#1053 – Linz ASK : die Schwarz-Weißen

Les noir et blanc. Le 7 août 1899, à Linz, le Athletiksportklub Siegfried fut fondé mais cette association se concentrait sur l’haltérophilie et la musculation. La section football n’apparût qu’en février 1919, en intégrant les footballeurs du Linzer Sport-Klub (et certains du Germania) dont le club n’avait pas survécu à la Première guerre mondiale. Malgré la jeunesse de la section, le football était si populaire que cette activité prit une importance telle au sein du Athletiksportklub Siegfried, que le 14 Septembre 1919, la direction changea le nom du club pour Linzer Athletik-Sport-Klub. L’article 3 des statuts stipulait que les couleurs étaient le noir et le blanc, comme celles de ses deux « prédécesseurs ». En effet, aussi bien Siegfried que LSK évoluaient en noir et blanc.

Le LSK fut fondé le 25 juillet 1908 par la volonté de Ernst Wengraf, un passionné de football et autour des footballeurs Albert Siems et Otto Zwicker. Siems avait déjà joué pour le Vienna Cricket and Football-Club et Zwicker évoluait au Wiener Sportklub. Ce dernier club, fondé le 24 février 1883, possédait également le noir et blanc comme couleurs, qui étaient donc plutôt à la mode dans le football autrichien. J’émettrais une hypothèse concernant cette mode. A la fin du XIXème, même si l’Empire Austro-Hongrois était puissant, un autre Etat montait en puissance et portait haut la germanitude, sous la houlette de la redoutable Prusse : le Reich Allemand. Or, le Reich adopta un drapeau avec trois bandes horizontales de couleurs noir, blanche et rouge (qui reprenaient les couleurs de la Prusse, noir et blanc, et de la Ligue Hanséatique, rouge et blanc). Et justement dans cet Empire Austro-Hongrois qui regroupait une mosaïque de peuple (autrichien, hongrois, tchèque, slovaque, croate, serbe, slovène, italien, roumain, polonais, ukrainien), il y avait certainement un besoin d’affirmer sa germanitude et elle s’exprima dans le sport. Un nombre certain de clubs autrichiens prirent donc ces fameuses couleurs noire et blanche. A noter que si les couleurs principales du LASK sont le noir et le blanc, le rouge apparait sobrement mais régulièrement sur les tenues ou le blason du club (ce qui renforce mon hypothèse). Au delà de la couleur, d’autres s’inspirèrent de l’Allemagne pour leurs noms. Ainsi, on comptait un Germania Linz (Germanie étant le nom latin de l’Allemagne), Deutschen Jungmannschaft Währing à Vienne (Deutschen signifiant Allemand), Deutsche Fußball-Club Prag, Deutscher Sportverein Troppau … . Or, Germania Linz contribua à la création de la section football du LASK. De même, la section football du Wiener Sportklub qui aurait pu inspirer les fondateurs du LASK, était issue de la fusion du Fußball- und Athletik-Club Vorwärts et du Deutschen Jungmannschaft Währing qui prit le nom de Deutschen Sportverein.

Malheureusement, après avoir joué plus de 100 ans avec ces couleurs, le club succomba aux espèces sonnantes et trébuchantes d’un sponsor, BWT. Fabriquant de systèmes de traitement de l’eau autrichien, BWT imposa sa couleur rose au maillot du LASK. Par petite touche en 2019 puis le troisième maillot intégralement rose en 2020, puis lors des matchs importants ou de Coupe d’Europe le rose est privilégié et enfin, le premier maillot en 2022 devient finalement rose (sans rappel des couleurs historiques). Les supporteurs bataillèrent tout au long de ces années pour s’opposer à ce mouvement mais l’argent fut plus important que les traditions pour les dirigeants. Pour les amadouer, la direction modifia les statuts qui précisent que les armoiries restent exemptes de publicité et les couleurs du club sont le noir et le blanc. Mais ils indiquent aussi que la tenue vestimentaire du club est déterminée par le conseil d’administration. Et donc peuvent ne pas être noir et blanc.

