#1461 – Frosinone Calcio : Ciociari

Encore un terme péjoratif qui s’est transformé comme l’identité d’une région. Loin d’être une simple appellation sportive, il s’agit d’un gentilé des habitants de la région de Frosinone et ce terme plonge ses racines dans les traditions vestimentaires, la littérature et l’histoire sociale de la péninsule.

Pour comprendre ce surnom, il faut remonter à un vêtement traditionnel : la ciocia (au pluriel ciocie). Il s’agissait d’une chaussure très rudimentaire, constituée d’une semelle en cuir maintenue par de longues lanières s’enroulant autour des mollets. Elles se reconnaissaient par le cuir qui dépassait devant et remontaient vers le haut, formant une pointe courbée. Cela protégeait les orteils des chocs contre les pierres sur les sentiers de montagne. Économiques et adaptées aux terrains rocailleux des Apennins, ces chaussures étaient portées par les bergers. Le terme pourrait provenir soit du latin soccus, soit du dialecte istrien cioccu (qui signifie pointe, bec). En fait, les ciocie ou des sandales similaires chaussaient les bergers et les paysans dans de nombreuses régions d’Italie du Nord. Mais, dans le latium, ces ciocie distinguaient les populations pauvres des régions avoisinantes de la capitale et les riches habitants de Rome désignèrent ainsi de manière péjorative par Ciociari (littéralement « ceux qui portent les ciocie« ) les paysans rudes et misérables issues des zones reculées qui venaient chercher du travail ou vendre leurs produits en ville. Il pourrait être vu un peu comme un équivalent de « plouc » ou « péquenaud ».

Le terme semble apparaître au XVIIIème siècle et se répand et se popularise surtout au XIXème siècle. Avant de s’imposer globalement pour désigner les habitants de la région de Frosinone, le terme a d’abord connu une large diffusion à travers la peinture et la littérature de la péninsule, qui s’en sont emparées pour en faire un archétype esthétique. Au XIXème siècle, cette figure du pauvre provincial fascine les artistes, à l’image du peintre Francesco Hayez qui ouvrit la voie avec son tableau « La Ciociara » en 1842. Rapidement, les grands auteurs italiens intégrèrent le terme dans leurs œuvres pour dépeindre la rusticité, la dignité ou la mélancolie de ces populations comme les poètes Giosuè Carducci, Giovanni Pascoli et Cesare Pascarella, dans son œuvre « Viaggio in Ciociaria » ainsi que l’écrivain Gabriele D’Annunzio. L’œuvre littéraire d’Alberto Moravia, « La Ciociara » (1957), et son adaptation au cinéma par Vittorio De Sica en 1960 (qui a valu un Oscar à l’actrice Sophia Loren), finirent d’inscrire ce terme dans le patrimoine culturel mondial, l’associant à jamais au courage et au drame des habitants de cette région pendant la Seconde Guerre mondiale.

Par extension, au cours du XIXème siècle, le nom populaire de Ciociaria a commencé à être employé pour désigner certains territoires géographiquement imprécis situés au sud-est de Rome, entre le Latium actuel et la Campanie. À cette époque, la région ne possédait pas de définition administrative stricte sous ce nom. L’évolution de ce terme vers une véritable entité territoriale s’est principalement opérée à partir de la période fasciste. L’usage a progressivement superposé la notion de Ciociaria aux frontières de la province de Frosinone (instituée en 1927). Ainsi, au fil du XXème siècle, ce qui était à l’origine une moquerie citadine s’est transformé en un véritable emblème de fierté régionale. L’image du Ciociaro est devenue celle d’un peuple authentique, profondément attaché à sa terre et doté d’une grande résilience.

