#36 – Juventus Turin : Zebre

Plus rarement utilisé que d’autres surnoms, cet animal n’en est pas moins un symbole du club. Evidemment, Turin ne constitue pas une zone d’habitation du zèbre et ce surnom doit à la couleur et au motif du pelage de l’animal (des rayures noires et blanches) similaires au maillot du club italien. Ce fameux maillot rayé noir et blanc n’a pas été adopté immédiatement par le club. Les premières couleurs du club fut le rose et noir. Aujourd’hui, la couleur rose est devenu à la mode mais à l’époque, ce choix constituait plus qu’une singularité. En réalité, les contraintes financières s’imposèrent aux fondateurs qui durent choisir le tissu le moins onéreux, le vichy rose. Mais la mauvaise qualité des maillots fit qu’au fil des rencontres, le rose devient blanchâtre. En outre, le rose atteignait la virilité du club et de ses joueurs. En 1903, insatisfaits, les dirigeants décidèrent de changer de couleur.

Là, les versions diffèrent. Une légende raconte qu’ils commandèrent à leur fournisseur anglais des maillots rouges semblables à ceux du club de Nottingham Forets, et par malheur, une erreur fit qu’on leur livra des maillots rayés blancs et noirs, de l’autre club de la ville, Notts County. A la réception de la commande, les turinois ne furent pas ravis mais, comme le premier match de championnat était proche, il était trop tard pour les renvoyer.

L’autre version repose sur John Savage, un négociant en gros de produits textiles à Turin et joueur de football. Après avoir joué pour le Torino, il rejoignit la Juventus en 1901. Originaire de Nottingham, John Savage fournit les nouveaux maillots au club, en prenant ceux de son équipe de cœur, Notts County. Ses nouvelles couleurs furent perçues comme un symbole de « simplicité, d’austérité, d’agressivité et surtout, de pouvoir ».

L’association du Zèbre avec le club apparut en 1928. Le 10 octobre 1928, l’hebdomadaire « Guerin Sportivo » sortit dans les kiosques avec en une, un article se proposant de décrire l’héraldisme des équipes de football italiennes. L’humoriste et illustrateur Carlo « Carlin » Bergoglio avait décidé d’associer aux principales équipes un animal qui devait être leur mascotte. Pour la Juve, le choix fut le Zèbre, pour son pelage donc.

#35 – Le Havre AC : Ciel et Marine

Évidemment, ce surnom fait référence aux couleurs du maillot du club, composé de deux pièces : une en bleu ciel et l’autre en bleu marine. Quoi de plus naturel, pour une ville portuaire, d’avoir un maillot qui reflète le bleu marin de la mer et le bleu ciel du ciel … sauf que ce n’est pas la raison de ce dégradé de bleu du maillot. Tout remonte aux origines du club doyen français. Fondé en 1872 par des employés anglais du port du Havre, le club omnisports rassembla la communauté anglaise de la ville dans ses jeunes années. Le football et le club se structurant au fil des années, il fallut lui trouver des couleurs. Seulement, la plupart des joueurs venaient des universités d’Oxford et de Cambridge et chacun voulait attribuer les couleurs de son université au club. En bon anglais, un compromis pragmatique fut trouvé le 15 avril 1891 en adoptant les couleurs des deux universités : le bleu ciel pour Cambridge et le bleu marine pour Oxford. Depuis cette date, à de rares exceptions, le club évolue avec ce maillot séparé en deux.

D’où viennent ces couleurs bleus pour les deux universités anglaises ? Ces dernières, les plus prestigieuses du Royaume-Uni, se vouent une saine rivalité, qui s’exprime notamment dans le sport, et dans la très célèbre et ancienne régate d’aviron, The Boat Race. Disputée la première fois en 1829 et annuellement depuis 1856, cette course qui se déroule sur la Tamise oppose les deux universités. En 1829, le navire d’Oxford se présenta avec 4 membres provenant du collègue de Christ Church, dont le pull était bleu foncé. Charles Wordsworth et Thomas Garnier, deux membres de l’équipage, proposèrent de retenir cette couleur comme celle d’Oxford. La réponse de Cambridge intervint lors de la seconde édition, en 1836. Trois hommes des rameurs de Cambridge venaient du Collège de Caius et demandèrent à porter un ruban bleu clair, couleur du drapeau du Caius College Boat Club. La requête fut acceptée mais la mercerie la plus proche n’avait que du bleu Eton, un bleu ciel tirant sur le vert, proche de celui de Caius, et ce fut cette teinte qui fut utilisée. Cambridge ayant remporté la course avec 20 longueurs d’avance, la couleur fut définitivement adoptée.

