#1377 – CA San Lorenzo : los Camboyanos

Les cambodgiens. Malgré des soutiens célèbres, comme l’acteur Viggo Mortensen et le pape François, l’aura du club argentin n’a pas pour autant atteint les rives du pays khmer. L’histoire de ce surnom trace son sillon dans les heures sombres de San Lorenzo, au cœur des années 1980. A cette époque, l’incurie de ses différentes directions et l’opposition de la municipalité à un club representant la classe moyenne, à la culture et aux traditions fortes, conduisirent à faire exploser la dette de San Lorenzo qui se retrouva dans l’incapacité de faire face à ses échéances.

Le premier coup dur survint en 1979, lorsque, croulant sous les dettes, San Lorenzo fut contraint par la dictature de vendre son stade historique du quartier de Boedo. A partir de 1980, l’équipe poursuivit une existence nomade et évolua dans les enceintes des autres clubs de la capitale, même celui du rival d’Huracán. En 1981, après avoir réussi à échapper à la relégation l’année précédente, le club descendit en seconde division pour la première fois de l’ère professionnelle. Durant ses années de crise institutionnelle, les contrats n’étaient pas respectés, les impayés de salaire réguliers, les terrains d’entrainement inexistants, l’eau chaude dans les douches absente ainsi que de nombreuses autres conditions déplorables.

Mais, dans le pire se forge aussi le caractère d’une équipe. Ainsi, sans moyens, le club construisit un groupe de combattants endurant toutes sortes d’épreuves et cet état d’esprit, fait d’abnégation et de pugnacité, séduisit les supporteurs. Dès l’année 1982, San Lorenzo réintégra l’élite argentine puis les années qui suivirent, l’équipe se battait avec héroïsme pour demeurer en première division. Tel un véritable cyclone (cf. #288), les joueurs développèrent un style de jeu offensif et combatif qui permit de livrer quelques matchs mémorables et de terrasser des clubs plus puissants. Parmi les onze gladiateurs, le gardien paraguayen José Luis Chilavert faisait ses premiers pas en Argentine, l’attaquant Wálter Perazzo émergait au côté de Dario Siviski, le latéral uruguayen Luis Malvárez portait le brassard de capitaine, Sergio Marchi dirigeait la défense et Blas Giunta bataillait au milieu. L’équipe attint son apogée en 1988 où elle finit deuxième du championnat et obtint le droit de disputer la Copa Libertadores. Et San Lorenzo réalisa ensuite sa meilleure campagne de son histoire en Copa Libertadores (jusqu’à son titre continental en 2014), éliminé en demi-finale.

Le surnom naquit lors de l’improbable victoire contre Independiente en championnat en Septembre 1986. 3 jours avant la rencontre, le contrat de l’entraineur Nito Osvaldo Veiga était arriver à son terme et, avant de le renouveler, il exigea que la direction versasse les primes impayées aux joueurs. Le président Enzo Zoppi refusa et San Lorenzo se retrouva sans entraîneur pour affronter Independiente, alors leader du championnat. Les joueurs ne s’entrainèrent pas lors de ces 3 journées. Le jour du match, le gardien remplaçant Rubén Cousillas assura le rôle d’entraineur. Dans le vestiaire, suite à l’absence d’une partie des équipements, Luis Malvarez déclara à Marchi « Turco ¿sabés qué? Nosotros parecemos guerreros, camboyanos, vivimos en el lodo, vivimos en los problemas, en los quilombos. Ese camboyano que se tira en la selva y que quiere pelear y va al frente siempre; creo que nosotros somos eso, Los Camboyanos » (Turc [le surnom de Marchi], tu sais quoi ? Nous ressemblons à des guerriers, des cambodgiens. On vit dans la boue, on vit dans la misère, dans le chaos. Ce Cambodgien qui se jette dans la jungle, qui veut se battre et qui est toujours en première ligne; je crois que c’est ce que nous sommes, des Cambodgiens) et à tous ses coéquipiers « Somos como los camboyanos, estamos solos y no damos nada por perdido » (Nous sommes comme les Cambodgiens, nous sommes seuls et nous n’abandonnons jamais).

