#933 – IA Sud América : los Buzones

Les boîtes aux lettres. Si vous lisez régulièrement les articles de ce blog, voire même si vous avez été passionné par la taxonomie présentée, vous savez qu’il existe quelques règles en matière de surnom. Notamment si ce dernier se rattache à un métier, cela signifie que le club ou sa ville/région résidente possède un lien avec cette activité économique. D’où vous penserez que le club uruguayen de l’IA Sud América fut fondé par la corporation des postiers. J’étais moi-même arrivé à cette conclusion. Sauf que toute règle à ses exceptions et los buzones en est une.

Des employés d’un magasin de quincaillerie et de peinture du centre-ville de Montevideo, dans le quartier Villa Muñoz, se réunissaient pour jouer au football au début du XXème siècle. Sous l’impulsion d’un géomètre, Fermín Linera, qui habitait dans la rue où ses employés pratiquaient le football, ils fondèrent le 15 juillet 1914 le club de FC Sud América (qui deviendra Institución Atlética Sud América en 1922). Fermín Linera suggéra le nom de Sud América pour rendre hommage au continent qui accueillait de nombreux immigrants à cette époque. Puis, les fondateurs optèrent pour un maillot rouge. Néanmoins, quand ils se rendirent dans un magasin pour se fournir en chemise rouge, ils s’aperçurent que la seule couleur disponible était l’orange. En conséquence, l’équipe évolua définitivement dans des maillots orange (avec une poche noire qui deviendra des rayures puis des parements). Seulement, au début du siècle, les boîtes aux lettres de Montevideo se peignaient en orange, comme les maillots de la formation. Ainsi, les joueurs héritèrent du titre de boîte aux lettres. Si ces dernières sont désormais jaunes, le club en a conserve une de couleur orange dans son enceinte sportive.

#928 – FK Inter Bratislava : žlto-čierni

Les jaune et noir. Même si le rouge apparaît sur le blason du club, le jaune et le noir sont les deux principales couleurs qui s’imposent sur le maillot de la formation. Evoluant en 3ème division aujourd’hui, l’Inter Bratislava est un important club de football slovaque avec une riche tradition, qui au tournant du millénaire réalisa deux doublés consécutifs (Championnat slovaque et Coupe nationale en 2000 et 2001). Le club revendique un titre de champion de Tchécoslovaquie (saison 1958-1959) qui fut remporté par le CH Bratislava, club qui l’absorba en 1962. Toutefois, malgré les débats, il est communément admis que l’Inter n’a pas hérité de ce titre et que le successeur du CH Bratislava est un autre club. Il n’empêche qu’entre 1962 et 1993, le club évolua 29 saisons sur 31 dans la Première Ligue tchécoslovaque, terminant même deux fois 2ème dans les années 1970. A l’issue de la saison 2008-2009, l’Inter Bratislava remporta la seconde division et devait être promu dans l’élite slovaque. Cependant, les problèmes financiers du club conduisirent son propriétaire Lubomír Chrenko à vendre la licence de l’Inter au FK Senica en juin 2009. L’équipe professionnelle de l’Inter disparut et le club repartit dans les divisions régionales.

