#1028 – Benevento Calcio : Giallorossi

Les jaune et rouge. Les couleurs traditionnelles de Bénévent sont le jaune et le rouge, disposés en bandes verticales sur le maillot des joueurs, accompagnées de shorts noirs ou rouges et de chaussettes noires ou rouges. Pourtant, le club dont l’histoire fut mouvementé avec 4 refondations (en 1938, 1962, 1990 et la dernière fois en 2005) connut également d’autres couleurs. A la fondation en 1929, le SS Littorio Benevento (son premier nom) évoluait en bleu. En 1938, suite à sa première renaissance, le club aurait opté pour les couleurs jaune et rouge. Au lendemain de la guerre, le 23 février 1947, Avellino affrontait Bénévent. La légende raconte que les deux équipes choisirent de se présenter avec un maillot au couleur de leurs liqueurs locales. Ainsi, Avellino opta pour le vert, couleur typique de l' »Anthémis », une liqueur provenant d’une petite fleur parfumée et réalisée par l’abbaye bénédictine de Loreto di Montevergine. Du côté, de Bénévent, le club prit la couleur jaune de la « Strega » . Cette liqueur amer fabriquée par l’entreprise Strega Alberti à Bénévent est confectionné à partir de 70 herbes et épices dont du safran qui lui donne sa coloration jaune. En 1953, l’AC Sanvito prit le relais de l’équipe première de Bénévent et mit alors en valeur ses couleurs rouge et noire. Finalement, en 1962, le Bénévent Calcio était refondé et reprit ses couleurs traditionnelles rouge et jaune, que le club porte jusqu’à présent. Toutefois, lors de la saison 1990-1991 et une partie de la saison 1991-1992, les joueurs évoluèrent avec un maillot rouge et gris argenté, couleurs héraldique des armoiries de la ville. Levée de boucliers des supporteurs qui réussirent au bout d’un an à faire reculer le club (aidé par la famille Cotroneo qui acquit en mars 1992 la propriété du club).

Si le rouge et le gris argenté (équivalent au blanc en héraldisme) se trouvent sur les armoiries de la ville, le jaune y est également associé comme sur la bannière de la ville. Cette dernière se compose à l’image du drapeau français avec les couleurs jaune, blanc et rouge. Les armes se décrivent comme écartelée de gueules (rouge) et d’argent (blanc), à la tête d’or (jaune) chargée d’un sanglier. La présence de ces 3 couleurs sur les armoiries n’est pas connue.

#1027 – SC Oțelul Galați : Oțelarii

Les sidérurgistes. Situé dans le sud-est de la Roumanie, Galați baigne sur la rive nord du Danube, à 80 km de la Mer Noire. Cette situation privilégiée, au carrefour des principales routes commerciales entre le Nord et le Sud de l’Europe et entre l’Europe et l’Asie mineure, a favorisé le commerce et le développement de la ville au fil des siècles. D’autant plus que son infrastructure portuaire constitue le plus grand port fluvial et maritime sur le Danube. L’activité de la ville a longtemps reposé sur la construction maritime.

En 1958, le gouvernement communiste souhaitait développer l’industrie lourde roumaine, en particulier une usine sidérurgique dans la partie orientale de la Roumanie, avec accès au Danube et à la mer Noire. Plusieurs localisations furent étudiés mais le dirigeant du pays, Gheorghe Gheorghiu-Dej, ayant des origines galates, imposa Galați. La construction du complexe débuta en juillet 1960 et il fut inauguré en 1966. Imposant site, 40 000 ouvriers y travaillaient en 1972. En 1988, la production attint son pic avec 8,2 millions de tonnes d’acier, l’entreprise devenant le plus grand producteur d’acier d’Europe du Sud-Est. L’entreprise fut le principal foyer de perte de l’Etat roumain qui fut contraint de la céder définitivement à Arcelor en 2001. A cette date, 27 000 personnes travaillaient encore sur le site pour une production descendue à 3,7 millions de tonnes. Le dégraissage se poursuivit avec en 2021 seulement 5 000 employés. Malgré cette baisse des effectifs, Liberty Galati (nom de l’usine qui fut rachetée à ArcelorMittal en 2019 par le fonds britannique Liberty House Group) demeure la plus grande aciérie de Roumanie, avec une capacité de production de 3 millions de tonnes d’acier par an et est un pilier de l’économie roumaine. Une étude de 2011 démontra que les deux tiers de la population de Galați travaillaient ou avaient travaillé dans l’usine ou ses fournisseurs.