#1345 – LDU Portoviejo : la Capira

Si vous cherchez ce terme dans le dictionnaire académique espagnol, vous serez déçu de ne trouver ni le mot capiro, ni sa forme féminine capira. Pourtant, en Amérique Latine, ce terme existe. En Equateur, il désigne un homme rustre et grossier, synonyme de montuvio, l’équivalent des cow-boy sur la côte équatorienne. Ainsi, désormais, les équatoriens l’utilisent pour dénommer un paysan de la côte.

Selon un chercheur uruguayen, il est possible que le mot capiro dérive du portugais brésilien caipira, qui caractérisait les paysans aux origines douteuses et étaient souvent attribués au peuple Guaraní. En Argentine, on trouve d’ailleurs le terme campiriño pour désigner quelqu’un d’origine paysanne ou avec peu de contacts sociaux. Le terme est donc plutôt utilisé dans le sens de « bouseux » plus que « paysan ». Mais, comme souvent, de la moquerie, il est devenu un symbole identitaire des populations visées.

La ville de Portoviejo est la capitale de la province de Manabí, située sur la côte pacifique. Et avec les régions de Guayas et de Los Ríos, elle constitue la principale zone d’habitation des Montuvios. Ces derniers sont donc la population paysanne de la côte équatorienne qui, par sa maîtrise des chevaux, apparaît comme des équivalents des cow-boy américains, des llaneros colombien et vénézuéliens et des gauchos argentins. Il ne s’agit pas d’un groupe ethnique mais cette population partage une culture forte et uniquement identifiée en Equateur.

La côte et ses plaines, arrosées par de grands fleuves côtiers et leurs affluents, propose un climat propice à l’agriculture et, dès la seconde moitié du XVIIIème siècle, comptaient de nombreux propriétaires fonciers et des paysans indépendants pratiquant l’élevage laitier et une production agricole riche (cacao, café, hévéa, tagua (ivoire végétal), riz, tabac, coton, canne à sucre, bananes, ananas, oranges …). Contrairement aux populations andines, les paysans de la côte se distinguaient par un caractère indépendant et une grande mobilité ainsi que par sa machette et son chapeau de paille, dénommé toquilla. Leur culture particulière fut étudiée et mise en avant à partir des années 1920. Dans la musique et la danse, elle se distingue par l’Amorfino (chanson et danse d’amour) et le Pasillo (une adaptation locale et lente de la valse). Dans la cuisine équatorienne, les montuvios se distinguent par la diversité et la richesse de leurs plats qui allie fruits de mer et terroir, et s’articule autour du four Manabita (une boîte d’environ 1 mètre sur 1,5 mètre, rempli d’argile et alimenté au bois pour la cuisson). Les plats sont généralement présentés dans des feuilles de bananier et assaisonnés de sal prieta, une préparation à base d’arachides.

Selon le recensement équatorien de 2022, plus de 1 300 000 Équatoriens s’identifient comme montuvios (soit 7,7 % de la population équatorienne) et 33% des montuvios vivent dans la région de Manabí.

#1335 – CS Italiano : Tano

Tano est un terme de l’espagnol rioplatense, un dialecte typique de la région du Rio de la Plata (Argentine et Uruguay) qui désigne les immigrés italiens et leurs descendants dans ces deux pays sud-américains. Pour peupler un jeune pays et soutenir sa croissance, l’Argentine fit de l’immigration l’un de ses piliers, au point de l’inscrire dès 1853 dans sa première Constitution (article 25). Le gouvernement argentin promut sa politique en Europe et subventionnait le voyage en bateau des immigrants. Résultat, plus de trois millions d’Italiens émigrèrent vers l’Argentine en près d’un siècle (entre 1857 et 1940) et en 2011, plus de 25 millions des Argentins (soit 62,5 % de la population) avaient des origines italiennes.

Au départ, les immigrants italiens provenaient principalement du Nord de l’Italie (Ligurie, Piémont, Lombardie et Frioul) et étaient surnommés bachicha (qui dérivait d’un nom typique de Gênes). Toutefois, au début du XXème siècle, l’immigration en provenance du Mezzogiorno (midi et tiers sud de l’Italie) devint plus importante. Lorsque les agents des services de l’immigration interrogeaient les immigrants sur leur provenance, ils répondaient donc régulièrement napulitano (signifiant qu’ils avaient embarqué dans le port de Naples). A force, les employés de l’administration réduisirent le terme à ces deux dernières syllabes, tano, qui présentait aussi l’avantage de rimer avec le gentilé italiano.

