#451 – Ipswich Town FC : the Tractor boys

Les garçons du tracteur. Les supporteurs britanniques ont été longtemps résumés aux hooligans, certains actes ne donnant pas tord à cet apriori. Toutefois, le fan anglais sait aussi magner l’ironie et l’auto-dérision. La preuve avec Ipswich. Le club portait plusieurs surnoms assez traditionnels et usuels (Blues, Town) au début des années 2000. Mais, à cette époque, les supporteurs s’approprièrent un nouveau surnom, qui était au départ une moquerie. Les origines exactes demeurent floues mais le fond de l’histoire reste le même. Lors d’un match de football (pour certain, c’était face à Birmingham City, pour d’autres face à Leeds), les fans adverses narguaient les supporteurs d’Ipswich. Dans la version de Leeds, Ipswich remporta le match face à Leeds 2 buts à 1. Les supporteurs de Leeds se mirent à chanter « We’re being beaten by a bunch of tractor drivers » (Nous sommes battus par une bande de conducteurs de tracteurs). Dans l’histoire avec Birmingham, les supporteurs de City chambraient en chantant « Oooh-arr, oooh-arrr ». Cet interjection est typique du dialecte imaginaire du Mummerset, une contrée factice qui synthétise le pire ou le plus ironique de l’arrière pays rustique anglais (une sorte de péquenaudland). Cette langue (et surtout accent) fictive du Mummerset, basée sur les vrais caractéristiques des dialectes de la campagne anglaise, est souvent utilisée pour caractériser et se moquer ces régions paysannes. Mais, pas fâchés par cette comparaison, les fans d’Ipswich leur répondirent « one-nil to the Tractor Boys » (1 zéro pour les Tractor Boys), vu que leur équipe menait au score.

Pourquoi cette référence aux tracteurs ? Ipswich est certes une ville portuaire mais elle est surtout situé dans le comté du Suffolk, connu notamment pour son agriculture. 290 000 hectares sont exploités aujourd’hui dans le Suffolk, soit le cinquième des terres agricoles de l’est de l’Angleterre. Les cultures comprennent le blé, l’orge, la betterave sucrière, le colza, les haricots et les graines de lin. Grâce à cette production, le port d’Ipswich est le plus grand exportateur de céréales du pays. Côté élevage, 20% de la production nationale de porc et de volaille provient du Suffolk. Plus de 8 200 personnes sont employés dans les fermes du comté. L’importance continue de l’agriculture dans le comté se reflète dans le Suffolk Show, un des principaux salons agricoles d’Angleterre qui se tient chaque année en mai à Ipswich. Fiers de leurs origines agricoles, les supporteurs reprirent donc ce surnom à leur compte. Cette image collait bien également à leur équipe qui au début des années 2000, lors de leur remontée dans l’élite, était composé de joueurs anglais au pédigré limité. Or, Ipswich affrontait à ce moment des ogres illustres et aux moyens plus importants.

#415 – KV Mechelen : de Kakkers

Les cacas. Le surnom n’est évidemment pas flatteurs et fut donné aux supporteurs du club de Malines. En 1904, des étudiants de 3 écoles catholiques différentes (l’internat Saint-Victor d’Alsemberg, l’Université de Louvain et le collège Saint-Rombout) se réunirent pour créer un club afin de pratiquer leur sport favori, le football. Puis, le 28 janvier 1906, le club s’affilia à la fédération belge de l’URBSFA et le club élit à la tête de son conseil d’administration le chanoine, Francis Dessain. Le club était alors définitivement associé au mouvement catholique. A l’inverse, l’autre club de la ville, le Racing Mechelen, représentait plutôt celui de la classe moyenne de gauche.

Dans les années 20, lors des derbys, les supporteurs du Racing surnommèrent péjorativement ceux du KV les kakkers, en faisant un « jeu de mot » entre katholieke (catholique) et kakker (caca). Cette version paraît la plus probable mais ce n’est pas la seule. Les autres histoires sont en revanche bien plus drôles.

Dans l’une, un ancien président du KV Mechelen portait un chapeau haut de forme quand il venait assister au match. Puis, il s’asseyait sur son chapeau en guise de chaise, le long du terrain. La scène fut immortalisée par un photographe qui publia l’image dans les journaux le lendemain. Evidemment, les lecteurs imaginèrent tous la même chose : le président du KV faisait caca.

