#1234 – Crystal Palace FC : the Eagles

Les aigles. Les premières années de la décennies 1970 ne furent pas synonyme de réussite sportive pour le club du Sud de Londres et pourtant elles s’avérèrent fondamentales dans la construction de sa nouvelle identité. Lors de la saison 1972-1973, Crystal Palace évoluait en première division depuis 4 ans et son équipe réussit quelques belles performances, comme une victoire 5 buts à 0 face à Manchester United. Malheureusement, c’était anachronique dans une saison globale plus morose. Après avoir mené le club de la quatrième à la première division, Arthur Wait fut remplacé à la présidence par Raymond Bloye en novembre 1972. Ce dernier prit la décision de remplacer le manager Bert Head par Malcolm Allison, qui venait d’officier avec succès durant 8 ans à Manchester City. Cette nomination ne permit pas de sauver le club de la relégation.

Animé par une grande ambition et jouissant d’une grande aura, l’influence du nouveau manager ne se limita pas au sportif. Suite à la relégation subie, Malcolm Allison voulait rebondir avec force et désira renforcer l’image du club. Tout d’abord, il mit fin à 68 ans d’association du club avec les couleurs bordeaux et bleu (ie depuis la création du club en 1905), et opta pour des maillots plus flamboyants, à rayures rouges et bleues, à l’image du FC Barcelone. Il décida aussi de doter le club d’un nouveau surnom (en remplacement de Glaziers #114), qui allait déteindre sur un nouveau blason. Et ce fut aussi du côté de la péninsule ibérique que son inspiration vint.

En ce début des années 1970, le Benfica Lisbonne était déjà un grand d’Europe, porté par le génial Eusebio. Le club lisboète avait déjà remporté 2 Coupes des Clubs Champions (plus 3 finales perdues). En 1970, le manager anglais Jimmy Hagan fut nommé à la tête du Benfica et durant les 3 années de son mandat, l’équipe portugaise connut une nouvelle période dorée, en remportant 3 championnats et une coupe. En 1972-1973, avec 28 victoires, 2 nuls et 0 défaite et 101 buts marqués pour seulement 13 encaissés, Benfica devint le meilleur champion du Portugal et le premier invaincu. Benfica brilla aussi en Europe lors de la saison 1971-1972, avec une victoire 5-1 contre Feyenoord, et une demi-finale perdue face à l’Ajax de Johan Cruyff. Impressionné par l’équipe lisboète, Malcolm Allison voulait reproduire leur succès et donner une impulsion à son équipe et ses fans en copiant le symbole puissant du Benfica, l’Aigle (#153). Ainsi, un aigle devint le surnom du club et s’imposa sur l’écusson.

Le surnom fut vite adopté (le « Mirror » titrait déjà 4 jours après l’adoption du surnom « Allison’s eagles will fly high » (les aigles d’Allison voleront haut)) mais cela n’eut pas l’effet escompté puisque Crystal Palace enchaina une seconde relégation en 1973-1974 et Malcolm Allison quitta le club en 1976, sans avoir pu ramener l’équipe simplement en seconde division. Entre 2010 et 2020, comme à Benfica, Crystal Palace posséda un véritable aigle comme mascotte, qui survolait Selhurst Park avant le début des matchs. Nommé Kayla, il s’agissait d’un pygargue à tête blanche américain. Malheureusement, elle décéda en 2020 des suites d’une maladie et aucun autre aigle ne vint le remplacer pour perpétuer cette tradition.

#1199 – Chelsea FC : Chelski

Consonnance russe donnée au nom du club suite à son rachat par l’oligarque Roman Abramovitch. En 2003, le long règne de 20 ans de Ken Bates à la direction de Chelsea prenait fin. Après 10 premières années difficiles où le club avait connu la seconde division, Chelsea avait grandi avec l’avènement de la Premier League dans les années 1990, remportant 2 Coupes d’Angleterre, 1 Coupe de la Ligue et une Coupe de l’UEFA en recrutant quelques stars européennes comme Gianfranco Zola, Ruud Gullit et Gianluca Vialli. Mais, avec le palmarès, la dette avait également augmenté pour atteindre près de 100 millions de livres et Ken Bates n’était pas en mesure de résorber le déficit. Ainsi, Bates conclut en Juin 2003 un accord avec l’homme d’affaires et politique russe Roman Abramovitch pour acheter un peu plus de 50% du capital pour environ 30 millions de livres.

