#1466 – Cowdenbeath FC : the Miners

Les mineurs. Le football écossais regorge de clubs historiques aux identités profondément forgées par l’industrie locale. Parmi eux, le Cowdenbeath Football Club, institution fondée en 1881, qui est parfois affectueusement surnommé The Blue Brazil (cf. #1085), son surnom le plus authentique et historique est The Miners. Cette appellation n’a rien d’une métaphore sportive ; elle est le reflet direct de l’histoire économique et sociale de la ville de Cowdenbeath et de l’ensemble du riche bassin houiller du Fife.

Avant la fin du XIXème siècle, la petite bourgade de Cowdenbeath et ses environs vivaient principalement de l’agriculture et de l’extraction de minerai de fer. Cependant, en creusant pour exploiter ce fer, les ouvriers mirent au jour de vastes veines de charbon peu profondes. Ces réserves de charbon appartenaient à un vaste bassin houiller, qui s’étendait à travers la partie sud de la région du Fife et constituait l’un des principaux bassins d’Écosse. La découverte de cet « or noir » bouleversa radicalement le destin de la région de Cowdenbeath. L’industrie charbonnière provoqua une explosion démographique spectaculaire. Entre 1890 et 1900, la population de la ville doubla, passant de 4 000 à 8 000 habitants (à comparer avec les 120 habitants de 1820). Avant 1850, il existait plusieurs mines autour de Cowdenbeath mais l’exploitation industrielle débuta vraiment avec l’arrivée de la Oakley Iron Company vers 1850, bénéficiant de l’ouverture de la ligne de chemin de fer Dunfermline–Thornton, via Cowdenbeath, en 1848. La Forth Iron Company racheta l’Oakley Iron Company vers 1860, puis fusionna avec la Cowdenbeath Coal Company en 1872. Enfin, en 1896, la Fife Coal Company acquit la majorité des puits autour de Cowdenbeath (qui en comptait 9), devenant par la suite la plus grande entreprise d’extraction de charbon de toute la Grande-Bretagne et le troisième plus grand employeur de l’industrie du charbon de tout le Royaume-Uni (avec près de 14 000 employés à l’aube de la Première Guerre mondiale). L’importance de Cowdenbeath pour l’industrie charbonnière était telle au tournant du XXème siècle que plusieurs institutions essentielles au secteur y furent implantées. En 1895, la ville accueillit la création de l’École des mines de Fife puis l’Association des mineurs de Fife et Kinross ouvrit ses portes le 8 octobre 1910. Les mines fermèrent dans les années 1960 à Cowdenbeath.

À la fin du XIXème siècle, les conditions de travail au fond des mines étaient extrêmement rude et dangereuses. Le football s’imposa rapidement dans ces communautés ouvrières comme un exutoire vital et peu onéreux. Cette pratique fut grandement favorisée par l’instauration de la demi-journée de repos le samedi, permettant aux hommes d’avoir le temps libre nécessaire pour jouer et assister aux matchs tout comme la journée de 8 heures que les mineurs du Fife obtinrent le 5 juin 1870. Dès sa fondation, l’histoire du club de Cowdenbeath se confondit avec la vie économique de la ville. Ses dirigeants, ses fondateurs et la quasi-totalité de ses premiers joueurs gagnaient leur vie en travaillant sous terre. L’ancrage minier du club se matérialisait également dans son environnement physique. Depuis 1917, le Cowdenbeath FC évolue dans son stade historique de Central Park. Pendant des décennies, cette enceinte sportive était directement encerclée par les voies ferrées qui transportaient le charbon extrait des multiples puits environnants. Symbole ultime de cette proximité, l’un des puits majeurs de la ville, le puits numéro 7 (Cowdenbeath No. 7 Pit), se dressait juste à côté du stade.

#1465 – Utsiktens BK : Kiken

Terme d’argot de Göteborg signifiant « point de vue ». En 1935, dans le quartier ouvrier de Masthugget à Göteborg, encouragé par un docker qui les avait regardé jouer, un groupe de jeunes passionnés décida de structurer leur équipe de football au sein d’un club. Au moment de choisir un nom officiel, les fondateurs cherchèrent une identité profondément ancrée dans leur environnement immédiat. Les jeunes, comme les anciens du quartier, se souvenaient qu’une ferme, dénommée Fjärås, se situait à Masthugget. Ils se nommèrent alors les « Fjäråskamraterna » (les camarades de Fjärås). Mais, rapidement, ce nom engendra des erreurs car cela laissait supposer qu’il s’agissait du club de la bourgade de Fjärås, dans le Halland, à 50 km au Sud de leur quartier de Masthugget.

