#1401 – Aalborg BK : de Bolchestribede

Rayés comme les bonbons. L’équipe du Jutland se distingue dans le championnat danois par ses maillots rouges et blancs rayés verticalement. Il n’y a pas de source historique suffisamment précises qui permettent de dater le choix de ses maillots. Mais les plus anciennes photos du club (au moins de 1917) montrent que cet équipement était déjà présent. Les raisons qui ont amené ce choix sont encore moins connues mais je vais m’hasarder à quelques hypothèses, les plus probables au regard de la fondation du club. Car si la création du club est ancienne, elle n’en demeure pas moins courante pour l’époque. Le 13 mai 1885, des ingénieurs anglais travaillant à la construction du réseau ferroviaire du Jutland fondèrent un club qui était consacré au cricket les premières années. Initialement nommée Aalborg Cricketklub, il devint Aalborg Boldklub (club de balle d’Aalborg) en 1899. Le football y fut introduit en 1902 et est depuis devenu le sport principal. Les couleurs rouges et blanches pourraient être un rappel des fondateurs au drapeau anglais (la croix de Saint-Georges rouge sur fond blanc) tout comme une déclaration à leur nouvelle patrie, le Danemark dont le drapeau représente la Croix de Saint Olaf blanche sur fond rouge. Enfin, si le football donna naissance au maillot du club, alors il faut rappeler qu’au début du XXème siècle, Sunderland AFC était le club anglais dominant et ses joueurs portaient des maillots rayés verticalement rouges et blancs (qui inspirèrent par exemple ceux de l’Athletic Bilbao et du FC Séville).

En revanche, si les origines du maillots d’Aalborg demeurent inconnues, son surnom s’explique plus facilement. Les joueurs portent des maillots rayés qui ressemblent à une friandise. Les bolsjer (ou bolcher, qui se prononcent un peu comme « bol-cheur ») sont de petits bonbons durs traditionnels, semblables à nos berlingots, qui sont une véritable institution au Danemark. La légende raconte qu’au XVIIème siècle, le roi Christian V souffrait de violents maux de gorge. Son médecin lui prescrivit de l’huile d’anis pour le soulager, mais le roi détestait ce goût et refusait de prendre son remède. Pour le piéger, le médecin eut l’idée de mélanger l’anis avec du sucre fondu et un peu de jus de betterave pour lui donner une belle couleur rouge. Le roi adora le bonbon, et le Kongen af Danmark, ce berlingot rouge, naquit et demeure encore aujourd’hui l’un des bolsjer les plus populaires du pays. Car, il existe plusieurs sortes de bolsjer. Celui qui a donné son surnom à Aalborg est le Bismarck Rød (le Bismarck rouge) avec ses fameuses rayures rouges et blanches et sa saveur inchangée depuis plus d’un siècle à la menthe poivrée. Pourquoi un bonbon danois porte-t-il le nom du célèbre chancelier allemand, Otto von Bismarck ? Les sources les plus classiques affirment que ce bonbon fut créé en 1876 et nommé en l’honneur du chancelier allemand, qui était alors l’une des figures politiques les plus incontournables d’Europe. Mais, une autre version plus savoureuse existe. A la fin du XIXème siècle, les bonbons n’avaient généralement que le goût de sucre pur. L’histoire raconte que vers 1891, un confiseur maladroit renversa accidentellement de l’huile essentielle de menthe poivrée sur sa table de préparation. En goûtant le résultat, quelqu’un s’exclama « Det har en bismag », ce qui se traduit par « Ça a un arrière-goût ». Sauf que dans la bourgeoisie danoise de l’époque, il était chic de parler avec un accent mêlant danois et allemand. La phrase prononcée devenait donc « Es harbe ein bismach ! ». Par le bouche-à-oreille et des déformations amusantes, le mot bismag (arrière-goût) se transforma en Bismarck.

#1398 – Genoa CFC : I Rossoblù

Les rouge et bleu. Le maillot domicile du Genoa est l’un des rares à résister aux vandales du marketing qui, sur l’autel de l’argent, ont sacrifié les tradition de Barcelone ou de la Juve. Outre l’agréable mariage des couleurs, il se distingue en étant séparé en deux. Du côté droit, du rouge plus ou moins foncé. A gauche, du bleu marine. Et ce choix remonte au début du XXème siècle. Pourtant, le Genoa CFC fut fondé en 1893 et constitue le plus ancien club de football d’Italie encore en activité. Alors dans quelles couleurs évoluaient les premières équipes du club et pourquoi avoir opté pour ces teintes rouge et bleu.

