#1445 – Scunthorpe United FC : the Iron

Le Fer. Après avoir remporté la troisième place de la Coupe du Monde 2026, l’Angleterre se réveille avec la gueule de bois en apprenant la mort de l’un des ses plus grands joueurs, Kevin Keegan. Double vainqueur du ballon d’Or, l’attaquant avait participé aux grandes heures de Liverpool durant les années 1970 avant d’apporter la gloire au club allemand d’Hambourg. Mais, ce magnifique parcours débuta hors des sentiers classiques au sein de Scunthorpe United, en 4ème division.

Située dans le Lincolnshire, la cité de Scunthorpe est indissociable de l’industrie sidérurgique. Surnommée Industrial Garden Town (la ville de l’acier), son histoire, son paysage et son économie ont été forgés par plus d’un siècle et demi d’extraction de minerai de fer et de production d’acier. Modeste village agricole pendant des siècles, la ville prit son essor avec la découverte d’importants gisements de minerai de fer par l’industriel Rowland Winn en 1859. 5 ans plus tard, la première coulée de fer fut réalisée aux usines de Trent Ironworks. En 1890, l’introduction des fours Siemens-Martin permit la transition vers la production d’acier. Puis, porté par la militarisation du pays et la Première Guerre mondiale, l’industrie se consolida autours de 3 pôles à comptes des années 1910 : Appleby-Frodingham Steel Company (production massive de plaques et de profilés), Redbourn Hill Iron and Coal Company (production de billettes d’acier) et Normanby Park au Nord de la ville. Avant la découverte du minerai de fer en 1859, la zone comptait environ 1 400 habitants. En seulement 60 ans, l’afflux massif de travailleurs fit bondir la population locale à 25 000 habitants. La production totale de fonte brute en 1917 s’élevait à près de 520 000 tonnes. Durant l’entre-deux-guerres, la production des 3 usines de Scunthorpe passait de 3% à 10% de la production totale d’acier du Royaume-Uni. En 1967, les 3 usines furent réunies sous l’égide de l’entreprise d’Etat, British Steel, formant alors un complexe intégré (ie comprenant des hauts-fournaux) de 800 hectares et le plus grand site sidérurgique du pays. À son apogée, l’usine employait directement plus de 20 000 salariés. Avec le développement du complexe, Scunthorpe s’étendait en une grande ville, à l’ouest, au nord et au sud du village d’origine. Sa population dépassait les 45 000 habitants en 1941 et atteignait plus de 66 000 au début des années 1980.

#1444 – FC Chiasso : Momò

Terme intraduisible et qui désigne les habitants du district de Mendrisiotto. La ville de Chiasso se situe dans ce district et de manière plus générale dans le Tessin, le canton suisse le plus méridionale, à la frontière avec l’Italie. Son histoire est celle d’un territoire géographiquement et culturellement italien, mais politiquement suisse. Dès l’Antiquité, la région subit une profonde romanisation. Après la chute de l’Empire romain, elle fut gouvernée par les Ostrogoths, les Lombards, puis les Francs, avant d’intégrer le Saint-Empire romain germanique. Vers 1100, la région devint le terrain d’affrontements acharnés entre les communes italiennes de Milan et de Côme. Au XIVème siècle, le territoire passa sous le contrôle total des Visconti, ducs de Milan, liant définitivement le sort du Tessin à la Lombardie voisine. Au XVème siècle, pour sécuriser leurs voies commerciales, les Confédérés suisses arrachèrent les territoires tessinois au duché de Milan. Lors de la création de la République helvétique par Napoléon, certains courants suggérèrent le rattachement du Tessin à la République cisalpine (située en Italie du Nord). Cependant, une majorité de Tessinois refusèrent, proclamant le célèbre slogan « Liberi e Svizzeri » (Libres et Suisses). En 1803, le canton du Tessin naquit officiellement et entra dans la Confédération suisse sur un pied d’égalité avec les autres cantons. Par la suite, les diverses tentatives du voisin italien pour rapatrier le territoire dans son giron ne firent que renforcer le sentiment suisse du canton tout en continuant à cultiver un particularisme linguistique et culturel.

