#1254 – IF Elfsborg : Eleganterna

Les élégants. Le site du club avance deux explications à ce surnom. Tout d’abord, les équipes du club développeraient un beau jeu sur le terrain et ce style de jeu se perpétueraient d’année en année. Même s’il n’y a pas de traces écrites, il est probable que lors de son âge d’or, les joueurs d’Elfsborg proposèrent un jeu attrayant. Dans les années 1930 et 1940, IF Elfsborg constituait l’une des attractions majeures du championnat de Suède. L’équipe remporta le titre en 1936, en 1939, en 1940, et termina à la seconde place en 1943, en 1944 et en 1945. Une finale de la coupe de Suède en 1942 se rajouta à ce palmarès. Elle était emmenée par le superbe attaquant Sven Jonasson, qui ayant fait toute sa carrière à Elfsborg, disputa un total de 411 matchs en Allsvenskan et marqua 252 buts (record en titre). Une autre performance fut réalisée au début des années 1960. Lors de la saison 1960, IF Elfsborg évoluait en seconde division et obtint son ticket dans l’élite. La saison suivante, l’équipe réussit l’exploit de remporter le titre de champion, première fois qu’une équipe suédoise parvint à ce coup d’éclat.

L’autre raison donnée par le club est son état d’esprit, la bonne conduite habituelle qui caractérise ses membres et joueurs. Selon le club, il s’agirait de son identité et sa culture, institutionnalisés depuis 2009 par un programme dénommé Elfsborgskultur (culture Elfsborg). Ce dernier vise à faire du club un modèle pour les jeunes générations, à s’impliquer dans le milieu local et prendre sa part de responsabilité sociale et sociétale. Est-ce que le club est vraiment plus RSE que les autres ou est-ce une tentative de communication de récupérer le surnom du club ? Je ne le sais pas.

Mais, une autre motivation à ce surnom peut également être apportée. La ville de Borås est connue depuis longtemps pour ses activités de confection textile. Même si une grande partie des vêtements est désormais importée en Suède, Borås accueille encore une importante industrie textile. Avant le XIXème siècle, la production était essentiellement artisanale, les tissus étant réalisés directement chez l’habitant et vendus par des colporteurs (dénommés knalle) dans le sud du pays. Puis, l’ère industrielle apporta les métiers à tisser mécanique. En 1834, Sven Erikson ouvrit la première usine de tissage mécanique de coton de Suède près de Borås suivie par Drufvefors (en 1871), Viskastrand (en 1876) et surtout la société Borås Wäfveri (en 1870) qui fut l’étendard de la production textile à Borås. Des usines de filature et de teinture se développèrent également le long du Viskan. Au début des années 1900, les premières entreprises de confection s’édifièrent dont Oscar Jacobson AB et Algots. En 60 ans (1860-1920), la population de Borås décupla, passant de 3 000 à 30 000 habitants. Aucune autre ville suédoise n’avait connu un développement aussi fort. Jusque dans les années 1960, le textile et l’habillement employaient les deux tiers des ouvriers de Borås. Dans les années 1920, Algots employait environ 1 500 couturières et en 1929, avec la mise en exploitation de sa première usine, l’entreprise se transforma véritablement en industrie de prêt-à-porter et devint le phare de l’ensemble de l’industrie de la mode suédoise. Dans les années 1970, en raison de la forte hausse des coûts salariaux suédois et de la baisse des prix douaniers sur les vêtements importés à bas prix d’Asie, la crise frappa de plein fouet l’industrie de la ville. Les licenciements massifs et les fermetures pures et simples conduisirent à la perte de 25 000 emplois. En 1977, la faillite d’Algots fit la une des journaux et un an plus tard, l’usine de Sven Erikson ferma ses portes. Aujourd’hui, l’industrie textile se concentre sur le design de vêtements, leur fabrication ayant été délocalisée, et sur les textile du futur. Les entreprises Gina Tricot, Svea et Oscar Jacobson ont leur siège à Borås.