Actionnaire de plusieurs sociétés exploitant les matières premières russes (en particulier Sibneft, l’une des plus grandes compagnies pétrolières), Roman Abramovitch était la 46ème plus riche personne du monde et évidemment proche du pouvoir russe. Son acquisition de Chelsea visait d’un point de vue personnel à s’acheter une honorabilité au Royaume-Uni, principale place financière mondiale, et d’un point plus global à développer le soft power du pouvoir poutinien. A l’époque, cette politique d’actionnaire aux poches profondes et aux visées politiques était encore peu répandue (les Etats de la péninsules arabiques suivront cet exemple quelques années après : en 2008 avec les Emirats Arabes Unis et Manchester City, en 2011 avec la Qatar et Paris et en 2021 avec l’Arabie Saoudite et Newcastle United).

Comme prévu, Abramovitch inonda le club de billets (100 millions de livres pour les transferts + 80 millions pour rembourser des dettes), lui permettant d’être très actifs sur le marché des transferts avec des joueurs étrangers expérimentés (Claude Makélélé, Geremi et Hernán Crespo) et des britanniques prometteurs (Wayne Bridge, Glen Johnson, Joe Cole et Damien Duff). Cette arrivée massive d’argent déplaisant à de nombreux fans de football, les médias créèrent ce surnom pour souligner la transformation de Chelsea en une force majeure du football grâce au soutien financier russe. Il était donc plutôt péjoratif et d’ailleurs s’écrivait souvent Chel$ki. Ceci n’arrêta pas Abramovitch qui poursuivit sa politique dans les 20 ans qui suivirent, avec un certain succès (2 Ligues des Champions entre-autre), et n’offensa pas le club, qui déposit la marque Chelski.

Supportée indirectement par la stratégie expansionniste poutiniène, l’ère Abramovitch s’acheva aussi avec les choix du locataire du Kremlin. Suite à la guerre déclenchée par la Russie à l’encontre de l’Ukraine, les sanctions occidentales frappèrent les oligarques russes, dont Abramovitch qui fut donc contraint de céder le club le 30 mai 2022 au consortium dirigé par Todd Boehly pour de 4,25 milliards de livres.

#1175 – Newport County AFC : the Exiles

Les exilés. Fondé en 1912, le club du Sud du Pays de Galles évolue depuis 1920 dans les ligues nationales anglaises quasiment sans interruption. Certes, il n’a jamais réussi à accéder à la seconde division mais Newport a connu un age d’or dans les années 1980, remportant notamment la Coupe du Pays de Galles en 1980 et parvenant en quart de finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe en 1981.

Après cette période, la descente aux enfers débuta. A l’issu de la saison 1986-1987, Newport fut relégué en 4ème division. Puis, la saison suivante, en avril, Newport stagnait à la dernière place, en passe d’encaisser plus de 100 buts, après avoir perdu trois matchs consécutifs 4-0 à domicile. En grande difficulté financière, tous les joueurs professionnels furent licenciés et l’équipe première puisa pour les derniers matchs de la saison des joueurs dans les formations de jeunes du club. Une défaite 6-1 suivie d’une autre 6-0 eurent raison des derniers espoirs du club et confirmèrent la 2ème relégation consécutive de Newport, cette fois hors ligues nationales pour la première fois depuis les années 1930. Face à une dette de 330 000 £, le club fit faillite le 27 février 1989.

