#1226 – Fortuna Düsseldorf : Fortunen

Dérivé du nom du club. Dans le quartier ouvrier de Flingern à Düsseldorf, le 5 mai 1895 un premier club de sport sous le nom de Turnverein Flingern 1895, où se pratiquait notamment la gymnastique mais pas encore le ballon rond, vit le jour. Un club de football du nom de Düsseldorfer Fußballklub Spielverein fut créé le 1er mai 1908. 3 ans plus tard, un autre club émergea sous le nom de Fußballklub Alemania 1911. Milieu 1913, le Spielverein fusionna avec l’Alemania. Enfin, le 15 novembre 1919, Turnverein Flingern rejoignit les deux précédents pour donner naissance au Fortuna actuel.

Ce nom particulier, Fortuna, apparût fin 1912 lorsque le Fußballklub Alemania 1911 fut rebaptisé Football Club Fortuna 1911. Puis, lors des différentes fusions, le nom Fortuna resta attaché aux différentes organisations et ainsi en 1919, le nom actuel, Düsseldorfer Turn- und Sportverein Fortuna 1895, fut définitivement adopté. Alors, pourquoi les membres de l’époque prirent ce nom, Fortune ? Certes, l’évidence serait que la direction souhaitait s’attirer la chance, Fortune ou Fortuna étant la déesse romaine de la chance (son nom provient du latin fors qui signifie « sort »). Toutefois, il semble que ce n’est pas la déesse qui fut choisie comme patronne du club, mais, simplement, les fondateurs furent séduits par une charrette tirée par des chevaux qui arborait le nom de son propriétaire, une fabrique de pain nommée Fortuna.

Est-ce que cet heureux hasard fut synonyme de bonne fortune pour le club ? Les plus grands succès du club ont été le championnat d’Allemagne de 1933, la finale de la Coupe des vainqueurs de coupe d’Europe en 1979 (perdu contre le FC Barcelone), et les deux victoires en Coupe d’Allemagne en 1979 et 1980. Pas si mal. Malheureusement, depuis les années 1980, le Fortuna passe plus de temps dans les divisions inférieures allemandes qu’au sein de l’élite. D’ailleurs, quand l’équipe parvint à monter en première division, elle redescendait assez rapidement dans les années qui suivaient.

#1186 – 1. FC Nuremberg : der Altmeister

Le vieux maître. Depuis quelques décennies, dans la Bundesliga, le Bayern Munich concoure quasiment sans rival. Certes, le Bayer a réussi une superbe saison 2023-2024 et remporté avec brio le championnat allemand. Dortmund titille régulièrement l’arrière-train du club bavarois. Mais, fondamentalement, le Bayern demeure le maître de l’Allemagne et possède un palmarès à faire pâlir bien des clubs européens (33 Championnats d’Allemagne (record national, dont 32 à l’ère Bundesliga et 11 d’affilé), 20 Coupes d’Allemagne (record national), 10 Super Coupes d’Allemagne (oui encore record national) et 6 Coupes de la Ligue (faut-il préciser qu’il possède le record national)). Bien que le Bayern remporta quelques titres avant la Seconde Guerre mondiale, son hégémonie démarra à la fin des années 1960. Auparavant, le club dominant se trouvait également en Bavière mais à Nuremberg.

Fondé en mai 1900 par 18 lycéens en tant que club de rugby, le FC Nuremberg se concentra rapidement sur le football et se constitua un palmarès (ponctué par 3 titres de champion de Bavière et 2 titres de Champion d’Allemagne du Sud) et une certaine réputation avant le déclenchement des hostilités de la Première Guerre mondiale. Mais, la période faste du club bavarois débuta au début des années 1920 et s’étendit jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale. Entre juillet 1918 et février 1922, l’équipe resta invaincue lors de 104 matches officiels. En 1919, à son jeu déjà développé, le club ajouta une touche raffinée hongroise, avec l’ailier gauche Péter Szabó et l’avant-centre Alfréd Spezi Schaffer. Puis, en 1921, en provenance du rival du SpVgg Fürth, Hans Sutor renforça l’équipe, alors portée par le milieu Hans Kalb et le gardien Heinrich Stuhlfauth. Le titres s’enchainèrent : champion d’Allemagne en 1920, 1921, 1924, 1925, 1927 et 1936 (et vice-champion en 1934 et 1937), vainqueur de la coupe d’Allemagne en 1935 et 1939 auxquels s’ajoutèrent de nombreux championnat et ligues régionaux. Cette décennie des années 1920 marqua l’histoire du club comme le football allemand. En remportant 5 des 9 championnats en jeu sur cette période, le FC Nuremberg était le maître du football allemand. Dans cette décennie, Nuremberg fournit parfois la moitié de l’équipe nationale allemande. Seuls le rival du SpVgg Fürth et l’équipe d’Hambourg SV réussirent à se hisser quelque fois au niveau du club bavarois dans la lutte pour le championnat allemand.

