#1252 – CD Jorge Wilstermann : la Casaca Sangre

La veste sang. Les joueurs du club bolivien de la ville de Cochabamba porte un maillot rouge accompagné d’un short bleu. Au départ, en 1949, des employés de la compagnie nationale aérienne de la Bolivie, Lloyd Aéreo Boliviano (LAB), fondèrent une association sportive et culturelle, ouverte aux personnels de la LAB. Naturellement et afin de s’assurer le soutien de la LAB, cette association adopta les couleurs de la société, blanc et bleu ciel. Son premier uniforme se composait ainsi d’une chemise à rayures blanche et bleu clair et un short bleu. En 1952, la tenue avait évolué avec un maillot blanc barré d’une bande croisée bleu clair et un short bleu. Néanmoins, afin de marquer une différence nette avec l’équipement principal, le kit extérieur affichait du rouge avec une chemise blanche à rayures rouges, un short rouge et des chaussettes rouges

En 1953, le club quitta définitivement l’univers fermée corporatiste pour intégrer les championnats locaux. Pour marquer cette nouvelle étape, un nouveau nom fut adopté, CD Jorge Wilstermann, en hommage au premier pilote professionnel de Bolivie. Mais, également de nouvelles couleurs furent choisies. L’un de ses imminents membres, Dr Jorge Rojas Tardío, qui fut nommé plus tard président à vie, suggéra les couleurs actuelles. Il déclara « Escogí esos colores porque significan fuerza, garra y entrega total en el campo de juego, además era el único equipo en el país que entonces comenzó a usar esos colores » (J’ai choisi ces couleurs parce qu’elles signifient force, détermination et dévouement total sur le terrain de jeu, et c’était aussi la seule équipe du pays qui commença à utiliser ces couleurs).

#1251 – Austria Vienne : die Veilchen

La violette. Malgré les évolutions du football autrichien avec l’émergence régulière de clubs comme le SK Sturm Graz ou le nouveau riche de Red Bull Salzbourg, le pays se divise avant tout en vert (Rapid Vienne) ou en violet (Austria Vienne). D’ailleurs, de manière surprenante, deux couleurs qui ne sont pas les plus populaires dans le football. Donc, le mythique club de l’Austria de Vienne joue en violet mais malheureusement personne ne sait pourquoi (tout comme pour ses rivaux historiques cf. #546).

Le football débuta en Autriche en 1892 lorsque 11 Anglais vivant à Vienne fondèrent le Vienna Cricket Club. Ils choisirent le noir et bleu comme couleurs (pour une raison qui est inconnue). Ce club était omnisports (cricket et athlétisme entre autre). Deux ans plus tard, la section football apparut et le club changea de nom pour First Vienna Cricket and Football Club le 23 août 1894. Mais, un différent entre la direction du club et les membres éclata au début du XXème siècle. Une partie de la direction et la quasi-totalité de l’équipe première décidèrent de quitter le First Vienna Cricket and Football Club et créèrent le 29 octobre 1910 un nouveau club, sous le nom de Vienna Cricketers, présidé par le journaliste sportif Erwin Müller. Le First Vienna Cricket and Football Club interdit à ses membres de rejoindre cette nouvelle association et sa direction fut outrée par le choix du nom. En effet, le surnom des membres du First Vienna étaient cricketers et un recours fut donc déposé auprès de la Fédération de football. La réconciliation avec le First Vienna était une obligation pour Erwin Müller pour assurer la reconnaissance et l’admission dans la future première division de son club. Le 15 mars 1911, le Vienna Cricketers disparut pour s’enregistrer de nouveau auprès de la fédération sous le nom de Wiener Amateur Sportverein. Lors de sa première apparition en public, la nouvelle équipe affichait déjà des maillots violets. Selon le site internet du club, il se pourrait qu’un ou plusieurs membres du club appréciaient cette couleur.

