#1268 – FK Sarajevo : Bordo-bijeli

Les bordeaux et blanc. Le bordeaux ou grenat est une couleur bien singulière dans le sport, peu d’équipes l’affichant (FC Metz #144, Servette de Genève #96, CA Platense #1223, US Salernitana #1153, Carabobo FC #1022, CA Lanus #437, Rapid Bucarest #241, Torino #37). Sarajevo fait donc parti de ce cercle restreint. Fondé le 24 Octobre 1946 avec l’avènement du communisme en Yougoslavie, le club opta tout d’abord pour les couleurs bleu ciel et blanc.

A l’été 1962, le FK Sarajevo fut invité à participer à la Coupe Rappan, une ancienne compétition européenne. Alors que la Coupe des Clubs Champions était réservée aux champions nationaux et la Coupe des Villes de Foire aux clubs résidant dans des villes accueillant des foires internationales, la Coupe Rappan offrait un espace de matchs internationaux aux clubs qui ne pouvaient participer aux deux compétitions européennes. Donc, en 1962, Sarajevo se retrouvait dans le groupe du FC Nitra, du Nîmes Olympique et du Servette de Genève. Or, le capitaine de l’équipe suisse était Lev Mantula, qui était né à Sarajevo et fut un talentueux défenseur du FK Sarajevo. La rencontre à Sarajevo se solda par un nul 0 à 0. A l’issu du match, Mantula rencontra les dirigeants de Sarajevo et leur suggéra alors d’abandonner les couleurs originelles du club pour celles du Servette (grenat et blanc). La raison était qu’aucun autre club en Yougoslavie arborait cette couleur bordeaux et donc offrait une identité singulière au club bosniaque. Son idée plut à tout le monde et lors de la prochaine session de l’assemblée du club, la décision fut prise.

Pour la petite histoire, le Canton de Sarajevo adopta en 1999 des armoiries dont le fond se partitionnait en deux, grenat à gauche et bleu à droite. Ces deux couleurs sont celles des deux plus grands clubs de football de Sarajevo : bleu pour Želja et grenat pour le FK Sarajevo.

#1267 – PFC Botev Plovdiv : Канарите, Канарчетата

Les canaris. Evoluant avec un maillot jaune, le Botev a rejoint la longue liste des clubs de football portant du jaune et surnommé les canaris. Les canaris d’élevage qui sont les plus communs arborent habituellement des plumes jaunes, avec les extrémités blanches, donnant le nom à la couleur « jaune canari » . Cette ressemblance s’est exprimée dans tous les pays du monde dont les français du FC Nantes (#208), les turcs de Fenerbahçe (#373), les anglais de Norwich (#51), les belges de Saint-Trond VV (#473), les norvégiens de Lillestrøm SK (#699), les algériens du JS Kabylie (#323), les mexicains du CA Morelia (#462), les colombiens du CA Bucaramanga (#962) et les finlandais de KuPS (#365). Pour Plovdiv, ce surnom a déteint sur le nom du magazine du club (Канарче).

Le 11 mars 1912, les élèves du Collège de Saint Augustin et ceux du Premier Lycée d’Hommes à Plovdiv unirent leurs ressources pour fonder le club du Botev. Toutefois, l’époque était troublée par les guerres balkaniques (ainsi que la première guerre mondiale) et ceci perturba les premières années d’existence du club, qui fut parfois au bord de la disparition. Finalement, les membres décidèrent de renforcer le club et rédigèrent les premiers statuts le 22 Août 1917. Ils adoptèrent également les couleurs du club : le jaune et le noir. Le jaune reprenait la couleur du Collège catholique de Saint-Augustin, dont venait une partie des fondateurs. Elle symbolisait aussi « златните жита на Тракия » (les grains d’or de Thrace), ce qui signifiait les grands champs de céréales cultivés en Thrace. Plovdiv est située dans la région historique de la Thrace. L’autre couleur, le noir, était celle de l’orthodoxie, religion du Premier Lycée d’Hommes, provenance des autres membres du club. En outre, le noir rappelait le tchernoziom du sol fertile de la région. Le tchernoziom est le nom donné à cette terre épaisse et noire, contenant un fort pourcentage d’humus (3 à 15 %), riche en potasse, phosphore et oligo-éléments. Ainsi, religion et agriculture furent les inspirations des membres du club pour décider les couleurs du club.

