#1095 – Karşıyaka SK : Kaf Sin Kaf

Vous avez peut-être remarqué que la phrase Kaf Sin Kaf présente les mêmes initiales que le nom du club Karşiyaka Spor Kulübü : KSK. Ce n’est évidemment pas un hasard et tout simplement, Kaf Sin Kaf, est la prononciation en turc ottoman (ou turc osmanlı ou turc ancien) des initiales KSK. Lorsque Mustafa Kemal dit Atatürk fonda la Turquie après l’effondrement de l’Empire Ottoman et suite à la guerre d’indépendance (1919-192), il entreprit une véritable révolution des institutions et redéfinit l’identité du pays : déplacement de la capitale à Ankara, abolition du sultanat et du califat, proclamation de la République, expulsion de l’ancienne famille impériale, droit de vote accordée aux femmes, encadrement ferme de la religion musulmane, laïcité constitutionnalisée, instauration du mariage civil, adoption des systèmes internationaux pour l’heure, le calendrier et les poids et mesures … La Turquie rentrait dans l’ère moderne. Cela passa aussi par une évolution de la langue. Dans l’Empire Ottoman, le turc ottoman constituait la langue officielle de l’Empire depuis la constitution de 1876. Basée sur l’alphabet arabe, cette langue reprenait de nombreux termes venant de l’arabe ou du persan. Mais, cette arabisation ne plaisait pas aux mouvements nationalistes turques au XIXème siècle qui souhaitaient purifier la langue de ces influences. Atatürk lança cette réforme linguistique en 1928, connu sous le nom de Harf Devrimi (révolution des signes), et fit adopter l’alphabet latin enrichi de 6 lettres (ç, ğ, ı, ö, ş et ü). L’idée était que l’alphabet latin était plus approprié à la structure de la langue turque et à sa phonétique que l’alphabet arabe (en raison du nombre de voyelles). Cette simplification permit de réduire l’analphabétisation dans le pays.

Si le club a pour surnom sa prononciation dans l’ancienne langue, c’est que sa fondation date de l’époque ottomane. En 1908, le football en Turquie était généralement pratiqué par des étrangers. Ainsi, les équipes d’Izmir (où se situe KSK) représentaient chacune une des communautés grec, arménienne et britanniques et elles dominaient la pratique sportive. Un jour, 6 jeunes de Karşıyaka s’abritèrent sous un olivier sous la pluie battante et décidèrent de créer leur propre club, représentant la communauté turque, en signe de rébellion contre la domination des autres minorités. Le 1er novembre 1912, le Karşıyaka Türk Mümarese-i Bedeniyye Terakki Kulübü, aujourd’hui connu sous le nom de Karşıyaka SK, fut fondé.

#1078 – Portimonense SC : os Marafados

Le terme est typique de l’Algarve et désigne une personne facilement irritable. En effet, comme dans d’autres régions, la langue, les expressions et l’accent de l’Algarve diffèrent du portugais standard. Ce mot est souvent utilisé dans l’expression Ah moce marafade! qui se comprend comme « Ah, ce marfade ! » et qui désigne une personne en colère. Mais, il peut également désigner, pour un jeune garçon, un caractère espiègle, coquin. Donc, le mot s’utilise plutôt dans un sens tendre, affectueux. Même s’il y a bien d’autres expressions et mots typiques de l’Algarve, Marafados est totalement identifié avec la région et en est devenu son « gentilé » non-officiel.

Portimonense Sporting Clube réside dans la ville de Portimão, dans la région de l’Algarve. Agglomération portuaire de 60 000 habitants, la cité est très marquée par le sport, notamment en beach soccer. Elle a déjà accueilli la Coupe du Monde de Beach Football et la Ligue européenne de Beach Football. Mais, depuis deux ans et la relégation du Sporting Clube Farense, Portimonense est le seul représentant de la région au sein de l’élite portugaise. Après avoir connu plusieurs groupes de supporteurs, depuis quelques années, le principal s’appelle Ultra Marafados.

