#858 – Dalian Shide FC : 八星大连

L’équipe aux 8 étoiles. Fondé officiellement en 1983 par la volonté de la commission municipale des sports de Dalian, le club reprenait les activités de plusieurs équipes déjà existantes. En 1993, la direction du Dalian FC opta pour le statut professionnel, devenant ainsi le premier club de football professionnel de l’histoire du football chinois. En 1994, le club participa à la création du championnat professionnel chinois, Chinese Super League et fut repris la même année par l’important conglomérat Wanda. Le club mit alors la main sur le championnat durant les premières années. Il remporta ainsi le premier championnat en 1994. Puis, de 1995 à 1997, l’équipe obtint des résultats brillants, remportant deux championnats (1996 et 1997), établissant un record de 55 matchs de championnat invaincus et en gagnant une Super Coupe de Chine en 1996. En 1998, le club remporta un troisième championnat consécutif. 4 autres titres de champion de Chine se rajoutèrent en 2000, 2001, 2002 et 2005. Ainsi, sur les 11 premières éditions du championnat professionnel chinois, le club en gagna 8. Cette domination sans partage conduisit à adopter ce surnom d’équipe aux 8 étoiles (reprenant une tradition et recette marketing du football sud-américain et européen où chaque étoile représente un trophée remporté). Ces 8 étoiles s’affichèrent naturellement sur le blason du club et donc sur son maillot.

A ces titres, d’autres trophées complétèrent le palmarès de la meilleure équipe chinoise de la fin des années 1990 et du début du nouveau siècle. 2 Coupes de Chine en 2001 et 2005 (plus 3 finales perdues en 1999, 2003 et 2006). 3 Super Coupes de Chine en 1997, 2001 et 2003 (plus 3 finales perdues en 1998, 1999 et 2002). L’équipe parvint également à exister sur le plan continental, avec une finale de Coupe d’Asie des Vainqueurs de Coupe en 2001 et une autre en Ligue des champions de l’AFC en 1998. A cette époque, quelques connaissances du football français atterrirent dans ce club exotique. L’ancien attaquant de la grande époque nantaise, Nicolas Ouedec, qui en 20 matchs, marqua 10 buts pour le compte de Dalian. Le tchèque Václav Němeček, qui réalisa plusieurs saisons à Toulouse, fréquenta également Dalian en 1999.

Repris en 2000 par le groupe Shide, le club ne survit malheureusement pas à la déchéance de son président, Xu Ming, dans la cadre de l’affaire Bo Xilai. Le club fut dissous en 2012 tandis que Xu Ming mourut à l’age de 44 ans en 2015.

#857 – Stade Briochin : les Griffons

Fondé en 1904, le club costarmoricain connut une belle période au début des années 1990, en grimpant rapidement les échelons de la DH en 1990 à la 6ème place de D2 en 1994. Malheureusement, le déficit se creusa et en 1997, le dépôt de bilan fut inévitable. Depuis, petit à petit, il a reconquit le terrain perdu et se retrouve désormais en National.

Dès sa création, les fondateurs identifièrent leur club avec la ville. Ainsi, le blason et les maillots s’inspirèrent directement des armoiries de Saint-Brieuc. D’une part, l’équipement se basa sur les couleurs jaune et bleu des armes municipales. D’autre part, le blason de l’association reprit intégralement celui de la ville, « d’azur au griffon d’or, armé, becqué et lampassé de gueules » (ie un griffon jaune, avec griffes et bec rouges, sur un fond bleu). Naturellement, l’animal légendaire, avec le corps d’un aigle (tête, ailes et serres) greffé sur l’arrière d’un lion (abdomen, pattes et queue), donna son surnom au club. Apparu au IVème millénaire avant notre ère dans les mythologies en Mésopotamie, Egypte et Grèce, le griffon s’imposa dans l’héraldisme européen au moyen-âge. Comment atterrit-il sur les armoiries de Saint-Brieuc ?