Avant les années 1960, des clubs de football rattachés à des usines avaient déjà vu le jour tels que Metalosport en 1935 et Siderurgistul en 1955. Au début des années 1960, plusieurs clubs de la ville avaient disparu et la direction de l’usine prit la décision de promouvoir un nouveau club. En 1964, SC Oțelul Galați vit le jour, comme filiale de l’usine. Son nom intégrait Oțelul, qui signifie « acier » en Roumain. Le club quitta le giron de l’entreprise en 2003, racheté par un homme d’affaires local. Toutefois, Arcelor puis ArcelorMittal et enfin Liberty demeurèrent des sponsors principaux du club depuis 2003.

#1026 – Suwon FC : 막을 수 없는 공격

Attaque imparable. Face à son grand rival du Suwon Samsung Bluewings, le second club de la ville de Suwon existe tant bien que mal. Son ascension parmi l’élite coréenne n’était d’ailleurs pas prévu. Le club fut fondé en 2003 par la volonté de la municipalité de Suwon qui souhaitait qu’il y ait une équipe amateur faisant le lien entre les équipes scolaires et universitaires de la ville et le club professionnel des Bluewings. Mais, au fil des années, le Suwon FC gravit les échelons et fut finalement autorisé à obtenir le statut professionnel en 2012. A cette époque, le club venait de nommer son directeur de la formation, Cho Deok-je, au poste de manager de l’équipe première. Il restera en poste jusqu’en 2017 et, sous ses ordres, l’équipe connut une période riche. Dans le cadre d’une restructuration de la ligue coréenne, le Suwon FC fut promu en 2013 en K League Challenge (seconde division nationale). L’équipe enregistra de bons résultats (4ème en 2013, 6ème en 2014 et 3ème en 2015) et, après avoir participé au play-off/in, il toucha le graal en accédant à la K League pour la première fois en 2016. L’apprentissage fut rude, Suwon terminant à la dernière place et connaissant donc une relégation. Toutefois, Suwon FC récolta 39 points (10 victoires, 9 nuls, 19 défaites) cette saison, la meilleure performance d’une équipe reléguée. 

Pendant tout son règne, Cho Deok-je imposa un style offensif à son équipe, basée sur le 4-3-3. Malgré parfois la faiblesse de son effectif, il n’utilisait pas de tactiques axées sur la défense, même face à des équipes réputées plus fortes. Comptant parmi les meilleurs attaques du championnat chaque année, l’équipe fut prolifique en termes de buts mais sa défense laissa souvent à désirer. Les attaquants tels que Jung Gi-woon, Kim Byung-oh, Lim Seong-taek, le belge Marvin Ogunjimi, le monténégrin Bogdan Milić et le brésilien Japa purent exprimer leurs talents. Le public apprécia ce jeu offensif et la fréquentation du stade augmenta. En 2015, le monde du football applaudit ces guerriers méconnus, au jeu audacieux, et l’entraineur Cho remporta le prix du manager de l’année de la K League Challenge. Cho qualifia son style de jeu 막을 수 없는 공격, devenu la marque de fabrique du club. Depuis, ce dernier poursuit cet héritage en étant plutôt tourné vers l’attaque.

#1025 – FC Sankt Pauli : Weltpokalsiegerbesieger

Vainqueur de la Coupe du monde. Le club a pris l’habitude de se surnommer ainsi et de nombreux t-shirts portés par ses supporteurs arborent fièrement ce surnom. Mais prétendre à ce titre alors que le palmarès du club se limite à un championnat de seconde division en 1977, n’est-ce pas un peu prétentieux ? Evidemment ce n’est pas ce sacre qui conduisit à ce surnom un peu tape-à-l’œil. Mais, une simple victoire contre le Bayern Munich suffit au bonheur des fans de Sankt Pauli.

