#1033 – Stormer’s SC : el Lobo

Le loup. Plus connu simplement sous le nom de Stormer’s, ce dernier est un club de football basé dans la ville de Sucre, la capitale de la Bolivie. Le football commença à se répendre en Bolivie entre 1905 et 1909, les expatriés britanniques l’apportant avec eux. Rapidement, ce nouveau sport séduisit les jeunes étudiants des écoles privées de la capitale et des premières équipes se montèrent. Le 25 janvier 1914, au sein du collège « Sagrado Corazón » (Sacré-Cœur), une poignée de prêtres, d’enseignants et d’étudiants furent motivés pour fonder un nouveau club, le Stormer’s SC.

Le collège « Sagrado Corazón » était une institution d’enseignement appartenant à la Compagnie de Jésus (Jésuite). La Compagnie est une congrégation catholique fondée principalement par Ignace de Loyola, François Xavier et Pierre Favre en 1539, approuvée en 1540 par le pape Paul III. Luttant contre la Réforme protestante, l’ordre catholique s’était fixé pour objectif d’évangéliser et d’éduquer les populations (même si pour ce dernier point il s’agissait aussi d’inculquer la « bonne parole » de l’Église catholique). Résultat, les prêtres de la congrégation émigrèrent dans les nouvelles colonies pour fonder églises et écoles. Le principal fondateur de l’ordre, Ignace de Loyola, était un basque d’une famille de la petite noblesse. Les armes de sa famille comprennaient deux loups rampant et se tenant à une marmite. Résultat, le collège « Sagrado Corazón » reprit dans son blason les loups présent dans les armes de Loyola. Le surnom de l’équipe est un hommage aux origines du club.

Aujourd’hui, la mascotte du club est représentée par un loup nommé « Stuhi », qui en albanais signifie « Tempête ».

#1030 – ND Gorica : Vrtnice

Les roses. Le club slovène possède un blason bleu et blanc, qui met en valeur une rose rouge stylisée. Fleur qui est donc devenu le surnom et qui se trouve également sur les armoiries de la ville de Nova Gorica. Ces dernières comportent une rose rouge stylisée sur un champ blanc bordé d’une bordure bleue. La fleur est indissociable de cette cité au destin incroyable. 13ème plus grande ville de Slovénie avec environ 13 000 habitants, Nova Gorica n’apparait qu’après la Seconde Guerre mondiale. La région fut longtemps disputée entre l’Italie et la Yougoslavie. Libérée le 2 mai 1945, la ville de Gorica (Gorizia en italien) se retrouva du côté italien par la volonté des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Partage reconnue en 1947, la Yougoslavie décida de construire une nouvelle ville du nom de Nova Gorica (Nouvelle Gorica), frontalière à la cité de Gorizia. Aujourd’hui, la Piazza della Transalpina est une place traversée par la frontière des deux Etats. Du côté de Nova Gorica, le couvent franciscain de Kostanjevica accueille la sépulture du Roi de France, Charles X et de sa famille. Le dernier représentant des Bourbon sur le trône de France s’exila en 1836 à Görtz (nom sous l’Empire Austro-Hongrois de Gorizia) après son abdication.

Au delà de ces deux particularités, la ville est aussi connue comme mesto vrtnic, la cité des Roses. Dans la commune voisine de Rožna Dolina, la famille Vortglendär possédait un jardin botanique qui comportait de nombreuses variétés de rose. Leur jardin disparut suite à leur départ pour l’Italie. Toutefois, le fait que cette famille cultivait ici des roses n’était pas le fruit du hasard. En effet, le nom de Rožna Dolina est la traduction du nom allemand de la ville, Rosenthal, qui signifie « vallée des roses » (die Rose, la rose, et das Tal, la vallée). Le nom provient de la famille Baronio qui fut anoblie en 1740 et prit le titre de Baron et le nom de Baronio de Rosenthal, traduisant d’une culture ancienne de la rose dans la région. Plus tard, le maire de Nova Gorica souhaita verdir sa ville dont l’architecture récente avait laissé peu de place à la flore. De nombreuses essences d’arbres furent plantées. Il aménagea également un peu partout dans la ville des parterres de roses de 2 mètres par 2 mètres, portant le nombre de roses dans la ville à près de 15 000.