À l’été 1989, 400 supporteurs se mobilisèrent, n’acceptant pas que leur ville ne comptât plus d’équipe de football, et refondèrent une nouvelle entité. Seulement la volonté populaire se heurta à deux adversaires de taille. D’un côté, la municipalité considéra que ce nouveau club n’était que l’héritier de l’ancien et devait donc s’acquitter de ses dettes (notamment des loyers du stade impayés) pour pouvoir s’installer dans l’enceinte historique de Somerton Park. De l’autre, la fédération galloise (Football Association of Wales) prétendait que le nouveau club n’avait aucun lien avec l’ancien et devait gravir les échelons du football gallois. Mais, comme le club voulait évoluer dans les ligues régionales anglaises (comme il l’avait toujours fait historiquement) et qu’il n’avait pas les moyens d’éponger les dettes, l’équipe de Newport s’exila pour la saison 1990-1991 dans la ville de Moreton-in-Marsh, dans le Gloucestershire, à 130 km de Newport. Comme le rappelait le président du club, David Hando, même si 400 fans de Newport se déplaçaient le week-end à Moreton-in-Marsh, « Every game was effectively an away game » (chaque match était effectivement un match à l’extérieur). A l’issu de la saison, Newport gagna sa promotion à l’échelon supérieur et la municipalité ne pouvait plus snober ce succès populaire et sportif. Newport réinvestit Somerton Park pour les saisons 1990-1991 et 1991-1992.

Néanmoins, le club refusa l’invitation de la fédération gallois à rejoindre la toute nouvelle ligue du Pays de Galles (à la demande de l’UEFA, une compétition nationale fut mise en place en 1992). Nouvelle ire de la fédération face aux clubs récalcitrants et nouvel exil pour Newport en Angleterre, à Gloucester (80 km de Newport). Le club intenta un procès à la fédération qu’il remporta en 1994. En 1995, les exilés revenaient définitivement à Newport, mais dans une nouvelle enceinte, Somerton Park ayant laissé place à des logements.

#1167 – Huddersfield Town AFC : the Terriers

Les terriers. Huddersfield était encore pensionnaire de la Premier League il y a à peine 5 ans mais le club fleurte avec la relégation en 3ème division anglaise en cette fin de saison 2023-2024. Il semble que son état d’esprit « terriers » ne soit pas suffisant. Fondé en 1908, le club connut d’abord plusieurs surnoms avant que le simple mot « the Town » s’imposa, vu qu’il s’agissait du nom de l’équipe. Lors de l’exercice 1969-1970, l’équipe réalisait une belle saison et la montée en première division devint un objectif réalisable. Bill Brook, le responsable du marketing et de la communication, estima qu’il fallait profiter de cet élan pour l’accompagner avec une nouvelle identité, qui serait plus moderne, traduirait l’état d’esprit de l’équipe et rappellerait le Yorkshire, la région de Huddersfield. Bill Brook tomba sur Skippy, un Yorkshire Terrier appartenant à Colin Fisher de la ville de Honley. Cette race de chien était originaire du Yorkshire (avec le nom du comté en prime) et avait la réputation, malgré sa petite taille, d’être agressif et jappeur. Ce tempérament collait bien à ce club modeste mais à l’équipe tenace sur le terrain.

Petit gabarit avec un pelage long, de couleur beige sur la tête et gris acier foncé sur le corps, le Yorkshire Terrier est une race de chien appartenant au groupe des terriers et originaire du comté anglais qui lui donna son nom. Au milieu du XIXème siècle, des ouvriers écossais immigrèrent dans le Yorkshire à la recherche de travail et amenèrent avec eux plusieurs variétés de chiens terriers, qui donnèrent naissance par croisement au Yorkshire Terrier. Il est communément admis que le chien nommé Huddersfield Ben né en 1865 serait le père fondateur de la race. Malgré sa courte durée de vie (6 ans environ), il fut le procréateur male de la majeure partie du cheptel de base de Yorkshire Terrier. Il fut élevé à Huddersfield et remporta de nombreux concours canins.

Pour en revenir au club de football, le surnom de terriers apparût pour la première fois dans le programme officiel du match à domicile contre les Bolton Wanderers le 27 septembre 1969. Ce dernier comportait une photo de Skippy et un message de Frank Drabble, le président de l’époque, justifiant le changement en affirmant qu’il avait reçu de nombreuses lettres de jeunes supporters se demandant pourquoi d’autres clubs avaient des mascottes mais pas Huddersfield. Dès le lendemain, le journal local « Huddersfield Daily Examiner » indiquait que quelqu’un dans l’assistance réclama la présence de la nouvelle mascotte pour supporter l’équipe, juste avant qu’elle ne marque le but victorieux.

