#307 – Cruz Azul : los Liebres, los Conejos

Les lièvres, les lapins. Même s’il ne s’agit pas du même animal, les supporteurs comme les journalistes utilisent indifféremment les deux. Pourtant, devenu mascotte du club, dénommé Blu, le conseil d’administration du club statua que la mascotte était un lièvre et non un lapin. Les origines de ce surnom sont multiples même si une version « officielle » se détache. En effet, dans les années 1960 (d’autres avancent dans les années 1940), l’équipe développa un style de jeu vertical, basé sur la vitesse et la mobilité des joueurs. En outre, comme à l’époque, l’équipe évoluait dans un maillot blanc, les supporteurs les comparèrent à des lièvres. Avec les années, ce lièvre se transforma en lapin. L’attribution du surnom fut facilité par le fait que les lièvres et lapins pullulaient dans la région d’Hidalgo où évolue le club. Une autre histoire est avancée et liée à l’usine de cimenterie, à l’origine de la création du club (cf article #81). Quand les ouvriers sortaient de l’usine après une journée de travail, ils étaient recouverts d’une poussière blanche, résidus de la production de ciment, et qui faisait penser au pelage du lapin. Enfin, une dernière histoire, plutôt ironique et assez peu répandue, prétend que ce surnom provient des qualités reproductrices des habitants de la région. Dans les années 50, les familles étaient souvent composées de plus de 5 enfants. Les footballeurs étaient encore plus prolifiques, leur moyen financier leur permettant d’entretenir de plus grandes familles. Les adversaires disaient alors qu’ils se reproduisaient comme des lapins.

#305 – Club Universidad de Chile : el León

Le lion. Drôle de surnom pour ce club qui affiche une chouette sur son blason et dont justement son surnom est la chouette (cf article #26). Dans les années 60, le club argentin d’Estudiantes La Plata domina le football sud-américain et même mondial. Sous la houlette de l’entraîneur Osvaldo Zubeldía, le club argentin mit en place une équipe jeune terriblement douée, dont Carlos Bilardo est le capitaine. Cette équipe brisa d’abord l’hégémonie des 5 grands clubs argentins (River Plate, Boca Juniors, Racing Club, Independiente et San Lorenzo) en remportant le championnat de 1967. Dans la foulée, le club remporta la Copa Libertadores 3 fois de suite (1968, 1969 et 1970), première équipe à réaliser cet exploit. Puis, en 1968, Estudiantes grimpa sur le toit du monde en battant le Manchester United de Georges Best lors de la finale de la Coupe Intercontinentale. L’équipe d’Estudiantes était alors surnommé el Léon (le lion). L’une des légende indique que ce surnom fut hérité du style de jeu de cette équipe qui se battait comme un lion sur le terrain et dont les attaques griffaient ces adversaires. A cette époque, la Universidad vivait aussi une époque dorée mais seulement au niveau national (Champion du Chili en 1962, 1964, 1965, 1967 et 1969). L’équipe jouait un football offensif et technique. Les deux équipes s’affrontèrent et l’équipe chilienne battit Estudiantes. La presse chilienne s’emballa devant ce qu’elle qualifia de démonstration de beau football et surnomma alors la Universidad el león chileno (le lion chilien), en référence au surnom de l’équipe argentine. Aujourd’hui, le lion est devenu la mascotte du club.

#295 – Sporting Portugal : os Leões

Les lions. L’animal apparaît rampant sur le blason du club et ce, dès sa création en 1907. La création de l’emblème remonte aux premiers jours du club et résulta d’échanges entre les cousins José Alvalade (fondateur du club), José Roquette, António Rebelo de Andrade et Dom Fernando de Castelo Branco, Marquis de Belas, à l’été 1905. Ce dernier portait une chevalière avec les armes de sa famille, un lion rampant sur fond bleu. Dom Fernando de Castelo Branco accepta en 1907 que le club reprisse les armes de la famille. Toutefois, il demanda que la couleur bleu ne figurasse pas sur le blason du club. Il fut alors décidé de mettre le lion rampant sur un fond vert, cette couleur exprimant l’espoir placé dans la nouvelle institution.