A l’issu de la saison 2000-2001, Sankt Pauli accéda à la Bundesliga. Mais, au sein de l’élite, l’équipe de Hambourg s’écroula. Le club termina à la dernière place avec seulement 4 victoires à son compteur et à 12 points du premier non-relégable. Seulement, dans cette saison noire, il y eut une éclaircie le 6 février 2002. 21ème journée du championnat, Sankt Pauli, déjà dernier du championnat, accueillit le Bayern Munich, 2ème, dans son stade du Millerntor. La partie semblait déséquilibrée pour une équipe de Sankt Pauli qui n’avait remporté que deux matchs depuis le début du championnat. En face, l’ogre bavarois qui comptait dans ses rangs Willy Sagnol, Bixente Lizarazu, Mehmet Scholl, Stefan Effenberg, Ciriaco Sforza, Giovane Élber et bien d’autres stars. Surtout, quelques mois auparavant le Bayern avait remporté sa deuxième coupe intercontinentale face à Boca Junior. L’équipe munichoise avait donc gagné le titre officieux de « champion du monde » . Mais, le scénario du match ne se déroula pas comme prévu. A la 30ème minute, le milieu Thomas Meggle marqua le premier but pour Sankt Pauli, suivi 3 minutes plus tard par un second de Nico Patschinski. Le Bayern était abasourdi et ne réagit qu’à la 87ème en réduisant le score par l’intermédiaire d’une tête de Willy Sagnol.

Même si la suite de la saison fut catastrophique, cette victoire redonna un peu d’espoir et d’honneur aux fans de Sankt Pauli. 10 ans plus tard, lors d’une célébration de cette victoire (car oui Sankt Pauli fête cette victoire à défaut de célébrer d’autres titres), Nico Patschinski déclarait « Der Sieg war eine Sensation zu der Zeit, ganz klar. Wir hatten lange nicht gewonnen und schlagen dann ausgerechnet die Bayern » (La victoire fit sensation à l’époque, c’est clair. Nous n’avions pas gagné depuis longtemps et nous avons battu le Bayern). Mais Sankt Pauli n’avait pas seulement battu le Bayern, l’équipe avait gagné face au dernier vainqueur de la Coupe du Monde. Le battage médiatique autour de cette victoire qui s’en suivit fut important. Dans la foulée, les t-shirts imprimées spécialement pour l’occasion, sur lesquels le club se célébrait comme Weltpokalsiegerbesieger, se vendirent comme des petits pains auprès des fans. En battant le dernier vainqueur de la Coupe du Monde, Sankt Pauli avait l’impression aussi de remporter cette coupe.

#1024 – Ittihad Alexandrie : سيد البلد

Les rois de la ville. Alexandrie, ville millénaire, compte en son sein de nombreux clubs de football, Ittihad, Tram Club, Al Olympi, Haras El-Hedood Club et Smouha SC, qui participèrent ou défendent encore l’honneur de la ville au niveau national. Mais, parmi ces clubs, Ittihad se distingua au niveau régional et national. Avant 1948, le football égyptien se disputait au sein de ligues locales (Le Caire, Alexandrie, Bahri, et Canal de Suez) et d’une compétition nationale, la Coupe d’Egypte. Dans ces compétitions, Ittihad remporta un certain nombre de titres, bien plus que ses rivaux. Tout d’abord, la Ligue d’Alexandrie se joua entre 1922 et 1953 (la première ligue égyptienne fut créée en 1948, provoquant la fin des championnats locaux dont celle d’Alexandrie en 1953) et Ittihad laissa peu de place à la concurrence. Entre 1926 et 1953, Ittihad fut champion d’Alexandrie chaque année, soit 27 fois d’affilée. Au niveau d’Alexandrie, Ittihad était donc le maître du football sans contestation. Par ailleurs, en Coupe d’Egypte, l’équipe gagna 6 fois le trophée (1926, 1936, 1948, 1963, 1973, 1976), soit le record pour un club d’Alexandrie. Finalement, seul Al Olympi réussit pour Alexandrie à remporter le titre de champion national (en 1966) mais le reste de son palmarès est famélique. Résultat, Ittihad possède le palmarès le plus fourni des clubs d’Alexandrie et fut le roi de la ville lorsqu’elle possédait son propre championnat.

#1023 – Independiente Santa Fe : los Santafereños

Ne cherchez pas la ville de Santa Fe en Colombie car vous n’en trouverez pas. Le Santa Fe du club est le nom du district (et même d’une rue) de Bogota où le club prit ses quartiers. En 1939, le Gimnasio Moderno, un collège privée de la ville, fêtait ses 45 ans et pour l’occasion, un match de football fut organisé entre l’équipe de l’école et celle des anciens élèves de l’institution. Ce match encouragea les anciens étudiants à poursuivre la pratique du football et à se mesurer à d’autres équipes de la capitale colombienne issues de ses écoles et collèges. Les joueurs étaient pour la plupart des étudiants du Colegio Mayor de Nuestra Señora del Rosario, une des plus anciennes universités de Colombie (fondation en 1653), qui se situait dans la quartier de Santa Fe. Ils se réunissaient donc à quelques encablures de l’Université au Café del Rhin, situé au passage Santa Fe. Etant donné ce lieu de rencontre, ils se faisaient déjà connaître sous le nom de los Santafereños.