D’autres explications que je me permets d’avancer sans aucune certitude. Avant la découverture d’une teinture chimique au milieu du XIXème siècle, la couleur violette pour des vêtements était assez rare, ainsi souvent seule l’aristocratie pouvait se permettre d’acheter des tissus de cette couleur. La noblesse attachée dans la symbolique à cette couleur aurait pu plaire aux fondateurs du club (noblesse du futur club ou noblesse de leurs origines ?). Autre possibilité : pendant longtemps, le violet fut confondu avec le noir. D’ailleurs, au Moyen-Âge, le violet était dénommé sous-noir ou demi-noir. Puis, elle fut identifiée à l’extrémité du spectre solaire après le bleu. Le violet était alors coincé entre le bleu et le noir, les deux teintes du précédent club des fondateurs, le First Vienna. Enfin, pourquoi pas une influence éventuelle du club hongrois d’Ujpest ? Depuis sa fondation en 1885, Ujpest évolue en violet et depuis 1867, la Hongrie et l’Autriche étaient réunis dans une fédération monarchique, l’Empire Austro-Hongrois. Si, en termes de sport, les championnats d’Autriche et de Hongrie étaient bien séparés, le club hongrois évoluait en première division depuis 1904 (à l’exception de la saison 1911-1912, où il a terminé champion de 2ème division après une relégation d’un an) et les échanges culturels et sportifs avec Vienne pouvaient donc exister.

#1250 – Linfield FC : the Blues

Les bleus. Linfield constitue l’un des plus célèbres et plus forts clubs de l’Irlande du Nord. Fondé en Mars 1886, le club de Belfast fut l’un des huit membres fondateurs de la Ligue nord-irlandaise en 1890, remporta le titre de champion inaugural et est l’un des trois seuls clubs à n’avoir jamais quitté l’élite nord-irlandaise. Son palmarès demeure incroyable, avec, à fin 2024, 56 titres de champion (soit plus du double que tout autre club nord-irlandais), 44 Coupes d’Irlande du Nord et 12 Coupes de la Ligue. Traditionnellement, les joueurs de Linfield porte un maillot bleu, un short blanc et des chaussettes rouges, mais il ne semble pas qu’il reste de documents qui permettent d’expliquer ce choix. Toutefois, je suppose que ce n’est peut-être pas un hasard que ces teintes soient celles de l’Union Jack. En effet, en parlant de l’Irlande du Nord et du football, on ne s’éloigne évidemment pas de la politique.

Le club fut donc fondé en Mars 1886 par les ouvriers de l’usine Ulster Spinning Company’s Linfield Mill, située dans le quartier sud de la capitale nord-irlandaise, Sandy Row. Il s’agit d’une zone résolument loyaliste (ie fidèle à la couronne britannique), habitée par une classe ouvrière profondément protestante. Dans ce quartier, nombres de groupes paramilitaires loyalistes se formèrent dont les plus célèbres, l’Ulster Defence Association et l’Orange Order. Les bâtiments et les maisons s’habillent de drapeaux britanniques, de banderoles et de bannières aux messages loyalistes. D’ailleurs, les couleurs rouge, blanc et bleu de l’Union Jack sont largement peintes sur les bordures de trottoir, les lampadaires … . Une des fresques emblématiques placée dans ce quartier commémore la victoire du roi Guillaume III d’Angleterre le 12 Juillet 1690 contre le roi catholique Jacques II à la bataille de la Boyne (la tradition veut qu’une partie de l’armée de Guillaume ait campé dans ce quartier) et fut peinte en 2012 pour recouvrir un message de l’Ulster Freedom Fighters, un groupe para-militaire, qui avertissait que vous entriez dans une zone loyaliste.