#1019 – Orlando Pirates FC : Ezimnyama Ngenkani

Les noirs. Au sein de l’association sportive Orlando Boys Club, une bande de jeunes appréciaient la pratique du football depuis 1934. Andries Mkhwanazi, surnommé Pelé-Pelé, un entraineur de boxe du Boys Club reconnut le talent de ces jeunes et les encouragea à fonder une équipe officielle en 1937. Un an plus tard, cette équipe d’adolescents intégrait la ligue dénommée Johannesburg Bantu Football Association. En manque de moyen, les joueurs jouaient pieds nus et sans maillot commun. En 1940, alors la section football se séparait d’Orlando Boys Club pour donner naissance aux Pirates, le travailleur social, Bethuel Mokgosinyane, devint président du club et offrit aux joueurs leurs premiers kits, qu’il avait déniché auprès d’une autre équipe de Soweto, Phiri-Phiri. Ce maillot noir affichait un grand P sur le plastron.

Les raisons du noir ne sont pas connues. Est-ce le fruit d’un pur hasard ? Bethuel Mokgosinyane n’eut pas de choix et prit les maillots de Phiri-Phiri quelque soit la couleur de ces derniers. Ou est-ce un choix raisonné ? Bethuel Mokgosinyane aurait-il volontairement choisi un maillot noir pour adopter une certaine symbolique ? Ce pouvait être un choix politique pour affirmer la couleur de peau des joueurs qui composaient l’équipe, à une époque où la ségrégation raciale apparaissait et l’ANC était fondé. Par ailleurs, les fondateurs d’Orlando Pirates comprenaient des enfants des travailleurs migrants qui avaient quitté les zones rurales pour travailler dans les mines d’or du Gauteng. Le noir pouvait être un rappel de ces racines ouvrières. Enfin, comme le nom de Pirates fut choisi au même moment, la couleur noir permettait de s’aligner avec celle communément connue des Pirates.

#1008 – Peñarol Montevideo : los Mirasoles

Les tournesols. La grande plante, qui suit la courbe du soleil, présente une fleur (qui n’en est pas une en réalité) aux pétales jaunes et aux graines noires. Or, ces deux couleurs sont celles du club de Montevideo depuis sa création. Le club naquit le 28 septembre 1891 sous le nom de Central Uruguay Railway Cricket Club, sous l’impulsion de 118 salariés de la compagnie ferroviaire anglaise, Central Uruguay Railway Company. Cette dernière, fondée en 1872 à Londres, était l’une des 4 sociétés de chemin de fer de l’Uruguay. Naturellement, les fondateurs du club puisèrent dans leur quotidien les symboles du nouveau club. Ainsi, le premier maillot du club était composé d’un damier (de quatre cases) jaune et noir. Ces deux couleurs rendaient hommage à l’une des premières locomotives à vapeur, the Rocket (la fusée). Construite en 1829, elle fut conçue par l’ingénieur anglais George Stephenson, considéré comme l’un des « pères fondateurs » du chemin de fer à vapeur. Elle combinait plusieurs innovations de précédentes locomotives pour donner la machine la plus avancée de son époque et qui demeura la base de la plupart des moteurs à vapeur au cours des 150 années suivantes. Remportant le concours du Rainhill Trials, cette locomotive traînait treize tonnes à presque 25 km/h et pouvait atteindre la vitesse record de 56 km/h (sans charge). Elle fut exploitée sur la nouvelle ligne Liverpool-Manchester et sa fiabilité et ses performances aidèrent à l’expansion du chemin de fer. Stephenson choisit de peindre sa locomotive en jaune et noir. Il se serait inspiré des diligences les plus rapides de l’époque qui affichaient ces couleurs et ainsi il pensait suggérer vitesse et fiabilité.

#998 – Alemannia Aix-la-Chapelle : Kartoffelkäfer

Les doryphores. Oui, ce petite insecte, ennemi bien connu des cultivateurs de pomme de terre, à l’aspect peu séduisant, est le surnom d’une équipe de football. Or, son aspect est à l’origine direct du surnom des joueurs d’Aix la Chapelle. Ses œufs sont de couleurs jaune vif. À l’état de larve qui mesure environ 1 cm de long, l’insecte est rouge orangé avec des stigmates noirs sur les côtés. Puis, à ,l’âge adulte, il arbore une carapace jaune rayée de bande noire dans le sens de la longueur. Or, les couleurs du club sont le noir et le jaune. Et pendant de nombreux années, le maillot d’Alemannia était rayé de bandes noires et jaunes. De quoi rappeler ce coléoptère que les allemands venaient de découvrir. En effet, l’aire d’origine du doryphore se situait au Mexique central. Puis, au XIXème siècle, il se propagea aux Etats-Unis à partir du Sud-Ouest et attint l’Europe, par la région de Bordeaux, dans les années 1920. A l’aube de la Second Guerre Mondiale, le Doryphore s’installa en Allemagne.