Dans l’autre histoire, nous sommes plus proche de la blague que de la légende mais elle mérite d’être raconté. Les deux clubs furent fondés en 1904 et s’affilièrent à la fédération en 1906. Lors de l’affiliation, un numéro unique d’identification était attribué au club et ceux-ci étaient simplement donnés dans l’ordre de la date d’affiliation. Le représentant du KV Mechelen se présenta à la fédération mais s’en alla aux toilettes faire la grosse commission. Pendant ce temps, celui du Racing arriva et affilia le club. Aujourd’hui, le Racing a le numéro matricule 24 tandis que le KV a le matricule 25.

Quelque soit la véritable raison de ce surnom, comme souvent, les supporteurs, dont il était censé se moquer, se l’approprièrent et en sont aujourd’hui fiers, au point d’organiser une campagne dénommée « kakken for life » (caca pour la vie) où étaient vendus des rouleaux de papier toilette aux couleurs du club.

#409 – Peñarol Montevideo : Manyas

Terme difficilement traduisible mais dont voici l’histoire. Tout est lié avec le joueur uruguayen Carlos Scarone, d’origine italienne et dont toute la famille supportait Peñarol. Scarone joua pour le CURCC (ancêtre de Peñarol). Avant-centre agressif et techniquement brillant, Scarone composa avec un autre jeune joueur, Jose Piendibene, un formidable duo d’attaque qui conduisit Peñarol au titre de champion en 1911. Tenté par une aventure à l’étranger et un beau salaire, Scarone signa pour Boca Juniors en Argentine en 1913. Au bout d’une année, après une maladie contractée en Argentine, il rentrât au pays. Il eut alors deux offres : une de Peñarol et une autre, du club rival de Nacional. Seulement, le second lui offrit des émoluments nettement supérieurs au salaire proposé par Peñarol et également beaucoup d’attention. Scarone n’hésita pas longtemps. Sa famille fut déçu et, lors d’un repas de famille, Carlo Scarone justifia son choix pécunier en déclarant: « ¿ A qué me iba a quedar ?¿ A mangiare merda ? » (pourquoi y aller [à Peñarol] ? pour manger de la merde ?). Cette phrase mélangeant italien et espagnol (le terme mangiare était un mot italien) était typique de la communauté italienne d’Uruguay. Et l’expression « mangiare merda » se contracta et s’espagnolisa pour devenir manyas. Les manyas étaient donc des mange merde.

Quelques mois plus tard (le 26 juin 1914), Carlos Scarone et le Nacional jouèrent le derby face au Peñarol. Ce dernier le remporta 2-1. Pendant tout le match, le milieu de Peñarol, Manuel Varela, empêcha Carlos Scarone de développer son jeu qui lui répondit par des coups de pieds. Excédé, Carlos Scarone déclara avec mépris à son adversaire : « Jueguen ustedes que son unos manyas » (jouez, vous êtes des mangeurs de merde). Sa prestation fut si décevante que le journal « La Razón » écrivit sur Scarone : « jugó más mal que los demás. Se cayó 22 veces en el partido, cuando podía jugar la pelota. Es malo caerse » (Il a joué moins bien que les autres. Il est tombé 22 fois dans le jeu, alors qu’il pouvait jouer le ballon. C’est mauvais de tomber). A la fin du match, le père de Carlos Scarone, qui assistait au match dans les gradins et avait supporté son club de toujours, Peñarol, célébra la victoire et répondit à son fils « perche no juega ahora usted que no es manya » (et pourquoi vous ne jouez pas maintenant puisque vous n’êtes pas des mange merde »).

Par la suite, ce terme désobligeant fut revendiqué avec fierté par les supporteurs de Peñarol. Il signifie maintenant que la fidélité et l’attachement inconditionnel au Peñarol est plus fort que les aspects économiques. Cette mésaventure ne perturba pas Carlos Scarone qui évolua avec le maillot du Nacional pendant 13 saisons (jusqu’en 1927). Il fut huit fois champion d’Uruguay avec Nacional, marquant 152 buts en 227 matchs disputés. Il fut également champion d’Amérique avec l’équipe uruguayenne en 1917 et 1920.

