#851 – FC Carthagène : Efesé

Le terme n’a aucune signification et provient d’une moquerie journalistique. Dans les années 1920, la pratique du football se développa bien dans le Sud de l’Espagne et la rivalité entre les différentes équipes se construisit, en particulier entre le Real Murcie, Natación de Alicante, Valence FC et Carthagène FC. Plusieurs quotidiens sportifs relataient leur lutte et l’entretenaient. D’ailleurs, certains n’étaient pas neutres car liés aux clubs. Par exemple, « Murcia Deportiva » était le média « non officiel » du Real Murcie. La salle de rédaction de l’hebdomadaire était située au siège du club, tandis que la plupart des employés du magazine étaient d’anciens joueurs ou entraineurs du Real. Ce journal sportif intégrait, parmi ses pages qui avaient un ton sérieux, une rubrique dénommée En serio y en broma (sérieusement et en plaisantant) qui apportait un regard humoristique, satirique voire cinglant sur les nouvelles sportives. Elle fut le recueil naturel des allusions désobligeantes sur les rivaux du Real Murcia. En 1924, le Carthagène FC était devenu le principal opposant du Real Murcia et donc une cible privilégiée pour la section En serio y en broma. Dans ce contexte, un rédacteur en chef (très probablement Fernando Servet Spottorno) décida d’affubler les rivaux d’un sobriquet, évidemment ironique. Pour Carthagène, le terme Efe-se apparaît pour la première fois, le 18 septembre 1924, dans les pages de ce magazine, suite à une défaite du FC Carthagène face à Natación de Alicante, 6 buts à 2. Ce surnom soulignait de manière péjorative la prononciation par les supporteurs des initiales du club, FC. Leur prononciation était influencée par le seseo, une caractéristique linguistique de certaines régions hispanophones où le « z », le « c » et le « s » se prononcent avec le même son [s]. Le trait d’union de Efe-se permettait de bien distinguer les deux lettres « F » et « C » et montrait donc l’origine du terme.

Dès le 25 Septembre de la même année, le sobriquet fut réutilisé dans le journal et cette fois, sans le trait d’union. Enfin, l’accent apparaît sur la dernière lettre le 6 novembre 1924. Dès lors, les mentions du Carthagène FC dans « Murcia Deportiva » en tant qu’Efesé étaient de plus en plus courantes et s’imposa même dans les autres pages plus sérieuses du magazine. Désormais ancré auprès des rivaux de Murcie, il fallait alors qu’il fusse adopté également par les supporteurs de Carthagène, ce qui arriva le 21 décembre 1926. Deux jours auparavant, Carthagène réussit pour la première fois de son histoire à s’imposer face au Real Murcie lors d’un match officiel. Cette victoire incita un journaliste d’ « El Eco de Cartagena », connu sous le pseudonyme de Penalty, à écrire un article le 21 décembre dans lequel il interpellaient les journalistes de Murcie (dont ceux de Murcia Deportiva) qui avaient prédit un large triomphe des leurs. Dans celui-ci, Penalty reprit le terme péjoratif d’Efesé pour donner plus d’ampleur à la victoire et se venger du quolibet (l’équipe dont vous vous moquez, vous a battu sur votre terrain). En clair, c’était l’arroseur arrosé. Peu de temps après, les fans de Carthagène adoptèrent ce terme comme un surnom affectueux, un cri de guerre.

Le Carthagène FC disparut en 1952. Un autre club de la ville, Unión Deportiva Carthagène, reprit le nom Carthagène FC en 1974, refaisant alors survivre le surnom. Puis, en 1995, le club du FC Carthagène (celui de notre article), naquit et hérita également de ce surnom. Aujourd’hui, le débat existe entre les partisans de la « pureté » qui estiment que ce surnom n’appartient qu’au club historique, tandis que d’autres pensent qu’il est attaché à l’histoire footballistique de la ville et donc appartient à tous les clubs de la ville.

