#1352 – Calcio Padoue : Biancoscudati

Le bouclier blanc. Le 29 Janvier 1910, au sein d’un club nautique créé 5 ans plus tôt, l’équipe de Padoue vit le jour, avec le baron Giorgio Treves de’ Bonfili comme président et le marquis Giuseppe Corradi comme vice-président. Le baron déclara « I colori saranno quelli della città di Padova: il bianco e il rosso » (Les couleurs seront celles de la ville de Padoue : blanc et rouge). Le 20 février 1910, l’AC Padova disputait son premier match officiel contre l’Hellas Vérone et la rencontre se solda par un score nul et vierge. Le maillot porté par les onze joueurs ce jour-là était donc blanc et rouge (une partie rouge à gauche ou à droite selon les joueurs et l’autre partie blanche, à la façon de Blackburn). Puis, l’activité s’interrompit brusquement pour reprendre à partir le 25 novembre 1912. Le nom de l’association demeura. En revanche, jusqu’en 1920, les joueurs portèrent un maillot rayé noir et blanc. Cependant, il fut décidé de revenir aux origines et, à partir de la saison 1920-1921, Padoue se présenta sur le terrain avec un maillot blanc bordé de rouge sur les manches. La véritable nouveauté du maillot fut l’apparition de l’écusson du club : un blason en forme de bouclier intégrant à gauche la croix rouge sur fond blanc (armoiries de la ville) et à droite le nom du club en blanc sur un fond rouge. La tenue traditionnelle du club était alors née et son surnom avec.

Même si le maillot évolua au fil des années dans la présentation des couleurs rouges et blanches (maillot blanc avec quelques liserés rouges, maillot rouge à manches blanches …), un détail immuable demeura sur la poitrine des joueurs, le blason-bouclier qui ne variait pas. Le maillot des saisons 1972-1973 et 1973-1974 laissèrent les supporteurs bouches bées puisque pour la première fois depuis 1920, l’écusson disparut du maillot. Pour le plus grand bonheur des fans, il revint la saison suivante pour ne plus quitter le maillot. À partir de la saison 1990-1991 et jusqu’au début des années 2000, sous la présidence de Marino Puggina, le blason en forme de bouclier évolua vers une forme plus carré. Avec l’arrivée d’Alberto Mazzocco à la présidence en 2000, Padoue lança un sondage d’opinion auprès de ses supporters dans les pages du quotidien « Il Mattino di Padova » concernant l’écusson à adopter. Le résultat fut sans appel : les fans demandèrent le rétablissement du blason original.

Les armoiries de la ville présente donc cette croix rouge sur fond blanc. Leurs origines sont difficiles à établir bien qu’elles semblent apparaître au XIIème siècle. A cette époque, le pape et le Saint-Empire romain germanique connurent un différend sur la nomination des évêques et des abbés puis sur la succession au titre d’Empereur. Les cités-États d’Italie centrale et du Nord se divisèrent alors entre les factions rivales des guelfes et des gibelins qui défendaient respectivement les intérêts du pape et du Saint-Empire. Commune indépendante, Padoue rejoignit la ligue lombarde, une association de cités italiennes qui soutenait le partie guelfe et qui affronta l’Empereur Frédéric Barberousse qui cherchait à les soumettre. En 1167, lors du serment de Pontida, la Ligue adopta comme symbole l’emblème de Milan, une croix rouge sur fond blanc (la croix de Saint-Georges) qui fut brandit triomphalement lors de la victoire de Legnano le 29 mai 1176. Padoue l’aurait donc adopté à partir de cette date comme armoiries.

Depuis, on y trouve plein de symbolisme. Le rouge représenterait la couleur du sang versé par les Padouans lors des nombreuses batailles pour défendre la ville. Le blanc symboliserait la pureté, la foi et la justice. Enfin la croix, symbole chrétien, rappellerait que Padoue était l’une des villes italiennes qui soutenaient les campagnes religieuses. Pour d’autres, la croix collerait à la géographie du centre-ville, qui fut modelé par les routes perpendiculars romaines (Le Cardo maximus (du Nord au Sud) et le Decumanus maximus (d’Ouest en Est)).

