#34 – Valence CF : los Murciélagos

Les chauves-souris. Même si les super-héros occupent depuis une quinzaine d’année l’espace (surtout les grands et petits écrans), Batman n’est pas le parrain du club valencien. Car la chauve-souris est l’emblème du club depuis sa création en 1919 et même celui de la ville depuis le moyen-âge (donc bien avant la naissance de Batman en 1939). En général, les villes préfèrent afficher des animaux symbolisant la puissance tels que le lion, l’ours, le dragon. Ce n’est pas le cas donc de Valence qui a préféré faire référence à un moment historique de la ville. En 1230, lors de la Reconquista (la reconquête par les espagnols catholiques de l’Espagne occupé par les maures), Jacques Ier d’Aragon et ses troupes établirent leur campement à Turia afin d’attaquer Valence où résidaient les maures et la dynastie almohade. Ces derniers avaient domestiqué des chauves-souris pour chasser les moustiques. L’animal était même un protecteur de la ville puisqu’une prophétie racontait qu’aussi longtemps que ces petits mammifères voleraient au-dessus de la ville, Valence resterait aux mains des maures. Et pourtant la chauve-souris changea de camp. Au campement de Jacques Ier d’Aragon, une chauve-souris établit son nid sur une des tentes. Lors d’une nuit, durant le sommeil des troupes de Jacques Ier d’Aragon, les maures tentèrent une attaque. Alertés par la réaction de la chauve-souris à cette attaque surprise (cris, battement d’aile), les soldats espagnols furent réveillés et purent répondre à l’attaque. Les maures ressortirent affaiblis par cet échec. Le souverain almohade locale, Abû Zayd, se rendit auprès du roi Jacques Ier d’Aragon et lui prêta même allégeance. Valence était alors libéré.

En valencien, les chauves-souris se disent los rats penat, autre surnom de l’équipe.

#13 – Inter Milan : il Biscione

Il Biscione signifie la Vouivre, un animal mythologique prenant la forme d’une vipère/couleuvre, parfois ailée. Il est souvent confondu avec un Dragon. Cet animal est l’emblème du club car celui de la ville de Milan. A Milan, il apparaît généralement en train de manger un homme ou un enfant. Le mot biscione (bisson en patois milanais) est le masculin de biscia, qui signifie couleuvre. L’origine remonte au XIIIème siècle et à la puissante famille Visconti, dont les armes affichent une Vouivre. Dans le « Purgatoire » de la « Divine Comédie », Dante Alighieri présentait la Vouivre comme l’étendard de la famille milanaise Visconti. Plusieurs origines sont évoquées. Une légende veut qu’Ottone Visconti, alors commandant dans la croisade de 1099, adopta ce symbole après l’avoir vu sur l’étendard d’un Sarrasin qu’il avait vaincu lors du siège de Jérusalem. Dans la même veine, Boniface, alors seigneur de Pavie et mari de la fille du Duc de Milan partit en guerre contre les Sarrasins. Son fils se vit avalé par un énorme biscione. A son retour, Boniface retrouva la créature, la tua et lui fit recracher son fils miraculeusement encore vivant. Une autre légende veut qu’un membre de la famille Visconti, Uberto, tua un serpent qui terrorisait les habitants. Au final lorsque la famille prît le pouvoir de la ville en 1277, la Vouivre devint aussi l’emblème de Milan. Aujourd’hui, l’animal mythique s’affiche un peu partout dans la ville (sur les murs du Duomo, à la gare Centrale, à l’église Sant’Ambrogio ou encore celle de Sant’Eustorgio). Certaines entreprises milanaises comme l’automobile Alfa Romeo, ou la holding de la famille Berlusconi, Fininvest, l’adoptèrent également dans leurs logos.

L’association avec le club de l’Inter apparut en 1928. Le 10 octobre 1928, l’hebdomadaire Guerin Sportivo sorta dans les kiosques avec en une, un article se proposant de décrire l’héraldisme des équipes de football italiennes. L’humoriste et illustrateur Carlo ‘Carlin’ Bergoglio avait décidé d’associer aux principales équipes un animal qui devait être leur mascotte. Pour l’Inter, le choix fut fait de la vouivre.

Un excellent article sur les fondamentaux de l’Inter sur le footichiste.

