#1197 – WSG Tirol : Grün-Weiß

Les vert et blanc. Le club autrichien qui offrit une belle résistance à l’Olympique Lyonnais en match de pré-saison hier, se situe dans le bourg tyrolien de Wattens, district d’Innsbruck-Land. Et si cette municipalité de 9 000 âmes ne vous dit rien, elle abrite tout de même le siège de l’entreprise de cristal et de strass, Swarovski. Comme quoi, l’image du club devrait un peu plus briller.

Le club émergea en Avril 1930 de la communauté ouvrière de la ville, avec les employés de plusieurs entreprises de la ville, la cristallerie Swarovski, la papeterie de Wattens et la briqueterie Tonwerk Fritzens. En 1931, le club s’enregistra auprès de la fédération tyrolienne sous le nom de club sportif Football Club Wattens (SpV FC Wattens). Les membres fondateurs choisirent des armoiries en forme de bouclier, partagées en deux moitiés, une à gauche présentant des rayures verticales vertes et blanches et l’autre à droite blanche ornée de l’aigle tyrolien. Les couleurs vertes et blanches s’installèrent donc dès la fondation du club et ne furent jamais modifiées. Le choix proviendrait du Rapid de Vienne, qui depuis 1906 évoluait dans ces couleurs (#546). Tout d’abord, depuis les années 1920, l’aura du club viennois grandissait fortement en Autriche et lors de la saison 1929-1930 (année de fondation du WSG Tirol), le Rapid remportait son 10ème titre de champion, ainsi que pour la première fois la Coupe Mitropa (une des précurseurs des Coupes d’Europe). En outre, un autre élément rapprochait les deux clubs : leurs origines ouvrières. Les racines du Rapid se trouvent dans les environnements ouvriers du Schmelz à l’ouest de Vienne (une grande friche industrielle entourée de rangées d’habitation densément peuplées), qui accueillaient des immigrants, notamment de Bohême et de Moravie, et en 1897, le prédécesseur du Rapid fut fondé sous le nom Wiener Arbeiter Fußball-Club (club de football ouvrier viennois).

#1196 – CS Colombia : los Cafeteros

Les caféiculteurs. Vous ne rêvez pas. Ce club se nomme comme un pays et se trouve … au Paraguay, soit à près de 3 000 km de la première ville colombienne. Et comme, cette équipe évolue dans un maillot jaune et rouge, accompagné d’un short bleu, soit les couleurs du drapeau colombien, on peut en conclure que toutes ses similitudes ne sont pas le fruit du hasard. A Zavala Cué, un quartier de la ville de San Lorenzo, des jeunes décidèrent de fonder un club de sport (et notamment de football) le 1er Novembre 1924. Ils le nommèrent Sport Colombia pour rendre hommage au pays qui supporta le Paraguay lors de l’un de ses pires épisodes, la Guerre de la Triple-Alliance (1864-1870).

A l’issu du mouvement indépendantiste qui désagrégea les Empires espagnoles et portugais en Amérique du Sud (vers 1820), de nombreux Etats virent le jour aux frontières floues et les constations subsistèrent durant de nombreuses années. Egalement, au fil des années, la compétition entre ces jeunes nations se fit sur le plan économique, dans un monde du XIXème siècle en pleine révolution industrielle et favorisant l’ouverture des marchés aux produits européens. C’était classiquement le cas du Paraguay avec ses voisins Argentins et Brésiliens. Tous revendiquaient des pans entiers du territoire des autres. En outre, les britanniques soutenaient le Brésil et l’Argentine qui ouvraient leurs bras aux capitaux et aux produits de la Grande-Bretagne, contrairement au Paraguay qui connaissait une forte croissance sans l’appui de nation européenne mais sous le joug d’une tyrannie.

