#1322 – Llaneros FC : los Caballos

Les chevaux. Fondé il y a seulement 13 ans, le club prenait la suite des Centauros Villavicencio, dont la vie n’avait duré que 9 ans mais qui était la première tentative de doter le département de Meta d’une équipe en mesure d’évoluer dans l’élite colombienne. La première équipe faisait référence à l’animal mi-homme, mi-cheval, le Centaure, donc il paraissait logique que le nouveau club reprenne le cheval dans son écusson et comme surnom. Et si l’équidé occupe une place centrale dans la symbolique des deux équipes de football, c’est en raison de son rôle important dans cette région.

Le département de Meta fait partie de la région du Llanos, qui occupe l’ouest du Venezuela et l’est de la Colombie et où s’étire de vastes plaines herbeuses, bases de son économie. Car son climat humide et chaud offrent de beaux pâturages, favorables à l’élevage (bovins, porcs et chèvres). Les pâturages dans le Llanos représentent entre 7 et 9 millions d’hectares et pour certaines parties de la région, environ 85% des terres sont même consacrées à l’élevage. Près de 9 millions de bovin (le tiers du pays) se trouve dans cette région, répartis dans près de 32 000 fermes. Ces ranchs exploitent de grands troupeaux sur de vastes terres, qu’ils rassemblent deux fois par an, la première fois au début de la saison des pluies pour les emmener vers les terres plus sèches et, inversement à la fin de l’année. Et pour surveiller ces bêtes et réaliser ces longs voyages, les ranchs comptent sur les cow-boys locaux, les llaneros.

Leur culture démarra avec l’introduction de l’élevage par les colons espagnols au XVIème siècle. Semi-nomade, ils guidaient les troupeaux et étaient reconnus comme des cavaliers habiles qui géraient toutes les tâches liées au bétail. Elevés dès leur plus jeune âge sur le dos d’un cheval, avec une façon particulière de le monter, les llanaros ne considéraient que l’équidé comme animal, créant un lien qui allait au-delà de celui d’un animal de compagnie. Il était le prolongement de son corps et de son esprit. Et, dans les plaines, pour tous il était clair que sans chevaux, il n’y eut pas eu de développement. Il y avait quatres types de llaneros : le cabrestero qui conduit le bétail, le baquiano qui connaît les chemins, la langue et les coutumes d’une région afin de les parcourir sans encombres, le cuatrero, le voleur de bétail et le músico, qui est un cavalier musicien et chanteur. Ils étaient reconnaissables à leur tenue qui se composait d’un pantalon double (un à l’intérieur pour se salir et l’autre à l’extérieur, qui se nommait garrasí) qui avait des griffres au bout pour l’attacher, une chemise à col large et ouvert se portant par dessus le pantalon, un chapeau de type andalou et un grand foulard. Etant de bons cavaliers, ils furent recrutés pendant les guerres (en particulier les guerres d’indépendance où ils servirent dans les deux camps) pour former le gros des troupes de cavalerie. Les llaneros jouèrent un rôle important dans l’émancipation du pays et les historiens estiment que plus de 13 000 llaneros perdirent la vie durant la guerre d’indépendance.

Etant donné qu’ils ne quittaient jamais leurs montures et qu’ils servirent dans l’armée, ils ressemblaient au centaure, cet animal mythique qui rassemble l’homme et le cheval sous un même être et combattait en première ligne en raison de sa force et son audace. D’ailleurs, le chanteur colombien Cholo Valderrama aime à dire « El suelo del llanero son los estribos » (le sol du llanero, ce sont les étriers). Et cette comparaison s’installa dans l’imaginaire collectif colombien. Ainsi, pour évoquer la fin de la guerre d’indépendance menée par Bolívar, avec le soutien des llaneros, le 6ième couplet de l’hymne national colombien dit « Centauros indomables Descienden a los llanos » (Des centaures indomptés descendent dans les plaines). Deux centaures se distinguent également sur les armoiries du département de Meta.

