#870 – TSG 1899 Hoffenheim : Hoffe, Hoppenheim

Ces deux surnoms sont des combinaisons, des jeux de mot constitués à partir du nom de la ville de Hoffenheim et celui du propriétaire du club, l’entrepreneur Dietmar Hopp. D’un côté, le nom de Hopp s’est inclus assez naturellement dans le nom de la ville, soulignant l’imbrication entre le club et son président. De l’autre côté, Hoffe apparaît comme le diminutif du nom de la ville mais, en allemand, « Ich hoffe » signifie « j’espère ». Or, an anglais, cela se traduit par « I hope » , qui est un homonyme du nom du président. Alors pourquoi le club s’assimile autant à son président-propriétaire et pourquoi, de l’espoir, il fallait en avoir pour diriger ce club. Remontons le temps en 2008. Cette année-là, le TSG 1899 Hoffenheim apparut pour la première fois de son histoire en Bundesliga et parvint à réaliser une superbe phase aller, terminant champion d’automne. La performance était d’autant plus remarquable que Hoffenheim est un village de 3 000 âmes. Oui, en Bundesliga, dans un pays de 80 millions d’habitants, comptant de grands clubs européens comme le Bayern et le Borussia Dortmund, un tout petit poucet menait la danse, en pratiquant un football offensif et direct. Cet exploit fut réalisable car le club était porté à bout de bras par le milliardaire Dietmar Hopp. Fondé en 1945, par la fusion du Turnverein Hoffenheim (1899) et du Fußballverein Hoffenheim (1921), le club demeura dans les bas-fonds des championnats régionaux allemands (8ème division) jusqu’en 1990, date à laquelle Dietmar Hopp arriva à la présidence du club.

Dans sa jeunesse, il avait été un attaquant du club mais surtout, en 1972, il fonda avec 4 autres anciens employés d’IBM, la désormais fameuse société de progiciels SAP. Dietmar Hopp fut le PDG de ce leader mondial des ERP de 1988 à 1998, puis devint le président du conseil de surveillance jusqu’en 2003. Il possède aujourd’hui 5,03% des actions du groupe, qui a fait sa fortune estimée à 18 milliards de dollars US (soit la 86ème fortune mondiale en 2020). Forcément, avec cette force de frappe financière, Hoffenheim grimpa vite les différents échelons, gagnant cinq divisions en onze ans. Dietmar tenta de fusionner plusieurs clubs avec le sien et de s’installer dans une plus grande ville, Heidelberg (150 000 habitants), qui étaient aussi sa ville natale, afin de devenir la référence footballistique du land de Bade-Wurtemberg. Mais, son opération échoua et il consacra alors encore plus de moyens pour permettre à Hoffenheim d’atteindre les sommets. Le succès fut donc au rendez-vous en 2008 et depuis, le club évolue au sein de l’élite, venant parfois titiller les grosses écuries. Dietmar Hopp finança la construction d’un stade de 30 000 places, localisée dans la cité voisine de Sinsheim. Hoffenheim accueillit quelques belles références comme David Alaba, Roberto Firmino, Timo Hildebrand, Luiz Gustavo, Kevin Volland ou Demba Ba. Le club est donc viscéralement lié à son propriétaire milliardaire, qui devait avoir de l’espoir à revendre pour rêver d’emmener ce petit club vers les sommets.

#844 – Eintracht Brunswick : die Löwen

Les lions. Depuis quasiment la création du club (et sauf entre 1972 et 1986), un lion trône fièrement sur le blason. De couleur rouge et rampant, il copie intégralement les armes de la ville de Brunswick. Figure héraldique traditionnelle, le lion s’affichait aussi sur les armes des différentes formes étatiques de la région, en particulier la puissante Principauté de Brunswick-Wolfenbüttel. Même les 5 quartiers historiques de Brunswick (Altstadt, Neustadt, Hagen, Altewiek, Sack) ont des blasons qui contiennent une représentation d’un lion. Les origines de ce lion se trouvent dans les armoiries de la famille Welf (ou Guelfes), dont le roi des animaux est la figure principale.

