#128 – Celtic Glasgow : Bhoys

Les garçons. Le h, rajouté au mot anglais boys, vise à imiter le système orthographique gaélique, qui voit souvent la lettre « h » suivre un « b ». Cette lettre supplémentaire pouvait aussi représenter phonétiquement la prononciation irlandaise du mot, avec une inflexion douce du « h » . En effet, le Celtic est le club des immigrants irlandais de Glasgow. Il fut fondé par le frère mariste irlandais Walfrid le 6 novembre 1887 dans le but d’améliorer les conditions dans l’East End de Glasgow, un quartier principalement habité par la population catholique irlandaise. En organisant les matchs du club, le frère Walfrid voulait collecter des fonds pour son association caritative, la Poor Children’s Dinner Table. Il s’agit du surnom le plus couramment utilisé et qui remonte à la fin du XIXème siècle. On retrouve ainsi une carte postale du début du XXème siècle qui représente le Celtic de l’époque avec la mention The Bould Bhoys.

Toutefois, ce surnom n’a pas été inventé pour l’équipe du Celtic. Il serait apparu aux Etats-Unis au milieu du XIXème siècle. Ce mot d’argot était couramment utilisé pour décrire les jeunes hommes de la classe ouvrière et pauvres (voire parfois un peu trop agités) du Lower Manhattan à New York et originaire d’Irlande. En effet, les Etats-Unis connurent une forte immigration irlandaise au XIXème suite à une série de mauvaises récoltes de pomme de terre en Irlande qui tua un million d’irlandais entre 1845 et 1852 et fit fuir un autre million vers les Etats-Unis et le Royaume-Uni. De 1845 à 1855, la population irlandaise de New York passa de 70 000 à 175 735 personnes, ce qui représentait un tiers des habitants de Big Apple. Pauvres, peu instruits, ces immigrants irlandais se concentrèrent à Manhattan, au Sud de Canal Street. En 1848, la caricature du bhoy accompagné de sa ghal (girl) s’immortalisa dans la culture américaine via la pièce de théâtre « A Glance at New York » de Benjamin A. Baker.

Ce terme d’argot traversa ensuite l’Atlantique et investit l’Ecosse, autre terre de forte immigration irlandaise suite à la grande famine. Dès 1851, les recensements indiquaient que les personnes nées en Irlande formaient jusqu’à un tiers de la population de grandes villes comme Glasgow ou Édimbourg. Il s’agissait d’une minorité importante et principalement catholique, en terre calviniste écossaise, ce qui ne favorisa pas leur intégration. Ainsi, plusieurs associations culturelles ou sportives naquirent dans et pour cette population. Dans le football, les clubs comme Hibernian d’Édimbourg, Celtic Glasgow, Dundee Harp, Dundee Hibernian ou Carfin Shamrocks regroupaient la communauté irlandaise de leur ville ou quartier. Ainsi, au XIXème siècle, pour rappeler l’attache de ces clubs avec leur racine irlandaise, leur équipe était communément surnommé bhoys. Finalement, il demeura uniquement pour le plus prestigieux d’entre-eux.

Ce surnom fut particulièrement repris lors de l’épopée européenne de l’équipe en Coupe de l’UEFA 2002-2003. Eliminé de la Ligue des Champions par le club suisse de Bâle, le Celtic accéda à la Coupe de l’UEFA en lot de consolation et parvint en finale après un superbe parcours où il élimina de grands noms européens dont dans l’ordre les Blackburn Rovers, le Celta Vigo, le VfB Stuttgart, Liverpool et le Boavista. Elle était alors la première équipe écossaise à atteindre une finale européenne depuis 16 ans et mettait fin à 23 ans de parcours européens se terminant avant Noël pour le Celtic. En finale à Séville, près de 80 000 supporteurs du Celtic se déplacèrent mais assistèrent malheureusement à la défaite face au FC Porto de José Mourinho. Ce surnom est un jeu de mots tiré du livre et du film « The Boys from Brazil » de l’écrivain américain Ira Levin.

#100 – Dunfermline Athletic FC : Pars

Intraduisible et à l’origine floue. En tout cas, les théories ne manquent pas. Tout d’abord, le club arbore un maillot à rayures verticales blanches et noires. Ces rayures sont évidemment parallèles et « Pars » en serait le diminutif.

Mais Pars pourrait être aussi le diminutif de Paralytics (Paralytiques). Ce qualificatif utilisé de façon moqueuse trouve aussi ses racines dans deux versions différentes. La première fait mention du style de jeu déployé par l’équipe qui n’aurait pas été flamboyant. Et donc pour se moquer, les joueurs étaient supposés être paralysés pour justifier de joueur aussi mal. La seconde est plus amusante puisque les joueurs gagnèrent leur réputation non pas sur le terrain mais plutôt au bar. Après des 3ème mi-temps bien arrosé, leur état en fin de soirée ne leur permettait pas d’être bien fringuant. Au point qu’ils n’arrivaient plus à rentrer par leur propre moyen, comme s’ils étaient paralysés.

