par le jeu d’Arsenal et décida de ramener un jeu de maillots du club. A l’époque, Arsenal évoluait dans ses couleurs originelles, ie avec des maillots de couleur groseille, une nuance sombre de rouge, avec un short blanc et des chaussettes rayées bleus et blancs. Le Sparta adopta alors ce nouveau maillot au rouge sombre. Mais, cette couleur n’était pas inconnue pour le club puisque, selon ses statuts de 1894, les dirigeants choisirent un drapeau pour le club de couleur bleu, jaune et rouge. Selon la tradition, le bleu, symbole de la vitesse, de l’athlétisme et des sports en général, fut associé au jaune et au rouge, couleurs de Prague, capitale royale. Selon une autre version, le choix du bleu aurait voulu symboliser l’Europe.

#88 – Bohemians Prague 1905 : Klokani

Les kangourous. Ce n’est pas vraiment un animal endémique de la Tchéquie ou de l’Europe Centrale. Pourtant, un kangourou empaillé se situe bien dans les bureaux du siège du club. En 1927, la fédération australienne cherchait à inviter des clubs européens pour affronter des équipes locales. Ils contactèrent le Slavia Prague et le Viktoria Žižkov qui déclinèrent car ils n’avaient pas en confiance dans l’organisation d’une si longue tournée (on parlait de 4 à 5 mois loin de leur base). Le Sparta avait quand à lui déjà d’autres engagements. Finalement, le Bohemians accepta et entame sa tournée le 6 Avril 1927.

Cette tournée constituait un défi sportif pour l’équipe pragoise mais était également un outil de promotion de la Tchécoslovaquie. Lors du discours du départ, il fut déclaré « Vaše výprava z pražského předměstí jest nejdelší cestou československých sportovců. Bude trvat téměř pět měsíců. A budete se bít za čest a vlajku nejen svého klubu, ale celého československého sportu, ba celého národa. A my doma pevně doufáme, že nás Vršovice nezklamou » (Votre expédition depuis la banlieue de Prague est le plus long voyage des athlètes tchécoslovaques. Cela prendra près de cinq mois. Et vous vous battrez pour l’honneur et le drapeau non seulement de votre club, mais de tout le sport tchécoslovaque, voire de toute la nation. Et chez nous, nous espérons fermement que Vršovice ne nous décevra pas). Ce n’est pas faux que beaucoup d’Australiens découvrirent ce pays d’Europe Centrale avec l’équipe des Bohemians. La tournée du club passa par les villes d’Adélaïde, Melbourne, Sydney, Newcastle et Brisbane et fut une réussite avec 19 matchs joués (notamment contre l’équipe nationale d’Australie et une sélection de l’armée britannique) pour un bilan de 14 victoires, 2 nuls et 3 défaites (90 buts marqués pour 48 encaissés).

Lors de leur passage à Brisbane, le 20 juin, l’équipe se vit confier un couple de kangourous par le ministre des Affaires publiques du Queensland qui souhaitait les offrir au Président Tchécoslovaque, TG Masaryk. Les joueurs les ramenèrent en Tchécoslovaquie et TG Masaryk les confia au Zoo de Prague (Vergers de Havlíček). Depuis, l’animal est l’emblème du club et s’affiche sur son écusson. Mais, cette tournée ne conduit pas seulement à adopter un nouvel emblème. En effet, avant de partir, le club se dénommait AFK Vršovice (nom d’un petit village près de Prague qui devint un quartier) depuis sa création en 1905. Conscient que ce nom serait imprononçable et que ce quartier de Prague serait insituable pour les australiens, les organes du club décidèrent de changer de nom avant la tournée pour AFK Bohemians. Le terme anglais Bohemians faisait référence à la Bohème, l’une des régions historique de la Tchéquie.

#21 – Slavia Prague : Sešívaní

Sešívaní signifie les maillots cousus. Le surnom peut paraître étrange mais lorsqu’on regarde le maillot du club, composé d’une large pièce rouge et d’une autre blanche, la raison commence à apparaître. Sešívaní fait effectivement allusion au maillot cousu de plusieurs pièces en blanc et rouge. Ce maillot remonte aux origines du club en 1895-1896. A des fins d’économie, pour le premier match, le maillot fut réalisé par la sœur d’un joueur du club. Cette dernière n’avait pas assez de tissu pour réaliser une tunique unie et dut coudre deux pièces de tissus de couleurs différentes (une rouge et une blanche).

Toutefois, il se pourrait que ce soit une légende car les couleurs comme le maillot (ainsi que le nom du club) revêtent une symbolique forte, notamment lié à la culture tchèque et sa volonté d’émancipation de l’époque. Les deux moitiés cousues sont censés montrées qu’aucun homme, aucune chose, n’a qu’un seul côté, et qu’il faut trouver une harmonie entre la volonté et le sentiment, entre la force et la subtilité technique, entre l’enthousiasme et la déception, entre le soleil et l’ombre. Et, au final, l’harmonie qui ressort du maillot témoignerait du fait que le sport doit être pratiqué avec une joie sincère et qu’il doit apporter joie et satisfaction à tous, joueurs comme supporteurs. Du côté des couleurs, le rouge et le blanc ne résultent pas du hasard puisqu’elles font référence à celles du Royaume de Bohême. Ce dernier constituait depuis 1085 le territoire principale des Tchèques. Le rouge et le blanc dérivaient des armes initiales du Roi de Bohême, Vladislav II, qui représentaient un aigle argenté (blanc) sur un champ de gueule (rouge). Il était le deuxième souverain à obtenir le titre de Roi de Bohême en 1158. Outre ce symbolisme nationaliste, la direction donna un sens à chaque couleur. Ainsi, la couleur blanche symbolise la pureté des pensées et l’intention de gagner dans un combat loyal, où l’adversaire n’est pas un ennemi, mais un adversaire reconnu. La couleur rouge est un symbole du cœur que les joueurs mettaient à l’ouvrage à chaque match. Toute une histoire …