Le club fut fondé en juillet 1940 sous le nom de ŠK Apollo Bratislava. Les créateurs ne furent pas inspirés par la mythologie grecque, Apollo faisant en réalité référence à l’entreprise qui soutint sa création. Créée en 1895, à l’aube de l’ère de l’automobile, la société Apollo exploitait la raffinerie de Bratislava qui produisait, au bord du Danube, de l’essence, de la ligroïne (white spirit), de la cérésine, des bougies, mais aussi de la glace artificielle et diverses graisses lubrifiantes. Sa capacité de traitement était de 30 000 tonnes de pétrole brut, qui provenait du Caucase et de Galicie polonaise, mais aussi de Roumanie, du Texas et de divers gisements de l’URSS. L’usine plaça Bratislava parmi les principaux centres de traitement du pétrole d’Europe centrale et, à son apogée, dans l’entre-deux-guerres, l’entreprise possédait des champs pétrolifères et un réseau de stations-service. Mais, avec l’invasion nazie, les capacités d’Appolo tombèrent aux mains du conglomérat chimique allemand, IG Farben, malheureusement célèbre pour avoir fourni les camps de la mort en zyklon-B et avoir profité de leurs mains d’oeuvre. En 1944, les raids aériens américains ciblèrent l’usine qui fut détruite à 80%. Même si elle reprit sa production en 1945, l’entreprise cessa ses activités en 1963. En parallèle, au début des années 1950, le gouvernement tchécoslovaque décida de construire une nouvelle raffinerie pour remplacer Apollo. En 1957, la première unité de production de la nouvelle raffinerie appelée Slovnaft fut mise en service. Aujourd’hui, Slovnaft, qui a été racheté par le groupe hongrois MOL, peut traiter 5,5 à 6 millions de tonnes de pétrole et représente 65% des ventes de carburants en Slovaquie. Il exploite 253 stations-service en Slovaquie, soit 29% du parc national.

La production pétrolière et pétrochimique passant d’Appolo à Slovnaft définitivement au début des années 1960, le club fit de même. En 1962 ou 1963, le club semble avoir fusionné avec des clubs appartenant à Slovnaft et devint une filiale du nouveau géant pétrolier slovaque. Evoluant probablement en rouge avant, la direction de l’Inter ajouta certainement au moment de la fusion les couleurs jaune et noir de Slovnaft. L’équipe évolue avec des maillots jaune et noir, sur lequel le nom de Slovnaft s’étala durant de longues années comme sponsor principal.

#925 – Stade de Reims : les Rouge et Blanc

Le club phare français des années 1950 et 1960 s’équipe d’un maillot mythique rouge et blanc, similaire à celui d’Arsenal, qui égaya la coupe d’Europe bien avant l’arrivée du club londonien. Pourtant, ces couleurs ne furent pas toujours celles des rémois. Si le club fut officiellement fondé le 18 juin 1931, il puise naturellement ses racines dans les bulles de Champagne. Le philanthrope, Marie Charles Jean Melchior de Polignac, petit-fils de la Veuve Pommery, était président des caves Pommery et Greno depuis 1907. Passionné de sports et soucieux de communiquer un exutoire à ses ouvriers, qui souffraient notamment d’alcoolisme, il décida la construction d’un centre sportif, connu sous le nom de Parc Pommery. Couvrant une superficie de 22 hectares, il accueillait, à partir de 1910, dans un décor représentant les dieux du stade, des pistes de courses, de sauts, de lancer, des terrains de tennis, de hockey, de football, de base-ball, de jeu de paume, une piscine et un vélodrome. Outre cette infrastructure, la maison de champagne créa le 29 septembre 1910 la Société Sportive du Parc Pommery (SSPP). Ses membres pratiquent le football, la marche, la gymnastique, le rugby, l’athlétisme et le cyclisme. Les joueurs portaient alors un short vert et un maillot doré, rappelant les couleurs du champagne. Outil humaniste, le club se transforma au fil des années en un vecteur de communication de l’entreprise Pommery et Greno. Il bénéficiait alors du soutien financier de sa maison mère, ce qui lui permettait de recruter et de rémunérer des sportifs (via des emplois au sein de la maison de champagne), afin de dominer les championnats régionaux. A la fin des années 1920, la section football commença à enregistrer des résultats et à monter les échelons.

