#1450 – San Francisco FC : los Monjes

Les moines. Le football est bien souvent le reflet de l’identité d’une communauté. Au Panama, le San Francisco Fútbol Club, basé dans la ville de La Chorrera, en est l’une des illustrations. Ce club historique de la première division panaméenne ne tire pas son nom de la célèbre métropole californienne, mais d’un héritage religieux extrêmement profond.

Fondé en 1971, le club de La Chorrera a choisi de se baptiser « San Francisco FC » en hommage direct au saint patron de la ville : San Francisco de Paula (Saint François de Paule). Pour les dirigeants et les fondateurs du club, adopter ce nom n’était pas un choix par défaut. Il s’agissait d’une volonté d’unir l’équipe autour du symbole spirituel le plus respecté de la région.

La Chorrera est une ville reconnue pour sa ferveur religieuse, avec pour son saint patron, Saint François de Paule. La tradition rapporte que la dévotion au saint a été instaurée par les marins espagnols à l’époque de la colonisation. Il y a plus de 300 ans, ces derniers accostèrent sur la côte panaméenne, à Puerto Caimito, avec dans leur cale, une statue en bois de Saint François de Paule. Selon la légende, ils devaient la transporter à l’intérieur des terres mais, fatigués par son poids, ils s’arrêtèrent dans le village de la Chorrera. La population locale l’adopta au fil des siècles, priant pour son intercession lors de périodes de sécheresse ou de difficultés agricoles. Aujourd’hui, la statue surnommée « Panchito » (petit François) se trouve dans dans l’Eglise paroissiale de San Francisco de Paula et, le 4 mai, anniversaire de la canonisation de Saint François de Paule, elle accompagne la procession dans les rues de la ville où les habitants glissent des billets dans ses habits.

Saint François de Paule naquit en Calabre le 27 mars 1416. La vie de Saint François de Paule se caractérise par une quête constante de dépouillement et un rayonnement qui attirera l’attention des plus grands souverains d’Europe (en particulier le Roi de France). Après un pèlerinage à Assise et à Rome, à 15 ans, il décida de se retirer dans une grotte près de Paola mais fut rejoint par d’autres, attirés par sa réputation de sainteté. En 1436, ils construisirent une chapelle et des cellules, jetant ainsi les bases d’une nouvelle institution religieuse, qui sera l’héritage de Saint François de Paule (en plus des miracles). Congrégation reconnue par le pape Sixte IV en 1474, François choisit plus tard le nom de « Minimes » (les tout-petits) pour souligner l’humilité que doivent cultiver ses frères. L’Ordre des Minimes se distingue donc par des règles prônant la pénitence, l’ascèse et la charité, mot d’ailleurs inscrit sur le blason officiel de l’Ordre (Charitas). Aujourd’hui, la congrégation masculine compte environ 176 membres (dont plus de 120 prêtres) répartis dans près de 46 communautés. Si la majorité des couvents se trouvent en Italie, l’ordre est également présent en Amérique latine, en Afrique, aux États-Unis et en Europe.

#1098 – CD Plaza Amador : los Leones de Cocoliso

Les lions de Cocoliso. Appartenant au club fermé des Cuatro grandes del fútbol nacional (Les 4 grands du football national), qui ont remporté 31 des 33 championnats panaméens, CD Plaza Amador fut fondé le 19 avril 1955 par León Tejada, surnomé le cocoliso (le chauve). Ancien boxeur, il voulut éduquer par le sport les jeunes qui vivaient dans les rues avoisinant la Plaza Amador. Ainsi, le club se concentra d’abord sur la formation des jeunes avant d’avoir une équipe sénior en mesure de s’imposer dans l’élite du pays. Jusqu’à son décès en 1982, León Tejada guida les jeunes de sa voix forte et rauque mais également par sa rigueur et son intransigeance, leur inculquant des valeurs de vie. Il consacra sa vie à promouvoir le sport et l’unité entre les jeunes. Outre le football, il fit la promotion du base-ball, du basketball, du softball … Dans les années 70, le travail de León était déjà reconnu par les autorités gouvernementales. Il représente encore aujourd’hui l’un des grands éducateurs du mouvements sportifs panaméens. La ville de Panama a d’ailleurs créé l’Orden Municipal León « Cocoliso » Tejada pour récompenser des personnes ayant œuvré pour le sport ou la jeunesse. Dans sa chronique du 12 mai 1982, intitulée « Se fue el León del Deporte » (Le lion du sport est parti), le journaliste Mendoza écrivait à propos de la mort de León Tejada « Queda un vacío, un vacío que será difícil reponer en estos momentos, porque como ese personaje no hay dos ni tres ni cuatro ni cinco. Ese era uno solo y con mucho carisma » (Il reste un vide, un vide qui sera difficile à combler en ce moment, parce qu’il n’y en a pas deux ou trois ou quatre ou cinq comme lui. Il était unique avec beaucoup de charisme). Le titre de cette édito jouait sur le mot Léon qui était le prénom de ce leader mais qui signifie également « Lion » en espagnol. Et c’est tout à fait logique puisque le prénom provient du latin leo qui signifie Lion. Résultat, le club prit le roi des animaux pour symbole (il apparaît sur son blason) et pour surnom.

#834 – Tauro FC : los Toros de Pedregal

Les taureaux de Pedregal. Le football panaméen est assez méconnu et a longtemps été peu organisé. Mais, à la fin des années 1980, avec l’enthousiasme d’un immigré italien, il a versé dans le professionnalisme avec la création d’un championnat national. Cet immigré italien, Giampaolo Gronchi, avait quatre ans auparavant fondé son club, le Tauro FC, et ne satisfaisait plus de faire évoluer son équipe dans des ligues régionales ou corporatistes. Giampaolo Gronchi, technicien dans l’art du tannage du cuir, quitta l’Italie pour s’établir en Colombie et enseigner le tannage. Puis, en 1974, il s’exila au Panama pour poursuivre son art et fonda sa tannerie. En réussite, il utilisa une partie de ses richesses pour établir une équipe de football. Il prit pour nom Tauro, en référence à l’animal, qui s’affiche également sur le blason du club. Ce choix symbolisait en premier lieu le métier de Giampaolo Gronchi et sa tannerie, où il travaille la peau du taureau. En deuxième lieu, comme de nombreux italiens, Gronchi est un fervent supporteur de la Juventus, où il avait vu évoluer l’argentin, Omar Sivori, Gianpiero Boniperti et le géant gallois John Charles. La Juventus (tout comme son rival le Torino) met en avant le taureau, symbole de la ville de Turin. En effet, dès le moyen-âge, le taureau apparaissait sur le blason de la ville piémontaise, qui était dit parlant. Car le nom de la ville de Turin provient du nom du peuple, Taurin, vivant dans le piémont avant sa romanisation. Taurin est sans doute basé sur le latin taurus qui signifie « taureau ». Les auteurs latins, les seuls à avoir mentionné les Taurins, leur donnèrent ce nom peut-être parce que ce peuple gaulois semblait vouer un culte à un dieu thérianthrope à tête de taureau (cf. #849).

Enfin, Pedregal est le nom du quartier de Panama City où le club fut fondé et réside.