#1407 – 1. FC Kaiserslautern : die Lauterer, die Pfälzer

Si vous suivez le football allemand, et en particulier la Bundesliga 2 cette saison, vous n’avez pas pu passer à côté du 1. FC Kaiserslautern. Ce club historique, quatre fois champion d’Allemagne, traîne derrière lui une identité puissante et une ferveur unique. Mais au-delà de son nom officiel, le FCK est désigné par plusieurs surnoms qui reviennent en boucle dans la presse et les tribunes : die Lauterer et die Pfälzer. Les deux surnoms sont liés à la localisation de la cité de Kaiserslautern.

Die Lauterer est sans doute le surnom le plus courant et le plus direct. Il désigne tout simplement les habitants (ou les joueurs) de la ville de Kaiserslautern. En Allemagne, les noms de villes sont souvent abrégés par les locaux pour créer des diminutifs affectueux. Le long « Kaiserslautern » devient ainsi fréquemment « Lautern ». Puis, dans la langue allemande, pour désigner les habitants d’une ville, on ajoute généralement le suffixe « -er » à la fin du nom de la ville (par exemple : Berlin donne Berliner, München donne Münchner). En appliquant cette règle au diminutif de la ville, Lautern devient donc Lauterer. Die Lauterer se traduit donc littéralement par « Ceux de Lautern ».

Le nom de Kaiserslautern possède une étymologie fascinante, car il est le point de rencontre entre l’Histoire et la géographie locale. Tout d’abord, l’endroit s’appelait au IXème siècle Luthra, du vieux haut allemand lûttar signifiant « clair, limpide, brillant » et aha signifiant « eau ». Cela s’explique par la rivière Lauter qui traversait le village (aujourd’hui en grande partie souterraine). Puis, au XIIème siècle (vers 1152), l’Empereur du Saint Empire romain germanique, Frédéric Ier, dit Barberousse, appréciait tant les collines boisées environnantes, notamment le Betzenberg et le Lämmchesberg, pour la chasse qu’il décida d’y faire construire un magnifique palais impérial fortifié, le Kaiserpfalz. La ville a donc accolé son titre, Kaizer (Empereur) à son nom pour marquer ce statut de ville impériale. Résultat, si l’on traduit littéralement le nom de Kaiserslautern, cela signifie : Le domaine de l’Empereur, au bord de la rivière claire.

Die Pfälzer est le surnom de l’âme d’une région. Il désigne les habitants du Palatinat (Pfalz en Allemand), la région historique et géographique où se situe la ville. Le Palatinat pourrait être surnommé la Toscane allemande tant les deux régions présentes des similitudes. Le Palatinat bénéficie de l’un des climats les plus doux et ensoleillés d’Allemagne. Dominée par le Pfälzerwald (la forêt du Palatinat), qui est la plus grande étendue forestière d’un seul tenant en Allemagne, la région accueille également la mythique Deutsche Weinstraße (route des vins allemande). Enfin, comme pour la Toscane, le Moyen-Âge constitue l’age d’or du Palatinat, qui apparaissait comme l’un des territoires les plus puissants du Saint-Empire romain germanique. Ses dirigeants, les Comtes palatins, faisaient partie du cercle très fermé des « Princes-Électeurs » (ceux qui avaient le droit d’élire l’Empereur). La région fut couverte de châteaux forts prestigieux, dont celui de l’Empereur Barberousse à Kaiserslautern, ou le château de Trifels (où le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion fut retenu prisonnier).

#1404 – Municipal Liberia : los Pamperos

Dans le monde du football, les surnoms des clubs sont rarement choisis au hasard. Ils racontent une histoire, un patrimoine industriel ou, très souvent, une identité géographique forte. Au Costa Rica, le championnat regorge d’équipes aux identités très marquées, mais peu sont aussi fusionnelles avec leur territoire que le Municipal Liberia. Quand les supporters jaune et noir donnent de la voix dans les travées de l’Estadio Edgardo Baltodano Briceño, ils encouragent ceux qu’ils appellent fièrement los Pamperos. Mais que cache réellement ce surnom aux accents de western sud-américain ? Pour le comprendre, il faut quitter les plages pour s’enfoncer dans les terres de la province du Guanacaste où se trouve la cité de Liberia.