#1343 – NK Triglav Kranj : Orli

Les aigles. Capitale des Alpes Slovène et 3ème ville du pays, Kranj est fier de son équipe de football qui fut fondé en 1920, sous le nom de SK Korotan. Et dans la symbolique, la cité et le club se confondent. En effet, l’écusson du club affiche, sur un fond blanc, un aigle rouge aux ailes déployées et la tête tournée vers la droite. Exactement les armoiries de la ville.

Cet aigle apparait sur le plus ancien sceau de la ville qui remonte au XIIIème siècle. Puis, à la renaissance, en 1530, ce sceau inspira les armoiries de la cité. Mais d’où vient cet aigle ? De la famille qui régnait sur la ville à compter du XIIème siècle, les Comté d’Andechs. Maison noble bavaroise, dont les armoiries représentaient un lion blanc au dessus d’un aigle de la même couleur sur fond bleu, les Andechs fut tout d’abord seigneurs sur des régions au sud-ouest de la Bavière autour du lac Ammer. Au fil des années, les Andechs étendirent leur possession en Bavière. Puis, ils acquirent des territoires étendus dans le Sud-Est du Saint-Empire suite au mariage de Berthold II, considéré comme le fondateur de la dynastie comtale, avec Sophia, la fille du comte Poppo II de Weimar-Orlamünde, margrave de Carniole, la région historique où se situe Kranj. Même si la Maison de Sponheim leur contesta, les Andechs dirigèrent la cité de Kranj mais surtout lui accordèrent des privilèges, en particulier les droits de cité à compter du premier tiers du XIIIème siècle. Les Comtes d’Andechs devinrent également Duc de Méranie (une des filles, Agnès, fut Reine de France) mais la lignée s’éteignit avec Othon VIII d’Andechs, qui mourut en 1248, sans héritier. Devenu cité, Kranj gagna en indépendance, possédait un tribunal provincial et devint un important centre commercial. Puis, la région et Kranj tombèrent à compter du XIVème dans l’escarcelle de la Maison des Habsbourg.

#1321 – FC Astana : Сары-көктер

Les jaune et bleu. Il y a 15 ans en arrière, le club le plus titré du pays depuis l’indépendance (7 fois champions et 3 coupes nationales) et le plus connu (seul club Kazakh à atteindre le stade des poules de la ligue des champions) n’existait pas. Mais, sa fondation allait se réaliser par la volonté et sous la protection de l’Etat. Dans sa volonté de se détacher de son passé soviétique et les poches pleines de pétrodollars, la jeune dictature souhaitait moderniser et prit la décision de déplacer la capitale d’Almaty à Astana en 1998. La modeste citée dédiée à l’agriculture est, en 20 ans, devenue une capitale moderne au design futuriste. Pour accompagner ce changement d’image, les dirigeants kazakhs avaient besoin d’un étendard et, comme pour le Qatar avec le club parisien, comprirent que les exploits sportifs étaient un superbe vecteur de communication et un outil de soft power.

En 2009, deux clubs d’Almaty (Megasport et Alma-Ata) fusionnèrent et déménagèrent le nouveau club, dénommé Lokomotiv, dans la capitale, en manque d’écurie sportive. L’équipe jouait alors en bleu foncé et blanc. Puis, en 2012, le président kazakh Noursoultan Nazarbaïev regroupa plusieurs équipes sportives sous une bannière étatique, « Astana Presidential Sports Club », pour promouvoir le sport et son pays. Au sein de cette organisation, l’équipe cycliste Astana, qui compta dans ses rangs certains des meilleurs coureurs mondiaux, dont Alberto Contador, Vincenzo Nibali et Fabio Aru, était sans conteste la plus renommée. Le Lokomotiv fut absorbé et changea de couleur pour le bleu foncé et le jaune. Puis, en 2015, il opta définitivement pour ses couleurs actuelles, le jaune et le bleu turquoise.