#850 – Queen of the South FC : the Doonhamers

Pour ce club, il faut s’intéresser à son surnom mais aussi à son nom. Car, comme un certain nombre de clubs en Ecosse (Partick Thistle, Queen’s Park, Heart of Midlothian, Inverness Caledonian, Hibernian, Albion Rovers, Clyde, Ross County, Raith Rovers …), l’association ne porte pas le nom de la ville où il réside, Dumfries.

Au début de 1919, une poignée de passionnés de football de Dumfries souhaitèrent restaurer une équipe de football compétitive dans la ville. Pour cela, ils poussèrent pour la fusion de 3 clubs existants (Dumfries FC, 5th Kings Own Scottish Borderers FC et Arrol-Johnston Car Company) qui se réalisa le 26 mars 1919. Le choix du nom pour le club se porta sur l’un des surnoms de Dumfries, Queen of the South (la Reine du Sud). Située dans le comté de Dumfriesshire, à 40 km de la frontière avec l’Angleterre, la cité est méridionale pour l’Ecosse et cela explique le surnom. Il lui fut attribué par un poète local, David Dunbar, qui, en 1857, se présenta au Parlement lors des élections générales. Dans l’un de ses discours, il appela Dumfries, Queen of the South.

Finalement, pour le surnom de l’équipe, un autre sobriquet de la ville s’appliqua, Doonhamers, qui fait aussi le lien avec le nom du club. Quand les personnes originaires de Dumfries s’expatriaient dans le reste de l’Ecosse, ils parlaient de leur ville comme de doon hame. Dans le dialecte écossais, l’expression signifie le foyer d’en bas (down home en anglais). En effet, comme Dumfries se situe au Sud de l’Ecosse, toutes les autres ville où était les expatriés se trouvaient généralement au dessus. Doonhamers dérive directement de ce surnom.

#847 – SC Eendracht Alost : de Ajuinen

Les oignons. Dans toute la Flandre, les habitants d’Alost sont connus pour être des oignons. Et si, au départ, le terme était certainement utilisé de manière ironique, le sobriquet semble être devenu un titre honorifique pour les habitants. Il se rapporte à l’une des activités économiques importantes de la ville et ses alentours au XIXème siècle. Bordée de polder, la rivière Dendre offrait des rives fertiles pour la culture de l’oignon. Résultat, la majorité des paysans d’Alost cultivait des oignons. Outre le grand marché du houblon, un célèbre marché aux oignons se tenait également à Alost. Ce sobriquet moqueur a connu des dérivés au fil du temps tels que ajuinpelders (éplucheurs d’oignons), ajuinboeren (producteurs d’oignons), ajuinfretters (moulins à oignons). Les premières traces de ce surnom apparaissent dans une chanson folklorique de Flandre orientale de Termonde, datant de 1843. Normal car les deux villes entretenaient une saine rivalité. Pour les termondois, les oignons permettaient de désigner les alostois comme des idiots, des cancres. Mais ces derniers, fiers de cette culture, ne furent pas gêner par ces moqueries. D’ailleurs, en 1890, lors d’une procession, les habitants d’Alost représentèrent leur cité sous la forme d’un oignon.

Naturellement, la plante potagère est ancrée dans la culture et le folklore locale. Dans la région, l’expression « Hij heeft nen ajuin gehad » (il a eu un oignon) signifiait qu’une femme abandonnait son mari. La porte du pauvre malheureux pouvait même se voir décorer d’une rangée d’oignons. Si, aujourd’hui la culture a décliné, l’oignon demeure toujours un symbole vivant. Dans la gastronomie belge, la soupe à l’oignon d’Alost y tient sa place. Evénement majeur de la ville, vieux de 600 ans, le carnaval d’Alost est mondialement connu et rassemble chaque année, pendant 3 jours, près de 100 000 personnes. Placé sous le signe de l’exubérance et de la parodie, le carnaval est rythmé de différentes festivités : un défilé de chars et de géants, une danse des balais pour chasser les fantômes de l’hiver, une parade burlesque de jeunes gens travestis en femmes (Voil Jeanetten) ainsi qu’en rituel final, la mise au bucher de l’effigie du carnaval. Parmi ces spectacles, la lancée d’oignons (Ajuinworp) demeure une institution. Depuis le balcon de la mairie, sur la Grote Markt (la place centrale de la ville et lieu principal des festivités), des oignons sont jetés au public, qui espère pouvoir attraper l’un des oignons dorés (gouden ajuin).