#1460 – AS Douanes : les Gabelous

Au début des années 2000, des agents de la Direction Générale des Douanes constituèrent une équipe de football pour participer à des tournois corporatistes. Leur tout premier match fondateur se joua lors d’un tournoi organisé par le génie militaire. Puis, malgré le manque de moyens, l’équipe se développa et sortit du giron corporatiste dès 2001 et en 2014, elle rejoint la fédération burkinabè. La Direction Générale des Douanes comprit l’intérêt de posséder un club de sports en son sein afin de donner une image plus positive et dynamique des douanes auprès de la population burkinabè. En effet, cette dernière ne voyait l’administration des Douanes qu’au travers de sa mission de répression. Désormais, les douanes permettent aussi aux jeunes de pratiquer leur passion.

Ce club omnisports (il compte des équipes de football, volleyball, handball, judo, athlétisme et basketball) est donc lié à l’administration des douanes. Le Directeur Général des Douanes est statutairement le président d’honneur de l’AS Douanes. Le comité central, qui inclut des membres de la mutuelle et du syndicat des douanes, comprend aussi un « officier des sports », dont le rôle est de coordonner les activités entre l’administration douanière et le club sportif. L’administration douanière suit les performances de près, écrit officiellement pour féliciter les joueurs après des succès majeurs, et organise des soirées de célébration au sein même de la Direction Générale.

Le sobriquet de gabelous était donc logique. Ce terme est devenu un synonyme de douanier. Sous l’Ancien Régime, en France, les douaniers étaient des percepteurs d’impôts. En particulier, ils collectaient la gabelle, l’impôt sur le sel. Cet impôt était considéré comme le plus injuste car il portait sur une denrée incontournable pour conserver les aliments, le sel. De gabelle fut dérivé en ancien français le terme gabeleur, pour nommer les douaniers en charge de la collecte. Dans certains dialectes, le terme devint gabelous et par extension est devenu le mot familier pour désigner les douaniers.

#1459 – Sunshine Stars FC : the Owena Waves

Les vagues d’Owena. Le Sunshine Stars Football Club, fondé en 1995 et basé à Akure, dans l’État d’Ondo, s’est imposé comme l’une des formations incontournables de la première division du championnat de football du Nigeria. Ses joueurs sont affectueusement surnommés The Owena Waves. Ce surnom, loin d’être une simple métaphore sportive, est un ancrage géographique profond. Il rend hommage à la rivière Owena, un cours d’eau dont le rôle environnemental, économique et social est indispensable à toute la région de l’État d’Ondo.

Située dans le sud-ouest du Nigeria, la rivière Owena prend sa source dans les collines du nord-ouest de la région. Elle serpente ensuite sur une longueur approximative de 43 kilomètres, traversant un bassin versant vaste qui couvre environ 790 kilomètres carrés. Au cours de son parcours, la rivière traverse plusieurs zones administratives, notamment celles d’Ifedore et d’Ondo East, avant de se fondre dans le bassin hydrographique plus large de Benin-Owena. Bien que la rivière Owena ne figure pas parmi les longs fleuves du continent africain, son débit constant et la morphologie de son bassin en font une artère hydrique de valeur pour ce territoire. Dès 1960, le premier grand projet d’adduction d’eau de la région s’est appuyé sur son flux pour alimenter plusieurs municipalités. Cependant, face à une croissance démographique rapide, le gouvernement a commandité en 1976 le développement d’un projet de plus grande envergure : le barrage à buts multiples d’Owena (Owena Multipurpose Dam).

Ce barrage abrite un réservoir d’une superficie d’environ 7,8 kilomètres carrés et alimente une station de traitement moderne capable de traiter 60 000 mètres cubes d’eau par jour. Cette infrastructure est essentielle pour la ville d’Akure et les communautés voisines des États d’Ondo et d’Ekiti. La conception du barrage inclut des canaux permettant l’irrigation de près de 3 000 hectares de terres agricoles environnantes, soutenant ainsi les récoltes indépendamment des saisons des pluies.

