#518 – Polonia Varsovie : Czarne koszule

Les chemises noires. Club historique du football polonais (même s’il évolue aujourd’hui dans les bas-fonds), les joueurs du Polonia porte un maillot intégralement noir. La question du choix de la couleur des vêtements a donné lieu à plusieurs théories. Tout d’abord, entre la création du club en 1911 et 1913, le club évolua avec un maillot rayé noir et blanc. Les raisons de ce mariage de deux couleurs sont inconnues. La fondation du club résultant de l’union de deux clubs scolaires, peut-être que chaque couleur représentait un des lycées. Au début de l’année 1913, le club changea son équipement pour une tenue intégralement noire. Il y a d’abord l’explication patriotique. De la fin de l’épopée napoléonienne (1815) jusqu’à la fin de la Première Guerre Mondiale, la Pologne fut niée comme entité nationale et écartelée entre ces trois grands voisins : la Russie à l’Est, la Prusse à l’Ouest et l’Empire Austro-Hongrois au Sud. Ainsi, la direction du club voulait signifier par ce maillot noir la tristesse du peuple polonais d’être divisée. Cette version peut se trouver conforter par le nom du club. Polonia est le nom latin de la Pologne et en 1911, donner au club un tel nom était un acte de patriotisme et de courage. Malgré cela, il semble que cette version soit fantasmé et que la réalité soit moins romantique. Le responsable des fournitures du club, un certain Mück, ne parvenait pas à dénicher des maillots rayés noirs et blancs et se tourna donc vers le kit le plus simple à trouver, un maillot intégralement noir. Ce choix par défaut présentait aussi un autre avantage : ces vêtements se salissaient peu en jouant sur le terrain boueux où évoluait le club (Agrykola). Le premier match avec ce nouvel équipement fut joué le 23 février 1913 face au Korona. Polonia remporta alors une première victoire face à ce rival (4-0). A compter de 1920, le surnom des chemises noires apparut.

#517 – Kawasaki Frontale : イルカ

Les dauphins. Contrairement à ce que son nom laisse penser, le club n’était pas lié au constructeur de moto mais à l’entreprise d’électronique et de services informatiques, Fujitsu. Comme pour les autres clubs japonais, Kawasaki resta dans le giron de l’entreprise jusqu’à la restructuration des championnats professionnels japonais dans les années 1990. Cette séparation nécessita de construire une nouvelle identité. Le club opta donc pour un nouveau nom « Frontale », de nouvelles couleurs bleu ciel, noir et blanc (qui résulta d’un partenariat avec le club brésilien du Grêmio Porto Alegre) ainsi qu’une nouvelle mascotte, un dauphin. Ce mammifère marin devait exprimer la rapidité et la convivialité de Frontale. Il créait aussi un lien avec la ville de Kawasaki qui est une ville balnéaire, située à l’embouchure du fleuve Tama, sur la baie de Tokyo. Enfin, le dauphin est souvent un symbole d’intelligence. Ce qui donna peut-être l’idée au club de donner une signification supplémentaire à cette mascotte. En effet, le club estime que ce dauphin symbolise la sagesse de donner naissance à une technologie de pointe. Peut-être un rappel de l’entreprise qui donna naissance au club.

#516 – CA Tigre : los Matadores

Les tueurs. Deux origines sont avancées pour expliquer ce surnom. La première fait référence à l’une des plus belles saisons du club en première division en 1955. Le CA Tigre termina à la 6ème place derrière les 4 grands (River, Racing, Boca et Independiente) et Lanús. Lors des matchs retours, le club réussit à marquer 29 buts, meilleur attaque du championnat devant celle d’Independiente. A l’issu des matchs allers, le club n’avait trouvé les filets adverses que 17 fois. L’attaque de feu était alors composé de Tucho Méndez, de Carlos Lacasia et du franco-argentin Héctor de Bourgoing. Cette performance fit écrire au journaliste Osvaldo Ardizzone dans le magazine El Gráfico que la CA Tigre était une équipe de tueurs. D’autres préfèrent associer la naissance de ce surnom avec le changement du design du maillot du club au début des années 1970. En effet, à cette époque, le club opta pour un nouveau maillot aux couleurs historiques rouge et bleu mais avec des rayures verticales. Il ressemblait alors à celui classique du CA San Lorenzo de Almagro. Or, ce dernier avait récemment gagné son surnom los matadores depuis ces épopées de 1968. Le CA Tigre hérita alors du même surnom. Il se serait définitivement installé après la victoire en championnat en 1979 qui offrit l’accession du club en Première Division.