#1266 – FC Porto : Azuis e brancos

Les bleu et blanc. Le football portugais est bien fait car il semblerait que les 3 grands du pays, Benfica, FC Porto et Sporting du Portugal, se soient réparties les couleurs de l’arc en ciel pour faciliter la vie de leurs supporteurs. Benfica joue en rouge, le Sporting en vert et blanc et le FC Porto en bleu et blanc. Et à Porto, à chaque exploit du club, les bannières bleus et blanches décorent les maisons au point d’avoir quasiment remplacées les couleurs officielles vertes et blanches de la ville.

Fondé le 28 septembre 1893, les premières années furent marquées par l’absence d’unité. Un dessin montre que la première équipe de football du club omnisport comprenait huit joueurs : 5 portaient des maillots blancs à col rouge (avec un short noir ou blanc), deux joueurs évoluaient avec des maillots à rayures bleues et blanches (avec un short noir ou blanc) et un joueur (certainement le gardien) était équipé d’un maillot rouge. Tous, en revanche, arboraient une casquette rouge. Peut-être était-ce dû à un manque de moyen financier du club ou de ses joueurs. En tout cas, en 1907, un débat sur les couleurs anima la direction. Certains voulaient que le club adopta les couleurs du club anglais d’Arsenal, rouge et blanc, qui connaissait une petite réputation (Arsenal avait accédé à l’élite en 1904 et avait atteint en 1906 et en 1907 la demi-finale de Coupe d’Angleterre). Porto avait longtemps accueilli une colonie britannique influente, qui favorisait les échanges commerciaux (le vin de Porto contre la morue péchée par les navires anglais). Mais, les membres du club refusèrent cette idée pour ne pas apparaître comme un vassal des anglais. Autre proposition : reprendre les couleurs de la ville, vert et blanc. Seulement, son président, José Monteiro da Costa, déclara « As suas cores devem ser as da bandeira da Pátria [azul e branco naquela altura], e não as cores da bandeira da cidade, que tenho esperança que o futuro clube há-de ser grande, não se limitando a defender o bom nome da cidade, mas também o de Portugal, em pugnas desportivas contra os estrangeiros » (Ses couleurs devraient être celles du drapeau national, et non celles du drapeau de la ville, car j’espère que le futur club sera grand, défendant non seulement le nom de la ville, mais aussi celui du Portugal, dans les batailles sportives contre les étrangers). Et donc, le club prit le bleu et blanc, couleurs du drapeau national, qui était celui de la monarchie. Et même si ce régime était de plus en plus contesté et que Monteiro da Costa était un républicain convaincu, il lui paraissait plus important de dépasser ces limites et que le club prône l’unité et soit le représentant de l’identité portugaise.

Si, comme aujourd’hui, les armoiries du Portugal apparaissaient sur le drapeau national, à l’époque, le fond qui l’accompagnait, affichait une partition bleue et blanche (alors qu’aujourd’hui il s’agit du vert et du rouge). Le premier symbole connu du Portugal apparut vers 1095 et était les armoiries d’Henri de Bourgogne, comte du Portugal, ancêtre de la première famille royale portugaise. Henri portait un bouclier avec une simple croix bleue sur fond argenté (blanc) dans la lutte contre les Maures. Puis au XIIème siècle, la croix fut remplacée par cinq écus bleus comprenant chacun 5 points blancs et disposés en forme de croix. Les écus représentaient la victoire d’Afonso Henriques, fils de Henri de Bourgogne et futur premier Roi du Portugal, sur les cinq rois Maures lors de la bataille d’Ourique en 1139. Les 5 points blancs (qui sont 5 pieces, besant) symbolisaient les 5 plaies du Christ. Aujourd’hui, on retrouve encore ce symbole au cœur des armoiries du Portugal.