Ce particularisme s’exprime notamment dans son dialecte, le tessinois. Il n’est pas un dérivé de l’italien standard (le toscan) mais provient de la langue lombarde qui partage d’importantes racines phonétiques et structurelles avec le français et le piémontais. Un locuteur tessinois comprend ainsi sans difficulté le dialecte parlé à Milan ou à Côme. Contrairement à d’autres régions d’Europe où les langues régionales s’éteignent, le dialecte tessinois conserve une vitalité remarquable. Plus de 58 % des tessinois l’utilisent couramment. Il possède sa propre littérature avec ses poètes (comme Giovanni Orelli).

À l’origine, Momò est un surnom de nature onomatopéique. Il vient de la répétition de l’expression dialectale locale mo-mò ou mò mò, qui signifie littéralement « maintenant, tout de suite ». Le mot dérive du latin modo, qui a donné en dialecte lombard/tessinois. Les habitants du Mendrisiotto avaient la réputation d’utiliser cette expression de manière très fréquente et répétitive dans leurs conversations pour insister sur l’immédiateté d’une action. Les autres Tessinois (notamment ceux de Lugano, Bellinzone ou Locarno) finirent par caricaturer ce tic de langage en appelant les habitants de la région les Momò. Ce qui était au départ une moquerie s’est transformé avec le temps en une véritable marque d’identité culturelle. Aujourd’hui, les habitants de Chiasso et du Mendrisiotto revendiquent fièrement ce terme. La région elle-même est d’ailleurs couramment surnommée la Magnifica Regione dei Momò (la Magnifique Région des Momò).

#1443 – IFK Göteborg : Änglarna

Les anges. Dans le paysage du football suédois, l’IFK Göteborg occupe une place à part. Seul club nordique à avoir remporté des compétitions majeures de l’UEFA (les Coupes de la UEFA en 1982 et 1987), l’institution de Göteborg se distingue également par son riche palmarès local, le plus important de Suède (18 fois champions du pays, 8 coupes nationales entre autres). Si les joueurs sont historiquement appelés les Kamraterna (les Camarades) ou les Blåvitt (les Bleu et Blanc, cf. #77), c’est sous le poétique surnom d’Änglarna qu’ils sont reconnus aujourd’hui. L’origine de ce pseudonyme fait l’objet de plusieurs théories populaires.

Quatre versions majeures dominent l’imaginaire collectif, situant la naissance du surnom entre le milieu des années 1950 et le début des années 1960. La première, popularisée par certains médias nationaux et Wikipedia, attribue la paternité du terme à un livreur de journaux nommé Bengt Nilsson. Dans les années 1950, suite à une éclatante victoire 5-3 de Göteborg face à l’AIK Solna (Göteborg a battu l’AIK 5-3 le 17 août 1952 et le 5 juin 1955), cet homme serait entré fou de joie dans un pub en s’exclamant « Det finns bara ett ord för dom – Änglarna! » (Il n’y a qu’un seul mot pour les décrire : Anges !). Des journalistes présents auraient repris l’expression. Dès le lendemain, le journal « Ny Tid » consacrait une double page au match, sous le titre « Les Anges », illustré d’un dessin du caricaturiste Gunnar Bongberg, représentant les joueurs de Göteborg avec des ailes d’anges.

La deuxième hypothèse renvoie à la scène européenne. Lors de la Coupe d’Europe des Clubs Champions de 1959-1960, à l’aube d’une confrontation face à Linfield (match se déroulant le 9 Septembre 1959), la direction du club nord-irlandais demanda au club suédois de transmettre son surnom officiel afin d’alimenter le programme du match. Subjugué par le jeu de passes courtes de son équipe lors des entraînements, un fidèle supporter, Henry Ek, aurait hurlé dans les tribunes « Vecka änglar ! » (Quels anges !). Les dirigeants, séduits par la résonance de la traduction anglophone (The Angels of Gothenburg), auraient officiellement adopté ce nom, relayé ensuite à grande échelle par la presse britannique.

Une troisième théorie suppose que lorsque les supporteurs adoptèrent la chanson « When the Saints Go Marching In » au début des années 1960 pour encourager leur équipe, un esprit créatif aurait rapidement substituer le terme de « saints » par celui, jugé plus percutant, d’ « anges », donnant alors naissance au surnom.