#953 – FK Napredak Kruševac : Čarapani

Les chaussettes. Fondé le 8 décembre 1946, le club résulta de la fusion de Zakić, Badža et 14. Oktobar. Son nom, Napredak, signifie progrès en serbe. Voir du progrès dans les chaussettes paraît un peu étonnant. D’ailleurs, la ville de Kruševac n’est pas le berceau de la chaussette, la première apparition de cette dernière remontant à l’an 2000 av. J.-C. en Syrie. Cette histoire de chaussette est attachée à la ville et ce surnom est devenu le gentilé de ses habitants.

Après la bataille du Kosovo (1389), Kruševac devint la capitale de la Serbie gouvernée par la princesse Milica, puis par le despote Stefan, qui transféra en 1403 la capitale à Belgrade. La ville tomba aux mains de l’Empire Ottoman en 1427 après la mort du despote Stefan. Cette domination turque perdura jusqu’en 1833, après plusieurs soulèvements serbes à compter de 1804. Ce fut lors de cette première révolte pour l’indépendance que les habitants de Kruševac auraient gagné ce surnom. La défaite de la Sublime Porte dans la guerre austro-ottomane de 1788-1791 fit renaître la conscience nationaliste serbe et le Sultan Selim III dut concéder de nombreux droits aux élites locales. Mais, les nouvelles difficultés du Sultan face à Napoléon en Egypte conduisirent les troupes turcs (les janissaires) à réprimer les populations de l’Empire pour maîtriser les velléités indépendantistes. Face aux brimades des janissaires, les serbes menèrent un premier soulèvement qui se transforma en une guerre d’indépendance, s’étalant entre le 14 février 1804 et le 7 octobre 1813. En 1806, les insurgés de Kruševac devaient affronter les Turcs. Selon la légende, la nuit précédant la bataille, ces derniers tentèrent de surprendre les troupes ottomanes. Pour cela, il se faufilèrent près du camp militaire ottoman après avoir enlevé leurs chaussures pour ne pas faire de bruit. Leur courage et leur ruse leur permirent de tuer les soldats Turcs et de remporter la bataille. Comme les Serbes s’étaient présentés en chaussette au combat, ils furent surnommés ainsi. Il s’agit de la version la plus communément admise. Mais, certains racontent cette légende en la resituant à l’époque du Prince Lazar qui combattit l’Empire Ottoman en 1389. Voire ceux qui portaient les chaussettes n’étaient peut-être pas les Serbes mais plutôt les Turcs. En effet, surpris dans leur sommeil, les Ottomans auraient détalés à peine habillé en chaussette. Résultat, on ne peut pas affirmer avec certitude quand et comment les habitants de Kruševac sont devenus Čarapani.

Une autre version narre que le prince Lazar attribua un signe distinctif à ses chevaliers les plus braves et en qui il avait le plus confiance. Ainsi, en intégrant la garde personnelle du prince, ces chevaliers devaient porter des chaussettes rouges qui remontaient jusqu’aux genoux. Le port de ce vêtement était alors un honneur. Au Moyen Âge, la teinture rouge était rare et chère et donc les vêtements de cette couleur était peu répandue, sauf parmi les populations les plus aisées (nobles et riches marchands). Ils étaient même parfois strictement réservés aux membres de la famille du souverain. Ainsi, ces chaussettes ne passaient pas inaperçues parmi la population ou sur les champs de bataille. D’ailleurs, lors de la célèbre bataille du Kosovo en 1389, ces soldats se distinguèrent par leur bravoure. En se renseignant à leur sujet, les gens découvrirent que ces braves provenaient de la région de Kruševac. Or, leur signe si distinctif était suffisant pour leur valoir le surnom de Čarapani.

Enfin, ils existent encore d’autres histoires. Il se pourrait que depuis de nombreux siècles, la coutume veut que les hommes de Kruševac portent de longues chaussettes brodées. Révélant une certaine esthétique et soulignant le caractère unique de leur vêtement traditionnel, ces chaussettes sont devenues le principal symbole de l’ancienne capitale serbe.