#1265 – Puszcza Niepołomice : Żubry

Le bison. Fondé en 1923, le club gagna sportivement le droit d’évoluer dans l’élite polonaise pour la première fois de son histoire pour son centenaire. Après une honorable 12ème place pour un promu, Puszcza Niepołomice attaque sa deuxième saison en Ekstraklasa. Belle performance pour cette petite ville de 8 000 habitants, à quelques encablures à l’Est de Cracovie. Mais surtout, la cité se situe à la lisière de la forêt Niepołomicka et son histoire se conjugue avec cette espace boisée (principalement des conifères comme le pin et le sapin) et marécageux, qui regroupe 6 espaces naturels, pour un total de 110 km2. Sachant que son nom Puszcza signifie forêt et que son écusson arbore un magnifique sapin, le surnom aurait pu faire référence aux conifères. Mais, le choix se porta sur un animal que l’on imagine plutôt de l’autre côté de l’atlantique.

Or ce bovin s’articule autours de deux espèces : le bison d’Amérique du Nord et le bison d’Europe. Et oui, cet imposant ruminant aux poils ras couleur noisette a toujours vécu en Europe de la Préhistoire jusqu’à la première guerre mondiale, et de l’océan Atlantique à l’Oural (à compter du Moyen-Âge, son milieu se réduit à l’Europe Centrale et de l’Est). Mais, la chasse comme la réduction de son espace vitale, la forêt primaire, ont conduit à son extermination à l’état sauvage en 1927, les derniers bisons ayant été tués en Pologne. Mais, depuis les années 1950, il a été peu à peu réintroduit sur le continent et en 2020, la population de bisons d’Europe se composait de 1 791 individus en captivité, 501 en semi-liberté et 6 819 à l’état sauvage, répartis dans 33 pays (d’Europe Centrale et de l’Est dont la Pologne). Avec sa grande forêt, Niepołomice accueillit en 1936 un centre d’élevage de bisons appelé « żubrowiskiem » (le champ des bisons), avec des animaux provenant de la forêt de Białowieża (au Nord-Est de Varsovie). Sur 70 hectares de surface clôturée, une vingtaine à une trentaine de bisons y vivent. Afin de protéger les animaux, le centre n’est pas visitable mais une plateforme d’observation a été récemment construite. Le bison fait la fierté des habitants de la ville et vu l’image de puissance qu’il véhicule, il devint le surnom du club.

#1264 – Venise FC : i Leoni Alati

Les lion ailés. Quand vous voyez sur un monument un lion ailé sculpté en Italie ou dans une ville côtière du bassin méditerranéen orientale, il est fort probable que ce lieu appartenait à la Sérénissime. Car, de 697 à 1797, Venise fut une grande cité indépendante, régnant sur une partie du Nord de l’Italie et du pourtour méditerranéen, et une place incontournable du commerce, où transitaient les échanges depuis les îles britanniques jusqu’aux empires byzantins ou musulmans et les routes de la soie, grâce à sa marine marchande et militaire.

Il existe plusieurs légendes autours du lien entre la cité des Doges et l’évangéliste. Originaire de Judée, l’apôtre Saint Marc se serait rendu à Alexandrie en Égypte, pour en être son évêque, mais face aux nombreuses conversions, il aurait été capturé par des païens et serait mort en martyr un 25 avril vers l’an 68-75. La première histoire évoque Saint Marc, voyageant en bateau d’Aquilée (vers Udine) à Alexandrie en Égypte, et qui fit face à une tempête et dut accoster au Rialto. Le Saint aurait alors trouvé l’hospitalité dans une pauvre cabane de pêcheurs et, dans un rêve, un ange lui serait apparu qui lui aurait prédit : « Sur cet îlot, ô Marc, un jour surgira une grande ville merveilleuse et tu y trouveras ton dernier repos et tu auras la paix » . Une autre légende raconte qu’après son supplice et son décès, le corps de Saint Marc devait être brûlé par les païens mais des averses de grêle et des éclairs les en empêchèrent. Les chrétiens d’Alexandrie récupèrent le corps et l’enterrèrent dans une église. En 828, le cadavre fut volé avec ruse par deux marchands vénitiens, Buono da Malamocco et Rustico da Torcello, et transporté à Venise. La cité construisit alors la célèbre basilique pour accueillir ces reliques.