Cette culture de la rose imprégna l’inconscient des habitants, et au moment de choisir ses armoiries en 1968, la ville retint le dessin de Roni Nemec, avec sa rose stylisée. Aujourd’hui, la ville estime que les plantations de roses couvrent une superficie de 1 900 mètres carrés et environ 12 000 roses y poussent. Le parterre le plus grand mesure 180 mètres carrés avec 850 roses. En outre, le monastère de Kostanjevica cultive la deuxième plus grande collection au monde de roses de la variété bourbon. Enfin, au printemps, la ville et la Société des amoureux des roses organise le festival de la rose.

#1028 – Benevento Calcio : Giallorossi

Les jaune et rouge. Les couleurs traditionnelles de Bénévent sont le jaune et le rouge, disposés en bandes verticales sur le maillot des joueurs, accompagnées de shorts noirs ou rouges et de chaussettes noires ou rouges. Pourtant, le club dont l’histoire fut mouvementé avec 4 refondations (en 1938, 1962, 1990 et la dernière fois en 2005) connut également d’autres couleurs. A la fondation en 1929, le SS Littorio Benevento (son premier nom) évoluait en bleu. En 1938, suite à sa première renaissance, le club aurait opté pour les couleurs jaune et rouge. Au lendemain de la guerre, le 23 février 1947, Avellino affrontait Bénévent. La légende raconte que les deux équipes choisirent de se présenter avec un maillot au couleur de leurs liqueurs locales. Ainsi, Avellino opta pour le vert, couleur typique de l' »Anthémis », une liqueur provenant d’une petite fleur parfumée et réalisée par l’abbaye bénédictine de Loreto di Montevergine. Du côté, de Bénévent, le club prit la couleur jaune de la « Strega » . Cette liqueur amer fabriquée par l’entreprise Strega Alberti à Bénévent est confectionné à partir de 70 herbes et épices dont du safran qui lui donne sa coloration jaune. En 1953, l’AC Sanvito prit le relais de l’équipe première de Bénévent et mit alors en valeur ses couleurs rouge et noire. Finalement, en 1962, le Bénévent Calcio était refondé et reprit ses couleurs traditionnelles rouge et jaune, que le club porte jusqu’à présent. Toutefois, lors de la saison 1990-1991 et une partie de la saison 1991-1992, les joueurs évoluèrent avec un maillot rouge et gris argenté, couleurs héraldique des armoiries de la ville. Levée de boucliers des supporteurs qui réussirent au bout d’un an à faire reculer le club (aidé par la famille Cotroneo qui acquit en mars 1992 la propriété du club).

Si le rouge et le gris argenté (équivalent au blanc en héraldisme) se trouvent sur les armoiries de la ville, le jaune y est également associé comme sur la bannière de la ville. Cette dernière se compose à l’image du drapeau français avec les couleurs jaune, blanc et rouge. Les armes se décrivent comme écartelée de gueules (rouge) et d’argent (blanc), à la tête d’or (jaune) chargée d’un sanglier. La présence de ces 3 couleurs sur les armoiries n’est pas connue.

#1022 – Carabobo FC : los Granates

Les grenats. Vous avez pu découvrir dans la presse sportive récemment (comme je l’ai moi même lu) la présence d’un joueur français dans le championnat vénézuélien : le gardien Jérémy Vachoux, ancien joueur de Lens et Dunkerque. Suffisamment exotique pour que je m’intéresse à son club, représentant de la ville de Valencia.