L’histoire de la fondation du Genoa épouse l’essor du football à travers l’Europe comme en Amérique du Sud. À la fin du XIXème siècle, le port de Gênes demeurait l’un des carrefours commerciaux les plus importants d’Europe. Ainsi, la ville ligurienne accueillait alors de très nombreux diplomates, marchands, ingénieurs et marins du monde entier et en particulier de la Grande-Bretagne, la principale puissance. Ces nombreux britanniques importèrent leur mode de vie et en particulier les nouveaux sports qui naquirent en Grande-Bretagne sur les 50 dernières années. Ils fondèrent ainsi des associations où ils pouvaient se regrouper et les pratiquer. Le 7 septembre 1893, plusieurs de ces expatriés dont notamment Sir Charles Payton, le consul britannique ainsi que les hommes d’affaires Charles de Grave Sells, George Blake, George Fawcus et Henry De Thierry, se retrouvèrent au consulat britannique pour fonder le Genoa Cricket and Athletic Club. Comme son nom l’indique, le football n’était pas prioritaire. Les membres se réunissaient principalement pour faire du water polo et surtout jouer au cricket. Outre la pratique de sports anglo-saxons, l’adhesion au Genoa était exclusivement réservé aux citoyens britanniques. L’histoire bascule en 1896 avec l’arrivée à Gênes d’un médecin anglais passionné de sport, James Richardson Spensley. Non seulement, il ouvra le club aux sportifs italiens mais il structura aussi la section football.

L’histoire des couleurs du Genoa CFC est directement liée à ses origines britanniques. A sa création, ces membres britanniques évoluaient logiquement avec des maillots entièrement blancs, en hommage à la tenue de la sélection nationale anglaise. Le short et les chaussettes étaient noirs. Puis, en 1899, l’institution changea une première fois d’identité visuelle, en adoptant un maillot à rayures verticales blanches et bleues. Le choix du bleu symboliserait la mer, élément naturel important et historique de Gênes. Enfin, le 22 janvier 1901, la reine Victoria s’éteignait et son long règne marqua la montée en puissance et l’apogée de l’Empire Britannique. Un événement de cette ampleur ne pouvait laisser indifférents les membres du jeune club ligure attaché à ses racines britanniques. Les Génois Paolo Rossi et Giovanni Bocciardo et le Suisse Edoardo Pasteu proposèrent de retenir les couleurs de l’Union Jack, bleu foncé et rouge. La proposition fut approuvée par une majorité (5 voix contre 4) au détriment de la proposition du membre gallois Howard Passadoro qui avait proposé un kit bleu avec des bords blancs. Le maillot devenait rouge grenat et bleu foncé disposés en quatre quartiers, le blanc relégué uniquement aux revers. Depuis, il n’a jamais été modifié.

#1380 – Toronto FC : the Reds

Les rouges. Après 10 ans d’existence, la ligue américaine, MLS, s’ouvrit au Canada en intégrant Toronto, dont le projet de franchise était porté par la société Maple Leaf Sports & Entertainment, déjà actionnaire de l’équipe de Hockey des Maple Leaf. Dans cette aventure à la fois sportive et business, le choix du nom de la franchise et de ses couleurs relevaient avant tout d’une stratégie marketing. Résultat, en 2006, pour se garantir l’adhesion de futurs supporteurs, la direction du nouveau club lança une consultation pour trouver un nom parmi les propositions « Toronto Northmen », « Inter Toronto FC », « Toronto Reds » et « Toronto FC ». Comme il recueillit 40% des votes et qu’il reproduisait une tradition européenne, terre du football, la simplicité du nom Toronto FC fut retenue. Par ailleurs, comme le déclara Tom Anselmi, l’un des principaux dirigeants de Maple Leaf Sports & Entertainment, « the absence of a conventional sports nickname is deliberate. We wanted the whole city to feel ownership and we want to provide the opportunity for a meaningful nickname to emerge over time » (L’absence d’un surnom sportif conventionnel est délibérée. Nous voulions que toute la ville se sente concernée et nous souhaitions laisser la place à un surnom significatif qui émergera avec le temps).