Toutefois, les jeunes générations connaissent moins bien les origines de l’oignon comme symbole et activité florissante de la ville. Une toute autre version a ainsi émergé. Selon cette dernière interprétation, le surnom d’oignons s’expliquerait plutôt par une particularité du dialecte de la région. Pour répondre positivement, les habitants d’Alost disait régulièrement « ha, ja hij » (ah ben oui), ce qui ressemblait à la prononciation du mot oignon dans le dialecte local ([a’join]).

#820 – CS Luqueño : El Chanchón, Kure Luque

En espagnol sudaméricain, le cochon peut être désigné par le terme chancho et, dans la ville de Luque, chanchón se rapporte au cochon, voire à un gros porc. Le second est du guarani et désigne la ville de Luque comme celle du cochon (kure = cochon). Clairement deux surnoms qui tournent autour de cet animal signifient sans aucun doute que ce club réside dans une ville connue pour sa production porcine. Cette banlieue d’Asunción accueille de nombreux abattoirs et d’usine de charcuterie. La société Itabo Agropecuaria, leader dans la vente de produits issus du porc, ouvre cette année une nouvelle usine et un réfrigérateur nommés La Porkcina à Luque. Pour 10 millions de dollars US d’investissement, l’usine sera en capacité de traiter 35 tonnes par jour et abattre 120 animaux par heure, soit plus ou moins 1 000 animaux par jour. La réputation de la charcuterie de Luque n’est plus à faire dans le pays et chaque année depuis près de 10 ans, la municipalité organise le kure aka (le jour du cochon), une feria traditionnelle et gastronomique autour du cochon, qui rassemble plus de 50 000 personnes. Toutefois, Luque est aussi très connu (voire même plus connu) pour l’orfèvrerie (bijoux en or et argent particulièrement, la ville étant le lieu de résidence de nombreuses bijouteries), ainsi que pour la fabrication d’instruments de musique tels que la harpe et la guitare. Alors pourquoi le porc, animal peu valorisant, a pris le pas sur les autres activités.

La légende raconte que la charcuterie fabriquée à Luque était acheminé vers Asunción par le train. Or, les wagons qui accueillaient ces produits servaient également à transporter les supporteurs ainsi que les joueurs pour aller jouer dans la capitale. Les fans adverses ne mirent pas longtemps à appeler les joueurs et les supporteurs de Luque, les cochons. Ils criaient alors « Allí vienen los Kure Luque » (Voici le Kure Luque).

Pour l’anecdote, il faut savoir que le siège de la Conmebol, la fédération sudaméricaine, se trouve à Luque.

#815 – FC Bâle : Bebbi

C’est un terme du dialecte bâlois qui est devenu le gentilé des habitants du chef-lieu du canton de Bâle-Ville. Il est également largement utilisé pour qualifier l’équipe de football. Au XVIIIème et XIXème siècle, parmi les classes plutôt huppées de la ville, le prénom Johann Jakob (Jean Jacques en français) était courant. On peut citer quelques uns des plus connus tels que Johann Jacob Heber (géographe), Johann Jakob Bachofen (juriste et sociologue), Johann Jacob Fechter (ingénieur et maître d’oeuvre), Johann Jacob Spreng (théologue), Johann Jakob Bernoulli (archéologue), Johann Jakob Hofmann (théologue), Johann Jacob Steinmann (paysagiste), Johann Jakob Schneider (théologue), Johann Jacob Weber (éditeur), Johann Jacob Bischoff (médecin) et Johann Jakob Balmer (mathématicien et physicien). Or, le diminutif local de Johann Jakob est Beppi ou Bebbi. Outre le gentilé, le surnom est désormais souvent utilisé comme le Bebbisagg, le sac poubelle officiel de la cité, ou le festival de jazz du mois d’août Em Bebbi sy Jazz.

