#539 – FC Libourne : les Pingouins

Un beau pingouin s’affiche sur l’écusson du club mais son apparition comme emblème demeure une inconnue. Heureusement les versions ne manquent pas. D’ailleurs, ce pingouin serait en réalité un manchot, ce qui expliquerait la première version. Dans ces premières années comme après la Seconde Guerre mondiale, le club partageait le stade (le terrain municipal Plince ou le Stade de la Plante) avec les équipes de rugby locale, ce qui engendra une certaine rivalité entre l’ovalie et le ballon rond. D’un côté le rugby où le ballon vit par les bras : on le porte, on le passe à la main, on raffûte ses adversaires. De l’autre, le football avec une règle stricte : l’utilisation des membres supérieurs est formellement interdite pour les joueurs de champ. En observant les footballeurs s’entraîner à courir sur la pelouse sans jamais se servir de leurs bras, les gardant souvent collés le long du corps pour s’équilibrer ou éviter de commettre une faute de main, des rugbymen se seraient moqués des footballeurs en les comparant à des pingouins (Ces oiseaux marins dont les petites ailes, inadaptées au vol, pendent le long de leur corps de manière un peu pataude sur la terre ferme). Les footballeurs auraient alors eu suffisamment d’auto-dérision pour prendre l’animal comme symbole.

Cette version ne plait pas à tout le monde et d’autres préfèrent avancer une filiation avec le Racing Club de France. En 1936, peu de temps après sa création, les membres fondateurs voulaient placer le club sous d’heureux auspices. A cette époque, le Racing Club de France était un club dominant du football français et qui venait de réussir l’exploit de faire le doublé Coupe-Championnat. Résultat, les dirigeants sollicitèrent le parrainage du club francilien et l’obtinrent. L’emblème du Racing était un pingouin que le club girondin reprit donc à son compte.

Comme « jamais 2 sans 3 », une troisième version fit son apparition. Au tout début, le club évoluait sur un terrain qui était un vrai champ de patates. Lors d’un jour d’hiver, en découvrant le terrain gelé, les adversaires auraient dit « Mais sur cette banquise, on va jouer contre des pingouins ! ». L’animal serait resté.

#514 – Cardiff City FC : the Bluebirds

Les oiseaux bleus. Formé sous le nom de Riverside FC en 1899, le nouveau club de football avait pour objectif d’occuper les joueurs de cricket du Riverside Cricket Club en hiver. Ces derniers portaient un kit de couleurs marron et orange. En 1905, la direction demanda de changer le nom du club en Cardiff City suite à l’octroi du statut de ville à Cardiff. La fédération du Pays de Galles n’accéda pas à la requête car elle estimait que le club évoluait dans des ligues trop mineures pour bénéficier d’un titre aussi prestigieux. Trois ans plus tard, alors que le club participait à la Ligue amateur du sud du Pays de Galles, la fédération céda et Cardiff City naquit. Pour des raisons inconnues, le club changea ses couleurs et opta pour le bleu. La même année, une pièce de théâtre « The Bluebird of Happiness » (L’oiseau bleu du bonheur) de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck fut présentée à Cardiff. Elle connut un grand succès auprès des habitants de Cardiff. Ces derniers firent le lien entre la nouvelle couleur du club avec le titre de cette pièce et affublèrent le club du surnom de bluebirds. En 1959, l’oiseau bleu apparut sur le maillot du club et s’inscrivit dans le blason.