A la fin du XIXème siècle, les étudiants de 3 lycées de la ville, Kaiser-Wilhelm-Gymnasium, Oberrealschule et Realgymnasium, se rencontraient régulièrement sur une aire de jeux de la rue Franzstraße. En mai 1900, ils décidèrent de fonder un nouveau club. Dans un Empire Allemand naissant (sa proclamation datait de 1871, soit à peine 30 ans avant), le sport était un catalyseur de la jeunesse et un moyen d’y affirmer l’identité d’une nation. Ainsi, de nombreuses nouvelles associations sportives firent le choix de s’approprier ou de se référer à des symboles forts d’une prétendue éternelle nation allemande. Dans le nom de clubs, ce choix fut flagrant : Borussia qui signifie Prusse en latin (à Dortmund, Mönchengladbach et un club de Berlin), Preussen qui signifie prusse en allemand (à Hamm et à Berlin), Germania nom latin de l’Allemagne (à Berlin, Brême, Francfort, Mühlhausen, Mannheim et Braunschweig), Arminia, en rapport avec le chef barbare Arminus, présenté comme un héros national (à Bielefeld), Teutonia détivé du peuple germanique Teuton, parfois synonyme d’Allemagne (pour un club de Berlin) et Deutscher, Allemand en allemand (à Hannovre). Pour les étudiants-fondateurs d’Aix-la-Chapelle, le choix se porta sur un peuple germanique qui fut présent dans la région d’Aix-la-Chapelle, les Alamans.

Pour les couleurs, la décision fut plus facile puisque les couleurs de la cité du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie sont le noir et le jaune. Elles sont tirés directement des armes de la ville qui représentent, sur un fond jaune, un aigle noir, copie quasi-parfaite des armoiries du Saint-Empire romain germanique (d’or, à l’aigle déployé à bec de sable et membré de gueules). Cette tradition de l’aigle noir sur fond jaune comme armes d’une ville était largement diffusée au sein du Saint-Empire tels que pour les villes de Besançon (France – ville impériale en 1290), Dortmund (Allemagne – ville impériale en 1236), Essen (Allemagne – ville impériale en 1377), Lübeck (Allemagne – ville impériale en 1226), Nimègue (Pays-Bas – ville impériale en 1230), Nördlingen (Allemagne – ville impériale en 1215) ou Reutlingen (Allemagne – ville impériale vers 1240). En effet, la cité qui obtenait le statut de ville-libre ou ville impériale, n’était plus soumis à aucun souverain local mais dépendait directement de l’Empereur. Cette grande liberté se traduisait donc dans les armoiries en reprenant le bouclier du Saint-Empire. L’avantage pour les fondateurs étaient donc d’honorer les couleurs de la ville tout en revendiquant une identité allemande, en se référant au Saint-Empire.

#975 – FC Seongnam : 까치 군단

Le corps de pie. Dans sa volonté de prosélytisme, Sun Myung Moon, le fondateur de la secte moon (officiellement Église de l’Unification) envisageait dès 1975 de fonder un club de football. Les liens avec la secte, au travers de son chaebol (conglomérat industriel), Tongil Group, effrayèrent la ligue coréenne ainsi que nombre de municipalités pour accueillir son équipe. Finalement, les Jeux Olympiques de 1988, qui se déroulèrent à Séoul, furent l’impulsion pour passer à l’acte et le 18 Mars 1989, le Ilhwa Chunma FC vit le jour à Gangbuk, district de Séoul. Le club rencontra vite le succès, remportant son premier titre seulement 4 ans après sa création (Coupe de la Ligue en 1992). Derrière, suivirent 7 titres de champion (1993, 1994, 1995, 2001, 2002, 2003, 2006), 3 Coupes de Corée du Sud (1999, 2011, 2014) et deux autres Coupes de la Ligue (2002, 2004). Ilhwa marqua de son empreinte également l’Asie avec 2 ligue des Champions (1995, 2010), une Super Coupe d’Asie (1996) et une Coupe A3 (2004). Après avoir déménagé dans la ville de Seongnam en 2000, la mort de Sun Myung Moon en 2013 faillit emporter le club. Son fils, Moon Kook-jin, n’était pas séduit par la perspective de gérer un club de foot. Il envisagea de le céder et le déménager à Ansan. Mais, impossible pour la ville de Seongnam de se voir déposséder de son club phare au riche palmarès. Son maire, Lee Jae-myeong, décida de le racheter pour le rendre areligieux et en faire un club-citoyen.