#392 – LD Alajuelense : los Manudos

Les voleurs, dans l’argot costa-ricain au XIXème siècle. Au début des années 1800, le Costa-Rica, comme les futurs états du Guatemala, Belize, El Salvador, Honduras, Nicaragua, et le Chiapas mexicain, était gouverné par la Capitainerie générale du Guatemala, territoire appartenant à l’Empire Espagnol. En 1821, les différentes province de la Capitainerie déclarèrent leurs indépendances. Les nouveaux états indépendants avaient le choix de rejoindre l’Empire Iturbide du Mexique, demeurer totalement indépendant ou intégrer une future république fédérale d’Amérique centrale qui commençait à émerger. La ville de Cartago prit alors la décision pour le Costa-Rica de joindre l’Empire d’Iturbide. Cette décision ne fut pas bien accueillie et, au fur et à mesure, dans les mois suivants, des voix dissidentes émergèrent, notamment dans la Province d’Alajuela. Une armée fut alors levée à Alajuela et d’autres province et marcha vers les villes d’Heredia et de Cartago, acquises à la cause impérialiste. Ces deux dernières villes organisèrent également une armée et les belligerents s’affrontèrent le 5 avril 1823, lors de la bataille d’Ochomogo. Selon la légende, les soldats d’Heredia fuirent la bataille et se réfugièrent dans les collines voisines. L’histoire retint que la bataille fut tout de même longue et les forces républicaines bataillèrent jusqu’à ce que les impérialistes furent complètement vaincus. À la suite de cette guerre civile, la capitale déménagea à San José, après 260 ans à Cartago.

Cette bataille exacerba la rivalité régionale entre les villes d’Heredia et d’Alajuela. Pour les habitants d’Alajuela, les hérédiens se comportèrent comme des lâches durant cette bataille et les surnommèrent alors taltuzos, qui se réfèrent à une sorte de taupe qui détruit les cultures et se cache sous terre. En représailles, les habitants d’Heredia appelèrent les alajuelenses, manudos, car ils considérèrent le déménagement de la capitale, auquel les alajuelenses participèrent, comme un vol.

#369 – Coritiba FC : Coxa-Branca

Les cuisses blanches. Au début du XXème siècle, les clubs sportifs brésiliens étaient souvent une association communautaire. A sa fondation en 1909, Coritiba regroupait alors la communauté allemande résidente de la ville de Curitiba. La ville se développa avec l’immigration européenne au XIXème siècle et les allemands furent les premiers à s’installer à Coritiba à partir de 1833. Ils participèrent à l’industrialisation de la ville (sidérurgie, imprimeries), développèrent le commerce, introduisirent des changements dans l’architecture et propagèrent de nouvelles habitudes alimentaires. Aujourd’hui, la colonie allemande est la deuxième plus grande de l’Etat du Paraná.

Au début du siècle dernier, la communauté allemande était donc bien intégrée au sein de la municipalité comme au Brésil de manière générale. Toutefois, lors de la Seconde Guerre Mondiale, le Brésil s’engagea au côté des alliés. Les associations sportives allemandes et italiennes subirent alors la foudre des autorités comme des supporteurs des autres équipes. Par exemple, la Societá Sportiva Palestra Italia, fondé par les immigrants italiens, dut changer de nom pour devenir le Palmeiras. Pour Coritiba, en 1941, lors d’un Atletiba (le derby entre Coritiba et Atlético Paranaense), un joueur adverse, Jofre Cabral e Silva, décida de provoquer Hans Breyer, l’un des meilleurs joueurs de Coritiba. Comme Breyer était né en Allemagne (il vint au Brésil avec sa famille à l’âge de six ans), il lui déclara « Alemão, quinta coluna ! » (Allemand, 5ème colonne). Lorsqu’il se rendit compte que Breyer ne l’écoutait pas, Jofre Cabral e Silva accentua ses moqueries et cria « Coxa-Branca ! Coxa-Branca !« . Il faisait alors référence non pas au maillot blanc de Coritiba mais aux jambes du joueur de Coritiba. Les paroles de Jofre avait en effet un relent raciste puisque les joueurs de Coritiba qui étaient d’ascendance allemande étaient censés avoir une peau plus claire (blanche) que les autres. Malgré la provocation, Coritiba remporta le match 3 buts à 1.

Toutefois, cette comparaison heurta les fans de Coritiba comme la direction du club, particulièrement dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale. Il blessa encore plus Breyer qui préféra arrêter sa carrière en 1944. Jusqu’à la fin des années 60, ce surnom demeura une insulte scandée par les adversaires de Coritiba. Puis, en 1969, lors de la célébration de la conquête du titre de l’Etat, les supporteurs de Coritiba choisirent comme cri de guerre « Coxa, Coxa, Coxa« . En effet, les fans se rendirent compte qu’il n’y avait aucune raison d’avoir honte des origines allemandes du club (la guerre était terminée depuis longtemps et l’influence allemande fut déterminante pour la croissance de la ville). L’expression perdit ainsi son caractère péjoratif, à tel point que les fans chantent aujourd’hui un hymne nommé « Coxa eu te amo ! » (Coxa je t’aime !). Le terme est même apposé sur la pierre tombale de Breyer. 

