#1449 – Correcaminos UAT : los Correcaminos

Les Grands Géocoucous. Durant une vingtaine d’année (1959-1978), Cuerudos était considérée comme le club emblématique de la ville de Ciudad Victoria, la représentant en seconde division mexicaine sans discontinuer. Malgré quelques succès sportifs et un fort soutien populaire, des difficultés financières croissantes conduisirent à son retrait du football professionnel à l’issue de la saison 1977-1978. La nature ayant horreur du vide, un nouveau club reprit le flambeau du football professionnel dans la ville en 1980 : Correcaminos UAT. Il s’agit de l’équipe de l’université de la région de Tamaulipas, Universidad Autónoma de Tamaulipas (UAT), qui a l’image des célèbres universités UNAM (avec les Pumas) et UANL (avec les Tigres) créa sa section professionnelle.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’origine de ce surnom ne provient pas directement du football. En réalité, il trouve ses racines dans l’équipe de football américain de l’université. Fortement influencées par le modèle et la culture nord-américain, les sections de football américain des universités mexicaines cherchaient des mascottes fortes pour représenter leurs étudiants et dynamiser l’image de leurs équipes. Puis, le symbole retenu par le football américain déteignait vers toutes les autres disciplines de l’université. Par exemple, UANL choisit le Tigre (cf. #196) et UNAM opta pour les Pumas (cf. #40). Donc, en 1970, Francisco Díaz Navarro et ses entraîneurs proposèrent le Correcaminos comme mascotte de l’université UAT. D’une part, habitant les régions arides et semi-arides de faible altitude, l’oiseau est endémique et emblématique de la région de Tamaulipas. D’autre part, cet animal illustre à la perfection les qualités athlétiques recherchées sur un terrain. Il est réputé pour sa force, son agilité (il tue des scorpions et des crotales de 60 cm de long), sa rapidité (il peut courir à 30 km/h de vitesse sur des distances assez longues) et son intelligence. En outre, il est indéniable que son image a été magnifiée par la télévision. La popularité du correcaminos a explosé grâce au célèbre dessin animé « Bip Bip et Coyote » (Wile E. Coyote and the Road Runner). Dans l’imaginaire collectif, le dessin animé a figé l’image d’un oiseau malicieux, insaisissable, plus rapide et rusé que son adversaire. C’était bien les valeurs que Francisco Díaz Navarro voulait pour son équipe.

L’apparition de ce surnom s’est en outre effectuée à une période charnière pour l’institution. Deux ans auparavant, l’Université Autonome de Tamaulipas s’était dotée d’un blason officiel (représentant un jeune homme émergeant d’un livre ouvert et tenant une torche dans sa main droite et un atome dans sa main gauche) ainsi que de couleurs institutionnelles (l’orange, le blanc et le bleu).

#1448 – KFUM-Kameratene Oslo : Kåffa

Ce surnom est une abréviation phonétique du nom du club, KFUM. Ces 4 lettres sont l’acronyme de Kristelig Forening for Unge Menn (Union chrétienne de jeunes gens), la branche norvégienne de l’association YMCA. Dans l’imaginaire collectif, YMCA se résume souvent aux auberges de jeunesse et à la fameuse chanson disco des Village People. Toutefois, dans la réalité, fondé au XIXème siècle au cœur de la révolution industrielle, YMCA (Young Men’s Christian Association) s’est imposé comme l’un des mouvements sociaux, éducatifs et sportifs les plus influents au monde. Elle emploie aujourd’hui près de 90 000 personnes, compte quelque 920 000 bénévoles et est présente dans 12 000 antennes à travers le monde.

