#1005 – Kasımpaşa SK : Apaçiler

Les apaches. Certainement pas d’indiens dans ce quartier d’Istanbul qui accueille l’un des clubs les moins connus de la capitale turque malgré plus de 100 ans d’existence. Mais bien que son histoire soit longue, il semble que ce surnom soit d’une apparition récente et demeure encore moyennement utilisé. Il ferait référence à une réplique d’un western turque, « Yahşi Batı » (L’Ouest Magnifique), sorti en salle en 2010. Le film raconte les péripéties de deux fonctionnaires ottomans, dénommés Aziz Vefa et Lemi Galip, qui ont été envoyés en Amérique par le sultan dans le cadre d’une mission spéciale au XIXème siècle. Lors d’un voyage, leur diligence se fait d’abord attaqué par des hors la loi puis par des indiens. Alors que les indiens les dépouillent, Aziz Vefa, joué par l’acteur comique, Cem Yılmaz, propose à son collègue de les amadouer en déclarant « ya biz istanbul’dan geliyoruz kizilderililer içinder türk’tür […] kasımpaşa dan apaçi selim in selamı var desek » (Nous venons d’Istanbul. On dit que les Indiens sont des Turcs […] Si nous disions que l’Apache Selim de Kasımpaşa les salue). Connaître un turc apache pourrait-il le sortir d’un mauvais pas ? Mais, d’où un habitant du quartier de Kasımpaşa pourrait-il être un apache, cette tribu amérindienne, célèbre pour leur bravoure et leur chef Geronimo ?

La réponse pourrait venir d’une vieille légende que les nationalistes turques propagent depuis longtemps, les racines turques des Amérindiens. Deux thèses sont souvent présentées en Turquie pour rappeler la grandeur de la nation : la théorie de la « langue soleil » qui veut que la langue turque est à l’origine de toutes les langues du monde et la thèse née durant la révolution kémaliste dans les années 30 selon laquelle les peuples Turcs d’Asie Centrale, par leurs migrations, ont fondé les brillantes civilisations de l’Antiquité. Mustapha Kemal estimait effectivement que les Hongrois ou les Amérindiens étaient d’origine turques. Comme les premiers Amérindiens auraient migré de Sibérie en passant par le détroit de Beiring durant la période glaciaire (entre 20 000 et 10 000 av. J.C.), cette migration étayait cette théorie. Mustapha Kemal avait également envoyé l’historien Tahsin Mayatepek comme ambassadeur de Turquie au Mexique pour faire des recherches sur les origines turques des Mayas et aussi sur le mystérieux continent Mu, qui dessinait une parenté entre les cultures amérindiennes et celles du bassin méditerranéen, du Moyen-Orient ou de l’Inde. De même, se basant sur les travaux de linguistes européens dont le français Georges Dumézil, la langue andine, le Quechua, présente, selon les tenants de cette théorie, des similitudes avec le turc dont les mots ata (père) et ana (mère) par exemple. Ultra-nationaliste et ancien professeur de l’Université de Colombia, Reha Oğuz Türkkan contribua à populariser cette théorie des Amérindiens turcs grâce à son ouvrage « Kızılderililer ve Türkler » (Les Amérindiens et les Turcs, édité en 1999). Même si ces thèses peuvent apparaitre farfelues, elles animent les débats en Turquie et favorisent des correspondances entre les descendants des apaches et les jeunes turques.

#998 – Alemannia Aix-la-Chapelle : Kartoffelkäfer

Les doryphores. Oui, ce petite insecte, ennemi bien connu des cultivateurs de pomme de terre, à l’aspect peu séduisant, est le surnom d’une équipe de football. Or, son aspect est à l’origine direct du surnom des joueurs d’Aix la Chapelle. Ses œufs sont de couleurs jaune vif. À l’état de larve qui mesure environ 1 cm de long, l’insecte est rouge orangé avec des stigmates noirs sur les côtés. Puis, à ,l’âge adulte, il arbore une carapace jaune rayée de bande noire dans le sens de la longueur. Or, les couleurs du club sont le noir et le jaune. Et pendant de nombreux années, le maillot d’Alemannia était rayé de bandes noires et jaunes. De quoi rappeler ce coléoptère que les allemands venaient de découvrir. En effet, l’aire d’origine du doryphore se situait au Mexique central. Puis, au XIXème siècle, il se propagea aux Etats-Unis à partir du Sud-Ouest et attint l’Europe, par la région de Bordeaux, dans les années 1920. A l’aube de la Second Guerre Mondiale, le Doryphore s’installa en Allemagne.