Pour autant, ce choix ne ravit pas les supporteurs à ses débuts. En plus de Skippy comme mascotte, l’image du chien avait fait son apparition sur le maillot du club en 1969 mais l’insigne ne perdura que jusqu’en mai 1970. En 1974, sous la pression des supporteurs qui préféraient le traditionnel town, la direction abandonna officiellement le surnom terriers. Finalement, ce dernier résista et le club se le réappropria. A la fois avec une lignée de mascotte terrier (en remplaçant définitivement les anciennes – une chèvre, une lampe d’Aladin, un âne entre autre – et en passant d’un vrai chien (Skippy fut la première mais son règne fut court, 6 mois) à un stadier déguisé en terrier, aujourd’hui appelé Terry) et l’image du terrier dans le blason de l’équipe revenu au début des années 1980.

#1141 – Reading FC : the Royals

Les royaux. Pour un club certes historique (fondation le 25 Décembre 1871) mais au palmarès réduit, le surnom semble très pompeux. En réalité, il provient de la situation du comté de Berkshire où est localisée la ville de Reading. En 1958, la Reine Elisabeth II accorda au comté le titre royal, en raison des relations entre la région et la monarchie, et des lettres patentes ont confirmé ce statut en 1974.

Tout d’abord, le Berkshire abrite le chateau de Windsor (situé à 30 km à l’Est de Reading) où la Reine Elisabeth II (tout comme son fils maintenant) passait régulièrement ses week-end et congés. Plus ancien et plus grand château occupé au monde (52 000 m2 et plus de 1 000 pièces), il est la résidence des monarques britanniques depuis près de 1 000 ans. Sa chapelle St George a également accueilli de grands événements officiels comme une quinzaine de mariages. Une tradition inaugurée par le mariage d’Edward VII et de la princesse Alexandra de Danemark, en 1863, et suivie par les mariages des nombreux enfants de la reine Victoria, celui du Prince Harry et de Meghan Markle en 2018 tout comme celui du prince Charles avec Camilla en 2005. A l’inverse, le chateau abrite plusieurs lieux de sépulture royale comme le mausolée de Frogmore où sont enterrés la Reine Victoria et le Prince Albert. La chapelle Saint-Georges est aussi la dernière demeure de plusieurs monarques britanniques, dont le Roi Henri VIII et le Roi George VI. La Reine Elizabeth II et le Prince Phillip reposent également à Windsor.

Ensuite, située au cœur de Reading, l’abbaye royale fut pendant longtemps l’un des centres de pèlerinage de l’Angleterre médiévale et l’une des maisons religieuses les plus riches et les plus importantes. Entretenant des relations multiples et fortes avec le pouvoir royal, elle accueillait la tombe du Roi Henri Ier.

Le Berkshire héberge aussi le réputé collège d’Eton fondé en 1440 et où les progénitures de toute l’élite britannique se retrouvent. Evidemment de nombreux membres de la famille royale fréquentèrent cette institution, dont Harry et William. En outre, en juin, la course de chevaux de renommée mondiale, la Royal Ascot, se passe à l’hippodrome d’Ascot, dans le Berkshire. L’événement est suivi par des membres de la famille royale, qui arrivent en calèches et regardent les courses depuis la loge royale.

Enfin, des évènements politiques majeures s’y déroulèrent. En 1215, à Runnymede, le Roi Jean sans terre dut se résoudre à signer avec ses barons la Magna Carta, une charte qui limitait le pouvoir du monarque et établissait l’État de droit. En 1957, un mémorial fut érigé à Runnymede, à 500 mètres de l’endroit où cette charte aurait été négociée.

#1121 – Plymouth Argyle FC : the Pilgrims

Les pèlerins. Le club puise ses racines en 1886 avec son prédécesseur, le Argyle Football Club, mais sa fondation date exactement de 1897. Il réside dans la ville de Plymouth, comté du Devon, dans l’extreme Sud-Ouest de l’Angleterre. A l’embouchure de deux fleuves, proche de la Manche, dans une baie formant un port naturel, Plymouth s’est naturellement développé avec les activités maritimes. Aujourd’hui, elle abrite la plus grande base navale de la flotte britannique (HMNB Devonport), des chantiers navals et des ferries pour l’Europe Continentale. Mais, jusqu’au XVIIème siècle, Plymouth était un port commercial important, notamment soutenu par l’exportation de laine, où s’établirent de riches négociants maritimes, tels que John Hawkins, marchand d’esclave, et le célèbre corsaire Francis Drake, maire de la cité de 1581 à 1582.