Mais, finalement, à l’image de la direction concernant le nom de la franchise, les fans et la presse ne firent pas preuve d’imagination en appelant les joueurs du Toronto FC de la couleur principale de leur tunique, les reds. D’ailleurs, dans le choix de la couleur, MLSE demeura assez classique également. Première ville non-américaine à intégrer la MLS, l’équipe de Toronto opta pour le rouge et le blanc, mettant en valeur ses origines canadiennes. Car, basée sur le red ensign (pavillon rouge avec l’union jack dans le coin supérieur gauche), la première bannière canadienne affichait déjà principalement la couleur rouge. En 1921, le roi George V proclama le rouge et le blanc comme couleurs officielles du Canada (le rouge provenant de la croix de saint Georges et le blanc de l’emblème royal français depuis Charles VII). Enfin, les deux couleurs furent reprises définitivement en 1965 lors de l’adoption du drapeau actuel. Ce qui tombait bien, c’est que ces deux couleurs étaient également les principales du futur sponsor de l’équipe, la Banque de Montréal. Le hasard fait bien les choses …

#1372 – FC Urartu : Առյուծներ

Les lions. En 1992, le tout nouvel état d’Arménie voit son premier championnat national se dérouler avec 24 équipes. Certaines étaient un héritage de l’Union Soviétique tandis que d’autres étaient créées pour l’occasion. Dans son village natal d’à peine 2 000 âmes, Sarkis Israelyan fonda le FC Banants. Le succès fut au rendez-vous immédiatement avec la victoire en Coupe d’Arménie et une troisième place au classement dès l’année de sa fondation. Seulement, trois ans plus tard, le club rencontra des difficultés financières et fusionna avec le FC Kotyak, l’un des plus anciens clubs de football arméniens, pour se sauver. En 2001, nouvelle fusion avec le Spartak Erevan et le club déménagea dans la capitale arménienne.

Mais, créé initialement pour représenter la province de Kotayk, où se situe le village de Banants, le club aurait pu se perdre dans ces fusions successives et ce déménagement. Toutefois, le lion qui tient un flambeau dans son blason rappelle ses origines. En effet, la province de Kotyak arbore un lion sur ses armoiries, qui s’inspire de la statue du « Lion de Geghard ». Conçu par Rafael Israelyan et scuplté par Ara Harutyunyan, la sculpture, en cuivre martelé et placée sur un socle en basalte, fut érigée en 1958 sur la route menant au monastère de Geghard.

Ce lion rappelle les armoiries des Proshian, une dynastie princière arménienne qui régna dans la province de Vayots Dzor aux XIIIème et XIVème siècles. Les Proshian rachetèrent dans les années 1240 le monastère de Geghard pour en faire le tombeau familial. Et dans ce monastère, on retrouve plusieurs bas reliefs de Lion qui représentent leurs armes. Le principal représente deux lions encordés tenus par une tête de taureau et en-dessous un aigle enserrant un agneau dont la signification serait « Tant que nous serons enchaînés comme des lions, nous resterons forts comme un bœuf et nous protégerons les hommes comme un aigle protège un agneau ».

#1366 – Seoul E-Land FC : 표범

Les léopards. En 2014, la capitale coréenne voyait la naissance d’une nouvelle franchise de football, sous le patronage de l’entreprise E-Land, le Seoul E-Land FC. Le nom du club avait fait l’objet d’un vote auprès des fans et, sur les 3 400 participants, Seoul E-Land FC l’avait emporté face à Eastern Seoul FC et Seoul Gangnam FC. Le blason avait fait aussi l’objet d’un concours où plus de 100 designs furent reçus. 8 furent assemblés et retravaillés pour donner l’écusson actuel chargé de nombreuses symboliques.