L’acquisition se finalisa le 2 octobre 2013. Pour se débarrasser de sa mauvaise image religieuse et pour augmenter le sentiment d’appartenance à la ville, l’ensemble des symboles furent modifiés. La tenue traditionnelle jaune (une des couleurs de la secte) devint noire et la pie fit son apparition sur le nouveau blason. Pourquoi la pie ? Tout simplement car l’oiseau est le symbole de la cité de Seongnam, comme l’azalée pour la fleur et le ginkgo pour l’arbre. La pie représente l’esprit accueillant de la ville envers tous les peuples. Symbole œcuménique en ligne avec la volonté de la ville de rompre avec l’image contrastée ou excluante des anciens propriétaires. Pour le club, la longue queue de la pie devait également représenter son dynamisme et son avenir radieux.

Dans la culture du pays du Matin Calme , la pie n’est pas vue comme voleuse mais comme annonciatrice de bonnes nouvelle, porteuse de chance. Elle se trouve dans de nombreuses chansons folkloriques ainsi que des légendes et contes. Un dicton dit même « 한 해가 시작되는 설날 아침에 까치 소리를 가장 먼저 듣는 사람에게 큰 행운이 찾아든다 » (la grande chance vient à la première personne qui entend le son d’une pie le matin du jour de l’an) tandis que des superstitions indiquent que si une pie touche l’eau, le jour sera clair et si vous construisez une maison sous un arbre avec le nid d’une pie, vous deviendrez riche. On raconte aussi aux jeunes coréens que s’ils jettent en chantant sur le toit une dent qu’ils viennent de perdre, la pie lui ramènera une nouvelle dent. Les peintures anciennes dénommées 작호도 mettaient en avant une pie gazouillant et un tigre (généralement sous la pie et assis). Les deux animaux représentaient des porte-bonheurs, annonçant les bonnes nouvelles pour l’oiseau et chassant les catastrophes pour le félin. Cette image de la pie remonte aux premiers temps des royaumes coréens. Selon le Samguk Sagi, une chronique historique, Talhae, le 4ème roi de Silla, l’un des Trois Royaumes de Corée serait né sous la forme d’œuf. Son père, considérant que c’était un mauvais présage, fit mettre l’enfant dans une boîte et l’abandonna en mer. La boite dériva près de la côte et les bruits de pie qui l’accompagnaient attirèrent des villageois. Ces derniers découvrirent un beau garçon qui devint plus tard le roi de Silla, aimé par son peuple.

Le surnom était donc évident pour le club. Néanmoins, il apparût seulement en 2015 et après un concours mené auprès des supporteurs (toujours dans l’optique de partager la vie et les choix du club avec les citoyens). 236 personnes participèrent et ce fut 까치 군단 qui fut choisi, logique oblige. Park Hong-geun, le vainqueur, repartit avec 3 millions de won (environ 2 500 euros) et deux abonnements au stade.