#1124 – 1. FC Sarrebruck : die Molschder

Ceux de Malstatt. La ville comme le club, frontaliers de l’hexagone, ont un lien avec la France. En effet, pendant un an (1948-1949), alors que la région de la Sarre était sous protectorat français depuis 1947 (et jusqu’en 1956) suite à la Seconde guerre mondiale, le FC Sarrebruck affrontait « secrètement » les clubs français de seconde division sans que son affiliation à la FFF fusse accepté. Il parvint même à remporter ce championnat de manière officieuse. Mais, finalement, à l’issu des atermoiements des clubs français à ouvertement jouer contre un club allemand et donc à accepter sa promotion dans l’élite française, le FC Saarebruck réintégra le système allemand en 1951. Mais, son surnom est purement local et même attaché au dialecte de la région.

Les origines du FC Saarebruck remontent au début du XXème siècle. En 1903, quelques passionnés de football se rencontrèrent dans un restaurant avec l’idée de créer un club de football. Ce fut fait le 18 avril 1903 en affiliant cette section au club omnisport du TV 1876 Malstatt, qui existait depuis 1876. A cette époque, Malstatt, dont la première mention remonte à 930, était une ville indépendante, qui s’était unie en 1874 avec la cité voisine de Burbach. Le nom de la ville de Malstatt provient d’un lieu de justice qui y était établi (en allemand ancien, mahal désignait une assemblée publique judiciaire, où l’on discutait des lois et où l’on tranchait les litiges en plein air). En dialecte locale, le nom de la ville se dit Mòòlschd, d’où le dérivé Molschder qui est devenu le surnom du club. Puis, le 1er avril 1909, les municipalités de Sarrebruck, Saint-Jean et Malstatt-Burbach fusionnèrent pour donner naissance à une Sarrebruck élargie, comptant 105 000 habitants. Malstatt devint alors un quartier de cette nouvelle cité.

#1105 – SV Werder Brême : Millionenelf

Le onze du million. Membre fondateur de la Bundesliga, le Werder traversa les années 1960 en connaissant des hauts et des bas, ponctué tout de même d’un titre de champion en 1965. A cette époque, les règles de la Bundesliga plafonnaient le montant des transferts à 100 000 Marks ainsi que le salaire des joueurs. Mais, l’évolution du football conduisit la DBF à abroger ces règles au début des années 1970. Hans Wolff, directeur général du Werder, anticipant ce changement, déclara au conseil d’administration qu’il fallait investir massivement avant sa mise en oeuvre. Le club obtient un prêt de 700 000 Marks de la municipalité et des entrepreneurs locaux s’associèrent à ce projet. A l’aube de la saison 1971-1972, le Werder renforça son équipe en faisant l’acquisition de sept nouveaux joueurs pour un montant total de un million de Mark. Le milieu Willy Neuberger et l’attaquant Werner Weist quittèrent Dortmund pour le Werder et l’attaquant Carsten Baumann revint du VfL Osnabrück. Le Werder attira également Herbert Laumen et Peter Dietrich en provenance du Borussia Mönchengladbach, champion l’année précédente (le club ne parvint pas à se mettre d’accord avec le 3ème membre du trio, Günter Netzer).