Le surnom fait évidemment référence à la couleur du maillot du club. Jusqu’en 1997, le football à Valencia était l’affaire du Valencia FC, qui avait connu son âge d’or dans les années 1970, avec notamment un titre de champion du pays. Mais, à la fin des années 1990, le club plongeait sportivement et financièrement. Le président du club prit l’initiative, avec le soutien des autorités régionales et de plusieurs entreprises, de refonder une nouvelle association. Ainsi naquit le 26 février 1997 le Carabobo FC, avec la haute ambition de participer sous un an à la Copa Libertadores et de devenir la meilleure académie de formation du pays. Représentant de la région et de ses instances de football, le club prit le nom de l’État, Carabobo. Pour les couleurs, le grenat (ou lie de vin) comme principale et le blanc en secondaire furent choisis car il s’agissait simplement des couleurs de l’État. La bannière de l’État se compose d’un fond lie de vin, avec une bande indigo, surmontée d’une fine bande verte. En outre, un soleil brillant dans lequel se trouve l’arc de Carabobo, un monument commémoratif de la bataille de Carabobo que l’on retrouve également sur l’écusson du club, décore le drapeau. Chaque élément a évidemment une signification. La bande indigo rappelle que cet État est bercé par la Mer des Caraïbes et l’Océan Atlantique, avec notamment la ville portuaire de Puerto Cabello. Quant à la verte, elle symbolise la production agricole de l’État. Le soleil brillant est le symbole de la lumière qui surmonte les ombres. Enfin, la fameuse couleur lie de vin représente le sang versé sur le champ de bataille de Carabobo. Cette dernière fut une victoire remportée par Simón Bolívar et son armée sur les troupes fidèles au Royaume d’Espagne, survenue le 24 juin 1821 et qui consacra l’indépendance du Venezuela.

#1021 – KS Cracovie : Pasy

Les rayures, les ceintures. Ce surnom se réfère au maillot rayé de l’équipe. Champion de Pologne à 5 reprises (ce qui lui confère le droit d’arborer une étoile sur son maillot) et supporté à son époque par le pape Jean-Paul II, le KS Cracovie est le plus ancien club sportif actif de Pologne, sa fondation datant de 1906. Au début du XXème siècle, plusieurs équipes de camarades commencèrent à émerger dans la seconde ville de Pologne. Le 4 juin 1906, un premier match opposa une équipe dénommée studenci (étudiants) ou przodownikami (précurseurs) à Czarni Lviv. Le même jour, une autre équipe montée à la hate, akademicy (académique), affronta le KGS IV Gimnazjum Lviv. Quelques jours plus tard, akademicy devint AKF Cracovia. A l’initiative de Tadeusz Konczyński, un promoteur du football à Cracovie, un tournoi fut organisé dans la ville en Octobre 1906. A cette occasion, Tadeusz Konczyński offrit un jeu de maillot aux deux clubs les plus anciens de la ville, AKF Cracovia et Studenci. Le premier décida d’opter pour un maillot bleu assorti d’une ceinture blanche, couleurs de la ville de Cracovie. Le second opta pour un maillot rayé aux couleurs nationales rouge et blanche et prit le nom Biało-Czerwoni (Blanc-Rouge). En 1907, les deux équipes décidèrent de fusionner. Le nouveau club conserva le nom Cracovia et opta pour les couleurs rouge et blanche. Le choix de garder ces couleurs dans une communauté polonaise privée de son propre État et sous domination de l’Empire Austro-Hongrois (pour Cracovie) était une forte affirmation de son identité patriotique et son soutien à la cause indépendantiste.