La date exacte de création des armoiries de la cité n’est pas connue, mais il existe une première représentation colorée qui date des années 1366-1367. Dans une lettre de 1438, qui est conservée dans les archives de la ville de Brunswick, Albert II, prince de la maison des Habsbourg et Roi des Romains, reconnut les armoiries de la ville. Avant les armoiries, le sceau de la ville montrait déjà un lion au milieu de l’architecture municipale dès 1231. Cette dernière représentation s’appuyait sur la statue du lion, connu comme Lion de Brunswick ou de Löwenstein, qui est devenu le symbole de la ville. Mais, avant d’être celui de la ville, cette statue de lion fut le représentant de la puissante famille noble Welf et de son ancêtre Henri le Lion.

Issu de la vieille famille germanique des Welf dont les origines sont documentées dès le VIIIème siècle (elle est une des plus vieilles maisons nobles d’Europe encore existante), Henri hérita de nombreuses terres à la mort de son père en 1139 mais avait perdu les principales, les duchés de Saxe et de Bavière. Il reconquit le premier en 1142 et le second en 1156. Vers 1165, il établit sa résidence et sa cour à Brunswick, donnant à la cité une grande dimension, puisque ses possessions équivalaient désormais à un royaume. Désirant afficher toujours plus cette puissance et prospérité, Henri choisit le lion comme symbole. Roi des animaux, le lion affirmait à la fois la puissance et le courage d’Henri ainsi que sa dimension royale. Pour preuve, l’animal était déjà le symbole d’une autre forte couronne, l’Angleterre (pour certain, cette représentation fut la source d’inspiration d’Henri. Ce serait possible d’autant plus qu’il épousa en seconde noce en 1168 Mathilde d’Angleterre, fille de Henri II, roi d’Angleterre, et d’Aliénor d’Aquitaine). Ainsi, en septembre 1156, à la réunification des deux duchés, il reçut son nouveau nom : Henri le Lion. Outre son nom, il décida d’ériger sur la Burgplatz (place centrale de Brunswick qui était entourée du palais d’Henri, le chateau de Dankwarderode, ainsi que la cathédrale et d’autres bâtiments administratifs), un lion en bronze d’un poids de 880 kg, mesurant 1,78 m de haut et 2,79 m de long, dans une forme rappelant la louve du capitole (la charge symbolique est très forte car cela établissait un lien avec l’Empire Romain donc par extension avec le trône impérial du Saint Empire Germanique). Cette statue se dresse encore aujourd’hui sur la place et est devenu le symbole de la ville. Par la suite, un récit médiéval tardif créa une légende autour d’Henri et son lion. L’histoire raconte que lors de son pèlerinage en Terre Sainte, Henri fut témoin d’un combat entre un lion et un dragon. Le duc vint en aide au lion en tuant le dragon. Reconnaissant, le lion le suivit lorsque le duc retourna dans ses terres à Brunswick. Après la mort d’Henri, le lion en deuil se laissa mourir, allongé sur la tombe de son maître. En son honneur, les habitants de Brunswick fondèrent la statue sur la Burgplatz.

#784 – Arminia Bielefeld : die Arminen

Surnom directement tiré du nom du club. Le club fut fondé en 1905 et, pour comprendre son nom, il faut se replonger dans l’Allemagne de cette époque. Depuis le milieu du XIXème siècle, la marche vers l’unification de l’Allemagne était inéluctable. Le processus s’acheva avec la proclamation de l’Empire Allemand le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, avec Guillaume Ier de Prusse à sa tête. Une trentaine d’année plus tard, cet Etat était encore jeune et son nationalisme encore fort, surtout que la construction de l’Empire se faisait par confrontation avec les deux grands empires de l’époque, la Grande-Bretagne et la France. Le sport était alors un moyen pour la jeunesse d’exprimer leur amour de la patrie. Résultat, les fondateurs attribuaient à leurs associations sportives un nom qui rappellait l’Allemagne, la Prusse (l’Etat qui dominait l’Empire Allemand) ou alors ses origines ancestrales. Ainsi naquit les clubs Borussia (Prusse en latin), Preussen, Alemania ou Germania (cf. article #648).