Enfin, une quatrième légende met en scène le légendaire Anders « Rövarn » Bernmar, alors entraineur du club rival de Djurgården. À la suite d’un match particulièrement physique, les dirigeants de Göteborg se seraient plaints de la brutalité des joueurs de la capitale. Bernmar aurait alors rétorqué « ni spelade inte som några änglar ni heller » (Vous n’avez pas vraiment joué comme des anges non plus).

Bien que séduisantes, ces pistes semblent contredites par les archives écrites. Le terme Änglarna était déjà utilisé dans la presse pour désigner l’équipe de Göteborg à l’automne 1951 au sein du journal Arbetartidningen, qui précisait qu’il s’agissait du qualificatif employé par les supporteurs les plus inconditionnels. De même, lors de la saison printanière de 1948, la formation d’Elfsborg dominait le championnat suédois. Le 27 mai 1948, lors de l’avant-dernière journée, l’IFK Göteborg parvint à briser cette dynamique en s’imposant 2-0 grâce à une performance magistrale menée par son attaquant vedette, Gunnar Gren. Le lendemain, le quotidien « Göteborgs Handels- och Sjöfartstidning » publia une critique dithyrambique où le journaliste écrivit « Kamraterna hade sin vackra dag igår, alla elva spelade som änglar och demonstrerade ett så rätlinjigt och precist kortpassningsspel, att det var en fröjd att skåda » (les camarades ont vécu une journée magnifique hier. Les onze joueurs ont joué comme des anges, démontrant un jeu de passes courtes, simple et précis, un vrai régal pour les yeux).

Ces antécédents chronologiques excluent donc de fait les matchs contre l’AIK, la campagne européenne de 1959 et l’arrivée du chant des Saints comme explication de ce surnom. En outre, bien que Bernmar ait dirigé Djurgården lors de rencontres antérieures à la parution de l’article de 1951, cette théorie apparaît discutable car l’expression « ne pas être un ange » était une tournure linguistique très courante qui ne devait pas être particulièrement remarquée par les lecteurs du journal. D’où, il semble probable que le style de jeu développé par Göteborg lors du match face à Elfsborg soit la véritable origine de ce surnom.

#1442 – CD Iquique : los Dragones Celestes

Les dragons célestes. L’institution phare du nord du Chili arbore un surnom poétique, qui rappelle que sa ville de résidence, Iquique, s’allonge entre d’un côté les dunes du désert d’Atacama et de l’autre la côte Pacifique. Le dragon s’affiche d’ailleurs sur son écusson et ce surnom fut popularisé par les commentateurs radiophoniques Raúl Duarte Rivera et Hernán Cortez Heredia dans les années 1980.

La première partie de ce surnom, le terme « Dragon », ne tire pas son origine d’une influence asiatique ou d’une créature héraldique européenne classique, mais d’un monument naturel majestueux qui surplombe la ville d’Iquique : le « Cerro Dragón » (la Colline du Dragon). Il s’agit d’une immense dune de sable, longue de 4 km et culminant à 320 mètres. l’une des plus grandes dunes urbaines au monde. Sa forme et sa crête sinueuse rappellent le dos d’un dragon géant endormi. La légende raconte qu’un énorme dragon s’est installé sur les côtes d’Iquique, dominant les peuples indigènes et kidnappant la fille du cacique, nommée Collaka. Face à cette menace, un jeune chasseur rusé nommé Lloko entreprit de sauver la jeune femme. Il réussit à endormir la bête à l’aide d’une nourriture empoisonnée. Le dragon, profondément endormi face à la mer, fut recouvert de sable par le vent au fil des siècles, formant la dune actuelle. Cependant, le mythe ne s’arrête pas là : la légende prévient qu’un jour, le dragon se réveillera pour se venger. En adoptant ce symbole, le club de football s’approprie la force, l’ancrage territorial et la menace latente de cette créature mythologique prête à s’éveiller lors de chaque rencontre sportive.