Le rouge et le blanc sont les couleurs nationales de la Pologne qui apparaissent sur son drapeau et sur ses armes (un aigle blanc sur fond rouge). La légende raconte que le fondateur de la Pologne, Lech, lors d’une escale près de Poznań, vit un grand nid sur un arbre. A l’intérieur se trouvait un aigle blanc avec trois poussins. Lorsque Lech le regarda, l’aigle déploya ses ailes dans un ciel rougit par le couché du soleil. Emerveillé par cette image, Lech décida de s’installer à cet endroit, mit l’aigle dans ses armoiries, et nomma l’endroit Gniezdno (aujourd’hui Gniezno), dérivant du mot nid. Pour prosaïquement, le peuple slave Polane qui résidait au IXème et Xème siècle sur une partie des régions de l’actuel Pologne prit l’aigle comme symbole, certainement après avoir côtoyé à ses frontières le Saint Empire Romain Germanique (dont le symbole de l’Aigle provenait de l’Empire Romain). Etabli à Giecz puis à Gniezno, la maison Piast unifia les différentes tribus polanes et donna naissance au premier État polonais vers le milieu du Xème siècle. Cette maison royale avait pour armoirie un aigle blanc sur fond rouge qui devint par la suite le symbole de la Pologne.

#1018 – AC Bellinzone : il Biscione

La fameuse créature mythique que vous connaissez depuis l’article #13 se posa également du côté de la ville suisse de Bellinzone. L’écusson du club comporte une vouivre qui provient directement des armes de la cité. Ces dernières présentent un biscione blanc sur un fond rouge et rappellent le lien étroit entre la ville et la famille Visconti. Au XIème siècle, la cité se trouvait dans le giron du Saint Empire qui l’avait concédé à l’évêque de Côme, qui était son fidèle allié. En 1176, l’Empereur Frédéric Barberousse avait des vues sur les Cités indépendantes italiennes et traversa les Alpes avec ses troupes. Après s’être arrêté à Bellinzone, l’Empereur affronta les soldats de la Ligue Lombarde (une union de différentes cités sous l’égide du pape Alexandre III) près de Legnano le 29 mai 1176. Défait par la ligue, l’Empereur dut abandonné ses ambitions d’hégémonie sur l’Italie mais également ses possessions sur Bellinzone. Déchirée entre Côme et Milan, la cité du Tessin passa sous la domination de la famille Visconti, maison ducale de Milan en 1340, après un siège de deux mois où l’armée milanaise contraignit l’irréductible famille de Rusca de Côme à la reddition.

Dans le « Purgatoire » de la « Divine Comédie », Dante Alighieri présentait la Vouivre comme l’étendard de la famille milanaise Visconti. Plusieurs origines sont évoquées. Une légende veut qu’Ottone Visconti, alors commandant dans la croisade de 1187, adopta ce symbole après l’avoir vu sur l’étendard d’un Sarrasin qu’il avait vaincu. Dans la même veine, Boniface, alors seigneur de Pavie et mari de la fille du Duc de Milan partit en guerre contre les Sarrasins. Son fils se vit avalé par un énorme biscione. A son retour, Boniface retrouva la créature, la tua et lui fit recracher son fils miraculeusement encore vivant. Une autre légende veut qu’un membre de la famille Visconti tua un serpent qui terrorisait les habitants. Au final lorsque la famille prît le pouvoir de la ville en 1277, la Vouivre devint aussi l’emblème de Milan. Aujourd’hui, l’animal mythique s’affiche un peu partout dans la ville (sur les murs du Duomo, à la gare Centrale, à l’église Sant’Ambrogio ou encore celle de Sant’Eustorgio). Certaines entreprises milanaises comme l’automobile Alfa Romeo, ou la holding de la famille Berlusconi, Fininvest, l’adoptèrent également dans leurs logos.

#1012 – Once Caldas : el Tricolor

Le tricolor. Surnom qui peut paraître étonnant quand on a lu l’article #467, qui présente le surnom los Albos (les blancs) pour l’équipe de Manizales. Alors 3 couleurs ou une seule immaculée ? La réponse est finalement assez simple. Le maillot des joueurs est blanc tandis que l’écusson affiche 3 couleur, vert, blanc et rouge. Au moins, entre les deux, le blanc est commun. Le 23 avril 1961, en raison de la similitude entre les maillots de l’Atlético Nacional et du Once Caldas, ce dernier dut changer pour des maillot blanc qui est désormais sa couleur historique. Mais, avant cette date, le club arborait donc un maillot rayé vert, blanc et rouge (comme l’écusson qui arbore les 3 couleurs dans le sens du drapeau italien).