L’emblème du club est composé de 5 étoiles représentant les 5 valeurs commençant par un « E » et poursuivies par le club et par le groupe E-Land (Excellence, Entertainment (divertissement), Economie, Exchange (communication) et Example (modèle)). Il intègre aussi le mont Namsan et le fleuve Han, éléments emblématiques de la ville de Séoul. Puis, 3 léopards coréens (appelées aussi Léopard de l’Amour) s’incrivent sur la gauche de l’écusson. Elles représentent les caractéristiques (qui commencent par un « S » comme Seoul) du style de football que Seoul E-Land souhaite incarner : la vitesse (Speed), l’endurance (Stamina) et la technique (Skill). Enfin, une couronne chapeaute l’écusson et s’inspire du design de la couronne de la famille royale britannique, pays berceau du football. D’ailleurs, les léopards peuvent également être un rappel de l’Angleterre car ils ressemblent aux 3 lions apparaissant sur les armoiries de l’Angleterre, qui sont de profil sur trois pattes, la tête de face, ce qui correspond au « léopard » héraldique.

Cette inspiration britannique trouve ses origines dans l’histoire de la société E-Land. Ce chaebol (conglomérat coréen), qui opère dans la mode, la distribution, les loisirs, la restauration et la construction, démarra ses activités en 1980 avec une boutique de vêtements appelée « England ». Si le groupe fut rebaptisé en E-Land en 1986, son logo reprenait les codes des armoiries de la famille royale anglaise.

#1360 – Paphos FC : γαλάζιους

Les Bleus. Le club du richissime anglo-russe Roman Dubov a arraché son ticket pour la Ligue des Champions 2025-2026, devenant le 3ème club chypriote à réaliser cet exploit. En remportant la coupe nationale en 2024 puis le titre de champion de Chypre en 2025, Paphos FC a donc atteint l’objectif fixer par ses fondateurs … il y a seulement 11 ans. Une décennie en arrière, la petite ville côtière comptait deux clubs professionnels : l’AE Paphos et l’AEK Kouklia. Mais, ces derniers se débattaient avec des problèmes financiers et ne parvenaient pas à se maintenir au haut niveau. D’où l’idée de fusionner les deux clubs pour se renforcer le 9 Juin 2014. L’AEK, le club des expatriés grecs d’Asie Mineure, évoluait logiquement en noir et jaune (cf. #234) et absorbait formellement l’AE. Mais, le nouveau club opta pour les couleurs de l’AE, le bleu et le blanc (même si le jaune apparait sur l’écusson).

L’AE résultait déjà d’une fusion opérée au début du XXIème siècle avec la même finalité. En 2000, afin de devenir la place forte du football de Pharos, les clubs de APOP (fondé en 1953) et Evagoras (fondé en 1961), qui oscillaient entre la seconde et la première division du pays, unirent leur force. Les deux clubs évoluaient en bleu et blanc (Evagoras jouait en vert et blanc de sa fondation jusqu’en 1962 puis en bleu et blanc), ce qui facilita donc le choix pour la nouvelle association de l’AE.

Ces couleurs bleus et le blanches, qui se sont transmises de club en club, pourraient symboliser l’héritage maritime de la ville côtière et le ciel clair de Chypre. Situé sur la côté ouest de l’île, Pharos constituait à partir du Moyen Âge, le port occidental de Chypre. Mais, l’émergence de Nicosie et du port de Larnaca lui fit perdre son importance. Après l’invasion turque de Chypre en 1974, l’activité économique a connu une forte croissance dans tous les secteurs, notamment le tourisme. La municipalité, 4ème ville du pays, est devenue aujourd’hui une station balnéaire prisée des touristes et son port de pêche connait un regain d’activité.

Mais, l’origine du bleu et du blanc pourrait provenir de l’histoire récente de la ville. Outre la couleur, un autre élément se transmit au fil des fusions : le visage sur le blason du club. Il s’agit d’Evagoras Pallikarides, un militant grec-chypriote. Il apparut d’abord sur l’écusson de l’Evagoras (qui portait le nom du martyr) et fut conservé par l’AE puis le Pharos FC. Né à quelques kilomètres de Pharos, il était membre du mouvement indépendantiste EOKA. Il fut arrêté le 18 décembre 1956 alors qu’il transportait des armes et pendu le 27 février 1957, devenant le plus jeune combattant à être exécuté à Chypre. Son mouvement, EOKA, au-delà de l’indépendance, souhaitait comme beaucoup de grecs-chypriotes l’union avec la Grèce et donc reprit sur son drapeau les couleurs bleues et blanches (une croix blanche sur fond bleu). Le club Evagoras s’inspira de ces couleurs. Tout comme l’APOP dont plusieurs de ses fondateurs et sportifs étaient membres de l’EOKA (d’ailleurs Evagoras Pallikaridis était un athlète de l’APOP).