La direction de Pommery et Greno décida alors de préparer la structure à l’arrivée du professionnalisme en l’autonomisant des autres sections sportives du SSPP et de la maison de Champagne. D’un club corporatiste, il devint un outil de promotion de la ville de Reims et, le 18 juin 1931, la nouvelle entité prit le nom de Stade de Reims. Les tenues dorées et vertes paraissaient un peu pale sur le terrain et la direction opta pour des nouvelles, plus vives, reconnaissables, tango et noir (maillot tango avec un scapulaire noir et short noir). Renforcé par des joueurs et entraineurs étrangers et doté d’un nouveau stade, le club continua son évolution en atteignant la seconde division en 1935. Désormais, officiellement professionnel, le Stade de Reims peina à s’imposer dans l’antichambre de l’élite, terminant à l’avant dernière place lors de la saison 1936-1937. Pour donner un nouvel élan, il fut décidé d’unir ses forces avec celles de son rival local, le Sporting Club Rémois, fondé en 1904 et tout récent vainqueur du champion du Nord-Est (1938). Ce dernier aspirait aussi au professionnalisme mais ces demandes auprès de la fédération avaient été rejetées. La fédération estimait qu’une ville de 100 000 habitants comme Reims ne pouvait pas disposer de deux clubs professionnels. Pour lui aussi, la fusion apparaissait donc comme la seule solution. Créée en 1938, la nouvelle formation garda le nom du Stade de Reims mais adopta les couleurs rouge et blanche du Sporting. Malheureusement, il n’existe pas de document permettant d’expliquer pourquoi le Sporting évoluait dans ces couleurs. En tout cas, elles ne furent jamais remises en question pour le nouveau Stade de Reims.

En 2010 (avec Kappa) et en 2020 (avec Umbro), le marketing rencontra la tradition et des éditions spéciales du maillot de l’équipe redevinrent tango avec un scapulaire noir. A savoir aussi qu’il existe actuellement un club de rugby, fondé en 1904, dénommé Stade de Reims et évoluant en tango et noir. Est-ce le fruit du hasard car je n’ai pas trouvé de lien avec le club de football ?

#905 – Berlin FC Dynamo : die Weinroten

Les bordeaux. Aujourd’hui dans les ligues régionales allemandes, le Dynamo domina le football de l’ex-Allemagne de l’Est (la fameuse RDA) durant une décennie. Club des forces de police, des douanes, des pompiers et de la Stasi (la police politique de la RDA), le Dynamo était dirigé par le redoutable et redouté Eric Mielke, ministre de la Sécurité d’État, de sa création jusqu’à la chute du mur en 1989. Cette accointance avec les autorités leva des doutes sur l’équité du championnat lors des dix titres remportés d’affilée par le Dynamo. En tout cas, cela lui valut d’être nommé « club de la Stasi » ce qui évidemment n’aida pas à sa popularité. Le Dynamo Berlin faisait parti de l’organisation omnisport SV-Dynamo et reprit donc ses couleurs, bordeaux et blanc. Dans tous les pays du bloc de l’Est, le sport était cornaqué par des organisations syndicales et omnisports. En particulier, l’administration policière fut une des épines dorsales de cette structuration et des Dynamo naquirent dans les nations communistes. Mais, tous ces clubs, calqués sur le modèle du grand frère russe, adoptèrent ses couleurs bleue et blanche (cf #117). Mais, Berlin fit différemment donc en prenant le bordeaux. Avec la chute du mur, le Dynamo Berlin perdit le soutien du Ministère et se réinventa pour se détacher des anciens symboles pesants. Le club se rebaptisa FC Berlin le 19 février 1990 puis adopta de nouvelles couleurs rouge et blanche lors de la saison 1990-1991. Mais, ce changement ne convint pas les supporteurs, notamment car ces couleurs étaient celles de l’éternel rival du quartier de Köpenick, l’Union Berlin. Néanmoins, ces couleurs furent portées jusqu’en 1996. Puis, le kit domicile de l’équipe devint rayé noir et rouge, associé à un short noir et des chaussettes noires jusqu’en 1999. A cette date, ce fut le retour aux sources avec le nom Dynamo qui réapparut ainsi que la réintégration du bordeaux et du blanc. Néanmoins, la direction, certainement par son inexpérience et que la protection des marques n’était ni nécessaire ni courante en Allemagne de l’Est, avait négligé de protéger les droits sur l’écusson du club de l’époque est-allemande. Or, un célèbre fan du Hertha, Peter Klaus-Dieter Mager, ne loupa pas cette opportunité. Résultat, le plus important symbole du club ne put être repris.

