#1204 – SC Farense : Leões de Faro

Les lions de Faro. Dans l’Algarve, le SC Farense représente la ville de Faro, capitale de la région, et constitue le doyen de l’Algarve, ayant été fondé le 1er avril 1910. Le football fut importé dans la région, comme dans beaucoup d’autre partie du monde, par les échanges maritimes. En 1904, mouillait dans le port de Faro un bateau-école nommé « Duque de Palmela » et dont les marins pratiquaient le football contre des jeunes de la ville. Finalement, 5 frères du nom de Gralho (João, José, Joaquim, António et Jorge) décidèrent de former une vrai équipe qui bénéficierait d’un terrain, d’un siège et de kit, en l’échange d’une cotisation. Le club se dénomma d’abord Faro Foot-Ball.

Dans un football portugais naissant, les clubs de la capitale, parfois à peine plus âgées, imprimaient déjà leur aura sur les autres jeunes associations du pays, notamment par leurs résultats ou par leurs infrastructures/organisations développées. En 1910, le Benfica (fondé en 1904) et le Sporting Clube Portugal (fondé en 1906) voyaient leur réputation dépasser les frontières de Lisbonne. Le Sporting se voulait être une référence (l’un de ses fondateurs, José Alvalade, se donnait comme objectif « Queremos que o Sporting seja um grande Clube, tão grande como os maiores da Europa » (Nous voulons que le Sporting soit un grand club, aussi grand que le plus grand d’Europe)) et bénéficiait de meilleure infrastructure sportive qui avait déjà attiré des joueurs du Benfica en 1907. En outre, en 1910, le Sporting se distinguait sportivement, ses athlètes remportant des titres nationaux au saut à la perche, au lancer du poids, au saut en longueur et à la corde. En football, le club avait été vice-champion de Lisbonne en 1908. Les fondateurs du club de Farense avaient alors des sympathies pour le Sporting et décidèrent d’en adopter le nom et les symboles. Le Faro Foot-Ball devint le Sporting Clube Farense. Le Sporting jouait déjà à cette époque avec son maillot scindé en deux, vert et blanc. Mais, les photos de l’époque étant en noir et blanc, les membres de Farense reprirent le même maillot mais en noir et blanc. Enfin, le lion, symbole du Sporting (cf. #295) depuis sa fondation, influença également le club de Faro. Aujourd’hui, le roi des animaux, figurant sur le blason de Farense, représente la force, la bravoure et la noblesse, valeurs qui doivent se diffuser dans toutes les activités du club.

Cette influence du Sporting sur Farense se traduisit par l’affiliation de ce dernier en 1922 au club de la capitale. En effet, même s’il est indépendant, Farense a la statut de filiale du Sporting, qui en compte près de 180 dans le monde entier. Il est même officiellement la deuxième filiale.

#1183 – Vila Nova FC : o Tigre

Le tigre. En 1943, le colonel, Francisco Ferraz de Lima, fonda la club avec le soutien de Gercina Borges, épouse de Pedro Ludovico, sénateur et gouverneur de l’Etat de Goiás, et du prêtre Giuseppe Balestiere. Ce dernier avait depuis plusieurs années œuvré dans le développement d’activités sportives et culturelles pour la communauté du quartier de Vila Nova. Notamment, en 1938, le prêtre avait créé l’Associação Mariana, un club de football amateur, qui fut la base du Vila Nova FC. En raison d’une crise financière, le nouveau club changea de nom en 1946 pour Operário Futebol Clube. Puis, en 1949, il se dénomma Araguaia et en 1950, il prît le nom de Fênix Futebol Clube. Finalement, en 1955, le club redevint définitivement le Vila Nova Futebol Clube.