#709 – SV Zulte Waregem : Essevee

En juillet 2001, deux clubs de la région de Zulte, KSV Waregem et Zultse VV, unirent leurs forces pour donner naissance au SV Zulte Waregem. Ces deux clubs étaient également la résultante de diverses fusions. Le Zultse VV réunissait en 1976 les clubs de Zulte Sportief (fondé en 1950) et SK Zulte (fondé en 1947) mais ne dépassa jamais la 3ème division belge. Le KSV Waregem avait déjà une histoire plus longue et plus riche. En 1946, SV Waregem fut créé par l’association de Waregem Sportief (fondé en 1925) et du Red Star Waregem (fondé en 1928). Puis, le 13 avril 1951, le club reçut le « titre » royal et le nom devient Koninklijke Sportvereniging Waregem, en abrégé KSV Waregem. Pendant 30 ans (de 1966 à 1996), le KSV Waregem joua en première division et, même si son meilleur classement ne fut qu’une 4ème place, participa à plusieurs coupes d’Europe. Mais, à partir de 1996, le KSV connut de mauvais résultats sportifs et des difficultés financières qui l’amenèrent en 4ème division. En 2001, le KSV fit faillite et pour le ressusciter, la fusion avec Zultse VV fut réalisé. Etant donné la réputation du KSV, cette fusion fut plutôt une absorption. La nouvelle équipe reprit les couleurs du KSV (le club portait les couleurs rouge et blanche mais, les dernières années, le vert et jaune fut également arboré en raison du sponsor Molecule, un grand magasin. Zultse jouait également en vert et jaune). Elle déménagea vers le stade du KSV, le Stade Arc-en-ciel. Enfin, le club conserva une partie du nom du KSV, en retirant le Koninklijke (Royal). Or, le SV se prononce essevee en flamand. Cette prononciation s’imposa comme surnom du KSV Waregem et se transmit naturellement vers le nouveau club. Aujourd’hui, le site du club est à l’adresse http://www.essevee.be et le surnom est très régulièrement utilisé par le club, les supporteurs et la presse.

#682 – Arbroath FC : the Red Lichties

Il s’agit d’un terme local à ne pas confondre avec le fruit rouge d’origine chinoise. La culture de ce dernier s’est développée en effet dans les régions au climat tropical (Brésil, Cambodge, Inde, Vietnam, Madagascar, Thaïlande, Hawaii …). Or, l’Ecosse et en particulier le nord du pays où se situe la ville d’Arbroath ne sont pas vraiment propice à la culture de cet arbre. Les joueurs du club évoluent dans un maillot bordeaux depuis 1882 (le club ayant été fondé en 1878). Durant les 4 premières années d’existence, les maillots se composaient horizontalement de larges bandes blanches et de rayures fines noires. Puis, en 1882, le club adopta ce maillot bordeaux mais ce dernier ne donna pas non plus le surnom. En effet, la couleur bordeaux fut certainement inspirée par le grès rouge qui domine dans la région et dans lequel fut construite la célèbre abbaye de la ville au XIIème siècle. Arbroath est avant tout une ville portuaire, située sur la côte de la Mer du Nord, proche de l’embouchure du Brothwick. Devenant un des principaux ports d’Ecosse au fil de son histoire, son économie tourna donc autours de la pêche et de la construction navale. Pour guider les bateaux jusqu’au port, une lumière rouge était utilisée comme phare. Cette lumière pouvait provenir d’un phare érigé par les autorités portuaires ou de la fameuse fenêtre ronde du transept sud de l’abbaye de la ville gérée par les bénédictins. Une version moins commune avance que des lumières rouges étaient suspendues aux mâts des bateaux de pêche qui rentraient au port afin d’avertir les femmes de leur arrivée imminente pour qu’elles préparent à vider et à fumer la prise. En tout cas, quelque soit la version, cette lumière caractéristique se nommait red litchie, red pour rouge et litchie étant un dérivé local du mot écossais licht qui signifie lumière. Depuis, les habitants d’Arbroath sont communément appelés Red Lichties et cela détint sur le club.

