#94 – CS Marítimo Funchal : Verde-rubros

Les verts et rouges. Le club fut créé par opposition à une autre formation locale, Club Sports Madeira. Le CS Madeira était le club des élites locales, tandis que le CS Marítimo puisait ses origines dans les couches modestes de l’île. Le CS Madeira évoluait en bleu et blanc, les couleurs de la Monarchie. Le CS Marítimo souhaita prendre des couleurs opposés et repris celles du Parti républicain portugais (vert et rouge). Créé en 1876, le premier congrès du Parti Républicain eut lieu le 5 janvier 1891. Les partisans choisirent alors deux couleurs pour leur mouvement : le rouge et le vert. Le rouge représentait le sang versé par les combattants, en particulier les républicains. Le vert avait conquis le titre de couleur de l’espoir depuis l’avènement du courant philosophique du Positivisme d’Auguste Comte. Il eut un grand échos au XIXème siècle, en particulier au Brésil (le drapeau du pays est principalement vert avec comme devise, ordre et progrès, valeurs défendues par le Positivisme) et au Portugal.

Il faut rappeler que la création du club remonte au 20 Septembre 1910. Depuis le début du XXème siècle, le Portugal vivait d’importantes perturbations politiques et sociales. Les partis républicains, libéraux, progressistes, réformistes, socialistes, régénérateurs et monarchistes entre autre s’opposaient régulièrement. Les obstructions étaient donc nombreuses et l’agitation sociale croissante. En 1907, un coup d’Etat se produisit et renversa le système de monarchie parlementaire pour instaurer un pouvoir royal fort au profit du Roi Charles Ier. Mais cette dictature ne résista pas aux mouvements républicains. Ces derniers parvinrent à assassiner le Roi le 1er février 1908. Le fils de Charles Ier, Manuel II, monta sur le trône pour tenter de ramener en vain le calme. Une révolution à Lisbonne renversa la Monarchie et la Première République fut déclaré le 5 octobre 1910. Dans la foulée, en 1911, une commission décida de remplacer le drapeau royal du pays (bleu et blanc) par un nouveau (que nous connaissons encore aujourd’hui), qui reprenait les symboles du Parti Républicain. Le vert et le rouge était donc à la mode.

#83 – SC Braga : os Arsenalistas

Les « arsenalistes » car les maillots de Braga s’inspire de ceux du club anglais d’Arsenal, poitrine rouge et manches blanches. Avant la saison 1945-1946, le club jouait avec un maillot vert et blanc (dans le style de Blackburn, accompagné d’un short noir). La raison du changement diffère selon les versions mais il semble que le point commun était que le club voulait se distinguer du Sporting Portugal.

Selon la première version, le président José Antunes Guimarães, qui avait des relations d’affaires à Londres, était un fan d’Arsenal. Une autre version de l’histoire indique que József Szabó, l’entraîneur hongrois du club lors de la saison 1945-1946 et qui aimait le style de jeu d’Arsenal, aurait demandé au président de changer l’uniforme vert et blanc pour celui d’Arsenal. La légende raconte que József Szabó se rendit lui-même à Londres pour ramener un jeu de maillot d’Arsenal. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’équipe d’Arsenal était en pleine reconstruction (9 de ses joueurs décédèrent pendant le conflit). Mais, pendant les années 1920 et 1930, lorsque Szabó était footballeur, Arsenal connut une période dorée sous la houlette d’Herbert Chapman. Ce dernier modernisa les méthodes d’entrainement et de physiothérapie, ainsi que le style de jeu du club londonien, en renforçant la défense avec des milieux défensifs et en élargissant le jeux avec les latéraux. De plus, malgré une politique d’achat d’envergure, il développa également la formation. Ces changements conduisirent à la constitution des premiers titres d’Arsenal (5 titres de champion, 2 Coupes d’Angleterre, 5 Community Shield). Chapman fut également l’instaurateur du célèbre maillot d’Arsenal. Evoluant jusqu’en 1933 dans un maillot rouge foncé, Chapman, afin de distinguer l’équipe, introduisit les manches blanches et un rouge plus vif sur le torse. Une histoire rapporte que Chapman fut inspiré par un supporter dans les tribunes portant un pull sans manches rouge sur une chemise blanche. Une autre version indique que la création serait venu d’un échange entre Chapman et le célèbre caricaturiste Tom Webster. Mais, dans cette version, il existe également des sous-histoires. La plus simple avance que, lors d’une partie de golf, Chapman remarqua la tenue de Webster (un pull rouge sans manche sur une chemise blanche). Une autre crée un lien avec une autre équipe londonienne. Webster jouait une partie de golf avec le président de Chelsea, Claude Kirby, qui portait alors un pull bleu sans manche sur une chemise blanche. Webster suggéra à Kirby d’adopter la même tenue pour son club mais le manager de Chelsea refusa. Apprenant l’histoire, Chapman demanda alors à Webster de dessiner un croquis de cette idée pour son club d’Arsenal.