Le club n’échappe pas à cette histoire. Pendant de nombreuses années, une règle non écrite du club consistait à recruter exclusivement des joueurs protestants. Le blason du club affiche le chateau de Windsor car l’équipe évolue sur un terrain nommé Windsor Park mais il s’agit surtout de l’une des principales résidences de la famille royale britannique. Pendant de nombreuses années, Linfield partageait une rivalité féroce avec le Belfast Celtic, le club des irlandais nationalistes et catholiques. Et les travées de Windsor Park virent de nombreux affrontements avec les supporteurs nationalistes et catholiques adverses. Donc, le choix de ces 3 couleurs, qui sont celles de l’Union Jack et également celles des loyalistes nord-irlandais (avec l’Orange), n’est certainement pas le fruit du hasard.

Mais, les choses changent puisqu’en 2020, Umbro proposa à Linfield un maillot extérieur violet barré d’une diagonale orange. Or, ce modèle suscita de vives réactions et des critiques car il présentait une similitude frappante avec les couleurs du mouvement loyaliste de l’Ulster Volunteer Force, responsable de la mort de plus de 500 personnes pendant les années de guerre civile (1960-1990). Umbro s’excusa et ne fit plus la promotion de ce maillot.

#1248 – Los Angeles FC : the Black and Gold

Les noir et or, couleurs de la franchise californienne établie en 2014. En 2004, le récent propriétaire de l’équipe mexicaine Chivas de Guadalajara, Jorge Vergara, souhaitait étendre sa marque parmi la communauté hispanique de la cité des anges et lança ainsi les Chivas USA en 2005. La mégalopole de Los Angeles comptait alors deux franchises de football : Los Angeles Galaxy et Chivas USA. Malheureusement, après des premières années plutôt satisfaisantes, les résultats sportifs se dégradèrent (pas de qualification aux play-off de 2010 à 2014) en même temps que l’organisation se désagrégeait (démission du PDG et du vice-président des opérations de football, 4 entraineurs en un an …). Résultat, en 2014, la MLS racheta le club pour confier un nouveau projet à des investisseurs qui avaient la volonté et les moyens de développer la deuxième franchise de LA. Ainsi naquit en 2014 le Los Angeles FC qui intégra le championnat américain en 2018.

Pas d’embarras avec les Etats-Unis. Le sport est un divertissement et donc un business. Créer un club de football revient à fonder une entreprise. Sa symbolique, une stratégie marketing pour vendre ce nouveau produit. Après des mois d’étude et d’échange avec les Milleniums sur les réseaux sociaux, le blason et les couleurs du LAFC furent présentés en Janvier 2016, avec l’objectif de s’ancrer dans l’histoire de Los Angeles. L’écusson reprend la forme du sceau de la ville et la police utilisée s’inspire de l’Art déco, le centre-ville regorgeant de bâtiments dans ce style (notamment l’influent architecte Richard Neutra, plus célèbre représentant de l’architecture moderniste, aux formes rectilignes et minimalistes, qui œuvra à LA à partir des années 1920). Au sein du blason, un monogramme « LA » qui comprend une aile symbolisant la puissance, la force et la vitesse. Cet aile se compose de 4 plumes, symbolisant les 4 piliers du club ainsi que la date de fondation de la ville, le 4 septembre 1781. Enfin, les couleurs retenues sont le noir et l’or, qui incarnent, selon le club, le succès, la texture urbaine et le glamour de Los Angeles. Pour résumer, reprenons les mots du Président Exécutif et actionnaire, Peter Guber : « We were influenced by the city’s energy and creativity when we worked to design the crest. It was a thoughtful process and I am passionate about our design and deep connection it has to Los Angeles and its people.” (Nous avons été influencés par l’énergie et la créativité de la ville lorsque nous avons travaillé à la conception de l’écusson. C’était un processus réfléchi et je suis passionné par notre conception et par le lien profond qu’elle entretient avec Los Angeles et ses habitants.)