#6 – FC Porto : Dragões

Le dragon, animal mythique, liée à la terre et au feu, symbole de la puissance des forces naturelles, devient naturellement un emblème pour de nombreux clubs. C’est le cas du FC Porto qui l’affiche fièrement sur son écusson comme dans le nom de son stade (Estádio do Dragão) et de son complexe sportif adjacent (Dragão Arena). Son principal groupe de supporteurs s’appelle depuis sa création en 1986 Super Dragões (les Super Dragons), qui était une émanation d’un autre groupe dénommé Dragões Azuis. Son programme de formation des jeunes talents se nomme Dragon Force et son magazine, Dragões. Evidemment, ses mascottes sont un couple de dragons nommé Draco et Viena. Enfin, l’association récompense ses meilleurs employés et sportifs d’un Dragãos de Ouro (Dragon d’or). L’animal fantastique est si imbriqué dans la vie du club que l’expression Chama do Dragão (le feu du dragon) est souvent utilisé pour parler du club.

Ce dragon est apparu sur l’écusson du club en 1922 sur proposition du joueur Augusto Baptista Ferreira. Fondé 29 ans plus tôt, FC Porto adoptait alors son emblème actuel, qui est l’imbrication des armoiries de la ville (un dragon surmontant une couronne ducale) à l’emblème original du club (un ballon de football bleu antique avec les lettres FCP en blanc). Par une ordonnance du 25 avril 1940, la dictature de Antonio de Oliveira Salazar imposa de nouvelles normes héraldiques avec la volonté d’effacer tous les symboles libéraux et monarchiques des armoiries des municipalités et des paroisses. Ainsi, la couronne ducale et le dragon disparurent des armoiries de la cité de Porto et furent remplacés par une couronne surmontée de cinq châteaux. Dans une sorte de résistance, certaines institutions de Porto (l’orchestre municipale, les pompiers de la ville, la ligue de football, la chambre de commerce et d’industrie de Porto) conservèrent le dragon. Le FC Porto suivit également cette mouvance et n’abandonna pas le dragon (et la couronne ducale).

La présence du dragon sur les armes de la ville fut concédée par la reine Marie II, en reconnaissance de la résistance héroïque de la ville. Revenons aux origines. En 1828, le Roi Michel Ier monta sur le trône et tenta de restaurer un pouvoir absolue, au grand dam de la population. Son frère, Pierre Ier, alors Empereur du Brésil et libéral, rentra au Portugal et recruta une armée aux Açores. Les deux frères aux conceptions politiques contraires, s’affrontèrent à Porto. Pierre Ier et ses 7 500 hommes occupaient Porto tandis que les 40 000 soldats de Michel Ier encerclèrent la cité. Pendant un an, de juillet 1832 à août 1833, Porto fit face à un siège terrible (bombardement quotidien, épidémies de cholera et typhus, manque de nourriture). Mais, les forces de Pierre Ier n’abdiquèrent pas et les habitants de Porto apportèrent leur soutien à ces soldats et demeurèrent stoïques. A la fin du conflit en 1834 remporté par Pierre Ier, ce dernier décida de récompenser la ville et ses habitants pour leur héroïsme et leur soutien inépuisable. Il promit d’offrir son cœur à la ville et décerna la plus haute décoration, Ordem Militar da Torre e Espada, do Valor, Lealdade e Mérito (Ordre Militaire de la Tour et de l’Epée, de la Valeur, de la Loyauté et du Mérite) aux habitants. Il ordonna également la construction d’une bibliothèque (Biblioteca Pública Municipal do Porto), d’un musée (l’actuel Museu Nacional Soares dos Rei) et un jardin (Jardim de São Lázaro). Il attribua à la ville le titre – unique parmi les autres villes du Portugal – d’Invicta Cidade do Porto (« la ville invaincue de Porto »), qui est la devise du club également. Enfin, il décréta que que le second fils du roi du Portugal portera le titre de duc de Porto, avec pour armes « Dessa coroa sobressai um dragão negro das antigas armas dos senhores reis destes reinos » (De cette couronne, un dragon noir émerge des armes séculaires des seigneurs et rois de ces royaumes). Sa fille, la reine Marie II, exécuta ses volontés, et le 14 janvier 1837, accorda à la ville un nouveau blason (qui comprenait la couronne ducale, et donc la figure du dragon). L’animal mythologique représentait le caractère invincible, résistant et indomptable de la ville de Porto. Par ailleurs, il était aussi un symbole de la Deuxième maison de Bragance, dont étaient issus Pierre Ier et Marie II.