Certains avancent que la création du tigre viendrait de l’illustrateur Fernando Pierucetti (mieux connu sous le pseudonyme de Mangabeira). En effet, dans les années 1940, ce dernier, sous l’impulsion de Álvares da Silva, secrétaire du quotidien Folha de Minas, qui avait décidé d’imiter son confrère de Rio de Janeiro, Jornal dos Sports, qui avait quelques années auparavant personnalisé les équipes cariocas au travers de personnages de bande dessiné (Flamengo <=> Popeye, Fluminense <=> Pó-de-arroz #79, Vasco <=> Almirante #194, Botafogo <=> Donald Duck et America <=> Diable), réalisa plusieurs caricatures des équipes de l’Etat du Minas Gerais. Ces illustrations devaient puiser leur source dans l’univers des fables d’Ésope et de La Fontaine, mais en utilisant des animaux de la faune brésilienne (América FC <=> Lapin #920, Cruzeiro <=> Renard #78  et Atlético Mineiro <=> Coq #24). Mais, je pense que pour Vila Nova FC, le tigre ne provient pas de Pierucetti. En effet, le Vila Nova ne réside pas dans l’Etat du Minas Gerais (Or Pierucetti avait croqué des animaux uniquement pour les clubs de cet Etat) et qu’il s’agirait plutôt d’une confusion avec le club de Villa Nova AC (Villa avec 2 l). En effet, ce dernier est basé à Nova Lima dans l’État du Minas Gerais et a pour surnom Leão do Bonfim. Or, ce lion avait effectivement été dessiné par Pierucetti.

Donc l’origine du Tigre pour le Vila Nova FC n’est pas claire. Aujourd’hui, le symbolisme du tigre est un témoignage des valeurs du club, force et passion et permet d’inciter les joueurs à faire preuve de courage, d’agressivité et de détermination. D’ailleurs, il pourrait symboliser la ténacité du prêtre Giuseppe Balestiere qui se battit pour créer un club de football et le soutînt durant de nombreuses années. Ce surnom s’est vu accolé aussi le nom du quartier d’où est originaire le club, Tigre da Vila Famosa, ainsi que le diminutif, Tigrão.

#1157 – Maghreb AS : النمور الصفر

Les tigres jaunes. Avec ses maillots jaunes et noirs (traditionnellement rayés), ce surnom sonnait comme une évidence. Au Maghreb, l’émergence de clubs indigènes faisait écho à la montée des nationalismes arabes. Par opposition aux clubs réunissant les communautés européennes, les indigènes fondèrent des associations sportives pour porter la voix des indépendantistes. Cette histoire fut donc celles de nombreux clubs maghrébins dont le MAS. En 1946, face au vieux club de l’US Fès qui intégraient les français depuis 1915, plusieurs équipes autochtones de quartiers se battaient, agaçant alors les autorités françaises. Les indépendantistes prirent le partie d’unifier ces différentes équipes pour monter un nouveau projet commun, fédérant la jeunesse et diffusant les idées nationalistes. Ainsi, le 16 octobre 1946, le MAS vit le jour.

Représentant les valeurs indépendantistes, le choix du nom du club ainsi que ses couleurs furent dictées par cette vision. Le nom faisait référence à cette région historique de l’Afrique du Nord, à la fois période dorée de la puissance arabe (sous les dynasties Ommeyade et Abbasside) et époque de soumission à la puissance coloniale française (Maghreb désignait l’Afrique Française du Nord qui regroupait le Maroc, l’Algérie et la Tunisie). Les couleurs furent celles de l’Empire Chérifien, rouge et vert. Depuis les Almohades, les dynasties régnantes sur le Maroc arboraient des bannières rouges, parfois ornées de certaines symboliques. C’était le cas de la dynastie alaouite qui avait un drapeau intégralement rouge. En 1915, pour éviter toute confusion avec de nombreux drapeaux maritimes qui étaient également rouges, Moulay Youssef décida d’intégrer, au drapeau rouge, le sceau de Salomon en vert.

L’équipe joua dans ses couleurs jusqu’à l’indépendance du Maroc en 1956. Le choix fut alors fait de passer au bleu et blanc. Puis, au début des années 1960, nouveau changement de couleur. Cette fois, le jaune et noir s’établit sur le blason et le maillot du club.

#1114 – Stade Lausanne Ouchy : les Lions

Créé en 2000 suite à la fusion entre le FC Ouchy et le FC Stade Lausanne, le club découvre l’élite suisse cette saison alors qu’il y a moins de 10 ans, il végétait encore en ligue interrégionale (D5). En réalité, il s’agissait d’une absorption de Ouchy par le Stade. Ce dernier fut fondé en 1901 (Ouchy étant un peu plus ancien avec une fondation en 1895) et adopta comme blason et couleurs, ceux de la ville de Lausanne. Et aujourd’hui encore, les deux demeurent. Vous avez certainement noté la présence de deux lions qui entourent l’écusson. Ces derniers donnèrent naissance au surnom.