#1352 – Calcio Padoue : Biancoscudati

Le bouclier blanc. Le 29 Janvier 1910, au sein d’un club nautique créé 5 ans plus tôt, l’équipe de Padoue vit le jour, avec le baron Giorgio Treves de’ Bonfili comme président et le marquis Giuseppe Corradi comme vice-président. Le baron déclara « I colori saranno quelli della città di Padova: il bianco e il rosso » (Les couleurs seront celles de la ville de Padoue : blanc et rouge). Le 20 février 1910, l’AC Padova disputait son premier match officiel contre l’Hellas Vérone et la rencontre se solda par un score nul et vierge. Le maillot porté par les onze joueurs ce jour-là était donc blanc et rouge (une partie rouge à gauche ou à droite selon les joueurs et l’autre partie blanche, à la façon de Blackburn). Puis, l’activité s’interrompit brusquement pour reprendre à partir le 25 novembre 1912. Le nom de l’association demeura. En revanche, jusqu’en 1920, les joueurs portèrent un maillot rayé noir et blanc. Cependant, il fut décidé de revenir aux origines et, à partir de la saison 1920-1921, Padoue se présenta sur le terrain avec un maillot blanc bordé de rouge sur les manches. La véritable nouveauté du maillot fut l’apparition de l’écusson du club : un blason en forme de bouclier intégrant à gauche la croix rouge sur fond blanc (armoiries de la ville) et à droite le nom du club en blanc sur un fond rouge. La tenue traditionnelle du club était alors née et son surnom avec.

Même si le maillot évolua au fil des années dans la présentation des couleurs rouges et blanches (maillot blanc avec quelques liserés rouges, maillot rouge à manches blanches …), un détail immuable demeura sur la poitrine des joueurs, le blason-bouclier qui ne variait pas. Le maillot des saisons 1972-1973 et 1973-1974 laissèrent les supporteurs bouches bées puisque pour la première fois depuis 1920, l’écusson disparut du maillot. Pour le plus grand bonheur des fans, il revint la saison suivante pour ne plus quitter le maillot. À partir de la saison 1990-1991 et jusqu’au début des années 2000, sous la présidence de Marino Puggina, le blason en forme de bouclier évolua vers une forme plus carré. Avec l’arrivée d’Alberto Mazzocco à la présidence en 2000, Padoue lança un sondage d’opinion auprès de ses supporters dans les pages du quotidien « Il Mattino di Padova » concernant l’écusson à adopter. Le résultat fut sans appel : les fans demandèrent le rétablissement du blason original.

Les armoiries de la ville présente donc cette croix rouge sur fond blanc. Leurs origines sont difficiles à établir bien qu’elles semblent apparaître au XIIème siècle. A cette époque, le pape et le Saint-Empire romain germanique connurent un différend sur la nomination des évêques et des abbés puis sur la succession au titre d’Empereur. Les cités-États d’Italie centrale et du Nord se divisèrent alors entre les factions rivales des guelfes et des gibelins qui défendaient respectivement les intérêts du pape et du Saint-Empire. Commune indépendante, Padoue rejoignit la ligue lombarde, une association de cités italiennes qui soutenait le partie guelfe et qui affronta l’Empereur Frédéric Barberousse qui cherchait à les soumettre. En 1167, lors du serment de Pontida, la Ligue adopta comme symbole l’emblème de Milan, une croix rouge sur fond blanc (la croix de Saint-Georges) qui fut brandit triomphalement lors de la victoire de Legnano le 29 mai 1176. Padoue l’aurait donc adopté à partir de cette date comme armoiries.

Depuis, on y trouve plein de symbolisme. Le rouge représenterait la couleur du sang versé par les Padouans lors des nombreuses batailles pour défendre la ville. Le blanc symboliserait la pureté, la foi et la justice. Enfin la croix, symbole chrétien, rappellerait que Padoue était l’une des villes italiennes qui soutenaient les campagnes religieuses. Pour d’autres, la croix collerait à la géographie du centre-ville, qui fut modelé par les routes perpendiculars romaines (Le Cardo maximus (du Nord au Sud) et le Decumanus maximus (d’Ouest en Est)).