#793 – Luton Town FC : the Hatters

Les chapeliers. Sur le blason du club, on retrouve les armes de la ville couronnées par un canotier. Depuis 1905, Luton est connue pour son usine Vauxhall de fabrication de voitures. Ces dernières années, cette activité a été complétée avec l’arrivée d’Easy Jet qui a contribué à transformer l’aéroport de Londres Luton en tant qu’aéroport régional de premier plan. TUI, le tour opérator, a confirmé cette position en installant son siège dans la ville. Mais, avant tout cela, la cité possède un riche héritage de fabrication de chapeaux depuis plus de 200 ans.

En effet, au XVIIIème siècle, l’industrie anglaise de la chapellerie se concentrait principalement sur Londres, Luton, Denton et Stockport (près de Manchester) ainsi que Atherstone (Warwickshire). Le métier se divisait en deux savoir-faire : d’un côté, la fabrication et le commerce des chapeaux de paille (chapeaux et bonnets pour femmes), de l’autre, celui du feutre (casquettes et chapeaux pour hommes). Luton se spécialisa d’abord dans le chapeau de paille car dès le XVIIème siècle, la tresse de la paille était le secteur dominant de l’économie locale. La croyance populaire veut que l’introduction du tressage de la paille en Grande-Bretagne puisse être attribuée à Marie Ier d’Écosse, qui aurait amené des artisans de Lorraine (d’où sa mère était originaire) et les aurait établis en Écosse. Son fils, Jacques Ier d’Angleterre, les aurait ensuite installés au sud de Luton, exploités par la puissante famille Napier. Au-delà de cette légende, il est prouvé que dès le milieu des années 1600, des personnes tressaient de la paille et fabriquaient des chapeaux de paille dans la région de Luton.

L’essor de l’industrie chapelière fut encouragé par les guerres napoléoniennes. Avec le blocus imposé par l’Empereur français, l’importation de paille tressée en provenance d’Italie et de chapeau devint quasi-nulle. A la sortie de la guerre, les forts droits de douanes ne permirent pas aux importations de reprendre. Ainsi, les hommes et femmes d’affaires de Luton créèrent des usines pour approvisionner les marchés locaux et nationaux en chapeaux de paille. De modeste ville, Luton se transforma en un grand centre industriel. En 1871, la ville comptait 35 000 employés dans le secteur du chapeau. Mais, la campagne environnante dépendait également grandement de cette économie. 40% de tous les tresseurs de paille du pays (environ 22 000 personnes en 1851) étaient basés dans le sud du Bedfordshire où se trouve Luton. En 1871, il y avait 20 701 tresseuses dans le Bedfordshire et 12 089 dans le Hertfordshire (comté limitrophe à Luton), avec environ 15 % de toutes les femmes du Bedfordshire qui se déclarait comme tresseuses de paille.

A compter de 1870, l’industrie de Luton se tourna également vers les chapeaux en feutre, dans le but de fournir une source de travail moins dépendante de la récolte saisonnière de paille. L’apogée de la production se réalisa pendant 50 ans, entre 1880 et 1930. A cette dernière date, la région de Luton produisait jusqu’à 70 millions de chapeaux en une seule année. En 1935, il y avait sept grandes usines de fabrication à Luton employant 1 000 femmes et 900 hommes, complétés de petites entreprises plus artisanales. En 1939, il y avait au moins 125 fabricants de ce type, dont le plus grand employait environ 100 ouvriers, tandis que le plus petit se contentait de 5 ou 6. Mais, après la Seconde Guerre mondiale, le déclin commença et la ville déclina rapidement. Le déclin de la tresse de paille démarra bien avant, dès 1880. En 1893, on estimait que moins de 5% de la tresse vendue au marché de Luton venait d’Angleterre et la fabrication était pratiquement éteinte dans la plupart des villes et villages environnants. En 1901, 98% des tresseurs avaient disparu dans le Bedfordshire et le Hertfordshire. Aujourd’hui, si Luton demeure encore synonyme de chapeau, son industrie est quasiment réduite à rien, quelques artisans tentant de perpétrer ce savoir-faire.