#1054 – CA La Paz : la Palomilla

Littéralement, le mot se traduit par papillon de nuit mais ce n’est pas son sens ici. Le CA La Paz est un club récent qui a été fondé le 22 avril 2022. Tout commença le 21 avril 2022 quand le propriétaire du Tampico Madero FC céda sa franchise à l’homme d’affaires Arturo Lomelí, actionnaire du Mazorqueros FC. Dans la foulée de l’acquisition, la nouvelle équipe déménagea dans le département de la Basse-Californie du Sud, à La Paz et fut renommée CA La Paz. Ce nouveau club ne reprit pas les symboles de son prédécesseur et créa sa propre identité. Ainsi, son surnom puisa dans le jargon local.

Le mot palomilla est populaire dans les régions côtières du Mexique, mais aussi dans d’autres pays comme le Chili, le Pérou et le Honduras. Il était souvent utilisé pour désigner des bandes de jeunes espiègles, provenant des classes modestes. Le terme s’est popularisé dans l’ensemble du Mexique dans les années 1950, lorsque le comédien et chanteur emblématique du cinéma populaire mexicain Germán Valdés, connu sous le nom de Tin Tan, s’amusait dans ses films avec sa bande d’autres acteurs, qui était surnommé palomilla. En Basse-Californie du Sud, ce mot est assez courant, même si au début des années 2000, il semblait avoir disparu de la circulation. Il désigne maintenant un groupe de personnes qui se réunissent fréquemment pour s’amuser. Avec le temps, ce terme qui était attribué à des jeunes qui venaient des milieux populaires se déporta vers des personnes à la mode. Il est même devenu par la suite un synonyme de amigos (amis).

#1007 – Sunderland AFC : Makem

Voila le gentilé des habitants de Sunderland qui caractérise leur accent et leur dialecte (il peut également s’écrire Mackam, Mak’em, Mackum …). Plus on s’éloigne de Londres en montant vers le Nord du pays, plus l’accent s’accentue et le dialecte se développe (plus l’oreille des non-britanniques se tends aussi pour tenter d’accrocher quelques mots). Dans le Pays Noir, le dialecte se nomme Yam-Yam et Dee-Dah à Sheffield. Newcastle est très connu pour son Geordie (qui est également la manière de désigner ses habitants). Un peu plus au Sud, du côté de Durham, le dialecte comme les citoyens s’appellent Pitmatic. Entre les deux, se situe la ville de Sunderland qui a développé également son propre dialecte. Et n’allez pas dire qu’il ressemble aux deux autres (même si les différences sont parfois subtiles).

Il est communément admis que le terme Makem proviendrait de l’expression « Mak ’em and Tak’em« . Mak’em serait la prononciation locale de « make them » (faîtes-les) et Tak ’em de « take them » (prenez-les). Même s’il y a de nombreux débats pour identifier l’origine du terme, il semble que toutes mènent à l’activité de construction navale de la cité. Cette dernière fit la fortune de Sunderland en particulier au XIXème siècle. Sur une distance de 3 miles, 65 chantiers jalonnaient la rivière Wear (qui traverse la ville) vers 1840. En 1901, les chantiers de Sunderland produisaient 77 navires et 95 en 1905. Construit le long des berges, les marins emmenaient alors ces nouveaux navires sur la rivière Wear jusqu’à la mer ou à Tyneside pour être équipés. D’où l’idée que les ouvriers de Sunderland fabriquaient les bateaux et les marins les emmenaient. Une autre explication est que les navires étaient à la fois construits et réparés (ou pour comprendre l’expression « pris en charge pour des réparations ») à Sunderland. Le terme pourrait également faire référence au volume de navires construits durant la guerre et l’expression signifierait « Nous les fabriquons et ils les coulent ». D’ailleurs, l’augmentation des commandes à cette époque auprès des chantiers de Sunderland fit dire aux ouvriers de Newcastle que ceux de Sunderland leur avaient volé leur travail et les auraient alors surnommé Makem.