Le surnom du club s’approprie à la fois l’aspect identitaire de la rivière pour la région mais aussi sa force, renforcée par l’adjonction du terme « vague ». Dans le langage footballistique, la métaphore de la vague incarne le mouvement perpétuel, la persévérance et une force irrésistible capable de submerger les défenses adverses.

#1458 – Étoile Filante de Lomé : les Météores

Fondée en 1932, l’Étoile Filante de Lomé est l’une des institutions les plus importantes du football togolais. Pour comprendre l’origine de son nom, il faut se replonger dans le contexte de la naissance des sociétés sportives en Afrique et en Europe au début du XXème siècle. Lors de la création des premières associations sportives, le choix du nom revêtait souvent une importance capitale : il devait porter un idéal, être évocateur. L’Étoile est ainsi devenue l’un des patronymes les plus répandus dans le monde du sport. Symboliquement, l’étoile est le repère dans la nuit, l’astre qui indique la direction à suivre. Notamment pour les associations sportives issus des patronages religieux car l’étoile avait aiguillé les Rois Mages vers le Christ. Au delà du guide, l’astre était aussi le symbole de l’excellence et du succès. Au final, l’Étoile incarnait le guide moral et spirituel, incitant les jeunes athlètes à l’élévation, à la discipline et à la recherche de l’excellence.

En associant à cet astre l’adjectif « filante », un choix métaphorique et poétique, les fondateurs de ces clubs visaient à mettre en avant des qualités sportives précises : L’idée d’une équipe éblouissante ainsi que la fulgurance et la vitesse de l’équipe. On retrouve ainsi des Étoiles Filantes en France à Bastia et Plougourvest mais surtout en Afrique (Étoile Filante de Garoua (Cameroun), Étoile Filante FC (Bénin), Étoile Filante de Ouagadougou (Burkina Faso)).

Si l’appellation officielle séduit par sa poésie, la presse sportive et les supporters ont très vite adopté le surnom de Météores pour désigner les joueurs de la capitale togolaise. Ce glissement sémantique repose sur une réalité scientifique stricte. En astronomie, une étoile filante et un météore sont en effet une seule et même chose. Revenons sur les différents phénomènes célestes qui sont régulièrement confondus. Une comète est un grand corps céleste, composé principalement de glace et de poussière, qui orbite autour du Soleil. Lorsqu’elle s’en approche, la chaleur sublime la glace, créant une longue traîne lumineuse qui peut être visible dans le ciel pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Le météore (ou étoile filante) est un phénomène lumineux bref, intense et éphémère. Il se produit lorsqu’un petit débris spatial (appelé météoroïde) pénètre dans l’atmosphère terrestre à une vitesse extrême, pouvant atteindre plusieurs dizaines de kilomètres par seconde. La friction avec l’air chauffe ce débris jusqu’à le vaporiser, créant le trait de lumière furtif que nous observons depuis le sol. Enfin, la météorite est un fragment rocheux ou métallique qui ne s’est pas entièrement désintégré lors de sa traversée de l’atmosphère et qui finit par percuter la surface de la Terre.

Pour autant, le surnom dérive parfois en « les Météorites » et s’anglicise en « Shooting Stars », la traduction des Étoiles Filantes.

#1457 – Bamboutos FC : les Mangwas Boys

Les garçons de Mangwa, nom en langue ngiemboon des Monts Bamboutos. Le club réside dans la ville de Mbouda, l’une des principales cités du pays de l’ethnie des Bamikélés, au Nord-Ouest du Cameroun. Son surnom Mangwa Boys est le reflet d’une région majestueuse et des traditions séculaires du peuple Bamiléké. Il rappelle que l’équipe est l’ambassadrice directe d’un département à l’identité forte et singulière.