#1313 – Real Murcia CF : los Pimentoneros

Ceux qui cultivent du piment, paprika. Dans le Sud-Est de l’Espagne, où les rayons du soleil s’étalent à longueur de journée, les joueurs de Murcia portent un maillot écarlate, qui aurait pu inspirer le surnom du club. Tout autant que la bannière de la ville, immaculée de rouge. Cette tenue apparut le 2 novembre 1920, lors d’un match contre l’AD Ferroviaria de Madrid, et était accompagnée d’un short bleu. Il succédait au maillot vert clair, pantalon blanc et chaussettes noires que le club affichait depuis sa fondation en Décembre 1919. Toutefois, le surnom s’étend au delà du stade Enrique Roca et caractérise les habitants de la ville. Avec une terre fertile (constituée par une plaine alluviale) et un doux climat méditerranéen, Murcie possède une longue tradition agricole et produit une large gamme d’aliments, des fruits (orange, citron, tomate) et légumes (laitue, chou, pois, aubergine, haricots verts, blettes et citrouilles) aux céréales (riz) et aux oliviers. La région devint dès la première moitié du XXème siècle l’un des principaux fournisseurs de produits agricoles d’Espagne (20% de la production agricole du pays : 2,5 millions de tonnes d’agrumes et de légumes primeurs) et d’Europe (au point d’être surnommée le « potager de l’Europe »). Et parmi toutes ces cultures, le poivron s’est fait une place de choix. En particulier, un petit piment rond de la taille d’une tomate cerise, qui séché et moulu, se transforme en un célèbre paprika (pimientos), qui a gagné une appellation d’origine.

Avec la conquête de l’Amérique, le royaume espagnol découvrit le poivron et les piments. A la fin du XVème siècle, sa culture s’importa du côté de Cáceres, avec les frères Jerónimos (ordre de St-Jérôme) du monastère de Guadalupe puis du monastère de Yuste. Son déménagement à Murcie permit le développement de la culture du poivron dans cette région au début du XVIème siècle. Les premiers poivrons cultivés par les frères hiéronymites en Murcie avaient initialement une saveur piquante, une pointe arrondie et une couleur verte, qui ensuite se transforma en rouge jaunâtre. Au fil du temps, il devint un légume rond, légèrement aplati, de couleur rouge foncé et de saveur douce. Dès le XVIIIème siècle, les premiers moulin à poivron furent construit dans la région. Tout au long du XIXème siècle et jusqu’au milieu du XXème siècle, la culture des poivrons pour le paprika se répandit dans toute la région de Murcie jusqu’à devenir la première activité économique, devant la soie et les agrumes. 80 % des paysans de Murcie pratiquaient ce type de culture à l’époque. En 1896, la première association de la corporation des producteurs de poivrons fut créée sous le nom de Centro de Exportadores de Pimiento (Centre des exportateurs de poivrons), dans le but d’organiser la vente du produit. En 1920, 1 200 tonnes étaient produites puis 8 000 tonnes en 1939.

#1263 – Zacatepec FC : los Cañeros

Relatif à la culture de la canne à sucre. Depuis la fin du XVIème siècle, les champs de canne à sucre abondent dans la région de Morelos, où se situe la ville de Zacatepec. La culture de la canne à sucre débuta vers 1530 à Cuernavaca. Puis, les activités sucrières apparurent avec la construction par Hernán Cortés de la raffinerie de Tlaltenango suivi en 1581 par celle d’El Hospital à Oaxtepec. Bénéficiant des conditions climatiques idéales pour la canne à sucre, c’est-à-dire des terres chaudes et de l’eau abondante, l’économie sucrière se développa dans toute la région et constitue jusqu’à présent l’un des principaux moyens de subsistance des habitants. Morelos est le 8ème état du Mexique en termes de production de canne à sucre (jusqu’à 3 millions de tonnes annuelle), avec une superficie de culture de plus de 31 113 hectares, exploités par des petits et moyens agriculteurs. Les municipalités qui concentrent la plus grande production de canne à sucre sont Tlaltizapán, Zacatepec, Jojutla, Ayala et Cuautla. Concernant les activités de raffinage, actuellement à Morelos, seules deux sucreries maintiennent leur production : une à Cuautla (Casasano La Abeja) et une à Zacatepec (Emiliano Zapata Sugar Corporation). Les deux appartiennent au Grupo Beta San Miguel, une organisation de l’industrie sucrière mexicaine. Ouverte en 1938, sous l’impulsion du président mexicain Lázaro Cárdenas, la sucrerie Emiliano Zapata est la plus grande de Morelos avec une capacité de transformation de 7 200 tonnes de canne, provenant de plus de 6 500 producteurs exploitant 11 909 hectares.