Surtout, la ville vit partir en 1620 les Pilgrims Fathers (Pères Pèlerins) pour le Nouveau Monde. En 1534, le Roi d’Angleterre, Henri VIII, fonda sa propre religion protestante, l’Anglicanisme (ou Eglise d’Angleterre), en raison de ses désaccords politiques avec le Pape. En 1558 et 1559, la Reine Élisabeth I imposa la religion anglicane aux anglais. Dans une Europe au proie aux réflexions et à la pureté religieuses depuis l’avènement du protestantisme, des congrégations contestèrent naturellement cette Eglise d’Angleterre, bâtie sur des motifs bancales. En 1592, une loi fut votée pour lutter contre les mouvements religieux dissidents. En 1606, le récent nouvel archevêque de York, Tobias Matthew, entama une purge de son diocèse des influences religieuses non conformes. Logiquement, certains séparatistes se sentirent persécuter et vers 1607-1608, immigrèrent aux Pays-Bas pour retrouver une liberté de culte. Mais, après 10 ans, les difficultés à refaire sa vie dans un pays à la culture et langue différentes s’accentuèrent et poussèrent cette congrégation à envisager un départ vers les colonies britanniques du Nouveau Monde. Ils négocièrent avec les autorités coloniales britanniques et obtinrent une concession de terres en Nouvelle-Angleterre. En 1620, la communauté vivant au Pays-Bas rejoignit d’autres colons à Plymouth, et après quelques péripéties, s’élancèrent depuis ce port vers les Amériques sur le bateau Mayflower. La centaine de passagers accostèrent dans le Massachusetts le 26 Novembre 1620 et établirent une nouvelle ville du nom de Plymouth, en l’honneur de leur port de départ.

On retrouve le Mayflower sur l’écusson du club, depuis les années 1960. Auparavant, son blason représentait les armoiries de la ville, quatre tourelles noires (les fortifications de la ville) et la croix de Saint-André en vert (à qui l’église de la ville est dédiée) .

#1094 – Hartlepool United FC : the Monkey Hangers

Les pendeurs de singe. Ce surnom apparaît peu flatteur et il est vrai qu’il fut au départ utilisé pour se moquer des habitants de la ville et en conséquence des supporteurs du club de la ville. Et comme souvent, les locaux se sont appropriés ce sobriquet pour en faire un élément de différenciation, d’identité. Il en faut pour ce club, certes plus que centenaire (1908) et ayant adopté le statut professionnel dès sa fondation, qui ne jouit pas ni d’une grande aura, ni d’un palmarès.

La légende remonte au XIXème siècle, lors des guerres napoléoniennes. A cette époque de forte rivalité entre la perfide Albion et l’Empire Français, les britanniques craignaient une invasion française et l’opinion publique était très préoccupée par la possibilité d’infiltrations d’espions français. Il s’avéra qu’un bateau français (certainement un navire marchand) qui luttait contre les éléments coula au large d’Hartlepool. Le seul survivant était un singe vêtu d’un uniforme militaire (probablement pour divertir les marins). Malheureusement, l’inculture des habitants de la cité anglaise était telle qu’ils s’imaginèrent que l’animal était un espion français. Pour les excuser, il est souvent raconter qu’à l’époque, les journaux britanniques peignaient les français comme des créatures ressemblant à des singes avec des queues et des griffes. Un procès s’improvisa et la peine capitale (la mort) fut déclarée à l’encontre du singe. Le mât d’un bateau de pêche constitua la potence et le singe fut pendu. Malheureusement, il se peut que le singe fusse un enfant. Sur les bateaux, le terme powder-monkey (singe à poudre) était couramment utilisé pour désigner les enfants employés sur les navires de guerre pour amorcer les canons avec de la poudre à canon.

