#1408 – AD Ceuta FC : los Caballas

Les maquereaux. L’Afrique a bien son représentant en Europe, au delà de ses joueurs qui sont nombreux à fouler le sol des championnats européens. Si on regarde à l’Est, plusieurs clubs situés géographiquement en Asie évoluent déjà en Europe (à l’instar des nombreux clubs turcs tels que Fenerbahçe ou Trabzonspor ou des kazakhs du Kaïrat Almaty). Pour l’Afrique, il faut se pencher du côté de la seconde division espagnole où joue le club de la Ceuta, l’une des enclaves espagnoles, avec Melilla, localisées sur le sol africain.

La cité de La Ceuta possède une position stratégique à l’entrée du détroit de Gibraltar, passage obligé entre l’Océan Atlantique et la Mer Méditerranée. Ouverte vers la mer, la baie de Ceuta est naturellement abritée des vents dominants (le Levante et le Poniente) qui peuvent être très violents dans le Détroit et sa profondeur permet d’accueillir des navires à fort tirant d’eau. Pourtant, jusqu’au XIXème siècle, ses côtes n’abritaient que de modestes installations portuaires destinées avant tout à la marine militaire. La Guerre hispano-marocaine (1859-1860) mit en évidence la nécessité de renforcer le dispositif naval de la ville aussi bien pour l’armée que de développer le commerce qui s’annonçait florissant à l’ouverture probable du Canal de Suez. La construction de port débuta lentement dans les années qui suivirent et s’accéléra après la visite du Roi Alphonse XIII au début du XXème siècle. Aujourd’hui, le port a franchi la barre des 2 millions de passagers annuels, confirmant son rôle clé dans le détroit de Gibraltar, tandis que le trafic de marchandises s’élève à 1 068 092 tonnes (-2,2 %) à fin Novembre 2024.

Située au carrefour de l’Atlantique et de la Méditerranée, La Ceuta bénéficie de courants marins exceptionnels qui favorisent la présence de bancs de poissons migrateurs. À la fin du XIXème siècle et au début du XXème, la pêche constituait l’un des moteurs économiques de la ville, en particulier celle du maquereau (Scomber scombrus) qui trouva dans les eaux de La Ceuta un habitat de prédilection. La pêche du maquereau se pratiquait traditionnellement, entre autres, par la méthode de la madrague (almadraba, filet de pêche fixe). En 1899, les archives rapportent qu’en seulement deux jours de pêche, les marins remontèrent dans leurs filets plus de 60 000 maquereaux. Cette abondance permit également le développement d’une industrie florissante de la salaison et de la conserverie ainsi que de fabrication des madragues. Le maquereau était si présent dans la vie quotidienne qu’une anecdote historique rapporte que même les veilleurs de nuit (serenos) de 1895 utilisaient le mot dans leurs cris rituels : « Ave María Purísima, y caballa, por la Virgen de África » (Ave Maria très pure, et maquereau, pour la Vierge d’Afrique – la vierge d’Afrique étant La Ceuta). En outre, l’association entre la cité et le poisson devint si forte que, selon José Luis Gómez Barceló, historien, chroniqueur officiel de la ville et archiviste diocésain, le terme caballa désignait aussi au XIXème siècle la flotte de pêche de La Ceuta et, plus précisément, ses membres. En effet, les marins du Détroit, en voyant arriver les embarcations de La Ceuta avaient l’habitude de dire « Ahí vienen los caballas » (voilà les maquereaux).

En 2019, l’Académie Royale Espagnole (RAE) intégra au dictionnaire cette façon populaire et affectueuse de décrire les habitants de Ceuta comme leur gentilé.

#1405 – Racing Club de France : les Pingouins

Pour les personnes de la génération, le Racing, c’est à la fois les nœuds papillons roses de l’équipe de rugby des Blanc, Mesnel, Lafond, Guillard ou Cabannes, champion de France 1990 et la parenthèse Matra de la section football qui réunissait les Fernandez, Francescoli et Littbarski. Justement, le surnom des Pingouins serait né des quolibets que les joueurs de Rugby pouvaient donné à ceux qui pratiquaient le football. Mais, l’histoire de ce club omnisport ne se résume pas aux années 1990 et s’enracine dans les dernières années de XIXème siècle.