Après que le football mexicain ait cessé d’être amateur pour devenir professionnel, dans les années 1950, les cañeros se forgèrent comme l’une des meilleures équipes du Mexique. Mais, dès les années 1960, le club fréquenta plus la seconde division que l’élite et au fil des années, tombait dans l’anonymat et les rachats et refondations successifs. Néanmoins, son histoire démarra en 1948 avec des employés de la sucrerie Emiliano Zapata et son surnom en rappelle ses origines.

#1152 – FC Saint-Gall : die Espen

Le club de Saint-Gall est considéré comme le doyen suisse, ayant été fondé officiellement le 19 avril 1879. Des recherches récentes démontrent que le Saint-Gall était déjà organisé et des matchs étaient joués dès 1876 dans la commune voisine de Rorschach. Au début du XXème siècle, l’équipe évoluait sur le terrain de jeu situé à Kreuzbleiche. Mais, ce dernier se révélait souvent indisponible et ne permettait pas de faire payer une entrée régulièrement. La nécessité de trouver un nouveau lieu se faisait pressant pour accompagner le développement du club. La municipalité porta un premier projet mais les électeurs rejetèrent la proposition. Résultat, fort de ses 338 membres, le FC Saint-Gall décida de racheter un terrain à la ville et d’y construire son propre aire de jeu. Ainsi, en 1910, le stade qui comprenait des tribunes en bois de 600 places, s’éleva dans le quartier de Heiligkreuz, à l’est de la ville. Le budget initial de 12 000 francs suisses fut dépassé de près de 3 000 francs suisses. La somme avait été réunie grâce à des dons (8 360 francs suisses) et via les recettes dont un match contre l’Internazionale de Milan qui avait permis un encaissement record de 1 050 francs suisses.

Le stade fut inauguré le 16 octobre 1910 par une victoire du FC Saint-Gall face à son rival locale, le SC Brühl. Il fut dénommé Espenmoos, du nom du lieu. Ce mot provient du Moyen haut allemand Ezzisch, signifiant « champ de semences » et qui désignait un champ cultivé qu’une année sur deux. Ainsi, le nom du stade détint sur le surnom de l’équipe. Et même, si cette enceinte fut abandonnée, lors de la saison 2007-2008 au profit du stade moderne du Kybunpark, le surnom est resté du fait du long attachement du club avec son stade.

Une autre version avance que Espen est le terme allemand pour désigner le Tremble ou Peuplier tremble. Son feuillage vert dense associé à son tronc blanc homogène aurait fait penser aux couleurs historiques du club, vert et blanc.

#1150 – Club Libertad : Repollero

En espagnol, le terme désigne les ramasseurs de balle. Mais, pour le club péruvien, le sens est totalement différent puisque le mot dérive de repollo, qui signifie le chou. Repollero pourrait se traduire comme le producteur de chou. Le 30 juillet 1905, une quinzaine de jeunes fondèrent une « association athlétique pour les exercices physiques », dont les buts seraient de promouvoir le football, ainsi que le développement et la vigueur de la jeunesse. À ses débuts, le club jouait sur un terrain vague appartenant à la famille Andreani. Cette zone fut par la suite dénommée Belvedere, car il y avait un établissement commercial portant ce nom à l’angle des rues Brasil et España (désormais Avenue Pérou). Quelques années plus tard, le club déménagea dans le quartier de Las Mercedes, dans un endroit connu sous le nom de « maison de la famille Schinini ». Dans les années 1920, de nombreux immigrants italiens vinrent s’installer dans ce quartier, fuyant le régime fasciste de Benito Mussolini. Ces derniers cultivaient leur propre potager et la culture du chou y était abondante, en raison du sol qui favorisait ce légume. Cette pratique fit que le terrain du club était entouré de chou. D’ailleurs, le stade fut nommé « La Huerta », le potager. En outre, la mascotte s’appelle Don Nicola (ou Don Pascuale) est un personnage aux larges moustaches, au chapeau à carreaux et portant un panier rempli de choux. En bref : un marchand traditionnel de légumes tano (les immigrants ou habitants d’origine italienne en argot espagnol sud-américain).