#902 – PFK Beroe Stara Zagora : зелено, зелено-белите

Les verts, les vert et blanc. Le club s’affilie avec le premier club qui fut fondé dans la ville de Stara Zagora en 1916. Sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille et les fusions et scissions furent multiples avant d’arriver en 1959 au club actuel. Outre le nom qui varia de nombreuses fois, les couleurs changèrent également. En 1916, le premier club réunissait deux équipes qui s’affrontaient. L’une des équipes portait un haut blanc et un short blanc, tandis que l’autre arborait une tenue intégralement noire. Parfois, pour accentuer la différence entre les deux équipes, les joueurs pouvaient placer des bandes de tissus colorées sur la poitrine ou le bras ou même des cravates. Mais l’élégance s’arrêtait là car certains se coiffaient de bonnets, non pas pour imiter les fameuses caps portés par les joueurs anglais, mais pour amortir le ballon lors de coups de tête. Entre 1951 et 1959, l’un des prédécesseurs de Beroe se nommait Udarnik et évoluait avec des maillots rouges et blancs à rayures horizontales, des shorts blancs et des chaussettes rouges. En 1960, Udarnik, devenu entre temps Botev après sa réunion avec Spartak et SKNA, fusionna une nouvelle fois avec le club du Lokomotiv de la ville pour donner naissance à Beroe, de l’ancien nom thrace de Stara Zagora. Les joueurs portaient alors un maillot blanc (avec Beroe écrit en bleu sur la poitrine), des shorts bleus et des chaussettes blanches. En 1963, la tenue vira au blanc intégral. L’année d’après le short devint rouge. En 1966, au rouge et au blanc, une troisième couleur vint se marier : le vert. En 1972, retour au blanc intégral mais les supporteurs étaient attachés au vert et les drapeaux de cette couleur flottaient dans les travées du stade. En 1973, le tricolor revint et la combinaison était alors, chemises vertes, shorts blancs et chaussettes rouges. Enfin, en 1976, fin des essais de couleurs, le club opta définitivement pour le vert et le blanc. Si le vert s’imposa finalement assez tardivement, la couleur est totalement indissociable du club aujourd’hui. Mais pourquoi le vert ?

Sans qu’il n’y ait une explication documentée, ce choix n’est pas anodin et provient certainement de la ville, dont c’est également la couleur. Le blason actuel remonte à 1979 où le vert est l’une des couleurs principales. Elle est censée représenter la vie et la mort ainsi que l’espoir et le bonheur. Elle est surtout le symbole des champs fertiles qui entourent la ville. En effet, Stara Zagora est le centre de la riche région agricole de Zagore, célèbre pour sa culture du blé mais également de diverses céréales et de raisins. Avant 1979, le vert était déjà présent dans le blason mais moins prédominant. Cette couleur est totalement attachée à la ville dont les transports en commun, le mobilier urbain, le journal de la ville s’affichent en vert. A la fin des années 2010, alors qu’un projet de réhabilitation de la gare ferroviaire de la ville était à l’étude, plusieurs associations des citoyens militèrent pour que sa façade soit peinte en verte (et non en jaune, couleur des chemins de fer bulgare NKŽI).

#900 – CA River Plate : la Banda, la Banda Roja

La bande, la bande rouge. Possédant l’un des plus beaux palmarès (si ce n’est pas le plus beau) d’Argentine, le CA River Plate est connu dans le monde entier pour sa rivalité avec Boca Junior mais surtout pour son célèbre maillot blanc barré d’une bande diagonale de couleur rouge. Cette particularité que peu de club au monde affiche remonte aux premières années du club. Tout d’abord notons cette anecdote « amusante » . Le club fut créé par la fusion de deux entités rivales, La Rosales, qui s’appelait auparavant Juventud Boquense, et Santa Rosa, toutes deux issues du quartier de La Boca. Ce dernier, proche du centre de Buenos Aires et près du port, vit aussi la naissance de son rival de Boca Junior et où se situe encore son stade de La Bombonera.