A la fin du XIXème siècle, les étudiants de 3 lycées de la ville, Kaiser-Wilhelm-Gymnasium, Oberrealschule et Realgymnasium, se rencontraient régulièrement sur une aire de jeux de la rue Franzstraße. En mai 1900, ils décidèrent de fonder un nouveau club. Dans un Empire Allemand naissant (sa proclamation datait de 1871, soit à peine 30 ans avant), le sport était un catalyseur de la jeunesse et un moyen d’y affirmer l’identité d’une nation. Ainsi, de nombreuses nouvelles associations sportives firent le choix de s’approprier ou de se référer à des symboles forts d’une prétendue éternelle nation allemande. Dans le nom de clubs, ce choix fut flagrant : Borussia qui signifie Prusse en latin (à Dortmund, Mönchengladbach et un club de Berlin), Preussen qui signifie prusse en allemand (à Hamm et à Berlin), Germania nom latin de l’Allemagne (à Berlin, Brême, Francfort, Mühlhausen, Mannheim et Braunschweig), Arminia, en rapport avec le chef barbare Arminus, présenté comme un héros national (à Bielefeld), Teutonia détivé du peuple germanique Teuton, parfois synonyme d’Allemagne (pour un club de Berlin) et Deutscher, Allemand en allemand (à Hannovre). Pour les étudiants-fondateurs d’Aix-la-Chapelle, le choix se porta sur un peuple germanique qui fut présent dans la région d’Aix-la-Chapelle, les Alamans.

Pour les couleurs, la décision fut plus facile puisque les couleurs de la cité du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie sont le noir et le jaune. Elles sont tirés directement des armes de la ville qui représentent, sur un fond jaune, un aigle noir, copie quasi-parfaite des armoiries du Saint-Empire romain germanique (d’or, à l’aigle déployé à bec de sable et membré de gueules). Cette tradition de l’aigle noir sur fond jaune comme armes d’une ville était largement diffusée au sein du Saint-Empire tels que pour les villes de Besançon (France – ville impériale en 1290), Dortmund (Allemagne – ville impériale en 1236), Essen (Allemagne – ville impériale en 1377), Lübeck (Allemagne – ville impériale en 1226), Nimègue (Pays-Bas – ville impériale en 1230), Nördlingen (Allemagne – ville impériale en 1215) ou Reutlingen (Allemagne – ville impériale vers 1240). En effet, la cité qui obtenait le statut de ville-libre ou ville impériale, n’était plus soumis à aucun souverain local mais dépendait directement de l’Empereur. Cette grande liberté se traduisait donc dans les armoiries en reprenant le bouclier du Saint-Empire. L’avantage pour les fondateurs étaient donc d’honorer les couleurs de la ville tout en revendiquant une identité allemande, en se référant au Saint-Empire.

#993 – CD Coronel Bolognesi : Bolo, el Coronel

Diminutifs du nom du club. Colonel Bolognesi, drôle de nom pour un club de la ville de Tacna mais qui s’explique par l’histoire de la province du même nom. Située à l’extrême sud du Pérou, Tacna est l’un des 25 départements qui composent le pays et est bordé à l’Est par la Bolivie et au Sud-Est par le Chili. Cette proximité avec d’autres pays rendit la région disputée. Entre 1879 et 1884, un conflit opposa d’un côté le Chili et de l’autre une coalition réunissant la Bolivie et le Pérou. Si la séparation entre le Chili et la Bolivie était un héritage des colonies espagnoles, la région minière et frontalière du désert d’Atacama était fortement disputée. Le Chili avait des ambitions expansionnistes qui s’étaient déjà exprimées par le passé. En 1879, suite à des décisions fiscales de la Bolivie, le Chili annexa la ville bolivienne d’Antofagasta. Le 1er Mars, la Bolivie, avec comme allié le Pérou, déclara la guerre au Chili. La guerre, dénommée « guerre du Pacifique », prit fin le 20 octobre 1883 par la victoire du Chili qui récupéra plusieurs territoires qui appartenaient au Pérou, dont la région de Tacna. Durant près de 50 ans, ces territoires perdus furent administrés et incorporés au Chili. Puis, sous l’égide des USA, une solution pacifique fut trouvée pour permettre la restitution de ces régions au Pérou entre 1925 et 1929.