Mais, cette stratégie se fit sans concertation avec le staff et sans cohérence sportive, conduisant malheureusement à un échec. 6 entraineurs se succédèrent au fil de la saison et l’équipe termina péniblement à la 11ème place, enregistrant 14 défaites. Après cette épisode, le club évolua dans le ventre mou et évita même de justesse la relégation lors des saisons 1974-1975 et 1975-1976. Finalement, après la saison 1979-1980, le Werder dut se contraindre à rejoindre la seconde division. En outre, cette politique eut un prix. En échange de l’argent de la ville, le Werder abandonna ses couleurs traditionnelles, verte et blanche, contre un maillot rayé rouge et blanc, reprenant les teintes du drapeau de Brême. En outre, l’écusson du club fut remplacé également par le symbole des armoiries de la ville, une clé. Les supporteurs s’hérissèrent de ce choix, surtout lorsque lors d’un derby contre Hambourg, le Werder dut emprunter des maillots à son rival, car ceux du Werder étaient trop ressemblants à ceux du HSV. L’autre prix à payer fut le poids financier de cette politique qui pesa longtemps sur les finances du club.

#1090 – FC Petržalka : Engerau

Puisant ses racines dans la première association de football de Petržalka établie officiellement en 1898, le FC Petržalka a connu de nombreuses vies (6 changements de nom sur les 20 dernières années) mais demeure l’un des clubs historiques de Slovaquie et l’un des plus vieux de Brastilava. Car, si Petržalka fut un village indépendant, le 13 février 1946, il devint officiellement un quartier de la capitale slovaque.

Avant le XVIIIème siècle, le territoire de l’actuelle Petržalka se composait de plusieurs îles régulièrement inondées et ne convenait pas à un établissement humain permanent. Au XIIIème siècle, des populations Pétchénègues et Magyars s’établirent à Pečniansky (Îles des Pétchénègues) et à Magyaroksziget (Îles de Magyars). Puis, au XVème siècle, des allemands fuyant le sud pendant les guerres ottomanes fondèrent un village dénommé Ungerau. Jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, cette aire fut partagée entre les populations d’origines hongroises et allemandes, tout en restant faiblement habitée. Un recensement de 1910 montrait que sur ses 2 947 habitants, 1 997 parlaient l’allemand, 495 le hongrois et 318 le slovaque comme langue maternelle. En 1919, le village fut rebaptisé Petržalka lorsqu’il fut donné à la Tchécoslovaquie. Mais, en 1938, sur la base des accords de Munich, l’Allemagne Nazie annexa le village et le renomma Engerau. Toute la folie Nazie s’exprima ici et en particulier contre les populations non germanophones. En 1945, la Tchécoslovaquie rétablit la situation d’avant-guerre et les populations allemandes disparurent. En 2001, seuls 219 germanophones vivaient à Petržalka sur ses 117 227 habitants (soit 0,19% de la population). En 2011, il n’y en avait plus que 155 personnes soit 0,15% de la population.

La plus ancienne occurrence du nom en allemand daterait de 1420 et serait sous la forme du mot Unger Au ou Ungerau ou Hungerau qui signifie « plaine inondable hongroise ». Il dériverait donc du nom hongrois Magyarsziget. Puis, entre 1485 et 1567, il se modifierait en Unngeraw, Ungerau, Hungeraw, Hungerau, Enngerl et Hungereuelen. Engerau serait donc une déformation de Ungerau. Le terme Engerau apparaît avec certitude en 1654. Toutefois, d’autres indiquent que littéralement Engerau signifie « plaine inondable étroite », ce qui était le cas de cette zone dans les bras du Danube.

Malgré la faiblesse de la population germanophone aujourd’hui, les supporteurs du club s’identifient encore à l’histoire allemande du quartier. Le groupe de supporteurs se dénomment les Ultras Engerau. Et le slogan des fans du club est en allemand, Immer wieder Engerau (Toujours et encore Engerau).

#1074 – Energie Cottbus : Energie

Lorsque votre nom n’est pas commun, il a l’avantage de bien vous identifier et donc la presse comme vos supporteurs se simplifient la vie en l’utilisant comme raccourci et surnom. Ce fut naturellement le cas pour ce club de l’ex-RDA. Le 7 Octobre 1949, l’Allemagne de l’Est se sépara officiellement de la partie occupée par les troupes alliées et devint la République Démocratique d’Allemagne (RDA). Les autorités communistes entreprirent alors d’importantes réformes en ligne avec leur idéologie. Le sport n’y échappa pas. Dans le nouveau district de Cottbus, une première équipe de football vit le jour, le SC Aktivist Brieske-Senftenberg, sous le patronage d’Aktivist, qui regroupait les associations sportives d’entreprise des industries minières et des matériaux de base de la RDA. Mais, au début des années 1960, les autorités décidèrent une restructuration du système des clubs sportifs qui conduisait à un club sportif par district, situé dans la capitale. Résultat, le club omnisport du SC Cottbus fut créé. Situé à 40 km de la capitale du district et déclinant sportivement, le SC Aktivist Brieske-Senftenberg disparût au début de la saison de football 1963-1964 en se fondant dans le SC Cottbus. Mais, fin 1965, l’Association de football de la RDA prît le partie de séparer les sections de football des clubs omnisports et d’en faire des clubs à part entière. Ainsi, la section football du SC Cottbus devint indépendante en se transformant en une association sportive corporatiste, sous le nom d’Energie Cottbus à partir du 31 janvier 1966.