Avant la fondation de l’Arminia, Bielefied comptait déjà une association qui se nommait Teutonia (en référence au peuple barbare et germanique). La ville avait également un autre club, Cheruskia, qui mettait en avant la tribu germanique des Chérusques. Ceci inspira certainement donc les fondateurs d’Arminia. En effet, Emil Schröder, un des 3 fondateurs, était également président d’une association de danse qui partageait le bar local avec le club Cheruskia. Résultat, ils décidèrent de nommer leur club en référence au chef de guerre de la tribu des Chérusques, Arminius. Premier avantage : son ancrage local. Arminius infligea une défaite cuisante à l’Empire romain en 9 après J.-C. à la bataille de Teutobourg. Elle se tint dans la forêt de Teutberg, où se trouve en lisière la ville de Bielefield. Second avantage : son aura nationale. Arminius fut longtemps oublié par les allemands jusqu’au XVIIIème siècle où son histoire commença à trouver une raisonnance avec le mouvement romantique. Issu d’une famille chérusque puissante, il fut éduqué à Rome et revint dans son pays au sein des troupes romaines. Mais, il fut en quelque sorte un agent double car il commença à chercher à fédérer plusieurs tribus germaniques pour repousser les romains, ce qu’il parvint avec la victoire de Teutobourg. Cette dernière mit un terme à toute tentative d’expansion de l’Empire au-delà du Rhin. Au XIXème siècle, dans ce jeune Etat multiethnique se cherchant une identité commune, le chef tribal, fédérateur de différents peuples germaniques, devint un héro allemand, un stimulateur du sentiment national, en lui offrant des racines anciennes. En 1875, l’imposante statue d’Arminius (plus de 50 mètres de hauteur), le Hermannsdenkmal, fut érigé dans la célèbre forêt de Teutobourg. Elle faisait écho à la statue française de Vercingétorix à Alesia.

A Berlin, une histoire similaire se produisit quelques années auparavent (en 1891). Un club de gymnastique fut nommé Arminia car il y avait déjà un club dénommé Cheruscia dans le quartier de Charlottenburg.

#769 – SpVgg Greuther Fürth : die Kleeblätter

Les trèfles. Abonné à la seconde division allemande, le club bavarois va y retourner après cette saison 2021-2022 où il termine à la 18ème place. Le trèfle qui arbore son blason ne lui aura pas porté chance. Ce trèfle provient directement des armoiries de la ville de Fürth. Les armoiries actuellement en vigueur furent approuvées en 1939 mais le trèfle apparaît pour la première fois le 18 janvier 1562 dans le sceau personnel de Johann Hornung, bailli de la cathédrale de Bamberg. Les notaires et les échevins de justice résidant dans la cour de Fürth continuèrent à utiliser le trèfle comme sceau. Puis, en 1693, le trèfle fut utilisé pour la première fois comme cachet de la commune de Fürth. Avec son élévation au rang de ville indépendante au début du XIXème siècle, Fürth se dota pour la première fois d’armoiries qui représentaient donc un trèfle.

Il y a eu de nombreuses tentatives pour expliquer la signification du trèfle et de ses trois feuilles. Cependant, son origine comme le sens demeurent toujours mystérieuses malgré l’existence de plusieurs hypothèses. Dans toutes ces versions, le trèfle à 3 feuilles représentent 3 composantes réunies et unies. Le premier maire de Fürth, Franz Joseph von Bäume, supposa que les 3 feuilles du trèfle représentaient le triumvirat qui dirigeait la ville de 1400 à 1792 : la principauté d’Ansbach (ou margraviat de Brandebourg-Ansbach), la ville impériale de Nuremberg et le diocèse de Bamberg. Version populaire, elle semble historiquement peu probable car les 3 maîtres ne formèrent pas une gouvernance unique, s’opposèrent souvent et chaque quartier de la ville ne se soummettait qu’à un seul de ces seigneurs. Une autre possibilité revient à celui qui introduit le trèfle, Johann Hornung. Etant donné qu’il était bailli de la cathédrale de Bamberg, le trèfle pouvait avoir la symbolique classique du catholisme, la trinité. En effet, St Patrick, le saint irlandais, se servit d’un trèfle pour expliquer la trinité de Dieu. Chaque feuille représente le Père, le Fils et le Saint Esprit et le tout forme le trèfe, Dieu (Trois et pourtant un). L’historien Schwammberger était un partisan de cette théorie. Enfin, comme toutes les versions tournent autour de ces 3 feuilles, il fallait une troisième hypothèse. Ce trèfle serait le symbole de la coexistence pacifique des 3 religions. Depuis la Réforme, la ville de Fürth comptait 3 confessions, les protestants, les catholiques et les juifs, qui cohabitaient pacifiquement.