Bien qu’il exista avant (dès 1929 des articles le mentionnent), le terme se démocratisa grace au sport à la fin des années 1970 et au début des années 1980. L’expression « we still tak’em and mak’em » fut utilisée en 1973 pour faire référence au Sunderland Cricket & Rugby Football Club. Mais, ce fut la rivalité footballistique, avec le développement du hooliganisme, qui représenta le terreau fertile à sa propagation. Les supporteurs de Newcastle l’auraient utilisé pour désigner avec dédain leur rivaux de Sunderland (la première mention écrite de ce surnom péjoratif date de 1980). Puis, ces derniers se l’auraient approprié dès 1989 pour désormais le porter avec fierté.

#1002 – Real Saragosse : los Maños

L’erreur serait de traduire le terme maños par « mains » car ce n’est pas sa signification dans cette région de l’Espagne. Utilisé dans la vie courante et de affectueuse, le mot est devenu la manière de désigner les habitants de Saragosse et ceux du sud de l’Aragon. De ce terme est dérivé un surnom pour Saragosse, Mañolandia. Son origine est incertaine et plusieurs versions se racontent, chacun choisissant celle qui lui convient.

Une version assez répandue raconte que le mot provient du latin magnus ou magnum qui signifie grand. Par la suite, l’hispanisation du mot fit remplace le « gn » par « ñ ». Si l’histoire est répandue, cela peut s’expliquer par le fait que ce surnom peut rendre fier les habitants de Saragosse.

Une autre théorie, remontant à l’occupation arabe de l’Espagne, suggère que le terme maño vient du mot arabe mawla, qui signifie « ami » ou « protecteur ». D’un côté, ce terme aurait été utilisé par les mudéjars aragonais, les musulmans tolérés en Espagne après la reconquête. De conditions modestes et inférieures (du fait de leur religion), les mudéjars disaient maño pour appeler affectueusement un de ses compagnons, en tant que membres d’un peuple soumis, frères d’infortune. D’un autre côté, à l’inverse, il est avancé que pendant la domination musulmane de la péninsule ibérique, les habitants de Saragosse étaient connus pour leur loyauté et leur amitié avec les musulmans.

Mais ces deux explications sont souvent contestées car le lien entre le mot d’origine et maño n’est pas aussi évidente.

Il existe donc une troisième théorie beaucoup moins avancé. Le terme proviendrait du mot latin matianus, qui signifie « habitant de Matiena », une ville romaine qui se trouvait dans l’actuelle province de Huesca (au Nord de la ville de Saragosse). Au fur et à mesure que le latin évoluait vers l’espagnol, le mot se transforma en matiano puis finalement maño.

#943 – Pau FC : les Maynats

Les garçons en béarnais (prononcé Maï-Nah-Tsse – Merci à Gillen). Au Sud de la France, au pied des Pyrénées, la ville au célèbre maire, François Bayrou, est le chef-lieu du département des Pyrénées-Atlantiques mais fut surtout entre 1464 et 1620 la capitale de la principauté du Béarn. Cette région historique connut son indépendance entre 1347 et 1620 mais surtout possède une culture riche et forte. Sa langue, le béarnais, demeure l’un des éléments différenciant et marqueur de son identité. Il s’agit d’un parler occitan, qui fut la langue institutionnelle de ce territoire durant sa période souveraine. Il resta longtemps la langue parlée dans le territoire bien que l’intégration du français se développa, notamment avec son annexion par le Royaume de France en 1620. Son usage recula à compter du XIXème siècle mais connut une nouvelle vie à partir de la seconde partie du XXème siècle. Selon une enquête réalisée en 2008 par la région Aquitaine, 8% des personnes interrogées déclarent parler béarnais sans difficulté, ce qui représenteraient 29 locuteurs. En outre, 7% estiment pouvoir tenir une conversation simple en béarnais. D’où, au final, 15% des populations vivant dans le Béarn parleraient le béarnais, environ 55 000 béarnophones. Maynats est donc le terme béarnais qui signifie les enfants comme les gones en lyonnais (#2), les minots en provençal (#298) et les pitchouns en occitan (#434). Il est utilisé pour les joueurs mais de manière général pour désigner les enfants.