#1245 – Royal Francs-Borains : les Verts

Voila un club qui résume assez bien les déboires et turpitudes du football belge. L’histoire commença en 1922 lorsque fut établi le club du Sporting Club Boussu-Bois, qui obtint le matricule 167 en 1926. Le club connut des hauts et des bas entre les séries provinciales et quelques rares apparitions dans les championnats nationaux. Résultats, le 1er juillet 1982, le club fusionnait avec son voisin du FC Élouge, fondé en 1934, pour donner naissance au Royal Francs Borains Boussu-Élouges (qui en 1985 devint le Royal Francs Borains). Démarrage en trombe puisque le club remontait en division 3 puis dans les années 2000 s’établissait en seconde division. Mais, miné par des problèmes financiers, le Royal Francs Borains fut vendu à Dominique D’Onofrio, alors directeur sportif du FC Metz, associé à des investisseurs. La nouvelle direction déménagea le club à Seraing (à 130 km de Boussu), changea le nom en Seraing United et reprit les couleurs noires et rouges, afin d’être l’héritier du RFC Seraing. Suite au déracinement de leur club en province liégeoise, les supporters du Royal Francs Borains se retrouvaient sans aucun repère et cherchaient donc à recréer un club leader dans leur région du Borinage. Ils trouvèrent alors une association en perdition en région carolo, le Royal Charleroi-Fleurus, le reprirent et l’installèrent à Boussu, sous le nom de … Royal Francs-Borains.

Naturellement, le nouveau Francs-Borains abandonna les couleurs orange et noir du club carolo pour revenir aux teintes traditionnelles des Francs-Borains : vert, blanc et noir. Le noir était l’héritage du FC Élouge, qui traduisait le passé minier de la région. Le vert et le blanc provenait du Sporting Club Boussu-Bois. Revenons après la Première Guerre mondiale. Les soldats britanniques stationnant dans la province de Boussu pratiquaient le football qui séduisaient les jeunes belges. Georges D’Haussy aida à organiser les matchs et entrainements de ces jeunes et en 1921, Rodolphe Lamy, ingénieur à la « Société des Charbonnages Unis de l’Ouest de Mons » , mit à disposition un terrain de jeu dans le quartier Saint-Joseph. Tout était prêt pour fonder le Sporting Club Boussu-Bois, avec Rodolphe Lamy comme premier président. Or, il était ingénieur mais avait également joué à l’Union Sportive de Liège. Ce dernier avait opté pour le vert et blanc qui influença certainement les membres fondateurs du Sporting Club Boussu-Bois. L’avantage est que dans les années 1970, alors que les stéphanois enchainaient des exploits en Europe, le vert devint à la mode. Dans l’enceinte de Boussu-Bois, la chanson « Allez les Verts » résonnait alors dans les haut-parleurs en début de match.



#1236 – SC Bastia : i Turchini

Les bleus. Doyen du football insulaire, le Sporting naquit en 1905, par la volonté de Hans Ruesch, un suisse enseignant l’allemand au Lycée de Bastia et ayant jouant au FC Barcelone, auxquels se joignirent Emile Brandizi et Joachim Vincensini. Dès le départ, le choix des couleurs se porta sur le bleu et le blanc, tout simplement celles de la ville de Bastia et de la Vierge Marie.

Tout d’abord les armoiries de Bastia qui montrent principalement une tour blanche sur un fond bleu. Cette même tour que l’on retrouve sur le blason du club et qui fait référence au premier château, construit en 1383 par le génois Leonello Lomellini. Ce chateau se dénommait en italien Castello della Bastia, ce qui donna son nom à la ville, et aujourd’hui, Bastìa signifie en corse « poste fortifié ».