#361 – CD Guadalajara : las Chivas

Les chèvres. Ce surnom provient de la rivalité qui anime les deux clubs de la ville de Guadalajara : le CD et l’Atlas FC. Suite à une victoire du CD face à l’équipe de Tampico, sur le plus faible des scores (1-0), le 1er octobre 1948, le journal El Informador publia le résumé de la rencontre sous le titre « Jugaron a las carreras y ganaron las ‘chivas’ uno a cero » (ils ont courus et les chèvres ont gagné 1-0). L’article avait pourtant été écrit par un journaliste, Manuel Gómez Gutiérrez, fan du CD, mais un autre journaliste, Martín del Campo, supporteur de l’Atlas, avait été chargé de relire et de donner un titre à la chronique de son partenaire. Le ton de l’article fut tout aussi sévère avec la prestation du CD : « Uno de los partidos más desastrosos que hemos presenciado en los torneos de Liga Mayor…No valió la pena el evento, que se fue haciendo tedioso a medida que transcurría, pues los jugadores se concretaban a ejecutar carreras por todos lados, sin organizar ningún avance digno de mención…El verdadero futbol brilló por su ausencia » (Un des matchs les plus désastreux auxquels nous ayons assisté dans le championnat mexicain … L’événement n’en valait pas la peine, c’est devenu fastidieux au fur et à mesure que le temps passait, car les joueurs faisaient des courses partout, sans s’organiser, aucune attaque digne d’être signalée … Le vrai football a brillé par son absence). Aux yeux des journalistes, le club avait gagné mais en déroulant un jeu digne des chèvres. Pourquoi prendre comme référence des chèvres plutôt qu’un autre animal ? Pendant le match, les journalistes entendirent, provenant du rang des supporteurs, un cri « ¡Míralos, parecen Chivas! » (regardez on dirait des chèvres). Le spectateur faisait alors référence à un joueur du CD qui avant chaque centre, sautillait à côté du défenseur de Tampico, motivant la comparaison avec les chèvres. Evidemment, suite à l’article, les rivaux de l’Atlas reprirent le terme de chivas pour désigner de manière désobligeante les fans et l’équipe du CD. Et comme souvent, le mot ironique ou insultant utilisé par les fans adverses est devenu une référence pour le club moqué. En effet, un an plus tard, en 1949, les joueurs du CD rentrèrent sur le terrain accompagnés d’une chèvre habillée aux couleurs de l’équipe. Le gardien de but de cette équipe lança alors cette phrase qui immortalisa ce surnom : « ¡Sí, somos «Chivas» y qué! ¡Decir «Chivas» es decir Guadalajara! » (Oui, nous sommes des chèvres et alors ! Dire chèvres c’est dire Guadalajara).

#356 – IFK Norrköping : Snoka

Voici un surnom qui a plusieurs interprétations et traductions possibles. Il existe deux versions principales qui découlent de la rivalité avec l’autre club de la ville, l’IK Sleipner. En effet, dans les deux cas, le surnom fut donné par les rivaux et au final, fut adopté par les supporteurs de l’IFK. Pour la première version, Snoka dérive de Snokar, qui signifie serpent. Sleipner était l’équipe de la classe ouvrière tandis que l’IFK représentait les écoliers aisés. Les partisans de Sleipner déclarèrent que les joueurs de l’IFK était comme des serpents, c’est à dire qu’ils tentaient de paraître dangereux mais en réalité ils étaient tout à fait inoffensifs.