#908 – Valence CF : el Che

Terme intraduisible mais dont les valenciens raffolent. Cette interjection est l’une des caractéristiques les plus identitaires des habitants de Valence par rapport au reste de l’Espagne, au point que le mot est aujourd’hui synonyme des valenciens et s’utilise comme surnom du club de football. Le club avait une chaîne de télévision nommée « che » et même un magazine « che, che, che » . Dans les rues de la ville, il est courant de voir des endroits appelés « che » mais surtout on entend le terme dans les bouches valenciennes régulièrement. « ¿che, que fas? » (che que fais-tu ?), « che, bon dia » (che bonne journée) ou « che, qué mala suerte » (che quelle malchance). Les habitants le glisse pour souligner quelque chose, exprimer une colère ou simplement pour remplir un vide. Il est également synonyme de hombre comme dans « Que sí, che, que yo lo he visto » (mais oui, mec, je l’ai vu). Il est souvent associé au pronom « tu« , étant donné que le terme est tout de même un peu familier. On pourrait l’assimiler au « hey » ou « oyé ». Dans son roman « Pour qui sonne le glas », Ernest Hemingway réunit toutes ses connaissances de l’Espagne, ses coutumes, ses langues et ses modes de vie. Pour Valence, l’écrivain fut marqué par cette expression et faisait décrire la cité à l’un de ses personnages comme suit : « Les gens n’ont pas de manières ou quelque chose comme ça. Je n’ai pas compris ce qu’ils disaient. Tout ce qu’ils ont fait s’est se crier « che » l’un à l’autre » .

L’origine de cette expression est débattue car elle peut se retrouver dans d’autres langues et régions. En Catalogne, on entend ainsi « xe » , « xeic » dans le delta de l’Ebre et en Sardaigne « cè » . Il se pourrait qu’il provienne de l’arabe à l’époque d’Al-Andalus. Sous l’occupation arabe de Valence, l’expression chouf qui signifie « regardez » était couramment utilisée par les habitants maures et juifs. Avec le temps, chouf serait devenu che. D’autres estiment qu’il dérive de l’arabe Cheikh et certains philologues italiens pensent qu’il provient d’un dialecte vénitiens, le cocoliche. L’expression a voyagé depuis et s’est intégré dans l’argot argentin, avec les populations espagnoles et italiennes qui immigrèrent à la fin du XIXème et au début du XXème siècle en Amérique du Sud. En Argentine « che » est devenu une sorte de pronom ou de nom interpersonnel, avec une utilisation assez proche de celle en valencien. Mais, elle s’est nettement popularisée à travers le monde comme surnom d’Ernesto Guevara.

#896 – CD Atlético Huila : los Opitas

Gentilé des habitants de la ville de Neiva et du département de Huila, bien connu des colombiens, le terme est intraduisible. Le club de l’Atlético Huila, qui réside à Neiva, représente ce département et reprit à sa création tous ces symboles, notamment ses couleurs jaune et vert. En 1990, les autorités locales se désolaient de ne pas posséder une équipe professionnelle dans la région. Ainsi, avec le support du gouverneur du département (Jorge Eduardo Gechem) et du maire de la ville de Neiva (Luis Alberto Díaz), le club fut fondé le 29 novembre 1990. Outre les couleurs, le surnom opita s’imposa immédiatement tellement le terme est identifié aux habitants de cette région. Dans le jargon local, pour saluer une personne, les gens de la région disent opa, ce qui donna le terme opita.