Ensuite, la Corse voue un culte respectueux à la Vierge Marie, depuis qu’elle l’aurait protégée de la peste au XVIIème siècle. Le 30 janvier 1735, en remerciement, la Consulta de Corte consacra officiellement Marie comme la reine de Corse. Chaque 8 septembre, d’un bout à l’autre de l’île, la naissance de la Vierge Marie est célébrée, tradition qui remonterait au Vème siècle. En outre, l’hymne National Corse « Dio vi Salve Régina » est une louange à la Vierge et on dénombre pas moins de 8 sanctuaires et 126 églises et oratoires dédiés à la gloire de la mère de Jésus. En particulier, deux apparitions maritales, reconnues par l’Eglise, se déroulèrent non-loin de Bastia. La première au XVIIIème siècle, dans le village de Pancheraccia, situé à 92 km de Bastia. La seconde, le 26 Juin 1899, à Campitello, commune située à 42Km de Bastia. Enfin, dans la Cathédrale de Bastia se trouve une imposante (une demi-tonne) et superbe statue processionnelle de la Vierge en argent massif.

Or, la Vierge Marie est systématiquement représentée vêtue d’une robe bleue (cf. #399 et #497). Cette couleur est porteuse de nombreuse signification telle que la fidélité, la justice et la spiritualité. Dans l’ancien testament, le bleu représente la fidélité du peuple d’Israël à Dieu tout comme la Vierge Marie. L’étoffe qui recouvre l’Arche d’Alliance est bleue et pour rappeler que la Vierge Marie, en ayant porté Jésus Christ, est comme l’Arche, elle serait représentée avec des vêtements bleus.

Ce choix fut judicieux selon Charles Bergassoli, premier secrétaire-trésorier du club. Il expliquait alors que la population était dubitative face à ce nouveau sport « il fallait faire accepter aux parents l’usure des chaussures etc… car le vrai équipement ne vint qu’après. Et c’est peut-être la couleur du maillot qui a calmé certains esprits ».

#1227 – Al Ahly SC : الشياطين الحمر

Les diables rouges. L’histoire du club égyptien débuta en 1907 sur l’initiative de Omar Lotfy alors qu’il présidait le Club des lycéens. Ce dernier avait servi de catalyseur pour le leader nationaliste, Mustafa Kamil, afin d’enflammer les étudiants contre l’occupation britannique, l’Egypte étant sous domination du Royaume-Uni depuis les années 1880. Ainsi, si l’objectif premier de Lofty était d’occuper le temps libre des jeunes avec cette nouvelle association, l’approche politique n’était pas exclue puisque le club apparaissait aussi comme un moyen de réunir des jeunes, de promouvoir l’identité égyptienne et les idéaux nationalistes. Kamil allait donc également exploité ce nouveau club pour poursuivre l’élan nationaliste. Naturellement, les fondateurs dotèrent le club de nombreux attributs nationalistes, notamment ses couleurs. Ils optèrent pour le rouge et blanc, couleurs du drapeau de l’Egypte au début du XXème siècle.

Avant l’occupation britannique, l’Egypte faisait parti de l’Empire Ottoman. Mais, à partir de l’arrivée de Méhémet Ali comme wali (gouverneur d’Égypte) en 1805, l’Egypte gagna de plus en plus d’indépendance vis-à-vis de la Sublime Porte. Mais, Méhémet Ali nourrissait de grandes ambitions et souhaitait déposer la dynastie ottomane afin de s’emparer du trône du sultan. Ainsi, pour se mettre au même niveau que le sultan dans la symbolique, il introduisit un nouveau drapeau, rappelant fortement celui des Ottomans, avec trois croissants et étoiles blancs sur fond rouge. Lors de la révolte de 1919, le drapeau de Méhémet Ali réapparût dans les rangs nationalistes.

Depuis la fondation d’Al Ahly, ces deux teintes ne quittèrent jamais le maillot et l’écusson du club. Le maillot évolua car au départ il comportait des rayures blanches et rouges. Puis, un scapulaire fit son apparition et dans les années 1930, le maillot ressembla à celui d’Arsenal ou de Blackburn. A la fin des années 1940, Al Ahly opta définitivement pour un maillot intégralement rouge, accompagné d’un short blanc. Le rouge (qui rappelle le sang – celui des crimes – et le feu – les flammes de l’enfer) est souvent associé au diable d’où le surnom. La couleur donna également d’autres surnoms comme القلعة الحمراء (château rouge) et المارد الأحمر (génie rouge).