#974 – CA Chacarita Juniors : Tricolor

Le tricolor. Surnom qui n’a rien d’étonnant étant donné que les joueurs du club arborent un maillot avec 3 couleurs, rouge, noir et blanc. Précisément, il s’agit d’une tunique rayée de ces 3 couleurs. Le dessinateur et écrivain argentin, Roberto Fontanarrosa, passionné de football et supporteur de Rosario Central, exprimait dans son livre référence sur le football argentin « No te vayas campeón » son amour pour le maillot de Chacarita « Qué linda es la camiseta de Chacarita. Es más, si algún día me hacen uno de esos tontos reportajes llamados “ping-pong”, cuando me pregunten por “una camiseta”, diré: “La de Chacarita”. Es la que más me gusta (…) la de Chacarita tiene, si se quiere, un toque de sofisticación, de ingenio. Y yo creo que ese toque reside en esa línea finita, blanca, que se ha colado entre las rojas y las negras, más anchas y prepotentes. Esa línea delgada y blanca aporta un trazo de distinción, brinda luz, relieve, cierto brillo. » (Qu’elle est belle la chemise de Chacarita. D’ailleurs, si un jour ils font un de ces interviews « ping-pong » à la con, quand ils me demanderont « une chemise », je dirai : « Celle de Chacarita ». C’est celle que j’aime le plus (…) Chacarita’s a, si vous voulez, une touche de sophistication, d’ingéniosité. Et je pense que cette touche réside dans cette fine ligne blanche, qui s’est glissée entre les lignes rouge et noire, plus larges et plus imposantes. Cette fine ligne blanche apporte une touche de distinction, de lumière, de relief, un certain éclat.).

La tradition raconte que ces couleurs faisaient référence à leurs origines. Le club fut fondé le jour de la fête du travail, le 1er mai 1906, par une bande d’amis, dans les bureaux de la section 17 du Parti Socialiste local. Dans ce quartier populaire, les membres étaient tous proches des idées socialistes d’où le choix du rouge. Le noir pourrait laisser penser à une autre tendance politique de gauche, l’anarchisme de la puissante Federación Obrera Regional Argentina (Fédération Ouvrière Régionale Argentine – FORA), rattachée à la Première Internationale. Mais, il est plus communément admis que le noir représenterait le cimetière qui rythme la vie du quartier de Chacarita depuis le XIXème siècle et demeure l’un des plus grands du monde (cf. #855). Enfin, le blanc signifierait la pureté qui caractérise la jeunesse, le lien avec le terme « junior » dans le nom du club.

Toutefois, initialement, le club n’évolua pas dans ces couleurs devenues traditionnelles. Tout débuta avec un maillot bleu ciel avec une bande blanche horizontale sur la poitrine. Mais, à partir de 1911, certains des joueurs désertèrent vers d’autres clubs voisins et la section football perdit de sa splendeur. En 1919, une nouvelle direction décida de donner une nouvelle impulsion avec une « refondation » . Cette renaissance serait passée par le nouveau maillot tricolore. Toutefois, aucun document ou témoignage permet de prouver les raisons de ce changement, ni de le dater. D’ailleurs, l’acte de refondation ne mentionnait ni les couleurs ni les maillots.

Avant même le maillot bleu ciel, selon l’un des fondateurs, José Manuel Lema, le premier équipement porté par l’équipe consistait en une veste blanche avec un petit bouclier en guise de poche et était un cadeau de la sœur d’un des membres, Alfredo Palacios. Le 18 avril 1907, le journal « La Argentina » publiait un article qui décrivait le maillot du club comme rouge et blanc accompagné d’un pantalon blanc. Le 2 mai 1908, le journal « El Mundo » rapportait un changement de tenue avec une chemise rayée verte et blanche ainsi qu’un short bleu marine. Le 9 août 1922, le journal « La República » mentionnait un match entre Chacarita Juniors et Vida y Acción où le club évoluait avec une tenue bleue. Finalement, le fameux tricolore serait apparu en 1924. Le 12 avril de cette année, une publication de « Última hora » annonçait que Chacarita changeait ses couleurs. Selon le journal, Chacarita Juniors s’était fourni auprès d’une entreprise européenne après que les dirigeants de l’institution décidèrent ce changement afin de se distinguer des nombreux clubs qui portaient du bleu. Ces 3 couleurs proviendraient d’un maillot porté par l’un des acteurs de la refondation, Nicodemo Perticone. Selon son fils, le tissu de ce maillot aurait été offert à la mère de Nicodemo par une autre immigrée d’origine arabe sur le bateau qui les emmenaient vers l’Argentine. Mais, le tissu étant trop coloré pour la mode de l’époque, la mère de Nicodemo aurait confectionné un maillot pour que son fils pût jouer au football. Nicolás Caputo, un autre pionner de la refondation, fut séduit par les couleurs originales du maillot de son compère et les proposa à la direction.