#1129 – FC Universitario : Manzanero

Manzanero est un terme qui désigne les animaux qui cherchent les pommiers pour manger leurs fruits. Le club de la ville de Vinto se démarque par sa jeunesse dans le football bolivien. Fondé le 23 Mars 2005, il lui aura fallu moins de 20 ans pour accéder à l’élite du pays. Mais son surnom se puise dans la longue histoire agricole du pays de Vinto.

Aujourd’hui, la ville de Vinto se présente comme « la Gran Manzana de Bolivia » (la grande pomme de Bolivie). Evidemment cette municipalité ne se compare pas avec New York. Plus simplement, la production de pommes demeure un des vieux piliers de l’économie de Vinto. Cette dernière s’est spécialisée dans la variété camuesa. De couleur verte avec des nuances de rouge à maturité, cette pomme présente d’indéniables qualités nutritionnelles et médicinales (elle aiderait à la cicatrisation). Importée par les espagnols lors de la conquête, la culture de la pomme arriva à Vinto avec les propriétaires terriens Martín Lanza Saravia et Darío Montaño qui possédaient dans leurs vergers plus de deux mille pommiers. Mais, après avoir été un des fleurons de l’agriculture locale, la production de pomme baissa dans la région, en raison de la croissance de la zone urbaine, qui a entraîné la disparition des vergers. Au début des années 2010, la culture traditionnelle de la pomme paraissait même menacée. En 2013, la surface agricole consacrée à la pomme s’élevait à un peu plus 1,2 hectares pour une production atteignant près de 8 quintaux. Elle était devancée par la culture de la pêche et du raisin. Toutefois, la ville garde une relation particulière avec la pomme. Un monument, se résumant à une énorme pomme verte surmontée d’un chapeau de paille blanc, trône fièrement dans la ville. En outre, depuis 1989, chaque année, le deuxième week-end du mois d’avril, une fête consacrée à la pomme se déroule dans la cité. La Foire de la Pomme est devenue l’un des emblèmes les plus marquants de cette région où l’on peut admirer et déguster toute la production dérivant de la pomme (patisserie, confitures, liqueurs).

#1123 – Macarthur FC : the Bulls

Les taureaux. La grande ville de Sydney comprend deux franchises en A-League. Depuis 2018, profitant du projet d’extension de la ligue, deux clubs, United for Macarthur et South West Sydney FC, s’unirent pour présenter un projet d’une nouvelle franchise, avec la volonté de représenter les quartiers du Sud-Ouest de Sydney. Le 15 mai 2019, la nouvelle entité annonça son nom, son logo et ses couleurs. Le club prit le nom de Macarthur FC, les couleurs noir et ocre et fut surnommé les Bulls, une tête de taureau apparaissant sur son blason.