Le club porte en effet le nom du département de Bamboutos, où se situe Mbouda, dont les paysages associent des hauts plateaux, des massifs montagneux (d’anciens volcans) et des vallées encaissées. Il est dominé par la chaîne montagneuse éponyme, un imposant massif volcanique dont le point culminant, le mont Mélétan, approche les 2 740 mètres d’altitude (le troisième plus haut sommet du Cameroun après le mont Cameroun et le mont Oku) et qui s’étend du nord-est au sud-ouest sur environ 50 km. Caractérisé par une vaste caldeira (de forme elliptique d’environ 10 à 16 km de diamètre), ce relief bénéficie d’un climat d’altitude et agit comme un véritable château d’eau naturel, alimentant plusieurs bassins fluviaux essentiels du pays (Noun, Mbam et Sanaga).

Les pentes des monts Bamboutos sont le moteur de la vie économique locale. Face à une densité démographique parmi les plus élevées du Cameroun (jusqu’à 500 habitants/km² sur le plateau bamiléké), le territoire a dû s’adapter. Historiquement tournée vers la culture du café, l’économie s’est massivement orientée vers l’agriculture maraîchère, tirant profit de l’exceptionnelle fertilité des sols volcaniques. Au-delà de la géographie et de l’agriculture, les monts Bamboutos revêtent une dimension mystique fondamentale pour les communautés Bamilékées locales. La terre n’y est pas perçue uniquement comme un outil de production, mais comme un héritage ancestral inaliénable. Les montagnes, avec leurs grottes, leurs forêts et leurs cours d’eau, abritent de nombreux sanctuaires naturels où s’exercent les cultes traditionnels et le culte des ancêtres.

#1456 – Racing Club Abidjan : les Lions

Reconnu pour la qualité de son centre de formation, ce jeune club de la capitale économique ivoirienne a su très rapidement s’imposer parmi l’élite. Ancien joueur et éducateur entre autres de l’AS Monaco et Evian Thonon Gaillard, Souleymane Cissé fonda en 2006 un centre de formation à Abidjan pour développer des jeunes talents. Sa vision était que le football peut être un outil puissant d’éducation et de transformation sociale. Quand les premières générations formées étaient devenus mures, Souleymane Cissé acheta un club de football, le FC Kokoumbo, en 2016. Ses protégés pouvaient ainsi accéder à la troisième division nationale et démarrer leur acension. Puis, en 2017, il changea de nom pour devenir le Racing Club d’Abidjan et dans la foulée remporter le championnat de seconde division. Sa première saison au sein de l’élite (2018-2019) se conclut par une superbe 4ème place. Puis, le club marqua un grand coup l’année suivante en remportant son premier titre nationale (après un exercice tronqué par le coronavirus).

Son écusson arbore fièrement une tête de lion qui est devenu également son surnom. Pourtant, le félin a disparu depuis longtemps de la forêt ivoirienne et sa présence à Abidjan se limite aux quelques spécimens présents au Zoo. Ce dernier ne se situe pas plus dans le quartier où est né l’académie et où réside le club (Yopougon). En réalité, adopter l’image du roi de la savane pour le club est un choix (classique) pour symboliser la force, la détermination et l’esprit de conquête sur le terrain. Des valeurs que Souleymane Cissé souhaite voir développer par ses jeunes pouces comme les joueurs professionnels. Pour la petite histoire, l’importance de ce symbole est telle que fin 2020, le club a modernisé son logo en remplaçant l’ancien lion de profil par un majestueux lion vu de face. Ce changement visait à imposer une image de « fauve » encore plus intimidant et prêt à affronter ses adversaires les yeux dans les yeux.

#1455 – ASC La Linguère : Samba Linguère

Surnommés les Samba Linguère, les joueurs de l’ASC La Linguère représente la ville de Saint Louis, cité tricentenaire. Il ne s’agit pas d’un simple pseudonyme sportif. Ils incarnent un héritage séculaire, celui d’un idéal sociétal profondément ancré dans la culture wolof et sénégalaise.