Le Costa Rica évoque généralement des images de jungles impénétrables, arrosés par des pluies tropicales. Pourtant, le nord-ouest du pays, où se situe la ville de Liberia, offre un décor radicalement différent. C’est ici que s’étend la fameuse pampa guanacasteca. Ce paysage unique du Costa-Rica possède des spécificités uniques qui forgent le caractère de la région et, par extension, de son équipe de football. Le Guanacaste est connu pour sa longue saison sèche (le verano). La terre y craquelle sous un soleil de plomb et la végétation s’adapte à l’aridité. C’est un environnement exigeant qui forge des tempéraments résilients. Cette pampa se caractérise par de vastes plaines et savanes, idéales pour l’élevage bovin, qui constitue l’une des principales activités économiques et culturelles de la région. La région accueille de grandes haciendas (vastes domaines agricoles) d’élevage bovin, royaume du sabanero, le cow-boy costaricien emblématique, reconnu pour son éthique de travail acharné, son courage et son lien profond avec la terre. Le sabanero, avec sa selle, ses chapeaux (larges et en cuir ou tressé) et son mode de vie rural, est un symbole de la province, devenu populaire dans la culture costa-ricaine. Le terme vient directement du mot sabana (la savane).

Le terme pampero désigne littéralement « celui qui vient de la pampa ». Porter le maillot du Municipal Liberia, ce n’est pas seulement représenter une ville, c’est incarner l’âme de toute cette région rurale et fière.

#1395 – Hapoël Kfar Saba : הירוקים מהשרון

Les verts de Sharon. Sharon ne fait pas référence à l’ancien militaire et premier ministre israélien (2001-2006) mais à la région du centre de la côte israélienne dont la capitale est Netanya. Habité par plus de 100 000 personnes, Kfar Saba se situe dans le sud de cette région et son club de l’Hapoël joue en vert. Cela pourrait paraître anodin mais ce choix de couleur est révolutionnaire pour un club appartenant au mouvement Hapoël.

En Israël, le sport a historiquement été pensé comme un outil de construction de la nation et de la société. Ainsi, le mouvement sportif fut encadré au sein des organisations politiques, qui fit de ses clubs des vitrines sportives et politiques. Le premier qui apparut fut le Maccabi qui représentait les classes bourgeoises à tendance centre droit et dont les équipes sportives revêtaient des maillots bleu et jaune. Plus à droite, le Beitar était le mouvement des nationalistes qui enfanta historiquement des groupes paramilitaires comme l’Irgoun. Les joueurs des clubs Beitar portaient des maillots noir et jaune. Enfin, en 1926, le Histadrout, le puissant syndicat des travailleurs juifs, ancré à gauche, fonda le mouvement sportif Hapoël. Il fut créé en opposition directe au Maccabi, jugé trop bourgeois et élitiste. Le but était de proposer un sport pour le peuple, basé sur l’égalitarisme et la camaraderie plutôt que sur la compétition à outrance. Hapoël, qui signifie « le travailleur » en hébreu, portait donc des valeurs de gauche et son symbolisme s’y accrochait. Ainsi, son emblème originel (un athlète au cœur d’une faucille et d’un marteau) et sa couleur rouge rappellent ses racines marxistes et socialistes. Aujourd’hui, tous les clubs du mouvement Hapoël reprend ces symboles (qui sont réglementaires) sauf 4 clubs : Hapoël Petah Tikva et Hapoël Ironi Kiryat Shmona en bleu et blanc, Hapoël Holon en violet et jaune et donc Hapoël Kfar Saba.

Le petit village de Kfar Saba fut fondée en 1898 mais, ses premières années furent difficiles et la culture des amendes demeurait l’activité principale. Il fallut attendre les années 1920 pour que le village et la population juive prissent son essor, s’appuyant sur le développement des vergers d’agrumes (en particulier le citron et l’orange) qui devinrent la richesse de la région. De nombreux ouvriers agricoles, pour certains syndiqué au sein de l’Histadrout, émigrèrent alors dans le village et en 1928, le club de l’Hapoël vit le jour comme une réponse de la population ouvrière au seul club de la ville, le Maccabi. Mais, l’économie de la ville dépendant grandement de ses vergers, les fondateurs de l’Hapoël favorisèrent le vert pour rappeler les arbres et l’agriculture plutôt que la couleur traditionnel du mouvement sportif de gauche. Le blason reprenait tout de même l’athlète au cœur d’une faucille et d’un marteau.