#1225 – FC Andorra : Els Tricolors

Les tricolores. Incongru de parler d’un club andorran vu la faiblesse sportive de ce pays ? Mais écrire sur le FC Andorran, c’est aussi mettre en avant l’Espagne. Fondé en 1942, il est le premier club de la principauté d’Andorre mais, en l’absence de fédération nationale, il intégra dès 1945, la fédération espagnole et ses ligues régionales. Quand en 1994 la fédération andorrane émergea, le FC Andorra préféra snober l’instance et demeurer en 3ème division espagnole. Mais, le club se retrouva sous les projecteurs en Décembre 2018 suite à son rachat par la société Kosmos Sports, détenue et présidée par le défenseur du FC Barcelone, Gerard Piqué. Le projet était ambitieux pour la star puisqu’il souhaiter la transformer en équipe professionnelle et, à termes, la faire participer à la Ligue des Champions. Le premier objectif fut atteint en atteignant la seconde division en 2022 (en rachetant la licence du CF Reus Deportiu en faillite toutefois)

Certes, l’histoire du club se dilue dans les championnats espagnols mais son identité puise dans l’histoire de la principauté. Petit État indépendant logé dans les Pyrénées et coincé entre la France et l’Espagne, elle possède la particularité que son trône se partage entre l’évêque catalan d’Urgell et le Président de la République Française (droit hérité d’un paréage de 1278). Attention, les joueurs du club ne porte pas un maillot à 3 couleurs en référence à la France, son co-prince, mais, au regard des couleurs traditionnelles d’Andorre. Mais, le lien n’est pas éloigné tout de même. Composé de trois bandes verticales bleues, jaunes et rouges, le drapeau actuel d’Andorre est apparu en 1866 et officiellement adopté le 27 août 1971. Les couleurs rouge et jaune du drapeau trouvent leur origine dans l’écu du comte de Foix. Cet écu (bandes verticales jaunes et rouges) avait déjà inspiré le premier drapeau de la Principauté en 1806 (une bande jaune et une bande rouge) et dérive directement des armoiries des comtes de Barcelone, Foix ayant été vassal de l’État catalan. Pour rappel, les comtes de Barcelone avaient adoptés pour emblème les fameuses pals d’Aragon (cf #190). La couleur bleue vient de la couleur des sabots, des cornes et du collier des deux bœufs du bouclier béarnais (le reste des corps desdits bœufs, placé sur un fond jaune, sont rouges, ces deux couleurs étant finaleent très répandues dans l’héraldisme de l’Aquitaine à la Catalogne – cf #1198). Tous ces éléments sont présents sur les armoiries d’Andorre (qui se compose de 4 quartiers, 2 avec les pals d’Aragon (un pour le Comté de Foix et un pour le Comté de Barcelone), un pour le Béarn et un qui représente le blason de La Seu d’Urgell).

Certains avancent aujourd’hui que ces 3 couleurs rappellent également celles des deux États voisins. Le drapeau espagnole se compose de 2 bandes rouges et une bande jaune, placées de manière horizontales. Tandis que la bannière française est un tricolore vertical, bleu, blanc et rouge. Les 3 bandes du drapeau andorran sont verticales comme la France. Le jaune et le rouge rappellerait l’Espagne et le bleu et le rouge la France. Ces 3 bandes ne sont pas de même largeurs, la centrale jaune étant plus grande, comme sur le drapeau espagnol.