River Plate naquit le 25 mai 1901, date hautement symbolique puisqu’elle marquait le 91ème anniversaire de l’indépendance de Buenos Aires et de sa région de la domination espagnole. Pour le choix du nom, les présidents de chacun des deux clubs s’étaient accordés qu’il fallait l’angliciser, afin de se rattacher à la patrie créatrice du football. Livio Ratto, le président de Santa Rosa, proposa Club Atlético Forward, les qualités d’attaque étant celles souvent appréciées. Pedro Martínez, son homologue de La Rosales, préférait Club Atlético River Plate. Ce nom lui vint suite à une visite du port où il vit des caisses qui étaient marqués « River Plate », anglicisation approximative de Río de la Plata, le fleuve et embouchure qui berce la capital argentine et dans lequel son port mouille.

Pour le maillot, la couleur blanche fut choisie, sans autre artifice. Finalement, à la fin 1904, la diagonale rouge fut cousue sur le maillot uni blanc par Catalina Salvarezza, la mère de Luis et Enrique Salvarezza, membre fondateur du CA River Plate. Lors du carnaval, cinq jeunes garçons remarquèrent à l’arrière du char Los habitantes del Infierno (les habitants de l’enfer) un ruban de soie rouge pendre. Ils le subtilisèrent mais avec l’objectif de rajouter un détail de couleur à la chemise de River Plate. Leur proposition fut adoptée. C’est ainsi que ce célèbre maillot est né.

Evidemment au côté de cette version certainement romancée existe des versions plus rationnelles. Les couleurs blanches et rouges rappelleraient celles de la ville italienne de Gênes. En effet, cette dernière hisse pour bannière la croix de Saint Georges (croix rouge sur fond blanc). Or, le quartier de La Boca abritait une grande population d’immigrés italiens qui pour beaucoup venaient de Gênes. D’ailleurs, parmi les fondateurs du club se trouvaient principalement des personnes originaires d’Italie (mais aussi une minorité de créoles et des enfants ou petits-enfants d’immigrés britanniques). Autre explication possible. La bande rouge pourrait figurer le Río de la Plata. En tout cas, ce changement intervint au moment où le club commença à se structurer et les joueurs à pratiquer le football au-delà du loisir. En effet, en 1905, le président du club, Leopoldo Bard, inscrivit River Plate à l’Association argentine de football, avec pour but de participer aux compétitions officielles.

En 1909, River Plate et d’autres clubs firent secession de la fédération pour créer un nouveau championnat. A la même époque, le club changea de maillot suite à l’absorption de Club Nacional de Floresta. « Envahi » par l’arrivée des joueurs de ce club, les membres originaux de River tels que Bernardo Messina et Enrique Zanni eurent peurs de perdre leur identité et résistèrent en concédant quelques changements à leur maillot (mais en conservant le rouge et le blanc). Ainsi, la chemise devint composée de rayures verticales blanches et rouges, encadré de noires. Ceci dura jusqu’en 1932, au même moment où le football argentin passa au professionnalisme. Depuis, la diagonale rouge ne quitta plus le maillot de River Plate. En 1986, le président Hugo Santilli décida d’ajouter un lion sur le maillot du club et de supprimer la bande rouge uniquement dans le dos des joueurs. Cette décision déclencha la fureur des supporteurs. Toutefois, le club entama une période riche en trophée avec une Copa Libertadores (1986), un titre de champion d’Argentine (1986), une Coupe Intercontinentale (1986) et une Copa Interamericana (1987). Mais, en 1989, le nouveau président, Alfredo Davicce revint au maillot classique. Certes, le club remporta plusieurs titres nationaux mais connut une disette internationale pendant 10 ans.