La représentation traditionnelle de Saint Marc est un lion ailé. En effet, depuis l’Antiquité chrétienne primitive, les quatre évangélistes prennent souvent la forme allégorique du tétramorphe (quatre vivants représentant les quatre évangélistes) : l’homme pour Matthieu, l’aigle pour Jean, le taureau ailé pour Luc et donc le lion ailé pour Marc. Ce symbolisme rappelle le commencement de leurs évangiles. Pour Saint Marc, les premières lignes de son évangile décrive la prédication de Jean le Baptiste dans le désert (« un cri surgit dans le désert »), équivalent à un lion. Ses ailes symbolisent l’élévation spirituelle et demeure également une allusion à la salutation d’un ange à Saint Marc.

Ainsi, Venise reprit cette représentation de son Saint Patron comme symbole de la cité. Outre le lion ailé que l’on peut trouver sur la colonne de la place éponyme, le drapeau de la Sérénissime affichait l’animal biblique, dans des couleurs rouge et or. L’apparition de cette bannière n’est pas connue avec certitude mais, au XIIIème siècle, son utilisation est déjà attestée. Aujourd’hui, il est également un symbole du club de football, qui apparait de manière stylisée sur son écusson.

#1263 – Zacatepec FC : los Cañeros

Relatif à la culture de la canne à sucre. Depuis la fin du XVIème siècle, les champs de canne à sucre abondent dans la région de Morelos, où se situe la ville de Zacatepec. La culture de la canne à sucre débuta vers 1530 à Cuernavaca. Puis, les activités sucrières apparurent avec la construction par Hernán Cortés de la raffinerie de Tlaltenango suivi en 1581 par celle d’El Hospital à Oaxtepec. Bénéficiant des conditions climatiques idéales pour la canne à sucre, c’est-à-dire des terres chaudes et de l’eau abondante, l’économie sucrière se développa dans toute la région et constitue jusqu’à présent l’un des principaux moyens de subsistance des habitants. Morelos est le 8ème état du Mexique en termes de production de canne à sucre (jusqu’à 3 millions de tonnes annuelle), avec une superficie de culture de plus de 31 113 hectares, exploités par des petits et moyens agriculteurs. Les municipalités qui concentrent la plus grande production de canne à sucre sont Tlaltizapán, Zacatepec, Jojutla, Ayala et Cuautla. Concernant les activités de raffinage, actuellement à Morelos, seules deux sucreries maintiennent leur production : une à Cuautla (Casasano La Abeja) et une à Zacatepec (Emiliano Zapata Sugar Corporation). Les deux appartiennent au Grupo Beta San Miguel, une organisation de l’industrie sucrière mexicaine. Ouverte en 1938, sous l’impulsion du président mexicain Lázaro Cárdenas, la sucrerie Emiliano Zapata est la plus grande de Morelos avec une capacité de transformation de 7 200 tonnes de canne, provenant de plus de 6 500 producteurs exploitant 11 909 hectares.

Après que le football mexicain ait cessé d’être amateur pour devenir professionnel, dans les années 1950, les cañeros se forgèrent comme l’une des meilleures équipes du Mexique. Mais, dès les années 1960, le club fréquenta plus la seconde division que l’élite et au fil des années, tombait dans l’anonymat et les rachats et refondations successifs. Néanmoins, son histoire démarra en 1948 avec des employés de la sucrerie Emiliano Zapata et son surnom en rappelle ses origines.