#751 – FC Bayern Munich : FC Hollywood

Le Bayern a remporté son 10ème titre de champion d’Allemagne consécutif ce week-end, son 32ème de son histoire, qui s’ajoute également à tous les autres trophées. Cela justifie son surnom de Rekordmeister (#619) et devrait engendrer une atmosphère sereine, bienveillante au sein du mastodonte germanique. Mais, comme tout club, le Bayern a connu son lot de crise avec un pic dans les années 1990 qui conduit à ce surnom peu flatteur. En se référant à Hollywood et son parterre de stars, le surnom voulait rappeller la constellation de grands joueurs qui consituaient l’équipe mais dont les égos surdimmensionnés menaient à de nombreux incidents et affaires, dans le vestiaire et en dehors. Lotthar Matthäus, Stefan Effenberg, Mario Basler, Oliver Kahn … des grands joueurs mais aussi des personnalités arrogantes, au caractère bien trempé et aux comportements indisciplinés. Ce cocktail ne pouvait déjà créer que des inimitiés connues de tous.

Stefan Effenberg et Lothar Matthäus se détestaient et leur relation ne se détendèrent pas, même aujourd’hui. Dans son autobiographie, Stefan Effenberg qualifiait Matthäus de grandes gueules et suggéraient qu’il ne connaissait rien au football. Matthäus, en fin de carrière à l’époque, quitta un entrainement après un échange très viril avec Lizzarazu en Juillet 1999. L’ex-star allemande n’hésitait pas à donner son avis sur tout, tout le monde et tout le temps ce qui agaçait beaucoup au sein du vestiaire. Surtout quand on découvra qu’il était une taupe pour le journal Bild. Son attitude arrogante ne collait pas avec son comportement peu professionnel. Matthäus se fit prendre en photo sur des skis alors qu’il était en convalescence.

Effenberg, adepte des doigts d’honneur à destination de la presse ou du public, faisait régulièrement la une des tabloïds, notamment après avoir révélé qu’il avait une liaison avec l’épouse d’un de ses coéquipiers, Thomas Strunz (qu’il épousera en 2004). La police lui retira son permis pour avoir conduit en état d’ébriété. En 2001, il fut même condamné à une amende après avoir été reconnu coupable d’avoir agressé une femme dans une boîte de nuit.

Pour leur entraineur Ottmar Hitzfeld, Mario Basler était certainement le plus fou de la bande, le plus incontrolable. Grand fumeur (1 paquet par jour) et buveur de bière (rien de plus normal finalement en Allemagne), il s’était plusieurs fois battu en boîte de nuit. Même les agneaux du club se rendirent coupables de quelques erreurs comme Élber et Pizzaro qui rentraient de vacances trop tard. Uli Hoeness compara finalement cette équipe d’égos à une meute de loups, que le célèbre entraineur italien Giovanni Trappatoni ne parvint pas à domestiquer (ce que Ottmar Hitzfeld, qui lui succéda, avec pour mission de ramener la paix dans le vestiaire, réussit).

Aujourd’hui, à la moindre situation de crise, le surnom ressurgit instantanément pour rappeler cette époque et indiquer que ces conflits font partis de la culture du club qui ne se démentirait pas malgré les mouvements de joueurs ou au sein de la gouvernance.