Ainsi, le 28 août 1929, Tacna réintégra la nation péruvienne. A peine quelques mois après, le 18 octobre 1929, un groupe d’avocats et d’hommes d’affaires dont Fausto Gallirgos et Manuel Chepote, se réunirent pour fonder un club de football. Evidemment, dans ce contexte de retour dans le giron péruvien, les fondateurs souhaitaient au travers de leur association exprimer leur amour du pays, enfin retrouvé. Fausto Gallirgos proposa de prendre pour nom du club celui d’un héros national, qui défendit le pays pendant la guerre du Pacifique, Francisco Bolognesi. Francisco Bolognesi, né à Lima le 4 novembre 1816, était un soldat péruvien, ayant le grade de colonel. Après avoir fréquenté le séminaire et tenté une aventure entrepreneuriale, il débuta sa carrière militaire en 1853, en commandant en second un régiment de cavalerie. Il participa aux grands affrontements et batailles qui constituèrent les étapes de la construction du Pérou moderne comme la guerre civile (1856-1858) et la guerre péruano-équatorienne (1858-1860). Mais, son principal fait d’armes demeura ses combats lors de la guerre du Pacifique. Ainsi, il participa activement aux actions contre les forces chiliennes lors les batailles de San Francisco et de Tarapacá. Lors de cette dernière bataille, il combattit 10 heures durant bien qu’il avait une très forte fièvre. Enfin, le 3 avril 1880, Francisco Bolognesi prit le commandement du port d’Arica, assiégé par les forces chiliennes du général Manuel Baquedano. Il fit face avec ses hommes à des forces chiliennes bien supérieures en nombre et en puissance et promit alors de combattre « hasta quemar el último cartucho » (jusqu’à que la dernière cartouche soit brulée). Jetant toutes ses forces et malgré une bataille acharnée, Bolognesi mourut au combat et la ville tomba aux mains de l’armée chilienne. Son corps repose dans la crypte des héros de la guerre du Pacifique dans le cimetière Presbítero Maestro. En 1905, une statue en son hommage fut érigé à Lima. En 1951, il fut déclaré patron de l’armée du Pérou et élevé au rang de grand maréchal du Pérou en 1989. Face à une telle aura, gagné notamment pendant la guerre qui scella le sort de la région de Tacna, la proposition de Fausto Gallirgos fut immédiatement acceptée.

#992 – FK Voždovac : Zmajevi

Les dragons. Un beau dragon rouge déployé orne l’écusson du club de la banlieue peuplée de Belgrade (près de 155 000 habitants). Ecrasé par la rivalité Etoile Rouge – Partizan, Voždovac ne fait même pas office de petit poucet dans le football de la capitale, rôle tenu par l’OFK Belgrade. Pourtant, l’équipe évolue dans l’élite serbe, le club est un historique (fondé en 1912) et possède la particularité d’avoir un stade de 5 000 places bâti sur le toit d’un centre commercial.