S’agissant d’un outil de propagande, le président kazakh ne laissa rien au hasard. Tout d’abord, les différentes équipes (football, hockey sur glace, basket, cyclisme, boxe …) se renommèrent Astana car, pour le président, la capitale était un phare du développement du Kazakhstan. En outre, la plupart des clubs arborait les couleurs bleu turquoise et jaune du drapeau kazakh. En 1992, suite à son indépendance, le pays prit pour drapeau national une bannière qui arbore un soleil doré à 32 rayons surplombant un aigle des steppes doré sur un fond turquoise. Le côté gauche affiche un motif ornemental en or. Le bleu, couleur sacrée pour les peuples turcs du pays, symbolise l’unité culturelle et ethnique et reflète la pureté et la noblesse des aspirations du peuple du Kazakhstan à un nouvel État. Le soleil doré, baigné de lumière, symbolise la paix et la richesse. L’aigle aux ailes déployées demeure un symbole de puissance comme de liberté et d’envol vers l’avenir.

#1314 – Deportivo Táchira : el Carrusel Aurinegro

La carrousel jaune et noir. Le football vénézuélien souffre d’un manque de reconnaissance sur le plan continental, en raison de l’absence de résultat de son équipe nationale et de ses clubs, amplifié ces dernières années par la situation politique et économique chaotique. Pourtant, une équipe parvint à porter haut l’étandard : le Deportivo Táchira. En seulement 50 ans d’existence, le Deportivo s’impose comme le meilleur club vénézuélien. Depuis son accession en 1975 dans l’élite nationale, l’équipe n’a jamais été reléguée en seconde division, ravissant au passage 11 titres de champion. Au niveau international, le Deportivo compte le plus de participations à la Copa Libertadores pour une équipe vénézuélienne et demeure la seule à avoir franchi la première phase de la Copa Libertadores, son meilleur résultat étant un quart de finale en 2004.

Tout commença dans les années 1970 avec l’italo-vénézuelien, Gaetano Greco. Après avoir introduit le karting et fondé l’Automobile Touring Club dans la ville de San Cristóbal, il décida de fonder une équipe de football dans la ville andine, sous le nom de Juventus Fútbol Club de San Cristóbal, étant un fan du club turinois. Cette équipe de jeunes portait donc un maillot rayé noir et blanc. Puis, en 1974, sur la base de cette structure, Gaetano Greco avec 14 autres amis créèrent une équipe adulte, San Cristóbal Fútbol Club. Représentant de la communauté italienne de la ville, la direction opta pour un maillot bleu et un short blanc, couleurs de la squadra azzurra. Mais, quelques mois plus tard, un changement de couleurs s’opéra au profit d’un maillot jaune et d’un short noir. Tout d’abord, il s’agissait des couleurs principales de la bannière de l’Etat de Táchira (il comporte trois bandes horizontales : jaune, noir et rouge). Le jaune symbolise la richesse de la terre, la loi, la science et la sagesse du peuple. C’était également la couleur des soldats du Général Cipriano Castro qui prirent le pouvoir en 1899 lors de la Revolución Liberal Restauradora. Le champ médian noir symbolise les vicissitudes et les difficultés surmontées par le peuple tout au long de son histoire. Il représente aussi deux des ressources de l’Etat : le pétrole et le charbon.

Puis, l’arrivée des premiers joueurs uruguayens, aux côtés des entraîneurs uruguayen José Gil, Nelson Silva Pacheco, Benjamin Fernandez, Victor Pignanelli, Esteban Beracochea et Luis Miloc, à la fin des années 1970, favorisa l’adoption des rayures verticales noires et jaunes, inspirées du célèbre club uruguayen, Peñarol. Depuis lors, l’équipe a conservé cette uniforme, avec parfois des variantes. Parfois avec des changements plus radicaux. Lors de la fusion avec l’Atlético San Cristóbal en 1986, la couleur jaune fut remplacée par l’orange. De même, quelques années plus tard, un uniforme similaire à celui de l’équipe nationale brésilienne (maillot jaune et short vert) fut porté. Ces deux incartades furent breves.