#290 – FC Krasnodar : быки

Les taureaux. L’animal est l’emblème du club, qui s’affiche sur le blason. En 2008, à la fondation du club, les dirigeants choisirent le bœuf comme emblème car l’animal véhiculait des valeurs de persévérance et de travail acharné. Sauf que la direction n’avait pas pris en compte que le bœuf est un taureau castré ce qui facilitait les blagues et les surnoms peu flatteurs donnés par les supporteurs adverses. Le plus commun était de dénommer les joueurs de Кастраты (castré). Résultat, le club changea son fusil d’épaule et indiqua que l’emblème était désormais un taureau.

#289 – Guangzhou FC : 华南虎

Les tigres de Chine méridionale. Vous ne pouvez pas manqué l’animal sur le logo du club. Affichant une allure féroce et fière, sortant d’un lit de flamme, le tigre occupe la place centrale sur le blason et est le symbole du club, depuis sa reprise en 2010 par le groupe immobilier chinois Evergrande Group. Le tigre porte une symbolique forte, en particulier en Asie. En Chine, il représente le roi des animaux et ne connaît aucun prédateur. Il est traditionnellement une des quatre créatures majeures de l’art chinois avec le dragon, le phénix et la tortue et est le troisième animal, par ordre d’arrivée, dans l’astrologie chinoise. Il symbolise la puissance et l’élégance, ainsi que la capacité d’adaptation. Outre cette symbolique forte, il existe une race de tigre originaire du sud de la Chine, en particulier la province de Guangdong (dont Guangzhou est la capitale), dénommé « tigre de Chine méridionale ». La population était estimée à 4 000 au début des années 50 mais, en raison du braconnage, de la réduction de sa zone d’habitat et des conflits avec l’homme, il n’y aurait plus de tigres à l’état sauvage. Aujourd’hui, sa population se réduirait à 177 d’individus, tous en captivité même s’il existe des tentatives de réintroduction dans la nature. Ce tigre est classifié comme espèce en danger critique d’extinction par l’UICN depuis 1996. Espérons que la mascotte du club, C-Tiger, ne devienne jamais l’unique exemplaire de cette espèce.

#280 – CF Pachuca : los Tuzos

Les taupes. Les prescripteurs ont-ils été aveugles au moment de choisir ce surnom ? Il se sont plutôt inspirés de l’histoire de ce club et de sa région, berceau du football au Mexique. S’il existe un débat sur la date de création du club (1892, 1900 ou 1901), il est certain que sa fondation est due à la colonie anglaise établie à Pachuca et qui travaillait dans les mines d’argent et d’or de la ville. L’État d’Hidalgo, où se situe Pachuca, a toujours été un pôle majeur de l’activité minière au Mexique, avec une riche tradition remontant à l’époque coloniale.

Même si l’exploitation des riches ressources en or et argent, ainsi que de zinc et plomb, commença à l’époque préhispanique, la découverte des riches gisements d’argent de Pachuca et de Real del Monte par les conquistadors espagnols en 1552 marqua le début de l’histoire minière de la région. Depuis lors, de par sa proximité avec la capitale Mexico (une centaine de kilomètre), cette activité donna un essor extraordinaire à la ville et la modela car s’il existe des filons au Nord de la ville, la plupart des mines se trouvent à Pachuca même. Au XVIIIème siècle, la légende raconte que les lingots de métaux précieux provenant des mines de Pachuca étaient les plus purs. Mais, les difficultés d’exploitation en profondeur qui nécessitaient d’importants capitaux et des prises de risque plus importants associés au ralentissement économique liée à l’indépendance conduisirent à une dépression et la fermeture de nombreux puits. Au XIXème siècle, l’activité connut un nouvel élan grâce aux investissements étrangers, en particulier britanniques, qui réhabilitèrent les mines et modernisèrent l’extraction et le traitement des minéraux (chemins de fer, électricité, enrichissement du cyanure). En 1824, avec des associés anglais naquit la compagnie minière « British Company of Real del Monte » qui constitue encore aujourd’hui, sous le nom « Compañía Real del Monte y Pachuca », la principale société de l’État. La région d’Hidalgo est aujourd’hui le principal producteur de manganèse du Mexique et se classe au 2ème rang dans la production de phosphorite et, dans une moindre mesure, dans l’extraction d’or, d’argent, de plomb et de zinc. A Pachuca, l’extraction se concentre encore actuellement sur l’or, l’argent et le plomb. Selon le Service géologique mexicain, les districts miniers de Real del Monte et de Pachuca ont produit en 462 ans, 40 000 tonnes d’argent et 231 tonnes d’or, soit 16% de la production nationale d’argent et 6% de la production mondiale.