En 1864, l’Uruguay se déchirait entre les mouvements pro et anti-brésiliens et le Paraguay prit le parti des anti-brésiliens. Pour leur porter secours, les troupes paraguayennes devaient passer par le territoire argentin, ce que le gouvernement de Buenos Aires refusa. Cette décision n’empêcha pas le Paraguay de traverser ses régions, ce qui poussa l’Argentine à déclarer la guerre à Asunción. Pendant ce temps, l’Uruguay tomba sous la coupe officieuse du Brésil et une triple alliance (Brésil, Uruguay et Argentine) émergea avec le traité du 1er mai 1865. Face à cette coalition, le Paraguay ne pesa pas et perdit la guerre en 1870. Les pertes furent terribles pour le pays. Même si les chiffres sont souvent contestés et peu fiables, le Paraguay aurait perdu une grande partie de sa population (jusqu’à 60%) et se retrouva presque sans hommes (jusqu’à 80% de sa population masculine serait décédé). Occupé jusqu’en 1876 par le Brésil et l’Argentine, le Paraguay fut également amputé de 140 000 km2 (soit 70% de son territoire). Enfin, ses deux voisins lui imposèrent le libre échange voulu par les britanniques.

Pendant ce désastre, qui faillit vit disparaître le pays guarani, les populations paraguayennes trouvèrent un soutien auprès de la Colombie. Cette dernière protesta contre la guerre, loua la résistance héroïque des paraguayens (loi 78 du 28 juin 1870), et accorda la citoyenneté colombienne à tout paraguayen qui mettrait le pied sur le sol colombien si, à la suite de la guerre, le Paraguay disparaissait. Ce geste, certes que moral mais important pour ne pas être isoler sur la scène internationale, scella les relations fraternelles entre les deux nations. En remerciement de la politique colombienne, le Paraguay renomma un de ses districts, dont la géographie apparaissait similaire à celle de la Colombie, Nueva Colombia qui adopta un drapeau similaire à celui de la Colombie. Même si cette histoire est parfois oubliée aujourd’hui, elle refait surface comme quand lors du dernier match des qualifications à la Coupe du Monde 2022, le sort de l’équipe colombienne dépendait du résultat des paraguayens. La presse colombienne n’hésita pas à rappeler le geste de 1870 pour demander un coup de main sportif au Paraguay.

Le club du CS Colombia met donc à l’honneur ce lien et hérita du surnom de Cafeteros, car la Colombie est connue pour sa production de café (4ème producteur mondial en 2023 avec environ 745 800 tonnes).

#1195 – FC Hradec Králové : Votroci

Difficile de donner une traduction exacte mais l’idée est qu’il s’agit d’un jeune homme, plutôt immature (Votrok au singulier, Votroci au pluriel). On pourrait même dire qu’il était compris comme une canaille, un garnement. Il désigne les joueurs de l’équipe noire et blanche, puis a été adopté pour nommer le groupe de supporteurs. C’est un mot du dialecte du nord-est de la Bohême, assez utilisé au XIXème siècle mais qui tomba au fil des années en désuétude sauf dans la région de Hradec Králové.

Son origine est assez discutée mais il dériverait du vieux tchèque otrok qui désignait aussi bien un esclave qu’un jeune homme. Et les études font remonter les racines du mot dans la voisine Pologne où le terme local avait également ce double sens d’esclave et jeune garçon. Pour certain, il s’analysait comme une plaisanterie. Mais d’autres estimaient qu’il s’agissait d’un juron. Un vieux procès aurait tranché l’interprétation. Monsieur Eman Fiala aurait traité un habitant de votrok, qui poursuivit cette « injure » devant le tribunal. Lors du procès, Eman Fiala demanda pardon au plaignant et déclara « Ale di, votroku, snad bys mne nechtěl připravit do kriminálu… » (Allez, votrok, tu ne voudrais pas me mettre en prison…). Le juge estima que la manière de prononcer le mot par Monsieur Fiala n’avait pas de signification offensante et c’est ainsi qu’il fallait l’entendre à Hradec Králové. La légende raconte que Monsieur Fiala remercia le juge pour sa décision en ces termes « Děkuji vám! Jste vy to Votrok » (Merci, vous êtes le votrok !). C’était quasiment une récompense décernée par Monsieur Fiala au magistrat. Les supporteurs l’adoptèrent pour leur club dans le sens léger, affectueux.