#1262 – RC Ferrol : los Diablos Verdes

Les diables verts. Ferrol, ville de Galice, se situe sur une péninsule vers l’estuaire du Ferrol. Son port, ses chantiers navals ainsi que son arsenal avec la présence des forces marines sont les moteurs de sa région depuis des siècles. Au XIXème siècle, ces activités attirèrent des ingénieurs et techniciens britanniques ainsi que des marins de la marine marchande britannique qui faisaient escale au port de Ferrol. Cette forte présence anglaise influença la ville et notamment permit l’importation et le développement rapide du football. Ainsi, au cours des premières années du XXème siècle, différentes équipes de football tournaient dans la ville : Arsenal, Giralda, Ferrol FC, Alfonso XIII, Unión Club de La Graña, Circulo Rojo et Jaime I. En 1919, des joueurs et supporters de plusieurs associations se réunirent pour créer un club puissant, capable de rivaliser avec les prestigieuses équipes régionales. Ainsi, Giralda FC et Jaime I FC s’unirent pour donner naissance au Racing Club de Ferrol.

Les succès du Racing de Ferrol ne tardèrent pas à venir et, en 1928, ils furent proclamés champions de Galice, battant le Deportivo La Corogne en finale. L’équipe fut alors admis en Coupe du Roi pour la première fois de son histoire. Au premier tour, Ferrol élimina les basques d’Alavés. Au tour suivant (huitième de finale), une nouvelle formation basque mais bien plus prestigieuse s’opposait à Ferrol, l’Athletic Bilbao. Au match aller, Ferrol tint le choc et obtint le nul, un but partout. Au match retour, à San Mamés, ce fut une défaite, sur un score excessif de 4 buts à 0. Malgré tout, la vaillance des joueurs galiciens comme Gorostiza, Gerardo Bilbao ou Manuel Rivera de Ferrol fut remarquée par la presse basque qui les qualifièrent de diablos verdes.

Mais que diable jouaient-ils en vert ? Tout au long de son histoire, le Racing Club de Ferrol a joué avec un maillot vert (accompagné d’une short blanc), l’intensité de sa teinte dépendant des années et des équipementiers. La raison réside dans la forte présence militaire dans la ville. Ferrol accueille une base navale, abritant aujourd’hui le 31ème Escadron d’escorte, un corps des marines et deux écoles spécialisées. A l’époque, elle était déjà une destination courante pour les recrues appelées au service militaire. Ces jeunes hommes portaient généralement des chemises vertes.

#1261 – NK Hrvatski Dragovoljac Zagreb : Crni

Les noirs. Avant 1994, ce club croate représentait paisiblement un quartier de Zagreb. Fondé en 1975, en tant que NK Trnsko 75 (Trnsko étant un des quartiers de Novi Zagreb), il demeura sous ce nom pendant un an avant d’être rebaptisé ONK Novi Zagreb, et en 1990 uniquement NK Novi Zagreb. L’équipe évoluait en bleu ciel dans les ligues inférieures. Puis, en 1991, la dislocation du régime communiste yougoslave, qui avait maîtrisé les nationalismes, exacerba les idées indépendantistes. Serbes, Croates, Slovènes, Bosniaques se livrèrent une guerre ethnique qui dura 10 ans, de 1991 à 2001. Pour la Croatie, cette guerre d’indépendance démarra en 1991 pour se conclure en 1995 et fit ressurgir la nationalisme d’extrême droite, symbolisée par les Oustachis.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Oustachis, (Ustaše en croate qui signifie les insurgés), étaient un mouvement indépendantiste et fasciste. Ils s’associèrent aux Nazis en 1941 pour prendre le pouvoir en Croatie et mirent en place une dictature particulièrement arbitraire et meurtrière (sous le nom d’Etat indépendant de Croatie). Ils disparurent en 1945 avec la défaite allemande mais leur idées racistes perdurèrent. Juste avant la guerre de l’ex-Yougoslavie, le HSP (Parti croate du droit), mouvement politique nationaliste dont émanèrent les Oustachis, réapparut. Puis, durant la guerre, sa branche militaire, le HOP (Forces de défense croates), participa activement aux combats au côté de l’armée croate.