Les fondateurs repartirent à la recherche d’un nouveau nom et trouvèrent une fois de plus leur inspiration dans leur environnement proche. Le quartier de Masthugget est directement bordé par le Slottsskogen, un vaste parc historique qui, depuis plus d’un siècle, constitue le principal lieu de détente, de promenade et de rassemblement des habitants de la Göteborg. Bien en vue depuis Masthugget, un monument dominant le parc de Slottsskogen se dresse dans le ciel, l’Utsiktstornet, qui se traduit littéralement par « la tour d’observation ». L’équipe fut alors officiellement baptisée Utsiktens Bollklubb et la silhouette caractéristique de cet édifice est logiquement intégrée au blason du club.

L’Utsiktstornet est bien plus qu’un simple point de vue touristique. Achevée en 1899, cette imposante structure a d’abord été conçue comme un château d’eau et abritait un immense réservoir de 780 000 litres destiné à alimenter Göteborg en eau potable. Il fut érigé sur le point culminant de la partie nord du parc, un sommet judicieusement nommé Stora Utsigten (La Grande Vue), situé à 80 mètres au-dessus du niveau de la mer. Si la tour ne remplit plus sa fonction hydraulique primaire aujourd’hui, elle demeure un repère architectural majeur et un blickfång (point de mire) incontournable du paysage urbain local.

Le surnom de Kiken dérive donc du nom du club et est le fruit d’une évolution linguistique intimement liée à ce monument. Dans le langage populaire de Göteborg, la tour d’observation a très tôt été rebaptisée Kikar’n (la longue-vue ou les jumelles), en référence directe à sa position panoramique permettant d’observer la région. Le surnom Kiken est ainsi né de la contraction du nom Utsikten sous l’influence directe du sobriquet populaire de la tour (Kikar’n).

#1464 – CA Atenas : los Atenienses

Les athéniens. Dérivé du nom du club, son surnom comme le nom du Club Atlético Atenas laisserait penser qu’il est un bastion hellénique en l’Uruguay. Mais, si l’immigration européenne constitue le cœur de la population uruguayenne, il n’y a pas eu de vague venant de Grèce. En réalité, basé dans la ville de San Carlos, au cœur du département de Maldonado, ce club arbore un nom dont l’origine est une vibrante déclaration d’amour à l’histoire du sport mondial.

Le CA Atenas vit officiellement le jour le 1er mai 1928. Les années 1920 revêtent une importance particulière dans la culture sportive de l’Uruguay. En effet, en 1924, lors des Jeux Olympiques de Paris, l’équipe nationale uruguayenne de football éblouit le monde en remportant la médaille d’or, révélant la supériorité technique et tactique du football sud-américain aux yeux de l’Europe. Et cette victoire ne fut pas sans lendemain, puisqu’au printemps 1928, l’Uruguay tout entier vibrait à nouveau au rythme de l’olympisme et à la nouvelle médaille d’or remporté à Amsterdam (face à l’Argentine). Et à cette époque, en l’absence d’une véritable Coupe du Monde, la victoire dans le tournoi de football des JO représentait un titre mondial non-officiel. Ce fut donc dans cette atmosphère d’euphorie nationale et de passion absolue pour le mouvement olympique que les fondateurs du club de San Carlos se réunirent pour définir l’identité de leur nouvelle institution.

Les fondateurs du club jouaient dans le club d’Excelsior, et suite à une mise à l’écart, ils eurent l’envi de créer leur propre institution. Or, déjà leur précédent club n’avait pas adopté un nom purement local, lié à un quartier de la ville comme c’était usuellement le cas en Amérique du Sud. Le jeune fondateur et gardien du club, Oriol Díaz, proprosa le nom d’ « Atenas » (Athènes en espagnol) afin de s’inscrire dans l’universalisme sportif et honorer la première capitale olympique de l’histoire. Située dans la patrie originelle des JO de l’Antiquité, Athènes était surtout la ville hôte des premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne en 1896. En baptisant leur club ainsi, les fondateurs de San Carlos souhaitèrent certainement infuser à leur équipe les valeurs de dépassement de soi, de fraternité et de noblesse athlétique inhérentes à l’esprit olympique de cette époque dorée.

#1463 – NK Aluminij : Šumari 

Les forestiers ou les hommes des bois. Si de nombreux clubs européens tirent leurs surnoms de la couleur de leur maillot ou d’un animal mythologique, d’autres sont viscéralement attachés à leur environnement topographique. C’est le cas du Nogometni klub Aluminij, un club slovène basé dans la ville de Kidričevo et fondé en 1946. Si son nom aluminij (aluminium) renvoie de manière évidente à l’industrie métallurgique de la région, ses joueurs et ses supporters sont connus dans tout le pays sous le surnom de « Šumari ». Pour comprendre cette appellation singulière, il convient de se pencher à la fois sur la linguistique régionale et sur la géographie atypique de cette partie de la Slovénie.