Le YMCA fut fondé à Londres en 1844 par George Williams, un drapier de 23 ans, et onze amis. Face à l’urbanisation rapide et aux conditions de travail précaires de la jeunesse ouvrière, l’organisation cherchait initialement à offrir un cadre moral et spirituel aux jeunes hommes, basé sur les valeurs protestantes. En effet, George Williams déplorait le manque d’activités saines pour les jeunes hommes dans les grandes villes, qui se résumaient alors qu’aux tavernes et aux maisons closes. L’association proposait à ses membres des activités qui permettaient d’atteindre l’harmonie entre l’esprit, le corps et l’âme, ce que l’insigne de l’association – un triangle équilatéral rouge – représente. Le sport devint donc rapidement un pilier de l’organisation car il n’était pas conçu comme une simple compétition, mais comme un instrument de santé publique, d’inclusion et de développement du caractère. Le basket-ball fut inventé en 1891 par James Naismith, un professeur du « Springfield College » (un établissement affilié au YMCA) et le volley-ball, en 1895, par William G. Morgan, également directeur de l’éducation physique dans un YMCA du Massachusetts.

En 1860, le scientifique Peter Waage découvrit le fonctionnement et les activités du mouvement lors de ses déplacements à Paris et à Berlin, puis décida d’en importer les principes fondamentaux sur le sol norvégien. 7 ans plus tard, le prêtre Peter Hærem concrétisa cette démarche en fondant la première association à Oslo. L’initiative rencontra un écho immédiat à travers tout le pays. Dès 1868, une structure similaire vit le jour à Stavanger, rapidement suivie par un élan national qui toucha près d’une vingtaine de villes entre 1868 et 1879. Face à cette dynamique, le mouvement se structura en 1880 avec la fondation de l’Association norvégienne des associations de jeunesse, qui, en 1908, devint membre à part entière de l’Alliance mondiale des YMCA. Dans la logique de ses valeurs, le KFUM créa très tôt ses propres équipes de football et de volley-ball dans plusieurs villes. Le club omnisport d’Oslo fut fondé le 1ᵉʳ janvier 1939, axé sur l’athlétisme et le volley-ball. Toujours fidèles à ses valeurs associatives, la section football a monté les échelons petit à petit pour atteindre l’élite en 2024.

#1447 – GFK Tikveš : Лозари

Les vignerons. Fondé en 1930, le club réside dans la ville de Kavadarci mais représente la région de Tikveš. Niché au centre de la Macédoine du Nord, le long de la vallée du Vardar, cette région constitue l’épicentre historique et économique de la viticulture macédonienne. Bénéficiant d’une rencontre climatique privilégiée entre les influences méditerranéennes clémentes et la rigueur continentale, cette plaine entourée de montagnes rassemble des conditions pédoclimatiques exceptionnelles pour la culture de la vigne.

La viticulture dans la région de Tikveš ne date pas d’hier. Les vestiges archéologiques attestent que l’art de faire du vin y était déjà pratiqué dès l’époque de la Grèce antique et de la domination romaine. Bien que la domination ottomane durant plusieurs siècles ait freiné le développement commercial du vin, la production domestique s’est perpétuée. Au XIXème siècle, et plus particulièrement avec la fondation de la célèbre cave Tikveš Winery en 1885, la région est entrée dans l’ère moderne de l’oenologie. À l’époque de la Yougoslavie, la région de Tikveš assurait à elle seule près des deux tiers de la production viticole du pays.

Aujourd’hui, Tikveš est la plus grande et la plus importante région viticole de Macédoine du Nord, rassemblant à elle seule environ 10 000 à 12 000 hectares de vignes sur les 28 000 hectares que compte le pays. A Kavadarci, sur les 18 523 ha cultivables de la municipalité, 4 246 ha sont occupés par la vigne. La région représente environ 80 % de la production globale de vin du pays, qui s’élève en moyenne à 90-100 millions de litres par an. La viticulture est donc le poumon économique de la région. 12 000 à 15 000 familles et viticulteurs indépendants vivent directement de la culture de la vigne. La région de Tikveš produit une large palette de vins rouges, blancs et rosés, s’appuyant à la fois sur des cépages autochtones (Vranec, Smederevka, Temjanika et Kratošija) et internationaux (Merlot, Cabernet Sauvignon, Syrah, Chardonnay, Sauvignon Blanc et Riesling).

Incontestablement région du vin en Maécdoine du Nord, le club a hérité du surnom de Лозари et a décoré son écusson d’une fille de vigne.