#711 – FC Augsbourg : die Fuggerstädter

Ceux de la ville des Fugger. Ville moyenne de Bavière aujourd’hui, Augsbourg eut son âge d’or du Moyen-Âge jusqu’à la Renaissance. Fondée en 15 avant J.-C. par deux beaux-fils de l’Empereur Romain Auguste, elle connut un premier essor en étant un des points de contact entre Rome et la province de Germanie nouvellement conquise. A la chute de l’Empire et jusqu’au 12ème siècle, la ville était avant tout le siège de l’Evêque, ce qui en faisait un lieu spirituel important sans être une ville significative. Puis, le 21 juin 1156, Augsbourg reçut les droits de cité par l’empereur Frédéric Barberousse, qui furent confirmés presque cent ans plus tard en 1251 par le droit d’utiliser un sceau et de taxer ses citoyens. En 1256, Augsbourg devint même une ville libre d’Empire, ce qui décupla son développement démographique, politique et économique. Plusieurs diètes de l’Empire (assemblée des États de l’Empire, Reichsstände) se tinrent à Augsbourg, en particulier au XVIème siècle, sous Charles Quint. Ce prestige politique découla de la puissance économique de la ville. Au XIIIème siècle, la fabrication de futaine, un tissu de lin bon marché, dominait l’activité commerciale de Augsbourg et, associée à sa position centrale entre les villes hanséatiques et l’Italie, fit sa prospérité. Des commerçants de la ville souabe accumulèrent d’importantes richesses qui leur permirent d’étendre leurs activités, en particulier à l’usure.

Ainsi, à Augsbourg, les familles Fugger et Wesler devinrent les principaux argentiers de la noblesse européenne. Les Fugger étaient une famille souabe qui émigra à Augsbourg en 1367. Simple maître tisserand à leur établissement à Augsbourg, les Fugger devinrent des marchands de textile puis les chefs de la guilde des tisserands, et enfin, avec leur fortune, des banquiers. Leur réseau s’étendit d’abord vers le Proche-Orient puis de la Baltique jusqu’à la Méditerranée. En tant que banquiers, ils financèrent la noblesse et les familles royales, en particulier les Habsbourg, pour leurs campagnes militaires et leurs élections (au titre d’Empereur, en particulier Charles Quint). En 1408, les Fugger faisaient partie des 50 plus riches familles de la ville. Au XVIème siècle, le plus éminent de ses membres, Jacob Fugger, rassembla la plus grande fortune privée de l’époque, au point que le nom Fugger était même devenu synonyme de richesse dans toute l’Europe. En 1511, l’Empereur Maximilien Ier anoblit la famille, puis en 1514, les Fugger reçurent le titre héréditaire de comte du Saint-Empire. Aujourd’hui, il est possible d’admirer le Fuggerhäuser, le palais de la famille à Augsbourg, ainsi que le Fuggerei, le premier ensemble de logements sociaux financé par les Fugger. Il existe encore des descendants de la famille et une banque privée allemande porte encore leur nom (Fürst Fugger Privatbank). Leur grande influence dans la vie politique et économique valut à la ville d’Augsbourg et ses habitants le surnom de Fuggerstadt.