L’apparition du surnom remonte aux années 1980 quand le club devint une place forte du football vénézuélien (4 fois champion entre 1979 et 1986). A cette époque, le jeu flamboyant développé par l’équipe andine faisait tourner la tête de ses adversaires comme après un tour de carrousel.

#1311 – US Lecce : Lupi

Les loups. Sur le blason de l’équipe, une louve se balade sous un chêne vert et ces deux icones proviennent des armories de la cité. En 1869, alors que l’unité italienne progressait, l’imprimeur trévisan Gaetano Longo prit l’initiative de regrouper dans un ouvrage toutes les armes des cités du Royaume. Sans symbolique officielle et ne souhaitant pas être omis, la municipalité de Lecce chargea deux héraldistes de créer un blason qui reflèterait l’histoire et les traditions de Lecce. Leur choix se porta sur le chêne vert et la louve, rappelant ainsi la toponymie du nom de la ville. Les armes se décrivent ainsi : « une louve noire au naturel, passant de droite à gauche, sous un chêne vert, déraciné et portant des fruits en or, sur un champ d’argent ».

L’histoire de la Lecce débuta avec la colonie romaine Lupiae dont le nom dérive de Lupus (loups en latin). Parmi les peuples anciens de l’Italie, les jeunes membres d’une communauté pouvaient la quitter pour en fonder une nouvelle lors d’une migration sacrée, le ver sacrum (printemps sacrée). Selon la légende, la génération de jeunes hommes était guidée dans cette quête par un animal sacré (loup, taureau, aigle …) et le nom de cet animal servait à baptiser la nouvelle cité ainsi formée. Le loup, symbole de liberté, de communauté et de ruse, devait donc constituer l’animal-totem des habitants de Lupiae.

Puis, le nom de la ville évolua au fil des siècles en Licea, Litium, Lippiae, Licia, Licium et Liccia pour enfin finir en Lecce, qui provient de leccio (chêne vert en italien). Cet arbre, symbole de puissance, est en effet caractéristique de la région Terre d’Otrante et aurait offert avec son feuillage un abri à la fameuse louve.

En 2016, l’équipe de marketing s’empara de cet emblème et créa un t-shirt affichant le slogan « Nella tana dei lupi » (dans l’antre du loup). Il symbolisait « al meglio la nostra salentinità. Riesce ad esprimere al meglio quelli che sono i nostri valori e l’attaccamento al nostro stadio, il “Via del Mare”, che ogni tifoso giallorosso vuole sia un fortino inespugnabile » (le mieux notre identité salentine . Il exprime au mieux nos valeurs et notre attachement à notre stade, la « Via del Mare », que chaque supporter Giallorossi veut être une forteresse imprenable).

#1310 – FC Admira Wacker Mödling : die Panthers

Les panthères. L’histoire de l’Admira Wacker débuta par une fusion en 1971 de deux clubs viennois traditionnels, SK Admira (fondé en 1905 dans le quartier de Floridsdorf) et SC Wacker (fondé en 1907 dans le quartier d’Obermeidling). Dans les années 1990, le club connut des turbulences financières et une autre fusion avec le VfB Mödling permit de sauver les deux associations en difficulté. Aux couleurs noires et blanches de l’Admira Wacker, Mödling apporta le rouge au nouveau club. Ce dernier demeura à Vienne mais le nouvel écusson intégra une nouveauté, une panthère crachant du feu. Le 1er juillet 2024, la direction du club prit la décision de revenir à ses racines viennoises. Tout d’abord, le nom se résuma à Admira Wacker, supprimant la référence à des sponsors et à la cité de Mödling. Puis, en termes chromatique, le noir-blanc-rouge restait les couleurs du club même si le noir et le blanc était particulièrement mis en avant dans la toute nouvelle identité. Enfin, un nouvel écusson fut dévoilé, s’inspirant largement de l’emblème de 1971 (les initiales A et W). Pour autant, malgré son abandon dans le logo, le surnom panthère reste.