Les origines des armoiries de la ville de Lausanne doivent se chercher dans les bannières des 5 quartiers (Le Pont, La Palud, La Cité, Bourg, St Laurent) de la ville moyenâgeuse. Ces bannières, qui remontaient au XIVème siècle, avaient le point commun d’être divisé en deux parties, dont une était rouge (gueule en langage héraldique) et l’autre blanche (argent). Lors de la fusion des 4 quartiers avec celui de La Cité en 1481, cette similitude fut le dénominateur commun qui s’imposa sur les armes de la nouvelle cité de Lausanne et copiait les armoiries de l’évêque et du chapitre de Lausanne, qui de 1032 à 1536 dominaient un petit État ecclésiastique autours de Lausanne. Ce partage rouge et blanc des armoiries de l’évêque se fixèrent également au XIVème siècle. Sur des façades de l’Hotel de Ville apparaissent les armoiries de l’évêque avec des anges les portant (elles datent de 1455-1460). Au XVème siècle, l’ange episcopale fut remplacé par un aigle sur les armes de la ville. En effet, en 1483 le Duc de Savoie accorda à Lausanne de coiffer ses armoiries d’un aigle, en raison du statut impériale de la cité. Cette sentence fut confirmée par Charles III de Savoie en 1517. L’aigle laissa sa place à deux lions (en support, ie entourant les armes) au milieu du XVIème siècle, avec l’idée d’exprimer la puissance de la cité. Ces animaux tiennent souvent l’un le sceptre et l’autre l’épée.

L’écusson du Stade peut d’ailleurs vous rappeler celui d’un autre club suisse, le FC Zurich. Etonnement, s’il n’y a aucun lien entre les deux, il n’en demeure pas moins que leur histoire est semblable (cf. #553).

#1102 – Shirak FC : Սև հովազներ

Les panthères noires. Shirak est connu pour être l’un des plus anciens clubs de football d’Arménie, le club ayant été fondé en 1958 à une époque où l’Arménie était une république de l’Union Soviétique. Seule équipe à avoir participé à toutes les saisons de la première division arménienne depuis sa création en 1992, le club compte un des plus riches palmarès d’Arménie, avec 4 titres de champion national, 2 Coupes d’Arménie et 5 Super Coupe d’Arménie. Basé dans la ville de Gyumri, deuxième ville d’Arménie, Shirak s’est inscrit dans les traditions de la ville. Tout d’abord, les couleurs du maillot sont le noir et l’orange. Ces deux teintes se retrouvent dans de nombreux bâtiments de Gyumri, en particulier les murs de l’Église du Saint-Sauveur et du Musée Dzitoghtsyan. En outre, le blason de l’équipe reprend un des éléments des armoiries de la ville et de son drapeau, une panthère surmontée d’une croix.

Au IXème siècle, l’Arménie était un état vassal des arabes omeyyades puis abbassides. Mais, les arméniens profitèrent de l’affaiblissement des omoyades et de la concentration des abbassides à défendre leur territoire face aux Byzantins pour créer un état indépendant au début des années 880, le Royaume bagratide d’Arménie. Achot Ier de la dynastie Bagratide et ses descendants furent à la tête de cet Etat jusqu’en 1080 et firent de la ville d’Ani, dans la banlieue Nord de Gyumri, la capitale de ce Royaume. Le bannière de ce dernier représentait probablement une panthère surmontée d’une croix. Ce symbole fut retrouvé sur un bas-relief dans les ruines d’Ani.

Ce nom est également celui du principal groupe de supporteurs du club.