#690 – Karlsruher SC : Eurofighters

Les combattant de l’Europe. Membre des 16 clubs fondateurs de la Bundesliga, le club du Bade-Wurtemberg n’était connu jusqu’en 1986 que pour faire le yoyo entre la Bundesliga et les divisions inférieures. Après une énième accession en 1985 en Bundesliga, la nouvelle désillusion lors de la saison au sein de l’élite, conclu par une rétrogradation, se traduisit, au Wildpark, l’enceinte du club, par la deuxième plus faible fréquentation moyenne depuis 1952. Lors de la saison 1986-1987, le club ouvrit une nouvelle ère avec la nomination de Winfried Schäfer en tant qu’entraîneur et de Carl-Heinz Rühl en tant que manager. Ayant travaillé comme dénicheur de talents pour Mönchengladbach l’année d’avant, Wilfried Schäfer puisa dans les équipes de jeunes du club pour accompagner les routards de l’équipe. Cette dernière remonta immédiatement en Bundesliga pour entamer une longue et riche décennie au sein de l’élite. Ne faisant qu’un avec leur entraineur et développant un jeu séduisant, la génération des Oliver Kahn (cédé en 1994 au Bayern), Jens Nowotny (cédé en 1996 au Bayer) et Mehmet Scholl (cédé en 1992 au Bayern) installa, à partir de 1991-1992, le club dans la première partie de tableau de Bundesliga pendant 6 ans d’affilé et parvenant à se qualifier 3 fois pour une Coupe d’Europe. La première qualification en Coupe de l’UEFA en 1992-1993 constitua d’ailleurs une épopée formidable qui fit apparaître le surnom d’Eurofighter dans les travées du stade. Après avoir éliminé au premier tour le PSV Eindhoven (2-1, 0-0), Karlsruher rencontra l’ogre espagnol de Valence CF (emmené par Predrag Mijatović et Juan Antonio Pizzi). Le match en Espagne se solda par une lourde défaite 3 buts à 1 qui semblait condamner les allemands. Toutefois, dans leur enceinte du WildPark, Karlsruher réalisa une prestation parfaite, qui fut dénommé Wunder vom Wildpark (le miracle du Wildpark) et écrasa Valence 7 buts à 0. Le buteur Edgar Schmitt, qui avait été baptisé « Looping » Schmitt par la presse la semaine précédente après son accident de voiture, marqua 4 buts et gagna le surnom de Euro-Eddy. 4 jours plus tard, l’équipe remit le couvert avec une victoire 5-0 en Championnat face à Duisbourg. En Coupe d’Europe, le club poursuivit son chemin jusqu’en demi-finale en battant les Girondins de Bordeaux (avec Zinédine Zidane, Christophe Dugarry et Bixente Lizarazu) et le Boavista Porto. Mais, il échoua face aux autrichiens de Salzbourg après deux matchs nuls et l’application de la règle des buts à l’extérieur. Une autre équipe allemande, qui réalisa une superbe campagne européenne dans les années 1990, fut également surnommé ainsi. Mais, c’est une autre histoire.

#671 – SV Darmstadt 98 : die Lilien

Les fleurs de Lys. L’écusson du club, fondé en 1898, affiche une fleur de lys, de couleur bleue et blanche et reprend directement les armes de la ville de Darmstadt. Ces dernières sont coiffées par une couronne grand-ducale (celle du Grand-Duché de Hesse où se situe Darmstadt) et se divisent en deux parties : en haut de l’écu, un lion rouge sur fond jaune et en bas, une fleur de lys blanche sur fond bleu. Les deux parties étaient par le passé séparées par une bande noire intégrant une boule blanche mais cet élément disparut quand ces armoiries furent réattribuées à la ville le 10 Mars 1917 par une lettre d’armoiries délivrée par le Grand-Duc de Hesse, Ernst Ludwig. Toutefois, ce blason apparaît déjà sur une clé de voûte de la partie inférieure de la tour de l’église de la ville (église protestante de Stadtkirche Darmstadt) datant du XVème siècle. La présence du lion se réfère à l’animal des armes des comtes de Katzenelnbogen. Il faut rappeler qu’un comte de Katzenelnbogen en 1330 obtint de l’empereur Louis de Bavière l’autorisation de construire Darmstadt, d’entourer la ville d’une enceinte et d’y tenir un marché hebdomadaire. La fleur de lys dans le bas demeure un signe distinctif par rapport aux autres villes du Grand-Duché. En effet, les autres cités (Pfungstadt, Viernheim, Zwingenberg, Riedstadt, Bischofsheim) affichaient aussi des armes divisées avec dans la partie haute le lion et dans la partie basse des éléments caractéristiques de la ville. Alors pourquoi une fleur de lys blanche sur fond bleu ?

L’origine exacte n’est pas connue avec certitude mais la cité ne souhaitait pas mettre à l’honneur le Royaume de France ou la ville italienne de Florence. Il semblerait plutôt que la fleur de lys blanche sur fond bleu soit une référence à la Vierge Marie. La fleur de lys blanche était signe de pureté dans la symbolique du Moyen Âge et était donc utilisé comme attribut dans la représentation de l’Annonciation (l’annonce par l’Archange Gabriel à la Vierge Marie de sa maternité divine). De même, la couleur bleu est celle de Marie dans la liturgie (cf articles #399 et #497). Ces références à la Vierge visaient certainement à rappeler que l’église de la ville (citée dans le paragraphe ci-avant) était la principale de la cité, n’était plus rattachée à l’église mère de Bessungen (donc était une église paroissiale indépendante) et surtout sous le patronage de la Vierge Marie, avant la Réforme.