Tout d’abord, pourquoi s’appeler la Linguère alors que la ville se nomme Saint Louis ? En 1969, Lamine Diack (Ministre du Sport du Président Léopold Senghor) fit voter une loi instituant le regroupement des petits clubs pour créer de nouvelles places fortes sportives en mesure de s’imposer sur le plan continental. À Saint-Louis, deux équipes rivales et historiques, l’Espoir de Saint-Louis et la Saint-Louisienne, s’unissaient en septembre 1969 pour former une seule grande entité. Lors du congrès constitutif organisé le 14 septembre 1969, la commission paritaire chargée de la fusion avait initialement proposé de nommer le nouveau club « Renaissance ». Mais, l’un des membres, Seydina Oumar Sy, proposa en dernière minute « La Linguère » et cette idée l’emporta. Les archives relatent que ce choix fut si tardif que le ministre de la Culture de l’époque, Amadou Mahtar Mbow, n’en eut pas connaissance et fit son discours officiel devant le congrès constitutif en utilisant le nom de « Renaissance » et non de « La Liguière ».

Quant aux raisons exactes qui ont poussé Seydina Oumar Sy à proposer ce nom, les sources manquent pour établir une vérité. Toutefois, nous pouvons logiquement déduire que le choix du terme « Linguère » résonnait en parfaite adéquation avec l’identité de Saint-Louis. Dans l’organisation sociale des anciens royaumes wolofs et sérères, la Linguère désignait une femme de sang royal, souvent la mère ou la sœur du souverain en place. Elle était une figure de pouvoir intellectuel et politique, incarnant la grâce, la noblesse et l’honneur. Ainsi, ancienne capitale du Sénégal, ville de raffinement et de fierté, Saint-Louis se devait d’avoir un club au nom majestueux. Là où « Renaissance » sonnait de manière générique, « La Linguère » ancrait immédiatement la nouvelle équipe dans le patrimoine royal et culturel de la région.

Le surnom a naturellement découlé du nom du club. Le terme « Samba Linguère » est la fusion de deux concepts fondamentaux. D’une part, la « Linguère » était cette figure féminine royale, représentant la noblesse et l’honneur. D’autre part, Samba est un prénom masculin traditionnel, souvent utilisé dans la littérature et les contes populaires pour désigner le jeune homme, à la fois intrépide et loyal. L’association des deux mots désigne ainsi le fils de la noblesse, l’aristocrate accompli. Sociologiquement, le Samba Linguère est l’équivalent du preux chevalier dans la culture européenne ou du samouraï au Japon. Il est un homme de parole, élégant dans son port et dans ses actes, d’une bravoure à toute épreuve, prêt à se sacrifier pour défendre les siens et son honneur et d’une grande générosité. Dans le roman « Karim » (publié en 1935) de l’écrivain sénégalais Ousmane Socé Diop, le héros tente de se comporter en « vrai samba-linguère », ce qui le pousse à s’endetter et à se ruiner pour séduire la jeune Marième à coups de dépenses fastueuses. Ce même écrivain consacra une œuvre spécifique à cet archétype, intitulée « Tanor, le dernier Samba-Linguère ».

Aujourd’hui, avec la modernisation de la société, le terme s’est adapté. Dans son sens noble, il désigne simplement un homme qui connaît son devoir moral et le remplit en toute circonstance avec dignité et panache. Mais, dans un sens plus mondain (et parfois critique), l’expression est employée pour décrire un homme qui fait étalage de sa générosité de façon presque démagogique. C’est celui qui distribue allègrement des présents ou des billets de banque lors des cérémonies ou des xawaare (soirées mondaines) simplement pour tenir son rang, impressionner la galerie ou flatter son amour-propre. Transposé au football, exiger d’un joueur qu’il soit un « Samba Linguère », c’est lui demander de se battre sur le terrain avec un courage indomptable, tout en conservant une dignité et une droiture irréprochables dans le jeu.