#515 – Panathinaïkos Athènes : οι βάζελοι

La traduction du terme n’est pas aisée mais je me risquerai pour « les vaseux ». Ce surnom est attaché aux supporteurs du Pana et se comprend au regard de celui attribué aux fans du club de l’Olympiakos, les anchois (cf #452). Pour rappel, le Panathinaïkos entretient une rivalité de longue date avec l’Olympiakos, l’affrontement entre les deux équipes étant surnommé le « Derby des éternels ennemis ». En octobre 2014, la BBC nomma ce match comme le derby le plus important d’Europe et en septembre 2019, le Daily Mirror le classa comme le cinquième derby le plus important au monde. Il s’agit des deux équipes leaders en Grèce, tant en termes de titres et de distinctions, qu’en termes de nombre de supporters qui les suivent. Cette rivalité s’exprime dans les différentes sections sportives de ces deux clubs omnisports et ses racines remontent aux années 1920, à l’époque où ils commençaient déjà à dominer tant au niveau local que national. Surtout, cette opposition était symptomatique dans le temps des clivages sociaux et culturels entre les deux régions.

En effet, la rivalité entre ces deux monstres grecs résume la lutte des classes. Les deux clubs furent pourtant fondés par des membres de la bourgeoisie des deux villes (Athènes et le Pirée). Olympiakos comptait parmi ses fondateurs un directeur du bureau de poste, un officier de l’armée, un avocat, un notaire, un courtier en bourse et surtout, les Andrianopoulos, une riche famille de marchands. Les racines du Panathinaïkos se situaient dans le cœur de la capitale, parmi les athlètes issus des classes de la petite bourgeoise. Pourtant, rapidement, leurs bases de supporteurs se distinguèrent. Club de la riche capitale, le Panathinaïkos était identifié aux classes moyennes et supérieures. L’aura de l’Olympiakos trouva écho parmi la nombreuse classe ouvrière du port du Pirée (pauvres pêcheurs et dockers). Ainsi, les victoires de l’Olympiakos étaient vues comme la revanche des classes laborieuses et l’expression de leur mépris pour les classes les plus aisées.

Or, les bourgeois d’Athènes prenaient le temps de faire attention à leur apparence. Seulement le gel n’était pas disponible et les jeunes urbains d’Athènes mettaient alors de la vaseline dans leurs cheveux. Cette vaseline donna le surnom et peut-être aide-t-elle les supporteurs du Pana à mieux accepter le palmarès impressionnant du rival … D’ailleurs, selon la légende, lors d’un match qui se déroula dans la première moitié des années 1960, les fans de l’Olympiakos auraient badigeonnaient le banc des joueurs ou les places des fans du Panathinaïkos avec de la vaseline. Désormais, la différence de classe entre les supporteurs des deux rivaux n’existe plus vraiment puisque les deux clubs ont pris pied dans toutes les classes sociales des habitants de la Grèce.

#514 – Cardiff City FC : the Bluebirds

Les oiseaux bleus. Formé sous le nom de Riverside FC en 1899, le nouveau club de football avait pour objectif d’occuper les joueurs de cricket du Riverside Cricket Club en hiver. Ces derniers portaient un kit de couleurs marron et orange. En 1905, la direction demanda de changer le nom du club en Cardiff City suite à l’octroi du statut de ville à Cardiff. La fédération du Pays de Galles n’accéda pas à la requête car elle estimait que le club évoluait dans des ligues trop mineures pour bénéficier d’un titre aussi prestigieux. Trois ans plus tard, alors que le club participait à la Ligue amateur du sud du Pays de Galles, la fédération céda et Cardiff City naquit. Pour des raisons inconnues, le club changea ses couleurs et opta pour le bleu. La même année, une pièce de théâtre « The Bluebird of Happiness » (L’oiseau bleu du bonheur) de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck fut présentée à Cardiff. Elle connut un grand succès auprès des habitants de Cardiff. Ces derniers firent le lien entre la nouvelle couleur du club avec le titre de cette pièce et affublèrent le club du surnom de bluebirds. En 1959, l’oiseau bleu apparut sur le maillot du club et s’inscrivit dans le blason.

#513 – Drogheda United FC : the Turks

Les turques. Evoluant en bleu et grenat, Drogheda United partage ces couleurs avec de nombreux clubs britanniques (Aston Villa et West Ham principalement). Elles sont également communes avec les turques de Trabzonspor, ce qui conduisit les deux clubs à se déclarer frères en 2010. Au delà des couleurs, l’écusson de Drogheda se compose d’un croissant de lune et d’une étoile, symboles partagés avec le drapeau national turque. Cette inspiration musulmane (croissant et étoile) est directement tirée des armes de la ville de Drogheda. Le lien avec la Turquie dépasse donc le club.