Souhaitant s’ancrer dans sa zone de chalandise (le Sud-Ouest de Sydney), le club puisa dans les vieilles histoires de la région pour déterminer son symbolisme. Dans le pays aborigène des Dharawals, où se situe le club, l’ocre était utilisée pour les peintures, les dessins et les pochoirs à main sur les surfaces rocheuses. Le nom MacArthur provient directement de celui qui colonisa ses terres au XIXème siècle, le britannique John Macarthur, considéré comme le père de l’industrie lainière australienne. Or, MacArthur participa également à cette histoire de taureaux dans la région, origine du surnom. En 1788, les colons de Sydney importèrent du Cap un troupeau de vaches et de taureaux. 5 mois après leur débarquement, 2 taureaux et 4 vaches s’échappèrent de la colonie. En 1795, les autorités constatèrent que des bovins sauvages prospéraient au Sud-Ouest de Sydney, région qu’ils appelèrent alors Cowpastures (pâturages de vache). En 1801, le bétail sauvage comptait entre 500 et 600 têtes. En 1803, pour protéger le bétail sauvage, une autorisation du gouvernement était nécessaire pour entrer dans les Cowpastures et le bétail devint la propriété du gouvernement. Résultat, un an plus tard, on dénombrait entre 3 000 et 5 000 bovins sauvages dans les Cowpastures, avec une exploitation mesurée de cette ressource. Mais, bien alimentées en eau par la rivière Nepean, ces terres constituaient de beaux pâturages et attirèrent les convoitises de John Macarthur qui souhaitait lancer son élevage de moutons et sa production de laine. Il obtient 5 000 acres de terres. A partir de 1815, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud mena une politique pour réduire le troupeau sauvage de bovins. En 1824, le bétail, qui avait été en grande partie apprivoisé, fut déplacé afin que John Macarthur puisse prendre possession de 10 400 acres de terre supplémentaire. Et les moutons remplacèrent les taureaux et les vaches … jusqu’au moment de réapparaître avec le club de football.

#1122 – Deportivo Pereira : el Grande Matecaña

Le grand matecaña. Le club émergea d’une bagarre. Au début des années 1940, la rivalité des deux clubs de la ville de Pereira, Vidriocol (l’équipe des classes populaires de Pereira) et Otún (l’équipe des classes aisées de la ville), se traduisait par des affrontements excessifs sur le terrain. A l’issu d’une nouvelle altercation lors d’un derby en Février 1944, plusieurs personnes, soutenues par le capitaine de Police, proposèrent de créer un nouveau club, ce qui fut fait le 12 février 1944. 78 ans plus tard, le club de la province de Risaralda remporta le titre de champion de Colombie, avec une équipe composée uniquement de joueurs colombiens. Un véritable exploit.

Il est difficile de dire pourquoi le club a hérité de ce surnom. Matecaña, que l’on peut traduire par « tueur de cannes à sucre », est le nom de l’aéroport de la ville. Il fut construit sur l’ancien hippodrome qui portait déjà ce nom. Ces terrains se dénommaient déjà ainsi au milieu du XIXème siècle, ce qui laisse supposé qu’il y avait une exploitation de cannes à sucre à cette époque. De par sa construction difficile et les services rendues, l’aéroport constitue une fierté pour les habitants de la ville et son nom est utilisé parfois comme un gentilé.

Quand au club, son équipe joua dans le stade « El fortín de Libaré » (aujourd’hui nommé Mora Mora) jusqu’en 1971. Il ne semble pas que le stade ait été construit sur un ancien champs de cannes à sucre. Donc le terme Matecaña fut certainement retenu dans le surnom comme un synonyme de Pereira. Pour le terme Grande, il symbolise peut-être le fait que « El fortín de Libaré » (le fort de Libaré) était un lieu imprenable où le club réalisa de grands exploits. Après un match mémorable, le Deportivo tint en échec (4 buts partout après avoir mené) le Millonarios de Di Stéfano le 23 Juillet 1953. Le club enregistra dans cette enceinte la victoire 9 à 0 contre Huracán en 1951 et la victoire historique 6 à 0 sur l’Atlético Nacional en 1962. L’autre surnom de la même trempe est la Furia Matecaña (la fureur matecaña).

#1118 – Palerme FC : Rosanero

Le rose et le noir. Contrairement à d’autres, le club ne joue pas en rose pour avoir cédé aux sirènes du marketing. Palerme est l’un des rares clubs de football à avoir opté pour cette couleur si atypique, surtout au début du XXème siècle. Avec le soutien de la communauté britannique présente à Palerme, le club vit le jour officiellement le 1er novembre 1900 sous le nom Anglo-Palermitan Athletic and Foot-Ball Club, rebaptisé plus tard, en 1907, Palermo Foot-Ball Club. Les couleurs des premiers maillots du club étaient le bleu et le rouge. Certainement en hommage à cette communauté britannique.