#1446 – AOK Kerkyra : Φαίακες

Les Phéaciens. Fondé en 1969, le club représente la ville de Corfou, sur l’île éponyme. Le nom grec de l’île est Κέρκυρα (Kerkyra) qui dériverait du grec κέρκος (anse) en référence à la forme de l’île. Dans l’antiquité, l’île portait le nom de Corcyre (Κόρκυρα) pour la nymphe Corcyre. La légende raconte que Poséidon s’était épris de Corcyre, fille du dieu fleuve Asopos et de la naïade Métope, et l’enleva vers une île qu’il baptisa de son nom, Corcyre. De cette union, naquit un fils, Phéax, qui devint le roi de l’île et donnera son nom au peuple, les Phéaciens. Le raccourci serait donc facile à faire pour dire que les Phéaciens sont les habitants antiques de l’île de Corfou.

Mais, ce peuple fut surtout décrit dans les chants V à VIII de l’Odyssée. Ils y sont présentés comme un peuple pacifique et hautement civilisé, protégé des dieux. Fidèles aux lois sacrées de l’hospitalité (Xenia), les Phéaciens offrirent à Ulysse écoute, fêtes et présents avant de le reconduire jusqu’à Ithaque. Surtout, Homère retrace les origines du peuple. Originaires d’Hypérie, ils fuyaient la menace constante des Cyclopes avant de s’installer sur l’île mythique que Homère nomme Schérie. Outre leur ascendance divine, les Phéaciens se distinguaient par leurs vaisseaux sans gouvernail ni pilote. Ces derniers devinaient la pensée des marins et fendaient les flots à une vitesse prodigieuse, immunisés contre les tempêtes. Vous comprenez alors que ce peuple et sa civilisation apparaissent alors comme une utopie.

Donc, est-ce que la Schérie d’Homère est la Corfou actuel ? Depuis l’Antiquité, historiens, géographes et érudits cherchent à localiser la fabuleuse île de Schérie. Si certains y voient une terre purement imaginaire, la tradition la plus ancrée l’associe directement à Corfou. Thucydide et Strabon, historiens majeurs de la Grèce antique, identifiaient déjà Corfou comme l’ancienne terre des Phéaciens. La position stratégique de Corfou au nord de la mer Ionnienne, carrefour maritime entre la Grèce et l’Italie, correspond parfaitement au rôle de relais maritime attribué à Schérie dans le récit homérique. Par ailleurs, l’un des symboles les plus célèbres de Corfou est l’îlot de la Souris, situé au large de la pointe de Kanoni. La légende locale raconte que ce rocher n’est autre que le navire phéacien qui ramena Ulysse à Ithaque. Courroucé par l’aide apportée au héros qu’il poursuivait de sa vengeance, Poséidon aurait changé le vaisseau et son équipage en pierre dès leur retour au port.

Aujourd’hui encore, Corfou revendique fièrement cet héritage mythologique. L’île est fréquemment surnommée la Cité des Phéaciens. Les armoiries officiels de la municipalité de Corfou représentent un navire phéacien traditionnel sans gouvernail et le club reprend également cet étandard.

#1445 – Scunthorpe United FC : the Iron

Le Fer. Après avoir remporté la troisième place de la Coupe du Monde 2026, l’Angleterre se réveille avec la gueule de bois en apprenant la mort de l’un des ses plus grands joueurs, Kevin Keegan. Double vainqueur du ballon d’Or, l’attaquant avait participé aux grandes heures de Liverpool durant les années 1970 avant d’apporter la gloire au club allemand d’Hambourg. Mais, ce magnifique parcours débuta hors des sentiers classiques au sein de Scunthorpe United, en 4ème division.