#648 – SC Preußen Münster : die Adler, die Adlerträger

Les aigles, les porteurs de l’Aigle. 1871, la France de Napoléon III venait de s’effondrer face à la Confédération de l’Allemagne du Nord (qui réunissait 22 Etats du Saint Empire). La Prusse, avec son ministre-président Otto von Bismarck, dominait cette confédération qui était l’une des ultimes étapes vers l’unification de l’Allemagne. Depuis l’effondrement de l’Empire Romain d’Occident, la future Allemagne était constituée de nombreux Etats indépendants réunis dans le Saint-Empire romain germanique. A partir de 1850, le développement économique de ces Etats les poussait vers l’unification, soutenus également par les révolutions politiques européennes de 1848. La Prusse était alors le royaume le plus vaste et le plus puissant, notamment militairement, ce qui conduisit en 1849 le parlement de Francfort à offrir le titre de kaiser (empereur) au roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV. Ce dernier refusa pour diverses raisons mais l’unification était en route sous l’impulsion et l’aura de la Prusse. A partir de 1862 et sa nomination en tant que président-ministre de Prusse, Otto von Bismarck devint l’architecte de l’unification. Les guerres face à l’Autriche (1866) puis la France (1870) permirent de fédérer les Etats derrière la Prusse. Ces deux pays défaits, l’Empire Allemand put être proclamé le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces du château de Versailles, avec Guillaume Ier de Prusse à sa tête. Un peu plus de trente ans plus tard, le nationalisme allemand était encore bien présents, le nouvel Empire se construisant économiquement et politiquement dans l’affrontement avec la France et l’Empire britannique.

Ce fut dans ce contexte que les clubs sportifs allemands (principalement en gymnastique et en football) naquirent au sein des collèges. Les étudiants, emprunts de romantisme et de nationalisme allemand, donnèrent souvent des noms à leurs nouvelles associations en lien avec l’histoire allemande et en particulier la Prusse : Borussia qui signifie Prusse en latin (à Dortmund, Mönchengladbach et un club de Berlin), Preussen qui signifie prusse en allemand (à Hamm et à Berlin), Germania nom latin de l’Allemagne (à Berlin, Brême, Francfort, Mühlhausen, Mannheim et Braunschweig), Arminia, en rapport avec le chef barbare Arminus, présenté comme un héros national (à Bielefeld), Alemannia pour le peuple germanique qui donna son nom à l’Allemagne (à Aix-la-Chapelle), Teutonia détivé du peuple germanique Teuton, parfois synonyme d’Allemagne (pour un club de Berlin), Deutsche Fahne qui signifiait Drapeau Allemand (à Dortmund), et Deutscher, Allemand en allemand (à Hannovre) Ainsi, le 30 avril 1906, le club fut fondé sous le nom de FC Preußen Münster par des étudiants du collège Johann-Conrad-Schlaun. Ces derniers reprirent également les couleurs du royaume de Prusse, le noir et le blanc (auquel le vert fut ajouté) et surtout son emblème, l’Aigle, qui trône depuis sur l’écusson du club et donc sur le maillot des joueurs.

La Prusse vit le jour à partir de la conquête des terres sur la Pologne par les chevaliers teutoniques. Puis, la famille noble des Hohenzollern conquit et unifia terre après terre les régions brandebourgeoises et prussiennes pour fonder le Royaume de Prusse au début du XVIIIème siècle. Les armes de la Prusse reprirent les couleurs de cette famille, noir et blanc, ainsi que l’aigle monocéphale. Ce symbole fut transmis alors à l’Empire Allemand de 1871. Mais, l’oiseau était aussi un symbole du Saint-Empire romain germanique. Lorsque Charlemagne devint souverain de l’Empire d’Occident en l’an 800, il souhaita son titre comme un transfert de l’Empire Romain (selon l’idée de la Translatio imperii). Les armes du Saint-Empire poursuivit cette idée. Ces dernières représentant un aigle noir sur fond jaune devint attestées vers 1250, la « Chronica maiora » , un livre historique du moine bénédictin anglais, Matthieu Paris, attribuant un Reichsadler (l’aigle impérial) à deux têtes à l’Empereur Otto IV. Ce symbolisme était une reprise des attributs de l’Empire Romain. Depuis la nuit des temps, l’aigle était considéré comme un messager des dieux. Dans la mythologie, il symbolisait Zeus pour les grecs, Jupiter pour les Romains et Odin pour les Teutons. En plus de l’éternité divine, il représentait également le courage et la force, d’où l’apparition de l’oiseau sur les bannières militaires. Ainsi, l’aigle s’imposa sur l’étendard des légions romaines entre 104 et 102 av. J.-C. par la volonté de Caius Marius, dont la remise de l’Aquila était une distinction honorifique.