#719 – CS Cerrito : los Auriverdes

Les jaunes et verts. Comme beaucoup de clubs uruguayens, le CS Cerrito naquit à Montevideo, dans le quartier de Cerrito de la Victoria (Colline de la Victoire) le 28 octobre 1929. Si certains clubs choisirent leurs couleurs en référence à celles de leurs villes ou pour rappeller leur attachement à des causes nationalistes (et pour bien d’autres raisons réfléchies), le choix de Cerrito fut plus pragmatique. L’un des fondateurs, Esteban Marino, possédait un magasin où il vendait notamment du linge de maison. Parmi ses invendus figuraient des taies d’oreiller et des draps aux couleurs jaunes et vertes. Il piochat dans ces stocks pour fournir la matière première nécessaire à la confection des premiers maillots du club. Le hasard fut plutôt bon avec un mariage de couleurs plutôt heureux.

#686 – Ruch Chorzów : Niebiescy

Les bleus. Deuxième club le plus titré de Pologne, avec 14 titres de champion à son actif entre 1933 et 1989, Ruch constitue, depuis un siècle, une véritable vitrine de la ville de Chorzów mais également de la Haute-Silésie et évolue dans un kit bleu et blanc. Il n’existe pas d’explication officielle justifiant ce choix de couleurs. Plusieurs histoires circulent même si une apparaît dominante et remonte à la création du club.

Au début du XXème siècle, la Haute-Silésie, et donc Chorzów, se situait au sein de l’Empire Allemand bien que sa population était majoritairement polonaise (60% vs 40% de germanophone). Forcément, il existait des tensions entre les deux communautés, sur des bases ethniques, religieuses et sociales, et dès la fin du XIXème siècle, les habitants polonais de Chorzów s’animèrent d’un sentiment nationaliste. Le traité de Versailles de 1919 offrit l’opportunité à cette population polonaise de rallier la République de Pologne, de nouveau indépendante depuis 1918. En effet, un référendum connu sous le nom de Plébiscite de Haute-Silésie fut organisé sous l’égide des alliés pour connaître à quel pays souhaitaient être incorporés les habitants de cette région : la République Allemande de Weimar ou la République de Pologne, de nouveau indépendante en 1918. Ce processus conduisit à la division de la Silésie, une partie étant rattachée au territoire polonais en 1922. Durant cette période, les silésiens d’origine polonaises menèrent de nombreux mouvements et soulèvements pour emporter la décision. Ainsi, le Commissariat du Plébiscite polonais (organisme nationaliste pro-Pologne) s’inquiéta de la germanisation de la jeunesse silésienne au travers des associations sportives allemandes et lança un appel le 27 janvier 1920 à la création de nouveaux clubs sportifs polonais en Haute-Silésie (ceci afin d’éveiller la jeunesse à la cause nationaliste). L’appel fut entendu avec, à l’été 1920,112 clubs déjà fondés, rassemblant plus de 15 000 adhérents. Dans ce contexte, le représentant du Commissariat à Chorzów créa le club le 20 avril 1920. Le nom Ruch, qui signifie mouvement en polonais, était censé faire référence aux mouvements insurrectionnels silésiens (mais les autres clubs créés lors de l’appel affichèrent des références plus explicites tels que Polonia (Pologne en Latin), Powstaniec (Insurgés), …). La couleur devait donc être un choix politique également et les membres auraient opté pour le bleu et blanc, couleurs des armes de la Haute-Silésie. Ces dernières se composent d’un aigle jaune sur fond bleu et proviennent directement des armoiries de la Maison Piast. Les Piast étaient la première dynastie régnante historique de la Pologne à compter du Xème siècle. Si le règne royal des Piast en Pologne prit fin en 1370 avec la mort du roi Casimir III le Grand, d’autres branches de la famille dominèrent encore des duchés, en particulier ceux de Mazovie et de Silésie (basse et haute). Toutes ces branches avaient pour armoirie un aigle, seuls les couleurs changées. En Basse-Silésie, l’aigle était noir sur fond jaune et donc en Haute-Silésie, jaune sur fond bleu. Pour la Haute-Silésie, ces armes sont affirmés dès 1222. Quand aux teintes, la plus ancienne représentation en couleur des armoiries est conservée dans le château de Lauf près de Nuremberg, où 114 armoiries des principautés, des évêchés et des villes d’Europe furent sculptées dans la pierre en 1353. Celles du duché d’Opole, dépendant de la Haute-Silésie, présentent encore aujourd’hui des traces de jaune sur l’aigle et de bleu sur l’écu. Cette palette de couleurs est confirmée dans l’Armorial de Gueldre (établi entre 1370 à 1395). Seulement, vous aurez noté une différence de taille : les armes sont de couleurs jaune et bleu tandis que le club évolue en blanc et bleu. Comment expliquer cette différence alors que le jaune figure sur les armoiries des Piasts de Haute-Silésie depuis au moins le XIVème siècle ? Certains prétendent que la couleur jaune ne fut pas permanente sur les armes et qu’il arriva qu’elle fusse remplacée par du blanc. Cela aurait été le cas dans l’entre-deux guerres. Ce qui vient corroboré cette hypothèse est l’Etoile de Haute-Silésie. Il s’agit d’une distinction militaire polonaise établie en 1925 pour décorer les insurgés de Silésie. Elle se composait notamment d’un aigle en argent (ici la matière mais en héraldisme l’argent correspond au blanc) sur une croix bleue et blanche. D’autres avancent que le club aurait remplacé le jaune par du blanc car le mariage du bleu et jaune aurait pu faire référence aux couleurs de l’Ukraine voisine, avec qui les relations n’étaient pas au beau fixe. Dans la même veine, la Basse-Silésie était la région voisine (mais très majoritairement germanophone) dont les armes étaient un aigle noir sur fond jaune. Les populations polonaises de Haute-Silésie n’auraient donc pas souhaité partager une couleur commune avec leur voisin « honni » . Enfin, l’explication la plus simple serait qu’à l’époque, les gardes-robes des joueurs, qui constituaient la « réserve » vestimentaire du club, étaient simples et ne comptait pas de jaune mais plutôt du blanc.