En 1947, le club de Deportes Caldas fut créé et remporta le championnat colombien en 1950. En 1948, un autre club naquit, le Once Deportivo de Manizales. En 1959, pour relancer les deux clubs, ces derniers fusionnèrent et donnèrent naissance au Once (Deportivo) Caldas. N’ayant pas les mêmes couleurs (Deportes Caldas en vert et jaune (les couleurs de la région de Caldas) et Once Deportivo en rouge et blanc), les deux clubs optèrent pour les couleurs de la ville de Manizales pour la nouvelle association. Manizales arbore un drapeau similaire à celui de la Bulgarie (3 bandes verticales de couleurs, de haut en bas, blanc, vert et rouge). Mais, aucun lien entre les deux. Chef-lieu du département de Caldas, l’économie de Manizales repose sur la culture et la production de café. Résultat, les couleurs de la bannière se rapportent au café. Le blanc rappelle les fleurs du caféier, le vert le feuillage des plantations de café et le rouge la couleur des grains de café mûrs.

Manizales est l’une des 3 principales villes de la région surnommée Eje Cafetero ou le Triangle du café. Sur ses hauts plateaux andins de l’ouest du pays se situent près de 10% de la production mondiale de café. Classée au patrimoine de l’Unesco depuis 2011, l’Eje Cafetero se compose de collines verdoyantes et de plantations de café. Le département de Caldas, où se trouve Manizales, se distingue avec ses 32 353 producteurs de café pour 40 398 exploitations et 59 058 hectares plantés (5 657 arbres par hectare). Ce département présente la meilleure productivité du pays avec une moyenne de 19,23 sacs par hectare et par an en 2022, dépassant la moyenne nationale de 17,3 sacs. Un sac représente 60 kg de café. Autours de Manizales, on compte près de 1 750 producteurs. Manizales organise également le concours international de café et veut se présenter comme capital mundial del café.

#998 – Alemannia Aix-la-Chapelle : Kartoffelkäfer

Les doryphores. Oui, ce petite insecte, ennemi bien connu des cultivateurs de pomme de terre, à l’aspect peu séduisant, est le surnom d’une équipe de football. Or, son aspect est à l’origine direct du surnom des joueurs d’Aix la Chapelle. Ses œufs sont de couleurs jaune vif. À l’état de larve qui mesure environ 1 cm de long, l’insecte est rouge orangé avec des stigmates noirs sur les côtés. Puis, à ,l’âge adulte, il arbore une carapace jaune rayée de bande noire dans le sens de la longueur. Or, les couleurs du club sont le noir et le jaune. Et pendant de nombreux années, le maillot d’Alemannia était rayé de bandes noires et jaunes. De quoi rappeler ce coléoptère que les allemands venaient de découvrir. En effet, l’aire d’origine du doryphore se situait au Mexique central. Puis, au XIXème siècle, il se propagea aux Etats-Unis à partir du Sud-Ouest et attint l’Europe, par la région de Bordeaux, dans les années 1920. A l’aube de la Second Guerre Mondiale, le Doryphore s’installa en Allemagne.

A la fin du XIXème siècle, les étudiants de 3 lycées de la ville, Kaiser-Wilhelm-Gymnasium, Oberrealschule et Realgymnasium, se rencontraient régulièrement sur une aire de jeux de la rue Franzstraße. En mai 1900, ils décidèrent de fonder un nouveau club. Dans un Empire Allemand naissant (sa proclamation datait de 1871, soit à peine 30 ans avant), le sport était un catalyseur de la jeunesse et un moyen d’y affirmer l’identité d’une nation. Ainsi, de nombreuses nouvelles associations sportives firent le choix de s’approprier ou de se référer à des symboles forts d’une prétendue éternelle nation allemande. Dans le nom de clubs, ce choix fut flagrant : Borussia qui signifie Prusse en latin (à Dortmund, Mönchengladbach et un club de Berlin), Preussen qui signifie prusse en allemand (à Hamm et à Berlin), Germania nom latin de l’Allemagne (à Berlin, Brême, Francfort, Mühlhausen, Mannheim et Braunschweig), Arminia, en rapport avec le chef barbare Arminus, présenté comme un héros national (à Bielefeld), Teutonia détivé du peuple germanique Teuton, parfois synonyme d’Allemagne (pour un club de Berlin) et Deutscher, Allemand en allemand (à Hannovre). Pour les étudiants-fondateurs d’Aix-la-Chapelle, le choix se porta sur un peuple germanique qui fut présent dans la région d’Aix-la-Chapelle, les Alamans.