Ce mot opa n’apparut pas par magie ou par simple appréciation positive de sa sonorité. Son origine serait liée au sentiment rebelle patriotique qui habite les gens de cette région. En effet, depuis leurs créations, Neiva et le département de Huila participèrent à de nombreux soulèvements et mouvements indépendantistes. En 1777, arriva dans la colonie espagnole de Vice-royauté de Nouvelle-Grenade (qui regroupait les territoires de Colombie, Équateur, Panama et Venezuela) le visitador-régent Juan Francisco Gutiérrez de Piñeres dont l’objectif était de mettre en place les mesures décidées par le Roi d’Espagne Charles III. Ainsi, il créa ou augmenta des taxes (sur le sel, le tabac, les jeux de cartes, les textiles de coton), rationnalisa et améliora leur collecte par des méthodes arbitraires et violentes et renforça les procédures et contrôles administratifs sur la circulation des marchandises. L’ensemble des mesures parurent insupportables aux créoles (les colons espagnoles). En 1781, ces derniers, habitants de la ville de Socorro, initièrent une insurrection dont les rebelles étaient connus sous le nom de comuneros. Neiva, qui manifestait déjà son mécontentement face aux impôts en 1772, emboita rapidement le pas de cette révolte. Réunissant une armée de 20 000 hommes, les rebelles obtinrent l’abolition de ces mesures.

Au début du XIXème siècle, Neiva fut l’un des foyers principaux de l’indépendance du pays. L’invasion et l’occupation par les troupes napoléoniennes de l’Espagne en 1807 et 1808 affaiblit le pouvoir royal. Ces évènements encouragèrent les colonies d’Amérique latine à se soulever et réclamer leur indépendance. Le 8 février 1814, la province de Neiva déclara son indépendance. Puis, réunissant autour d’elle les villes de La Plata, Timaná et Purificación, Neiva proclama la Constitution de l’État libre de Neiva le 23 septembre 1814. Toutefois, en 1816, les armées espagnoles reprirent le contrôle de l’ensemble des territoires qui avaient déclaré leur indépendance de la couronne, dont Neiva. Reprise en main de courte durée car dès 1818, Simón Bolívar et Francisco de Paula Santander fédérèrent les différents mouvements patriotiques qui finirent par aboutir entre 1820 et 1823 à l’indépendance des colonies d’Amérique latine. Neiva fournit de nombreux indépendantistes au troupe de Bolívar tandis que d’autres habitants faisaient office d’espions et de coursiers. Pour coordonner l’ensemble de ces initiatives, la Organización Patriótica fut fondée clandestinement à Neiva et le nom de l’organisation secrète fut abrégée en Opa. Selon le livre « Relatos y Opiniones » de Guillermo Falla, après les guerres d’indépendance, le mot continua à être utilisé avec fierté comme salutation et les plus jeunes enfants étaient appelés opita.

#884 – Deportivo La Corogne : los Turcos

Les turcs. Apparu dans les années 1980, ce surnom était réservé au départ aux fans de l’équipe de football de la ville, le Deportivo, mais il s’est répandu de plus en plus en dehors des terrains de sport. Au milieu des années 1980, la rivalité entre les deux clubs galiciens du Deportivo et du Celta Vigo s’intensifia. En 1987, le Deportivo perdit le derby 2 buts à 0 dans le stade de Vigo. Les fans du Celta insultèrent ceux du Deportivo en les traitant de turcos. Ce qui devait être désobligeant finit par être une source de fierté pour les fans du Deportivo. Ainsi, dans les années 1990, les drapeaux rouges au croissant fleurirent dans les travées du Stade de Riazor. Qu’est-ce que la Turquie a à voir avec La Corogne ? Une question que beaucoup se posent mais dont la réponse n’est pas unique. En effet, de nombreuses histoires circulent mais nous allons essayer de résumer les plus répandues.

Il y a d’abord la version du bus. Le Deportivo se déplaçait à Vigo avec un bus de la société dénommée TourCoruña. Mais, avec le temps, le uña s’effaça et il ne restait plus comme inscription TourCo qui fut simplifiait en turco.

