#90 – Argentinos Junior : el Semillero del mundo

La pépinière du monde. Argentinos Junior n’est pas le club de Buenos Aires le plus fameux mais de nombreux internationaux argentins ont foulé les terrains de son centre de formation. De ses rangs des joueurs tels que José Néstor Pékerman, Fernando Redondo, Juan Román Riquelme, Esteban Cambiasso, Juan Pablo Sorin, Fernando Cáceres, Andrés D’Alessandro et Fabricio Coloccini ont émergé. Cette liste rassemble de belles références qui pourrait suffire à justifier le surnom. Sauf que pour être reconnu comme la pépinière du monde, il faut rajouter la cerise sur le gâteau Diego Armando Maradonna. Il débuta le 20 octobre 1976 face à Talleres, à seulement 15 ans. Pendant 5 ans, il va porter l’équipe à bout de bras à ses meilleures résultats (pour l’époque), devenant le plus jeune meilleur buteur de l’histoire du championnat argentin, remportant le ballon d’or argentin, et honorant sa 1ère sélection nationale à 16 ans. Face à un tel constat, l’Association de Football Argentin désigna le club comme pépinière du monde.

#89 – CSKA Moscou : конями

Les chevaux. Il existe trois versions pour l’origine de ce surnom. La plus généralement admise est que le stade Peschanoe où évolua le club fut construit sur une partie de l’hippodrome de Moscou. Ce stade a été détruit au début des années 2000 pour laisser place à la nouvelle enceinte du CSKA, la VEB Arena, en 2016. L’autre version est très proche. Simplement, au lieu du stade, elle parle du siège du club. Et plutôt que l’hippodrome de Moscou, il s’agit des anciennes écuries de la famille princière Ioussoupov. Enfin, la dernière version rend hommage à l’un des premiers maréchaux de l’Union soviétique, Semion Boudienny. Il fut le commandant de la première armée de cavalerie de l’Armée rouge pendant la guerre civile russe et également l’un des principaux organisateurs de la cavalerie. Nombreuses fois décorés (8 ordres de Lénine, 3 Médaille d’Or, il reçut le titre de Héros de l’Union Soviétique, al plus haute distinction de l’URSS), il contribua aussi à la naissance de la race équine rustique qui porte son nom. On ne saura peut-être jamais l’origine de ce surnom mais depuis 2008, cet animal est devenu le symbole officiel du club de Moscou. Si les anciens fans du CSKA appréciaient peu ce surnom, maintenant les supporteurs s’appellent fièrement конями (les chevaux) ou пони (poneys). Lors de matchs, dans les gradins du stade, vous pouvez apercevoir de nombreux chevaux gonflables ou en peluche.

#88 – Bohemians Prague 1905 : Klokani

Les kangourous. Ce n’est pas vraiment un animal endémique de la Tchéquie ou de l’Europe Centrale. Pourtant, un kangourou empaillé se situe bien dans les bureaux du siège du club. En 1927, la fédération australienne cherchait à inviter des clubs européens pour affronter des équipes locales. Ils contactèrent le Slavia Prague et le Viktoria Žižkov qui déclinèrent car ils n’avaient pas en confiance dans l’organisation d’une si longue tournée (on parlait de 4 à 5 mois loin de leur base). Le Sparta avait quand à lui déjà d’autres engagements. Finalement, le Bohemians accepta et entame sa tournée le 6 Avril 1927.

Cette tournée constituait un défi sportif pour l’équipe pragoise mais était également un outil de promotion de la Tchécoslovaquie. Lors du discours du départ, il fut déclaré « Vaše výprava z pražského předměstí jest nejdelší cestou československých sportovců. Bude trvat téměř pět měsíců. A budete se bít za čest a vlajku nejen svého klubu, ale celého československého sportu, ba celého národa. A my doma pevně doufáme, že nás Vršovice nezklamou » (Votre expédition depuis la banlieue de Prague est le plus long voyage des athlètes tchécoslovaques. Cela prendra près de cinq mois. Et vous vous battrez pour l’honneur et le drapeau non seulement de votre club, mais de tout le sport tchécoslovaque, voire de toute la nation. Et chez nous, nous espérons fermement que Vršovice ne nous décevra pas). Ce n’est pas faux que beaucoup d’Australiens découvrirent ce pays d’Europe Centrale avec l’équipe des Bohemians. La tournée du club passa par les villes d’Adélaïde, Melbourne, Sydney, Newcastle et Brisbane et fut une réussite avec 19 matchs joués (notamment contre l’équipe nationale d’Australie et une sélection de l’armée britannique) pour un bilan de 14 victoires, 2 nuls et 3 défaites (90 buts marqués pour 48 encaissés).