Située dans le Lincolnshire, la cité de Scunthorpe est indissociable de l’industrie sidérurgique. Surnommée Industrial Garden Town (la ville de l’acier), son histoire, son paysage et son économie ont été forgés par plus d’un siècle et demi d’extraction de minerai de fer et de production d’acier. Modeste village agricole pendant des siècles, la ville prit son essor avec la découverte d’importants gisements de minerai de fer par l’industriel Rowland Winn en 1859. 5 ans plus tard, la première coulée de fer fut réalisée aux usines de Trent Ironworks. En 1890, l’introduction des fours Siemens-Martin permit la transition vers la production d’acier. Puis, porté par la militarisation du pays et la Première Guerre mondiale, l’industrie se consolida autours de 3 pôles à comptes des années 1910 : Appleby-Frodingham Steel Company (production massive de plaques et de profilés), Redbourn Hill Iron and Coal Company (production de billettes d’acier) et Normanby Park au Nord de la ville. Avant la découverte du minerai de fer en 1859, la zone comptait environ 1 400 habitants. En seulement 60 ans, l’afflux massif de travailleurs fit bondir la population locale à 25 000 habitants. La production totale de fonte brute en 1917 s’élevait à près de 520 000 tonnes. Durant l’entre-deux-guerres, la production des 3 usines de Scunthorpe passait de 3% à 10% de la production totale d’acier du Royaume-Uni. En 1967, les 3 usines furent réunies sous l’égide de l’entreprise d’Etat, British Steel, formant alors un complexe intégré (ie comprenant des hauts-fournaux) de 800 hectares et le plus grand site sidérurgique du pays. À son apogée, l’usine employait directement plus de 20 000 salariés. Avec le développement du complexe, Scunthorpe s’étendait en une grande ville, à l’ouest, au nord et au sud du village d’origine. Sa population dépassait les 45 000 habitants en 1941 et atteignait plus de 66 000 au début des années 1980.

#1444 – FC Chiasso : Momò

Terme intraduisible et qui désigne les habitants du district de Mendrisiotto. La ville de Chiasso se situe dans ce district et de manière plus générale dans le Tessin, le canton suisse le plus méridionale, à la frontière avec l’Italie. Son histoire est celle d’un territoire géographiquement et culturellement italien, mais politiquement suisse. Dès l’Antiquité, la région subit une profonde romanisation. Après la chute de l’Empire romain, elle fut gouvernée par les Ostrogoths, les Lombards, puis les Francs, avant d’intégrer le Saint-Empire romain germanique. Vers 1100, la région devint le terrain d’affrontements acharnés entre les communes italiennes de Milan et de Côme. Au XIVème siècle, le territoire passa sous le contrôle total des Visconti, ducs de Milan, liant définitivement le sort du Tessin à la Lombardie voisine. Au XVème siècle, pour sécuriser leurs voies commerciales, les Confédérés suisses arrachèrent les territoires tessinois au duché de Milan. Lors de la création de la République helvétique par Napoléon, certains courants suggérèrent le rattachement du Tessin à la République cisalpine (située en Italie du Nord). Cependant, une majorité de Tessinois refusèrent, proclamant le célèbre slogan « Liberi e Svizzeri » (Libres et Suisses). En 1803, le canton du Tessin naquit officiellement et entra dans la Confédération suisse sur un pied d’égalité avec les autres cantons. Par la suite, les diverses tentatives du voisin italien pour rapatrier le territoire dans son giron ne firent que renforcer le sentiment suisse du canton tout en continuant à cultiver un particularisme linguistique et culturel.

Ce particularisme s’exprime notamment dans son dialecte, le tessinois. Il n’est pas un dérivé de l’italien standard (le toscan) mais provient de la langue lombarde qui partage d’importantes racines phonétiques et structurelles avec le français et le piémontais. Un locuteur tessinois comprend ainsi sans difficulté le dialecte parlé à Milan ou à Côme. Contrairement à d’autres régions d’Europe où les langues régionales s’éteignent, le dialecte tessinois conserve une vitalité remarquable. Plus de 58 % des tessinois l’utilisent couramment. Il possède sa propre littérature avec ses poètes (comme Giovanni Orelli).