#488 – Konyaspor : Anadolu Kartalı

L’aigle d’Anatolie. L’écusson du club affiche un aigle bicéphale que l’on retrouve sur les armes de la ville de Konya. Cette dernière fut de 1097 à 1174 la capitale du Sultanat de Roum (ou Sultanat de Konya). La quatrième branche des seldjoukides, famille d’une tribu turque, qui migra du Turkestan vers le Proche-Orient, établit ce sultanat de 1077 à 1307 en Anatolie face à l’Empire Byzantin et les Croisées européens. Comme il avait envahi une partie de l’Empire Byzantin, successeur de l’Empire Romain, les seldjoukides s’ajoutèrent le nom de Rum ou Roum qui signifiait la ville de Rome. Leur emblème était un aigle bicéphale que l’on retrouvait à profusion, sous leur règne, sur des tissus, des pierres taillées, des carreaux muraux ou des porte-Coran. Sur le mausolée de Jalal ad-Din Muhammad Rumi (dit Mevlana, poète mystique persan), construit à Konya et aujourd’hui dénommé Musée de Mevlana, l’aigle bicéphale s’affiche encore et serait à l’origine de celui apparaissant sur les armes de la ville. L’origine du choix de cet aigle est méconnue. Il se pourrait que ce soit un emprunt à l’Empire Byzantin (Constantinople étant la Nouvelle Rome, elle reprit l’aigle de Rome comme symbole de puissance et de souveraineté. Avec les années, il se transforma en un aigle bicéphale) sur lequel les seldjoukides avaient donc établi leur sultanat. Toutefois, certains avancent que l’aigle romain de l’Empire Byzantin serait devenu bicéphale au contact de ses voisins orientaux dont les seldjoukides. Une histoire de poule et d’œuf pour un aigle. Enfin, pour d’autre, cet emblème serait une refondation d’un symbole des ancêtres des seldjoukides qui avait alors au Vème siècle un coq à deux têtes.

#482 – ES Sétif : النسر الأسود

L’aigle noir. A sa création en 1958, en pleine guerre d’Algérie, les fondateurs décidèrent d’équiper les joueurs d’un équipement vert et blanc. Mais ce choix de couleurs n’était pas anodin et les autorités françaises interdirent ce kit. En effet, le vert et le blanc étaient la couleur des indépendantistes algériens. Le vert et le blanc étaient censées représenter les espoirs du peuple algérien. En outre, ces teintes étaient aussi celles des musulmans, religion qui catalysa le mouvement nationaliste. Lors de manifestations syndicales le 1er mai en 1919 et 1920, des indigènes déployaient un drapeau vert et blanc marqué d’une étoile et d’un croissant rouge, qui étaient les prémices des couleurs indépendantistes et du futur drapeau algérien.

Le nouveau choix se porta sur le noir. Une fois de plus, la couleur était symbolique. Les fondateurs voulaient signifier que les joueurs portaient le deuil, en mémoire des morts indigènes suite aux répressions qui suivirent les manifestations indépendantistes survenues en mai 1945 à Sétif. Enfin, le club se dota de l’aigle comme emblème car le rapace représentait le prestige, la puissance et l’élégance.

#481 – Palerme FC : Aquile

L’aigle. Le glorieux rapace, emblème du club, provient directement des armes de la ville de Palerme. Ces dernières se composent, selon la définition officielle, d’un aigle romain d’or aux ailes ouvertes, sur un fond rouge. Les origines de ces armes demeurent incertaines.

Elles pourraient remonter à l’Empire Romain et ses légions dont l’aigle était le symbole. Mais, il pourrait être apparu plus tard, au XIIème siècle, sous le règne normand. Sachant que l’aigle, en héraldisme, puise son origine dans l’aigle romain et devint le symbole des Empires, en particulier ceux qui voulait reprendre l’héritage de l’Empire Romain. Donc, au final, directement ou indirectement, l’aigle de Palerme est lié à Rome.

La ville relaya l’origine directe romaine via son préfet qui, en 1860, confirma cette lignée lorsque le gouvernement italien demanda des informations sur les armoiries de la ville qui venait d’entrer dans le jeune royaume d’Italie. Toutefois, les deux témoignages les plus anciens de son utilisation datent de l’époque normande. On le retrouve ainsi dans le Palais de la Zisa construit par Guillaume Ier, roi de Sicile (le fameux normand qui aurait accordé l’utilisation de l’aigle dans les armoiries de la ville selon une version) et sur une sculpture à l’extérieur de la Cathédrale de Palerme, les deux édifices ayant été construit au XIIème siècle.