#1194 – Bendel Insurance FC : the Benin Arsenal

L’Arsenal de Benin. Attention à ne pas tomber dans le piège facile de penser que l’on parle d’un club béninois. En réalité, Bendel Insurance est un club nigérian représentant la capitale de l’État d’Edo, Benin City. Cette ville se situe sur les bords de la rivière Bénin et fut également la capitale d’un Royaume puissant dénommé Royaume du Bénin. Ce royaume dura du XIIème siècle à 1897, année où il tomba face aux Britanniques. Le terme Benin serait la prononciation portugaise du mot itsekiri Ubinu, qui signifie « capitale de la royauté » et désignait Benin City.

Le football fut importé dans le pays au début du XXème siècle par les missionnaires et les colons britanniques, en particulier Frederick Baron Mulford, qui organisait régulièrement des matchs entre des jeunes britanniques et des locaux à Lagos. En 1945, la Fédération nigériane de football fut fondée pour organiser et superviser le sport dans le pays. Enfin, dans le but d’améliorer la qualité du football nigérian et de fournir un environnement compétitif pour le développement des talents locaux, la ligue professionnelle nigériane fut crée en 1972, rebaptisée Ligue professionnelle en 1990 et Premier League en 1993. Parmi les fondateurs, le club du Bendel Insurance, fondé la même année. De 1972 à 2008, Bendel Insurance joua dans l’élite nigériane et remporta deux titres en 1973 et en 1979. Mais, en 2008, la propriété du club fut disputée entre deux parties, ce qui affaiblit l’équipe qui termina à la dernière place et fut reléguée en fin de saison. Toutefois, avec ses 37 saisons sans discontinuées parmi l’élite, Bendel fut comparé au club anglais d’Arsenal qui est le recordman de présence consécutive au sein de l’élite anglaise. En effet, Arsenal évolue en première division anglaise depuis la saison 1919-1920, soit 99 saisons (à date), et devance largement le deuxième club à la plus grande longévité, Everton (1954-1955). Suite à sa relégation, le surnom retrouva un peu de consistance lors de la saison 2022-2023 lorsque le club réussit à ne pas perdre un match (18 matchs dont 8 victoires) dans la première partie de saison, rappelant ainsi les fameux invincibles d’Arsenal (#941).

#1193 – Åtvidabergs FF : Bruket

Le terme Bruket désigne une usine, en particulier sidérurgique. Au début des seventies, les cheveux longs volaient au vent, le power flower s’épanouissaient et une équipe d’une petite ville de 7 000 habitants dominait le football suédois. A cette époque, ce dernier connaissait plutôt une période mitigée, son équipe nationale bataillant pour tenter de se qualifier aux grands tournois nationaux. Nationalement, Åtvidabergs FF remporta deux championnat en 1972 et 1973 (après avoir terminé à la seconde place en 1970 et 1971 et gagné deux coupes nationales sur ces mêmes années). En 1973, le club avait terminé avec 6 points d’avance sur Östers et remporté 16 des 26 matches du championnat. Avec ces triomphes, Åtvidabergs FF rencontra en coupes d’Europe Chelsea, le FC Barcelone et le Bayern Munich, avec comme succès un quart de finale en 1974-1975. Enfin, lors de la Coupe du monde de 1974, pas moins de huit joueurs de l’équipe nationale évoluait à Åtvidaberg. Ce succès sportif reposait largement sur le support financier de la société Facit, fabriquant de machines de bureau (calculatrices mécaniques et machines à écrire), basée à Åtvidaberg et dont le président, Gunnar Ericsson, présidé également la fédération suédoise de 1970 à 1975.