Le quotidien locale, « Lausitzer Rundschau » , organisa un concours pour trouver le nom de ce nouveau club. Bodo Krautz, l’un des 450 passionnés de sport qui participèrent, proposa le terme « Energie ». Car, la région de Cottbus était connue comme un producteur d’énergie grace à ses nombreuses centrales électriques et mines de lignite. Rien donc d’étonnant que son prédécesseur, le SC Aktivist Brieske-Senftenberg, fusse sous le patronage des industries minières. Cottbus-Senftenberg est l’un des principaux centres d’exploitation du bassin de lignite de Lusace, qui s’étend dans le sud-est du Brandebourg et le nord-est de la Saxe (même aux frontières avec la Pologne et la Tchéquie auapravant). Il s’agit du 2ème plus grand gisement de lignite d’Allemagne après le bassin rhénan. L’exploitation de ce bassin démarra vers 1789 mais, avec la révolution industrielle, elle s’intensifia. Après la Première Guerre mondiale, les mines à ciel ouvert de Lusace devinrent névralgiques pour l’économie allemande en alimentant les centrales à charbon. L’utilisation du lignite fut par la suite particulièrement intensive en RDA. Les gisements fossiles étaient de loin la première source d’énergie du pays et servait pour tout (électricité, chauffage urbain, briquettes, coke, goudron, pétrole, gaz). Au plus fort de l’exploitation minière du lignite, un tiers du district de Cottbus, qui avait gagné le surnom Energiebezirk (district énergétique), était consacré à l’exploitation minière. La centrale électrique de Boxberg (à 50 km de Cottbus) consommait environ 100 000 tonnes de lignite par jour. Aujourd’hui, environ un tiers du lignite allemand est extrait dans la région de Lusace. En 2018, 60,7 millions de tonnes était extrait en Lusace (provenant de 4 mines à ciel ouvert) sur les 166,3 millions produites en Allemagne. Ses débouchés portent essentiellement vers les centrales électriques de Jänschwalde, Schwarze Pumpe, Boxberg et Chemnitz-Nord. L’industrie du lignite emploie environ 4 500 personnes dans le Land de Brandebourg actuellement, l’un des plus grands employeurs privés. Cottbus, qui accueille aujourd’hui le Braunkohlenausschuss (Comité Lignite) qui prend des décisions régionales en matière de planification et de rénovation, connaissait une première mine, dont l’exploita débuta en 1981 et s’arrêta le 23 décembre 2015. La seconde mine de Jänschwalde se situe au nord-est de Cottbus. Environ 10 millions de tonnes de lignite y sont extraites chaque année, qui sert exclusivement à alimenter en combustible la centrale électrique de Jänschwalde.

#1053 – Linz ASK : die Schwarz-Weißen

Les noir et blanc. Le 7 août 1899, à Linz, le Athletiksportklub Siegfried fut fondé mais cette association se concentrait sur l’haltérophilie et la musculation. La section football n’apparût qu’en février 1919, en intégrant les footballeurs du Linzer Sport-Klub (et certains du Germania) dont le club n’avait pas survécu à la Première guerre mondiale. Malgré la jeunesse de la section, le football était si populaire que cette activité prit une importance telle au sein du Athletiksportklub Siegfried, que le 14 Septembre 1919, la direction changea le nom du club pour Linzer Athletik-Sport-Klub. L’article 3 des statuts stipulait que les couleurs étaient le noir et le blanc, comme celles de ses deux « prédécesseurs ». En effet, aussi bien Siegfried que LSK évoluaient en noir et blanc.