#1384 – Mirassol FC : Leão Caipira

Le lion de la campagne. Mirassol, c’est le nouveau rayon de soleil du football brésilien. Représentant une ville de seulement 65 000 habitants, le club connut une ascension fulgurante en passant des divisions régionales à l’élite brésilienne en 6 ans. Avec un budget modeste (2ème masse salariale la plus faible du championnat), le club de l’intérieur de l’Etat de São Paulo créa la surprise pour sa première participation au Brasileirão lors de la saison 2024-2025. L’équipe termina à la 4ème place et offrit pour le centenaire du club, une première participation à la Copa Libertadores. Mais, l’originalité s’arrête ici puisque la mascotte du club est un lion, qui donne le surnom au club.

Même si le continent sud-américain n’acceuille pas de lion, le roi des animaux promène sa crinière et sa longue queue sur beaucoup de terrains de football. Car pas moins de 13 clubs brésiliens ont adopté le félin comme mascotte outre Mirassol (4 clubs de Série A, 2 en Série B, 4 en Série D et au moins 3 autres) : Bragentino, Fortaleza (#871), EC Vitória (#270), SC Recife (#417), Remo (#469), Avaí (#696), Portuguesa, Cianorte, Inter de Limeira, GAS, Comercial São Paulo, Villa Nova et Nacional.

Fondé en 1925, Mirassol FC connut une révolution en 1964 puisqu’il fusionna avec l’autre club professionnel de la ville, Grêmio Recreação e Esportivo Cultura. Si le nouveau club de Mirassol Atlético Clube reprit les couleurs du second (bleu et blanc), sa direction lança un vote auprès des fans pour trouver la nouvelle mascotte. Le choix des supporteurs se porta sur le lion, animal chargé de symbolisme. En effet, il représente la noblesse, le courage, la force et l’esprit de leadership. Finalement, 18 ans plus tard, les deux clubs se séparèrent mais Mirassol FC conserva le lion, qu’il fit d’ailleurs apparaître sur son blason pendant quelques années. Et comme la ville se situe à l’intérieur de l’Etat de São Paulo, dans une région plutôt agricole, le terme « campagne » a été ajouté au lion pour son surnom.

#1373 – SCO Angers : les SCOistes, le SCO

Ni plus, ni moins que le dérivé de l’acronyme SCO, qui signifie Sporting Club de l’Ouest. Capitale historique et place forte de l’Anjou, berceau de la dynastie des Plantagenêts, Angers se situe à l’Ouest (même si elle ne baigne pas sur la côte Atlantique) et cela explique bien le surnom. Mais, il faut aussi remonter aux origines du club pour comprendre la dénomination.

A la sortie de la Première Guerre Mondiale, encouragé par Valentin Cailleau, le secrétaire du CS Jean Bouin, le seul club d’envergure à Angers à l’époque, les frères Georges et Paul Fortin créèrent le Sporting Club du Crédit de l’Ouest (SCCO) le vendredi 10 octobre 1919. Le nom provenait directement de l’établissement Crédit de l’Ouest, une banque 100 % angevine, que les deux frères dirigeaient (Georges en tant que président et Paul comme vice-président). Cette banque prenait ses racines en Novembre 1850 au sein du Comptoir commercial d’Angers, E. Bigot, Bougère & Cie qui devint en 1909 la banque familiale Veuve Fortin & ses fils. En 1913, comme d’autres banques familiales régionales à la même époque, la banque Fortin fusionna avec une autre, Veuve Delhumeau, et se transforma en une société anonyme, dénommée Crédit de l’Ouest.