#669 – SD Quito : los Chullas

Les chullas (mot quichua qui signifie impair) décrivent les habitants de Quito, particulièrement ceux qui vivaient dans la capital équatorienne entre le milieu du XIXème siècle et les années 1930. Au XVIIIème siècle, la colonie espagnole andine connait une crise du textile qui marqua durablement le pays (crisis de los obrajes). En effet, cette évènement économique fut vécut différemment par les différentes régions, certaines traversant plus facilement la crise en trouvant des ressources pour développer de nouveaux débouchés ou de nouvelles activités. Quito put ainsi réorienter sa production textile vers le marché intérieur et développer son économie avec l’exploitation minière.

Cette richesse attira des populations appauvries, qui constituèrent les racines des chullas. Car ces nouveaux habitants étaient pauvres mais ne voulaient pas se laisser abattre et le montrer. Ainsi, ils se voulaient élégants, un peu désinvoltes ou bohèmes, malicieux, de bonne humeur, toujours avec un petit mot. Certains disent qu’ils cherchaient par leur élégance à apparaître comme appartenant à la classe supérieure même, s’ils portaient quotidiennement leur unique chulla, un tailleur-pantalon, chemise, cravate et chapeau avec des chaussures bien cirées. Ils maniaient un humour élégant, pince sans rire connu aujourd’hui sous le nom de sal quiteña. Puis, au fil des générations, leurs conditions s’améliorèrent et ils devinrent la classe moyenne de la capitale, travaillant souvent dans l’administration.

Le chulla ne se distinguait pas par ses actions extraordinaires, mais par sa philosophie de l’existence, qui résumait l’état d’esprit de Quito. Cette philosophie imprégna les grands mouvements intellectuels de Quito et la plupart des artistes célèbres de la capitale dans les domaines de l’art, de la poésie et des romans furent des chullas. Dans les années 1930, les chullas se concentrèrent dans le centre ville, autour de la Plaza de San Francisco, la Plaza Grande et principalement la Plaza del Teatro. A partir de cette date, une nouvelle population pauvre venant du Sud du pays investit la capitale, poussant les chullas vers les quartiers du Nord. Ces derniers se moquèrent de ces nouveaux habitants mais, avec ce développement de la ville, les vrais chullas finirent par disparaître.

Néanmoins, cette culture existe encore et inspire encore le style de vie des habitants de la capitale. Une chanson populaire de 1947 se nomme chullita quiteño et commence par ces célèbres mots « Yo soy el chullita quiteño, la vida me paso cantando » (je suis un culla de Quito, je passe ma vie à chanter). La chanson a été écrite du point de vue du chulla qui chante la ville et ses lieux les plus emblématiques, où il y avait les divertissements pour les bohèmes de Quito. Il encense également les femmes de Quito, qui lui apparaisse aussi importantes pour la beauté de la ville que son patrimoine architectural. Le SD Quito n’est pas le seul club de football de Quito mais il naquit en 1940 sur la Plaza del Teatro, cœur des chullas. Ainsi, il représente le digne héritier, le dernier messager de cette philosophie, cette culture.

#615 – Portsmouth FC : Pompey

Surnom à la fois du club et de la ville de Portsmouth. Rappelez-vous le début des années 2000. Le club de Portsmouth retrouvait la Premier League grâce aux fonds d’un milliardaire qui permit au club de s’acheter de nombreux joueurs de qualité (Peter Crouch, Sol Campbell, Sylvain Distin, Nwankwo Kanu …). Seulement, la dette s’accumula et l’actionnaire lâcha le club. Résultat, Portsmouth fit faillite et fut repris en main par ses supporteurs en 2013. Une histoire que les fans de clubs aujourd’hui détenus par un milliardaire ou un Etat devraient garder en tête plutôt que de se laisser tourner la tête par la planche à billet … Revenons plutôt à ce surnom de Pompey. Il existe de nombreuses théories et explications, certaines plus crédibles que d’autres, mais personne ne semble être en mesure d’avoir la raison exacte et définitive. En outre, personne ne sait si le surnom a d’abord été appliqué à la ville ou à l’équipe de football. Cependant, il semble que la première référence écrite a concerné le club de football. Nous avons donc rassemblé ci-après diverses explications possibles, qui convergent toutes sur un point : elles trouvent leur origine dans le monde de la marine, Portsmouth étant un des principaux ports de la Grande-Bretagne.