Ce dragon vise à rappeler les soulèvements serbes du XIXème siècle qui permirent aux pays de s’affranchir du joug ottoman. Pendant près de 400 ans, la Serbie et les territoires voisins étaient des vassals de la sublime porte. Mais, après la défaite contre l’Empire Autrichien au XVIIIème siècle, l’Empire Ottoman ressortit affaibli, offrant l’opportunité aux populations Slaves de tester leurs idées nationalistes. Ainsi, une première révolte des Serbes se déroula entre 1804 et 1813. Ce soulèvement débuta dans la région de Šumadija, au Sud de Belgrade et de Voždovac. Les rebelles Serbes étaient dirigés par Georges Petrović, surnommé Karageorges. L’un de ses lieutenants était Vasa Čarapić, né à Beli Potok, un village au pied de la montagne Avala, à quelques kilomètres de Voždovac. En 1806, alors que Karageorges hésitait à chasser les représentants des Ottomans de Belgrade, Čarapić fut le seul à croire à la libération de la ville et réussit à convaincre Karageorges. Avec ses 3 000 soldats, Čarapić attaqua Belgrade par le Sud mais fut mortellement blessé. Dans la construction du récit national, il devint le héros qui donna sa vie pour la libération de la capitale. Les différentes troupes de rebelles Serbes étaient souvent nommées dragon et leurs chefs héritèrent de ce surnom. Ainsi, Stojan Čupić était Zmaj od Noćaja (Dragon de Noćaj). Vasa Čarapić fut surnommé Zmaj od Avala (Dragon d’Avala).

#979 – USM Bel Abbès : les Verts, les Vert et Rouge

En Algérie, comme souvent lors de l’émergence d’un mouvement nationaliste dans d’autres contrées, le football fut le catalyseur de la contestation de l’ordre colonial même si finalement ce sport fut importé par les français au XIXème siècle. Pour l’USM, l’histoire débuta comme souvent par une frustration. Il semblerait qu’un certain Sellam Ali se vit refuser l’entrée au Stade Paul André car ce jeune garçon n’était pas affilie à une association agréée. Se sentant victime d’une oppression des autorités européennes, il décida avec l’aide d’une quinzaine d’amis la création d’un club musulman qui se concrétisa le 7 février 1933 et dont le premier président était Lassou Li Ali. Le club est notamment connu pour avoir accédé à la finale de la coupe d’Afrique du nord en 1956 face à son rival européen du SC Bel-Abbés, qui ne put se dérouler. En outre, en 1953, la « perle noire » franco-marocaine, Larbi Ben Barek, qui fit les beaux jours de l’Atlético Madrid et l’Olympique de Marseille, signa au sein de l’USMBA en qualité de joueur-entraîneur.

Dans ce contexte de la montée du nationalisme algérien et de la volonté des fondateurs de s’opposer aux autorités, la direction opta pour des couleurs qui n’étaient pas anodines, le vert, le rouge et le blanc. Le vert et le blanc étaient censées représenter les espoirs du peuple algérien. Ces teintes étaient aussi celles des musulmans, religion dont le club se réclamait (puisque à la création USM signifiait Union Sportive Musulmane et l’objectif du nouveau club était de réunir sous une même structure les associations sportives musulmanes de l’époque). Le rouge portait la charge symbolique de l’amour de la nation ainsi que celle usuelle du sacrifice. L’avantage de ces 3 couleurs était qu’elles étaient celles du mouvement nationaliste algérien et qui donnèrent lieu au drapeau actuel de l’Algérie. Lors de manifestations syndicales le 1er mai en 1919 et 1920, des indigènes déployaient un drapeau vert et blanc marqué d’une étoile et d’un croissant rouge.

#960 – K Berchem Sport : de Leeuwen van ‘t stad

Les lions de la ville. Dans la ville d’Anvers, le football se réduit souvent au doyen du Royal Anvers (#139) et au club de Beerschot (#685) mais un troisième, souvent oublié ou négligé, a su aussi marquer l’histoire sportive de la ville. Basé dans le quartier de Berchem, le club connut son heure de gloire après la guerre, en terminant 3 fois de suite vice-champion de Belgique (1949, 1950 et 1951).