Pour rappeler ce passé minier, qui se déroulait donc sous terre, la taupe paraissait être l’animal adapté. Puis dans les années 20, le club avait du mal à demeurer en première division et effectuait le yo-yo avec la seconde voire la troisième division mexicaine. Le club donnait ainsi l’impression de passer plus de temps dans les profondeurs des championnats inférieures qu’à la lumière de la première division comme les taupes qui vivent principalement sous terre plutôt qu’à la surface.

#270 – EC Vitória : Leão da Barra

Le Lion de Barra. Fondé le 13 mai 1899 à Salvador da Bahia, le club se concentra d’abord sur le cricket avant d’ouvrir d’autres sections, l’aviron en 1902, le football en 1903, l’athlétisme en 1905, le tennis en 1906 et le tir en 1908. Et c’est un exploit en Aviron qui va donner naissance à ce surnom qui deviendra également la mascotte du club. En 1902, les rameurs du club relièrent Porto da Barra à Porto dos Tainheiros, à Itapagipe, soit environ 9 milles marins. Cet exploit eut un grand retentissement à l’époque et ces athlètes héritèrent du surnom de Leão da Barra. Les fondateurs du club ne pouvaient en être que satisfaits puisque des lions ornaient l’entrée de leur maison. En outre, le lion symbolisait la noblesse et la force. Aujourd’hui, le lion est devenu la mascotte du club, dont le nom est Lelê Leão, et également le titre du deuxième hymne du club.

#268 – Royal Charleroi SC : les Zèbres

Comme la Juventus, le club a hérité de son surnom en raison de son maillot rayé noir et blanc. Il fut utilisé par les journalistes à compter de 1926 quand le club remonta en promotion après avoir été sacré champion du Hainaut. Modeste village dont les premières traces remontent à 863, la ville connut un essor significatif quand elle devint une forteresse espagnole en 1666. La ville tomba alors dans le domaine de Philippe-Balthazar de Gand, dit Vilain, prince de Masmines, comte d’Isenghien et de Middelbourg, Seigneur des Villes de Lannoy, de Watten et de Charleroi dont le blason était de sable au chef d’argent (ie noir et blanc). Ces couleurs perdurèrent au fil des successions et des nouveaux possesseurs et la ville hérita de ces deux couleurs dans son premier blason de 1847. Elles s’y trouvent encore aujourd’hui. Certainement que cela inspira les fondateurs du club pour trouver les couleurs du maillot du club.