Pour expliquer ce lien, il faut remonter à un épisode qui se déroula lors de la Grande Famine. Entre 1845 et 1852, l’Irlande était sous domination britannique et le mildiou anéantit presque intégralement sa production de pommes de terre, qui constituaient la nourriture de base de ses habitants. La conséquence fut une grande famine qui causa la mort d’un million d’irlandais et l’émigration, notamment vers les Etats-Unis, d’un autre million de personnes. En 1847, à Istanbul, le sultan ottoman Abdulmejid I fut mis au courant de cette crise humanitaire par son dentiste, venu d’Irlande. Le sultan offrit 10 000 £ (environ 1 million d’euros actuel) aux irlandais affamés. Cependant, la reine Victoria avait déjà aidé l’Irlande avec 2 000 £ et elle prît ce don supérieur au sien comme un affront. Le sultan Abdulmejid dut alors réduit son offre à 1 000 £. Cependant, il ne souhaitait pas se limiter à cette aide financière contrainte. Il ordonna ainsi à trois navires de transporter de la nourriture, des médicaments et d’autres produits de première nécessité en Irlande. Comme la marine britannique surveillait les ports de Dublin et Cork et n’autorisait aucun navire étranger à accoster, les bateaux ottomans voyagèrent jusqu’au Nord et livrèrent la marchandise à Drogheda. Depuis lors, la population de Drogheda est éternellement reconnaissante envers cette générosité turque et entretient ce lien avec le pays.

A noter toutefois que ce n’est pas cette épisode qui mena la cité irlandaise et son club de football à adopter les symboles du croissant et de l’étoile. En réalité, des preuves remontant à 1210 démontrent que les armes de la ville arboraient déjà ces éléments. En effet, lorsque le Roi Jean Sans Terre accorda à la ville sa charte (ie reconnaissant ainsi à Drogheda son statut de cité), Drogheda reprît le croissant et la lune, symbolisant l’épopée du Roi lors des croisades. C’est la même raison qui fait que la ville anglaise de Portsmouth porte un croissant et une étoile dans ses armes (à la nuance que c’est en l’honneur du Roi Richard I dit Cœur de Lion). Faire référence aux croisades, c’est un lien aussi avec les ottomans.

#512 – Hamilton Academical FC : the Accies

Même si cela n’apparaît pas à la première lecture, Accies est le diminutif de Academical. A la fin des années 1860, le football commença à s’installer dans la ville écossaise et plusieurs clubs s’établirent (Hamilton Thistle Cricket and Football Club, Hamilton Gymnasium, Hamilton FC). A la fin de l’année 1874, le recteur de l’école dénommée Hamilton Academy, James Blacklock, et certains des élèves créèrent un nouveau club de football et de cricket, Hamilton Academical Cricket and Football Club. La Hamilton Academy était un établissement privé, fondé en 1588 par le 1er marquis de Hamilton et décrite comme l’une des meilleures écoles en Ecosse. Même si le nouveau club n’était pas rattaché officiellement à l’école, sa filiation était naturelle par le statut de ses fondateurs. Par ce lien, on aurait pu s’attendre à ce que le club adopta le bleu et le vert, couleurs de l’école, mais le bleu était porté par l’autre club de Hamilton FC. Comme le premier match de l’équipe était justement contre Hamilton FC, il semble que le nouveau club choisit le rouge et le blanc à la place. Ces couleurs ne les quittèrent jamais. Si les couleurs ne traduisaient pas les origines du club, en revanche, le nom original d’Academical établissait cet héritage. Mais pour une raison inconnue, la presse rajouta un « s » à la fin d’Academical. Le premier surnom fut alors Acas. Après la Seconde Guerre Mondiale, le surnom changea pour devenir Accies. En 1965, au moment de sa promotion en première division, le club supprima officiellement le « s » de son nom pour revenir à celui d’origine.

#511 – Charlton Athletic FC : the Addicks

Le mot n’a pas de signification et il y a un certain nombre de rumeurs et de suggestions sur la façon dont ce surnom est né. Il y a tout d’abord la version officielle qui est aussi la plus connue. Dans les premières années du club, au début du XXème siècle, Arthur Bryan tenait une poissonnerie dans la rue East Street où le club avait été fondé. Il devint un des premiers sponsors de la jeune association en fournissant des repas aux joueurs de Charlton et à ceux de l’équipe adverse. Ces collations étaient composées de haddock et de chips (le fameux fish and chips). Avec la prononciation du sud de Londres, le haddock était devenu addick. La légende rajoute que Arthur Bryan détenait une échoppe-restaurant dans le stade du club, The Valley, en 1919, et, entretenait sa réputation en se promenant dans les travées avec un bâton sur lequel était cloué un haddock. Ce lien avec l’aiglefin paraît probable car dans le journal « Kentish Independent » paraissait des dessins humoristique sur l’équipe. Le tout premier dessin du 31 octobre 1908 dénomma l’équipe les haddocks. En 1910, le surnom changea pour les termes Addicks et Haddick.