Evidemment, certains cherchèrent un parallèle historique. Au XVIIème siècle, des pirates, venant majoritairement de Turquie, harcelèrent les côtes et en particulier les villes de Vigo et Cangas. Les fans de Vigo, voulant traiter ceux du Deportivo de barbares, firent le parallèle avec ces pirates turcs. Mais, comme on disait « fort comme un turc », l’image plut aux citoyens de La Corogne. Il existe d’autres versions liées à l’histoire. A une époque, la marine turque aurait atteint les côtes espagnoles et reçu l’aide des habitants de La Corogne. Les gens de Vigo n’aurait jamais oublié cette trahison. Une autre histoire indique une autre infidélité. Lorsque le pape appela les chrétiens à la croisade en terre sainte, le peuple de la Corogne ne se serait pas levé pour aller combattre les turcs. Dans les deux cas, La Corogne s’était vendue à la Turquie.

La thèse « géopolitique » est défendue par d’autres. La Galice, comme la Catalogne et le Pays-Basque, est une terre à l’identité forte et dont la culture celte s’éloigne des symboles de l’Espagne. Les gens de Vigo sont particulièrement fiers de cette différence. En revanche, ils estiment que les habitants de La Corogne se sont éloignés de leur racine et veulent s’assimiler à des espagnols. Le parallèle est alors fait avec les turcs, dont le territoire est principalement situé sur le continent asiatique, mais qui souhaitent être vus comme des européens.

Dans la même veine, la musique fut une autre source. Ce surnom serait relié au groupe Os Resentidos qui, en 1988, sortit un titre particulièrement apprécié à Vigo. La chanson s’intitulait « Por alí, por alá » et, dans l’un de ses couplets, le chanteur déclarait « Non son galegos, son árabes, non son galegos, son turcos » (Ce ne sont pas des galiciens, ce sont des arabes. Ce ne sont pas des galiciens, ce sont des turcs). Comme les habitants de La Corogne avaient cette réputation de ne se sentir particulièrement galiciens, ils furent assimiler à des turcs.

La catastrophe écologique qui eut lieue en 1992 fut également une source de ce surnom pour certains. En décembre 1992, le navire grec “Aegeam Sea” (Mer Égée) était venu appareillé dans le port de La Corogne pour livrer plus de 79 000 tonnes de pétrole brut léger à la raffinerie. Mais, des conditions météorologiques défavorables firent échouer le pétrolier lors de son approche, déversant alors 67 000 litres dans la mer. Pour le surnom, c’est le nom du bateau qui est important. En effet, s’appelant Mer Egée, il fait référence à la mer dans laquelle mouille une grande partie des côtes turques. Ainsi, les gens Vigo aurait dit qu’on pouvait voir la Mer Egée depuis La Corogne tout comme en Turquie. L’histoire semble anachronique puisque si on admet que le surnom survint en 1987, la catastrophe est postérieure.

Mais, il existe encore plein de versions différentes. Les villes de Vigo et La Corogne sont situées en Galice mais à deux extrémités de la région. Ainsi, La Corogne est à 160 km de Vigo, ce qui parait à l’autre bout du monde lorsque vous êtes dans cette dernière cité. La Corogne serait apparue aussi éloignée de Vigo que la Turquie. Autre possibilité : les plaques d’immatriculation des voitures enregistrées à La Corogne intègrent un « C » suivi d’un point au niveau du milieu du C. Or, cette configuration aurait fait penser au croissant et à l’étoile figurant sur le drapeau turc. La sémantique n’est pas en reste. En effet, une expression familière dar un baño (donner un bain) signifiait « affliger une défaite humiliante à l’adversaire ». Dans la région, le bain était même un bain turc. Or, il y a plus de 50 ans, lorsque le Celta se déplaçait sur le terrain du Deportivo, il s’inclinait et les supporteurs de La Corogne n’hésitaient pas à dire qu’ils avaient donné un bain turc à Vigo. Enfin, lors du match face au Panathinaikos en Ligue des champions, les supporters du Deportivo firent un grand tifo (de plus de 20 mètres) représentant un drapeau turc pour titiller les Grecs. En effet, les Grecs et les Turcs ne s’apprécient pas (et c’est un euphémisme).