La première légende raconte qu’Agnes « Anggie » Weston dirigeait une auberge, Sailors’ Rest, et y donnait des conférences aux marins. En 1904, la conférence portait sur Pompée le Grand, nom élogieux donné au général et homme d’État romain Cnaeus Pompeius, afin de le comparer avec Alexandre le Grand. Pompée gagna sa notoriété militaire en menant en Hispanie une guerre difficile, en remportant des victoires sur les pirates en Méditerranée et par ses conquêtes en Orient. Il composa avec Crassus et César le premier triumvirat. Puis, à la fin du triumvirat, il fut vaincu par César lors de la bataille de Pharsale en 48 avant JC. Il s’enfuit alors en Egypte, où il fut assassiné. Agnes Weston présenta avec vigueur la chute de Pompée et lorsqu’elle décrivit son assassinat, l’un des marins, certainement ivre, cria « Poor old Pompey ! » (Pauvre vieux Pompée). Quelques jours plus tard, Portsmouth FC disputa un match où ils jouèrent mal et perdirent. Un marin dans la foule s’appropria alors le cri entendu dans le bar « Poor old Pompey ! » et les autres fans reprirent le refrain.

Il est également dit qu’un groupe de marins basé à Portsmouth aurait grimpé le pilier de Pompée près d’Alexandrie en Égypte vers 1781. Cette colonne est un bloc de granit de 28 m de haut, attribuée à tort au général romain Pompée, mais en réalité construite comme un mémorial à l’empereur romain Dioclétien. Etant donné sa sculpture, son escalade constitua un exploit et les marins gagnèrent ainsi le nom de Pompey Boys (Les garçons de Pompée).

En 1662, Charles II, Roi d’Angleterre, épousa Catherine de Bragance, membre de la famille royale portugaise. Contre le soutien militaire et naval de l’Angleterre comme protection face à l’Espagne, la monarchie portugaise donna en dot Tanger en Afrique du Nord et plusieurs îles en Inde, dont Bombay. Le mariage se déroula à Portsmouth. Lorsque les marins portugais qui accompagnaient Catherine découvrirent Portsmouth, ils trouvèrent des ressemblances entre la ville anglaise et Bombay : les deux sont des îles, les deux sont de bons ports et leur relief est plats, avec une colline en arrière-plan. Les marins surnommèrent alors Portsmouth en portugais, Bom Bhia (la bonne baie), qui donna le nom de la ville indienne. Bom Bhia fut ensuite anglicisé devenant Pompey.

Portsmouth est un port depuis l’époque romaine. A proximité de Portsmouth, se dresse le chateau fort de Portchester, fort romain très bien conservé. Ainsi, plus tard, lorsque le port commença à se développer, les habitants surnommèrent leur ville Pompey, pour rappeler ses ruines et son passé romain en la comparant avec les vestiges de Pompéi.

Portsmouth est un important port militaire de la Royal Navy où se déroulent de nombreux cérémonies. Ces « festivités » sont décrites comme the pomp and ceremony (faste et cérémonie) qui réduit devint Pompey.

Port important sur les routes marchandes et militaires, Portsmouth constituait un point de localisation pour les marins. Ceux-ci l’appelaient ainsi le Portsmouth Point et l’écrivaient en abrégé sur le journal de bord : Pom. P. Les cartes de navigation utilisaient également cette abréviation. Ceci donna le surnom Pompey. En outre, « Pom-pey » ressemble à la prononciation par des marins ivres de Portsmouth Point, d’où ils prenaient leurs bateaux.