Le rajout de la panthère dans l’écusson en 1997 marquait la fusion avec Mödling, puisque l’animal provenait des armes de la cité de Basse-Autriche. Accordées le 24 janvier 1458 par l’empereur Frédéric III, les armoiries de Mödling combinent celles de l’Autriche (bandes verticales rouge et blanche) et de la Styrie (une panthère blanche avec des cornes et des griffes rouges crachant du feu rouge (dite panthère de Styrie) sur un champ vert). La panthère apparut pour la première fois en 1160 dans le sceau du margrave Ottokar III et constituait donc les armoiries de la famille des Traungauer, nobles bavarois qui régnèrent sur la Styrie de 1056 à 1192. Lorsque la Styrie fut élevée au rang de duché en 1180, les armoiries de la famille furent transférées à l’ensemble de la région.

#1292 – Club Nacional : Tricolor

Tricolore. Evidement, le maillot comme l’écusson du club affichent 3 couleurs : le bleu, le blanc et le rouge. Et si les couleurs sont similaires à celles du drapeau paraguayen, ce n’est peut-être pas un hasard, surtout quand on se dénomme Nacional. Au début du XXème siècle, l’instabilité politique sévissait au Paraguay, où les factions rivales, Liberals (identifié en bleu) et Colorados (identifié en rouge) s’affrontaient. Cette situation résultait de la guerre qui se déroula entre 1864 et 1870 et qui vit le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay écrasaient le Paraguay. Le pays aurait perdu une grande partie de sa population (jusqu’à 60%) et de son territoire (140 000 km2 soit 70%).

Dans ce contexte où le Paraguay venait de retrouver un peu de liberté et malgré les divisions, le besoin de renforcer l’identité paraguayenne notamment par la formation des futures élites était prioritaire. Ainsi, les programmes scolaires commençaient à intégrer le sport comme un des éléments du développement global des élèves. L’enseignant-athlète de nationalité hollandaise, William Paats, importa et chercha à éveiller l’intérêt de ses étudiants à de nouveaux sports venus d’Europe, dont le football. Plusieurs équipes de football se formèrent dans les lieux d’étude de la capitale tels que le « Colegio de los Salésiens » , « l’Escuela de Derecho » et « l’Escuela Normal de Maestros » .

Ainsi, le 5 Juin 1904, 17 jeunes collégiens du « Colegio Nacional » d’Asunción décidèrent de fonder une nouvelle association sportive. Ces jeunes avaient l’identité paraguayenne chevillée au corps et des sentiments qui dépassaient les luttes partisanes. Ils souhaitaient donc que leur club soit un étendard, un représentant national transpartisant. Ils choisirent les couleurs bleu, blanc et rouge tout d’abord pour rendre hommage au « Colegio Nacional » où ils avaient éduqué. Le collège avait été créée par la Loi du 4 janvier 1877 et était nommée « Général Bernardino Caballero« , nom d’un héros de la guerre contre le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay et qui avait été président de la République pendant la période de reconstruction du pays. Donc, pas étonnant que le collège fusse un vivier nationaliste et eusse les mêmes couleurs que celles du drapeau uruguayen. Ce qui rejoignait les idées nationalistes et le symbolisme voulues par les fondateurs du clubs. En outre, cela présentait l’avantage d’associer les couleurs (bleu et rouge) des deux factions rivales qui agitaient la vie politique.