Cette image de pendeur de singe est nettement répandue dans la culture populaire et les références sont nombreuses dans les chansons, films, bandes dessinés et romans britanniques (et même parfois étrangers). La première chanson mentionnant cette légende, « The Monkey Song », remonte au XIXème siècle et était interprétée par l’artiste comique Ned Corvan. Les statuts de singes se multiplièrent également dans la cité. Au niveau sportif, 2 des six clubs de rugby de la ville utilisent des variantes du singe dans leurs symboles. Le club de Hartlepool United capitalisa également sur cette histoire en créant une mascotte appelée « H’Angus the Monkey » en 1999. Enfin, de manière inattendue, Stuart Drummond, qui fit campagne vêtu du costume de H’Angus et en utilisant le slogan électoral « free bananas for schoolchildren » (bananes gratuites pour les écoliers), fut élu Maire en 2002.

#1067 – Middlesbrough FC : the Smoggies

Le terme est dérivé de smog (brouillard) mais cet article vous permettra de sortir … de ce brouillard. Ce surnom s’attache à tous les habitants de Middlesbrough et ceux de la région du Teesside. Le terme désigne également l’accent local et le dialecte de la région. Il fut un peu plus tard utilisé ironiquement par les supporteurs adverses pour nommer les fans du club de Middlesbrough. Pour comprendre sa signification, il faut revenir à ce qui modela la région : la sidérurgie.

L’histoire de Middlesbrough se confond avec celle de la révolution industrielle et de l’avènement de la Reine Victoria et de l’Empire Britanique. Comme un certain nombre de villes du Nord de l’Angleterre, soutenues par les découvertes de mine de charbon, de fer ou d’autres minerais, Middlesbrough devint au cours du XIXème et XXème un important centre industriel mondial. L’essor de Middlesbrough fut d’ailleurs remarquable puisqu’en 1801, il s’agissait d’un petit hameau de 25 habitants qui se transforma en un siècle en une ville de plus de 90 000 habitants. Avec une infrastructure de transport naturelle (le fleuve Tees qui se jette dans la Mer du Nord) et des riches ressources (la découverte de réserves de fer dans les collines de Cleveland en 1850), la première usine sidérurgique (Henry Bolckow et John Vaughan) s’étendait dès 1864 sur plus de 280 hectares le long des rives de la rivière Tees. Puis, l’entreprise Dorman Long prit le relais et devint le principal producteur d’acier et le plus grand employeur. À l’apogée, 91 hauts fourneaux dans un rayon de 10 milles le long de la Tees fonctionnaient. En outre, le poids économique de la région faisait que le prix mondial de l’acier et du fer étaient fixés dans ce coin de l’Angleterre. Mais, au fil des années, la concurrence poussa au déclin. Dans les années 1960, afin de les sauver, de nombreuses entreprises (dont Dorman Long) furent nationalisées sous l’égide de British Steel. Ceci n’empêcha pas le déclin face à l’acier asiatique et les dernières aciéries fermèrent en 2015.

L’importance de l’industrie lourde et son empreinte dans le développement de Middlesbrough conduit la ville à gagner rapidement le nom d’Ironopolis. Mais, la contrepartie fut des niveaux élevés de pollution, qui se concrétisaient par un épais brouillard recouvrant régulièrement la région. Les supporters rivaux de Sunderland et Newcastle ne manquèrent pas de s’en moquer. A domicile, ils scandaient « What’s it like to smell fresh air ? » (Qu’est-ce que cela fait de sentir de l’air frais ?) et à l’extérieur « smog monsters » (les monstres du brouillard). Ce dernier terme se transforma par la suite en smoggies et finalement, les supporteurs de Middlesbrough se l’approprièrent et le revendiquèrent.

#1052 – AFC Wimbledon : the Wombles

Nous n’allons pas parler tennis sur ce blog consacré aux clubs de football. Mais nous n’allons pas non plus évoquer la fameuse équipe de Londres qui fit trembler l’Angleterre du football au milieu des années 80 avec une bande de dingues (dont Vinnie Jones et Denis Wise). Car, en effet, ce dernier club disparût en 2004 ou tout du moins déménagea à 100 km du quartier de Wimbledon pour s’établir à Milton Keynes, abandonnant au passage ses racines et une grande partie de ses supporteurs. Révoltés, ces derniers décidèrent de créer un nouveau club pour représenter leur quartier de Wimbledon et le 30 Mai 2002, l’AFC Wimbledon surgit. Officiellement, cette nouvelle association n’est pas l’héritière du Wimbledon FC mais elle en reprend tous les codes : blason, couleurs et également surnoms. Et ce d’autant plus que le terme Wombles est attaché au quartier de Wimbledon plus qu’à l’équipe de football. Donc il était naturel que les joueurs qui défendent cet aire de Londres continuent à porter ce sobriquet.