D’autres versions ont fleuri parmi les fans. Tout d’abord, le bleu du club ferait référence aux bleus de travail portés par les joueurs et les supporteurs qui travaillaient majoritairement dans les usines, notamment l’aciérie Huta Bismarck. Sauf que beaucoup indiquent que les employés de Huta dans les années 1920 ne travaillaient pas en uniforme bleu, mais avec ce qu’ils avaient dans leur garde-robe.

Une autre légende se rapporte aux soulèvements de Silésie de l’entre-deux guerres, au cours desquels les insurgés auraient porté des brassards bleus sur leurs manches et les populations les appelaient niebiescy. Résultat, la couleurs et le surnom se seraient reportés vers le club et ses joueurs. Seulement il semble que les insurgés portaient des brassards de différentes couleurs : blanc, blanc et rouge, blanc et bleu.

Une autre histoire fait appel à la rivalité avec le club germanophone de l’AKS Królewska Huta (aujourd’hui AKS Chorzów) qui évoluait en vert. Par opposition, le Ruch aurait opté pour le bleu. Mais, dans ce cas pourquoi pas le rouge, le blanc ou toute autre couleur qui par définition s’oppose au vert ?

Certains estiment que le surnom est venu plus tard, dans les années 1930. A cette époque, le Ruch Chorzów posait la première pierre de sa légende, en remportant 5 Championnats de Pologne (dont 4 d’affilé, 1933 à 1936 et 1938). Au même moment, un autre club de football en Allemagne s’imposa comme l’équipe dominante, à la popularité immense en Allemagne et grandissante dans le reste de l’Europe, Schalke 04. Après un premier championnat d’Allemagne remporté en 1929, Schalke disputa 14 des 18 finales du championnat d’Allemagne entre 1933 et 1942. Pour décrire son écrasante domination, rappelons que de 1935 à 1939, Schalke ne perdit aucun match de championnat. Les supporteurs de Ruch établirent alors le parallèle avec le club allemand qui évoluait également en bleu et dont le surnom était die königsblauen (les bleus royaux). Par mimétisme, les fans de Ruch adoptèrent le surnom niebiescy et le scandèrent à leurs joueurs.