Pour en revenir au surnom Pars, une autre légende indique que les anglais qui vinrent travailler dans les usines d’armement de Rosyth (proche de Dunfermline) créèrent une association de supporteurs de leur ancien club (Plymouth Argyle) dont les banderoles autour du stade affichaient PAR (Plymouth Argyle Rosyth Supporters Club).

Pars pourrait également venir du nom gaélique de Dunfermline, Dùn Phàrlain. Son étymologie pourrait se rapporter à des fortifications, situées près de la ville. Le premier élément « dùn » traduit du gaélique ferait référence à une colline fortifiée et pourrait correspondre au site surélevée de la tour de Malcolm Canmore à Pittencrieff Park. Pour le reste du nom, cela reste plus mystérieux. Le terme « ferm » pourrait avoir été un nom alternatif pour la Tour Burn, une fortification qui doublait une autre, les deux située de part et d’autre d’une rivière selon un document médiéval publié en 1455.

Enfin, comme il manquait de version, le mot Pars serait dérivé de Parr, qui est un saumon juvénile avec des marques noires sur les écailles, qui rappellent le maillot rayé noir du club. N’oublions pas que le saumon pullule en Écosse (malheureusement souvent en ferme aujourd’hui), les eaux froides des lochs des Highlands et des îles d’Écosse offrant des conditions idéales à la croissance de ce poisson.

Avec toutes ses histoires, je vous laisse choisir votre part.

#71 – Glasgow Rangers : Teddy Bears

Les tendres ours. Comme pour le surnom d’Hibernian (Cabbage – Article #49), il s’agit d’un jeu de mot en argot écossais (rhyming slang). La prononciation de Rangers avec l’accent écossais accentue la dernière syllabe et celle-ci rime avec Bears. Le jeu de mot consiste à remplacer un mot par une phrase, sans rapport avec le mot mais ayant la même sonorité que le mot. Puis, la phrase est réduite à son premier terme pour signifier le mot initial. Par exemple, si vous dîtes « I’m going up the apples » (je monte les pommes), cela signifie « I’m going up the stairs » (je monte les escaliers). En effet, stairs (escalier) rime avec apples and pears (pommes et poires) et, au final, dans le jargon, apples remplace stairs. Dans celui des Rangers, le jeu de mot est plus simple puisqu’il ne joue que sur la sonorité.

Pourquoi le club s’appelle-t-il Rangers ? Galvanisés après avoir vu une équipe locale de Glasgow, Queen’s Park, jouer une nouvelle forme de football, cinq jeunes sportifs enthousiastes (pratiquant essentiellement l’aviron) fondèrent les Rangers en mars 1872 : les frères Moses et Peter McNeil, et les amis Peter Campbell, David Hill et William McBeath. Moses McNeil, qui est considéré comme la force motrice dans la formation du club, aurait vu le nom de « Rangers » dans un magazine intitulé « English Football Annual » rédigé par Charles Alcock (membre fondateur et plus tard secrétaire de la Football Association, et également créateur de la FA Cup). Dans ce livre, publié chaque année depuis 1868, Moses McNeil découvrit une équipe de rugby anglaise dénommée les Swindon Rangers qui jouaient en chaussette blanche, short blanc et maillot blanc avec une étoile bleue sur la poitrine. Le nom aurait tellement plu à Moses qui l’aurait proposé et fait adopté au reste de la troupe. Les fondateurs des Rangers copièrent non seulement le nom des rugbymen de Swindon, mais également leur kit. Selon certain, Moses avait aimé ce nom car Rangers rimait avec strangers (étrangers), ce qui symbolisait le rassemblement sous la houlette du club d’hommes différents (mais tout de même protestants) provenant de toute la ville.

#49 – Hibernian FC : the Cabbage

Le club a été fondé en 1875 par des membres de la communauté irlandaise d’Édimbourg et sont nom provient du mot romain pour l’Irlande, Hibernia. Ses couleurs vertes et la harpe dans son blason sont d’autres symboles de l’attachement irlandais du club. Son surnom devait également y faire référence. The cabbage, qui signifie chou, est la référence au plat irlandais the cabbage and ribs (chou et côtes). Mais, surtout il s’agit d’un jeu de mot en argot d’ouvriers londonien (rhyming slang) car cabbage and ribs rime avec hibs, diminutif de Hibernian.

Ce style de parler consiste à remplacer un mot par une phrase, sans rapport avec le mot mais ayant la même sonorité que le mot. Puis, la phrase est réduite à son premier terme pour signifier le mot initial. Par exemple, si vous dîtes « I’m going up the apples » (je monte les pommes), cela signifie « I’m going up the stairs » (je monte les escaliers). En effet, stairs (escalier) rime avec apples and pears (pommes et poires) et, au final, dans le jargon, apples remplace stairs. Ce style de parler se développa dans tous les milieux ouvriers britanniques et de nombreuses phrases typiques du rhyming slang rentrèrent dans le langage courant.

#32 – Aberdeen FC : the Dons

Plusieurs histoires justifient ce surnom, sans savoir laquelle est vraiment à l’origine de ce surnom. En tout cas, il est utilisé depuis au moins 1913. Don signifie professeur, enseignant d’université. Il se pourrait que des professeurs fassent partie des fondateurs d’un des clubs prédécesseurs d’Aberdeen FC. En effet, selon certaines sources, Aberdeen FC fut formé en octobre 1881, à l’initiative de trois enseignants de l’école Woodside.