À l’origine, Momò est un surnom de nature onomatopéique. Il vient de la répétition de l’expression dialectale locale mo-mò ou mò mò, qui signifie littéralement « maintenant, tout de suite ». Le mot dérive du latin modo, qui a donné en dialecte lombard/tessinois. Les habitants du Mendrisiotto avaient la réputation d’utiliser cette expression de manière très fréquente et répétitive dans leurs conversations pour insister sur l’immédiateté d’une action. Les autres Tessinois (notamment ceux de Lugano, Bellinzone ou Locarno) finirent par caricaturer ce tic de langage en appelant les habitants de la région les Momò. Ce qui était au départ une moquerie s’est transformé avec le temps en une véritable marque d’identité culturelle. Aujourd’hui, les habitants de Chiasso et du Mendrisiotto revendiquent fièrement ce terme. La région elle-même est d’ailleurs couramment surnommée la Magnifica Regione dei Momò (la Magnifique Région des Momò).

#1443 – IFK Göteborg : Änglarna

Les anges. Dans le paysage du football suédois, l’IFK Göteborg occupe une place à part. Seul club nordique à avoir remporté des compétitions majeures de l’UEFA (les Coupes de la UEFA en 1982 et 1987), l’institution de Göteborg se distingue également par son riche palmarès local, le plus important de Suède (18 fois champions du pays, 8 coupes nationales entre autres). Si les joueurs sont historiquement appelés les Kamraterna (les Camarades) ou les Blåvitt (les Bleu et Blanc, cf. #77), c’est sous le poétique surnom d’Änglarna qu’ils sont reconnus aujourd’hui. L’origine de ce pseudonyme fait l’objet de plusieurs théories populaires.

Quatre versions majeures dominent l’imaginaire collectif, situant la naissance du surnom entre le milieu des années 1950 et le début des années 1960. La première, popularisée par certains médias nationaux et Wikipedia, attribue la paternité du terme à un livreur de journaux nommé Bengt Nilsson. Dans les années 1950, suite à une éclatante victoire 5-3 de Göteborg face à l’AIK Solna (Göteborg a battu l’AIK 5-3 le 17 août 1952 et le 5 juin 1955), cet homme serait entré fou de joie dans un pub en s’exclamant « Det finns bara ett ord för dom – Änglarna! » (Il n’y a qu’un seul mot pour les décrire : Anges !). Des journalistes présents auraient repris l’expression. Dès le lendemain, le journal « Ny Tid » consacrait une double page au match, sous le titre « Les Anges », illustré d’un dessin du caricaturiste Gunnar Bongberg, représentant les joueurs de Göteborg avec des ailes d’anges.

La deuxième hypothèse renvoie à la scène européenne. Lors de la Coupe d’Europe des Clubs Champions de 1959-1960, à l’aube d’une confrontation face à Linfield (match se déroulant le 9 Septembre 1959), la direction du club nord-irlandais demanda au club suédois de transmettre son surnom officiel afin d’alimenter le programme du match. Subjugué par le jeu de passes courtes de son équipe lors des entraînements, un fidèle supporter, Henry Ek, aurait hurlé dans les tribunes « Vecka änglar ! » (Quels anges !). Les dirigeants, séduits par la résonance de la traduction anglophone (The Angels of Gothenburg), auraient officiellement adopté ce nom, relayé ensuite à grande échelle par la presse britannique.

Une troisième théorie suppose que lorsque les supporteurs adoptèrent la chanson « When the Saints Go Marching In » au début des années 1960 pour encourager leur équipe, un esprit créatif aurait rapidement substituer le terme de « saints » par celui, jugé plus percutant, d’ « anges », donnant alors naissance au surnom.

Enfin, une quatrième légende met en scène le légendaire Anders « Rövarn » Bernmar, alors entraineur du club rival de Djurgården. À la suite d’un match particulièrement physique, les dirigeants de Göteborg se seraient plaints de la brutalité des joueurs de la capitale. Bernmar aurait alors rétorqué « ni spelade inte som några änglar ni heller » (Vous n’avez pas vraiment joué comme des anges non plus).