Au début du XXème siècle, un groupe d’amis, qui se nomment eux-même Vlaamsche Vrienden (amis flamands) souhaitaient pratiquer des sports tout en ne se fondant pas dans les clubs existants à l’époque qui rassemblaient les communautés francophones ou anglophones de la ville. En outre, ces derniers étant plutôt élitistes, ces amis voulaient une association sportive ayant un caractère populaire. Ainsi, le 13 août 1906, dans le café Limburgia situé à la Beernaertstraat, ils fondèrent un club de lutte et d’athlétisme (la section football apparu en 1908). Cette identité flamande se traduisit dans le choix des couleurs, jaune et noir, celles de la Flandre. En effet, les armes de la Flandre sont ornées d’un lion noir sur fond jaune. Probablement que ce lion, symbole des flamands, donna son surnom au club qui se revendiquait être le club flamand d’Anvers (Anvers est surnommé ‘t stad).

Selon la légende, le lion apparaît sur les armes du Comté de Flandre pour la première fois à compter du XIIème siècle. Lors de la troisième croisade, Philippe d’Alsace, comte de Flandre, aurait combattu Nobilion, roi d’Abilene et de Syrie et, après l’avoir tué, aurait pris ses armes avec le lion dessus. Toutefois, le lion (ou un « animal courageux ») serait apparu sur le blason de Philippe dès 1162, soit quelques années avant la croisade (1177). Ainsi, l’autre version serait que le comte Philippe adopta le lion rampant (ie debout) des armoiries de Guillaume d’Ypres, dont Philippe voulait s’accaparer le titre et les terres au détriment du fils de Guillaume. Guillaume aurait peut-être hérité de son père, Philippe d’Ypres, ces armes où le lion était toutefois marchant. Une autre hypothèse prétend que Guillaume se serait inspiré du lion marchant de son oncle, Geoffrey Plantagenêt (fondateur de la Maison Plantagenet qui régna sur le Royaume d’Angleterre), qu’il combattit en 1137. Enfin, une autre hypothèse avance qu’il ramena ce lion d’Angleterre où il émigra après avoir été banni de ses terres flamandes. En tout cas, dès sa première représentation en couleur, au XIIIème siècle, le lion flamand était entièrement noir sur fond jaune. Quand le Comté de Flandre devint une possession d’autres maisons (Bourgogne, Habsbourg, Espagne …), le lion flamand s’intégra dans les armes de ces maisons (le lion figura dans les armoiries des rois d’Espagne jusqu’en 1931). En 1816, le lion flamand devint une partie des armoiries des provinces de Flandre orientale et de Flandre occidentale qui couvraient la majeure partie du territoire de l’ancien comté. En outre, au XIXème siècle, le mouvement nationaliste flamand s’appropria des symboles historiques, dont le lion, comme un instrument de ralliement, de construction d’une identité flamande. En 1838, Hendrik Conscience rédigea un roman historique populaire titré « De leeuw van Vlaanderen » (Le lion de Flandre). Dans cet oeuvre, il fit de la Bataille de Courtrai (1302), également connue sous le nom de bataille des éperons d’or, où les troupes flamandes anéantirent les soldats du Roi de France, une incarnation de la résistance flamande contre l’oppression étrangère. Cette Bataille de Courtrai entre les flamands et les français était une allégorie parfaite pour traduire les tensions entre la France et la jeune Belgique (indépendante en 1830) au XIXème siècle. Ce même contexte conduisit en 1847 Hippoliet van Peene à écrivir l’hymne « De Vlaamse Leeuw » (le lion flamand). Comme pour « la Marseillaise », « De Vlaamse Leeuw » est une chanson de combat nationaliste. À la fin du XIXème siècle, les partisans du mouvement flamand hissaient le drapeau au lion noir sur fond jaune chaque 11 juillet, date anniversaire de la bataille de Courtrai.

#953 – FK Napredak Kruševac : Čarapani

Les chaussettes. Fondé le 8 décembre 1946, le club résulta de la fusion de Zakić, Badža et 14. Oktobar. Son nom, Napredak, signifie progrès en serbe. Voir du progrès dans les chaussettes paraît un peu étonnant. D’ailleurs, la ville de Kruševac n’est pas le berceau de la chaussette, la première apparition de cette dernière remontant à l’an 2000 av. J.-C. en Syrie. Cette histoire de chaussette est attachée à la ville et ce surnom est devenu le gentilé de ses habitants.