La ville de Saint-Brieuc n’exista ni pendant la période celte, ni à l’époque gallo-romaine. L’immigration des bretons insulaires au Vème siècle (fuyant l’invasion saxonne) conduisit à la fondation de la ville. Parmi eux, un missionnaire (irlandais, gallois ou de cornouilles, ses origines étant floues) du nom de Brieuc édifia un monastère à l’emplacement actuel de la cité. Par la suite, la domination religieuse de la ville se confirma en devenant un évêché en 848 au temps de Nominoë, roi de Bretagne. L’évêché retint alors des armoiries à fort charge symbolique : une crosse d’évêque, en l’occurrence, celle de Saint Brieuc frappant un dragon. Cette image représentait la foi (la crosse) terrassant le diable (le dragon). Certains avancent que le choix du dragon est lié au fait que Saint Brieuc se fête le 1er mai. Or, cette date correspondait aussi à la fête celtique de Beltaine, qui marquait le début de l’été. Durant ces festivités, les druides allumaient des feux purificateurs par lesquels le bétail passait. La crosse terrassant le dragon pouvait donc signifier l’évangélisation réussit de terres païennes. Quoi qu’il en soit, le dragon n’est pas un griffon. Au Moyen-Âge, la ville se dota d’armoirie où figurait un aigle déployé. Selon la municipalité, les croisés auraient découvert la férocité du lion au cours de leurs périples et voulurent l’intégrer dans les armes de la cité pour rappeler leurs aventures en terre sainte. Ainsi, le lion aurait été incorporé à l’aigle, donnant naissance à un griffon. Une autre histoire raconte que ce griffon serait le mariage du lion de la maison des Montfort avec l’aigle de la maison de Penthièvre. Toutefois, je ne retrouve pas trace de ces animaux dans les blasons de ces deux célèbres familles. Finalement, le blason briochin fut remis officiellement à la ville en 1698 par le Garde des Sceaux. A la révolution, le pouvoir temporel se sépara du pouvoir spirituel ce qui conduisit à une véritable indépendance de conseil municipal par rapport à l’autorité religieuse. Les armoiries anciennes furent ainsi conservées mais en y retranchant la crosse pour bien marquer l’affranchissement de l’administration laïque.

#856 – Ferencvárosi TC : Zöld-Fehérek

Les vert et blanc. Dans le quartier de Ferencváros, à la fin du XIXème siècle, le football captivait les jeunes et notamment les enfants de la rue Mester, connus sous le nom de Tizenegyek bandája (la bande des onze). L’un d’eux, Kornél Gabrovitz, avait été impressionné par un jeune club de football, le Slavia, lors d’un séjour à Prague. Revenu à Budapest, il convainquit Weisz, qui était à l’époque gardien de but réserviste au sein du club BTC. de fonder un nouveau club. Ils reçurent le soutien financier de József Gráf, boulanger, et surtout Dr Ferenc Springer, avocat. Le 15 avril 1899, les jeunes du quartier élurent un conseil d’administration et l’assemblée fondatrice se tint le 3 mai. Entre-temps, deux des membres, István Weisz et Keönch Boldizsár, rédigèrent les statuts de l’association naissante. Ils choisirent le nom du club, Ferencvárosi Torna Club (FTC) ainsi que sa devise, Erkölcs, Erő, Egyetértés (Vertu, Force, Consensus).

Les fondateurs pensaient initialement choisir les couleurs de la nouvelle association parmi les couleurs du drapeau national (Vert, Blanc, Rouge). Deux éléments poussèrent à retenir le blanc et le vert. D’une part, l’un des autres clubs de la capitale, BTC, dans lequel avait donc évolué István Weisz et qui était le plus populaire à l’époque, jouait déjà en rouge et blanc. D’autre part, le quartier de Ferencváros avait des armoiries de couleurs blanches et vertes. Le drapeau du quartier était composé de bandes vertes et blanches, qui se retrouvèrent à la fois sur le maillot du club comme dans son blason.