Le LSK fut fondé le 25 juillet 1908 par la volonté de Ernst Wengraf, un passionné de football et autour des footballeurs Albert Siems et Otto Zwicker. Siems avait déjà joué pour le Vienna Cricket and Football-Club et Zwicker évoluait au Wiener Sportklub. Ce dernier club, fondé le 24 février 1883, possédait également le noir et blanc comme couleurs, qui étaient donc plutôt à la mode dans le football autrichien. J’émettrais une hypothèse concernant cette mode. A la fin du XIXème, même si l’Empire Austro-Hongrois était puissant, un autre Etat montait en puissance et portait haut la germanitude, sous la houlette de la redoutable Prusse : le Reich Allemand. Or, le Reich adopta un drapeau avec trois bandes horizontales de couleurs noir, blanche et rouge (qui reprenaient les couleurs de la Prusse, noir et blanc, et de la Ligue Hanséatique, rouge et blanc). Et justement dans cet Empire Austro-Hongrois qui regroupait une mosaïque de peuple (autrichien, hongrois, tchèque, slovaque, croate, serbe, slovène, italien, roumain, polonais, ukrainien), il y avait certainement un besoin d’affirmer sa germanitude et elle s’exprima dans le sport. Un nombre certain de clubs autrichiens prirent donc ces fameuses couleurs noire et blanche. A noter que si les couleurs principales du LASK sont le noir et le blanc, le rouge apparait sobrement mais régulièrement sur les tenues ou le blason du club (ce qui renforce mon hypothèse). Au delà de la couleur, d’autres s’inspirèrent de l’Allemagne pour leurs noms. Ainsi, on comptait un Germania Linz (Germanie étant le nom latin de l’Allemagne), Deutschen Jungmannschaft Währing à Vienne (Deutschen signifiant Allemand), Deutsche Fußball-Club Prag, Deutscher Sportverein Troppau … . Or, Germania Linz contribua à la création de la section football du LASK. De même, la section football du Wiener Sportklub qui aurait pu inspirer les fondateurs du LASK, était issue de la fusion du Fußball- und Athletik-Club Vorwärts et du Deutschen Jungmannschaft Währing qui prit le nom de Deutschen Sportverein.

Malheureusement, après avoir joué plus de 100 ans avec ces couleurs, le club succomba aux espèces sonnantes et trébuchantes d’un sponsor, BWT. Fabriquant de systèmes de traitement de l’eau autrichien, BWT imposa sa couleur rose au maillot du LASK. Par petite touche en 2019 puis le troisième maillot intégralement rose en 2020, puis lors des matchs importants ou de Coupe d’Europe le rose est privilégié et enfin, le premier maillot en 2022 devient finalement rose (sans rappel des couleurs historiques). Les supporteurs bataillèrent tout au long de ces années pour s’opposer à ce mouvement mais l’argent fut plus important que les traditions pour les dirigeants. Pour les amadouer, la direction modifia les statuts qui précisent que les armoiries restent exemptes de publicité et les couleurs du club sont le noir et le blanc. Mais ils indiquent aussi que la tenue vestimentaire du club est déterminée par le conseil d’administration. Et donc peuvent ne pas être noir et blanc.

#1025 – FC Sankt Pauli : Weltpokalsiegerbesieger

Vainqueur de la Coupe du monde. Le club a pris l’habitude de se surnommer ainsi et de nombreux t-shirts portés par ses supporteurs arborent fièrement ce surnom. Mais prétendre à ce titre alors que le palmarès du club se limite à un championnat de seconde division en 1977, n’est-ce pas un peu prétentieux ? Evidemment ce n’est pas ce sacre qui conduisit à ce surnom un peu tape-à-l’œil. Mais, une simple victoire contre le Bayern Munich suffit au bonheur des fans de Sankt Pauli.