Après la bataille du Kosovo (1389), Kruševac devint la capitale de la Serbie gouvernée par la princesse Milica, puis par le despote Stefan, qui transféra en 1403 la capitale à Belgrade. La ville tomba aux mains de l’Empire Ottoman en 1427 après la mort du despote Stefan. Cette domination turque perdura jusqu’en 1833, après plusieurs soulèvements serbes à compter de 1804. Ce fut lors de cette première révolte pour l’indépendance que les habitants de Kruševac auraient gagné ce surnom. La défaite de la Sublime Porte dans la guerre austro-ottomane de 1788-1791 fit renaître la conscience nationaliste serbe et le Sultan Selim III dut concéder de nombreux droits aux élites locales. Mais, les nouvelles difficultés du Sultan face à Napoléon en Egypte conduisirent les troupes turcs (les janissaires) à réprimer les populations de l’Empire pour maîtriser les velléités indépendantistes. Face aux brimades des janissaires, les serbes menèrent un premier soulèvement qui se transforma en une guerre d’indépendance, s’étalant entre le 14 février 1804 et le 7 octobre 1813. En 1806, les insurgés de Kruševac devaient affronter les Turcs. Selon la légende, la nuit précédant la bataille, ces derniers tentèrent de surprendre les troupes ottomanes. Pour cela, il se faufilèrent près du camp militaire ottoman après avoir enlevé leurs chaussures pour ne pas faire de bruit. Leur courage et leur ruse leur permirent de tuer les soldats Turcs et de remporter la bataille. Comme les Serbes s’étaient présentés en chaussette au combat, ils furent surnommés ainsi. Il s’agit de la version la plus communément admise. Mais, certains racontent cette légende en la resituant à l’époque du Prince Lazar qui combattit l’Empire Ottoman en 1389. Voire ceux qui portaient les chaussettes n’étaient peut-être pas les Serbes mais plutôt les Turcs. En effet, surpris dans leur sommeil, les Ottomans auraient détalés à peine habillé en chaussette. Résultat, on ne peut pas affirmer avec certitude quand et comment les habitants de Kruševac sont devenus Čarapani.

Une autre version narre que le prince Lazar attribua un signe distinctif à ses chevaliers les plus braves et en qui il avait le plus confiance. Ainsi, en intégrant la garde personnelle du prince, ces chevaliers devaient porter des chaussettes rouges qui remontaient jusqu’aux genoux. Le port de ce vêtement était alors un honneur. Au Moyen Âge, la teinture rouge était rare et chère et donc les vêtements de cette couleur était peu répandue, sauf parmi les populations les plus aisées (nobles et riches marchands). Ils étaient même parfois strictement réservés aux membres de la famille du souverain. Ainsi, ces chaussettes ne passaient pas inaperçues parmi la population ou sur les champs de bataille. D’ailleurs, lors de la célèbre bataille du Kosovo en 1389, ces soldats se distinguèrent par leur bravoure. En se renseignant à leur sujet, les gens découvrirent que ces braves provenaient de la région de Kruševac. Or, leur signe si distinctif était suffisant pour leur valoir le surnom de Čarapani.

Enfin, ils existent encore d’autres histoires. Il se pourrait que depuis de nombreux siècles, la coutume veut que les hommes de Kruševac portent de longues chaussettes brodées. Révélant une certaine esthétique et soulignant le caractère unique de leur vêtement traditionnel, ces chaussettes sont devenues le principal symbole de l’ancienne capitale serbe.

#907 – FUS Rabat : les Fussistes

Le surnom est dérivé du sigle du club, FUS, qui signifie Fath Union Sports. L’incroyable parcours de l’équipe marocaine au mondial 2022 est l’oeuvre des joueurs mais aussi et surtout de leur sélectionneur Walid Regragui, qui connait une longue histoire avec son bourreau français. Outre le fait d’être français, né à Corbeil-Essonnes, il réalisa la majeur partie de sa carrière dans des clubs français (Toulouse, Ajaccio, Dijon, Grenoble). Mais, son métier d’entraineur débuta sur les bancs marocains au FUS Rabat. Il y demeura 6 saisons et offrit au club son unique titre de champion du Maroc en 2016, pour ses 70 ans.