Si le CS Jean Bouin était associé aux Établissements Bessonneau (la grande manufacture de chanvre de la cité dont le président Jules Bessonneau fut également administrateur du Crédit de l’Ouest) et ouvert qu’à ses employés, le SCCO accepta des membres qui n’étaient pas collaborateurs de la banque. Ainsi, pour traduire cet esprit, le club changea rapidement de nom pour devenir le Sporting Club de l’Ouest. En outre, la banque rencontra des difficultés dès le début des années 1920, ce qui favorisa la séparation entre le club sportif et elle. Si l’entreprise Bessonneau poussa le Crédit de l’Ouest à fonder le SCO, il fut également à l’origine de la chute de l’établissement financier. En 1921, la gestion hasardeuse de la famille Bessonneau entraina des pertes importantes pour le Crédit de l’Ouest ainsi qu’une vague de retrait de fonds. A peine remis, la faillite d’une banque à Nantes ébranla de nouveau la confiance au début de 1924. La banque enregistrait 12,7 millions de francs de pertes, dont 10 étaient imputables au groupe Bessonneau, représentant 41 % de ses fonds propres. Elle appela à la rescousse le CIC et signa la fin de son indépendance. Par la suite, elle disparaitra dans les différentes fusions qui amenèrent à la création du CIC Ouest.

#1347 – Hillerød Fodbold : Slotsbyens hold

L’équipe de la ville du château. Fondé en 1938, le club monta lentement mais surement des divisions locales à l’échelon national en 2017. Dénommé initialement Ullerød Gymnastik Forening, reflétant la résidence du club dans le district d’Ullerød dans la partie ouest de Hillerød et la principale activité sportive parmi ses membres (la Gymnastique), le club changea de nom pour l’actuel afin de mieux s’identifier à la ville.

Cité de 36 000 habitants, Hillerød est située au nord de la région du Zélande, à quelques encablures (30 km) de la capitale Copenhague. Bien qu’il y eut une présence humaine avant, les plus anciennes traces de l’existence du village d’Hillerødsholm remontent à 1275. Mais, en 1560, la ville prit son envol avec la transformation, par le Roi danois, Frédéric II, d’un manoir, construit sur un îlot dans une zone marécageuse entourée de forêts, en une résidence royale, baptisée Frederiksborg. Son fils, Christian IV, remania la majeure partie du château entre 1600 et 1625. Le palais devint un symbole fort du pouvoir, représentant la puissance de la monarchie absolue danoise (le Roi régnait alors sur de vastes étendues dont le Schleswig du Sud aujourd’hui allemand, la Norvège, le Sud de la Suède, l’Islande, les Îles Féroé ainsi que le Groenland). Les rois y résidaient et entre 1671 et 1840, ils furent couronnés dans l’église du château, qui est également la chapelle des ordres de chevalerie danois (l’Ordre de l’Éléphant et l’Ordre du Dannebrog).

Avec ses briques rouges, ses pignons, ses flèches et des détails en grès clair, le chateau est de style Renaissance néerlandaise. Le bâtiment principal se compose de trois grandes maisons de quatre étages : l’aile royale au milieu, l’aile de l’église à gauche et l’aile de la princesse à droite. Il subit plusieurs incendies (en 1692, 1733 et 1834) mais celui du 17 Décembre 1859 fut le plus dévastateur. Le bâtiment principal fut réduit en cendres en quelques heures et une grande partie des décorations intérieures et collections partirent en fumée. La destruction ayant été vécue comme une tragédie nationale, le chateau fut reconstruit à partir de plans et de représentations anciennes et ses appartements furent rouverts au public le 1er Février 1882 sous le nom de Musée national d’histoire danoise. Plus grand palais de la Scandinavie, il est souvent surnommé le « Versailles danois » et demeure l’une des attractions culturelles les plus visités du Danemark. De par sa situation reculée, la région attira peu la population danoise jusqu’à la construction du château. Puis, la ville de Hillerød devint fortement dépendante du château, son expansion économique suivant le développement de la résidence royale. Le château et son immense parc se situe désormais au centre de la ville.

#1344 – OFC Pirin Blagoevgrad : Орлетата

Les aigles. Le précédent article traitait déjà d’un club dont le surnom est les aigles mais qui dérive directement des armoiries de la ville. Pour ce club bulgare, il faut plutôt chercher dans son environnement. Grâce à son centre de formation, Pirin est connu comme le nid de nombreux talents du football bulgare, sans conteste le plus renommé étant Dimitar Berbatov. Fondé en 1922 sous le nom d’Ilinden, le club connut une histoire compliquée, fusionna avec plusieurs autres formations avant de prendre son nom actuel en 1970. Et c’est à partir de cette date qu’il commença à s’établir dans les divisions supérieures du football bulgare.