Lors de leur passage à Brisbane, le 20 juin, l’équipe se vit confier un couple de kangourous par le ministre des Affaires publiques du Queensland qui souhaitait les offrir au Président Tchécoslovaque, TG Masaryk. Les joueurs les ramenèrent en Tchécoslovaquie et TG Masaryk les confia au Zoo de Prague (Vergers de Havlíček). Depuis, l’animal est l’emblème du club et s’affiche sur son écusson. Mais, cette tournée ne conduit pas seulement à adopter un nouvel emblème. En effet, avant de partir, le club se dénommait AFK Vršovice (nom d’un petit village près de Prague qui devint un quartier) depuis sa création en 1905. Conscient que ce nom serait imprononçable et que ce quartier de Prague serait insituable pour les australiens, les organes du club décidèrent de changer de nom avant la tournée pour AFK Bohemians. Le terme anglais Bohemians faisait référence à la Bohème, l’une des régions historique de la Tchéquie.

#87 – ER Belgrade : Звезда

L’étoile, le surnom du club étant son symbole. En 1945, à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, les clubs sportifs serbes d’avant-guerre avaient tous disparu et les autorités communistes profitèrent de cet état pour réorganiser le tissu sportif, avec l’objectif de diffuser son idéologie et consolider le nouveau régime. Dans ce contexte, à l’initiative du Conseil principal de l’Union unie de la jeunesse antifasciste de Serbie (USAOS), les deux grands clubs serbes émergèrent à quelques jours d’écart : l’Etoile Rouge le 4 mars, puis Partizan le 4 octobre 1945. L’Etoile Rouge s’empara des structures du SK Jugoslavija, l’un des clubs les plus importants de Belgrade d’avant guerre. Lorsqu’il fallut trouvé un nom, les dirigeants proposèrent ceux en vogue à cette époque : Mladost (Jeunesse), Udarnik (Ouvrier performant), Staline, Lenine, Torpedo, Dinamo, Lokomotiva. Slobodan Ćosić, vice-président, déclara « on pourrait l’appeler l’Etoile ? », ce à quoi Zoran Žujović, l’autre vice-président, répliqua « Étoile, d’accord mais, elle sera rouge alors comme le SK Jugoslavija ». La proposition « Etoile Rouge » fut adoptée et le parti socialiste de Yougoslavie fut ravi de cette idée. Elle avait l’avantage de faire un lien entre le passé (un club historique de l’entre-deux guerres) et le futur (un étendard du communisme).

#86 – Panathinaïkos Athènes : Το Τριφύλλι

Les trèfles. Fondé en 1908, le club adopta le vert comme couleur et le trèfle comme symbole en 1919. La principale version raconte que le fondateur du club, George Kalafatis, entreprit de remédier à l’absence d’emblème. Il convoqua quelques joueurs pour leur demander leur avis. Un d’entre eux, Michalis Papazoglou, proposa le trèfle blanc comme emblème du club et le vert comme couleur. Ce symbole était celui de son lycée et de son club dans le quartier de Kadiköy à Istanbul (Halkidona pour les Grecs) à Istanbul. Une autre version indique que le trèfle du Panathinaikos proviendrait du marathonien irlando-canadien Billy Sherring, qui fit rêver des milliers d’Athéniens lors du marathon des Jeux olympiques d’Athènes en 1906. Il remporta la médaille d’or du Marathon avec un temps de 2 h 51 min 23 s en portant un maillot floqué d’un énorme trèfle.

#85 – Nîmes Olympique : les Crocodiles, les Crocos

L’animal est l’emblème du club mais son origine dépasse le Nîmes Olympique. En effet, les armes de la ville expose un crocodile enchaîné à un palmier. Pour comprendre ce symbole, il faut remonter à 31 avant J.C et à la bataille d’Actium. Les armées romaines d’Octave réduisirent à néant les dernières ambitions de Cléopâtre et Marc-Antoine. L’Egypte des Pharaons tomba alors sous le joug de l’Empire Romain. La légende veut qu’Octave octroya des terres à ses vétérans d’Actium à Nîmes, favorisant l’essor de la ville. Au-delà de cette version, la colonie de Nîmes eut surtout le droit de frapper une monnaie en mémoire de cette victoire : l’as de Nîmes (aussi désigné comme dupondius au crocodile). Cette pièce de bronze affichait sur son avers Octave, désormais élevé au rang d’Empereur, et son gendre Agrippa (commandant de la flotte à Actium et principal artisan de la victoire) et, au revers, le fameux crocodile enchaîné à un palmier couronné de lauriers, surmontés de l’inscription « Col. Nem. », qui signifie COLonia NEMausensis, ie colonie nîmoise. Le crocodile et le palmier symbolisent l’Egypte soumise à Rome (la couronne de lauriers).