Le FUS naquit donc le 10 avril 1946 à Rabat, dans la capitale de l’Empire Chérifien, alors sous protectorat français. Il s’éleva sur les cendres du l’Union Sportive Musulmane de Rabat-Salé, créé en 1932, et premier club musulman du Maroc. Les nationalistes estimaient que le mouvement sportif était un parfait catalyseur pour diffuser et animer leurs idées indépendantistes parmi la jeunesse du pays. Mais, ils furent dissous au début de la Seconde Guerre Mondiale. A la sortie de la guerre, la France était affaibli, ce qui donna une nouvelle vigueur aux mouvements nationalistes arabes. Le sultan du Maroc, Mohammed ben Youssef, se rapprocha alors de la cause indépendantiste et soutint les fondateurs du FUS, membres de l’Istiqlal (premier parti indépendantiste et promoteur d’une monarchie constitutionnelle) à créer le club. L’idée était toujours de réunir la jeunesse marocaine et promouvoir l’indépendance au travers d’associations sportives. Le FUS incarna donc un premier acte de résistance face au protecteur français. Mohammed ben Youssef, futur Mohammed V, choisit le nom du club, Fath Union Sports. Fath signifiant « victoire », le message était clair pour les supporteurs : la victoire sur le terrain sportif et politique. Le premier président d’honneur fut le Prince Moulay Abdallah, fils cadet de Mohammed V et le frère du futur Roi, Hassan II. La proximité avec la pouvoir royale était établie et perdure encore aujourd’hui.

#898 – RC Strasbourg : les Bleu et Blanc

Dans les travées du vieux mais bouillonnant Stade de la Meinau, retentissent souvent les champs des supporteurs du Racing dont l’un d’eux est « Allez les bleu et blanc ». Mais, alors que les couleurs traditionnelles de l’Alsace comme de Strasbourg (et de nombreuses villes alsaciennes comme Mulhouse et Selestat) sont le rouge et le blanc, pourquoi ces deux couleurs ont été choisis pour le club ? En 1906, dans le quartier du Neudorf, quelques jeunes soutenus par leur instituteur fondèrent le FC Neudorf. FC signifiait Fussball Club, soit Football Club en Allemand. Car, depuis la défaite française et le traité de Francfort du 10 mai 1871, l’Alsace-Moselle (et non Lorraine car Nancy par exemple demeura française. Ainsi les départements perdues correspondaient aux actuels du Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle) intégra le territoire du tout nouveau Empire Allemand. Evidemment les autorités allemandes imposèrent la germanisation de la région alors dénommée Reichsland Elsaß-Lothringen (émigration de population allemande, utilisation et apprentissage de l’Allemand à l’école, organisations juridiques, administratives et économiques basées sur le modèle allemand qui perdurent encore aujourd’hui).

1918, la France avec ses alliés sortit victorieuse de la Première Guerre mondiale face aux allemands. Après 48 ans de séparation, les « provinces perdues » retrouvèrent le chemin de la France. Les deux tiers des 150 000 Allemands vivant dans la région retraversèrent le Rhin et l’administration française appliqua une politique de francisation systématique. Renaissant de ses cendres, le FC Neudorf s’inscrivit dans cet élan francophile. En janvier 1919, une nouvelle direction fut élue, où seuls les membres possédant un titre français (et non allemand) pouvaient postuler. La décision fut prise également de changer de nom et de s’appeler RC Strasbourg-Neudorf puis peu après simplement Racing Club de Strasbourg. Retenir un terme anglais « Racing » en pleine francisation, cela pourrait paraître incongru. En réalité, les membres s’inspirèrent du nom du prestigieux Racing Club de France. C’était à la fois un club reconnu, qui avait remporté le championnat de France USFSA en 1906 (année de création du FC Neudorf), et qui en outre s’appelait France. Le symbole était donc parfait pour les strasbourgeois. Outre le nom, la direction du RC Strasbourg décida d’adopter les couleurs du RCF, ie bleu et blanc. Sachant que le bleu du RCF est plutôt ciel, celui du RCS varia dans le temps, passant d’un bleu clair au bleu roi.