Pour l’anecdote sur l’importance du club dans le paysage hongrois, durant l’époque où les armées soviétiques occupaient la Hongrie, il se disait que les couleurs du drapeau magyar étaient celles de Ferencváros, auquel le rouge des communistes fut imposé.

#855 – CA Chacarita Juniors : el Funebrero

Le croque-mort. Le surnom du club argentin n’invite pas à la fête que pourrait être un match football. Mais, il reflète bien la vie du quartier de Buenos Aires auquel le club est attaché. Le 1er mai 1906, un groupe d’amis de la paroisse de San Bernardo fonda un nouveau club de football dans les locaux de la 17ème section du Parti socialiste. Tous habitant le quartier de Chacarita, ils donnèrent au club le nom de leur quartier, auquel ils accolèrent le terme « Junior » en allusion à leur jeunesse.

Situé dans le centre de Buenos Aires, et comptant près de 25 000 habitants, le quartier s’étale sur 3,12 km² mais une grande partie de sa superficie est occupée par un cimetière homonyme. Le 14 avril 1871, ce cimetière fut inauguré, après une construction en un temps record. En effet, les deux cimetières existants à l’époque (celui du nord : Recoleta, et celui du sud : à Parque Patricios) avaient atteint leurs pleine capacité en raison de l’épidémie de fièvre jaune qui faisait des ravages dans la ville de Buenos Aires. Sur ces 5 premiers hectares, ce nouveau lieu de sépulture permit de faire face dans un premier temps au besoin. Près de 500 enterrements pouvaient avoir lieu en une journée. En outre, les décès dus à la fièvre jaune étaient si nombreux que 4 jours après l’ouverture du cimetière, une gare fut édifiée pour faciliter leur transport. Mais, vu l’activité et les structures rudimentaires du lieu, les conditions d’hygiène étaient minimales et les odeurs et le manque d’assainissement dérangeaient le voisinage. En 1875, l’Etat le ferma et chercha un autre endroit pour un nouveau cimetière. Pourtant, il fonctionna encore pendant 11 ans, jusqu’à l’ouverture du nouveau à l’emplacement actuel. Aujourd’hui, sur 95 hectares, le cimetière de Chacarita est le plus grand des 3 de la ville (les deux autres étant ceux de Flores et de Recoleta) et l’un des plus grands du monde. Il accueille de nombreuses personnalités de la politique, du sport et de la culture argentines dont le plus connu est Carlos Gardel, un des célèbres représentants du Tango. Décédé en 1935, le mausolée de Carlos Gardel représente l’un des sites les plus visités du cimetière. Il renferme également de nombreux monuments funéraires singuliers tels que des panthéons inspirés des temples médiévaux espagnols ou des voûtes Art nouveau. L’entrée principale d’ailleurs se constitue d’un grand péristyle de style néoclassique à 24 colonnes.

#854 – Stade Nyonnais : les Jaune et Noir

Il s’agit effectivement des couleurs du club qui habillent aussi bien son blason que les maillots des joueurs. Pour les amateurs de football, la commune suisse est bien connue pour abriter le siège de l’UEFA et de l’ECA (l’Association européenne des clubs). Agréablement installé entre Genève et Lausanne, au bord du lac Léman, la ville offre un cadre idéal pour les têtes pensantes du football européen. Sa fiscalité douce pour les entreprises comme pour les particuliers aide sans aucun doute l’organisme sportif européen à bien réfléchir sur la gestion de sa manne financière. Mais, au-delà de ces considérations, Nyon compte également 3 clubs de football connus dont le Stade Nyonnais. Certes, ce dernier a rarement fréquenté l’élite mais, depuis sa fondation le 29 octobre 1905 (ce qui en fait un des anciens clubs de la confédération helvétique), il est un pensionnaire régulier entre la seconde et la troisième division nationale. Il bénéfice des installations sportives mises à disposition par l’UEFA, le Centre sportif de Colovray, composé de plusieurs terrains de football (notamment synthétique).