#84 – BV 09 Borussia Dortmund : Borussen

Borussen est dérivé du nom du club, Borussia. En 1909, éclata une scission au sein de l’association catholique de Dortmund, la congrégation de la Trinité, à cause du football. En effet, les jeunes de la communauté y jouaient mais ce jeu apparaissait « sauvage » aux yeux de l’aumônier Hubert Dewald, président de la communauté. Depuis au moins 3 ans, les jeunes de la congrégation passaient leurs dimanches à jouer au football plutôt qu’à observer leurs devoirs religieux. Pour éradiquer ce loisir « futile », l’aumônier Hubert Dewald introduisit une prière supplémentaire le dimanche après-midi … que les jeunes n’hésitèrent pas à déserter.

La tension monta et, de manière totalement spontanée, plusieurs jeunes (18 au final) se réunirent le 19 Décembre 1909 au 1er étage de l’auberge « Zum Wildschütz » dans le quartier de Borsigplatz (aujourd’hui situé au 60 de la Oesterholzstrasse) pour fonder le club. L’établissement rencontrait un certain succès auprès des jeunes hommes de l’église catholique de la Trinité, qui se rassemblaient ici au lieu d’aller à l’église. La réunion était improvisée et personne n’avait de nom pour cette nouvelle association. Selon une anecdote, le terme « Borussia » fut proposé par Franz Jacobi car un panneau publicitaire de la brasserie Borussia était affichait sur le mur de la salle. Cette bière était semble-t-il la préférée des jeunes fondateurs et le père de Franz Jacobi, qui était déjà décédé, avait travaillé dans cette brasserie. La brasserie Dortmund Borussia existait depuis 1885 et se situait sur la Borsiggplatz, non loin du restaurant « Zum Wildschütz ». La brasserie représentait autrefois les habitants du nord de la ville.

Peut-être aussi que ce nom plut aux fondateurs car, en ces années où le nationalisme montait au sein des nations européennes et en particulier dans cette jeune Allemagne, il faisait référence aux racines du pays. Le terme « Borussia » était le nom latin de la Prusse, qui, durant la fin du XIXème siècle, fédéra les différents Etats du Saint Empire Germanique pour donner naissance à l’Empire Allemand. Ce fut une tendance forte pour la dénomination des nouvelles associations sportives allemandes nées à la fin du XIXème siècle et au début du XXème : Borussia (également à Mönchengladbach et un club de Berlin), Preussen qui signifie prusse en allemand (à Hamm et à Berlin), Germania nom latin de l’Allemagne (à Berlin, Brême, Francfort, Mühlhausen, Mannheim et Braunschweig), Arminia, en rapport avec le chef barbare Arminus, présenté comme un héros national (à Bielefeld), Alemannia pour le peuple germanique qui donna son nom à l’Allemagne (à Aix-la-Chapelle), Teutonia dérivé du peuple germanique Teuton, parfois synonyme d’Allemagne (pour un club de Berlin) et Deutscher, Allemand en allemand (à Hannovre).

#83 – SC Braga : os Arsenalistas

Les « arsenalistes » car les maillots de Braga s’inspire de ceux du club anglais d’Arsenal, poitrine rouge et manches blanches. Avant la saison 1945-1946, le club jouait avec un maillot vert et blanc (dans le style de Blackburn, accompagné d’un short noir). La raison du changement diffère selon les versions mais il semble que le point commun était que le club voulait se distinguer du Sporting Portugal.