Bien que séduisantes, ces pistes semblent contredites par les archives écrites. Le terme Änglarna était déjà utilisé dans la presse pour désigner l’équipe de Göteborg à l’automne 1951 au sein du journal Arbetartidningen, qui précisait qu’il s’agissait du qualificatif employé par les supporteurs les plus inconditionnels. De même, lors de la saison printanière de 1948, la formation d’Elfsborg dominait le championnat suédois. Le 27 mai 1948, lors de l’avant-dernière journée, l’IFK Göteborg parvint à briser cette dynamique en s’imposant 2-0 grâce à une performance magistrale menée par son attaquant vedette, Gunnar Gren. Le lendemain, le quotidien « Göteborgs Handels- och Sjöfartstidning » publia une critique dithyrambique où le journaliste écrivit « Kamraterna hade sin vackra dag igår, alla elva spelade som änglar och demonstrerade ett så rätlinjigt och precist kortpassningsspel, att det var en fröjd att skåda » (les camarades ont vécu une journée magnifique hier. Les onze joueurs ont joué comme des anges, démontrant un jeu de passes courtes, simple et précis, un vrai régal pour les yeux).

Ces antécédents chronologiques excluent donc de fait les matchs contre l’AIK, la campagne européenne de 1959 et l’arrivée du chant des Saints comme explication de ce surnom. En outre, bien que Bernmar ait dirigé Djurgården lors de rencontres antérieures à la parution de l’article de 1951, cette théorie apparaît discutable car l’expression « ne pas être un ange » était une tournure linguistique très courante qui ne devait pas être particulièrement remarquée par les lecteurs du journal. D’où, il semble probable que le style de jeu développé par Göteborg lors du match face à Elfsborg soit la véritable origine de ce surnom.

#1442 – CD Iquique : los Dragones Celestes

Les dragons célestes. L’institution phare du nord du Chili arbore un surnom poétique, qui rappelle que sa ville de résidence, Iquique, s’allonge entre d’un côté les dunes du désert d’Atacama et de l’autre la côte Pacifique. Le dragon s’affiche d’ailleurs sur son écusson et ce surnom fut popularisé par les commentateurs radiophoniques Raúl Duarte Rivera et Hernán Cortez Heredia dans les années 1980.

La première partie de ce surnom, le terme « Dragon », ne tire pas son origine d’une influence asiatique ou d’une créature héraldique européenne classique, mais d’un monument naturel majestueux qui surplombe la ville d’Iquique : le « Cerro Dragón » (la Colline du Dragon). Il s’agit d’une immense dune de sable, longue de 4 km et culminant à 320 mètres. l’une des plus grandes dunes urbaines au monde. Sa forme et sa crête sinueuse rappellent le dos d’un dragon géant endormi. La légende raconte qu’un énorme dragon s’est installé sur les côtes d’Iquique, dominant les peuples indigènes et kidnappant la fille du cacique, nommée Collaka. Face à cette menace, un jeune chasseur rusé nommé Lloko entreprit de sauver la jeune femme. Il réussit à endormir la bête à l’aide d’une nourriture empoisonnée. Le dragon, profondément endormi face à la mer, fut recouvert de sable par le vent au fil des siècles, formant la dune actuelle. Cependant, le mythe ne s’arrête pas là : la légende prévient qu’un jour, le dragon se réveillera pour se venger. En adoptant ce symbole, le club de football s’approprie la force, l’ancrage territorial et la menace latente de cette créature mythologique prête à s’éveiller lors de chaque rencontre sportive.

Si le dragon représente la géographie et les mythes de la région, l’adjectif « Céleste » (bleu ciel) renvoie directement à la couleur historique arborée par le club. Depuis les années 1940 (avant la création du club), les équipes sportives d’Iquique adoptèrent la couleur bleue ciel des armoiries de la cité. Ville côtière par excellence, nichée entre l’océan Pacifique et le ciel immaculé du désert, Iquique a naturellement fait du bleu clair son étendard. Outre la couleur, ses armoiries reprennent d’autres symboles maritimes (vagues, bouée de l’Esmeralda) et rappellent donc la nature intrinsèquement portuaire d’Iquique, son lien vital avec l’Océan Pacifique pour le commerce, ainsi que la pêche et ses plages. Par tradition, les fondateurs du CD Iquique reprirent cette couleur.