Enfin, l’histoire la moins crédible mais finalement la plus sympathique. Depuis les cieux, le diable (bies) et l’archange Gabriel (Gabryjel) regardait un match. L’équipe de Ruch jouait un superbe football et les joueurs paraissaient inspirés. Gabryjel déclara à l’attention des joueurs de Ruch « Wyście som Anielscy » (Vous êtes des anges). Ce à quoi Bies répondit « Nie ! » (Non !) et Gabriel dit alors « Biescy » (diabolique). Les supporteurs de Ruch entendirent les deux derniers mots Nie et Biescy et crièrent alors à leurs joueurs « niebiescy » (les bleus).

#638 – 12 de Octubre FC : los Tejedores 

Les tisserands. A 30 km au sud de la capitale Asuncion, se situe la ville d’Itauguá, lieu de résidence du club mais également capitale du ñandutí, une dentelle typique du Paraguay. Importée par les espagnols entre le XVIIème et XVIIIème siècle, la technique provient de Tenerife, aux îles Canaries, et de sa dentelle nommée sols (dentelles soleils). Mais, les artisans paraguayens se le sont appropriés en l’enrichissant de motifs locaux tels que les astres, les fleurs et les animaux provenant de la forêt Guaraní. La fleur du Guayabo ou celle du Mburukuja sont les images les plus représentées. Ñandutí signifie toile d’araignée en guarani car cette dentelle ressemble à cette forme tissée par les aranéides. Ainsi, sur une toile tendue par un cadre en bois, la dentelle se compose de cercles brodés de fils blancs ou bien de couleurs vives et en son centre le fameux motif guarani (nommé apyte). Au XIXème siècle, le régime autoritaire établi par le Docteur Francia entreprit la modernisation économique du pays en organisant un protectionnisme dur. Dans ce contexte, l’artisanat fut favorisé pour permettre l’autosuffisance du pays. Ainsi, la production de dentelles locales se développa, notamment l’ao po’í, vêtement originaire de Yataity (une broderie sur tissu indigène, comme un nid d’abeille), laceyú provenant de Cordillera et donc le ñandutí d’Itauguá. Depuis, les femmes indigènes ou métisses d’Itauguá ont fait de cette dentelle leur gagne-pain et l’un des produit phares et typiques du Paraguay.

#515 – Panathinaïkos Athènes : οι βάζελοι

La traduction du terme n’est pas aisée mais je me risquerai pour « les vaseux ». Ce surnom est attaché aux supporteurs du Pana et se comprend au regard de celui attribué aux fans du club de l’Olympiakos, les anchois (cf #452). Pour rappel, le Panathinaïkos entretient une rivalité de longue date avec l’Olympiakos, l’affrontement entre les deux équipes étant surnommé le « Derby des éternels ennemis ». En octobre 2014, la BBC nomma ce match comme le derby le plus important d’Europe et en septembre 2019, le Daily Mirror le classa comme le cinquième derby le plus important au monde. Il s’agit des deux équipes leaders en Grèce, tant en termes de titres et de distinctions, qu’en termes de nombre de supporters qui les suivent. Cette rivalité s’exprime dans les différentes sections sportives de ces deux clubs omnisports et ses racines remontent aux années 1920, à l’époque où ils commençaient déjà à dominer tant au niveau local que national. Surtout, cette opposition était symptomatique dans le temps des clivages sociaux et culturels entre les deux régions.