Le Racing Club de France (fondé le 20 Avril 1882) était à l’origine une association vouée à l’athlétisme. En 1890, la section Rugby vit le jour, suivi 6 ans plus tard par le football. En 1932, avec la création du championnat de France, l’équipe de football devint professionnel et prit son indépendance. Du côté du Rugby, l’amateurisme était encore en vigueur. Et ces situations diamétralement opposées animèrent alors une rivalité joviale entre les deux sections. C’est alors que les rugbymen découvrirent une autre différence. D’un côté le rugby où le ballon vit par les bras : on le porte, on le passe à la main, on raffûte ses adversaires. De l’autre, le football avec une règle stricte : l’utilisation des membres supérieurs est formellement interdite pour les joueurs de champ. En observant les footballeurs s’entraîner à courir sur la pelouse sans jamais se servir de leurs bras, les gardant souvent collés le long du corps pour s’équilibrer ou éviter de commettre une faute de main, les rugbymen se seraient moqués des footballeurs en les comparant à des pingouins (Ces oiseaux marins dont les petites ailes, inadaptées au vol, pendent le long de leur corps de manière un peu pataude sur la terre ferme). Le surnom serait apparu vers 1934.

Les footballeurs auraient alors eu suffisamment d’auto-dérision pour prendre l’animal comme symbole. En 1939, en final de la Coupe de France, se déroula une scène insolite : Raoul Diagne, August Jordan et Oscar Heisserer promenèrent sur la pelouse un pingouin emprunté au zoo de Vincennes par le directeur sportif parisien Marcel Galay, pour porter bonheur au club. Et le Racing remporta sa deuxième Coupe de France.

#1403 – CA Gimnasia y Esgrima : Caracoles, Babosos

Les escargots, les baveux. On reste en Amérique du Sud, mais on quitte l’Uruguay pour franchir la frontière argentine. Mais, plutôt que rejoindre les différents clubs des quartiers bouillonnants de Buenos Aires, on se rend au pied de la cordillère des Andes, pour découvrir les fans enflammés de la ville de Mendoza. Fondé en 1908, le CA Gimnasia y Esgrima traîne deux sobriquets peu glorieux : Caracoles (les Escargots) et Babosos (les Baveux). Comment ce club centenaire a-t-il pu hériter de surnoms évoquant un gastéropode ? Oubliez la poésie et plongeons dans le quotidien du football argentin.

En Argentine, le chambrage entre supporters fait parti du folklore local, quand il ne s’agit pas d’affontement brutal entre barras bravas. Les fans argentins n’hésitent pas à trouver des surnoms imagés et moqueurs (fleurtant parfois avec l’insulte) pour désigner leurs adversaires comme Basurero pour Gimnasia y Esgrima La Plata (#1361), Quemeros pour CA Huracán (#798), Sabaleros pour le CA Colón (#692), Canallas pour Rosario Central (#681), Bosteros pour Boca Juniors (#336) ou Leprosos pour Newell’s Old Boys (#104). Pour le club de Mendoza, les fans de leur grand rival local, l’Independiente Rivadavia, sont à l’origine de la création de ces deux surnoms pour humilier les joueurs et les fans de Gimnasia.

Pourquoi avoir choisi l’escargot ? Pour trois raisons. Premièrement, les escargots se déplacent lentement et donc les fans adverses soulignaient le manque de vivacité des joueurs sur le terrain et l’apathie supposée des supporters de Gimnasia. Deuxièmement, l’escargot porte des cornes. Or, dans la culture latine, les cornes sont le symbole universel de l’homme trompé. C’est l’insulte suprême pour rabaisser l’honneur et la virilité de l’adversaire. Enfin, les fans et les joueurs de Gimnasa se traîneraient misérablement au sol, tant au classement que dans la vie, comme les escargot qui rampent.

Le surnom de Baboso n’est que la continuité logique de cette blague de mauvais goût. L’escargot étant par nature gluant, et laissant une traînée de bave (baba en espagnol) derrière lui, les rivaux ont poussé la métaphore jusqu’au bout. De plus, traiter quelqu’un de baboso en espagnol dépasse le stade de la métaphore animale : c’est un terme courant pour désigner un idiot, un prétentieux ou quelqu’un de pathétiquement collant.

Mais, la grande beauté des fans argentins réside dans leur capacité à renverser les stigmates et s’approprier une moquerie en un élément de leur identité. Les mots Caracoles et Babosos font aujourd’hui partie intégrante de l’histoire du Gimnasia y Esgrima de Mendoza et de ses supporteurs.