La guerre fut donc un épisode très marquant pour les croates et en même temps fédérateurs. En 1994, Stjepan Spajić, un entrepreneur, reprit le club. Il était, à cette époque, avant tout un patriote qui avait participait à la guerre et sa volonté fut d’honorer la Croatie et ses combattants. Il prit donc la décision de renommer le club Hrvatski Dragovoljac qui signifie les volontaires croates. Connu pour sa franchise et ses bons mots, il déclarait « Promjena imena je znak potpore svim dragovoljcima Domovinskog rata, koji su svojom žrtvom i učešćem stvorili Lijepu našu domovinu Hrvatsku! » (Le changement de nom est un signe de soutien à tous les volontaires de la guerre intérieure, qui ont créé notre belle patrie, la Croatie, grâce à leur sacrifice et leur participation !). Mais, il alla plus loin dans ses idées et fit dessiner un nouvel écusson qui reprenait les codes des Oustachis. Le blason du club affiche un U, comme celui qu’arborait les Oustachis, et son damier rouge et blanc, symbole de la Croatie, n’est pas équivalent à celui que d’autres clubs croates comme le Dinamo et l’Hadjuk avaient intégré dans leurs écussons. En effet, le premier carré, dans le bord supérieur gauche, est blanc pour le club de Zagreb. Or, le même carré pour le damier du drapeau et des armes de la Croatie est rouge. Cette disposition rappelle directement le damier utilisait par les Oustachis. Au cours de leurs campagnes aux côtés des puissances de l’Axe pendant la Seconde Guerre mondiale, ces derniers portaient sur leurs casques et leurs uniformes des damiers avec le premier carré blanc, à l’intérieur duquel était écrite la lettre « U ». Enfin, pour parachever le tout, Spajić fit adopter le noir pour le maillot et le short, couleur de ralliement des différents mouvements fascistes et d’extrêmes droites, et notamment de la milice des Oustachis, Crna legija (La légion noire).

Outre reprendre ces symboles, Spajić ne faisait pas mystère de ses convictions : « Mi ćemo uvijek biti etnički čist klub. Dok sam ja predsjednik, Srbi neće igrati! » (Nous serons toujours un club ethniquement pur. Tant que je serai président, les Serbes ne joueront pas !) ou encore « U mom klubu neće igrati ni Srbi ni p*deri, a crnci mogu jedino ako su katolici » (Ni les Serbes ni les pédés ne joueront dans mon club, et les Noirs ne peuvent jouer que s’ils sont catholiques). Aujourd’hui, le club se serait détaché de ses idées même si les symboles sont restés.

#1260 – FC Tokyo : 瓦斯

Gaz. Au Japon, avant l’avènement de la J-League, le football était fortement lié au monde économique. Après le bon résultat de l’équipe nationale lors des Jeux Olympiques de Tokyo en 1964, un championnat amateur national vit le jour au Japon en 1965. Pour assoir les clubs d’un point de vue organisationnel comme financier, ils étaient tous liés à une grande entreprise. Ainsi, parmi les clubs fondateurs de la Japon Soccer League (JSL), on retrouvait des équipes filiales de Hitachi, de Mitsubishi Motors, de Mutual Bank ou encore de Nippon Steel. Pour autant, les clubs corporatistes existaient déjà avant la mise en place de la JSL. Ainsi, en 1935, la société 東京ガス(Tokyo Gas), principal fournisseur de gaz naturel pour les grandes villes japonaises telles que Tokyo et Nagano, fonda une équipe de football qui prit le nom de Tokyo Gas FC. Jusqu’en 1986, l’équipe évolua dans la ligue locale de Tokyo avant d’accéder à la ligue régionale Kanto (qui comprenait Tokyo ainsi que 6 autres préfectures). Dans cette dynamique, le club atteignit enfin le championnat nationale de seconde division (JSL-2) en 1991 mais cette saison correspondait à la dernière de la JSL.