Ce terme était assez utilisé pour désigner les habitants du district de Santa Fe, qui constitue le centre historique de la capital. La ville de Bogota fut fondée par Gonzalo Jiménez Quesada le 6 août 1538 sous le nom de Santa Fe de Bogotá, à l’endroit qui constitue aujourd’hui la célèbre Plaza de Bolívar, au cœur du district actuel de Santa Fe.

Au début de 1941, la recurrence des matchs et l’organisation qui en découlait ainsi que les oppositions que les jeunes pouvaient rencontrer du fait que leur pratique pouvait gêner le voisinage poussa l’équipe amatrice d’étudiants à se structurer en fondant officiellement un club qui s’inscrivit à l’Association Sportive de Bogota. Ce nouveau club ne pouvait pas prendre le nom connu de l’équipe précédente qui était « Ex-élèves du Gimnasio Moderno » ou « Santafereños ». Trop restrictif, pas assez symbolique au gout des fondateurs. Dans les statuts de fondation du club, il était inscrit « Dicho club tendrá un carácter meramente deportivo, sin perseguir lucro de ninguna especie » (Ledit club aura un caractère purement sportif, sans recherche de profit d’aucune sorte). En effet, les fondateurs voulaient un club dédié au football par conviction et non par appât du gain, un club portant un certain esprit romantique, hermétique à l’influence d’entreprises ou d’investisseurs. En cela, il apparaissait comme un club indépendant. En outre, les étudiants baignaient dans la nostalgie de l’indépendance colombienne. En effet, cœur historique de la ville, le quartier de Santa Fe regroupe un certain nombre de monuments et lieux, honorant l’indépendance du pays (Parque de la Independencia, construit en 1910 pour commémorer le premier centenaire de l’Indépendance, Parque Santander où se situe la statut de Francisco de Paula Santander, héros de l’Indépendance …). Toutefois, comme il existait déjà un club en Argentine du nom de CA Independiente, les fondateurs accolèrent au nom Independiente le nom du passage Santa Fe qui avait abrité les premières réunions du club.

#1022 – Carabobo FC : los Granates

Les grenats. Vous avez pu découvrir dans la presse sportive récemment (comme je l’ai moi même lu) la présence d’un joueur français dans le championnat vénézuélien : le gardien Jérémy Vachoux, ancien joueur de Lens et Dunkerque. Suffisamment exotique pour que je m’intéresse à son club, représentant de la ville de Valencia.

Le surnom fait évidemment référence à la couleur du maillot du club. Jusqu’en 1997, le football à Valencia était l’affaire du Valencia FC, qui avait connu son âge d’or dans les années 1970, avec notamment un titre de champion du pays. Mais, à la fin des années 1990, le club plongeait sportivement et financièrement. Le président du club prit l’initiative, avec le soutien des autorités régionales et de plusieurs entreprises, de refonder une nouvelle association. Ainsi naquit le 26 février 1997 le Carabobo FC, avec la haute ambition de participer sous un an à la Copa Libertadores et de devenir la meilleure académie de formation du pays. Représentant de la région et de ses instances de football, le club prit le nom de l’État, Carabobo. Pour les couleurs, le grenat (ou lie de vin) comme principale et le blanc en secondaire furent choisis car il s’agissait simplement des couleurs de l’État. La bannière de l’État se compose d’un fond lie de vin, avec une bande indigo, surmontée d’une fine bande verte. En outre, un soleil brillant dans lequel se trouve l’arc de Carabobo, un monument commémoratif de la bataille de Carabobo que l’on retrouve également sur l’écusson du club, décore le drapeau. Chaque élément a évidemment une signification. La bande indigo rappelle que cet État est bercé par la Mer des Caraïbes et l’Océan Atlantique, avec notamment la ville portuaire de Puerto Cabello. Quant à la verte, elle symbolise la production agricole de l’État. Le soleil brillant est le symbole de la lumière qui surmonte les ombres. Enfin, la fameuse couleur lie de vin représente le sang versé sur le champ de bataille de Carabobo. Cette dernière fut une victoire remportée par Simón Bolívar et son armée sur les troupes fidèles au Royaume d’Espagne, survenue le 24 juin 1821 et qui consacra l’indépendance du Venezuela.