#1396 – Omonia Aradíppou : Τα περιστέρια

Les colombes. Quand on cite le nom d’Omonia et que l’on parle de Chypre, tous les amateurs de football pensent immédiatement au club omnisport de la capitale chypriote, Nicosie. Pourtant, il existe plusieurs clubs portant ce nom sur l’île et le doyen de tous est l’Omonia Aradíppou (ville située dans la banlieue de Larnaca). Fondé le 4 avril 1929, l’Omonia Aradíppou avait un objectif plus large que le sport puisque les fondateurs souhaitaient qu’il apporte l’épanouissement moral, social et physique de ses membres, ainsi que leur divertissement. Résultat, au de-là du sport (dont l’équipe de football ne vit le jour qu’en 1935), le club organisait également des événements éducatifs, théâtraux et culturels.

La volonté des fondateurs était que le club fût un espace de concorde et cela s’explique par l’époque troublée dans lequel il vit le jour. En effet, suite à la première guerre mondiale, le Royaume-Uni avait annexé Chypre et depuis, sa politique coloniale reposait sur une exploitation des ressources de l’île tout en réprimant toute velléité nationaliste des habitants (la torture fut autorisée en 1928, les programmes scolaires réduisirent l’espace donné à la culture grecque …). Un premier soulèvement chypriote intervint en 1931 et eut pour conséquence un nouveau durcissement de l’adminstration britannique. Cette révolte est décrite comme la rébellion la plus intense à laquelle la Grande-Bretagne fut confrontée dans l’entre-deux-guerres.

Le choix du nom « Omonia » reflétait la volonté de fraternité et d’unité locale. Le terme Omonia (Ομόνοια) en grec se traduit par « Concorde », « Harmonie » ou « Paix » et provient d’Harmonie, la déesse de l’harmonie et de la concorde dans la mythologie grec. Le deuxième élément symbolique adoptée fut la présence de deux colombes sur le blason de l’association.

Si la colombe représente aujourd’hui la paix à l’échelle mondiale, c’est le résultat d’un fascinant mélange entre une culture millénaire et l’intervention d’un artiste majeur du XXème siècle. Dans la culture judéo-chrétienne, l’oiseau tient une place particulière. Tout d’abord, la bible (Genèse) raconte qu’après le Déluge, Noé lâcha une colombe depuis son arche pour voir si les eaux s’étaient retirées. L’oiseau finit par revenir avec un rameau d’olivier dans le bec. Ce geste symbolisait la fin de la colère divine, le pardon, et la paix retrouvée entre Dieu et l’humanité. Puis, dans le nouveau testament, le Saint-Esprit, qui représente l’esprit de Dieu et diffuse son amour (donc la paix aussi), fut décrit sous différente forme dont la colombe (Evangiles de Saint Mathieu et de Saint Luc). L’art chrétien reprit alors cette symbolique. Même en dehors de la tradition judéo-chrétienne, la colombe avait une excellente réputation. Dans la mythologie gréco-romaine, elle était l’animal de compagnie et l’attribut d’Aphrodite, la déesse de l’amour. Cet oiseau était perçu comme l’incarnation de la douceur, de l’harmonie et de la fidélité. Le fait que les colombes soient blanches (couleur de la pureté) et gardent le même partenaire toute leur vie expliquent certainement le fait que l’animal est représenté l’amour et l’espoir dans les premiers temps. Mais, si la colombe est définitivement ancrée aujourd’hui comme un symbole de paix, on le doit à Pablo Picasso. Après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, un Congrès mondial des partisans de la paix fut organisé à Paris en 1949. Le poète Louis Aragon demanda à son ami Pablo Picasso d’illustrer l’affiche de l’événement. Le peintre espagnol croqua alors une colombe blanche éclatante (en référence à la colombe de Noé). Son dessin, à la fois simple et incroyablement puissant, connut un succès planétaire immédiat. Dès lors, la « Colombe de la paix » de Picasso a été reprise dans les manifestations du monde entier, devenant l’emblème incontesté du pacifisme moderne, notamment durant la Guerre froide.