Les couleurs du Stade Nyonnais sont le jaune et le noir depuis sa fondation en 1905. Une légende prétend que le natif de Berne, Jean Wirz, participa à la création du club et, en tant qu’ancien joueur des Youg Boys de Berne, il aurait donné les couleurs de ce dernier club au Stade Nyonnais. Toutefois, les dernières recherches démontre que cette affirmation serait fausse. Wirz, qui fut impliqué dans les cercles sportifs de la ville durant près d’un demi-siècle, ne s’installa dans la commune vaudoise qu’en avril 1920. En outre, il forma certes la section jeunesse du club mais en 1926 seulement. Il prit la vice-présidence en 1930 avant de devenir le président du club de 1935 à 1937. Comme dans toute légende, il existe une part de vérité. Et si Jean Wirz n’est pas à l’origine du choix des couleurs, il n’en demeure pas moins que le jaune et noir s’inspire bien des couleurs des Youg Boys de Berne. En 1905, les adolescents dénommés Oscar et Emile Aeby, Edmond Delay et Pierre Robin fondèrent le Stade Nyonnais. Pour le choix des couleurs, ils décidèrent de rendre hommage au club de football qui avait dominé le championnat suisse de 1903, les Young Boys de Berne, même si le groupe d’adolescent n’était pas originaire de la capitale fédérale. L’autre avantage de ces couleurs étaient de se distinguer des autres clubs de la cité, dont le FC Nyon, qui était la doyenne des associations sportives.

#853 – 1. FC Tatran Prešov : Koňare

Les cavaliers. Troisième ville la plus peuplée de Slovaquie, Prešov comptait un important haras au siècle dernier qui donna aux habitants d’être connu sous le surnom de Koňare dans tout le pays. En 1859, la cité finança la construction d’un haras d’Etat qui s’éleva au centre de la ville (dans l’actuel rue Sabinovská). La structure massive se composait d’un bâtiment administratif avec des bureaux, des appartements pour les employés et des écuries, incluant des dépendances et des entrepôts. L’objectif était d’élever des races de chevaux à destination des régions septentrionales de la Hongrie (la Slovaquie était alors intégrée au sein du Royaume de Hongrie) afin qu’ils servent à la vie économique et également pour l’armée. Il servait aussi de relais pour les voyageurs et leurs montures, sur la route qui menait à Budapest. En 1962, ce haras de Prešov cessa d’exister. Le 25 janvier 1975, une forte détonation mit fin à l’existence des bâtiments du haras, à l’exception d’une partie de l’enceinte en brique.

Cette vieille tradition d’élevage marqua la ville et sa réputation dans le pays, donnant ainsi naissance à ce surnom. Le club de hockey local, le HC 21 Prešov, arbore sur son écusson un étalon tout comme le club du 1. FC Tatran Prešov. Pour ce dernier, outre l’histoire de la ville, il existerait un lien direct avec le haras. En 1899, un terrain de football fut édifié près de la rue Sabinovská, où se trouvait les haras. Si les spectateurs voulaient accéder au terrain de football à l’époque, ils devaient passer près des écuries. Les gens entendaient le hennissement des chevaux et supportaient leur odeur. Cet environnement ne plaisait pas à tous les spectateurs, notamment les fans adverses qui le faisaient savoir en criant dans les travées « Koňare ! Koňare ! ».