Bref, quelque soit la véritable histoire, la multitude des légendes permet d’assoir ce surnom.

#852 – Wisła Cracovie : Psy

Les chiens. Ce surnom ne réfère pas à un gentil caniche ou un affectueux toutou. Il s’agit plutôt d’une insulte inventée et scandée par les fans adverses à l’attention des supporteurs du Wisła. Car, les rivalités footballistiques en Pologne demeurent malheureusement conflictuels. Le hooliganisme dans les stades est enraciné et tenace, transformant les chants en couplets d’insultes et les tribunes en champs de bataille. Cracovie n’échappe pas aux mouvements avec ces deux clubs historiques qui s’affrontent pour la suprématie sportive sur la cité : le Wisła et le KS Cracovie. Lors des derbys, appelé la guerre sainte, les affrontements entre supporteurs sont nombreux et se règlent à coup de batte de baseball et de couteau, avec malheureusement des décès. Cette hostilité ouverte s’est diffusée dans les surnoms qui deviennent haineux. Ainsi, le « chien » qui caractérise les fans du Wisła a une connotation négative, rebondissant à la fois sur l’histoire du club et sur l’imagerie populaire.

Créé vers 1906 par un professeur et ses étudiants, le club se trouve, depuis l’époque communiste, attaché à la milice (Milicja Obywatelska – Milice Citoyenne). A partir de 1944 jusqu’en 1990, cette force professionnelle (elle n’était pas constituée de citoyens volontaires comme le mot milice aurait pu le laisser supposer) assuraient les missions de police et notamment de police politique (via sa branche dénommée ZOMO). Je n’ai pas retrouvé les conditions exactes de rattachement du club à la Milice Citoyenne mais selon certains, comme le club comptait de nombreux supporteurs et que l’autre grand club polonais, le Legia Varsovie, dépendait déjà de l’Armée Polonaise, la Milice aurait forcé la main des dirigeants du club pour se soumettre. Or, dépendre de la police n’était pas bien vu et donner lieu à du mépris. En effet, la détermination de la Milice à défendre le gouvernement communiste et à réprimer toute opposition, en commettant des exactions, conduisit à une image déplorable et sa détestation par la population. Pour les adversaires, le club représente donc encore cet appareil de la terreur communiste. Une légende colporte que le souhait de la Milice d’intégrer le club dans son giron avait pour objectif de recruter parmi ses nombreux supporteurs de nouveaux collaborateurs dévoués et bénévoles. D’où ses supporteurs gardent l’image de suppôts au service de cette autorité. Or travailler pour cette police secrète était un acte de traitrise pour la population.

Le chien, animal utilisé par les forces de l’ordre (et donc la Milice), devint donc son symbole. Mais, cette représentation ne mettait pas en avant les qualités de l’animal (fidélité, force …). Il est né dans le vocabulaire des criminels, qui se transposât dans l’argot polonais. Le sens dégradant donnait à l’animal provient du fait que, comme le cochon, dans l’imagerie populaire, le chien, notamment errant, représente un statut inférieur, inspire la répugnance et le mépris. Le transfert de cette symbolique insultante envers l’homme est connu dans de nombreuses cultures : l’homme est dégradé au rang du pire animal pour signifier son absence de toute valeur (notamment morale) et caractériser un comportement indigne (ne dit-on pas en français « sale chien ! »).

Comme vous pouvez le voir, ce surnom exprime la haine et le mépris envers le Wisła mais ses supporteurs le retournèrent aussi en leur faveur. Car ce qui catalyse la haine et la fureur de l’adversaire mérite d’être transformé en une forme capable de susciter sa terreur. Il n’est donc pas rare de voir les fans du Wisła faire vibrer des tifos arborant des chiens, mais cette fois, forts et féroces (aux crocs acérés ou bavant ie ayant la rage).