Le drapeau actuel du Paraguay comporte 3 bandes horizontales, une rouge, une blanche et une bleue, et fut institué le 25 novembre 1842. Mais, sa première version remonte au 30 septembre 1813. Selon la légende, ces couleurs correspondaient aux couleurs des uniformes des soldats paraguayens qui défendirent Buenos Aires face aux armées britanniques entre 1806 et 1807. Mais, d’autres pensent qu’il s’inspire du drapeau tricolore français. Mais, il se pourrait aussi qu’il dérive du drapeau de l’ancien pays colonisateur, l’Espagne. D’ailleurs, avant que le rouge, le blanc et le bleu s’imposent, plusieurs autres drapeaux du Paraguay existèrent et leurs couleurs s’approchaient du drapeau espagnol.

#1287 – Wrexham AFC : the Red Dragons

Les dragons rouges. Fondé en 1864, le plus vieux club gallois et l’un des plus anciens professionnels au monde, qui évolue dans les ligues anglaises, cultive sa « gallitude » . A regarder de près son écusson, on y retrouve de nombreux symboles du Pays de Galles, dont les trois plumes blanches émergeant d’une couronne d’or accompagnées de la devise en allemand « Ich dien » (je sers). Surtout, les 3 couleurs du drapeau du Pays de Galles (vert, blanc et rouge) ressortent, avec la créature fantastique qui l’illustre, le dragon rouge. L’écusson du club en affiche deux tenant un ballon de football alors que la bannière nationale n’en comporte un mais qui occupe la place centrale. Le nom du drapeau gallois est Y Ddraig Goch, qui signifie le dragon rouge.

Dans le recueil « Historia Brittonum », rédigé entre le IXème siècle et le XIème siècle, la légende raconte que Gwrtheyrn, chef du petit royaume gallois de Powys, s’enfuyait de ses terres face à l’envahisseur anglo-saxons. Il essaya de construire un château à Dinas Emrys pour consolider sa retraite. Mais, les murs ne cessaient de s’effondrer. On lui révéla que cela était dû à la présence dans la terre de deux dragons : un dragon rouge représentant les gallois-celtes et un dragon blanc représentant les anglo-saxons. Merlin prophétisa alors que les gallois reprendront l’île et repousseront les anglo-saxons vers la mer. Plusieurs autres écrits reprirent plus ou moins cette histoire du dragon rouge : le « Mabinogion » confirmait la couleur rouge du dragon et l’ « Historia regum Britanniae » racontait la légende du Roi Cadwaladr, qui avait un dragon rouge comme étendard et renonça à son trône en 688 en raison d’une prophétie selon laquelle son sacrifice entraînerait une future victoire des gallois sur les anglo-saxons.

L’animal fantastique libérateur devint alors un symbole d’indépendance et ancra le mythe d’un messie qui délivrera la Grande-Bretagne de la domination des saxons. Un certains nombres de chefs gallois reprirent à leur compte ce symbole pour renforcer leur pouvoir et d’ailleurs le terme gallois draig (dragon) fut parfois utilisé pour désigner le chef des gallois. En 1400, Owain Glyndŵr hissa l’étendard du dragon lors de ses révoltes contre l’occupation du Pays de Galles par la couronne anglaise. Pendant la guerre des Deux-Roses qui opposa les maisons d’York et de Lancastre pour le trône d’Angleterre (1455-1487), le mythe du dragon rouge servit la propagande de certains acteurs en se prétendant le messie qui allait restaurer l’authentique lignée antique de Cadwalader et bouter les saxons hors de l’Angleterre. Après la victoire de son fils à Bosworth Field (1485), Henri VII utilisa une bannière avec un dragon rouge sur un fond blanc et vert en entrant dans la Cathédrale de St Paul. Il fonda alors la dynastie des Tudor dont le dragon s’imposa dans son blason. En 1807, le dragon rouge sur une monture verte fut adopté comme insigne royal du Pays de Galles. Puis, le drapeau actuelle fut officiellement reconnu en 1959.