En effet, la rivalité entre ces deux monstres grecs résume la lutte des classes. Les deux clubs furent pourtant fondés par des membres de la bourgeoisie des deux villes (Athènes et le Pirée). Olympiakos comptait parmi ses fondateurs un directeur du bureau de poste, un officier de l’armée, un avocat, un notaire, un courtier en bourse et surtout, les Andrianopoulos, une riche famille de marchands. Les racines du Panathinaïkos se situaient dans le cœur de la capitale, parmi les athlètes issus des classes de la petite bourgeoise. Pourtant, rapidement, leurs bases de supporteurs se distinguèrent. Club de la riche capitale, le Panathinaïkos était identifié aux classes moyennes et supérieures. L’aura de l’Olympiakos trouva écho parmi la nombreuse classe ouvrière du port du Pirée (pauvres pêcheurs et dockers). Ainsi, les victoires de l’Olympiakos étaient vues comme la revanche des classes laborieuses et l’expression de leur mépris pour les classes les plus aisées.

Or, les bourgeois d’Athènes prenaient le temps de faire attention à leur apparence. Seulement le gel n’était pas disponible et les jeunes urbains d’Athènes mettaient alors de la vaseline dans leurs cheveux. Cette vaseline donna le surnom et peut-être aide-t-elle les supporteurs du Pana à mieux accepter le palmarès impressionnant du rival … D’ailleurs, selon la légende, lors d’un match qui se déroula dans la première moitié des années 1960, les fans de l’Olympiakos auraient badigeonnaient le banc des joueurs ou les places des fans du Panathinaïkos avec de la vaseline. Désormais, la différence de classe entre les supporteurs des deux rivaux n’existe plus vraiment puisque les deux clubs ont pris pied dans toutes les classes sociales des habitants de la Grèce.

#500 – West Bromwich Albion FC : Baggies

Il s’agit bien du short large et long que le club a pour surnom. A la mode chez les adolescents dans les années 1990, ce n’est pas ce phénomène à l’origine de ce sobriquet. Mais, la véritable source est inconnue et plusieurs histoires existent. La première version fait référence aux recettes du club et à leur transport. A la fin du XIXème siècle, son stade de The Hawthorns comptait deux entrées, une derrière chaque but. Les jours de matchs, le personnel du stade partaient des guichets avec la recette et traversaient le stade, escortés par des policiers, jusqu’au niveau de la ligne médiane où se trouvait un petit bureau sous la tribune. La recette, issue de la vente des billets d’entrée, s’élevait à des montant importants et était transporté dans de grands sacs en tissu. En passant devant les tribunes, les supporteurs prenaient l’habitude de crier « Here come the bag men ! » (eh ! les hommes aux sacs) et, ce rituel deviendra avec le temps « Here come the baggies ! » . Une autre histoire se concentre sur les accoutrements des supporteurs du club. La ville de West Bromwich se situe dans le Black Country, cette région industrielle du centre de l’Angleterre. Riche de nombreux minerais (charbon, fer …), les mines y fleurirent puis les industries lourdes de transformation (sidérurgie, métallurgie, aciéries). Dans les hauts fourneaux, les ouvriers y travaillant portaient des vêtements robustes, en moleskine, et larges pour résister aux durs labeurs et à la chaleur. Ou alors, selon d’autres, les vêtements étaient réalisés dans un tissu nommé duck. De couleur claire au départ, le vêtement s’assombrissait au fil des lavages. Pour les réparer, une pièce blanche en duck étaient rajoutée. Ceci donnait un effet volumineux au pantalon, qui donnait l’apparence de sacs de farine. Le surnom baggies serait donc né de ces vêtements amples. Certains avancent que le terme fut attribué par les supporteurs rivaux d’Aston Villa. Quand ceux d’Albion se déplaçaient dans le stade des Villans, en nombre et avec ces vêtements, ils étaient accueillis par des cris « Here come the Baggies of Bromwich » . Enfin, la version la moins connue se reporte aux shorts des joueurs de football. Ces derniers étaient amples et auraient donc influer sur le surnom.

#497 – FCG Bordeaux : les Marines et Blancs

Le maillot bordelais arbore les couleurs marines et blancs, depuis quasiment la création de la section football. Après une première tentative échouée en 1910, la section football renaquit grâce à la fusion avec d’autres clubs de sports. Les Girondins absorbèrent notamment le club de l’Argus Sport qui transmit aux Girondins ses couleurs Marine et Blanc.