#852 – Wisła Cracovie : Psy

Les chiens. Ce surnom ne réfère pas à un gentil caniche ou un affectueux toutou. Il s’agit plutôt d’une insulte inventée et scandée par les fans adverses à l’attention des supporteurs du Wisła. Car, les rivalités footballistiques en Pologne demeurent malheureusement conflictuels. Le hooliganisme dans les stades est enraciné et tenace, transformant les chants en couplets d’insultes et les tribunes en champs de bataille. Cracovie n’échappe pas aux mouvements avec ces deux clubs historiques qui s’affrontent pour la suprématie sportive sur la cité : le Wisła et le KS Cracovie. Lors des derbys, appelé la guerre sainte, les affrontements entre supporteurs sont nombreux et se règlent à coup de batte de baseball et de couteau, avec malheureusement des décès. Cette hostilité ouverte s’est diffusée dans les surnoms qui deviennent haineux. Ainsi, le « chien » qui caractérise les fans du Wisła a une connotation négative, rebondissant à la fois sur l’histoire du club et sur l’imagerie populaire.

Créé vers 1906 par un professeur et ses étudiants, le club se trouve, depuis l’époque communiste, attaché à la milice (Milicja Obywatelska – Milice Citoyenne). A partir de 1944 jusqu’en 1990, cette force professionnelle (elle n’était pas constituée de citoyens volontaires comme le mot milice aurait pu le laisser supposer) assuraient les missions de police et notamment de police politique (via sa branche dénommée ZOMO). Je n’ai pas retrouvé les conditions exactes de rattachement du club à la Milice Citoyenne mais selon certains, comme le club comptait de nombreux supporteurs et que l’autre grand club polonais, le Legia Varsovie, dépendait déjà de l’Armée Polonaise, la Milice aurait forcé la main des dirigeants du club pour se soumettre. Or, dépendre de la police n’était pas bien vu et donner lieu à du mépris. En effet, la détermination de la Milice à défendre le gouvernement communiste et à réprimer toute opposition, en commettant des exactions, conduisit à une image déplorable et sa détestation par la population. Pour les adversaires, le club représente donc encore cet appareil de la terreur communiste. Une légende colporte que le souhait de la Milice d’intégrer le club dans son giron avait pour objectif de recruter parmi ses nombreux supporteurs de nouveaux collaborateurs dévoués et bénévoles. D’où ses supporteurs gardent l’image de suppôts au service de cette autorité. Or travailler pour cette police secrète était un acte de traitrise pour la population.

Le chien, animal utilisé par les forces de l’ordre (et donc la Milice), devint donc son symbole. Mais, cette représentation ne mettait pas en avant les qualités de l’animal (fidélité, force …). Il est né dans le vocabulaire des criminels, qui se transposât dans l’argot polonais. Le sens dégradant donnait à l’animal provient du fait que, comme le cochon, dans l’imagerie populaire, le chien, notamment errant, représente un statut inférieur, inspire la répugnance et le mépris. Le transfert de cette symbolique insultante envers l’homme est connu dans de nombreuses cultures : l’homme est dégradé au rang du pire animal pour signifier son absence de toute valeur (notamment morale) et caractériser un comportement indigne (ne dit-on pas en français « sale chien ! »).

Comme vous pouvez le voir, ce surnom exprime la haine et le mépris envers le Wisła mais ses supporteurs le retournèrent aussi en leur faveur. Car ce qui catalyse la haine et la fureur de l’adversaire mérite d’être transformé en une forme capable de susciter sa terreur. Il n’est donc pas rare de voir les fans du Wisła faire vibrer des tifos arborant des chiens, mais cette fois, forts et féroces (aux crocs acérés ou bavant ie ayant la rage).