Si le dragon représente la géographie et les mythes de la région, l’adjectif « Céleste » (bleu ciel) renvoie directement à la couleur historique arborée par le club. Depuis les années 1940 (avant la création du club), les équipes sportives d’Iquique adoptèrent la couleur bleue ciel des armoiries de la cité. Ville côtière par excellence, nichée entre l’océan Pacifique et le ciel immaculé du désert, Iquique a naturellement fait du bleu clair son étendard. Outre la couleur, ses armoiries reprennent d’autres symboles maritimes (vagues, bouée de l’Esmeralda) et rappellent donc la nature intrinsèquement portuaire d’Iquique, son lien vital avec l’Océan Pacifique pour le commerce, ainsi que la pêche et ses plages. Par tradition, les fondateurs du CD Iquique reprirent cette couleur.

Mais d’autres avancent que le choix de ce maillot bleu ciel fut inspiré par la légendaire équipe nationale d’Uruguay, mondialement connue sous le nom de La Celeste. Les fondateurs et premiers dirigeants du football à Iquique souhaitaient insuffler à leur équipe la fameuse garra charrúa – cet esprit de combativité, de ténacité et de bravoure qui caractérise les joueurs uruguayens et que le CD Iquique répliqua sur le terrain.

#1441 – Preston Lions FC : the Lions

Basé à Melbourne, ce club historique ne doit pas son surnom de Lions au hasard ou à une simple recherche de symbolique agressive. Derrière ce lion jaune rampant sur fond rouge, écusson du club, se cache l’histoire profonde de l’immigration macédonienne en Australie et la préservation d’un symbole héraldique vieux de plusieurs siècles.

L’Australie s’est construite avec l’immigration, notamment européenne. Dès le XIXème siècle, des macédoniens immigrèrent en Australie mais dès qu’ils avaient suffisamment d’argent, ils repartaient en Macédoine rejoindre leurs familles. Les immigrants macédoniens se fixèrent en Australie lors de deux principales vagues. À la suite de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre civile grecque, des milliers de Macédoniens, principalement de Grèce, fuirent les persécutions politiques, l’instabilité et la pauvreté pour rallier l’Australie qui, en plein essor industriel, menait une politique d’immigration active. Le pic de cette émigration fut atteint au début des années 1970 lorsque le gouvernement yougoslave encouragea le travail à l’étranger. Les macédoniens s’installèrent principalement dans des zones industrielles, notamment dans la banlieue de Melbourne. Aujourd’hui, plus 41 000 australiens sont nés en Macédoine du Nord et plus de 111 000 revendiquent des origines macédoniennes.

A Melbourne, afin de préserver leur culture et de s’intégrer par le sport, ces immigrés fondèrent en 1947 un club de football sous le nom de Makedonia SC. L’emblème choisi par les fondateurs du club fut un lion rampant jaune sur un écu rouge. Ce visuel ne fut pas créé pour le club : il s’agit des armoiries historiques de la Macédoine. En important ce blason en Australie, les fondateurs voulaient affirmer leur identité culturelle et créer un point de ralliement pour la communauté en exil.

L’utilisation du lion comme symbole de la Macédoine apparaît au moins au XVIème siècle dans des recueils d’armoiries d’Europe du Sud-Est, tels que l’Armorial de Korenić-Neorić (1595), de Palmić (fin du XVIème siècle), de Mavro Orbini (1601), d’Altanm (1614) ou de Fojnica (1675). Lors de l’occupation du pays par les ottomans ou les bulgares, le lion jaune sur fond rouge demeura le symbole des mouvements nationalistes macédoniens. L’origine de ce lion est inconnue mais, dans l’Antiquité, des lions peuplaient le territoire de la Macédoine. Des fossiles de lion furent découvertes dans la région de Delchevo. De même, à l’époque des anciens rois macédoniens, les scènes et les motifs de chasse au lion étaient courantes dans l’art. Ces histoires ont contribué à ancrer le lion non seulement comme symbole politique, mais aussi comme symbole culturel.

À la fin des années 1990, sous l’impulsion de la Fédération australienne de football qui souhaitait dépolitiser et désethniser les clubs pour rendre le championnat plus grand public, de nombreux clubs durent abandonner leurs noms d’origine faisant référence à leurs origines. Le Preston Makedonia adopta alors le nom de Preston Lions. Ceci permit de respecter les directives de la fédération tout en préservant l’essence même de l’identité macédoniennedu club, le lion.