Le surnom parait évident pour un club dont toute la symbolique tourne autour de la péninsule italienne : dénommé Italiano, jouant dans le stade « República de Italia », avec un écusson se résumant au drapeau italien et des joueurs évoluant en bleu. Evidemment, même si la forte immigration italienne influença la culture argentine, de nombreuses associations se créèrent pour conserver un lien entre les immigrants et avec leur origine commune. Ce fut le cas du CS Italiano qui fut fondé le 7 mai 1955 par des membres de la communauté italienne de Buenos Aires afin de participer à un championnat réservé à cette communauté.

#1330 – Maccabi Jaffa : הבולגרים

Les bulgares. Durant la Seconde Guerre mondial, bien qu’ils ne fussent pas déportés vers les camps de la mort, les Juifs de Bulgarie furent sévèrement persécutés et au lendemain de la victoire, le régime communiste ne leur laissa guère d’espoir. Le Premier ministre, Georgi Dimitrov, dénonça l’Holocauste mais il exhorta les Juifs à s’assimiler. En 1947, les organisations sionistes furent ainsi démantelées, tandis que les écoles juives furent contraintes de remplacer l’hébreu par le bulgare et de retirer les portraits d’Herzl (le fondateur du sionisme) et les cartes d’Israël. Car, si avant la guerre, les Juifs étaient bien établis dans la société bulgare, le mouvement sioniste émergea parmi eux immédiatement après le premier congrès sioniste de Bâle (1897), avec la création des premières associations Maccabi. Son développement fut rapide dans tout le pays et en 1926, le Maccabi Bulgarie comptait 2 100 membres répartis dans 21 branches. Par ailleurs, plusieurs organisations dont une banque furent créées dans les années 1930 pour faciliter l’Alya.

Dans ce contexte, l’émmigration vers la Palestine au lendemain de la guerre fut naturelle pour les Juifs bulgare. Dans les 2 ans qui suivirent la création d’Israël en 1948, 45 000 des 50 000 Juifs de Bulgarie quittèrent volontairement la Bulgarie pour rejoindre le nouvel État et s’installèrent principalement à Jaffa, qui leur rappelaient certainement leur ville natale de Sofia (la moitié des Juifs bulgares résidaient à Sofia). A Jaffa, le bulgare devint la langue des rues et des enseignes. Des restaurants servant des spécialités bulgares et des cafés ouvrirent leurs portes. Une université bulgare fonctionna dans les années 1950 et 1960. Le quartier autour du boulevard de Jérusalem fut surnommé la « Petite Sofia ». Ce regroupement favorisa l’entraide et la création d’associations culturelles et sportives bulgares, dont l’objectif était de donner un cadre qui faciliterait leur acclimatation dans le pays.

Ainsi, en 1948, les vétérans du Maccabi Bulgarie, dont Albert Chiuso, qui avait été président son président jusqu’à son immigration en Israël en 1943, ainsi que d’anciens athlètes du Maccabi Sofia, Avigdor Perciado, Moshe Almozelino et Moshe Miranda, fondèrent le Maccabi Jaffa presque immédiatement après leur arrivée. Dans ce petit quartier de Jaffa où se déroulait toute la vie de la communauté bulgare, tout le monde se connaissait et les liens étaient forts. Résultat, les supporters, membres de la communauté bulgare, s’identifièrent complètement à cette équipe, dont la plupart des joueurs étaient bulgares et vivaient à Jaffa (dans la première équipe de football du club, 9 des onze joueurs étaient bulgares). Même si la base de ses joueurs et supporteurs s’ouvrit au fil des années, l’attachement du club avec la communauté bulgare de Jaffa demeura forte. En mai 1953, le Maccabi Jaffa célébra son cinquième anniversaire et en même temps le jubilé du Maccabi Bulgarie tout comme en 1959 avec respectivement le dixième anniversaire et les 60 ans et où des milliers de personnes, vêtues d’uniformes du Maccabi Bulgarie, défilèrent dans un cortège mené par Aharon Manoah, l’un des fondateurs du Maccabi Bulgarie.