#965 – FC Inter Turku : Sinimustat

Les bleu et noir. Le club, à l’histoire récente, s’est installé parmi les valeurs sures du championnat finlandais, avec un titre de champion et plusieurs coupes nationales. En 1990, étant sans club à la fin de la saison, Patrik Håkans et ses amis cherchaient une équipe pour continuer leur passe-temps. Toutefois, ne se retrouvant pas dans les équipes de football existantes de Turku, ils décidèrent de créer leur propre club, avec le soutien du père de Patrik, Stefan, dirigeant de la société de remorquage et de sauvetage Håkans. Pour fonder le club, il fallait trouver un nom, un blason et des couleurs, ce que firent les jeunes et leurs parents en reprenant les symboles des grands noms du football du début de la décennie 1990.

L’inspiration vint de la Coupe du Monde qui se déroula en Italie. L’une des révélations de la compétition était le Cameroun de Roger Milla, première équipe africaine à se qualifier pour un quart de finale de Coupe du Monde. Les dirigeants de Turku décidèrent de créer un blason imitant celui des lions indomptables, sur la base de 3 couleurs, noir, bleu et rouge. Le bleu et le noir du logo vinrent des jeunes garçons tandis que le rouge fut suggéré par la créatrice, Annika Lemström. Pour trouver les couleurs, le groupe de garçons parcoururent les pages de dizaines de magazines de football pour s’inspirer des maillots des grands clubs européens. Probablement en contemplant le maillot du club italien de l’Inter, les deux couleurs bleu et noir plurent aux jeunes. Pour le nom, les appellations traditionnelles dans le football local, Palloseura (équivalent à FC) ou IFK (abréviation de la société sportive scandinave Idrottsföreningen Kamraterna), ne séduisirent pas. Le FC Turku semblait être une option intéressante, mais le FC Turku-82, qui opérait à Turku à l’époque, n’était pas disposé à abandonner son nom. Les jeunes joueurs se tournèrent alors vers les noms utilisés par les grands clubs européens et le club de l’Inter ressortit de nouveau. La vocation « internationale » du nom du club italien plaisait (Inter est le diminutif d’Internazionale). Il est possible que la victoire des Allemands à la Coupe du Monde 1990 aida à la réputation de l’Inter auprès des fondateurs de Turku puisque la mannschaft comptait dans ses rangs le fameux trio intériste composé de Lothar Matthäus, Jürgen Klinsmann et Andreas Brehme.

Deux anecdotes à noter. Comme le blason comptait trois couleurs (bleu, noir et rouge), le rouge fut choisi pour teinter le maillot extérieur. Les tout premiers kits extérieurs étaient alors rayés rouges et noirs … comme les maillots de l’AC Milan, le grand rival de l’Inter Milan. Cependant, la fédération finlandaise n’accepta pas que les deux maillots du Turku soient rayés avec des bandes noires. Résultat, le maillot extérieur devint intégralement rouge. Par ailleurs, les deux couleurs principales sont donc le noir et le bleu. Or, dans les années 1930, une organisation fasciste finlandaise opérait auprès de la jeunesse avec pour nom, Sinimustat, et couleurs, le bleu et le noir. Tout le contraire des valeurs internationalistes du club.

#928 – FK Inter Bratislava : žlto-čierni

Les jaune et noir. Même si le rouge apparaît sur le blason du club, le jaune et le noir sont les deux principales couleurs qui s’imposent sur le maillot de la formation. Evoluant en 3ème division aujourd’hui, l’Inter Bratislava est un important club de football slovaque avec une riche tradition, qui au tournant du millénaire réalisa deux doublés consécutifs (Championnat slovaque et Coupe nationale en 2000 et 2001). Le club revendique un titre de champion de Tchécoslovaquie (saison 1958-1959) qui fut remporté par le CH Bratislava, club qui l’absorba en 1962. Toutefois, malgré les débats, il est communément admis que l’Inter n’a pas hérité de ce titre et que le successeur du CH Bratislava est un autre club. Il n’empêche qu’entre 1962 et 1993, le club évolua 29 saisons sur 31 dans la Première Ligue tchécoslovaque, terminant même deux fois 2ème dans les années 1970. A l’issue de la saison 2008-2009, l’Inter Bratislava remporta la seconde division et devait être promu dans l’élite slovaque. Cependant, les problèmes financiers du club conduisirent son propriétaire Lubomír Chrenko à vendre la licence de l’Inter au FK Senica en juin 2009. L’équipe professionnelle de l’Inter disparut et le club repartit dans les divisions régionales.