A compter du XVème siècle, son utilisation se généralisa, en particulier pour représenter les instances de gouvernance de la ville. Le club de football reprit ce symbole dans son écusson à compter de 1932 lorsque l’équipe accéda à la Serie A pour la première fois. L’aigle tenait à l’époque une branche d’olivier dans ses griffes, signe de paix. En 1947, le président Stefano La Motta présenta un nouvel écusson avec pour la première fois un aigle sur fond rose et noir. En 1979, le club adopta un nouveau blason créé par le nouveau fournisseur d’équipement, la société romaine Pouchain : un aigle stylisé dans un losange. En 1987, après la refondation du club, l’écusson migra vers un aigle blanc, couleur symbolisant la pureté. En 1991, l’aigle déploya ses ailes sur l’écusson. En 1994, le parrainage de la ville conduisit à tourner ses ailes vers le bas. En 2000, l’aigle doré avait toujours les ailes déployés, en partie blanches, mais apparaissait sur un fond rose et noir. En 2019, après une nouvelle refondation de l’équipe, les armoiries furent encore mises à jour. Sur ce nouveau blason, l’aigle est réduit à sa tête, complété par une aile stylisée rose-noir.

#473 – Saint-Trond VV : de Kanaries

Les canaris. Comme beaucoup de club évoluant en jaune, l’oiseau s’imposa comme surnom. Le club fut fondé le 23 février 1924 et officiellement rejoignit l’Association belge de football le 13 juin de la même année sous le nom de Sint-Truidensche Voetbalvereeniging. Le club émergea après la disparition de deux équipes locales à Saint-Trond : Gold Star Sint-Truiden et Union Sint-Truiden. Pour les couleurs, les fondateurs reprirent celle de la ville. En effet, le drapeau de la cité représente un lion rampant de gueules (rouge), avec un fond biseauté d’or (jaune) et d’azur (bleu). Le lion provient du blason du Duché de Limbourg. En revanche, l’origine des couleurs jaune et bleu en arrière-plan est inconnue, mais elles sont associées à la ville de Saint-Trond depuis des décennies.

#462 – CA Morelia : los Canarios

Les canaris. Le surnom de los Canarios naquit dans les années 1950. La fédération mexicaine avait interdit aux joueurs de se parler sur le terrain. Pour communiquer, les joueurs du club contournèrent cette règle en sifflant pour appeler le ballon. Les joueurs de Morelia portaient un maillot jaune à parement rouge, couleurs de la ville de Morelia. Cette localité fut fondée par Antonio de Mendoza, vice-roi de Nouvelle-Espagne, le 18 mai 1541 et porta longtemps le nom de Valladolid. Tandis que son blason lui fut accordé par le Roi Charles I d’Espagne (connu aussi comme Charles V du Saint-Empire romain), la ville confirma son fort lien avec l’Empire Coloniale en reprenant les couleurs de l’Espagne pour son drapeau. Ainsi, comme les joueurs du club évoluait dans un maillot jaune et siffler, le surnom des canaris leur fut affectueusement donné pendant plusieurs décennies. Ce surnom tomba en désuétude avec le changement de propriétaire et de nom du club en 1999. Avec la résurgence de l’ancien nom du CA Morelia en 2020, los canarios a été officiellement récupéré par le nouveau conseil d’administration, et ils sont actuellement identifiés comme tels. Le restaurant qui était situé à la périphérie de son ancien stade, le « Campo Morelia » dans les années 50, a été baptisé ainsi Los Canarios, et les fans ont aussi surnommé le stade ainsi.

#439 – Tout Puissant Mazembe : les Corbeaux

L’oiseau à la robe noire fait indéniablement penser au maillot noir de l’équipe. Mais pas que. En 1939, les moines bénédictins de l’Institut Saint-Boniface souhaitaient occuper leur scout avec une activité sportive. Ainsi fut fondé le Tout Puissant sous le nom de FC Saint-Georges, saint patron des scouts. Le choix des couleurs noires et blanches n’est pas expliqué mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il est lié à l’ordre des moines. Saint Benoît, fondateur de l’ordre, créa une règle basée sur la rigueur, le travail, le silence, l’humilité, la pauvreté et la charité. Ainsi, Saint Benoît choisit une tenue sobre, noire (la couleur était un artifice inutile), pour ses moines, qui se distinguent ainsi des autres ordres. Les bénédictins, appelés logiquement frères ou moines noirs, portent donc généralement une tunique noire serrée par une ceinture noire, leur tête recouverte par une capuche de même couleur qui finit en pointe. Cette couleur noire ne déplut certainement pas au repreneur du club dans les années 40, l’entreprise Englebert, fabriquant de pneumatique.