Selon certains, l’équipe de football de Portsmouth commença à se développer en récupérant de nombreux membres de l’équipe de la Royal Artillery dont la structure disparut en 1899 (1 an après la fondation de Portsmouth FC). Cette dernière portait le surnom originel des Pompeys. Ce surnom fut acquis lorsque, lors d’une revue organisée à l’occasion de l’anniversaire de la Reine, la Royal Artillery fut simplement chargée d’encadrer la parade au lieu de défiler. Ils furent alors relégués à la mission qu’effectuait généralement la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris. L’année suivante, la population acclama la Royal Artillerie sous le nom de « Pompiers », qui devint par la suite Pompey.

« La Pompée » était un navire français amarré dans le port de Portsmouth. Peu après son achèvement, ce navire de classe Téméraire avait été volé par les royalistes français qui avaient fui la France après le Siège de Toulon (Septembre-décembre 1793) et donné aux britanniques à Spithead, une rade de la Royal Navy près de Portsmouth, en mai 1794. Les anglais copièrent la conception de ce bateau français qui était une réussite et construisirent des navires connus alors sous le nom de « classe Pompée », dont le Superb et l’Achilles. Le Pompée fut renommé HMS Pompée et servit dans la marine britannique dans de nombreuses campagnes en Europe et dans les Caraïbes. Il eut également des fonctions défensives en gardant le port de Portsmouth. Puis, en 1816, le Pompée devint une prison navale dans le port de Portsmouth et fut finalement démoli en 1817. Le bateau aurait donc donné le surnom à la ville. Une autre explication pourrait également venir soutenir cette version puisque dans l’argot du Nord du pays, pompey désigne une prison.

Enfin, des expressions marines pourraient également expliquer ce surnom. Dans la tragédie Antoine et Cléopâtre de William Shakespeare, un vers décline « Pompey is strong at sea » (Pompée est fort en mer) ce qui plaisait beaucoup aux marins. Par ailleurs, il existe une expression anglaise « to play Pompey » qui signifie « faire des ravages ».

Si pour certains surnoms, les explications manquent ou sont tombées dans les oubliettes de l’histoire, Portsmouth n’en connait que trop. Mais, à défaut de faire encore parti des clubs huppés de la Premier League, Portsmouth bénéficie finalement d’une autre richesse plus importante : une histoire.

#568 – Clyde FC : the Bully Wee

Fondé en 1877, ce club, initialement basé à Glasgow, a une longue histoire et ses origines sont parfois troubles. C’est notamment le cas pour son surnom dont on ne sait pas exactement quand il a été inventé, ni par qui. Pour ajouter à la confusion, sa traduction dépend de la légende qui accompagne sa création. Or, il en existe 3 avancées par le club. La première fait référence au fait que les supporters et peut-être les joueurs de Clyde étaient originaires de la région de Bridgeton. Réputés pour leur caractère pugnace voire violent, les supporters étaient surnommés wee bullies (petites brutes). La deuxième théorie prend une dimension européenne et résulterait de la déformation locale d’une expression française. Des français jouèrent face à Clyde vers 1900. Un but fut marqué mais contesté par les français qui crièrent « Mais il y a but, oui ? » ou « Le but, oui ? ». Les supporteurs de Clyde aurait alors entendu puis transformé la phrase en bully wee. Enfin, la troisième théorie apparait la plus crédible. Au XIXème siècle, à cette époque victorienne, le terme Bully signifiait bon, digne, premier rang. Mais, comme le club n’avait pas une grande renommé, envergure, il fut adjoint wee (qui signifie petit). Clyde était donc un bon petit club. Mais, comme il n’y a pas que le club qui peut avancer des théorie sur l’origine du surnom, il en existe d’autre. Ainsi, certains avancent que les supporteurs du club chantaient bully wee clyde dans le stade. En vieil argot écossais, bully signifie bon boulot. Les supporteurs remerciaient donc les joueurs pour le « bon petit boulot » réalisé.