Le club fut fondé en juillet 1940 sous le nom de ŠK Apollo Bratislava. Les créateurs ne furent pas inspirés par la mythologie grecque, Apollo faisant en réalité référence à l’entreprise qui soutint sa création. Créée en 1895, à l’aube de l’ère de l’automobile, la société Apollo exploitait la raffinerie de Bratislava qui produisait, au bord du Danube, de l’essence, de la ligroïne (white spirit), de la cérésine, des bougies, mais aussi de la glace artificielle et diverses graisses lubrifiantes. Sa capacité de traitement était de 30 000 tonnes de pétrole brut, qui provenait du Caucase et de Galicie polonaise, mais aussi de Roumanie, du Texas et de divers gisements de l’URSS. L’usine plaça Bratislava parmi les principaux centres de traitement du pétrole d’Europe centrale et, à son apogée, dans l’entre-deux-guerres, l’entreprise possédait des champs pétrolifères et un réseau de stations-service. Mais, avec l’invasion nazie, les capacités d’Appolo tombèrent aux mains du conglomérat chimique allemand, IG Farben, malheureusement célèbre pour avoir fourni les camps de la mort en zyklon-B et avoir profité de leurs mains d’oeuvre. En 1944, les raids aériens américains ciblèrent l’usine qui fut détruite à 80%. Même si elle reprit sa production en 1945, l’entreprise cessa ses activités en 1963. En parallèle, au début des années 1950, le gouvernement tchécoslovaque décida de construire une nouvelle raffinerie pour remplacer Apollo. En 1957, la première unité de production de la nouvelle raffinerie appelée Slovnaft fut mise en service. Aujourd’hui, Slovnaft, qui a été racheté par le groupe hongrois MOL, peut traiter 5,5 à 6 millions de tonnes de pétrole et représente 65% des ventes de carburants en Slovaquie. Il exploite 253 stations-service en Slovaquie, soit 29% du parc national.

La production pétrolière et pétrochimique passant d’Appolo à Slovnaft définitivement au début des années 1960, le club fit de même. En 1962 ou 1963, le club semble avoir fusionné avec des clubs appartenant à Slovnaft et devint une filiale du nouveau géant pétrolier slovaque. Evoluant probablement en rouge avant, la direction de l’Inter ajouta certainement au moment de la fusion les couleurs jaune et noir de Slovnaft. L’équipe évolue avec des maillots jaune et noir, sur lequel le nom de Slovnaft s’étala durant de longues années comme sponsor principal.

#895 – CCDFA Arturo Fernández Vial : los Aurinegros

Les ors et noirs. Si le club de Concepción fut fondé le 15 juin 1903, il trouve ses origines dans une première association du nom de Club Deportivo Ferroviario Internacional (ou International FC selon d’autres sources) né en décembre 1897. Ce premier club regroupait les cheminots de la société nationale Ferrocarriles del Estado. Comme dans beaucoup de pays, en particulier en Amérique du Sud, les chemins de fer furent un vecteur du développement du football. D’une part, la masse des ouvriers constituait un vivier important. D’autre part, le réseau ferroviaire s’étoffa avec le soutien des experts en la matière, les britanniques. Nombre d’ingénieurs et de cheminots venant d’outre-manche émigrèrent dans les contrées sud-américaines et emmenèrent avec eux leur savoir-faire et leurs nouveaux loisirs tels que le football. Ainsi, le Club Deportivo Ferroviario Internacional naquit dans cet environnement (où les lignes ferroviaires se construisaient dans la région) et quelques années plus tard laissa sa place au CCDFA Arturo Fernández Vial (dont le F signifie Ferroviario).

Dans la tradition du monde ferroviaire sud-américain, le club retint comme couleurs le jaune et le noir. Pourquoi ? Il s’agit de rendre hommage à l’une des premières locomotives à vapeur, the Rocket (la fusée). Construite en 1829, elle fut conçue par l’ingénieur anglais George Stephenson, considéré comme l’un des « pères fondateurs » du chemin de fer à vapeur. Elle combinait plusieurs innovations de précédentes locomotives pour donner la machine la plus avancée de son époque et qui demeura la base de la plupart des moteurs à vapeur au cours des 150 années suivantes. Remportant le concours du Rainhill Trials, cette locomotive traînait treize tonnes à presque 25 km/h et pouvait atteindre la vitesse record de 56 km/h (sans charge). Elle fut exploitée sur la nouvelle ligne Liverpool-Manchester et sa fiabilité et ses performances aidèrent à l’expansion du chemin de fer. Stephenson choisit de peindre sa locomotive en jaune et noir. Il se serait inspiré des diligences les plus rapides de l’époque qui affichaient ces couleurs et ainsi il pensait suggérer vitesse et fiabilité.