#1440 – US Orléans : les Guêpes

Contrairement à de nombreux clubs dont le pseudonyme s’inspirant des insectes découle simplement de la ressemblance de leur maillot avec le corps des abeilles et des guêpes (maillot rayé noir et jaune, cf #1210, #876, #460), l’origine de ce qualificatif pour Orléans est infiniment plus riche et puise dans différentes histoires, antérieures à la création du club de football comme des autres institutions sportives de la cité. D’autant plus qu’Orléans évolue dans des équipements jaunes et rouges.

Ce sobriquet est en réalité celui des habitants de la ville. En effet, l’historien Denis Lottin dans son ouvrage « Recherches historiques sur la ville d’Orléans » (1856) soulignait que les Orléanais se distinguaient historiquement par un trait de caractère bien particulier. L’auteur y décrit une population faisant preuve d’un esprit « satirique, spirituel et mordant ». La guêpe, connue pour sa vivacité et sa piqûre prompte, est ainsi devenu le surnom et la métaphore parfaite de la verve orléanaise au fil des siècles. Daniel Polluche, dans l’édition de Mai 1732 du « Mercure de France » confirmait déjà que le mot « Guespin » (comme synonyme de Guêpe) était utilisé dès le XVIème siècle pour les habitants d’Orléans, de manière peu élogieuse la plupart du temps car l’insecte pouvait représenter un esprit querelleur, l’impolitesse ou la médisance. Toutefois, le Dictionnaire de Trévoux (1704-1771) mettait en avant que ce sobriquet attribuait aux orléanais symbolisait, de manière plus favorable, la ruse et la finesse.

Au-delà de ce trait de caractère, des légendes expliquent cette association et plongeons d’abord dans l’hagiographie catholique. En l’an 451, Orléans subit le terrible siège d’Attila et de ses hordes de Huns. Face à la menace, l’évêque de la ville, Saint Aignan, organisa la résistance spirituelle et matérielle en attendant les secours du général romain Aetius. Selon la légende catholique, Saint Aignan, armé de ses prières, se rendit sur les bords de la Loire. Il y ramassa des poignées de sable du fleuve et les jeta en direction des assaillants. Par intervention divine, chaque grain de sable se métamorphosa instantanément en une guêpe agressive. Ces nuées d’insectes harcelèrent et piquèrent sans relâche les guerriers d’Attila, contribuant à les repousser et à sauver Orléans du pillage. Cet épisode légendaire a durablement scellé le destin de la ville à la figure protectrice et combative de la guêpe.

La légende historique s’est parfois mêlée à des récits extraordinaires pour ancrer plus profondément encore ce symbole. L’ouvrage « Histoire des animaux » (publié à Hambourg en 1799) consigne un événement naturel hors du commun survenu à l’automne 1755. Durant cette année-là, les habitants d’Orléans furent les témoins d’une migration impressionnante : des milliers de guêpes traversèrent la Loire par centaines d’essaims. Ce phénomène biologique rare et spectaculaire frappa durablement les esprits de l’époque, réactivant dans la mémoire populaire la vieille légende de Saint Aignan et les récits de nuées d’insectes protecteurs de la cité.

Mais, ce n’est pas la seule explication possible. Dans l’article de 1732, Daniel Polluche notait aussi que le terme « guespin » désignait uniquement les étudiants d’Orléans en 1539 (lors de l’entrée de Charles V dans la ville). Or, cela pourrait corroborer une autre version qui fut expliquée dans un autre article du Mercure de France d’Octobre 1732. L’auteur y explique qu’Orléans est une des plus anciennes villes de France, fondée par une colonie grecque provenant d’Épire et était la plus savante ville de Gaule. Ses habitants étaient réputés pour leur sagesse et leur connaissance. Ils reçurent alors le surnom de goespos, signifiant « pierre brillante » en grec, une pierre qui ornait les temples grecs. Cela n’avait donc aucun rapport avec l’insecte mais, avec le temps et par corruption de langage, il a été changé en celui de « guespin » ou « guêpin ».