#898 – RC Strasbourg : les Bleu et Blanc

Dans les travées du vieux mais bouillonnant Stade de la Meinau, retentissent souvent les champs des supporteurs du Racing dont l’un d’eux est « Allez les bleu et blanc ». Mais, alors que les couleurs traditionnelles de l’Alsace comme de Strasbourg (et de nombreuses villes alsaciennes comme Mulhouse et Selestat) sont le rouge et le blanc, pourquoi ces deux couleurs ont été choisis pour le club ? En 1906, dans le quartier du Neudorf, quelques jeunes soutenus par leur instituteur fondèrent le FC Neudorf. FC signifiait Fussball Club, soit Football Club en Allemand. Car, depuis la défaite française et le traité de Francfort du 10 mai 1871, l’Alsace-Moselle (et non Lorraine car Nancy par exemple demeura française. Ainsi les départements perdues correspondaient aux actuels du Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle) intégra le territoire du tout nouveau Empire Allemand. Evidemment les autorités allemandes imposèrent la germanisation de la région alors dénommée Reichsland Elsaß-Lothringen (émigration de population allemande, utilisation et apprentissage de l’Allemand à l’école, organisations juridiques, administratives et économiques basées sur le modèle allemand qui perdurent encore aujourd’hui).

1918, la France avec ses alliés sortit victorieuse de la Première Guerre mondiale face aux allemands. Après 48 ans de séparation, les « provinces perdues » retrouvèrent le chemin de la France. Les deux tiers des 150 000 Allemands vivant dans la région retraversèrent le Rhin et l’administration française appliqua une politique de francisation systématique. Renaissant de ses cendres, le FC Neudorf s’inscrivit dans cet élan francophile. En janvier 1919, une nouvelle direction fut élue, où seuls les membres possédant un titre français (et non allemand) pouvaient postuler. La décision fut prise également de changer de nom et de s’appeler RC Strasbourg-Neudorf puis peu après simplement Racing Club de Strasbourg. Retenir un terme anglais « Racing » en pleine francisation, cela pourrait paraître incongru. En réalité, les membres s’inspirèrent du nom du prestigieux Racing Club de France. C’était à la fois un club reconnu, qui avait remporté le championnat de France USFSA en 1906 (année de création du FC Neudorf), et qui en outre s’appelait France. Le symbole était donc parfait pour les strasbourgeois. Outre le nom, la direction du RC Strasbourg décida d’adopter les couleurs du RCF, ie bleu et blanc. Sachant que le bleu du RCF est plutôt ciel, celui du RCS varia dans le temps, passant d’un bleu clair au bleu roi.

Toutefois, cette histoire pourrait être fausse pour ce qui concerne les couleurs. Car certains avancent que dès la saison 1916, les joueurs du FC Neudorf portaient des maillots blancs avec une rayure horizontale bleue.

#895 – CCDFA Arturo Fernández Vial : los Aurinegros

Les ors et noirs. Si le club de Concepción fut fondé le 15 juin 1903, il trouve ses origines dans une première association du nom de Club Deportivo Ferroviario Internacional (ou International FC selon d’autres sources) né en décembre 1897. Ce premier club regroupait les cheminots de la société nationale Ferrocarriles del Estado. Comme dans beaucoup de pays, en particulier en Amérique du Sud, les chemins de fer furent un vecteur du développement du football. D’une part, la masse des ouvriers constituait un vivier important. D’autre part, le réseau ferroviaire s’étoffa avec le soutien des experts en la matière, les britanniques. Nombre d’ingénieurs et de cheminots venant d’outre-manche émigrèrent dans les contrées sud-américaines et emmenèrent avec eux leur savoir-faire et leurs nouveaux loisirs tels que le football. Ainsi, le Club Deportivo Ferroviario Internacional naquit dans cet environnement (où les lignes ferroviaires se construisaient dans la région) et quelques années plus tard laissa sa place au CCDFA Arturo Fernández Vial (dont le F signifie Ferroviario).