#1454 – Zanaco FC : the Bankers

Les banquiers. En Zambie, les principales équipes de football sont des émanations ou sont financés par les grandes entreprises du pays. Power Dynamos est supporté par la compagnie électrique Copperbelt, ZESCO United par la compagnie électrique ZESCO ou encore Nkana FC par la société minière Mopani Copper Mines. Zanaco n’échappe pas à la règle et ce lien corporatiste explique le surnom. « Zanaco » est en effet la contraction de Zambia National Commercial Bank, l’entité fondatrice et le sponsor principal de l’équipe.

En 1978, des stagiaires de la banque Zanaco souhaitaient créer une équipe de football. Leur objectif étaient de rejoindre une nouvelle ligue qui devait voir le jour et qui opposaient les équipes des différentes institutions financières résidant dans la capitale, Lusaka. La direction de la banque Zanaco partagea l’enthousiasme de ses stagiaires car cette équipe pouvait renforcer le lien social entre les collaborateurs. L’appellation The Bankers s’est imposée naturellement auprès des supporters, des adversaires et des médias pour désigner les joueurs défendant les couleurs de cette banque prestigieuse.

Fondée en 1969 par le gouvernement de la République de Zambie dans le but de structurer les besoins financiers de l’économie locale, la Zanaco a considérablement évolué au cours du dernier demi-siècle. Aujourd’hui, l’établissement est coté à la Bourse de Lusaka et se positionne comme la plus grande institution financière du pays en termes de capitalisation boursière. Surnommée la « Banque du Peuple », elle possède un ancrage territorial inégalé avec plus de 60 succursales réparties dans les 10 provinces zambiennes et compte près de 4 millions de clients. Son objectif de soutenir à la fois les particuliers, les entreprises et l’agriculture se prolonge dans le domaine social et sportif à travers le financement de son équipe de football phare.

#1453 – Binga FC : les Kèlètchè du Golf

Les guerriers du golf. En langue bambara (la plus parlée au Mali), Kèlètchè signifie guerrier. Le surnom peut être utilisé de manière totalement francisé « les guerriers du Golf ». Fondé en 2009, le club connait au début des années 2020 des saisons historiques qui vont forger son identité et son surnom. Tout d’abord, le terme « Golf » fait tout simplement référence à l’ancrage territorial du club à Bamako. Le Binga FC est originaire de Baco-Djicoroni Golf, un quartier très connu de la capitale malienne. Dans le langage courant, les Bamakois appellent souvent ce secteur simplement « le Golf ».

En 2021, alors que le club évoluait simplement en seconde division, il se qualifia pour la finale de la Coupe du Mali face au Stade Malien. Après avoir mené 2 à 0 jusqu’à la 86ème, les joueurs du Binga cédèrent aux coups de butoir du Stade qui planta 3 buts (dont 2 sur pénalty à une minute d’intervalle), privant le petit club de Bamako d’un premier titre national. Toutefois, le Stade Malien ayant réalisé le doublé Coupe-Championnat, le Binga FC se retrouva qualifier pour la Coupe de la confédération africaine 2021-2022. Cette première campagne continentale constitua une véritable épopée pour le Binga FC en dépit de ses moyens financiers limités et de sa présence en seconde division. Binga FC affronta au premier tour préliminaire les Libériens du Monrovia Club Breweries. Au match aller, au Stade Modibo Kéïta à Bamako, Binga remporta la rencontre 3 buts à 0. Au retour, nouvelle victoire : 2 buts à 0. Cependant, pour rallier Monrovia, l’équipe prit un minibus. Deux jours et demi de route furent nécessaires pour faire le trajet de 2 000 kilomètres. Pour certains joueurs maliens, il s’agissait de leur premier voyage hors des frontières. Au second tour, le Binga FC rencontrait le club burkinabé de l’ASFA Yennenga. Battu à domicile (1 à 0) lors du match aller, et après un nouveau voyage en minibus, Binga retourna la situation en remportant le match retour (1-0) puis en prenant le meilleur aux tirs au but.