Toutefois, cette histoire pourrait être fausse pour ce qui concerne les couleurs. Car certains avancent que dès la saison 1916, les joueurs du FC Neudorf portaient des maillots blancs avec une rayure horizontale bleue.

#896 – CD Atlético Huila : los Opitas

Gentilé des habitants de la ville de Neiva et du département de Huila, bien connu des colombiens, le terme est intraduisible. Le club de l’Atlético Huila, qui réside à Neiva, représente ce département et reprit à sa création tous ces symboles, notamment ses couleurs jaune et vert. En 1990, les autorités locales se désolaient de ne pas posséder une équipe professionnelle dans la région. Ainsi, avec le support du gouverneur du département (Jorge Eduardo Gechem) et du maire de la ville de Neiva (Luis Alberto Díaz), le club fut fondé le 29 novembre 1990. Outre les couleurs, le surnom opita s’imposa immédiatement tellement le terme est identifié aux habitants de cette région. Dans le jargon local, pour saluer une personne, les gens de la région disent opa, ce qui donna le terme opita.

Ce mot opa n’apparut pas par magie ou par simple appréciation positive de sa sonorité. Son origine serait liée au sentiment rebelle patriotique qui habite les gens de cette région. En effet, depuis leurs créations, Neiva et le département de Huila participèrent à de nombreux soulèvements et mouvements indépendantistes. En 1777, arriva dans la colonie espagnole de Vice-royauté de Nouvelle-Grenade (qui regroupait les territoires de Colombie, Équateur, Panama et Venezuela) le visitador-régent Juan Francisco Gutiérrez de Piñeres dont l’objectif était de mettre en place les mesures décidées par le Roi d’Espagne Charles III. Ainsi, il créa ou augmenta des taxes (sur le sel, le tabac, les jeux de cartes, les textiles de coton), rationnalisa et améliora leur collecte par des méthodes arbitraires et violentes et renforça les procédures et contrôles administratifs sur la circulation des marchandises. L’ensemble des mesures parurent insupportables aux créoles (les colons espagnoles). En 1781, ces derniers, habitants de la ville de Socorro, initièrent une insurrection dont les rebelles étaient connus sous le nom de comuneros. Neiva, qui manifestait déjà son mécontentement face aux impôts en 1772, emboita rapidement le pas de cette révolte. Réunissant une armée de 20 000 hommes, les rebelles obtinrent l’abolition de ces mesures.

Au début du XIXème siècle, Neiva fut l’un des foyers principaux de l’indépendance du pays. L’invasion et l’occupation par les troupes napoléoniennes de l’Espagne en 1807 et 1808 affaiblit le pouvoir royal. Ces évènements encouragèrent les colonies d’Amérique latine à se soulever et réclamer leur indépendance. Le 8 février 1814, la province de Neiva déclara son indépendance. Puis, réunissant autour d’elle les villes de La Plata, Timaná et Purificación, Neiva proclama la Constitution de l’État libre de Neiva le 23 septembre 1814. Toutefois, en 1816, les armées espagnoles reprirent le contrôle de l’ensemble des territoires qui avaient déclaré leur indépendance de la couronne, dont Neiva. Reprise en main de courte durée car dès 1818, Simón Bolívar et Francisco de Paula Santander fédérèrent les différents mouvements patriotiques qui finirent par aboutir entre 1820 et 1823 à l’indépendance des colonies d’Amérique latine. Neiva fournit de nombreux indépendantistes au troupe de Bolívar tandis que d’autres habitants faisaient office d’espions et de coursiers. Pour coordonner l’ensemble de ces initiatives, la Organización Patriótica fut fondée clandestinement à Neiva et le nom de l’organisation secrète fut abrégée en Opa. Selon le livre « Relatos y Opiniones » de Guillermo Falla, après les guerres d’indépendance, le mot continua à être utilisé avec fierté comme salutation et les plus jeunes enfants étaient appelés opita.