Résidant dans la ville de Blagoevgrad, le club prit le nom du massif montagneux qui la borde, le Pirin. Ce dernier, délimité par les vallées des rivières Struma et Mesta, donna son nom à la région sud-ouest de la Bulgarie, la Macédoine du Pirin, qui correspond à l’actuel oblast de Blagoevgrad. Tirant probablement son nom de la divinité slave Pérun, le Pirin est dominé par le pic Vihren, culminant à 2 914 mètres, deuxième plus haut sommet du pays. Mais, un autre pic, situé dans la partie centrale et dénommé, Orelyak, donne une première réponse à la question des origines du surnom. Culminant à 2 098,6 mètres, il s’agit d’un magnifique pic de marbre qui, vu du nord, ressemble à un aigle aux ailes légèrement déployées. Et dans cette chaîne montagneuse, la présence de l’aigle ne se résume pas à cette forme. Une grande diversité d’espèces animales habitent dans le Pirin. On en recense plus de 2 000 invertébrés (araignées , mille-pattes, insectes …) et près de 250 vertébrés dont 45 mammifères et 177 espèces d’oiseaux. Parmi ces derniers, 3 types d’aigle (l’aigle tacheté, l’aigle botté et l’impressionnant aigle royal) cohabitent au sommet de ce massif rocheux. Ainsi, l’écusson du club présente depuis de nombreuses années la chaîne de montagne surmonté par un aigle.

#1329 – Uruguay Montevideo FC : la Celestina

La petite céleste. Voici un club dont il est aisé de savoir son origine : Montevideo, capitale de l’Uruguay. Il fut fondé le 5 janvier 1921, dans le quartier de Pueblo Victoria à Montevideo, dans un contexte national favorable. De 1903 à 1920, sous la présidence de José Batlle y Ordóñez, l’Etat se modernisait et initiait de nombreuses réformes sociales en parallèle d’une économie qui prospérait. En outre, l’Uruguay connaissait une longue période de paix et se rapprochait du centenaire de son indépendance (25 août 1825) après avoir connu des guerres (notamment civiles), qui attestaient de la tutelle de ses puissants voisins argentins et brésiliens. Dans cet environnement, un certain élan patriotique s’exprima au sein des associations sportives.

Ainsi, fières de leur pays et son armée, les fondateurs donnèrent à leur club le nom de deux navires de guerre de la marine uruguayenne : le torpilleur/croiseur « Uruguay » (mis en service en 1910) et la frégate « Montevideo » (mis en service en 1908). Pour la tenue, ils retinrent celle de l’équipe nationale : maillot bleu ciel et short noir. Car, l’équipe de football d’Uruguay était l’honneur et la joie du peuple. Ses résultats étaient remarquables. En 1921, 4 éditions de Copa América avaient été disputés et les uruguayens l’avaient remporté 3 fois dont la dernière en 1920 (durant cette dernière compétition, l’Uruguay avait infligé un cinglant 6-0 au Brésil). Et dans ses rencontres annuelles face à l’Argentine (au travers des Copa Lipton et Copa Newton), l’Uruguay avait gagné 11 fois (sur 27 rencontres).

Alors attention si le drapeau uruguayen se compose de bandes horizontales bleues et blanches, le bleu du maillot de l’équipe est ciel et ne trouve pas ses origines dans la bannière du pays. Dans les premières années, la couleur du maillot de la sélection uruguayenne changea à de nombreuses reprises, en reprenant notamment les couleurs des grands clubs du pays. Le maillot bleu ciel et short noir fut adopté au lendemain de la première victoire des Uruguayens face à l’Argentine, à Montevideo, le 15 août 1910, en Copa Lipton. Lors de cette rencontre, l’équipe nationale portait pour la première fois un maillot bleu clair, s’inspirant de la chemise du River Plate FC, un des principaux clubs uruguayen de l’époque, et qui avait battu les argentins d’Alumni quelques jours plus tôt.

Le surnom de la sélection est devenu la Celeste et donc l’Uruguay Montevideo FC reçut celui de Celestina. Parfois, l’équipe est aussi créditée du surnom de Celeste de Pueblo Victoria (la celeste de Pueblo Victoria, le quartier dont est originaire l’équipe).