Malgré tout, d’autres histoires sont parfois évoqués pour éclairer ce surnom. L’explication la plus simple est que « Addick » est juste dérivé du nom du club, « Athletic » , semblable aux surnoms des clubs de Oldham et Wigan appelés les « Latics » comme diminutif d’ « Athletic » .

Il a également été suggéré que « Addick » proviendrait de la devise de la famille Spencer Percival, Addique, qui signifie « Prêt » en vieux français normand. Cette famille, qui détenait le titre de Comte d’Egmont, possédait un manoir à Charlton, le Charlton House.

Enfin, dernière histoire mais qui semble relever certainement plus d’une image sublimée par les supporteurs. En effet, les fans du club seraient tellement passionnés qu’ils suivaient le club n’importe où et par n’importe quel temps. En anglais, ils aurait été qualifiés de addicts (addict, fanatique).

Quelque soit la version exacte, le terme fut beaucoup utilisé les premières années. Puis, d’autres surnoms prirent le dessus, rendant Addick désuet. Finalement, dans les années 1980, à la demande du public, ce surnom fut rétabli et les autres alternatifs ne furent plus utilisés.

#510 – Club Always Ready : CAR

Evidemment, il s’agit des initiales du club. Le dernier club champion de Bolivie ne possède pas un surnom très original. En revanche, son nom n’a pas d’équivalence dans le monde footballistique et se rapproche légèrement de la dénomination des franchises de sports américaines. D’où vient-il ? En 1933, un groupe d’adolescents, provenant du quartier de Miraflores ainsi que celui voisin du Prado, la plupart étudiant au Colegio La Salle, se décidèrent à créer un nouveau club de football dans la capitale bolivienne. Les garçons hésitèrent avec plusieurs noms : Los Locos del Parque, Petit Club, Los Demonios del Prado, L’Aiglon, White Star, Blue Star. Aucun des noms ne convint. Finalement, l’un des fondateurs proposa Always Ready (toujours prêt). La discussion était close et le 13 avril 1933, le Club Always Ready fut fondé.

Ce nom pourrait s’inspirer du slogan des scouts. Pourtant, même si ce dernier inspire le mouvement scout depuis ses origines, la devise en anglais est « Be prepared » (BP comme les initiales du fondateur Baden Powell). Mais, en espagnol, elle se traduit souvent en Siempre Liste (plus proche de toujours prêt). Le motto des scouts signifie que le jeune est toujours en état d’agir, dans son corps et dans son esprit, pour faire son devoir. Il est donc possible que ceci est inspiré les fondateurs du club. Le nom fut par ailleurs choisi dans la langue de Shakespeare car, comme dans beaucoup d’autres pays, les jeunes footballeurs étaient influencés par la patrie où était né le football et qui l’exporta à travers le monde. D’ailleurs, un des autres grands clubs boliviens avaient également opté pour un nom anglais à sa fondation en 1908, the Strongest, et il dominait déjà le football bolivien dans les années 1930 (ayant remporté 8 titres de champion de La Paz, le plus important et réputé tournoi régional).

#509 – CD Tolima : los Pijaos

Les Pijaos sont un peuple amérindien, localisé principalement aujourd’hui dans le département colombien du Tolima. Selon le recensement de 2005, le peuple pijao se résume à 58 810 personnes. A l’époque précolombienne, les Pijaos étaient agriculteurs et également des experts en métallurgie, fabriquant des articles en or. Leurs oeuvres étaient reconnus par les autres peuples des régions andines. Les Pijoas n’avaient pas de hiérarchie stricte et ne créèrent pas d’empire. Pour autant, au XVIIème siècle, ils réussirent à s’opposer farouchement à la colonisation espagnole. Selon certaines chroniques, ils auraient cannibalisé jusqu’à 100 000 espagnols en 50 ans environ. Ils furent finalement anéantis sans se rendre. Un véritable génocide fut réalisé, avec conversion forcée au catholicisme et métissage des femmes asservies. Leurs réserves furent par la suite dissoutes au cours du XIXème siècle. Mais, emmené par Manuel Quintin Lame, le peuple Pijao commença la récupération de leur territoire dans les années 1910. D’abord réprimé, ce mouvement obtint gain de cause à la fin des années 1930. Malheureusement, la violence contre les peuples autochtones s’accentua à partir de 1945, aboutissant à la dépossession de la quasi-totalité de leurs terres, à la désintégration sociale et culturelle et à des migrations massives. Résultat, leur culture s’éteint petit à petit, leur langue ayant par exemple disparue dans les années 1950.