Plus probablement, ce surnom fait référence au fait qu’Aberdeen accueille 2 universités (University of Aberdeen, and Robert Gordon University) et la ville constitue depuis plusieurs siècle un important centre d’éducation. En 2007, 11% de la population, soit plus de 16 000 personnes, était des étudiants tandis que la moyenne nationale s’établissait à 7%. L’University of Aberdeen trouve ses origines dans le King’s College fondé en 1495 par William Elphinstone (1431–1514), évêque d’Aberdeen et chancelier d’Écosse. D’autres collèges furent par la suite créés et en 186o, par ordre du Parlement, ces différentes institutions furent fusionnées pour donner naissance à l’organisation actuelle. Régulièrement classé parmi les 200 meilleures universités du monde et parmi les 20 meilleures universités du Royaume-Uni, elle constitue la cinquième plus ancienne du monde anglophone et offre des diplômes dans de nombreuses disciplines. Son campus principal se trouve à Old Aberdeen, au nord de la ville, et compte actuellement environ 14 000 étudiants. La Robert Gordon University date de 1750 et s’est vue doté du statut d’université en 1992. Aberdeen abrite également deux écoles artistiques dont la Gray’s School of Art, fondée en 1886, qui est l’une des plus anciennes écoles d’art établies au Royaume-Uni. D’autres institutions d’enseignement supérieur complète ce panel telles que le Marine Laboratory Aberdeen, spécialisé dans la pêche, le Macaulay Land Use Research Institute (sciences du sol) et le Rowett Research Institute (nutrition animale).

Don est également le nom d’une rivière qui passe au Nord du Pittodrie Stadium, le stade de l’équipe depuis sa création et se jette dans la Mer du Nord à Aberdeen. Toutefois, cette rivière n’est pas limitrophe du stade.

Enfin, ce pourrait aussi être la contraction du gentilé d’Aberdeen, Aberdonians. Et là, on retrouve un lien avec la rivière précédemment cité. En effet, les premières colonies de population écossaise se concentrèrent dans la zone connue aujourd’hui sous le nom d’Old Aberdeen, qui se situe au nord du Pittodrie Stadium. Or, cette zone à l’origine s’appelait Aberdon, qui signifie « à l’embouchure du Don », car elle est située à l’embouchure de la rivière Don. Néanmoins, Aberdeen pourrait ne pas venir d’Aberdon. En effet, si le préfixe aber viendrait du celte et signifie « confluence des eaux », « l’embouchure d’une rivière », le suffixe deen parait plus complexe à identifier. En effet, il pourrait faire référence au nom de la ville en latin et grec, Denova. Si ce terme se rapporte bien à une rivière, ce pourrait être aussi bien le Don que le Dee, qui coule au Sud de la ville.

#18 – Motherwell FC : Steelmen

Les hommes d’acier, beau surnom qui pourrait comparer les joueurs de Motherwell à Superman. En réalité, Motherwell était connue pour être la capitale sidérurgique de l’Écosse et était parfois dénommé Steelopolis. L’écusson du club représente d’ailleurs des usines avec de longues cheminées fumées.

Avant le XIXème siècle, Motherwell était un groupe de petits hameaux dédiés à la fabrication artisanale de textile. Toutefois, ses riches ressources naturelles en charbon et en minerai de fer et l’arrivée du chemin de fer dans les années 1830 contribuèrent à l’installation de l’industrie sidérurgique dans l’élan de la révolution industrielle. La première usine sidérurgique de Motherwell se situait à Milton, au Nord. En 1872, la société Dalzell Steel and Iron Works de David Colville débuta sa production d’acier, bientôt suivie par les usines de la Lanarkshire Steel Company à Flemington, à proximité. Au tournant du XXème siècle, plus de 62 % de la main-d’œuvre de Motherwell était employée dans l’industrie sidérurgique (fer et acier) et ses cousines (services ferroviaires et industrie du charbon) et la Dalzell Steel and Iron Works était de loin le premier employeur de la ville. Au cours de la Première Guerre mondiale, la Dalzell Steel and Iron Works était devenue la plus grande aciérie d’Écosse, fournissant des tôles à l’industrie florissante de la construction navale sur la rivière Clyde. Le paysage de la ville était particulièrement marqué par le château d’eau et les trois tours de refroidissement de l’aciérie Ravenscraig. L’usine de Ravenscraig fut construite en 1954 et exploitée par Colvilles, puis à partir de 1967 par la British Steel Corporation. Elle possédait l’une des plus longues installations de production de coulée continue, de laminage à chaud et d’acier au monde. Elle était devenu la plus grande productrice de coil d’Europe occidentale. En 1992, l’usine ferma et marqua ainsi la fin de la production d’acier à grande échelle en Écosse. En 2015, l’usine Dalzell Steel and Iron Works, qui n’employait plus que 225 personnes et était détenu par le conglomérat indien Tata, arrêta également sa production.