#851 – FC Carthagène : Efesé

Le terme n’a aucune signification et provient d’une moquerie journalistique. Dans les années 1920, la pratique du football se développa bien dans le Sud de l’Espagne et la rivalité entre les différentes équipes se construisit, en particulier entre le Real Murcie, Natación de Alicante, Valence FC et Carthagène FC. Plusieurs quotidiens sportifs relataient leur lutte et l’entretenaient. D’ailleurs, certains n’étaient pas neutres car liés aux clubs. Par exemple, « Murcia Deportiva » était le média « non officiel » du Real Murcie. La salle de rédaction de l’hebdomadaire était située au siège du club, tandis que la plupart des employés du magazine étaient d’anciens joueurs ou entraineurs du Real. Ce journal sportif intégrait, parmi ses pages qui avaient un ton sérieux, une rubrique dénommée En serio y en broma (sérieusement et en plaisantant) qui apportait un regard humoristique, satirique voire cinglant sur les nouvelles sportives. Elle fut le recueil naturel des allusions désobligeantes sur les rivaux du Real Murcia. En 1924, le Carthagène FC était devenu le principal opposant du Real Murcia et donc une cible privilégiée pour la section En serio y en broma. Dans ce contexte, un rédacteur en chef (très probablement Fernando Servet Spottorno) décida d’affubler les rivaux d’un sobriquet, évidemment ironique. Pour Carthagène, le terme Efe-se apparaît pour la première fois, le 18 septembre 1924, dans les pages de ce magazine, suite à une défaite du FC Carthagène face à Natación de Alicante, 6 buts à 2. Ce surnom soulignait de manière péjorative la prononciation par les supporteurs des initiales du club, FC. Leur prononciation était influencée par le seseo, une caractéristique linguistique de certaines régions hispanophones où le « z », le « c » et le « s » se prononcent avec le même son [s]. Le trait d’union de Efe-se permettait de bien distinguer les deux lettres « F » et « C » et montrait donc l’origine du terme.

Dès le 25 Septembre de la même année, le sobriquet fut réutilisé dans le journal et cette fois, sans le trait d’union. Enfin, l’accent apparaît sur la dernière lettre le 6 novembre 1924. Dès lors, les mentions du Carthagène FC dans « Murcia Deportiva » en tant qu’Efesé étaient de plus en plus courantes et s’imposa même dans les autres pages plus sérieuses du magazine. Désormais ancré auprès des rivaux de Murcie, il fallait alors qu’il fusse adopté également par les supporteurs de Carthagène, ce qui arriva le 21 décembre 1926. Deux jours auparavant, Carthagène réussit pour la première fois de son histoire à s’imposer face au Real Murcie lors d’un match officiel. Cette victoire incita un journaliste d’ « El Eco de Cartagena », connu sous le pseudonyme de Penalty, à écrire un article le 21 décembre dans lequel il interpellaient les journalistes de Murcie (dont ceux de Murcia Deportiva) qui avaient prédit un large triomphe des leurs. Dans celui-ci, Penalty reprit le terme péjoratif d’Efesé pour donner plus d’ampleur à la victoire et se venger du quolibet (l’équipe dont vous vous moquez, vous a battu sur votre terrain). En clair, c’était l’arroseur arrosé. Peu de temps après, les fans de Carthagène adoptèrent ce terme comme un surnom affectueux, un cri de guerre.

Le Carthagène FC disparut en 1952. Un autre club de la ville, Unión Deportiva Carthagène, reprit le nom Carthagène FC en 1974, refaisant alors survivre le surnom. Puis, en 1995, le club du FC Carthagène (celui de notre article), naquit et hérita également de ce surnom. Aujourd’hui, le débat existe entre les partisans de la « pureté » qui estiment que ce surnom n’appartient qu’au club historique, tandis que d’autres pensent qu’il est attaché à l’histoire footballistique de la ville et donc appartient à tous les clubs de la ville.

#850 – Queen of the South FC : the Doonhamers

Pour ce club, il faut s’intéresser à son surnom mais aussi à son nom. Car, comme un certain nombre de clubs en Ecosse (Partick Thistle, Queen’s Park, Heart of Midlothian, Inverness Caledonian, Hibernian, Albion Rovers, Clyde, Ross County, Raith Rovers …), l’association ne porte pas le nom de la ville où il réside, Dumfries.