Quelque soit l’origine de ce surnom, lorsque le sport moderne se structura à Orléans, l’adoption du surnom de « Guêpes » apparut comme une évidence identitaire. Les fondateurs d’un des premiers cercles sportifs de la ville baptisèrent en 1883 leur société de gymnastique « la guêpe ». L’Arago Sport d’Orléans, l’un des clubs ayant fusionné au sein de l’USO, prit pour emblème également la guêpe. L’USO l’adopta dans son écusson en 1979 et sa mascotte est une guêpe baptisée Arago.

#1439 – Amazulu FC : Amaqhawe

Les héros, les guerriers. Amazulu incarne une identité culturelle profonde, celle du peuple zoulou. En effet, depuis sa fondation en 1932, le club l’a reçu comme héritage. Initialement nommée Zulu Royal Conquerors, l’équipe fut présentée au roi de la nation zouloue de l’époque, Solomon kaDinuzulu. Ce dernier accorda au club le droit d’arborer le bouclier traditionnel, symbole de défense et d’appartenance à la royauté. Puis, il fut renommé Amazulu , qui signifie le « peuple du ciel », expression dont est tiré le nom du peuple zoulou. Il est encore aujourd’hui le club des zoulous.

Formé au XVIème siècle, le peuple zoulou représente plus de 10 000 000 de personnes en Afrique du Sud et constitue le groupe ethnique le plus important du pays, vivant principalement dans la province du KwaZulu-Natal. Entre le XVIème et le début du XIXème siècle, la nation zoulou se composait d’une multitude de seigneurs locaux. Puis, en 1816, débuta le règne du roi Shaka qui rassembla les clans et forgea une identité zouloue commune. La croissance et la puissance de son royaume reposaient sur son organisation et ses compétences militaires qui en firent une marque de distinction de la culture zouloue. Elle était caractérisée par une armée permanente, la conscription (ukubuthwa), de nouvelles armes (l’iklwa, une lance courte d’estoc), une organisation en régiments (amabutho ou impi) logés dans des casernes militaires (ikhanda) et des tactiques basées sur les affrontements au corps à corps (formation en « cornes de buffle »). Cette puissance militaire permit, lors de la guerre anglo-zouloue, aux guerriers du roi Cetshwayo (neveu de Shaka) d’infliger à l’armée britannique l’une de ses pires défaites coloniales. Armés principalement de lances et de boucliers en peau de vache (même s’ils avaient également quelques vieux fusils), les zoulous triomphèrent d’une force certes inférieure en nombre (1 800 soldats britanniques face à 20 000 zoulous) mais nettement mieux équipée (les britanniques disposaient de fusils modernes et de 2 canons). Les zoulous remportèrent cette bataille grâce à leur discipline tactique et à leur bravoure et mirent ainsi fin à la première invasion du royaume par l’armée britannique. Même si le royaume zoulou perdit la guerre et se disloqua à la fin du XIXème siècle, ce moment précis de l’histoire cristallisa le mythe du guerrier zoulou invincible et héroïque.

#1438 – Hokkaido Consadole Sapporo : コンサ

Consa. Il s’agit du diminutif du nom du club, Consadole. Comme la quasi-totalité des clubs japonais, l’institution de Sapporo naquit dans le monde de l’entreprise avant de prendre son indépendance avec sa professionnalisation, au moment de l’établissement de la ligue japonaise, J-League. Cette transition de l’ancien vers le nouveau monde s’accompagnait d’un changement de nom, afin de marquer la naissance du nouvel environnement footballistique japonais. En effet, les organisateurs de la J-League avait compris que pour attirer des fans, il fallait que ces derniers puissent s’identifier à leurs clubs. Leurs noms devaient donc reprendre leurs lieux de résidence accolés à un surnom et ne plus afficher leurs liens avec l’entreprise mère, auquel les fans auraient montré moins d’affection.