Dans la tradition du monde ferroviaire sud-américain, le club retint comme couleurs le jaune et le noir. Pourquoi ? Il s’agit de rendre hommage à l’une des premières locomotives à vapeur, the Rocket (la fusée). Construite en 1829, elle fut conçue par l’ingénieur anglais George Stephenson, considéré comme l’un des « pères fondateurs » du chemin de fer à vapeur. Elle combinait plusieurs innovations de précédentes locomotives pour donner la machine la plus avancée de son époque et qui demeura la base de la plupart des moteurs à vapeur au cours des 150 années suivantes. Remportant le concours du Rainhill Trials, cette locomotive traînait treize tonnes à presque 25 km/h et pouvait atteindre la vitesse record de 56 km/h (sans charge). Elle fut exploitée sur la nouvelle ligne Liverpool-Manchester et sa fiabilité et ses performances aidèrent à l’expansion du chemin de fer. Stephenson choisit de peindre sa locomotive en jaune et noir. Il se serait inspiré des diligences les plus rapides de l’époque qui affichaient ces couleurs et ainsi il pensait suggérer vitesse et fiabilité.

Les surnoms máquina aurinegra et el Auri sont également utilisés.

#892 – ER Belgrade : Црвено-бели 

Les rouge et blanc. En s’appelant l’Etoile Rouge, le club ne semblait pas avoir d’autre choix que d’évoluer en rouge et blanc. Mais les évidences … En 1945, à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, les clubs sportifs serbes d’avant-guerre avaient tous disparu et les autorités communistes profitèrent de cet état pour réorganiser le tissu sportif, avec l’objectif de diffuser son idéologie et consolider le nouveau régime. Dans ce contexte, à l’initiative du Conseil principal de l’Union unie de la jeunesse antifasciste de Serbie (USAOS), les deux grands clubs serbes émergèrent à quelques jours d’écart : l’Etoile Rouge le 4 mars, puis Partizan le 4 octobre 1945. L’article #87 raconte le choix du nom et du fameux symbole du club, l’Etoile. Pour les fondateurs, il restait également à choisir les couleurs du club. Au départ, 3 couleurs furent retenues : bleu, blanc et rouge. Ce trio avait l’avantage d’être les couleurs de la ville de Belgrade mais également celles du drapeau de la République de Serbie. Mais, pour le nouveau régime qui voulait mettre sous cloche les revendications nationalistes, cette référence au peuple qui apparaissait dominant n’était pas opportun. Les fondateurs se reportèrent alors sur les couleurs rouge et blanche du SK Jugoslavija. Club historique de Belgrade, ce dernier servit de base pour les structures de l’Etoile Rouge, sans que le nouveau club ne fusse officiellement son successeur. Pourquoi ce précédent club portait du rouge et du blanc ? Après sa création en 1913, les membres du SK Velika Srbija (le premier nom du SK Jugoslavija) cherchèrent à s’équiper mais les kits et accessoires de football ne se trouvaient pas à Belgrade à cette époque. L’un des joueurs, Furjanović, fut envoyé à Vienne (Autriche) pour obtenir l’équipement. Il revint avec des ballons, des chaussures de football et deux ensembles de maillots, l’un vert et l’autre rouge. Au début, les joueurs de l’équipe première évoluaient en vert tandis que les joueurs de réserve portaient le maillot rouge. Mais, le club adopta officiellement sa couleur rouge traditionnelle après la Première Guerre Mondiale avec le changement de nom du club en SK Yougoslavie. Le design du maillot changeait souvent, de sorte que le club jouait avec une chemise unie rouge, et parfois dans des maillots rayées ou à carreaux. En tout cas, le rouge demeura la couleur principale du maillot et du club, donnant alors le surnom crveni (rouge).