Selon la première version, le président José Antunes Guimarães, qui avait des relations d’affaires à Londres, était un fan d’Arsenal. Une autre version de l’histoire indique que József Szabó, l’entraîneur hongrois du club lors de la saison 1945-1946 et qui aimait le style de jeu d’Arsenal, aurait demandé au président de changer l’uniforme vert et blanc pour celui d’Arsenal. La légende raconte que József Szabó se rendit lui-même à Londres pour ramener un jeu de maillot d’Arsenal. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’équipe d’Arsenal était en pleine reconstruction (9 de ses joueurs décédèrent pendant le conflit). Mais, pendant les années 1920 et 1930, lorsque Szabó était footballeur, Arsenal connut une période dorée sous la houlette d’Herbert Chapman. Ce dernier modernisa les méthodes d’entrainement et de physiothérapie, ainsi que le style de jeu du club londonien, en renforçant la défense avec des milieux défensifs et en élargissant le jeux avec les latéraux. De plus, malgré une politique d’achat d’envergure, il développa également la formation. Ces changements conduisirent à la constitution des premiers titres d’Arsenal (5 titres de champion, 2 Coupes d’Angleterre, 5 Community Shield). Chapman fut également l’instaurateur du célèbre maillot d’Arsenal. Evoluant jusqu’en 1933 dans un maillot rouge foncé, Chapman, afin de distinguer l’équipe, introduisit les manches blanches et un rouge plus vif sur le torse. Une histoire rapporte que Chapman fut inspiré par un supporter dans les tribunes portant un pull sans manches rouge sur une chemise blanche. Une autre version indique que la création serait venu d’un échange entre Chapman et le célèbre caricaturiste Tom Webster. Mais, dans cette version, il existe également des sous-histoires. La plus simple avance que, lors d’une partie de golf, Chapman remarqua la tenue de Webster (un pull rouge sans manche sur une chemise blanche). Une autre crée un lien avec une autre équipe londonienne. Webster jouait une partie de golf avec le président de Chelsea, Claude Kirby, qui portait alors un pull bleu sans manche sur une chemise blanche. Webster suggéra à Kirby d’adopter la même tenue pour son club mais le manager de Chelsea refusa. Apprenant l’histoire, Chapman demanda alors à Webster de dessiner un croquis de cette idée pour son club d’Arsenal.

Braga changea ses kits vert et blanc pour des maillots rouges dans le style d’Arsenal lors de la saison 1945-1946 (pour l’équipe de réserve) et 1946-1947 (pour l’équipe principale). Cela porta chance au club puisqu’il accéda pour la première fois de son histoire à l’élite portugaise lors de la saison 1947-1948. D’autres surnoms dérivent également de cette histoire : Arsenalistas de Minho ou d’Arsenal de Minho (Minho étant l’ancien nom de la province où se situe Braga, tirant son nom de la rivière Minho).

#82 – CFR Cluj : Feroviarii

Les cheminots. Ce surnom devient évident si on connait de quoi est l’acronyme CFR. CFR signifie Căile Ferate Române (Chemin de Fer Roumain). Le club fut créé en 1907 sous le nom Kolozsvari Vasustas Sport Club. Kolozsvari est le nom hongrois de Cluj et Vasustas signifie cheminot en hongrois. Car en 1907, la Transylvanie, où se situe Cluj, faisait partie de l’Empire Austro-Hongrois. Le club était donc une émanation des chemins fers locaux. Après la première guerre mondiale, la Roumanie récupéra la Transylvanie et tous ses actifs. Ainsi, le CFR mit la main sur les voix ferrés et le matériel ferroviaire … et le club tomba aussi dans son escarcelle. Il fut alors renommé CFR et resta longtemps dans le giron des chemins de fer. Aujourd’hui, le club affiche encore une locomotive sur son blason, même si depuis des années, il est détenu par des mécènes privés.

#81 – Cruz Azul : los Cementeros

Les cimentiers. Le club fut fondé le 22 mai 1927 (c’est donc son 73ème anniversaire à la date de parution de cet article) par des employés de la société Cooperativa La Cruz Azul S.C.L., fabricant de ciment. A l’époque, à Jasso, la ville où le club fut créé, il n’y avait rien d’autres que cette cimenterie et il fallait donc bien occuper le personnel. Le baseball était roi. Mais, Guillermo Álvarez Macías, directeur général de la cimenterie, et Carlos Garcés, directeur de l’action sociale, tous fans de football, fédérèrent plusieurs ouvriers pour bâtir les bases du club. Depuis, le club est fortement lié par ses origines à cette entreprise (il en reprend d’ailleurs le logo) mais également car le cimentier a été l’unique sponsor du club jusqu’en 1997 et depuis, reste un partenaire majeur.