Mais ce soutien financier décisif pour le palmarès du club n’est pas à l’origine du surnom du club. Il faut se tourner vers un autre pan de l’activité économique de cette région. Des gisements de cuivre furent découverts dans les environs d’Åtvidaberg au Moyen-Age et dès 1413, des mines furent mises en exploitation. Après un arrêt des mines au XVIème siècle, l’exploitation reprit en 1754 et au XIXème siècle, d’importants investissements furent réalisés et développèrent significativement la ville. Les principaux champs miniers se situaient à Bersbo (au Nord) et à Närstad (à l’Ouest). En 1857, la liaison ferroviaire entre le champs minier de Bersbo et la fonderie de cuivre située à Åtvidaberg fut inaugurée. Environ 35 000 tonnes de minerai de cuivre furent extraites des mines de Bersbo, qui représentaient une surface souterraine de 11 425 m². A l’Exposition universelle de Paris en 1889, ces dernières reçurent un prix pour son cuivre. A Närstad, la plus grande mine était celle de Mormorsgruvan, avec une profondeur de 407 mètres, ce qui en 1866, était considérée comme la mine la plus profonde de Suède. La production de cuivre à Närstad atteignit son apogée en 1869. Au total, la région d’Åtvidaberg devint le deuxième producteur de cuivre de Suède, représentant 25% de la production nationale. Mais, à la fin du XIXème siècle, le filon commença à se réduire et au début des années 1900, les mines furent fermées. Ce fut alors l’usine Facit qui prit le relais de l’activité économique de la ville.

Le nom de la ville fait référence à cette histoire. Il se compose des mots Åtvid, qui était le nom de la paroisse, et berg, qui signifie « montagne » , mais ici faisant référence à une mine. Sa première utilisation remonte à 1467 et désignait la communauté minière qui devint plus tard une ville. Les armoiries de la ville reprennent le symbole du cuivre des alchimistes, tout comme le club de football (à l’instar d’autres grandes régions minières dont le club de football reprend ce symbole cf. #231 et #668). Le stade de ce dernier se nomme Kopparvallen (la vallée du Cuivre).

#1192 – Deportivo Independiente Medellín : el Equipo del Pueblo

L’équipe du peuple. Dans la Colombie du début du XXème siècle, les classes huppées souhaitaient se distinguer de la population ouvrières et paysannes en pratiquant des activités culturelles et sportives différentes de la plèbe. Les modes venant d’Europe et qui étaient méconnues de la population rencontraient donc un certain succès chez les jeunes bourgeois et le football en faisait parti. Ainsi, le 14 novembre 1913, Alberto Uribe Piedrahíta et ses frères Luis et Rafael, accompagnés d’un groupe de jeunes issus de familles riches, comme Guillermo Greiffenstein et José Luis Jaramillo fondèrent une équipe de football sous le nom de Medellín FootBall Club afin d’affronter un autre club de la ville, le Sporting (également appelé « Los Extranjeros », les étrangers, car il comptait dans ses rangs des joueurs belges et suisses). Au fil des années et des victoires contre les rivaux locaux, le prestige de Medellín grandit au sein de la ville ainsi que de la région d’Antioquia. En 1928, les joueurs de Medellín formèrent une grande partie de l’équipe représentant la région d’Antioquia au tournoi organisé à Cali et qui arriva en finale. En 1930, l’équipe fut invitée à Bogota comme étant le meilleur club d’Antioquia joua plusieurs matchs contre les meilleurs de la capitale dont Bartolinos, La Salle, Internacional et Juventud. A partir de ces années, Medellín FootBall Club devenait le représentant d’une région entière et emporta la passion et la fierté de ses habitants, notamment des quartiers populaires. Débutant comme un club de l’élite, il commença alors à être connu comme l’équipe du peuple.

Aujourd’hui, l’Independiente Medellín suscite toujours la sympathie parmi toutes les classes sociales, tous les âges et toutes les communautés d’Antioquia. Son rival, l’Atlético Nacional, représente désormais la bourgeoisie de la ville de Medellín. Ce surnom est tellement ancré qu’en 2012 la société qui racheta le club se nommait El Equipo del Pueblo SA. Et même si sa propriété changea, elle demeure l’unique actionnaire du club de football.