#1223 – CA Platense : el Marrón

Le marron. Le club du CA Platense évolue dans un maillot singulier : maillot blanc traversé par une bande marron. La couleur marron n’est pas très commune dans le football (encore moins que le violet). Dans le football argentin, il semble qu’il n’y ait que le club du Centro Juventud Antoniana qui arbore du marron. Le CA Lanús est proche en couleur avec son maillot grenat (#437). D’ailleurs, dans le reste du monde, je n’ai pas de club jouant en marron qui me vient en tête mais il existe un petit nombre évoluant en grenat comme Metz (#144), Torino (#37), Salernitana (#1153), Rapid Bucarest (#241) , Servette (#96), Carabobo (#1022) et Reggiana. L’autre ressemblance est le claret anglais (Burnley #390 et Aston Villa #11).

Revenons à notre sujet pour ne pas être marron sur ce surnom. Tout d’abord, il faut raconter l’histoire de la fondation de ce club. Le 25 mai 1905 dans le quartier de Recoleta à Buenos Aires, un groupe d’adolescents (entre 15 et 18 ans) avait l’idée de monter un club de football. Sans un sou, ils décidèrent de parier quelques pesos lors d’une course de cheval et choisirent le cheval dénommé « Gay Simon », du haras Platense. Cet étalon remporta la course à l’Hippodrome National et les jeunes empochèrent 445 pesos, qui permirent d’acheter les équipements nécessaires à la pratique du football (ballons, maillots). Pour les couleurs, le choix se porta sur un maillot rouge accompagné d’un short noir, qui auraient été les teintes de la tenue du jockey qui monta Gay Simon lors de cette victoire décisive pour le club. Les fondateurs remercièrent également la victoire de Gay Simon en retenant le nom du haras pour celui du club. En 1907, la décision fut prise de changer de couleurs, et la direction opta pour les couleurs blanche et marron, en référence aux teintes du haras Platense. L’avantage de cette couleur est qu’elle masqua un peu la boue sur le maillot des joueurs lorsqu’ils évoluèrent sur leur terrain entre 1908 et 1917 et qui était inondé après les pluies (#258).

#1221 – ASC Jeanne d’Arc Dakar : les Bleu et Blanc

Le club sénégalais évolue en bleu et blanc. Bien qu’il soit le doyen avec le deuxième palmarès le plus fourni du football sénégalais (après Jaraaf), la Jeanne d’Arc vit, depuis le début des années 2010, un calvaire en évoluant dans la 3ème division nationale. Tout commença à l’époque coloniale avec le Révérend Père Pierre Le Coq, Curé de Dakar et Vicaire général du Sénégal, qui fonda la Jeanne d’Arc en tant que patronage le 20 Septembre 1921. Association sportive et culturelle, l’objectif était de donner des loisirs à une jeunesse autochtone dont l’oisiveté représentait un danger. En tant que missionnaire catholique, il lui était logique de donner à cette association le nom d’une figure de proue de la religion catholique française, Jeanne d’Arc, qui représentait les valeurs du courage, de la force et d’une foi inébranlable.

Si le choix des couleurs bleu et blanche pour cette nouvelle association n’est pas documenté, nous pouvons remarquer que nombre de congrégation ou institution se référant à Jeanne d’Arc arbore ces deux couleurs. Tout simplement car il s’agit des couleurs du blason de Jeanne d’Arc. Les armes de la Pucelle d’Orléans sont souvent représentées comme une colombe tombante tenant dans son bec la devise  » de par le roi du ciel » au sein d’un écu bleu azur. Cette composition apparaissait bien sur son étendard mais il ne s’agissait pas officiellement de son blason. Lorsque la Pucelle fut anoblit en 1429, les armes qui lui furent conférées par le Roi de France Charles VII, représentaient, sur un écu d’azur, deux lys d’or entourant une épée transperçant une couronne. L’épée était de couleur argentée, simplifiée en blanc (l’argent étant la représentation du blanc en héraldisme). Toutefois, lors de son procès, Jeanne d’Arc affirma qu’elle n’avait jamais porté de blason. En tout cas, quelque soit les armes réelles de Jeanne d’Arc, le bleu et le blanc accompagnèrent toujours la Pucelle.