Le rose et le noir apparurent en 1907 et ne quittèrent plus jamais le club. Il est souvent avancé que ce changement résultait d’un délavage. En effet, les tissus et leurs teintures n’étant pas d’une qualité exceptionnelle à cette époque, à force de les laver, le rouge déteignit en rose et le bleu en noir. D’autres clubs connurent la même mésaventure (cf. #1092, #848, #327, #247, #105, #103). Mais, il n’existe aucune certitude sur cette version et surtout une autre circule, avec des éléments de justification. Une lettre de 1905 adressée par le journaliste Giuseppe Airoldi à son ami Joshua Whitaker, membre de la famille Whitaker et dont le frère Joseph était président d’honneur du club, l’inviter à changer les couleurs du club pour le rosanero. Le contenu était le suivant : « Caro Giosuè, alcuni amici marinai mi hanno fatto osservare che i colori del Vostro Palermo sono sfruttati parecchio. Il Genova ha i Vostri, i nostri colori. Ieri, Michele Pojero era del parere di mister Blak e di Norman di cambiare il rosso e il blu in rosa e nero. Michele dice che i colori sono quelli dell’amaro e del dolce. I Vostri risultati sono alterni come un orologio svizzero. In avvenire, come raccontava Vincenzo Florio al circolo Sport Club di via Mariano Stabile, quando perdete potete bere sempre il suo amaro di colore nero, mentre il rosa potete assaporarlo nel liquore dolce. La mia salute non è più buona e i dolori della vecchiaia sono tanti, perciò affrettatevi a battere le prossime squadre. » (Cher Joshua, des amis marins m’ont fait remarquer que les couleurs de votre Palermo sont très utilisées. Gênes a vos couleurs, nos couleurs. Hier, Michele Pojero était d’accord avec l’entraîneur Blak et Norman pour remplacer le rouge et le bleu par du rose et du noir. Michele dit que les couleurs sont amères et douces. Vos résultats alternent comme une montre suisse. À l’avenir, comme l’a dit Vincenzo Florio au Sport Club de la Via Mariano Stabile, lorsque vous perdez, vous pouvez toujours boire son amer de couleur noir, tandis que le rose peut être dégusté dans la liqueur douce. Ma santé n’est plus bonne et les douleurs de la vieillesse sont nombreuses, alors dépêchez-vous de battre les prochaines équipes).

Nous comprenons que le choix se fit pour se distinguer d’autres équipes. En outre, ces deux couleurs mettaient en valeur des liqueurs dont la famille Whitaker était productrice en Sicile. Cette riche famille était originaire du Yorkshire et le père de Joshua et Joseph vint s’installer en Sicile au XIXème siècle pour aider son oncle Benjamin Ingham dans ses entreprises. Les deux parvinrent à monter une fructueuse entreprise, active dans la production de vin et de liqueur, la finance et le transport maritime entre autre. Etant donné sa puissance, la famille Whitaker, et en particulier Joseph, joua un rôle dans les premières années du club. Parmi les liqueurs produites, il existait un amaro (amer) de couleur noir ainsi qu’un rosolio, une liqueur de couleur rose plus sucrée.

Néanmoins, le changement ne se fit pas immédiatement. A cette époque, il était compliquer de se procurer des tissus de flanelle rose. Le président du club, Ignazio Majo Pagano, se tourna vers l’entreprise Gulì, qui commanda les tissus en Angleterre. Le 27 février 1907, le président Pagano décida, avec le consentement de l’assemblée des membres, d’abolir les chemises rouges et bleues suite à une suggestion de Giuseppe Airoldi et changea également le nom du club en Palerme FC.