#1394 – Orlando City SC : the Lions

Les lions. L’équipe floridienne nourrit un projet ambitieux. Après avoir attiré dans ses filets, pour ses débuts en MLS, le talentueux brésilien Kaka, la direction actuelle vise notre grizou nationale. A l’heure d’écrire ces quelques lignes, les négociations étaient en cours pour arracher Griezmann à sa seconde maison, l’Atletico Madrid. Mais, revenons au surnom de cette franchise. Si le club a opté pour une dénomination dans la lignée des équipes européennes (SC pour Soccer Club), le roi des animaux aurait pu être le nom de la franchise (dans la tradition marketing des franchises US) vu comme il s’est imposé dans la culture du club. Il est son surnom comme sa mascotte et s’affiche fièrement sur son écusson.

En 2010, Phil Rawlins, membre du conseil d’administration du club anglais de Stoke City, acquit les droits de la franchise d’Orlando Pro Soccer en USL (United Soccer League – antichambre de la MLS). Ce projet, affilié aux Orlando Titans, un club de lacrosse, n’était jamais vraiment sorti des cartons. Rawlins transféra alors une autre de ses propriétés, les Austin Aztex, à Orlando pour constituer le nouveau club d’Orlando City SC, avec la volonté d’intégrer la MLS dans les 5 prochaines années.

Pour les attributs du nouveau club, la direction ne souhaita pas prolonger la symbolique aztèque, trop attaché à l’ancienne franchise située à Austin, et préféra se référer à une ancienne équipe de soccer d’Orlando : les Orlando Lions. Ayant existé entre 1985 à 1996, Orlando Lions avait marqué la culture locale en tentant d’implanter le football professionnel dans la ville de Floride. Ainsi, le blason de la nouvelle franchise affichait 3 têtes de lion rugissant. Outre le fait de relier la nouvelle entité à l’histoire footballistique de la ville, ces lions devaient symboliser la fierté et l’esprit d’équipe. En outre, comme le disait le communiqué de presse, « the three lion heads also represent the three facets of the game we love: defense, mid-field, and attack » (les trois têtes de lion représentent également les trois aspects du jeu que nous aimons : la défense, le milieu de terrain et l’attaque). En 2014, l’écusson fut relooké avant que le club n’intégrât la MLS. Des trois têtes, une seule survécut. Demeurant l’élément central du logo, elle symbolise la force et la fierté et reflète le succès d’Orlando City et sa détermination à affronter tous ses adversaires.

#1386 – Kapfenberger SV : die Falken

Les faucons. Fin 2023, une vidéo, montrant des joueurs en maillot rouge se réunir de manière spontanée pour se déhancher et chanter à tue-tête dans un vestiaire, se répandit comme une trainée de poudre sur internet, cumulant plus de 11 millions de clics. Ces joyeux fêtards étaient l’équipe de Kapfenberger après leur victoire face à Horn le 6 Octobre. Leur joie et leur enthousiasme débordants conquit le public qui surnomma la vidéo tanzenden Falken (les faucons dansant). Non pas que leurs pas de danse improvisés rappelaient le vol du rapace mais le volatile s’affiche sur l’écuson du club.

Surplombant leurs proies et attaquant en piqué, le rapace véhicule une image qui sied souvent bien au club de sport, et notamment celui-ci. Mais, au de cette symbolique, l’oiseau parait dans son milieu naturel pour cette ville située dans les alpes autrichienne. D’ailleurs, la municipalité émergea au pied du chateau d’Oberkapfenberg construit par les seigneurs de Stubenberg au Moyen-Âge. Installée sur un promontoire, la forteresse offre une vue imprenable sur la vallée de la Mürz, en amont comme en aval, ainsi que sur la vallée de la Thörl. Aujourd’hui, abritant une fauconnerie, il domine le stade Franz-Fekete. Ses rapaces planent au-dessus du stade et sont devenus une image familière pour les supporters, créant un lien naturel entre l’équipe et l’oiseau. Le stade est ainsi métaphoriquement considéré comme le territoire de chasse des faucons.

La couleur argenté du faucon sur l’écusson rappelle l’acier fabriqué par l’usine sidérurgique Böhler. Son importance explique le surnom de la cité Böhlerstadt (la ville de Böhler). Dès le Moyen Âge, l’artisanat sidérurgique local (moulin à marteaux) profita de deux atouts majeurs. D’un côté, le minerai de fer provenant de l’Eisenerz (le mont de fer) tout proche. De l’autre, l’énergie hydraulique de la rivière Mürz. Puis, dans la première moitié du XIXème siècle, la famille Mayr fit entrer l’outil industriel de la ville dans l’ère moderne. Enfin, le véritable tournant survint à la fin du XIXème siècle, avec les frères Albert et Emil Böhler qui achètent l’usine sidérurgique, et sous leur impulsion, Kapfenberg devint un centre mondial pour les aciers spéciaux.