L’autre version se concentre sur les années 1940 et 1950, age d’or de l’IFK Norrköping, et signifie « les fouineurs » . Le club de Sleipner remporta en 1938 le premier titre de champion de Suède de la ville de Norrköping mais l’équipe ne capitalisa pas sur cette victoire. Dès la saison 1940, le club descendit en seconde division. Les raisons de ce déclin étaient certainement multiples mais l’une d’elle fut l’incapacité du club à former de nouveaux talents. En 1938, l’autre club de la ville gagna aussi son championnat, moins glorieux car il s’agissait de la seconde division mais ce titre lui procura son billet pour la ligue principale. Au contraire de Sleipner, 1938 fut le point de départ de l’age d’or de l’IFK. En effet, entre 1943 et 1963, l’IFK remporta 11 titres de champion de Suède et 2 Coupes nationales. Un splendide palmarès qu’il se forgea avec l’entraîneur hongrois Lajos Czeizler et le recruteur « Nalle » Halldén. Ce dernier fut un joueur du club et devint à la fin des années 30, son recruteur (il fut même président entre 1952 et 1955). Il commença par nettoyer les finances d’IFK puis il changea la façon dont le club travaillait avec le recrutement des joueurs. Dans un premier temps, il se détourna de l’université, qui était un viviers naturel pour le club (vu qu’il fut fondé en son sein). Halldén commença à sillonner la Suède en long, en large et en travers et se constitua un réseau solide de superviseurs. C’est ainsi qu’il « fouina » des nouveaux talents et inconnus qui allaient devenir les piliers du club et de la sélection nationale. L’IFK dénicha par exemple, Gunnar Nordahl, Knut Nordahl, Nils Liedholm, Torsten Lindberg et Birger Rosengren qui furent ensemble médaillés d’or olympiques à Londres en 1948. Gunnar Nordahl et Nils Liedholm constituèrent aussi un célèbre trio avec un autre joueur (Gunnar Gren mais non-formé à l’IFK), « Gre-No-Li », qui fera les belles heures de l’AC Milan.

Il existe une troisième version plus rarement mentionnée. Cette théorie portait sur le fait que les joueurs qui étaient recrutés par le club se voyaient proposer également des emplois dans la ville, façon de contourner l’obligation d’amateurisme de l’époque. Ils se retrouvaient ainsi comme pompiers, policiers ou douaniers. Dans ses voyages, « Nalle » Halldén était en effet accompagné par le chef de la police pour proposer des emplois au futur recruté. Or, le surnom de Snoka aurait alors son origine dans le fait que les douaniers étaient communément appelés tullsnokar (les douaniers serpents/fouineurs).

#337 – SSC Naples : i Ciucciarelli

Les petits ânes dans le dialecte napolitain. Après Boca Junior, autre hommage à Diego Maradona avec son second club de cœur, le SSC Napoli, et l’un de ses surnoms que le club n’aurait pas hérité si l’équipe napolitaine des années 1920 avait compté Diego dans ses rangs. Dans les premières années du club, le cheval en était son symbole et s’affichait sur son écusson. L’attachement de la ville avec le cheval remontait aux premières heures de son existence. Les premiers colons grecs, fondateur de la cité, aurait découvert des chevaux dont les sabots résistants leur permettaient de se balader sur les pentes abruptes et recouvertes de blocs de lave du Vésuve. Ils firent du cheval l’emblème de leur nouvelle cité et, au moins, à partir IIIème siècle, un culte équin était célébrait dans la cité. Les habitants se réunissaient auprès d’une statue monumentale de cheval en bronze, attribuée à Virgile, pour prier et obtenir la guérison de leur équidé. Au XIVème siècle, le cheval était toujours vénéré puisque l’évêque de Naples fit abattre une statue de cheval en 1322 pour faire cesser cette tradition païenne. Au XIXème siècle, un cheval cabré orna les armes de la province. Une race de cheval est même issue de la région et est dénommée encore aujourd’hui Napolitain.

Pourtant, lors de la saison 1926-1927, la première du club, le symbole passa du cheval vers l’âne et cette transformation n’avait pas pour objectif de rendre hommage aux joueurs. Le club concourrait dans l’un des groupes de la Série A et la saison se révéla catastrophique. L’équipe termina dernière de son groupe de 10 avec seulement un point obtenu, 61 buts encaissés et 7 marqués. En 18 matchs, les joueurs parvinrent seulement à obtenir un résultat positif : un match nul face à Brescia à domicile. Le reste des confrontations se résuma uniquement à des défaites, dont certaines particulièrement sévères (9-2 face à l’Inter ou 8-0 face à la Juventus).

Les supporteurs napolitains, avec l’ironie qui les caractérisent, affublèrent les joueurs du surnom de ciucciarelli. Selon une légende, la scène se déroula dans un bar brésilien, lieu de rencontre de fervents supporteurs. Un des fans, exaspéré par les résultats, déclara : « sta squadra nosta me pare o ciuccio ‘e fichelle: trentatrè piaghe e ‘a coda frucida » (cette équipe me paraît être un âne se plaignant de ses trente-trois plaies et de sa queue pelucheuse). L’anecdote fut rapportée au journal local, qui reprit dans son édition un âne plein de tâches et une petite queue pour caricaturer le club. Depuis, l’animal, prénommé O Ciuccio, a supplanté le cheval qui disparaît du blason en 1928.