Mais qu’est-ce qu’un womble ? Ne cherchez pas le mot dans un dictionnaire car vous ne trouverez aucune entrée. Les wombles sont des personnages d’une série de romans pour enfants créés par Elisabeth Beresford en 1968. Créatures au nez pointu et à fourrure, ils portaient déjà un message écologiste en incitant les enfants à recycler les déchets. La notoriété des personnages au Royaume-Uni s’accentua grâce à une émission de télévision diffusée par la BBC entre 1973 et 1975. Or, ces gentils oursons sont fondamentalement attachés au quartier de Wimbledon. D’une part, le monde des Wombles se situent dans le parc de Wimbledon Common, le grand espace vert (de 460 hectares avec ses voisins de Putney Heath et Putney Lower Common) de Wimbledon. D’autre part, l’idée naquit après une promenade menée le lendemain de Noël par Elisabeth Beresford avec ses enfants dans la parc de Wimbledon Common. Sa fille Kate déforma à plusieurs reprises le nom de Wimbledon Common en Wombledon Common. Aujourd’hui, les habitants de Wimbledon comme les équipes sportives du quartier ont hérité de ce surnom.

#1032 – Berwick Rangers FC : the Borderers

Les frontaliers. Depuis la forte concentration des moyens financiers et donc sportifs dans 4 grands championnats en Europe, et en particulier en Premier League, le championnat écossais s’est fortement dévalorisé et même le Celtic et les Rangers ne parviennent plus à être aussi attractifs et compétitifs. Au point que certains n’hésitent pas à vendre l’idée de l’intégration des deux grands clubs écossais au championnant anglais. De quoi faire avaler de travers les indépendantistes écossais. Ils pourront se consoler avec Berwick Rangers … petite consolation.

Dans les îles britanniques, le pragmatisme l’a emporté sur le respect des frontières. En effet, plusieurs clubs d’un des états évoluent dans les compétitions d’un des autres états. Par exemple, les clubs de Newcastle AFC (pas celui de Premier League mais d’un petit village du Shropshire) et de Trefonen se situent en Angleterre mais évoluent dans les divisions inférieures du championnat gallois. A l’inverse, les prestigieux clubs gallois de Cardiff City et Swansea City disputent le championnat anglais. Dans les autres divisions anglaises, on trouve également les clubs gallois de Newport County, Wrexham AFC et Merthyr Town.

Cité de 12 000 habitants, Berwick-upon-Tweed s’établit dans le comté de Northumberland, le moins peuplé d’Angleterre, et constitue la ville anglaise la plus septentrionale du pays. La frontière écossaise se situe à seulement 5 km du centre ville et Berwick est plus proche de la capitale écossaise Édimbourg que de Newcastle, la grande ville du Nord de l’Angleterre. La ville faisait auparavant partie de l’Écosse et changea de mains plusieurs fois avant qu’elle soit définitivement conquise par l’Angleterre en 1482. Du côté du football, le club fut fondé vers 1881 et débuta dans des ligues locales du Nord du comté de Northumberland. Après avoir enregistré de très bons résultats, le club postula à une ligue anglaise plus élevée mais son adhésion fut refusée par les autres clubs, qui refusaient de voyager si loin au Nord pour des raisons financières. Rejetés par les leurs, les Rangers se tournèrent vers l’Ecosse et s’affilièrent à la Scottish Football Association vers 1905. Depuis lors, ils évoluent dans les ligues écossaises, atteignant à la fin des années 1970, la seconde division nationale. Aujourd’hui, pour des raisons logistiques et financières, il n’est pas envisageable pour les Rangers de réintégrer les compétitions anglaises. De toute manière le club comme ses supporteurs se sentent écossais. Un sondage réalisé par « The Berwick Advertiser » indiquait que 78% des votants soutenaient la réunification avec l’Ecosse.

Depuis 2016, Berwick se sent moins seul, le club anglais de Tweedmouth Rangers jouant également en Ecosse. Si vous trouvez la situation incongrue, pensez à l’AS Monaco en France ou au suisse du FC Chiasso en Italie en autre.