#1191 – Cobh Ramblers FC : the Claret and Blue Army

L’armée bordeaux et bleue. Situé à une quinzaine de kilomètres de Cork, la petite ville côtière de Cobh est connue pour avoir été le point de départ de la moitié des 6 millions d’Irlandais qui émigrèrent en Amérique du Nord au XIXème et XXème siècle et également la dernière escale du Titanic le 11 avril 1912 avant de traverser l’Atlantique pour son voyage vers New York. Dans cet environnement maritime et invitant au départ semble-t-il, le club de football de Cobh survit dans les divisions superieures de l’élite irlandaise depuis 1922. A la fin des années 1980, il accueillit dans ses rangs et par un heureux hasard (il avait signé chez le grand voisin de Cork mais ce dernier tarda à enregistrer son contrat) le jeune Roy Keane (18 ans) avant qu’il n’aille effrayer les pelouses de Premier League.

Mais retournons au début du XXème siècle lorsque l’Irlande était soumise au Royaume-Uni. Des troupes de l’armée britannique stationnaient à Cobh et dans leur moment de loisirs, affrontaient les habitants de la ville dans des matchs de football. En 1921, l’Irlande gagna son indépendance et, au retrait des troupes royales de Cobh, les habitants fondèrent alors le club de Cobh Ramblers pour poursuivre l’aventure football. Malgré les combats sanglants lors de l’indépendance, qui attisèrent les rivalités entre les deux peuples, les fondateurs du club prirent pour modèle les couleurs d’un club anglais : Burnley. En 1919-1920, Burnley avait été sacré vice-champion d’Angleterre. Lors de la saison suivante, le club du Lancashire remporta son premier titre de champion d’Angleterre après un parcours formidable. En effet, la saison débuta par 3 défaites, mais l’équipe parvint par la suite à enchainer 30 matchs sans défaite. Un record qui éblouit donc au-delà des frontières anglaises et tint jusqu’à la saison 2003-2004 d’Arsenal (cf. #941).

#1190 – Partizan Belgrade : Парни ваљак

Le rouleau compresseur. Belgrade accueille l’un des derbys les plus intenses d’Europe, qui divise la capitale serbe, même un pays, et qui se nomme le Derby éternel. Fondés la même année, les deux clubs se partagent les 2/3 des championnats de Yougoslavie et tous les championnats de Serbie (à l’exception d’un). Leur rivalité s’exprime dans de nombreux sports (les deux clubs étant omnisports) et, en football, a rassemblé souvent des audiences au stade de plus de 90 000 personnes. Le premier match en championnat entre les deux équipes de football se déroula le 5 janvier 1947 et vit la victoire de l’Étoile Rouge (4-3). Le Partizan prit sa revanche lors du derby suivant le 27 avril 1947 avec une victoire 1 but à 0. Au 20 avril 2024, 173 derbys avaient été disputés, 68 ayant été remportés par l’Étoile Rouge contre 48 pour le Partizan.