Consadole fut fondé en 1935 au sein de l’entreprise électronique Toshiba, sous le nom de Toshiba Horikawacho FC. Basée à Kawasaki, préfecture de Kanagawa, et surtout lieu où se situe le siège de Toshiba, le club monta lentement les échelons du football japonais. En 1977, il remporta le Championnat du Japon de football amateur, ce qui lui permit de s’inscrire à la deuxième division nationale. En 1989, le club accéda enfin pour la première fois de sa longue histoire à l’élite nationale. Bien qu’ayant enregistré des résultats honorables en première division, l’institution ne prit pas le train de la J-League à sa création en 1992. En effet, Kawasaki comptait deux clubs professionnels en mesure d’intégrer la J-League : Toshiba et Verdy (cf. #1354). Les dirigeants de Toshiba considérèrent que les capacités économiques de la ville ne permettraient pas à deux clubs de vivre et prirent l’option de faire déménager leur équipe en 1996 à Sapporo, sur l’île d’Hokkaido, qui recherchait depuis quelques années à accueillir une équipe de football professionnelle.

Toshiba comprit qu’il fallait suivre l’exemple de la direction de la J-League et que pour ancrer le club parmi les habitants de Sapporo, son nom devait revendiquer son identité locale. L’option la plus simple fut de créer le mot-valise Consodale (コンサドーレ). Il résulte de la combinaison de « consado », l’inverse du mot japonais « Dosanko » (道産子) qui signifie « habitants d’Hokkaido » et de l’expression espagnole « Olé » . D’un côté, il était clair que le club était celui des habitants de la région et de l’autre il était porté par une ferveur latine, capable d’emporter les fans. Pour la mascotte, le Grand-duc de Blakiston, un hibou particulièrement présent à Hokkaido, fut retenu. L’équipe se fondait alors dans la culture locale pour en devenir son représentant.

#1437 – Grêmio Porto Alegre : Imortal Tricolor

L’Immortel Tricolore. L’institution brésilienne, basée dans le sud du pays, ne se contente pas d’arborer un palmarès vertigineux ; elle porte également un surnom qui impose le respect à ses adversaires : Imortal Tricolor (l’Immortel Tricolore). Loin d’être une simple trouvaille marketing, ce surnom puise ses racines dans la poésie, la culture régionale et une série d’exploits sportifs défiant toute logique.

Pour comprendre la genèse de l’Immortel, il faut remonter à l’année 1953. Le club, fondé en 1903, s’apprêtait alors à célébrer son cinquantième anniversaire. À cette occasion, le journal « Diário de Notícias » confia au célèbre compositeur brésilien Lupicínio Rodrigues, figure majeure de la musique populaire et fervent supporter du Grêmio, de créer un nouvel hymne officiel. Lupicínio ne cherchait pas seulement à écrire une chanson entraînante ; il voulait mettre en valeur la ferveur inébranlable de ses supporters (ce qui favorisa l’adoption de l’hymne par les fans). Dans l’un des couplets, il rédige ces mots devenus légendaires :

« Cinquenta anos de glória, Tens imortal tricolor. Os feitos da tua história, Canta o Rio Grande com amor. » (Cinquante années de gloire, Tu es l’immortel tricolore. Les exploits de ton histoire, Le Rio Grande les chante avec amour.)

Evidemment, la longévité du club (50 ans) et sa résilience (notamment d’avoir survécu aux premières années d’existence où il était difficile de pratiquer un sport sans moyen financier et à l’aura encore limitée) justifiaient le terme « immortel » . Mais, Lupicínio fut surtout inspiré par un évènement particulier : les grèves des transports à Porto Alegre. Malgré les difficultés logistiques et les intempéries, les supporters marchaient de longues heures pour voir jouer leur équipe, prouvant que l’amour pour le club ne pouvait s’éteindre. L’hymne débute d’ailleurs par « até a pé nós iremos » (même à pied nous irons).

Il est vrai que le club cultive une culture particulière. Le Grêmio est situé dans l’État du Rio Grande do Sul, au Sud du pays. Inspirés par leurs voisins uruguayens et argentins (et leurs fameuses barras bravas), les fans du Grêmio affichent une grande détermination et soutiennent avec vigueur leur équipe. Cette ferveur est plus forte que dans les autres villes du pays et s’est traduite sur le terrain. En effet, les joueurs du Grêmio suivent une philosophie de jeu basée sur l’engagement physique, la combativité et le refus catégorique de la défaite. Cet état d’esprit parmi les fans et les joueurs s’appelle alma castelhana (l’âme castillane).