#31 – Standard de Liège : les Rouges, les Roûches, les Rôdjes

Le surnom du 3ème club belge vient directement de ses couleurs. En 1898, le FC Liège décida de fusionner avec le club du Liège FA afin de donner naissance au RFC Liège. Le FC Liège donna en héritage à ce nouveau club ses maillots bleu et rouge, le Liège FA abandonnant ses maillots rouges ornés d’un perron noir. Cette fusion ne fit pas que des heureux. Un groupe de jeunes, catholiques et étudiants au collège Saint-Servais de Liège, membre de l’équipe scolaire du Liège FA rentra en dissidence et décida de créer un autre club, le Standard de Liège. Il se firent alors prêter les maillots rouges du Liège FA. Au final, les fondateurs votèrent et retinrent définitivement le rouge et blanc, comme couleurs du club. Avec l’accent liégeois, rouge devient roûches et en dialecte wallon, rôdjes.

#30 – Blackpool FC : the Tangerines

Les mandarines. Même si Blackpool est une ville côtière, l’économie de la mandarine y est peu développée. En fait, cela fait référence au maillot du club, qui est orange. Blackpool porta pour la première fois un maillot avec une bande orange lors du match d’ouverture de la saison 1923-1924, un nul 2-2 face à Oldham Athletic. Auparavant, comme beaucoup d’autres clubs anglais, l’équipe se chercha concernant ses couleurs et les premiers choix furent plutôt classiques. De sa fondation en 1887 à 1901, le club évolua en bleu, soit avec un maillot rayé, soit avec une chemise unie. Puis, de 1901 à la veille de la Première Guerre Mondiale, le maillot devint rouge et le plus souvent uni. Lors de la saison 1914-1915, le club opta pour la fantaisie avec une chemise rayée horizontalement et tricolore : noir, rouge et jaune. Retour au classique en 1915 avec un maillot blanc uni accompagné d’un short bleu foncé. Cette composition demeura jusqu’en 1923 et ce fameux match face à Oldham. L’un des dirigeants du club, Albert Hargreaves, était également arbitre international. Il avait officié lors d’un match international entre les Pays-Bas et la Belgique. Impressionné par les couleurs des Hollandais, il la recommanda à son club de Blackpool pour se distinguer des couleurs habituelles des clubs anglais. Cette couleur souleva régulièrement des critiques et le club modifia son apparence ou ses couleurs. De 1933 à 1938, la direction opta pour un maillot rayé verticalement, mixant des bandes bleus clairs et bleus marines avec un short blanc. Ce n’est que lors de la saison 1938-1939 que la couleur Mandarine fut définitivement adoptée.

#25 – São Paulo FC : Tricolor

Comme pour beaucoup d’équipe, ce surnom, les tricolores, provient des couleurs du club : blanc, rouge et noir. Le 25 Janvier 1930, le club fut fondé par la fusion de l’AA de Palmeiras et du CA Paulistano. En mémoire de ces deux clubs, les couleurs du club furent choisi en unifiant les couleurs de ces derniers : le maillot blanc à ceinture rouge du CA Paulistano et le maillot blanc avec une rayure noire de l’AA de Palmeiras. Ceci symbolisait l’union des deux équipes en une plus grande. Mais, cela tombait bien aussi car ces trois couleurs sont celles de l’Etat de São Paolo.

A la fin de l’Empire du Brésil (1825-1889), plusieurs républicains essayaient d’imposer, de promouvoir la création de nouveaux symboles (dont les drapeaux des Etats) qui soutiendrait l’affaiblissement de la monarchie et l’avènement de la république. Dans ce contexte, l’écrivain et journaliste républicain Júlio Ribeiro, fondateur et rédacteur en chef du journal « O Rebate », publia dans sa première édition du 16 juillet 1888, une série de critiques de la bannière impériale et proposa un nouveau drapeau républicain pour l’Etat de São Paolo. Son projet ressemblait au drapeau de la démocratie voisine des Etats-Unis. Des bandes noires et blanches avec un carré rouge dans son angle en haut à gauche dans lequel se trouvait quatre étoiles et le dessin de l’Etat. Les 3 couleurs principales avaient une symbolique particulière, alors que l’esclavage vennait d’être aboli en 1888. Il décrivit ainsi dans son journal que son projet « simboliza de modo perfeito a gênese do povo brasileiro, as três raças de que ela se compõe – branca, preta e vermelha. » (symbolise parfaitement la genèse du peuple brésilien, les trois races dont il est composé – blanche [les Européens], noire [les Africains] et rouge [les Amérindiens]).