Pour que le surnom s’impose, fallait-il encore que les joueurs de Wrexham évoluent en rouge, ce qui est le cas de manière continue depuis 1939. De sa fondation jusqu’en 1873, l’équipe ne portait pas de maillot uniforme, au grand dam de la presse qui trouvait ces équipements pas soignés. Pour remonter leur côte, le club prit la décision de porter des maillots blancs. En 1876, Wrexham adopta les couleurs écarlate et noire. Après le retour du blanc pendant une saison, à partir de 1886, le bleu et le blanc s’imposa (parfois avec du jaune). En 1904 et pour 21 ans, les joueurs portèrent des chemises intégralement vertes. De 1921 à 1925, un maillot totalement rouge fut utilisé. Au début de la saison 1925-1926, les maillots bleu et blanc revinrent. Et enfin, en 1939, le rouge s’imposa définitivement. En 1967, le blason du club, inspiré vaguement des armoiries de Wrexham (donc sans dragon), fut ajouté aux maillots de l’équipe. Puis, cet écusson fut remplacé en 1975 par un nouveau, s’inspirant cette fois largement de l’iconographie galloise (donc avec le dragon rouge) et qui perdure aujourd’hui.

#1266 – FC Porto : Azuis e brancos

Les bleu et blanc. Le football portugais est bien fait car il semblerait que les 3 grands du pays, Benfica, FC Porto et Sporting du Portugal, se soient réparties les couleurs de l’arc en ciel pour faciliter la vie de leurs supporteurs. Benfica joue en rouge, le Sporting en vert et blanc et le FC Porto en bleu et blanc. Et à Porto, à chaque exploit du club, les bannières bleus et blanches décorent les maisons au point d’avoir quasiment remplacées les couleurs officielles vertes et blanches de la ville.

Fondé le 28 septembre 1893, les premières années furent marquées par l’absence d’unité. Un dessin montre que la première équipe de football du club omnisport comprenait huit joueurs : 5 portaient des maillots blancs à col rouge (avec un short noir ou blanc), deux joueurs évoluaient avec des maillots à rayures bleues et blanches (avec un short noir ou blanc) et un joueur (certainement le gardien) était équipé d’un maillot rouge. Tous, en revanche, arboraient une casquette rouge. Peut-être était-ce dû à un manque de moyen financier du club ou de ses joueurs. En tout cas, en 1907, un débat sur les couleurs anima la direction. Certains voulaient que le club adopta les couleurs du club anglais d’Arsenal, rouge et blanc, qui connaissait une petite réputation (Arsenal avait accédé à l’élite en 1904 et avait atteint en 1906 et en 1907 la demi-finale de Coupe d’Angleterre). Porto avait longtemps accueilli une colonie britannique influente, qui favorisait les échanges commerciaux (le vin de Porto contre la morue péchée par les navires anglais). Mais, les membres du club refusèrent cette idée pour ne pas apparaître comme un vassal des anglais. Autre proposition : reprendre les couleurs de la ville, vert et blanc. Seulement, son président, José Monteiro da Costa, déclara « As suas cores devem ser as da bandeira da Pátria [azul e branco naquela altura], e não as cores da bandeira da cidade, que tenho esperança que o futuro clube há-de ser grande, não se limitando a defender o bom nome da cidade, mas também o de Portugal, em pugnas desportivas contra os estrangeiros » (Ses couleurs devraient être celles du drapeau national, et non celles du drapeau de la ville, car j’espère que le futur club sera grand, défendant non seulement le nom de la ville, mais aussi celui du Portugal, dans les batailles sportives contre les étrangers). Et donc, le club prit le bleu et blanc, couleurs du drapeau national, qui était celui de la monarchie. Et même si ce régime était de plus en plus contesté et que Monteiro da Costa était un républicain convaincu, il lui paraissait plus important de dépasser ces limites et que le club prône l’unité et soit le représentant de l’identité portugaise.