Par ailleurs, l’utilisation du noir ne faisait pas injure à la ville qui se situe dans la province de Hainaut, surnommée le Pays Noir, en raison de son passé minier Long d’Est en Ouest de près de 45 km, large d’une bonne dizaine de kilomètre, ce bassin houiller couvrait la région de Charleroi et s’étirait jusqu’à Namur. Des documents attestent de l’exploitation de charbon dans la région dès le XIIIème siècle (1251), mais ce fut les révolutions industrielles du XVIIIème et XIXème siècle qui démultiplièrent les capacités de production et transformèrent ce pays. En 1770, le Pays Noir comptait 32 exploitations de grande taille puis, en 1830, déjà 128 puits dont le plus profond atteignait 200 mètres. En 1840, la production du Pays Noir dépassait celle du bassin de Liège et 25 ans plus tard, celle du Borinage, devenant ainsi le premier bassin houiller belge. L’extraction de charbon atteignit 7,7 millions de tonnes en 1897 et 8,6 millions de tonnes en 1910. Le bassin était alors dominé par la société des Charbonnages de Monceau-Fontaine (fondé en 1807) dont la concession s’étendait sur 7 260 hectares et 25 localités (la distance entre les deux puits les plus éloignés était de 16 km). Sa production atteignit à son apogée 2 millions de tonnes de charbon et la société devint le premier producteur belge de houille, employant plus de 10 000 personnes. A partir de l’entre deux-guerre, l’économie du charbon en Belgique démarra un long déclin. En 1929, dans le bassin houiller de Charleroi, 42 300 mineurs travaillaient dans 79 fosses pour une production annuelle de 7,8 millions de tonnes de charbon. En 1950, 18 sociétés se partageaient 57 puits pour une production de 6,7 millions de tonnes de charbon, ce qui correspondait à 33% de la production wallonne et 25% de la production belge. A partir des années 1960, avec la concurrence internationale, les puits fermèrent les uns après les autres et les derniers wagonnets de charbon remontèrent le 29 septembre 1984.

Enfin, à noter que le football à Charleroi se partage entre deux clubs : le Sporting et l’Olympic. Malgré leur fort antagonisme, les deux formations évoluent dans les mêmes couleurs, noir et blanc. Or, ce n’est pas l’Olympic qui inspira le Sporting mais l’inverse. Profitant de discordes au sein de la direction du Sporting, l’Olympic récupéra les kits du Sporting et évolue depuis dans les mêmes couleurs que son rival (à l’exception du début des années 1970 où l’Olympic joua en rouge et blanc).

#256 – Calcio Catane : gli Elefanti

Les éléphants. L’animal est fortement attaché à la ville de Catane, apparaissant sur ces armes comme sur un des monuments remarquables, la fontaine des éléphants, située au centre de la Piazza del Duomo. L’éléphant est devenu un symbole de Catane avec le personnage semi-légendaire dénommé Héliodore de Catane. Magicien, ce dernier aurait pactisé au VIIIème siècle après Jésus-Christ avec le Diable qui en échange de son abjuration de sa foi chrétienne, lui aurait conféré des pouvoirs. Il aurait alors lui-même sculpté dans de la pierre volcanique de l’Etna un éléphant, puis le chevauchant, il exécutait sa magie et rendait la vie des habitants impossible. Le nom de l’éléphant est Liotru, corruption populaire du nom Heliodorus.

#253 – Athletic Bilbao : los Leones

Les lions. En 1447, sur une colline près de la Ría de Bilbao, se dressait un ancien ermitage voué à San Mamés. Par la suite, un couvent a été construit pour les pères franciscains et plus tard un asile du même nom. En 1913, l’emblématique stade du club fut inauguré et se situait sur un terrain attenant à cet ermitage.

San Mamés (Saint Mammès) est un Saint chrétien qui naquit à Césarée de Cappadoce (Turquie moderne) au troisième siècle. Selon la légende, alors qu’il était encore adolescent, il fut soumis par les Romains à d’innombrables tortures en raison de sa foie chrétienne mais il résista à tous ces supplices. Il réussit alors à s’échapper et rejoignit la montagne où il vécut 3 ans. Dans cet environnement naturel, Mammès devint l’ami des animaux, en particulier des fauves, en leur lisant la vie de Jésus. Mais, les Romains parvinrent à le capturer et il fut envoyé au cirque et jeté aux lions. Mais, au lieu de le dévorer, Mamés apprivoisa les lions qui se prosternèrent à ses pieds. Fou furieux, le gouverneur de Césarée de Cappadoce ordonna de mettre fin à la vie du garçon en enfonçant un trident dans son abdomen. Il mourut de ces blessures quelques jours après et devint un saint chrétien.

Du fait de la présence de l’ermitage, San Mamés s’imposa pour le nom du stade et sa légende des lions inspira le surnom des joueurs. En outre, ce martyr souffrant, obstiné et combatif ressemblait à l’Athletic du début du XXème siècle qui était une place forte du football et dont les joueurs étaient animés par un esprit de sacrifice et une défense féroce.