Entre 1945 et 1950, les joueurs de l’Etoile Rouge évoluait avec un maillot rouge et un short blanc. Puis, le club adopta le maillot à rayures verticales rouges et blanches. Par la suite, le maillot uni rouge revint. A noter que le bleu ne disparut pas totalement et quelques piqures de rappel eurent lieu. Parfois, les joueurs portèrent un short bleu. De 1995 à 2011, le bleu s’installa au côté du rouge et du blanc sur l’écusson du club.

#890 – FC Kalamata : Μαύρη Θύελλα

La tempête noire. La référence au noir par deux fois (via la couleur comme les nuages qui forment la tempête) rappelle qu’il s’agit de la couleur du club. Elle ne provient pas des fameuses olives produites ici, qui d’ailleurs sont plus marrons que noires. En réalité, il faut se replonger dans l’histoire mouvementée de la Grèce d’après-guerre. Dans la nuit du 21 au 22 Avril 1967, l’armée grec prit le pouvoir, pour soi-disant faire barrage à une menace communiste. En décembre de la même année, le Roi Constantin II tenta de renverser ce pouvoir militaire mais son putsch échoua. Il s’exila alors à Rome, livrant définitivement le pays à la Dictateur des Colonels. Sans véritable programme, les militaires prônèrent l’ordre moral et la culture grec. Ainsi, les décisions autocrates se multiplièrent et mirent un couvercle de plomb sur les libertés dans le pays. 11 articles de la constitution furent suspendus, les citoyens pouvaient être arrêtés, jugés et déportés sans mandats. Des tribunaux militaires d’exception furent mis en place. Les partis politiques et les syndicats furent interdits tandis que l’Eglise orthodoxe passait sous contrôle de la junte. La minijupe comme les cheveux longs étaient bannis. La culture, qui penchait à gauche particulièrement à cette époque, fut purgée et contrôlée : la censure sévissait sur les journaux comme les spectacles. Le sport n’échappa pas à ce mouvement car la junte craignait que les associations sportives devinssent le catalyseur des idées démocratiques. La junte intervint donc dans les transferts, imposa des fusions d’équipes, ordonna de renommer des équipes, nomma des commissaires militaires à la tête des clubs et exclut tous les joueurs non grecs du championnat (d’où la découverte de nombreux aïeuls grecs – parfois fictifs – pour des joueurs étrangers tels que Courbis, Triantafilos, Losada …).

A Kalamata, il existait, comme dans de nombreuses villes grecs, plusieurs clubs de football. La junte invita donc les clubs de Kalamata à fusionner entre eux. L’idée derrière ces opérations était d’une part de réduire significativement le nombre d’associations sportives et d’autre part de plus facilement les surveiller et contrôler. Ainsi, en 1967, plusieurs clubs (principalement Apollon Kalamata FC et Pammessiniakos, lui-même issu de la fusion quelques années auparavant d’Olympiacos, de Oiseaux Verts de Kalamata et de l’AEK) donnèrent naissance au nouveau club de Kalamata FC. Toutefois, la structure de ce dernier se basait avant tout sur l’ossature de l’Apollon. Fondé en 1927, l’Apollon était un club historique de la ville qui s’était établi dans les divisions nationales. Après avoir remporté plusieurs fois le championnat régional, il fut promu dans la nouvelle deuxième division nationale lors de sa première année d’existence en 1959-1960. Lors des deux saisons précédentes la fusion (1965-1966 et 1966-1967), l’Apollon avait terminé deux fois à la 4ème place de la seconde division. Outre la reprise des joueurs de l’Apollon, le nouveau club absorba également les symboles de l’Apollon. Ainsi, les couleurs de la nouvelle équipe était le noir et le blanc, celles de l’Apollon. Pour la petite histoire, après le retour de la démocratie en 1974, certains clubs furent refondés comme l’Apollon. Mais le Kalamata FC s’était déjà bien établi et avait gagné sa popularité. Il est vrai que les résultats avaient rapidement suivi. En 1972 et 1974, le club avait remporté la seconde division et avait évolué pendant deux saisons dans l’élite nationale. Il continua donc son chemin pour être aujourd’hui le club référence de la ville.