Pour les couleurs, la décision fut plus facile puisque les couleurs de la cité du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie sont le noir et le jaune. Elles sont tirés directement des armes de la ville qui représentent, sur un fond jaune, un aigle noir, copie quasi-parfaite des armoiries du Saint-Empire romain germanique (d’or, à l’aigle déployé à bec de sable et membré de gueules). Cette tradition de l’aigle noir sur fond jaune comme armes d’une ville était largement diffusée au sein du Saint-Empire tels que pour les villes de Besançon (France – ville impériale en 1290), Dortmund (Allemagne – ville impériale en 1236), Essen (Allemagne – ville impériale en 1377), Lübeck (Allemagne – ville impériale en 1226), Nimègue (Pays-Bas – ville impériale en 1230), Nördlingen (Allemagne – ville impériale en 1215) ou Reutlingen (Allemagne – ville impériale vers 1240). En effet, la cité qui obtenait le statut de ville-libre ou ville impériale, n’était plus soumis à aucun souverain local mais dépendait directement de l’Empereur. Cette grande liberté se traduisait donc dans les armoiries en reprenant le bouclier du Saint-Empire. L’avantage pour les fondateurs étaient donc d’honorer les couleurs de la ville tout en revendiquant une identité allemande, en se référant au Saint-Empire.

#980 – AS Roma : Giallorossi

Les jaune et rouge. A mon gout, la tunique romaine est l’une des plus belles alliances de couleurs dans le football : le pourpre et l’or. Elle a été réduit au rouge et au jaune car la teinte de ces deux couleurs a varié dans le temps. Mais, je trouve qu’elles soutiennent une idée de beauté et de noblesse, sensation pas si éloignée de la volonté originelle des influenceurs de ces deux couleurs. Petit voyage dans le temps. En 1927, l’AS Roma naquit de la fusion de trois clubs de football romain (Fortitudo Pro Roma, Alba Audace et Roman). Le projet était porté par deux personnalités politiques influentes de l’époque : Italo Foschi , président du Fortitudo, mais aussi secrétaire de la section de Rome du Parti Fasciste et membre du CONI, et Ulisse Igliori, président d’Alba Audace et membre du Conseil du Parti Fasciste. L’objectif était de créer un grand club portant haut les couleurs de la capitale afin de s’opposer aux clubs du nord du pays. Pour conserver la base de supporteurs des 3 clubs comme élargir l’audience à toute la ville, les fondateurs comprirent que la symbolique allait jouer un rôle crucial. Tout d’abord, le choix simple de retenir le nom de la ville comme nom du club. Puis, l’adoption de la louve du capitol qui renvoie au mythe fondateur de la Cité éternelle, Romulus et Remus (cf. #65).