#336 – Boca Juniors : los Bosteros

Les bouseux. Deux jours après le décès de Maradona, hommage au club de sa carrière avec Boca. Les versions sont nombreuses concernant l’origine de ce surnom. Mais, dans tous les cas, il fut utilisé au départ par les adversaires qui venaient à la Bombonera et le surnom n’était évidemment pas flatteur. Pourtant, au fil des années, les supporteurs de Boca l’ont appréhendé et en sont désormais fiers. Aujourd’hui, dans les travées de la Bombonera, on entend monter des tribunes le chant « Yo soy ‘bostero’, es un sentimiento, no puedo parar » (Je suis un bosteros, c’est un sentiment, qui ne peut pas partir). Ils en sont d’autant plus fiers qu’il caractérise les origines du club et s’oppose au surnom de son rival, River. En effet, River est le club des classes sociales favorisées de Buenos Aires et est surnommé Millonarios (millionnaires). Tandis que Boca puise ses racines dans les couches laborieuses de la ville.

Quelque soit la version, bosteros rappelle un lien entre les excréments, les déchets et le club de Boca. Certains prétendent qu’avant la Bombonera se trouvait une briqueterie qui utilisait des excréments de cheval ou de vache comme matière première. D’autres suggèrent que le quartier de la Boca était souvent inondé, entrainant des débordements des égouts. D’ailleurs, les supporteurs de River chantent à ce propos « La Boca, la Boca se inundó y a todos los bosteros la mierda los tapó » (La Boca, La Boca a été inondée et tous les bouseux ont été couverts de merde). Dans la même lignée, l’origine pourrait s’expliquait par la proximité du stade de Boca avec la rivière Riachuelo qui serait pleine de déchets et de fumier. Ceci aurait alors amené des effluves peu agréables dans le stade qui auraient inspirées les adversaires.

Mais, une autre version présente une histoire moins désobligeante pour les supporteurs de Boca. Les habitants du quartier de La Boca étaient appelés boteros (batelier) car ils devaient utiliser des bateaux pour traverser la rivière Riachuelo. Des fans rivaux auraient déformé boteros en bosteros pour insulter les supporters de Boca Juniors.

#269 – Atlético de Madrid : los Indios

Les indiens. Ce n’est pas la couleur rouge de leur tenue qui les a fait identifié aux peaux rouges. Le surnom a en fait plusieurs explications possibles. Il se pourrait que ce soit les supporteurs du club ennemi du Real Madrid qui donna ce surnom. En effet, l’ancien stade du club, le Vicente Calderón, était situé au bord du Manzanares (un cours d’eau qui longe Madrid sur son côté ouest avant d’aller se jeter dans le Jarama, l’un des affluents du Tage) comme le campement des indiens qui se trouvaient généralement au bord des rivières. En outre, dans l’imaginaire collectifs, les indiens détestaient l’homme blanc (le blanc couleur du rival, le Real Madrid).

Mais une autre histoire fait référence aux signatures par le club de joueurs sud-américains dans les années 1970. Tout commença en 1973 avec le recrutement de 3 internationaux argentins : les défenseurs Ramón Heredia et Rubén Osvaldo Díaz ainsi que l’attaquant Rubén Ayala. Cette communauté argentine fut renforcée par l’arrivée de l’attaquant Rubén Cano en 1976. Puis, 3 brésiliens complétèrent ou remplacèrent ces joueurs (Leivinha en 1975, Dirceu en 1979 et Luís Edmundo Pereira en 1975). Outre venir des Amériques, ces joueurs portaient des cheveux longs (au coeur des années hippies) et/ou avaient le teint mat, ce qui amena des supporteurs de clubs rivaux à appeler les joueurs et supporteurs de l’Atlético Madrid avec mépris, les Indiens. C’était peut-être aussi de la jalousie car pendant les années 1970, l’Atlético enchaina quelques beaux succès (2 championnats, 2 coupes d’Espagne, une finale des Coupes des Clubs Champions et un titre intercontinental). Il faut lire également ce surnom en mirroir de celui gagné à la même époque par les rivaux du Real Madrid, les Vikings (cf #42).