#1100 – Brisbane Roar FC : the Roar

Le rugissement. Surnom assez logique quand il s’agit du nom du club et que son écusson fait apparaître un lion. Les origines du club actuel remontent à 1957 et au club dénommé Hollandia-Inala Soccer Club fondé par des immigrants néerlandais. Durant 20 ans, ce dernier évolua sous ce nom, représentant la communauté hollandaise. Car, depuis le début de l’importation du football en Australie, il s’agit d’une pratique sportive des immigrants, les australiens d’origine anglo-saxonnes préférant se concentrer sur des sports australiens comme le football australien (un mélange de rugby et un peu de football). Les grecs, les italiens, les croates et les autres communautés créèrent ainsi leurs équipes de soccer. Mais, en dépassant leur simple rôle sportif (puisqu’ils étaient aussi un lieu d’entraide et de maintien de l’identité), ces derniers entretenaient la séparation entre les nouveaux arrivants et les australiens anglo-saxons et fournissaient des munitions aux politiciens pas favorables à l’immigration et « défenseurs de la culture australienne » . Ainsi, en 1970, un mouvement fut entrepris pour dé-ethniciser les clubs et cela passait par un changement de nom. Hollandia-Inala accéda à cette demande sans pour autant perdre totalement son identité. Ainsi, le club évoluait en orange et prit pour nom Brisbane Lions. Orange et Lion … deux des symboles des Pays-Bas. Puis, en 2004, les Lions obtinrent le droit de participer à la nouvelle A-League (la première ligue australienne) en opérant sous le nom de Queensland Roar (car Brisbane comptait un club de football australien dénommé Lions).

Le lion apparaît sur les armoiries du Royaume des Pays-Bas, un héritage de la Maison de Nassau et de la République des Provinces-Unies. Composées en 1815 et adaptées en 1907, elles représentent un lion d’or sur champ d’azur qui tient une épée et un faisceau de sept flèches. La Maison de Nassau, d’origine de la ville allemande de Nassau, remonte au XIème siècle et dès Dedo de Laurenbourg (1093-1117), l’un des premiers membres de la Maison, le blason était un lion sur fond azur. Du côté des Provinces-Unies (1579–1795), le lion était également son symbole. Constituée de 7 provinces (Hollande, Zélande, Overijssel, Frise, Groningue, Gueldre et Utrecht), la République se référa aux lions héraldiques de la Flandre (noir sur or), du Brabant (or sur noir) et le lion rouge sur or de la Hollande. Ces lions étaient répétés dans les armes de diverses maisons nobles des Pays-Bas.

#1099 – AFC Leopards : Ingwe

Les léopards en langue Luyia. Au Kenya, le football est dominé par deux équipes, Gor Mahia et Leopard, chacune étant le représentant d’une des principales ethnies du pays, respectivement les Luo (11%-13% de la population) qui vivent principalement dans la province de Nyanza, au sud-ouest du pays sur les bords du lac Victoria et les Luyia (14%-15%), établie dans la Province de l’Ouest, au nord du Lac Victoria. Ces deux clubs furent créés pour offrir des possibilités de socialisation et pour forger les identités ethniques des groupes luhya et Luo dans la capitale, Nairobi. A sa création le 12 Mars 1964, peu après l’indépendance du pays (12 Décembre 1963), le club prit le nom de Abaluhya United, Abaluhya étant une autre dénomination anglaise des luyia. Puis, en 1973, après l’assimilation de plusieurs petits clubs, il devint Abaluhya FC. En 1980, le président kenyan, Daniel arap Moi, décida de détribaliser le nom des clubs kenyans afin de développer l’unité nationale. En effet, cette division tribale des clubs football nuisait à la performance sportive (les joueurs ne pouvaient pas changer de club s’il n’appartenait pas à l’ethnie du club) et encourager les rivalités internes aux pays. Ainsi, Abaluhya FC changea de nom pour AFC Leopards. Le « A » signifiait toujours Abaluhya mais le nom principal devint l’animal endémique du pays.

Dans ses parcs naturels, le Kenya compte en effet de nombreuses girafes (plus de 30 000) mais surtout un big five connu mondialement (lion, éléphant, rhinocéros, buffle et donc léopard) qui font le bonheur du pays et des touristes. Mais, le léopard est également un animal-totem sacré du peuple Luyia. Un dicton luyia dit « omwami kafwile ingwe yasalile » (une personne importante est morte, le léopard a accouché). Pour ce peuple, la mort d’une personne importante serait marquée par les dieux en provoquant l’accouchement d’un léopard dans la nature. Pour de nombreux peuples luyia, l’animal symbolise le courage, la noblesse et l’honneur. Un poème « Nise Ingwe » (Je suis un léopard) rappelle que le léopard est invincible, car même provoqué, il demeure calme, sans-pitié et méticuleux. Ainsi, il est interdit de tuer des léopards et ces peuples sont censés préserver son habitat et environnement. Le fait de prendre le léopard comme nom et emblème était un moyen de contourner le décret présidentiel. Car, le peuple Luyia, qui est apparu à compter des années 1940 et qui est composé de plus de 800 clans et 18 dialectes, ne connait l’unité et le succès qu’à travers son équipe de football et il était donc difficile de perdre ce marqueur fort de leur identité qu’est le club de football.