Mais d’autres avancent que le choix de ce maillot bleu ciel fut inspiré par la légendaire équipe nationale d’Uruguay, mondialement connue sous le nom de La Celeste. Les fondateurs et premiers dirigeants du football à Iquique souhaitaient insuffler à leur équipe la fameuse garra charrúa – cet esprit de combativité, de ténacité et de bravoure qui caractérise les joueurs uruguayens et que le CD Iquique répliqua sur le terrain.

#1441 – Preston Lions FC : the Lions

Basé à Melbourne, ce club historique ne doit pas son surnom de Lions au hasard ou à une simple recherche de symbolique agressive. Derrière ce lion jaune rampant sur fond rouge, écusson du club, se cache l’histoire profonde de l’immigration macédonienne en Australie et la préservation d’un symbole héraldique vieux de plusieurs siècles.

L’Australie s’est construite avec l’immigration, notamment européenne. Dès le XIXème siècle, des macédoniens immigrèrent en Australie mais dès qu’ils avaient suffisamment d’argent, ils repartaient en Macédoine rejoindre leurs familles. Les immigrants macédoniens se fixèrent en Australie lors de deux principales vagues. À la suite de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre civile grecque, des milliers de Macédoniens, principalement de Grèce, fuirent les persécutions politiques, l’instabilité et la pauvreté pour rallier l’Australie qui, en plein essor industriel, menait une politique d’immigration active. Le pic de cette émigration fut atteint au début des années 1970 lorsque le gouvernement yougoslave encouragea le travail à l’étranger. Les macédoniens s’installèrent principalement dans des zones industrielles, notamment dans la banlieue de Melbourne. Aujourd’hui, plus 41 000 australiens sont nés en Macédoine du Nord et plus de 111 000 revendiquent des origines macédoniennes.

A Melbourne, afin de préserver leur culture et de s’intégrer par le sport, ces immigrés fondèrent en 1947 un club de football sous le nom de Makedonia SC. L’emblème choisi par les fondateurs du club fut un lion rampant jaune sur un écu rouge. Ce visuel ne fut pas créé pour le club : il s’agit des armoiries historiques de la Macédoine. En important ce blason en Australie, les fondateurs voulaient affirmer leur identité culturelle et créer un point de ralliement pour la communauté en exil.

L’utilisation du lion comme symbole de la Macédoine apparaît au moins au XVIème siècle dans des recueils d’armoiries d’Europe du Sud-Est, tels que l’Armorial de Korenić-Neorić (1595), de Palmić (fin du XVIème siècle), de Mavro Orbini (1601), d’Altanm (1614) ou de Fojnica (1675). Lors de l’occupation du pays par les ottomans ou les bulgares, le lion jaune sur fond rouge demeura le symbole des mouvements nationalistes macédoniens. L’origine de ce lion est inconnue mais, dans l’Antiquité, des lions peuplaient le territoire de la Macédoine. Des fossiles de lion furent découvertes dans la région de Delchevo. De même, à l’époque des anciens rois macédoniens, les scènes et les motifs de chasse au lion étaient courantes dans l’art. Ces histoires ont contribué à ancrer le lion non seulement comme symbole politique, mais aussi comme symbole culturel.

À la fin des années 1990, sous l’impulsion de la Fédération australienne de football qui souhaitait dépolitiser et désethniser les clubs pour rendre le championnat plus grand public, de nombreux clubs durent abandonner leurs noms d’origine faisant référence à leurs origines. Le Preston Makedonia adopta alors le nom de Preston Lions. Ceci permit de respecter les directives de la fédération tout en préservant l’essence même de l’identité macédoniennedu club, le lion.

#1440 – US Orléans : les Guêpes

Contrairement à de nombreux clubs dont le pseudonyme s’inspirant des insectes découle simplement de la ressemblance de leur maillot avec le corps des abeilles et des guêpes (maillot rayé noir et jaune, cf #1210, #876, #460), l’origine de ce qualificatif pour Orléans est infiniment plus riche et puise dans différentes histoires, antérieures à la création du club de football comme des autres institutions sportives de la cité. D’autant plus qu’Orléans évolue dans des équipements jaunes et rouges.