#1324 – Cove Rangers FC : the Toonsers

Comme si l’accent écossais n’avait pas suffit à dérouter plus d’un anglophone, plusieurs dialectes locaux viennent encore un peu plus écorcher la langue de Shakespeare. Au Nord-Est du pays, dans la région d’Aberdeen, le Doric se parle et, dans ce dialecte, Toonsers est un mot qui désigne un habitant de la ville (par opposition à Teuchter qui est un gars de la campagne). Et la compréhension de ce surnom peut se rechercher dans différentes sources.

Fondé en 1922, le club a longtemps évolué dans les ligues amateurs locales (jusqu’en 1985) puis pendant 33 ans dans la Highland Football League (5ème niveau nationale, regroupant les régions des Highlands ainsi que le Moray, les régions d’Aberdeen et de Dundee, l’Angus et certaines parties du Nord du Perthshire. Ce championnat accueille donc des équipes de petits villages du Nord de l’Ecosse. Or, Cove Rangers détonnait dans ce paysage car il représentait le petit village de Cove Bay, mais qui fut absorbé par la ville d’Aberdeen en 1975. Et Aberdeen est non seulement la 3ème plus grande ville d’Ecosse, avec ses 220 000 habitants, mais aussi une riche cité, avec son économie florissante (papier, textile, construction navale et maintenant l’extration pétrolière). D’où, Cove Rangers et ses joueurs étaient le symbole de la grande ville contre les petites équipes de la campagne.

Mais, la distinction pourrait aussi apparaît au sein même d’Aberdeen. En effet, Cove Bay est un quartier plutôt cossu d’Aberdeen, accueillant une petite bourgeoisie ayant réussi dans le commerce ou l’industrie. Cela opposait la ville et son équipe aux autres quartiers d’Aberdeen, plutôt représentant de la classe ouvrière qui œuvrait dans les usines textiles ou au port, dans la construction navale. Dire que ces derniers étaient des teuchters les dégradaient par opposition aux habitants de Cove Bay, qui apparaissaient comme de riches citadins.

#1320 – Loughgall FC : the Villagers

Les villageois. Une belle lecture aujourd’hui dans l’Equipe où le quotidien revient à des articles de qualité plutôt que faire l’agence de com de Wemby ou un énième article sur les exploits extra-sportifs de KMB. En Irlande du Nord, à une soixantaine de kilomètres à l’Ouest de Belfast, perdu au milieu des champs de pommiers et des moutons, se trouve le village de Loughgall, dans le comté d’Armagh. Pourtant la modeste bourgade attire les lumières de l’Europe entière depuis la saison 2023-2024. Car, elle peut s’engorneuillir de détenir le record de la plus petite commune disposant d’une équipe en première division d’une ligue européenne, détrônant ainsi Streymnes, village des Îles Féroé de 334 habitants accueillant l’équipe d’EB/Streymur. Oui, Loughgall est vraiment un petit village de seulement 282 habitants (au dernier recensement de 2011).

Vous connaissez le RC Lens, qui joue dans un stade de 38 000 places alors que la ville ne compte que 32 000 habitants. Encore plus fort avec Hoffenheim, ce charmant village de 3 191 habitants qui évolue avec la manne financière du patron de SAP dans un stade de 30 000 places en Bundesliga. Désormais, vous connaissez le champion en la matière. Dans ce village où il n’y a même pas un pub pour réunir les fans, les joueurs de Loughgall FC évoluent dans un stade pouvant accueillir 2 000 spectateurs (dont seulement une centaine peuvent s’assoir) et représentent 10% de la population locale.

En terminant champion de deuxième division en 2023, le Loughgall FC s’est offert le privilège de remonter dans l’élite du football nord-irlandais, qu’il avait quitté en 2007. Par deux fois, la montée s’était refusée au club : en 2010, les autorités n’avaient pas accordé la licence nécessaire et en 2020, le championnat avait été annulé en raison de la pandémie de Covid-19. Malgré les railleries et les insultes, Loughgall avait déjoué les pronostiques et terminait la première saison au sein de l’élite à la 9ème place. La saison actuelle demeure plus compliquée et, malheureusement, la magie risque de prendre fin avec une probable relégation. Toutefois, leurs exploits ne sont pas passés inaperçus. L’émission « Football Focus » de la chaîne publique anglaise, BBC s’est rendu sur place, tout comme le célèbre cinéaste allemand Max Neidlinger qui a tourné un reportage pour la ZDF.