Sur le terrain, ce surnom a pris toute sa dimension, particulièrement entre 1981 et 1983. Tout commença en 1977 quand, à l’issu d’une finale haletante, le Grêmio mit fin à l’hégémonie de son rival, l’International, dans le championnat gauchão (le championnat de l’État du Rio Grande do Sul). Après deux nouveaux titres régionaux, l’équipe accéda au graal national en remportant le championnat brésilien en 1981. Puis, suivit le titre continental (Copa Libertadores) en 1983 et quelques mois après la couronne mondiale (Coupe Intercontinental face à Hambourg). Au-delà des titres, l’identité de l’équipe de Grêmio se construisit dans des victoires âprement disputées. Avec un style de jeu physique et intense, elle démontra sa ténacité à toute épreuve et sa capacité à retourner des situations délicates, donnant lieu à des matchs d’une tension émotionnelle extrême. Elle devint alors l’Esquadrão Imortal (l’escouadre immortelle).

Le surnom l’Immortel n’est donc pas une simple expression d’arrogance sportive. Il est le fruit d’une conjonction parfaite entre l’inspiration d’un poète dans les années 1950, l’identité combative du peuple gaucho, et la capacité presque surnaturelle du club à renverser des situations désespérées. Le tricolor ajouté fait évidemment référence au maillot bleu, blanc et noir du club dont les origines sont expliquées ici #23.

#1436 – Nottingham Forest : the Garibaldis

En référence au révolutionnaire italien Giuseppe Garibaldi. Le club de l’Est des Midlands évolue dans des maillots rouges depuis sa fondation. S’il existe plusieurs versions pour expliquer ce choix de couleur, la plus connue fait référence aux troupes de volontaires de Garibaldi qui étaient dénommées les camicia rossa (chemise rouge) car elles portaient des chemises rouges (cf. #430). Pour comprendre cette filiation inattendue entre un club anglais et un révolutionnaire italien, il convient d’explorer l’Angleterre victorienne et l’admiration que celle-ci vouait à Giuseppe Garibaldi.

Après avoir connu l’exil et une première révolution en Uruguay, Garibaldi revint en Europe et en 1860, parvint à libérer son peuple de l’oppression des Espagnols et des Autrichiens. Pendant des siècles, la péninsule avait été une cohabitation de petits royaumes et de cités-États et Garibaldi fut un des artisans de l’unification. Homme militaire et politique, il devint alors en Europe un mythe équivalent au Che Guevara du XXème siècle et sa réputation traversa rapidement la Manche. En Grande-Bretagne, il séduisit l’establishment car il avait humilié les ennemis de la Grande-Bretagne. Tout comme les classes ouvrières dont il représentait le champion qui luttaient pour obtenir des droits fondamentaux aux opprimés. Cette admiration se transforma en une véritable « Garibaldimania » . Rendez vous compte qu’à l’époque des produits dérivés (tasses, assiettes, choppes, figurines en porcelaine) à son effigie inondaient le marché britannique. Pour l’honorer, son nom fut donné à des biscuits aux raisins secs, également à une sauce en Ecosse ainsi qu’à un cheval de course. L’Écosse produisit une sauce Garibaldi. L’apogée de ce phénomène fut sa visite à Londres en Avril 1864. Selon le quotidien « The Spectator », à son arrivée, la foule était si dense qu’il fallut 5 heures à sa calèche pour effectuer le trajet entre la gare de Nine Elms et son lieu de résidence, Stafford House.

Nottingham ne résista pas à cette vague. Une fanfare de la ville prit son nom en 1860 et un an plus tard, une conférence eut lieu pour relater ses aventures. Ce fut donc dans ce contexte qu’en 1865, un groupe de jeunes hommes fonda Nottingham Forest. Leur première décision aurait été d’acheter douze casquettes à gland de couleur rouge Garibaldi. Ce choix ne fut pas anodin car il influença d’autres clubs. Nottingham donna sa couleur rouge à Arsenal où joua deux de ses anciens joueurs. Arsenal inspira à son tour le club tchèque du Sparta Prague (cf. article #134). Nottingham détermina aussi la couleur du club argentin d’Independiente (cf. article #274).