#619 – FC Bayern Munich : der Rekordmeister

Le maître des records. La question se pose souvent de savoir quel est le plus grand club du monde. Et pour parvenir à réaliser le classement, le niveau de remplissage de la salle des trophées demeure l’un des principaux indicateurs. A ce jeu, en Allemagne, la réponse est vite trouvée tant le Bayern Munich écrase toute la concurrence : 31 Championnats d’Allemagne (record national, dont 30 à l’ère Bundesliga et 9 d’affilé, série en cours), 20 Coupes d’Allemagne (record national), 9 Super Coupe d’Allemagne (oui encore record national) et 6 Coupes de la Ligue (faut-il préciser qu’il possède le record national ?). Voilà sur le plan national, le Bayern possède le plus de titres dans chacune des compétition.

Il faut aussi rajouter 6 Ligues des Champions, 1 Coupe de l’UEFA, 1 Coupe des Vainqueurs de Coupe (l’un des rares clubs à avoir remporter les 3 Coupes d’Europe historiques), 2 Super Coupe d’Europe, 2 Coupes Intercontinentale et 2 Coupe du Monde des Clubs. N’en jetez plus, la Coupe est pleine.

Tant en Allemagne que sur le plan international, le Bayern possède l’un des palmarès les plus beaux et des records à foison. Pourtant, le club au 121 années d’existence, connut des premières années sans relief puis quelques succès pendant les années 20. Champion d’Allemagne pour la 1ère fois en 1932, il ne put en profiter longtemps car martyrisé par les Nazis (ils considérèrent le Bayern comme club juif car son président et un certain nombre de membres l’étaient). Il faillit même disparaitre à la sortie de la guerre (les alliés interdisant toutes les associations existantes). Après quelques années de yo-yo, le Bayern s’installa en Bundesliga définitivement en 1966 sous l’impulsion de sa première génération dorée : Sepp Maier, Franz Beckenbauer et Gerd Müller. La victoire en Coupe d’Allemagne en 1966 lança ainsi une décennie exceptionnelle : Coupe d’Europe des vainqueurs de coupes et Coupe d’Allemagne en 1967, 4 Championnats d’Allemagne (1969, 1972, 1973, 1974), 2 autres Coupes d’Allemagne en 1969 et 1971. Enfin, Beckenbauer et sa bande dominèrent le football européen en remportant 3 Coupes d’Europe des clubs champions consécutivement en 1974, 1975 et 1976. Dans les années 1980 et 1990, les grands joueurs se succédèrent (Karl-Heinz Rummenigge, Paul Breitner, Klaus Augenthaler, Lothar Matthäus, Jean-Marie Pfaff, Stefan Effenberg …) et les titres nationaux s’accumulèrent (10 Championnats et 4 Coupes). Mais, l’Europe leur échappa à tous malgré 3 finales de C1 (dont une cruelle face à Manchester United en 1999). Seule une Coupe de l’UEFA en 1996 évita 20 années sans trophée européen. Puis, le nouveau siècle consacra encore le Bayern sous l’égide de Kahn, Élber, Scholl, Ballack, Lizarazu, Lahm, Ribéry, Robben. L’Allemagne réunifiée est alors sous son écrasante domination (16 titres de champion et 11 Coupes) et l’Europe n’y résiste pas (3 C1 en 2001, 2013 et 2020). Plus les années passent, plus le Bayern est intouchable et rien ne semble l’arrêter dans sa quête de records.