Le 6 Décembre 1953, les deux équipes se rencontraient pour le 13ème derby de leur histoire dans le cadre du championnat de Yougoslavie. Le match se déroulait dans le stade du Partizan, Stadion Jugoslovenske narodne armije. Pendant la pré-saison, le 9 Août 1953, le Partizan gagnait un match amical face à l’Étoile Rouge, 2 buts à 1, et donc, quand le derby arriva en Décembre, les joueurs de l’Étoile Rouge voulaient prendre leur revanche. Toutefois, le Partizan demeurait sur une série de 7 victoires consécutives en championnat (9 au total sur 12 matchs disputés). Très vite, les joueurs du Partizan mirent la main sur le match et asphyxièrent leur rivaux. A la 5ème minute, le célèbre attaquant du Partizan, Stjepan Bobek, ouvrit le score. 7 minutes plus tard, Kosta Tomašević permit à l’Étoile Rouge d’égaliser et de faire illusion quelques instants. Juste avant la mi-temps, Zebec et Mihailović donnèrent deux buts d’avance au Patizan. La seconde mi-temps fut à sens unique avec 4 nouveaux buts pour le Partizan (marqués par Herceg (2x), Mihailović et Zebec). Le Partizan remporta le derby 7 buts à 1. Le lendemain, le journal « Sport » titra en une « Парtи3ahob beлиkи дah, « Парни ваљак » пpeгa3иo 3be3дy, 7:1 » (Le grand jour du Partizan, un « rouleau compresseur » bat l’Étoile 7:1). Dans l’article, le journaliste Milan Kovačević décrivit le Partizan comme un rouleau compresseur, avançant irrésistiblement et écrasant tout sur son passage. Le surnom fut immédiatement adopté par les fans. Le Partizan remporta également le match retour (2 à 0, le 2 Mai 1954) mais termina à la seconde place du championnat (devant l’Étoile, derrière le Dinamo Zagreb).

Aujourd’hui, cette humiliation subit par l’Étoile Rouge demeure encore la plus large dans un derby. Un vieux rouleau compresseur aux couleurs du Partizan trône dans l’aile sud de l’enceinte du club. En 1975, l’écrivain et supporteur du Partizan, Slobodan Novaković, rédigea l’hymne du club dans lequel il est chanté « Parni valjak neka melje, da ispuni naše želje » (Laissons le rouleau compresseur broyer, pour exaucer nos souhaits).

#1189 – Audax Club Sportivo Italiano : los Itálicos

Les Italiens. Le club de Santiago du Chili représente la communauté italienne depuis ses origines. Quand on parle d’immigration italienne en Amérique du Sud, on pense naturellement à l’Argentine où plus de trois millions d’Italiens émigrèrent en près d’un siècle (entre 1857 et 1940), soit 10% de l’immigration italienne dans le monde. Elle laissa une trace indélébile dans le pays des gauchos. En 2011, plus de 25 millions des Argentins (soit 62,5 % de la population) avaient des origines italiennes. Le football n’y échappa pas (Boca Junior #1, River Plate #900, CS Independiente Rivadavia #1171). Mais, au tournant du XIXème et XXème siècle, l’Argentine ne fut pas la seule terre d’accueil et des italiens se retrouvèrent aux Etats-Unis et dans tous les pays d’Amérique du Sud.

Au Chili, l’immigration démarra timidement puisque le recensement de 1854 établissait qu’il y avait seulement 406 résidents italiens dans le pays. Mais, avec l’industrialisation du Chili et les difficultés économiques et politique de l’Italie, l’immigration italienne s’accéléra fortement entre 1880 et 1930 et le recensement de 1920 dénombrait alors 12 342 italiens au Chili, le chiffre le plus élevé jusqu’à présent, faisant de la colonie italienne la deuxième plus importante après la communauté espagnole. Comme pour l’Argentine, l’Etat Chilien favorisa cette immigration en allant faire directement sa promotion en Europe même (avec l’Agencia General de Colonización de Chile en Europa). Aujourd’hui, en fonction des études, les descendants d’immigrés italiens représenteraient entre 150 000 et 600 000 chiliens.