Les surnoms máquina aurinegra et el Auri sont également utilisés.

#890 – FC Kalamata : Μαύρη Θύελλα

La tempête noire. La référence au noir par deux fois (via la couleur comme les nuages qui forment la tempête) rappelle qu’il s’agit de la couleur du club. Elle ne provient pas des fameuses olives produites ici, qui d’ailleurs sont plus marrons que noires. En réalité, il faut se replonger dans l’histoire mouvementée de la Grèce d’après-guerre. Dans la nuit du 21 au 22 Avril 1967, l’armée grec prit le pouvoir, pour soi-disant faire barrage à une menace communiste. En décembre de la même année, le Roi Constantin II tenta de renverser ce pouvoir militaire mais son putsch échoua. Il s’exila alors à Rome, livrant définitivement le pays à la Dictateur des Colonels. Sans véritable programme, les militaires prônèrent l’ordre moral et la culture grec. Ainsi, les décisions autocrates se multiplièrent et mirent un couvercle de plomb sur les libertés dans le pays. 11 articles de la constitution furent suspendus, les citoyens pouvaient être arrêtés, jugés et déportés sans mandats. Des tribunaux militaires d’exception furent mis en place. Les partis politiques et les syndicats furent interdits tandis que l’Eglise orthodoxe passait sous contrôle de la junte. La minijupe comme les cheveux longs étaient bannis. La culture, qui penchait à gauche particulièrement à cette époque, fut purgée et contrôlée : la censure sévissait sur les journaux comme les spectacles. Le sport n’échappa pas à ce mouvement car la junte craignait que les associations sportives devinssent le catalyseur des idées démocratiques. La junte intervint donc dans les transferts, imposa des fusions d’équipes, ordonna de renommer des équipes, nomma des commissaires militaires à la tête des clubs et exclut tous les joueurs non grecs du championnat (d’où la découverte de nombreux aïeuls grecs – parfois fictifs – pour des joueurs étrangers tels que Courbis, Triantafilos, Losada …).

A Kalamata, il existait, comme dans de nombreuses villes grecs, plusieurs clubs de football. La junte invita donc les clubs de Kalamata à fusionner entre eux. L’idée derrière ces opérations était d’une part de réduire significativement le nombre d’associations sportives et d’autre part de plus facilement les surveiller et contrôler. Ainsi, en 1967, plusieurs clubs (principalement Apollon Kalamata FC et Pammessiniakos, lui-même issu de la fusion quelques années auparavant d’Olympiacos, de Oiseaux Verts de Kalamata et de l’AEK) donnèrent naissance au nouveau club de Kalamata FC. Toutefois, la structure de ce dernier se basait avant tout sur l’ossature de l’Apollon. Fondé en 1927, l’Apollon était un club historique de la ville qui s’était établi dans les divisions nationales. Après avoir remporté plusieurs fois le championnat régional, il fut promu dans la nouvelle deuxième division nationale lors de sa première année d’existence en 1959-1960. Lors des deux saisons précédentes la fusion (1965-1966 et 1966-1967), l’Apollon avait terminé deux fois à la 4ème place de la seconde division. Outre la reprise des joueurs de l’Apollon, le nouveau club absorba également les symboles de l’Apollon. Ainsi, les couleurs de la nouvelle équipe était le noir et le blanc, celles de l’Apollon. Pour la petite histoire, après le retour de la démocratie en 1974, certains clubs furent refondés comme l’Apollon. Mais le Kalamata FC s’était déjà bien établi et avait gagné sa popularité. Il est vrai que les résultats avaient rapidement suivi. En 1972 et 1974, le club avait remporté la seconde division et avait évolué pendant deux saisons dans l’élite nationale. Il continua donc son chemin pour être aujourd’hui le club référence de la ville.