Enfin, il ne pouvait en être autrement pour les couleurs. Les fondateurs reprirent les couleurs des bannières de l’Empire Romain et du Capitole (l’une des 7 collines de Rome, centre religieux de la ville sous l’antiquité et dont le nom Capitole provient de Caput Urbis, signifiant « l’endroit principal de la ville ») : le pourpre et l’or. Pour s’identifier à la ville, il n’y avait pas mieux que se référer aux grandes heures antiques et à la colline « centrale » de la ville. Ces deux couleurs avaient des significations particulières pour les romains. D’une part, le pourpre (ou rouge impérial) était associé à Mars, Dieu de la Guerre (qui renvoyait donc une image de puissance et de pouvoir) et père des jumeaux, Romulus et Rémus (les fondateurs de la cité romaine). Même si le rouge était une teinte facile à obtenir pour colorer les tissus, cette couleur était attachée à l’aristocratie. L’or ou l’ocre reflétait la puissance divine, la gloire, la richesse puisqu’il s’agissait de la couleur du soleil et des éclairs comme de l’or. Sa présence sur les bannières romaines annonçait aux barbares ce que la civilisation romaine allait leur apporter ie la puissance et la lumière divines qui perçaient les ténèbres. Autant dire que ces couleurs portaient une charge symbolique double et forte (le lien avec le monde antique et les valeurs qu’elles véhiculaient) qui convenaient aux fondateurs. L’expression que j’utilisais au début de l’article (créer un grand club portant haut les couleurs de la capitale) était donc plus qu’appropriée.

Même si les teintes ont variées du plus clair au plus foncé (avec parfois un rouge ou jaune qui ont viré vers l’orange), la tunique romaine s’est quasiment toujours résumée à un maillot rouge aux parements jaunes (col et bords de manche généralement).

#977 – Shamakhi FK : şirlər

Les lions. Double vainqueur du championnat azéri (2008 et 2010) et double vainqueur de la coupe nationale (2018 et 2021), le club fut fondé en 1997 au sein de l’Université de Khazar, l’un des établissements d’enseignement supérieur privés d’Azerbaïdjan, situé dans la capitale du pays, Bakou. Deux ans après sa fondation, la formation amateur intégra la ligue nationale. En 2004, la banque d’Etat Azərbaycan Beynəlxalq Bankı (ABB – Banque Internationale d’Azerbaïdjan) racheta les droits du club pour créer l’Inter Bakou. Le club connut ses belles heures en produisant un football offensif. Mais, à compter de la saison 2015-2016, l’Inter fit face des difficultés financières, le soutien de la banque diminuant. Fin 2017, la banque annonça la fin de son partenariat avec le club, qui amena un changement de nom pour Keşla FK. Parallèlement, en 2020, la construction d’un nouveau stade, d’une capacité de 2 200 places, fut lancée dans la ville de Shamakhi, financée conjointement par la fédération azéri, la ville de Shamakhi et l’UEFA. L’inauguration eut lieu le 1er novembre 2021 et, afin d’exploiter régulièrement ce nouveau stade et de soutenir le développement du football dans les régions, il fut proposé à Keşla FK de représenter la ville de Shamakhi. Le club répondit positivement à cette idée, lui permettant de se développer dans une grande ville régionale et sans concurrence. Ainsi, en 2022, le club déménagea et changea de nouveau de nom pour Shamakhi FK.

Avec le changement de nom, un nouveau logo fut dévoilé. Il représentait deux lions se faisant face et séparé par un ballon de football. Cette représentation faisait directement référence aux armoiries de l’Etat des Chirvanchah. Ces derniers présentaient deux lions se faisant face avec une tête de taureau qui s’y intercalait. L’Etat des Chirvanchah existait dans le Caucase du Sud-Est entre 861 et 1538 et couvrait principalement l’actuelle République d’Azerbaïdjan. Fondé par une dynastie arabe, les Mazyadides puis développé par une autre, les Yazidide, cet Etat vécut en étant le vassal des différentes empires voisins (Seldjoukides, Mongols, Timourides, Séfévides et de l’Empire ottoman). Shamakhi fut la capitale de cet Etat de 918 à 1192, puis en raison des récurrents séismes que subissait la cité, le pouvoir se partagea entre Shamakhi et Bakou. L’emblème de cet Etat serait apparu au Xème siècle et les lions étaient un symbole du pouvoir et de la puissance de l’État de Shirvanshah tandis que la tête de taureau était un symbole d’abondance pour le pays. Pour le club, les lions étaient également symbole de puissance mais aussi de pratique d’un football offensif.