Pour en revenir au surnom, le corbeau rappelle donc la couleur du maillot mais il pourrait aussi s’agir d’un rappel à l’histoire de Saint Benoît. Alternant entre vie érémitique et monastique, Saint Benoît attira de nombreuses personnes et vit ainsi sa renommée croître. Forcément, il suscita la jalousie, notamment d’un prêtre voisin. Ce dernier lui envoya un pain empoisonné. Mais, se doutant de la supercherie, Saint Benoît ordonna à un corbeau, qui lui rendait régulièrement visite lors des repas, d’aller dissiminer ce pain à des endroits où il serait introuvable, ce que l’oiseau réalisât. Ainsi, l’épisode est souvent résumé en indiquant que le corbeau sauva Saint Benoît de l’empoisonnement. Il n’empêche que ce n’est pas le corbeau qui apparaît sur le blason du club mais le crocodile, invention apparu dans les années 80, certainement pour symboliser la puissance d’un animal endémique.

#426 – Gil Vicente FC : Galos

Les coqs. Le club évolue dans une ville au nord du Portugal, Barcelos, connue pour ses activités artisanales, en particulier les objets en céramique. Un des objets ou motifs décoratifs le plus produit est le coq, le fameux galo de Barcelos, emblème de la ville et même du Portugal. Traditionnellement, il est représenté avec un plumage noir, une belle crête rouge, des pieds bleus et des ailes recouvertes de cœurs. Pourtant, la ville n’est pas connue pour ses élevages de ce volatile et, pour comprendre son origine, il faut connaître une histoire légendaire qui remonterait au XVIème siècle. Un jour, un crime horrible se déroula dans la ville de Barcelos mais aucun coupable ne put être identifié. La population, mécontente et ayant soif de justice, mit la pression sur les autorités pour retrouver le coupable. Un pèlerin en route pour Compostelle fut alors arrêté, accusé, jugé coupable et condamné à la pendaison bien qu’il clamait son innocence. La veille de l’execution de la sentence, le pèlerin demanda une dernière faveur, en souhaitant rencontrer le magistrat qu’il l’avait condamné. Ce dernier accéda à cette requête et le reçut au moment du diner. Sur la table, le condamné aperçut un poulet rôti et proclama « Si je suis innocent, le coq chantera ! ». Le magistrat et ses invités rirent évidemment mais le coq mort se leva et chanta. Face au miracle, le magistrat, une personne croyante, accorda la grâce au pèlerin. Pour rendre grâce à Saint Jean de Compostelle et à la Sainte Vierge, le pèlerin revint à Barcelos et érigea une sculpture en l’honneur du coq. Depuis, le coq devint un symbole de foi, de morale et de justice. Il trône fièrement sur l’écusson du club, dans une version plus sobre que celle traditionnelle.

#384 – Spezia Calcio : Aquilotti

Les aiglons. Le club actuel fut sauvé de la liquidation en 2008 grâce à l’intervention de la municipalité de La Spezia, qui voulait garantir la continuité de la tradition footballistique locale. Ainsi, le nouveau club hérita de l’histoire et des traditions de l’association initialement fondée en 1906. Et dans ces bagages, il y avait ce surnom des aigles. L’origine n’est pas connue avec certitude mais la version la plus communément admise est la suivante. En 1913, un journaliste aurait qualifié les joueurs d’aigle afin de caractériser le style de jeu de l’équipe, qui était agressif, tel un rapace. Toutefois, il est intéressant que d’autres versions seraient possibles. En effet, un aigle noir, couronné, surplombant une tour apparaît sur le blason de la ville comme de la province. L’origine de ce blason n’est pas connue non plus mais l’aigle pourrait être celui de la famille Doria, une des familles nobles, anciennes et puissantes de Gênes, qui possédait un palais à La Spezia qu’ils occupèrent jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Au Moyen-Âge, au sein des cités italiennes, dont Gênes, deux camps s’affrontaient : les guelfes (partisans du pape, et opposants à la présence impériale en Italie) et les gibelins (favorables à l’empereur germanique). Les Doria prirent le parti des gibelins. Au début du XIVème siècle (1310 ou 1311), Henri VII du Luxembourg, alors Roi des Romains, vint se faire couronner Empereur du Saint-Empire en Italie. Afin de récompenser un de ses fidèles alliés, Henri VII accorda à la famille Doria d’afficher l’aigle impérial sur ses armes.