#1343 – NK Triglav Kranj : Orli

Les aigles. Capitale des Alpes Slovène et 3ème ville du pays, Kranj est fier de son équipe de football qui fut fondé en 1920, sous le nom de SK Korotan. Et dans la symbolique, la cité et le club se confondent. En effet, l’écusson du club affiche, sur un fond blanc, un aigle rouge aux ailes déployées et la tête tournée vers la droite. Exactement les armoiries de la ville.

Cet aigle apparait sur le plus ancien sceau de la ville qui remonte au XIIIème siècle. Puis, à la renaissance, en 1530, ce sceau inspira les armoiries de la cité. Mais d’où vient cet aigle ? De la famille qui régnait sur la ville à compter du XIIème siècle, les Comté d’Andechs. Maison noble bavaroise, dont les armoiries représentaient un lion blanc au dessus d’un aigle de la même couleur sur fond bleu, les Andechs fut tout d’abord seigneurs sur des régions au sud-ouest de la Bavière autour du lac Ammer. Au fil des années, les Andechs étendirent leur possession en Bavière. Puis, ils acquirent des territoires étendus dans le Sud-Est du Saint-Empire suite au mariage de Berthold II, considéré comme le fondateur de la dynastie comtale, avec Sophia, la fille du comte Poppo II de Weimar-Orlamünde, margrave de Carniole, la région historique où se situe Kranj. Même si la Maison de Sponheim leur contesta, les Andechs dirigèrent la cité de Kranj mais surtout lui accordèrent des privilèges, en particulier les droits de cité à compter du premier tiers du XIIIème siècle. Les Comtes d’Andechs devinrent également Duc de Méranie (une des filles, Agnès, fut Reine de France) mais la lignée s’éteignit avec Othon VIII d’Andechs, qui mourut en 1248, sans héritier. Devenu cité, Kranj gagna en indépendance, possédait un tribunal provincial et devint un important centre commercial. Puis, la région et Kranj tombèrent à compter du XIVème dans l’escarcelle de la Maison des Habsbourg.

#1321 – FC Astana : Сары-көктер

Les jaune et bleu. Il y a 15 ans en arrière, le club le plus titré du pays depuis l’indépendance (7 fois champions et 3 coupes nationales) et le plus connu (seul club Kazakh à atteindre le stade des poules de la ligue des champions) n’existait pas. Mais, sa fondation allait se réaliser par la volonté et sous la protection de l’Etat. Dans sa volonté de se détacher de son passé soviétique et les poches pleines de pétrodollars, la jeune dictature souhaitait moderniser et prit la décision de déplacer la capitale d’Almaty à Astana en 1998. La modeste citée dédiée à l’agriculture est, en 20 ans, devenue une capitale moderne au design futuriste. Pour accompagner ce changement d’image, les dirigeants kazakhs avaient besoin d’un étendard et, comme pour le Qatar avec le club parisien, comprirent que les exploits sportifs étaient un superbe vecteur de communication et un outil de soft power.

En 2009, deux clubs d’Almaty (Megasport et Alma-Ata) fusionnèrent et déménagèrent le nouveau club, dénommé Lokomotiv, dans la capitale, en manque d’écurie sportive. L’équipe jouait alors en bleu foncé et blanc. Puis, en 2012, le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev regroupa plusieurs équipes sportives sous une bannière étatique, « Astana Presidential Sports Club », pour promouvoir le sport et son pays. Au sein de cette organisation, l’équipe cycliste Astana, qui compta dans ses rangs certains des meilleurs coureurs mondiaux, dont Alberto Contador, Vincenzo Nibali et Fabio Aru, était sans conteste la plus renommée. Le Lokomotiv fut absorbé et changea de couleur pour le bleu foncé et le jaune. Puis, en 2015, il opta définitivement pour ses couleurs actuelles, le jaune et le bleu turquoise.