A l’issu de la saison 2000-2001, Sankt Pauli accéda à la Bundesliga. Mais, au sein de l’élite, l’équipe de Hambourg s’écroula. Le club termina à la dernière place avec seulement 4 victoires à son compteur et à 12 points du premier non-relégable. Seulement, dans cette saison noire, il y eut une éclaircie le 6 février 2002. 21ème journée du championnat, Sankt Pauli, déjà dernier du championnat, accueillit le Bayern Munich, 2ème, dans son stade du Millerntor. La partie semblait déséquilibrée pour une équipe de Sankt Pauli qui n’avait remporté que deux matchs depuis le début du championnat. En face, l’ogre bavarois qui comptait dans ses rangs Willy Sagnol, Bixente Lizarazu, Mehmet Scholl, Stefan Effenberg, Ciriaco Sforza, Giovane Élber et bien d’autres stars. Surtout, quelques mois auparavant le Bayern avait remporté sa deuxième coupe intercontinentale face à Boca Junior. L’équipe munichoise avait donc gagné le titre officieux de « champion du monde » . Mais, le scénario du match ne se déroula pas comme prévu. A la 30ème minute, le milieu Thomas Meggle marqua le premier but pour Sankt Pauli, suivi 3 minutes plus tard par un second de Nico Patschinski. Le Bayern était abasourdi et ne réagit qu’à la 87ème en réduisant le score par l’intermédiaire d’une tête de Willy Sagnol.

Même si la suite de la saison fut catastrophique, cette victoire redonna un peu d’espoir et d’honneur aux fans de Sankt Pauli. 10 ans plus tard, lors d’une célébration de cette victoire (car oui Sankt Pauli fête cette victoire à défaut de célébrer d’autres titres), Nico Patschinski déclarait « Der Sieg war eine Sensation zu der Zeit, ganz klar. Wir hatten lange nicht gewonnen und schlagen dann ausgerechnet die Bayern » (La victoire fit sensation à l’époque, c’est clair. Nous n’avions pas gagné depuis longtemps et nous avons battu le Bayern). Mais Sankt Pauli n’avait pas seulement battu le Bayern, l’équipe avait gagné face au dernier vainqueur de la Coupe du Monde. Le battage médiatique autour de cette victoire qui s’en suivit fut important. Dans la foulée, les t-shirts imprimées spécialement pour l’occasion, sur lesquels le club se célébrait comme Weltpokalsiegerbesieger, se vendirent comme des petits pains auprès des fans. En battant le dernier vainqueur de la Coupe du Monde, Sankt Pauli avait l’impression aussi de remporter cette coupe.

#998 – Alemannia Aix-la-Chapelle : Kartoffelkäfer

Les doryphores. Oui, ce petite insecte, ennemi bien connu des cultivateurs de pomme de terre, à l’aspect peu séduisant, est le surnom d’une équipe de football. Or, son aspect est à l’origine direct du surnom des joueurs d’Aix la Chapelle. Ses œufs sont de couleurs jaune vif. À l’état de larve qui mesure environ 1 cm de long, l’insecte est rouge orangé avec des stigmates noirs sur les côtés. Puis, à ,l’âge adulte, il arbore une carapace jaune rayée de bande noire dans le sens de la longueur. Or, les couleurs du club sont le noir et le jaune. Et pendant de nombreux années, le maillot d’Alemannia était rayé de bandes noires et jaunes. De quoi rappeler ce coléoptère que les allemands venaient de découvrir. En effet, l’aire d’origine du doryphore se situait au Mexique central. Puis, au XIXème siècle, il se propagea aux Etats-Unis à partir du Sud-Ouest et attint l’Europe, par la région de Bordeaux, dans les années 1920. A l’aube de la Second Guerre Mondiale, le Doryphore s’installa en Allemagne.

A la fin du XIXème siècle, les étudiants de 3 lycées de la ville, Kaiser-Wilhelm-Gymnasium, Oberrealschule et Realgymnasium, se rencontraient régulièrement sur une aire de jeux de la rue Franzstraße. En mai 1900, ils décidèrent de fonder un nouveau club. Dans un Empire Allemand naissant (sa proclamation datait de 1871, soit à peine 30 ans avant), le sport était un catalyseur de la jeunesse et un moyen d’y affirmer l’identité d’une nation. Ainsi, de nombreuses nouvelles associations sportives firent le choix de s’approprier ou de se référer à des symboles forts d’une prétendue éternelle nation allemande. Dans le nom de clubs, ce choix fut flagrant : Borussia qui signifie Prusse en latin (à Dortmund, Mönchengladbach et un club de Berlin), Preussen qui signifie prusse en allemand (à Hamm et à Berlin), Germania nom latin de l’Allemagne (à Berlin, Brême, Francfort, Mühlhausen, Mannheim et Braunschweig), Arminia, en rapport avec le chef barbare Arminus, présenté comme un héros national (à Bielefeld), Teutonia détivé du peuple germanique Teuton, parfois synonyme d’Allemagne (pour un club de Berlin) et Deutscher, Allemand en allemand (à Hannovre). Pour les étudiants-fondateurs d’Aix-la-Chapelle, le choix se porta sur un peuple germanique qui fut présent dans la région d’Aix-la-Chapelle, les Alamans.