En 1992, une nouvelle ligue, correspondant au deuxième échelon nationale, émergea sous le nom Japan Football League (JFL), tandis que le premier championnat national professionnel voyait le jour, la J-League. Tokyo Gas évolua dans la JFL et son équipe devint progressivement compétitive. En 1997, le club termina à la deuxième place et dans la foulée, la saison suivante, il remporta le championnat JFL. Seulement cette victoire était symbolique car elle n’offrait pas une place automatique en J-League. Tokyo Gas s’associa alors avec le fournisseur d’électricité, TEPCO, le distributeur, Ampm, la chaine TV Tokyo et le réseau de librairie et de location de vidéo, Culture Convenience Club, pour créer une société commune, la Tokyo Football Club Company, dans le but de rendre l’équipe éligible pour rejoindre la J-League. Mais, le cahier des charges de la ligue professionnelle était stricte et l’aspect corporatiste des clubs devaient être abandonné. En particulier, la marque de l’entreprise ne pouvait plus s’inscrire dans le nom du club. Tokyo Gas devint donc Tokyo FC en 1999. Mais, pour les fans, le club restait le Gas (d’autant qu’il était un des rares à ne pas avoir opté pour un nom spécifique).

#1259 – Presidente Hayes : los Yankees

Les yankees. Dans le précédent article (#1196), nous nous intéressions au club paraguayen du CS Colombia qui rendait hommage à la Colombie. Ce pays avait été un des rares à soutenir le Paraguay dans la Guerre de la Triple-Alliance (1864-1870), où il faillit disparaître. Opposé au Brésil, à l’Argentine et à l’Uruguay,  le Paraguay ne pesa pas et perdit la guerre en 1870. Les pertes furent terribles pour le pays. Même si les chiffres sont souvent contestés et peu fiables, le Paraguay aurait perdu une grande partie de sa population (jusqu’à 60%) et se retrouva presque sans hommes (jusqu’à 80% de sa population masculine serait décédé). Occupé jusqu’en 1876 par le Brésil et l’Argentine, le Paraguay fut également amputé de 140 000 km2 (soit 70% de son territoire). 

Fondé le 8 Novembre 1907, dans le quartier Tacumbú d’Asunción, ces jeunes membres décidèrent de rendre hommage à un autre défenseur des intérêts paraguayens, le Président des Etats-Unis, Rutherford B. Hayes, de 1877 à 1881. Aux Etats-Unis, ce président ne laissa pas une grande trace. D’autant plus que son élection fut controversée puisqu’il perdit le vote populaire en 1876, mais accéda à la présidence grâce à des manœuvres des grands électeurs. Mais, au Paraguay, sa réputation est grande. Après avoir perdu une grande partie de son territoire après la Guerre de la Triple-Alliance, l’Argentine tenta de tirer profit de la faiblesse du Paraguay, occupa et revendiqua le Chaco, la vaste région sauvage du nord du Paraguay. A l’époque, il n’y avait pas d’organisation supranationale en mesure de régler le différend (comme aujourd’hui les Nations Unies). Les deux parties demandèrent donc à la grande puissance du Nord du continent, les Etats-Unis, de trancher et le président Hayes, en 1878, se rangea du côté du Paraguay. Cette décision permit au Paraguay de sauvegarder 60% de son territoire actuel et donc garantit sa survie en tant que nation.

Au Paraguay, une ville fut renommée Villa Hayes et un département prit le nom Presidente Hayes. Quand au club, outre son nom, son écusson représente les étoiles blanches du drapeau américain sur un fond bleu. Le kit du club se compose d’un maillot à rayure rouge et blanche accompagné d’un short bleu … en clair, la bannière étoilée. Les joueurs étaient devenus des yankees.

Mais d’où vient le terme yankee ? L’hypothèse la plus plausible est qu’il dériverait du terme néerlandais Janke (Jeannot), diminutif de Jan (Jean). Parmi les premiers colons arrivés dans ce nouveau monde, certains venaient des Pays-Bas et le prénom Jan était répandu parmi eux. Sa version familière Janke devint, au fil du temps, le surnom pour désigner les habitants des Etats-Unis.