#1021 – KS Cracovie : Pasy

Les rayures, les ceintures. Ce surnom se réfère au maillot rayé de l’équipe. Champion de Pologne à 5 reprises (ce qui lui confère le droit d’arborer une étoile sur son maillot) et supporté à son époque par le pape Jean-Paul II, le KS Cracovie est le plus ancien club sportif actif de Pologne, sa fondation datant de 1906. Au début du XXème siècle, plusieurs équipes de camarades commencèrent à émerger dans la seconde ville de Pologne. Le 4 juin 1906, un premier match opposa une équipe dénommée studenci (étudiants) ou przodownikami (précurseurs) à Czarni Lviv. Le même jour, une autre équipe montée à la hate, akademicy (académique), affronta le KGS IV Gimnazjum Lviv. Quelques jours plus tard, akademicy devint AKF Cracovia. A l’initiative de Tadeusz Konczyński, un promoteur du football à Cracovie, un tournoi fut organisé dans la ville en Octobre 1906. A cette occasion, Tadeusz Konczyński offrit un jeu de maillot aux deux clubs les plus anciens de la ville, AKF Cracovia et Studenci. Le premier décida d’opter pour un maillot bleu assorti d’une ceinture blanche, couleurs de la ville de Cracovie. Le second opta pour un maillot rayé aux couleurs nationales rouge et blanche et prit le nom Biało-Czerwoni (Blanc-Rouge). En 1907, les deux équipes décidèrent de fusionner. Le nouveau club conserva le nom Cracovia et opta pour les couleurs rouge et blanche. Le choix de garder ces couleurs dans une communauté polonaise privée de son propre État et sous domination de l’Empire Austro-Hongrois (pour Cracovie) était une forte affirmation de son identité patriotique et son soutien à la cause indépendantiste.

Le rouge et le blanc sont les couleurs nationales de la Pologne qui apparaissent sur son drapeau et sur ses armes (un aigle blanc sur fond rouge). La légende raconte que le fondateur de la Pologne, Lech, lors d’une escale près de Poznań, vit un grand nid sur un arbre. A l’intérieur se trouvait un aigle blanc avec trois poussins. Lorsque Lech le regarda, l’aigle déploya ses ailes dans un ciel rougit par le couché du soleil. Emerveillé par cette image, Lech décida de s’installer à cet endroit, mit l’aigle dans ses armoiries, et nomma l’endroit Gniezdno (aujourd’hui Gniezno), dérivant du mot nid. Pour prosaïquement, le peuple slave Polane qui résidait au IXème et Xème siècle sur une partie des régions de l’actuel Pologne prit l’aigle comme symbole, certainement après avoir côtoyé à ses frontières le Saint Empire Romain Germanique (dont le symbole de l’Aigle provenait de l’Empire Romain). Etabli à Giecz puis à Gniezno, la maison Piast unifia les différentes tribus polanes et donna naissance au premier État polonais vers le milieu du Xème siècle. Cette maison royale avait pour armoirie un aigle blanc sur fond rouge qui devint par la suite le symbole de la Pologne.