Originaires principalement du nord de l’Italie (Ligurie et Piémont), les immigrés italiens se répartirent dans tout le pays, à hauteur de 80% dans les zones urbaines, comme Valparaíso et Santiago, et dans les zones agricoles de Capitán Pastene, Parral et La Serena. A Santiago, les italiens vivaient principalement dans le quartier Barrio Italia (ou aussi connu sous le nom de Barrio Santa Isabel). Bien intégrés dans la population et constituant des piliers du développement économique et social du pays, les immigrés italiens fondèrent aussi de solides réseaux sociaux entre eux, servant à créer de la solidarité et à défendre leur identité et leur culture. En 1910, la communauté italienne offrit la statue Monumento al Genio de la Libertad pour célébrer le centenaire du Chili qui fut érigée sur la Plaza Baquedano à Santiago. La même année, 3 de ses membres, Alberto Caffi, Ruggero Cozzi et Amato Ruggieri, décidèrent de créer une institution sportives qui les représenterait. La symbolique du club s’attacha donc à se concentrer sur le rappel des liens avec l’Italie. Le premier écusson présentait une croix blanche sur un champ rouge, qui était l’écu de la Maison de Savoie, qui régnait sur l’Italie depuis son unification. Elle fut remplacée dans les années 1950 par une roue cycliste intégrant en son centre le tricolore italien (vert, blanc et rouge). Pour le maillot, le choix se porta sur le vert, accompagné d’un short blanc, s’inspirant du drapeau italien. En 2020, pour commémorer les 110 ans de la fondation du club, un maillot bleu a été porté par les joueurs, en hommage aux couleurs représentatives de la Maison de Savoie, qui inspira l’uniforme de l’équipe nationale italienne.

#1188 – CD Morón : el Gallo, Gallito

Le coq. Avec près de 100 000 habitants, la cité de Morón s’inscrit dans le Grand Buenos Aires et se fait connaître populairement comme « la capitale de l’ouest » de Buenos Aires. Elle est également fortement identifiée avec la figure du coq. Mais, contrairement à de nombreuses autres histoires de symbole, ce n’est pas la ville qui a influencé le club de football mais l’inverse. En effet, en 1957, après 10 ans d’existence, un coq fit son apparition sur le maillot du club. En 1959, un coq comme mascotte fut apporté sur le terrain. Puis, en 1962, le club l’adopta officiellement comme symbole dans ses statuts. 

Par fierté pour le club à la popularité importante, la municipalité adopta également l’animal. Ainsi, en 1963, elle fit hérisser une statue du coq sur la Plaza San Martín, œuvre du sculpteur Amado Armas. En 1968, elle établit le prix du Gallo de Morón (le coq de Morón), une statuette qui distingue des personnes ou des institutions aux réalisations en faveur du bien-être social ou en soutien à l’art ou la science.

Mais, d’où vient cette idée du coq ? Pour beaucoup, le nom de la ville en serait à l’origine car la cité argentine s’appelle comme une ville andalouse, Morón de la Frontera, dont sa renommée dépasse ses frontières grâce à un coq. Selon la légende, vers 1500, deux clans de la ville andalouse se disputait et un conciliateur, dénommé Don Juan Esquivel, fut nommé par la cour pour régler le différent. Déclarant régulièrement que « no cantaba otro gallo en el sitio que él cantaba » (aucun autre coq n’a chanté à l’endroit où il chantait), ses bravades et son arrogance épuisèrent la patience des habitants de Morón de la Frontera qui le surnommèrent el gallo. Ces derniers s’unirent pour le mettre nu et lui infliger une raclée. Le juge Esquivel partit en hurlant qu’il ne reviendrait jamais dans la ville. De cette histoire, un proverbe espagnol naquit « Anda que te vas quedando como el Gallo de Morón sin plumas y cacareando  » (Allez, tu restes comme le coq de Morón sans plumes, ni chant) qui s’utilisent pour caractériser une personne qui se retrouve sans argent et qui crie ou proteste. Or, ce coq s’imposa à Morón de la Frontera mais également dans les autres villes du monde se dénommant Morón (Morón à Cuba, Morón au Venezuela et Morón à Haïti).

Seulement, pour les argentins, l’image renvoyée par le coq de Morón de la Frontera n’est pas valorisante car il est déplumé et pleutre. Donc une autre histoire tente d’expliquer l’origine de ce coq. A l’époque coloniale, les combats de coq avaient les faveurs des paysans du coin et les coqs du Morón argentin avaient une certaine réputation. D’ailleurs, d’autres rajoutent qu’un grand-père des frères Cadó (qui participèrent à la fondation du club) élevaient des coqs de combat en provenance d’Uruguay. Ce coq plus combatif et fier trouve naturellement un meilleur écho auprès des fans.