Au tour suivant, le club zambien du Zanaco FC, reversé de la Ligue des champions, se dressa devant le club malien. Sachant que 15 000 kms séparaient les deux villes (soit un voyage d’une semaine par la route avec 6 frontières à traverser) et que les matchs aller et retour étaient programmés à une semaine d’intervalle (28 Novembre et 5 Décembre), un doute apparut sur la capacité du Binga à honorer sa participation (avec à la clé une sanction de 15 000 dollars et une interdiction de deux ans aux compétitions continentales de la CAF). Le club malien réussit toutefois à lever les fonds nécessaires pour prendre l’avion. Malheureusement, Binga s’inclina 3 à 0 à Lusaka. Au match retour, l’équipe frôla l’exploit en gagnant 2 buts à 0. Si son parcours s’arrêta juste avant les phases de poule, l’équipe impressionna par son courage et sa combativité exceptionnelle sur le terrain, donnant naissance à la légende des guerriers.

#1452 – CARA Brazzaville : les Aiglons

Avec 9 titres de champion et 3 coupes nationales, le CARA Brazzaville est une véritable institution au Congo. Surtout, le club acquit ses lettres de noblesses en remportant la Coupe des clubs champions africains en 1974, à la fin de sa période dorée. Le club naquit d’une frustration. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans la quartier populaire de Poto-Poto à Brazzaville, les missionnaires catholiques de l’École Saint-Vincent favorisèrent la création d’une équipe de football dénommée Renaissance. Rapidement, une seconde équipe se créa et les deux, qui portaient les mêmes couleurs, bleu et jaune, se différencièrent en s’appelant Renaissance A (équipe fanion) et Renaissance B (la réserve). Mais, le niveau de ces deux équipes se rapprochèrent (les deux évoluant alors en première division) et une rivalité apparut qui attint son apogée au début des années 1950. Lors de deux compétitions, les joueurs de Renaissance B eurent le sentiment d’avoir été volé par Renaissance A. En Coupe des Scouts, un pénalty généreusement accordé à Renaissance A donna la victoire face à Renaissance B. Puis, un nouveau duel fratricide se déroula en finale de la Coupe Mgr Augouard. Le gardien de Renaissance B, qui était prêté par la Renaissance A, réalisa une prestation pitoyable qui provoqua une lourde défaite. Ce fut vécu comme une trahison et le divorce était alors acté. En 1952, Renaissance B prit son indépendance et se nomma seulement « Renaissance ».

Mais, pour prendre définitivement son essor, il fallait lancer une nouvelle dynamique qui passait par l’adoption de nouveau symbole. En 1963 (ou 1962), le nom du club s’allongea pour devenir le Club Athlétique Renaissance Aiglon, formant ainsi l’acronyme CARA. À cette époque, Brazzaville vibrait au rythme de la « Kara Kara » , une danse extrêmement populaire. En adoptant l’acronyme CARA qui sonnait comme le phénomène culturel, les dirigeants s’assuraient un immense capital sympathie auprès de la jeunesse et des supporters brazzavillois. Pour le terme « aiglon » qui s’imposa dans le nom, les dirigeants cherchèrent simplement l’inspiration en Europe, et plus particulièrement dans le championnat de France. Ils jetèrent leur dévolu sur l’OGC Nice, l’un des clubs phares de l’époque. En effet, le club azuréen connaissait sa période la plus glorieuse avec 4 titres de champion de France en huit saisons (1950-1951, 1951-1952, 1955-1956 et 1958-1959) et 2 Coupes de France (1951-1952 et 1953-1954). Le club rivalisait alors avec le grand Stade de Reims.

Le club congolais adopta donc le nom « aiglons » qui était le surnom historique des joueurs niçois (cf. #137). Pour que l’hommage soit total et que l’identité visuelle marque les esprits, le club congolais prit également la décision radicale de modifier la couleur de ses maillots. Le CARA abandonna ainsi ses historiques couleurs bleu et jaune pour endosser le rouge et noir du club français.