Deux autres surnoms : Tricolor Paulista (tricolor pauliste, gentilé des habitants de São Paolo) et Tricolor do Morumbi (le Morumbi étant le nom du stade où évolue le club).

#23 – Grêmio Porto Alegre : Tricolor

Il est assez simple de comprendre que le surnom Tricolor qui signifie tricolore est associé aux 3 couleurs du club, bleu, blanc et noir. Mais, le choix de ces couleurs ne se fit pas sans heurts et difficultés. Le 22 septembre 1903, soit 7 jours après la création officiel du club, une réunion se tint avec les 32 fondateurs. Joaquim Ribeiro proposa de retenir les couleurs Havane (presque orange), bleu (ainsi que le short noir et une cravate blanche), à priori en l’honneur du club anglais d’Exeter. Toutefois, cette version paraît étonnante car Exeter n’a jamais joué dans ces couleurs havane et bleu (selon l’excellent site http://www.historicalkits.co.uk). Cândido Dias, qui était l’initiateur de la création du club, voulait du rouge, du noir et du blanc (comme il était de São Paulo, Cândido Dias voulait voir les couleurs de son état dans ce nouveau club). Toutefois, la proposition de Joaquim Ribeiro fut adoptée, le rouge échouant pour 3 voix. Mais, le club se rendit compte que la couleur Havane était difficile à se procurer et décida finalement de le supprimer du maillot, se limitant au bleu, noir et blanc.

De ce surnom en est tiré un autre : Tricolor dos pampas (les tricolores de la pampa). La ville de Porto Alegre est situé dans la région du Rio Grande do Sul, constitué d’une vaste Pampa.

#11 – Aston Villa : Claret and Blue Army

L’armée bordeaux et bleu … une nouvelle référence aux couleurs du club. Le club se chercha longtemps en termes de couleurs. De 1874 à 1878, le premier maillot du club était à rayure horizontale bleu et rouge. Puis, de 1878 et pendant 2 ans, le club se posa avec des maillots unis noirs arborant un lion rouge sur la poitrine. En 1880, les changements de maillot et de couleurs s’accélèrent. Pendant deux ans, le maillot était bordeaux accompagné d’un short blanc. En 1882, le maillot redevint à rayure horizontale, bleu et blanche. Mars 1884, un maillot type blackburn fit son apparition avec deux teintes de vert. La saison suivante (1884-1885), toujours en short blanc, le maillot était un rouge uni tandis que l’année d’après, il fut partagé entre une moitié marron et l’autre corail (bleu clair). De Mai à Octobre 1886, retour des rayures mais cette fois noires et blanches. Enfin, le lundi 8 novembre 1886, il fut proposé et adopté les couleurs chocolat (qui deviendra bordeaux) et bleu. Mais, personne ne connait les motivations du choix de ces couleurs.

Selon l’un des connaisseurs du club, Tony Matthews, la Scottish Connection aurait influencé sur la couleur des maillots. Il faut rappeler qu’au XIXème siècle, Birmingham était une ville en pleine essor industriel. Ce fort développement entraîna une immigration écossaise d’ouvriers et d’hommes d’affaires, dont certains intégrèrent la direction du club, d’autres l’équipe de football et une grande majorité formèrent la masse des supporteurs. Notamment, l’homme d’affaires écossais William McGregor qui fut un membre du conseil d’administration dès 1877 et qui joua un rôle influent dans le club. Il fut notamment celui qui introduit le lion écossais sur le maillot du club en 1878. Résultat, le rouge foncé représenterait les Hearts d’Edimbourg et le bleu royal, les Glasgow Rangers.

John Lerwill, un des historiens du club, préfère retenir une autre hypothèse et pense que ces couleurs sont liées avec la victoire du club en Cup en 1887. Après cette Cup, le club changea de la couleur « chocolat » vers « bordeaux », cette dernière étant plus royale. Ce changement aurait donc voulu marqué la noblesse acquise par le club après cette victoire, qui était la première acquise par un club des Midlands.

#9 – Athletic Bilbao : Rojiblancos

Comme beaucoup de club, l’Athletic Bilbao est surnommé les Rojiblancos, les rouges et blancs, en raison des couleurs de son maillot (en basque, le surnom équivalent est Zuri-gorriak). On pourrait croire que, pour un club affichant clairement son appartenance aux Pays Basques (notamment en ne recrutant que des joueurs basques ou formés aux Pays Basques), ces deux couleurs font référence à l’Ikurriña, la drapeau basque. Pourtant, il manque une couleur importante du drapeau, le vert. En outre, jusqu’en 1910, les joueurs évoluaient en bleu et blanc, loin des couleurs de l’Ikurriña, en l’honneur du club des anglais de Blackburn Rovers.