#1384 – Mirassol FC : Leão Caipira

Le lion de la campagne. Mirassol, c’est le nouveau rayon de soleil du football brésilien. Représentant une ville de seulement 65 000 habitants, le club connut une ascension fulgurante en passant des divisions régionales à l’élite brésilienne en 6 ans. Avec un budget modeste (2ème masse salariale la plus faible du championnat), le club de l’intérieur de l’Etat de São Paulo créa la surprise pour sa première participation au Brasileirão lors de la saison 2024-2025. L’équipe termina à la 4ème place et offrit pour le centenaire du club, une première participation à la Copa Libertadores. Mais, l’originalité s’arrête ici puisque la mascotte du club est un lion, qui donne le surnom au club.

Même si le continent sud-américain n’acceuille pas de lion, le roi des animaux promène sa crinière et sa longue queue sur beaucoup de terrains de football. Car pas moins de 13 clubs brésiliens ont adopté le félin comme mascotte outre Mirassol (4 clubs de Série A, 2 en Série B, 4 en Série D et au moins 3 autres) : Bragentino, Fortaleza (#871), EC Vitória (#270), SC Recife (#417), Remo (#469), Avaí (#696), Portuguesa, Cianorte, Inter de Limeira, GAS, Comercial São Paulo, Villa Nova et Nacional.

Fondé en 1925, Mirassol FC connut une révolution en 1964 puisqu’il fusionna avec l’autre club professionnel de la ville, Grêmio Recreação e Esportivo Cultura. Si le nouveau club de Mirassol Atlético Clube reprit les couleurs du second (bleu et blanc), sa direction lança un vote auprès des fans pour trouver la nouvelle mascotte. Le choix des supporteurs se porta sur le lion, animal chargé de symbolisme. En effet, il représente la noblesse, le courage, la force et l’esprit de leadership. Finalement, 18 ans plus tard, les deux clubs se séparèrent mais Mirassol FC conserva le lion, qu’il fit d’ailleurs apparaître sur son blason pendant quelques années. Et comme la ville se situe à l’intérieur de l’Etat de São Paulo, dans une région plutôt agricole, le terme « campagne » a été ajouté au lion pour son surnom.

#1375 – RB Omiya Ardija : リス

Les écureuils. Il était temps de consacrer un article à cette équipe japonaise dont les traditions vont disparaître au profit du marketing de la galaxie Red Bull. En effet, en novembre 2024, Omiya Aerdija devint le premier club asiatique à intégrer la multipropriété de la marque de boissons énergisantes. Comme à son habitude, Red Bull a commencé à dépouiller le club de son histoire pour en faire une pale copie des autres clubs du groupe autrichien. Tout d’abord, RB a été ajouté au nom du club, faisant référence à « Red Bull ». Cependant, en raison du règlement interdisant aux clubs de JLeague d’inclure des noms de sociétés dans leur dénomination, RB correspond officiellement à Rasen Ballsport (littéralement en allemand « jeu de balle sur gazon »). L’écusson où un écureuil faisait face à un ballon a fait place au blason de la marque de boisson, deux taureaux rouges chargeant face à face, qui orne la plupart des clubs de la galaxie Red Bull. Les traditionnelles mascottes d’écureuil Ardi et Miya, apparues respectivement en 1998 et en 2008, risquent d’être remplacées par la nouvelle effigie d’un taureau dénommé Buru.

Mais, l’écureuil a été l’animal totem de l’équipe depuis longtemps. Outre son apparition sur l’écusson et les mascottes, la présence du rongeur s’exprime aussi dans le nom du club, « Ardija », qui dérive du mot espagnol ardilla, signifiant écureuil (le mot a été transformé – le j remplaçant le l – car la sonorité l n’existe pas en japonais). En 1990, lorsque la ville célébrait son cinquantenaire, elle adopta pour les festivités un écureuil comme mascotte du nom de Korisu-no-Toto-chan. Il vivait réellement dans une cabane à écureuils située dans la « Forêt des Citoyens » à Omiya. Mais, les raisons de ce choix demeure inconnue, l’écureuil étant endémique du Japon mais pas particulièrement de la région d’Omiya.