Au début de 1919, une poignée de passionnés de football de Dumfries souhaitèrent restaurer une équipe de football compétitive dans la ville. Pour cela, ils poussèrent pour la fusion de 3 clubs existants (Dumfries FC, 5th Kings Own Scottish Borderers FC et Arrol-Johnston Car Company) qui se réalisa le 26 mars 1919. Le choix du nom pour le club se porta sur l’un des surnoms de Dumfries, Queen of the South (la Reine du Sud). Située dans le comté de Dumfriesshire, à 40 km de la frontière avec l’Angleterre, la cité est méridionale pour l’Ecosse et cela explique le surnom. Il lui fut attribué par un poète local, David Dunbar, qui, en 1857, se présenta au Parlement lors des élections générales. Dans l’un de ses discours, il appela Dumfries, Queen of the South.

Finalement, pour le surnom de l’équipe, un autre sobriquet de la ville s’appliqua, Doonhamers, qui fait aussi le lien avec le nom du club. Quand les personnes originaires de Dumfries s’expatriaient dans le reste de l’Ecosse, ils parlaient de leur ville comme de doon hame. Dans le dialecte écossais, l’expression signifie le foyer d’en bas (down home en anglais). En effet, comme Dumfries se situe au Sud de l’Ecosse, toutes les autres ville où était les expatriés se trouvaient généralement au dessus. Doonhamers dérive directement de ce surnom.

#849 – Torino FC : Toro

Le taureau. A l’exception des années entre 1979 et 1990, le grand rival de la Juventus avait un écusson qui comportait un taureau (malheureusement, la Juve s’est depuis soumise aux sirènes trompeuses du marketing en adoptant un logo, certes moderne, mais totalement fade et irrespectueux de son histoire). Le Torino a également toujours adopté un taureau en position rampante dans son blason. Cette présence du bovin dans les armes des deux clubs de la ville s’explique par l’importance de l’animal dans l’histoire et le symbolisme de la cité de Turin.

Le taureau est apparu dans les armoiries de la cité au Moyen-Age. Le premier exemple de l’utilisation du taureau dans les armoiries remonte à 1360 dans le Codice della Catena, un code qui contenait les statuts de la ville de Turin. Dans ce document, sur deux pages d’enluminures figuraient les saints patrons de la ville et en dessous les insignes d’Amédée VI de Savoie (la croix blanche sur un champ rouge) et celles de la ville (qui se composait d’un taureau rouge passant (ie en train de marcher) dans un champ blanc). En 1433, dans le Libri consiliorum, les cornes du taureau blanchirent pour la première fois. Vers 1455-1460, le taureau passa de la marche à une position debout, dressé sur ses pattes arrières, ie rampante. Enfin, en 1613, les armoiries de la ville prirent leur forme actuel avec un taureau doré rampant, aux cornes blanches, sur un fond bleu. Rampant ou passant, le taureau rendait avant tout les armes de la cité « parlante » (les figures présentes sur le blason symbolisent le nom du possesseur desdites armes).

Comme de nombreuses villes italiennes, le nom de la ville provient de sa dénomination lors de l’époque romaine, Augusta Taurinorum. Camp militaire au départ, il se développa en cité à compter de 28 avant J.-C.. Mais, cette colonie romaine s’était édifiée sur l’ancienne cité d’un peuple nommé les taurins. D’origine Celte ou Ligure, ce peuple demeure assez méconnu, notamment car les sources latines ne sont pas nombreuses. Etabli dans les alpes, il progressa par la suite jusqu’aux rives du Pô. Leur capital était alors Taurasia (qui fut transformé en Augusta Taurinorum puis Turin). Le nom de ce peuple trouve son origine dans le thème indo-européen tauros (taureau) et constituerait une variante du gaulois taruos. Cela signifierait alors « ceux du taureau ». Les auteurs latins auraient ainsi pu les nommer car ce peuple semblait vouer un culte à un dieu thérianthrope à tête de taureau. Mais, cela pourrait faire référence plus tardive au culte de Mithra, une divinité indo-iranienne qui s’installa également dans l’Empire romain aux IIème et IIIème siècles. Dans sa légende, Mithra capture un taureau qu’il tue et dont le sang et le sperme viennent régénérer la terre et de rétablir l’ordre cosmique.