#1079 – CD Irapuato : la Trinca Fresera, los Freseros

Le trio fraise, les fraises. Lorsqu’en 2021 les autorités du football mexicain fermèrent les portes de la Liga de Expansión MX au nez du club bien qu’il eut remporté la Serie A de l’Etat de Mexico, CD Irapuato faillit ne jamais s’en remettre. Mais, après deux ans sans terrain et équipe, il revit le jour en 2023 avec de nouveaux propriétaires. Il ne pouvait en être autrement pour un club historique malgré un faible palmarès. Même s’il fut fondé sous son nom en 1948, par la fusion de plusieurs entités sportives de la cité d’Irapuato, les origines du club remonte à 1911.

Evidemment que la couleur rouge des maillots amena au surnom lié au fruit rouge. Néanmoins, impossible de dire lequel à influencer l’autre. En effet, l’histoire de la fraise à Irapuato débuta au milieu du XIXème siècle quand Nicolás de Tejada, alors chef du district d’Irapuato, ramena de France la célèbre plante. En 1852, il acheta un terrain vers Carrizalito où furent enregistrées les premières plantations de fraises (avec seulement 24 plants au départ). Puis, l’Allemand Oscar Droege forma les agriculteurs aux techniques de production de la plante. Avec l’arrivée du chemin de fer, la production s’intensifia et en 1883, la fraise d’Irapuato s’exportait vers le Texas, le Nouveau-Mexique et à Laredo. En 1900, la première entreprise de confiture et de fraises confites, du nom de Fresva, vit le jour. Avec le temps, la fraise prit une place centrale dans l’économie de la ville et avec l’importance et la bonne qualité de sa production, Irapuato gagna le surnom de Capitale mondiale de la fraise au XXème siècle. Aujourd’hui, plus de 1 200 hectares sont dédiés à cette culture, donnant une production d’environ 80 000 tonnes à l’année. 60% est exporté. Ce pan de l’économie locale génère 22 000 emplois et plus de 8 000 emplois dans le secteur agro-alimentaire. Evidemment, la vie culturelle de la cité tourne autours de la fraise avec notamment un grand festival organisé en été (Festival de la Fresa) qui attire plus de 5 000 personnes. La gastronomie locale aussi s’inspire du fruit rouge avec les Fresas con crema (fraises à la crème) et les Fresas cristalizadas (fraises confites).

Le trio, lui, naquit en 1949. Malgré sa relative jeunesse (le club n’était pas encore professionnel), le club fut invité à un tournoi à Mexico qui regroupait les brésilien du Vasco da Gama, le FC Léon et les Reboceros de La Piedad. A cette époque, Vasco da Gama produisait un des plus beaux football du continent sud-américain avec une équipe connue sous le surnom de Expresso da Vitória (Express vers la victoire) et disposait d’une ligne d’attaque de feu, connue sous le nom de la trinca infernal (le trio infernal). A noter que si le Vasco avait effectivement une magnifique attaque, ce surnom de trinca infernal ne semble pas avoir été utilisé à l’époque. D’ailleurs, elle ne se limitait pas à 3 joueurs offensifs puisque la tactique reposait sur un 4-2-4. On comptait alors comme force offensive en 1949 Ademir de Menezes, Heleno de Freitas, Ipojucan, Maneca, Francisco Aramburu dit Chico et Friaça. Toutefois, la légende raconte que le commentateur Agustín González, connu sous le nom de Escopeta (fusil de chasse), assista à la rencontre entre Irapuata et La Piedad, qui fut un sublime match. Alors qu’il rédigeait la chronique du duel entre León et Vasco da Gama, il déclara « ¡Si el Vazco da Gama tiene una Trinca Infernal, el Irapuato es la Trinca fresera! » (Si Vasco da Gama a un trio infernal, Irapuata a un trinca fraise). Toutefois, comme vous l’avez noté, il semblerait que cette histoire repose sur un trinca qui n’aurait pas existé. D’où, une version marginale avance que si Agustín González serait toujours à son origine, il l’aurait en revanche donné suite à un affrontement contre Querétaro au stade de la Revolución en 1950. Il déclarait « hoy he visto nacer a La Trinca Fresera del Irapuato, que bonito Juegané » (aujourd’hui j’au vu naître la Trinca Fresea d’Irapuato, qu’ils jouent bien).