En 1998, lorsque l’équipe devint professionnelle, elle s’établit à Omiya et choisit l’écureuil comme emblème. Non seulement la mascotte permet aux supporteurs de s’identifier rapidement avec le club mais elle devait aussi traduire le style de jeu de l’équipe. Reposant sur une défense solide et des contre-attaques rapides, l’écureuil exprimait cette vitesse. En outre, la forme de la queue de l’écureuil dans l’écusson représentait la défense solide et l’équilibre.

#1372 – FC Urartu : Առյուծներ

Les lions. En 1992, le tout nouvel état d’Arménie voit son premier championnat national se dérouler avec 24 équipes. Certaines étaient un héritage de l’Union Soviétique tandis que d’autres étaient créées pour l’occasion. Dans son village natal d’à peine 2 000 âmes, Sarkis Israelyan fonda le FC Banants. Le succès fut au rendez-vous immédiatement avec la victoire en Coupe d’Arménie et une troisième place au classement dès l’année de sa fondation. Seulement, trois ans plus tard, le club rencontra des difficultés financières et fusionna avec le FC Kotyak, l’un des plus anciens clubs de football arméniens, pour se sauver. En 2001, nouvelle fusion avec le Spartak Erevan et le club déménagea dans la capitale arménienne.

Mais, créé initialement pour représenter la province de Kotayk, où se situe le village de Banants, le club aurait pu se perdre dans ces fusions successives et ce déménagement. Toutefois, le lion qui tient un flambeau dans son blason rappelle ses origines. En effet, la province de Kotyak arbore un lion sur ses armoiries, qui s’inspire de la statue du « Lion de Geghard ». Conçu par Rafael Israelyan et scuplté par Ara Harutyunyan, la sculpture, en cuivre martelé et placée sur un socle en basalte, fut érigée en 1958 sur la route menant au monastère de Geghard.

Ce lion rappelle les armoiries des Proshian, une dynastie princière arménienne qui régna dans la province de Vayots Dzor aux XIIIème et XIVème siècles. Les Proshian rachetèrent dans les années 1240 le monastère de Geghard pour en faire le tombeau familial. Et dans ce monastère, on retrouve plusieurs bas reliefs de Lion qui représentent leurs armes. Le principal représente deux lions encordés tenus par une tête de taureau et en-dessous un aigle enserrant un agneau dont la signification serait « Tant que nous serons enchaînés comme des lions, nous resterons forts comme un bœuf et nous protégerons les hommes comme un aigle protège un agneau ».

#1368 – JK Nõmme Kalju : Roosad Pantrid

Les panthères roses. Fondé en 1923 par les lutteurs Aleksander Šneider et Mart Liiv, Nõmme Kalju est l’un des plus anciens clubs de football d’Estonie. Actif jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le club disparut avec l’avénement du régime soviétique. Puis, Värner Lootsmann, un homme politique de Nõmme, Uno Piir, un des entraîneurs les plus célèbres d’Estonie, et Anton Siht insufflèrent une nouvelle vie au club en 1997. Puis, en 2002, Kuno Tehva, entrepreneur dans le divertissement et les lubrifiants, accéda à la présidence du club avec la volonté de faire de Nõmme Kalju un club professionnel en mesure de remporter le titre de champion. Et cette volonté de réussite sportive s’accompagnait pour Tehva d’une politique marketing active, à l’image des autres clubs européen mais encore bien novateur pour le football estonien.

Recrutement d’un entraineur (Fredo Getúlio Aurelio) et de joueurs brésiliens (Felipe Nunes , Alan Arruda), campagne publicitaire décalée et massive, Kuno Tehva mit d’importants moyens innovants pour l’Estonie afin de rendre, selon ses dires, son équipe glamour. Cette stratégie se diffusa aussi sur les maillots. Evoluant dans des couleurs sombres (noir et blanc), Tehva introduisit une troisième couleur plus original et glamour, le rose. En 2007, les joueurs portèrent ainsi un maillot rose. Voyant cette tenue, Rootsi Kunn, célèbre supporter du FC Flora, surnomma les joueurs de Nõmme Kalju les Roosad Pantrid. Pas du tout fâché, les supporters de Kalju adoptèrent ce surnom. Depuis, la panthère rose est devenu la mascotte du club et le principal groupe de supporteurs du club se nomme également ainsi.