S’agissant d’un outil de propagande, le président kazakh ne laissa rien au hasard. Tout d’abord, les différentes équipes (football, hockey sur glace, basket, cyclisme, boxe …) se renommèrent Astana car, pour le président, la capitale était un phare du développement du Kazakhstan. En outre, la plupart des clubs arborait les couleurs bleu turquoise et jaune du drapeau kazakh. En 1992, suite à son indépendance, le pays prit pour drapeau national une bannière qui arbore un soleil doré à 32 rayons surplombant un aigle des steppes doré sur un fond turquoise. Le côté gauche affiche un motif ornemental en or. Le bleu, couleur sacrée pour les peuples turcs du pays, symbolise l’unité culturelle et ethnique et reflète la pureté et la noblesse des aspirations du peuple du Kazakhstan à un nouvel État. Le soleil doré, baigné de lumière, symbolise la paix et la richesse. L’aigle aux ailes déployées demeure un symbole de puissance comme de liberté et d’envol vers l’avenir.

#1314 – Deportivo Táchira : el Carrusel Aurinegro

La carrousel jaune et noir. Le football vénézuélien souffre d’un manque de reconnaissance sur le plan continental, en raison de l’absence de résultat de son équipe nationale et de ses clubs, amplifié ces dernières années par la situation politique et économique chaotique. Pourtant, une équipe parvint à porter haut l’étandard : le Deportivo Táchira. En seulement 50 ans d’existence, le Deportivo s’impose comme le meilleur club vénézuélien. Depuis son accession en 1975 dans l’élite nationale, l’équipe n’a jamais été reléguée en seconde division, ravissant au passage 11 titres de champion. Au niveau international, le Deportivo compte le plus de participations à la Copa Libertadores pour une équipe vénézuélienne et demeure la seule à avoir franchi la première phase de la Copa Libertadores, son meilleur résultat étant un quart de finale en 2004.

Tout commença dans les années 1970 avec l’italo-vénézuelien, Gaetano Greco. Après avoir introduit le karting et fondé l’Automobile Touring Club dans la ville de San Cristóbal, il décida de fonder une équipe de football dans la ville andine, sous le nom de Juventus Fútbol Club de San Cristóbal, étant un fan du club turinois. Cette équipe de jeunes portait donc un maillot rayé noir et blanc. Puis, en 1974, sur la base de cette structure, Gaetano Greco avec 14 autres amis créèrent une équipe adulte, San Cristóbal Fútbol Club. Représentant de la communauté italienne de la ville, la direction opta pour un maillot bleu et un short blanc, couleurs de la squadra azzurra. Mais, quelques mois plus tard, un changement de couleurs s’opéra au profit d’un maillot jaune et d’un short noir. Tout d’abord, il s’agissait des couleurs principales de la bannière de l’Etat de Táchira (il comporte trois bandes horizontales : jaune, noir et rouge). Le jaune symbolise la richesse de la terre, la loi, la science et la sagesse du peuple. C’était également la couleur des soldats du Général Cipriano Castro qui prirent le pouvoir en 1899 lors de la Revolución Liberal Restauradora. Le champ médian noir symbolise les vicissitudes et les difficultés surmontées par le peuple tout au long de son histoire. Il représente aussi deux des ressources de l’Etat : le pétrole et le charbon.

Puis, l’arrivée des premiers joueurs uruguayens, aux côtés des entraîneurs uruguayen José Gil, Nelson Silva Pacheco, Benjamin Fernandez, Victor Pignanelli, Esteban Beracochea et Luis Miloc, à la fin des années 1970, favorisa l’adoption des rayures verticales noires et jaunes, inspirées du célèbre club uruguayen, Peñarol. Depuis lors, l’équipe a conservé cette uniforme, avec parfois des variantes. Parfois avec des changements plus radicaux. Lors de la fusion avec l’Atlético San Cristóbal en 1986, la couleur jaune fut remplacée par l’orange. De même, quelques années plus tard, un uniforme similaire à celui de l’équipe nationale brésilienne (maillot jaune et short vert) fut porté. Ces deux incartades furent breves.

L’apparition du surnom remonte aux années 1980 quand le club devint une place forte du football vénézuélien (4 fois champion entre 1979 et 1986). A cette époque, le jeu flamboyant développé par l’équipe andine faisait tourner la tête de ses adversaires comme après un tour de carrousel.