Pour les couleurs, la décision fut plus facile puisque les couleurs de la cité du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie sont le noir et le jaune. Elles sont tirés directement des armes de la ville qui représentent, sur un fond jaune, un aigle noir, copie quasi-parfaite des armoiries du Saint-Empire romain germanique (d’or, à l’aigle déployé à bec de sable et membré de gueules). Cette tradition de l’aigle noir sur fond jaune comme armes d’une ville était largement diffusée au sein du Saint-Empire tels que pour les villes de Besançon (France – ville impériale en 1290), Dortmund (Allemagne – ville impériale en 1236), Essen (Allemagne – ville impériale en 1377), Lübeck (Allemagne – ville impériale en 1226), Nimègue (Pays-Bas – ville impériale en 1230), Nördlingen (Allemagne – ville impériale en 1215) ou Reutlingen (Allemagne – ville impériale vers 1240). En effet, la cité qui obtenait le statut de ville-libre ou ville impériale, n’était plus soumis à aucun souverain local mais dépendait directement de l’Empereur. Cette grande liberté se traduisait donc dans les armoiries en reprenant le bouclier du Saint-Empire. L’avantage pour les fondateurs étaient donc d’honorer les couleurs de la ville tout en revendiquant une identité allemande, en se référant au Saint-Empire.

#947 – VfL Bochum : die Graue Maus

La souris grise. En allemand, l’expression graue maus caractérise une personne discrète, pudique, même un peu triste, généralement utilisée pour une femme. Dans le football, elle qualifie une équipe qui joue un football peu flamboyant (pour ne pas dire ennuyeux, sans ambition) et dont les résultats conduisent à évoluer dans le ventre mou du championnat. S’il s’agit d’une expression commune et utilisable pour toutes les équipes, elle est également aujourd’hui très attachée au club de football de Bochum, qui l’illustra dans les années 1970 et 1980.

Ville de la région industrielle de la Ruhr, qui compte près de 5 200 000 d’habitants concentrés sur plusieurs cités, le club de football de Bochum est coincé footballistiquement entre Dortmund, avec son Borussia, et Gelsenkirchen, et son Schalke 04. Difficile alors d’exister entre ces deux géants historiques du football allemand. Pourtant, entre 1971 et 1993, Bochum fut un membre sans discontinuité de l’élite allemande. Mais, cette présence ne se caractérisa pas des résultats étincelants. En effet, plus que d’évoluer dans le ventre mou du championnat, Bochum fleurta plusieurs fois avec la relégation. Le meilleur classement durant cette période fut une 8ème place en 1978-1979. Sur ces 22 saisons d’affilée en Bundesliga, Bochum conclut 15 fois son exercice dans la seconde partie du classement dont 10 fois au-delà de la 14ème place. A partir de la saison 1986-1987, le club ne connut que le bas du classement. En 1990, le VfL termina la saison à la 16ème place et fut donc contraint de joueur une confrontation de barrage face au 1.FC Sarrebruck. Bochum remporta le match aller à Sarrebruck grace à un penalty (victoire 1-0). Au retour, à domicile, Bochum fit seulement match nul (1-1). A force d’évoluer sur le fil du rasoir, Bochum chuta finalement lors de l’exercice 1992-1993, après avoir fréquenté la zone de relégation depuis la 9ème journée (et même la dernière place lors de 12 journées en cumulé).

Durant ces 22 saisons, l’équilibre financier du club était également fragile et pour boucler son budget, le club se séparait de ses meilleurs éléments à l’intersaison. Sur le plan de jeu, son style n’était pas flamboyant mais il semble un peu sévère de le juger comme ennuyeux. En tout cas, ce débat anime les supporteurs du club et les journalistes. Certains avancent qu’à défaut de génie, les joueurs étaient tenaces sur le terrain et qu’ils pouvaient parfois titiller les « gros chats » du championnat. Pour d’autres, il était assommant de fréquenter les travées du Vonovia-Ruhrstadion.