Si, comme aujourd’hui, les armoiries du Portugal apparaissaient sur le drapeau national, à l’époque, le fond qui l’accompagnait, affichait une partition bleue et blanche (alors qu’aujourd’hui il s’agit du vert et du rouge). Le premier symbole connu du Portugal apparut vers 1095 et était les armoiries d’Henri de Bourgogne, comte du Portugal, ancêtre de la première famille royale portugaise. Henri portait un bouclier avec une simple croix bleue sur fond argenté (blanc) dans la lutte contre les Maures. Puis au XIIème siècle, la croix fut remplacée par cinq écus bleus comprenant chacun 5 points blancs et disposés en forme de croix. Les écus représentaient la victoire d’Afonso Henriques, fils de Henri de Bourgogne et futur premier Roi du Portugal, sur les cinq rois Maures lors de la bataille d’Ourique en 1139. Les 5 points blancs (qui sont 5 pieces, besant) symbolisaient les 5 plaies du Christ. Aujourd’hui, on retrouve encore ce symbole au cœur des armoiries du Portugal.

#1264 – Venise FC : i Leoni Alati

Les lion ailés. Quand vous voyez sur un monument un lion ailé sculpté en Italie ou dans une ville côtière du bassin méditerranéen orientale, il est fort probable que ce lieu appartenait à la Sérénissime. Car, de 697 à 1797, Venise fut une grande cité indépendante, régnant sur une partie du Nord de l’Italie et du pourtour méditerranéen, et une place incontournable du commerce, où transitaient les échanges depuis les îles britanniques jusqu’aux empires byzantins ou musulmans et les routes de la soie, grâce à sa marine marchande et militaire.

Il existe plusieurs légendes autours du lien entre la cité des Doges et l’évangéliste. Originaire de Judée, l’apôtre Saint Marc se serait rendu à Alexandrie en Égypte, pour en être son évêque, mais face aux nombreuses conversions, il aurait été capturé par des païens et serait mort en martyr un 25 avril vers l’an 68-75. La première histoire évoque Saint Marc, voyageant en bateau d’Aquilée (vers Udine) à Alexandrie en Égypte, et qui fit face à une tempête et dut accoster au Rialto. Le Saint aurait alors trouvé l’hospitalité dans une pauvre cabane de pêcheurs et, dans un rêve, un ange lui serait apparu qui lui aurait prédit : « Sur cet îlot, ô Marc, un jour surgira une grande ville merveilleuse et tu y trouveras ton dernier repos et tu auras la paix » . Une autre légende raconte qu’après son supplice et son décès, le corps de Saint Marc devait être brûlé par les païens mais des averses de grêle et des éclairs les en empêchèrent. Les chrétiens d’Alexandrie récupèrent le corps et l’enterrèrent dans une église. En 828, le cadavre fut volé avec ruse par deux marchands vénitiens, Buono da Malamocco et Rustico da Torcello, et transporté à Venise. La cité construisit alors la célèbre basilique pour accueillir ces reliques.

La représentation traditionnelle de Saint Marc est un lion ailé. En effet, depuis l’Antiquité chrétienne primitive, les quatre évangélistes prennent souvent la forme allégorique du tétramorphe (quatre vivants représentant les quatre évangélistes) : l’homme pour Matthieu, l’aigle pour Jean, le taureau ailé pour Luc et donc le lion ailé pour Marc. Ce symbolisme rappelle le commencement de leurs évangiles. Pour Saint Marc, les premières lignes de son évangile décrive la prédication de Jean le Baptiste dans le désert (« un cri surgit dans le désert »), équivalent à un lion. Ses ailes symbolisent l’élévation spirituelle et demeure également une allusion à la salutation d’un ange à Saint Marc.

Ainsi, Venise reprit cette représentation de son Saint Patron comme symbole de la cité. Outre le lion ailé que l’on peut trouver sur la colonne de la place éponyme, le drapeau de la Sérénissime affichait l’animal biblique, dans des couleurs rouge et or. L’apparition de cette bannière n’est pas connue avec certitude mais, au XIIIème siècle, son utilisation est déjà attestée. Aujourd’hui, il est également un symbole du club de football, qui apparait de manière stylisée sur son écusson.