Elles peuvent être un rappel de la mer et son écume, la ville étant situé sur la Garonne et dont le port fut le principal en France sur l’Océan Atlantique. Mais aucune certitude à ce sujet.

Comme pour le scapulaire (cf article #44), certains avancent que le choix de ses couleurs fut réalisé pour honorer la Vierge Marie. En effet, la Vierge Marie est systématiquement représentée vêtue d’une robe bleue. Cette couleur est porteuse de nombreuse signification telle que la fidélité, la justice et la spiritualité. Dans l’ancien testament, le bleu représente la fidélité du peuple d’Israël à Dieu tout comme la Vierge Marie. L’étoffe qui recouvre l’Arche d’Alliance est bleue et pour rappeler que la Vierge Marie, en ayant porté Jésus Christ, est comme l’Arche, elle serait représentée avec des vêtements bleus.

Plus prosaïquement, à compter du XIIIème siècle, le bleu est la couleur des princes et nobles car le pigment bleu (dit de lapis-lazuli) était l’un des plus chers. Les tissus bleus démontraient donc la richesse et la noblesse de son porteur. L’Eglise se serait servie de cette riche symbolique pour désigner le caractère sacré de la Sainte Vierge.

Au final, les raisons réelles sont inconnues mais les supporteurs sont attachés à ces couleurs. Sous la direction d’Alain Afflelou, afin de créer plus de lien (économique) avec le monde viticole bordelais, la direction changea les couleurs du club pour un vrai bordeau en 1992. Seulement, même si le club atteignit la finale de la Coupe de l’UEFA en 1996, ce choix, qui s’accompagnait également de celui de supprimer le scapulaire qui venait à peine de refaire surface après les années Claude Bez, ne convainquit jamais et le club revint au marine et blanc en 1996. De même, lorsque le fonds américain, King Street, décida de moderniser l’écusson du club, notamment en optant pour un bleu plus clair que le marine, les supporteurs se sentirent trahis (ce ne fut pas la seule modification de l’écusson qui les agaça). Ne pas respecter l’histoire d’un club en cédant aux sirènes du marketing pour au final, moins d’un an plus tard, lâcher le club, quel irrespect et gâchis (Je préfère d’ailleurs afficher pour cet article l’ancien).

#475 – FC Saint-Gall : les Brodeurs

Le surnom est plutôt utilisé en suisse francophone qu’en suisse alémanique, pourtant là où se situe la ville de Saint-Gall. La tradition du textile à Saint-Gall constitue un patrimoine historique. Jusqu’au XVIIème siècle, les toiles de la région connaissaient une grande réputation. Mais, la concurrence étrangère ainsi que le développement de la filière du coton par un de ses commerçants, Peter Bion, contribua à migrer de la toile vers les produits en coton. Puis, le blocus continental au début du XIXème siècle poussa une nouvelle fois l’industrie textile de Saint-Gall à se tourner vers une autre de ses productions : la broderie.

A la fin du XVIIIème siècle, jusqu’à 100 000 personnes étaient employés dans l’industrie de la broderie de Saint-Gall. Au XIXème siècle jusqu’à la veille de la première guerre mondiale, soutenue par le libre-échangisme, la ville devint l’une des principales zones de production mondiale. Ainsi, au début du XXème siècle, presque chaque foyer comptait une personne qui travaillait pour l’industrie de la broderie, ce qui conduisit la ville à représenter 50% de la production mondiale et 18% des exportations suisses. Cette production fit de Saint-Gall l’une des villes les plus riches de Suisse et des bâtiments ostentatoires furent érigés à cette époque. La demande s’effondra par la suite sous l’effet de la première guerre mondiale et des mesures protectionnistes mises en place par de nombreux pays. Aujourd’hui, il demeure encore quelques entreprises de broderies qui perpétuent ce savoir-faire reconnu mondialement.