Remontons aux premiers clubs de Bilbao, qui s’unirent pour donner naissance à l’Athletic. Comme souvent à l’époque, le football fut importé en Europe dans les bagages des immigrés anglais. A Bilbao, les premiers clubs furent fondés par ces ouvriers anglais des chantiers navals ainsi que par les étudiants anglais. Ils décidèrent de rendre hommage à l’un des meilleurs clubs de leur patrie natale (et donc du monde – puisqu’à cette époque les britanniques dominaient ce jeu qu’ils avaient inventé), Blackburn Rovers. Ce dernier avait déjà remporté 5 FA Cup (1884, 1885, 1886, 1890, 1891) et était régulièrement dans les premières places en championnat. Le maillot de Bilbao était donc bleu d’un côté et blanc de l’autre, accompagné d’un short noir. Mais, manquant de jeu de maillots vers 1909 ou 1910 ou 1911, ils décidèrent d’aller s’approvisionner outre-Manche. Cela tombait bien puisque l’Atlético Madrid qui portait les mêmes maillots que le club basque (puisque c’était une ancienne « filiale » de l’Athletic) souhaitait également s’approvisionner en équipement. Juan Elorduy, un des joueurs de Madrid, se rendit en Angleterre pour fournir aux deux équipes des maillots bleus et blancs de Blackburn Rovers. N’ayant pas trouvé ces maillots, il se procura des maillots rouges et blancs du club de Southampton et les donna à l’Athletic Club de Bilbao. Conquis par ses maillots, en 1910, le club opta pour changer les couleurs du bleu/blanc aux rayures rouges et blanches, ce qui permettait également de rendre hommage avec ces nouvelles couleurs aux immigrés anglais qui venaient principalement de Sunderland et Southampton (les deux évoluant en rouge et blanc). Il conserva en revanche le short noir de Blackburn. Juan Elorduy donna également ce nouvel équipement à Madrid qui fut également séduit. Les madrilènes optèrent pour ces nouveaux maillots mais avec un short bleu, en rappel des anciennes couleurs.

#3 – AC Milan : Rossoneri

Les rouges et noires. Les couleurs du club constituent assez naturellement un des surnoms, particulièrement en Italie. C’est le cas de l’AC Milan, Rossoneri signifiant les rouges et noires. Pourquoi le club évolue-t-il dans ces couleurs ? L’adoption des couleurs rouge et noir fut la volonté d’Herbert Kilpin, fondateur, joueur et premier président du club. Il déclara que « le rouge pour rappeler le diable, le noir pour inspirer la peur » et « le Milan sera comme un incendie sous un ciel orageux ! » .

A la fin des années 1980 et début des années 1990, emmené par une pléiade de stars (en particulier son trio néerlandais Van Basten, Gullit et Rijkaard), Milan apparaissait comme la plus grande équipe d’Europe voire du Monde. Les finales de Coupes d’Europe (finale de C1 en 1989, 1990, 1993, 1994, 1995) s’enchainèrent et quelques trophées supplémentaires vinrent enrichir un peu plus la vitrine déjà bien remplie du club. Une légende raconta à l’époque que Milan abandonnait son éternel maillot rayé noir et rouge lors des finales pour enfiler sa chemise secondaire intégralement blanche par superstition. Il est vrai que la première finale européenne de Milan en 1958 fut perdue face au grand Real en portant son maillot traditionnel. En 1963, face au Benfica qui conserva sa tunique rouge, Milan dut se résoudre à porter son maillot blanc mais avec à la clé sa première victoire dans l’épreuve reine. De cette histoire serait née la fameuse légende. L’histoire se confirma en 1989 et 1990 lors des deux nouvelles victoires en C1 respectivement face au Steaua Bucarest et au Benfica, Milan arborant son kit intégralement blanc. De même en 1994 lors de cette grande victoire face à Barcelone. D’ailleurs en 1993, Marseille remporta le match en finale alors que Milan jouait en noir et rouge. Mais, il faut tordre la réalité des faits pour croire en cette légende. En effet, en 1969, Milan remporta sa 2ème C1 avec son maillot traditionnel tout comme lors de la finale de Coupe des Coupes un an auparavant. Enfin, en 1995, la défaite face à l’Ajax en finale de C1 se fit en maillot blanc.