En slovène standard, le terme désignant la forêt est gozd. Cependant, la Slovénie possède une très riche variété de dialectes. Dans la région de Basse-Styrie (Štajerska), située au nord-est du pays, où se situe la ville de Kidričevo, la proximité et les influences historiques avec le serbo-croate ont intégré le mot šuma (forêt) dans le langage courant. Le terme Šumari désigne donc littéralement « les hommes des bois » ou « les forestiers ». Il s’agit d’une revendication lexicale forte qui ancre le club dans son identité purement locale.

L’origine de ce surnom est avant tout d’ordre géographique. La ville de Kidričevo, située dans la plaine du Dravsko polje, n’est pas une cité médiévale ancienne. Elle s’est développée de manière fulgurante au milieu du XXème siècle pour loger les ouvriers d’un complexe industriel titanesque dédié à la production d’aluminium (l’usine Talum, qui a donné son nom au club de football et qui est également le sponsor du club). La particularité de ce projet industriel réside dans son emplacement : l’usine et la ville ouvrière ont été littéralement construites au beau milieu d’une vaste et très dense forêt de pins. Cet héritage naturel est toujours omniprésent aujourd’hui et se manifeste physiquement sur le terrain. L’enceinte historique du club, le Športni park Aluminij, est directement bordée par cette fameuse pinède. Pour les équipes adverses qui font le déplacement à Kidričevo, venir affronter le NK Aluminij offre littéralement la sensation de s’enfoncer dans les bois.

#1462 – Real Jaén : Lagarto

Le lézard. Ce surnom n’est pas l’apanage du club de football de la cité andalouse. En fait, pour comprendre l’origine de cette appellation singulière, il convient de s’éloigner des pelouses pour plonger dans le riche folklore de la ville de Jaén et en particulier dans l’un des mythes les plus célèbres de la région : la légende du Lagarto de la Magdalena (le lézard de Madeleine).

Selon la tradition orale, qui remonte à plusieurs siècles et dont la première mention écrite apparaît en 1628, un reptile gigantesque avait élu domicile dans une grotte près de la source de la Magdalena, au cœur de Jaén. Ce reptile serait un lézard dans la version la plus connue mais parfois il s’agit d’un dragon ou d’un grand serpent. Ce monstre terrorisait les habitants et dévorait les troupeaux et quiconque venait puiser de l’eau à la source. Evidemment, la légende va narrer le combat et la mort de ce lézard mais le folklore local propose plusieurs versions. Dans la première, un prisonnier, condamné à mort, proposa de tuer le lézard en échange de sa grâce. Ainsi, il aurait offert au monstre des pains fourrés de poudre à canon. Le lézard, après les avoir engloutis, aurait explosé. Dans une autre version, un berger, fatigué de perdre ses moutons, aurait utilisé une ruse similaire en piégeant la bête avec une carcasse de mouton remplie d’explosifs. Enfin, la dernière histoire met en avant un chevalier qui aurait revêtu une armure recouverte de miroirs, éblouissant le monstre avec le reflet du soleil avant de lui asséner le coup de grâce.

Aujourd’hui, ce mythe est profondément ancré dans la culture et l’identité de la ville. Tout d’abord, il a donné naissance à une expression populaire espagnole « Así revientes como el lagarto de Jaén » (Puisse-tu exploser comme le lézard de Jaén), utilisée pour mettre en garde contre la gourmandise. Il s’inscrit également dans son architecture. Dans le quartier de Magdalena, une statue du lézard orne la fontaine près de l’endroit où il aurait vécu, œuvre de Damián Rodríguez Callejón. Chaque année, le 2 juillet, la ville célèbre el Día Oficial del Lagarto de la Magdalena (Journée officielle du Lézard de Magdalena). Cette journée commémore la reconnaissance de la légende locale comme l’un des trésors du patrimoine culturel immatériel de l’Espagne, déclarée le 2 juillet 2009. Outre la programmation culturelle, on y déguste une boisson dénommée sangre del lagarto (sang du lézard), préparée en faisant chauffer du vin rouge avec des clous de girofle, de la cannelle, du sucre, des zestes de citron ou d’orange et de l’anis. Il existe également un célèbre festival de rock, Lagarto Festival. Certains affirment même que la forme même de la ville, enroulée autour de la colline de Santa Catalina, évoque un lézard. Symbole non officiel de la ville, le lézard a également déteint sur le Real Jaén, devenant sa mascotte et son surnom.