Braga changea ses kits vert et blanc pour des maillots rouges dans le style d’Arsenal lors de la saison 1945-1946 (pour l’équipe de réserve) et 1946-1947 (pour l’équipe principale). Cela porta chance au club puisqu’il accéda pour la première fois de son histoire à l’élite portugaise lors de la saison 1947-1948. D’autres surnoms dérivent également de cette histoire : Arsenalistas de Minho ou d’Arsenal de Minho (Minho étant l’ancien nom de la province où se situe Braga, tirant son nom de la rivière Minho).

#6 – FC Porto : Dragões

Le dragon, animal mythique, liée à la terre et au feu, symbole de la puissance des forces naturelles, devient naturellement un emblème pour de nombreux clubs. C’est le cas du FC Porto qui l’affiche fièrement sur son écusson comme dans le nom de son stade (Estádio do Dragão) et de son complexe sportif adjacent (Dragão Arena). Son principal groupe de supporteurs s’appelle depuis sa création en 1986 Super Dragões (les Super Dragons), qui était une émanation d’un autre groupe dénommé Dragões Azuis. Son programme de formation des jeunes talents se nomme Dragon Force et son magazine, Dragões. Evidemment, ses mascottes sont un couple de dragons nommé Draco et Viena. Enfin, l’association récompense ses meilleurs employés et sportifs d’un Dragãos de Ouro (Dragon d’or). L’animal fantastique est si imbriqué dans la vie du club que l’expression Chama do Dragão (le feu du dragon) est souvent utilisé pour parler du club.

Ce dragon est apparu sur l’écusson du club en 1922 sur proposition du joueur Augusto Baptista Ferreira. Fondé 29 ans plus tôt, FC Porto adoptait alors son emblème actuel, qui est l’imbrication des armoiries de la ville (un dragon surmontant une couronne ducale) à l’emblème original du club (un ballon de football bleu antique avec les lettres FCP en blanc). Par une ordonnance du 25 avril 1940, la dictature de Antonio de Oliveira Salazar imposa de nouvelles normes héraldiques avec la volonté d’effacer tous les symboles libéraux et monarchiques des armoiries des municipalités et des paroisses. Ainsi, la couronne ducale et le dragon disparurent des armoiries de la cité de Porto et furent remplacés par une couronne surmontée de cinq châteaux. Dans une sorte de résistance, certaines institutions de Porto (l’orchestre municipale, les pompiers de la ville, la ligue de football, la chambre de commerce et d’industrie de Porto) conservèrent le dragon. Le FC Porto suivit également cette mouvance et n’abandonna pas le dragon (et la couronne ducale).

La présence du dragon sur les armes de la ville fut concédée par la reine Marie II, en reconnaissance de la résistance héroïque de la ville. Revenons aux origines. En 1828, le Roi Michel Ier monta sur le trône et tenta de restaurer un pouvoir absolue, au grand dam de la population. Son frère, Pierre Ier, alors Empereur du Brésil et libéral, rentra au Portugal et recruta une armée aux Açores. Les deux frères aux conceptions politiques contraires, s’affrontèrent à Porto. Pierre Ier et ses 7 500 hommes occupaient Porto tandis que les 40 000 soldats de Michel Ier encerclèrent la cité. Pendant un an, de juillet 1832 à août 1833, Porto fit face à un siège terrible (bombardement quotidien, épidémies de cholera et typhus, manque de nourriture). Mais, les forces de Pierre Ier n’abdiquèrent pas et les habitants de Porto apportèrent leur soutien à ces soldats et demeurèrent stoïques. A la fin du conflit en 1834 remporté par Pierre Ier, ce dernier décida de récompenser la ville et ses habitants pour leur héroïsme et leur soutien inépuisable. Il promit d’offrir son cœur à la ville et décerna la plus haute décoration, Ordem Militar da Torre e Espada, do Valor, Lealdade e Mérito (Ordre Militaire de la Tour et de l’Epée, de la Valeur, de la Loyauté et du Mérite) aux habitants. Il ordonna également la construction d’une bibliothèque (Biblioteca Pública Municipal do Porto), d’un musée (l’actuel Museu Nacional Soares dos Rei) et un jardin (Jardim de São Lázaro). Il attribua à la ville le titre – unique parmi les autres villes du Portugal – d’Invicta Cidade do Porto (« la ville invaincue de Porto »), qui est la devise du club également. Enfin, il décréta que que le second fils du roi du Portugal portera le titre de duc de Porto, avec pour armes « Dessa coroa sobressai um dragão negro das antigas armas dos senhores reis destes reinos » (De cette couronne, un dragon noir émerge des armes séculaires des seigneurs et rois de ces royaumes). Sa fille, la reine Marie II, exécuta ses volontés, et le 14 janvier 1837, accorda à la ville un nouveau blason (qui comprenait la couronne ducale, et donc la figure du dragon). L’animal mythologique représentait le caractère invincible, résistant et indomptable de la ville de Porto. Par ailleurs, il était aussi un symbole de la Deuxième maison de Bragance, dont étaient issus Pierre Ier et Marie II.