Ce sobriquet est en réalité celui des habitants de la ville. En effet, l’historien Denis Lottin dans son ouvrage « Recherches historiques sur la ville d’Orléans » (1856) soulignait que les Orléanais se distinguaient historiquement par un trait de caractère bien particulier. L’auteur y décrit une population faisant preuve d’un esprit « satirique, spirituel et mordant ». La guêpe, connue pour sa vivacité et sa piqûre prompte, est ainsi devenu le surnom et la métaphore parfaite de la verve orléanaise au fil des siècles. Daniel Polluche, dans l’édition de Mai 1732 du « Mercure de France » confirmait déjà que le mot « Guespin » (comme synonyme de Guêpe) était utilisé dès le XVIème siècle pour les habitants d’Orléans, de manière peu élogieuse la plupart du temps car l’insecte pouvait représenter un esprit querelleur, l’impolitesse ou la médisance. Toutefois, le Dictionnaire de Trévoux (1704-1771) mettait en avant que ce sobriquet attribuait aux orléanais symbolisait, de manière plus favorable, la ruse et la finesse.

Au-delà de ce trait de caractère, des légendes expliquent cette association et plongeons d’abord dans l’hagiographie catholique. En l’an 451, Orléans subit le terrible siège d’Attila et de ses hordes de Huns. Face à la menace, l’évêque de la ville, Saint Aignan, organisa la résistance spirituelle et matérielle en attendant les secours du général romain Aetius. Selon la légende catholique, Saint Aignan, armé de ses prières, se rendit sur les bords de la Loire. Il y ramassa des poignées de sable du fleuve et les jeta en direction des assaillants. Par intervention divine, chaque grain de sable se métamorphosa instantanément en une guêpe agressive. Ces nuées d’insectes harcelèrent et piquèrent sans relâche les guerriers d’Attila, contribuant à les repousser et à sauver Orléans du pillage. Cet épisode légendaire a durablement scellé le destin de la ville à la figure protectrice et combative de la guêpe.

La légende historique s’est parfois mêlée à des récits extraordinaires pour ancrer plus profondément encore ce symbole. L’ouvrage « Histoire des animaux » (publié à Hambourg en 1799) consigne un événement naturel hors du commun survenu à l’automne 1755. Durant cette année-là, les habitants d’Orléans furent les témoins d’une migration impressionnante : des milliers de guêpes traversèrent la Loire par centaines d’essaims. Ce phénomène biologique rare et spectaculaire frappa durablement les esprits de l’époque, réactivant dans la mémoire populaire la vieille légende de Saint Aignan et les récits de nuées d’insectes protecteurs de la cité.

Mais, ce n’est pas la seule explication possible. Dans l’article de 1732, Daniel Polluche notait aussi que le terme « guespin » désignait uniquement les étudiants d’Orléans en 1539 (lors de l’entrée de Charles V dans la ville). Or, cela pourrait corroborer une autre version qui fut expliquée dans un autre article du Mercure de France d’Octobre 1732. L’auteur y explique qu’Orléans est une des plus anciennes villes de France, fondée par une colonie grecque provenant d’Épire et était la plus savante ville de Gaule. Ses habitants étaient réputés pour leur sagesse et leur connaissance. Ils reçurent alors le surnom de goespos, signifiant « pierre brillante » en grec, une pierre qui ornait les temples grecs. Cela n’avait donc aucun rapport avec l’insecte mais, avec le temps et par corruption de langage, il a été changé en celui de « guespin » ou « guêpin ».

Quelque soit l’origine de ce surnom, lorsque le sport moderne se structura à Orléans, l’adoption du surnom de « Guêpes » apparut comme une évidence identitaire. Les fondateurs d’un des premiers cercles sportifs de la ville baptisèrent en 1883 leur société de gymnastique « la guêpe ». L’Arago Sport d’Orléans, l’un des clubs ayant fusionné au sein de l’USO, prit pour emblème également la guêpe. L’USO l’adopta dans son écusson en 1979 et sa mascotte est une guêpe baptisée Arago.