#1020 – Manchester United : Busby Babes

Les enfants de Busby. La Seconde Guerre Mondiale interrompit le championnat d’Angleterre pendant près de 7 ans. D’ailleurs, en 1941, le stade Old Trafford fut gravement endommagé lors d’un raid aérien allemand. Au lendemain de la guerre, pour relancer le club mancunien, la direction nomma à la tête de son équipe l’écossais Matt Busby. Ancien ailier droit de Manchester City pendant 8 ans, ce dernier se vit proposer un poste d’entraineur adjoint à Liverpool. Mais, souhaitant appliquer sa vision sans contrainte, il refusa Liverpool pour rejoindre Manchester United où il obtint les pleins pouvoirs (gestion des entrainements, transferts, compositions d’équipe). Outre un style de jeu offensif, Busby était convaincu qu’une politique de formation de jeunes talents était la clé du succès sur le long terme. Il créa ainsi un réseau de dépisteurs de jeunes joueurs et, secondé par Jimmy Murphy, les fit émerger au plus haut niveau. Après un premier cycle où Manchester cumula les places d’honneurs (vice-champion en 1947, 1948 et 1949, et victoire en FA Cup en 1948, le premier trophée majeur du club depuis 37 ans), Busby poursuivit sa politique avec une seconde vague de talents qui offrirent au club une période dorée (3 titres de champion en 1952, 1956 et 1957). Plusieurs exemples témoignent de la jeunesse de l’équipe fanion ou encore de la qualité de la formation. Le 28 novembre 1953, face à Portsmouth, en championnat, l’équipe de Manchester comptait 7 joueurs de moins de 22 ans. L’âge moyen des équipes de 1955-1956 et 1956-1957 qui furent sacrées championne n’était respectivement que de 21 et 22 ans. En 1952, la FA Youth Cup fut lancée et Manchester United écrasa la concurrence en remportant les cinq premières éditions. Malheureusement, en février 1958, l’accident aérien de Munich, où 8 joueurs perdirent la vie, mit un terme à cette époque. Matt Busby décida de relancer une nouvelle génération mais en modifiant de surnom, Busby Babes rappelant alors un évènement tragique.

Ainsi, nombres de joueurs sortirent des rangs de l’académie mancunienne : Geoff Bent (1948-1958), Johnny Berry (1951–1958), Jackie Blanchflower (1949-1958), Roger Byrne (1949-1958), Bobby Charlton (1953-1973), Eddie Colman (1952–1958), John Doherty (1952–1957), Duncan Edwards (1952–1958), Bill Foulkes (1950-1970), Mark Jones (1950–1958), Wilf McGuinness (1953–1959), Kenny Morgans (1956–1961), David Pegg (1952–1958), Albert Scanlon (1953–1960), Tommy Taylor (1953–1958), Dennis Viollet (1949–1962), Liam Whelan (1952–1958) et Ray Wood (1949–1958). L’expression apparut pour la première fois dans la presse écrite en 1951 sous la plume de Frank Nicklin, sous-rédacteur en chef du Manchester Evening News. Il inventa le surnom pour décrire deux jeunes joueurs (Jackie Blanchflower (18 ans) et Roger Byrne (22 ans)) qui débutèrent leur carrière lors d’un match face à Liverpool le 24 novembre 1951. Le terme se démocratisa avec la génération de joueurs qui remportèrent les titres de 1956 et 1957.

#1019 – Orlando Pirates FC : Ezimnyama Ngenkani

Les noirs. Au sein de l’association sportive Orlando Boys Club, une bande de jeunes appréciaient la pratique du football depuis 1934. Andries Mkhwanazi, surnommé Pelé-Pelé, un entraineur de boxe du Boys Club reconnut le talent de ces jeunes et les encouragea à fonder une équipe officielle en 1937. Un an plus tard, cette équipe d’adolescents intégrait la ligue dénommée Johannesburg Bantu Football Association. En manque de moyen, les joueurs jouaient pieds nus et sans maillot commun. En 1940, alors la section football se séparait d’Orlando Boys Club pour donner naissance aux Pirates, le travailleur social, Bethuel Mokgosinyane, devint président du club et offrit aux joueurs leurs premiers kits, qu’il avait déniché auprès d’une autre équipe de Soweto, Phiri-Phiri. Ce maillot noir affichait un grand P sur le plastron.

Les raisons du noir ne sont pas connues. Est-ce le fruit d’un pur hasard ? Bethuel Mokgosinyane n’eut pas de choix et prit les maillots de Phiri-Phiri quelque soit la couleur de ces derniers. Ou est-ce un choix raisonné ? Bethuel Mokgosinyane aurait-il volontairement choisi un maillot noir pour adopter une certaine symbolique ? Ce pouvait être un choix politique pour affirmer la couleur de peau des joueurs qui composaient l’équipe, à une époque où la ségrégation raciale apparaissait et l’ANC était fondé. Par ailleurs, les fondateurs d’Orlando Pirates comprenaient des enfants des travailleurs migrants qui avaient quitté les zones rurales pour travailler dans les mines d’or du Gauteng. Le noir pouvait être un rappel de ces racines ouvrières. Enfin, comme le nom de Pirates fut choisi au même moment, la couleur noir permettait de s’aligner avec celle communément connue des Pirates.