#1098 – CD Plaza Amador : los Leones de Cocoliso

Les lions de Cocoliso. Appartenant au club fermé des Cuatro grandes del fútbol nacional (Les 4 grands du football national), qui ont remporté 31 des 33 championnats panaméens, CD Plaza Amador fut fondé le 19 avril 1955 par León Tejada, surnomé le cocoliso (le chauve). Ancien boxeur, il voulut éduquer par le sport les jeunes qui vivaient dans les rues avoisinant la Plaza Amador. Ainsi, le club se concentra d’abord sur la formation des jeunes avant d’avoir une équipe sénior en mesure de s’imposer dans l’élite du pays. Jusqu’à son décès en 1982, León Tejada guida les jeunes de sa voix forte et rauque mais également par sa rigueur et son intransigeance, leur inculquant des valeurs de vie. Il consacra sa vie à promouvoir le sport et l’unité entre les jeunes. Outre le football, il fit la promotion du base-ball, du basketball, du softball … Dans les années 70, le travail de León était déjà reconnu par les autorités gouvernementales. Il représente encore aujourd’hui l’un des grands éducateurs du mouvements sportifs panaméens. La ville de Panama a d’ailleurs créé l’Orden Municipal León « Cocoliso » Tejada pour récompenser des personnes ayant œuvré pour le sport ou la jeunesse. Dans sa chronique du 12 mai 1982, intitulée « Se fue el León del Deporte » (Le lion du sport est parti), le journaliste Mendoza écrivait à propos de la mort de León Tejada « Queda un vacío, un vacío que será difícil reponer en estos momentos, porque como ese personaje no hay dos ni tres ni cuatro ni cinco. Ese era uno solo y con mucho carisma » (Il reste un vide, un vide qui sera difficile à combler en ce moment, parce qu’il n’y en a pas deux ou trois ou quatre ou cinq comme lui. Il était unique avec beaucoup de charisme). Le titre de cette édito jouait sur le mot Léon qui était le prénom de ce leader mais qui signifie également « Lion » en espagnol. Et c’est tout à fait logique puisque le prénom provient du latin leo qui signifie Lion. Résultat, le club prit le roi des animaux pour symbole (il apparaît sur son blason) et pour surnom.

#1089 – Brescia Calcio : Leonessa

La lionne. Le vocabulaire animalier sied bien au club lombard puisque le premier surnom expliqué était rondinelle (qui signifie les petites hirondelles – cf #325). Cette fois, nous changeons de dimension en passant à la femelle du roi des animaux. Pourtant, sur l’écusson du club, il s’agit bien d’un lion qui trône depuis le premier blason établi en 1965 (sa crinière est visible). D’où vient cette divergence de genre ?

Le blason du club s’inspire directement des armoiries de la cité qui se décrivent comme « d’argent au lion d’azur, armé, langue et queue de gueule ». Le lion rampant est le symbole de la commune de Brescia depuis au moins le XIIème siècle. Mais, la genèse des armoiries de Brescia est encore inconnue en raison de l’absence de sources et de témoignages fiables. Une chose est sure : même si la commune de Brescia fut durant près de 4 siècles (de 1404 à 1797) intégrée à la république de Venise, son lion rampant ne provient pas des armes de Venise (le fameux lion de St Marc). Sa plus vieille représentation connue apparaît dans une sculpture de la Porta Romana de Milan datant de 1171 (il s’agissait de la principale porte d’entrée de la ville détruite en 1793). La frise du chapiteau montre des soldats de plusieurs villes lombarde dont Brescia en route vers Milan pour reconstruire la ville détruite par l’empereur Frédéric Barberousse en 1167. Le capitaine représentant Brescia porte sur son écu le lion rampant. Une autre représentation se trouve également à Milan sur l’arche funéraire d’Azzone Visconti (Brescia était alors sous domination de la famille Visconti) datant de 1343. Des statues représentant les villes lombardes sous l’influence des Visconti et tenant un bouclier y sont sculptées. Celle de Brescia se présente avec un lion rampant.

Il s’agit donc bien d’un lion sur les armes de la ville et pourtant la commune de Brescia est connue dans toute l’Italie comme la Leonessa d’Italia (lionne d’Italie), tous les italiens ayant appris dans leur jeunesse les vers d’un poème qui désignèrent la ville ainsi. Ces vers concluent la pièce poétique « Alla Vittoria » (A la victoire) de Giosuè Carducci, chantre du Risorgimento (période de l’unité italienne au XIXème siècle), composée en 1877 et partie intégrante de sa grande oeuvre « Odi barbare » (Odes barbares) :

Lieta del fato Brescia raccolsemi, / Heureuse du destin, Brescia me rassemble,
Brescia la forte, Brescia la ferrea, / Brescia la forte, Brescia le fer,
Brescia leonessa d’Italia / Brescia la lionne de l’Italie
beverata nel sangue nemico / ivre du sang de l’ennemi

Ces vers soulignaient le soulèvement et la résistance de la ville durant la période connue sous le nom des Dieci giornate di Brescia (Dix jours de Brescia). Dans le contexte des affrontements entre l’armée piémontaise et les troupes autrichiennes, du 23 mars au 1er avril 1849, les citoyens de Brescia se révoltèrent contre l’oppression autrichienne en résistant vaillamment aux bombardements et aux attaques des forces des Habsbourg. La révolte fut finalement violement réprimée (plus d’un millier de victimes). Malgré la défaite, la fierté manifestée par les insurgés dans les combats valut à la ville de Brescia la médaille d’or en 1899. Un autre poète, 20 ans avant Carducci, avait attribué ce surnom à Brescia suite à cette évènement : Aleardo Aleardi dans son poème « Canti patrii » publié en 1857.

D’un de’ tuoi monti fertili di spade, / De l’une de vos montagnes fertiles en épées,
Niobe guerriera de le mie contrade, / Niobé guerrière de mes terres,
Leonessa d’Italia, / Lionne d’Italie
Brescia grande e infelice / Brescia grande et malheureuse

L’héroïsme et le sacrifice de la population de Brescia, porté au nue par ces vers, contribuèrent à construire une identité italienne qui en était à ses balbutiement dans la seconde moitié du XIXème siècle.

#1061 – CD Antofagasta : el Puma

Le puma. Mascotte du club qui apparaît également sur son blason, l’animal dépasse simplement son rôle de surnom pour être un marqueur de l’identité du CD Antofagasta. Le club fut fondé le 14 mai 1966, fortement encouragé par l’Asociación Nacional de Fútbol Profesional, la ligue professionnelle chilienne. La ville du Nord du pays n’était pas représentée dans l’élite professionnelle et l’un de ses clubs, Unión Bellavista, s’adressa en 1965 à la fédération pour obtenir le statut professionnel. Mais sa demande fut rejetée. Son rival, Portuario Atacama, tenta la même démarche mais également en vain. L’ANFP poussa les deux clubs à s’unir pour créer une force capable de s’imposer face aux structures professionnelles existantes. Il fallut la médiation du Maire de la cité ainsi que toute la pression de l’ANFP pour enfin parvenir à la création du Club de Deportes Antofagasta Portuario.

En 1968, le nouveau club évoluait en seconde division (mais s’apprêtait à remporter ce championnat et enfin accéder à l’élite). La presse de la capitale publiait le classement de la première division chaque semaine sous le titre « Así van los Leones » (Ainsi vont les Lions). Lisant cela, le journal d’Antofagasta, « La Estrella del Norte », prit la même habitude pour présenter le classement de la seconde division. Toutefois, pour différencier les deux étages professionnels, le journal changea d’animal et l’intitulait « Así van los Pumas » (Ainsi vont les Pumas). Alors que la référence animalière s’appliquait à l’ensemble des équipes, les lecteurs de « La Estrella del Norte », qui supportaient Antofagasta Portuario, crurent qu’il s’agissait d’un surnom pour leur équipe favorite. Il faut dire que le nom Antofagasta Portuario était peu plébiscité (tout comme son abréviation AP) par les fans et donc le surnom puma se diffusa rapidement. Se rendant compte de son adoption par les supporteurs, « La Estrella del Norte » entretint le phénomène et en particulier son journaliste Hugo Rivera Quiroga qui accompagnait ses commentaires de caricatures avec un puma portant le maillot de l’équipe. Puis, les autres médias locaux reprirent également le surnom.