#1322 – Llaneros FC : los Caballos

Les chevaux. Fondé il y a seulement 13 ans, le club prenait la suite des Centauros Villavicencio, dont la vie n’avait duré que 9 ans mais qui était la première tentative de doter le département de Meta d’une équipe en mesure d’évoluer dans l’élite colombienne. La première équipe faisait référence à l’animal mi-homme, mi-cheval, le Centaure, donc il paraissait logique que le nouveau club reprenne le cheval dans son écusson et comme surnom. Et si l’équidé occupe une place centrale dans la symbolique des deux équipes de football, c’est en raison de son rôle important dans cette région.

Le département de Meta fait partie de la région du Llanos, qui occupe l’ouest du Venezuela et l’est de la Colombie et où s’étire de vastes plaines herbeuses, bases de son économie. Car son climat humide et chaud offrent de beaux pâturages, favorables à l’élevage (bovins, porcs et chèvres). Les pâturages dans le Llanos représentent entre 7 et 9 millions d’hectares et pour certaines parties de la région, environ 85% des terres sont même consacrées à l’élevage. Près de 9 millions de bovin (le tiers du pays) se trouve dans cette région, répartis dans près de 32 000 fermes. Ces ranchs exploitent de grands troupeaux sur de vastes terres, qu’ils rassemblent deux fois par an, la première fois au début de la saison des pluies pour les emmener vers les terres plus sèches et, inversement à la fin de l’année. Et pour surveiller ces bêtes et réaliser ces longs voyages, les ranchs comptent sur les cow-boys locaux, les llaneros.

Leur culture démarra avec l’introduction de l’élevage par les colons espagnols au XVIème siècle. Semi-nomade, ils guidaient les troupeaux et étaient reconnus comme des cavaliers habiles qui géraient toutes les tâches liées au bétail. Elevés dès leur plus jeune âge sur le dos d’un cheval, avec une façon particulière de le monter, les llanaros ne considéraient que l’équidé comme animal, créant un lien qui allait au-delà de celui d’un animal de compagnie. Il était le prolongement de son corps et de son esprit. Et, dans les plaines, pour tous il était clair que sans chevaux, il n’y eut pas eu de développement. Il y avait quatres types de llaneros : le cabrestero qui conduit le bétail, le baquiano qui connaît les chemins, la langue et les coutumes d’une région afin de les parcourir sans encombres, le cuatrero, le voleur de bétail et le músico, qui est un cavalier musicien et chanteur. Ils étaient reconnaissables à leur tenue qui se composait d’un pantalon double (un à l’intérieur pour se salir et l’autre à l’extérieur, qui se nommait garrasí) qui avait des griffres au bout pour l’attacher, une chemise à col large et ouvert se portant par dessus le pantalon, un chapeau de type andalou et un grand foulard. Etant de bons cavaliers, ils furent recrutés pendant les guerres (en particulier les guerres d’indépendance où ils servirent dans les deux camps) pour former le gros des troupes de cavalerie. Les llaneros jouèrent un rôle important dans l’émancipation du pays et les historiens estiment que plus de 13 000 llaneros perdirent la vie durant la guerre d’indépendance.

Etant donné qu’ils ne quittaient jamais leurs montures et qu’ils servirent dans l’armée, ils ressemblaient au centaure, cet animal mythique qui rassemble l’homme et le cheval sous un même être et combattait en première ligne en raison de sa force et son audace. D’ailleurs, le chanteur colombien Cholo Valderrama aime à dire « El suelo del llanero son los estribos » (le sol du llanero, ce sont les étriers). Et cette comparaison s’installa dans l’imaginaire collectif colombien. Ainsi, pour évoquer la fin de la guerre d’indépendance menée par Bolívar, avec le soutien des llaneros, le 6ième couplet de l’hymne national colombien dit « Centauros indomables Descienden a los llanos » (Des centaures indomptés descendent dans les plaines). Deux centaures se distinguent également sur les armoiries du département de Meta.

#1272 – Lyon – La Duchère : le Club des Pieds-Noirs

Dans l’Ouest lyonnais, s’étire le 9ème arrondissement de la capitale des Gaules, dénommé La Duchère. Cet espace accueillait un chateau dès le XIVème siècle, commandé par Bernard de Varey de la Duchère, conseiller de ville à Lyon. Puis, entre 1844 et 1851, un fort fut établi à La Duchère, intégré au sein d’un vaste réseau de fortifications servant de ceinture défensive autour de Lyon. Mais, au fil des siècles et jusqu’à la fin des années 1950, cette zone était avant-tout agricole. Toutefois, la ville de Lyon, comme la France en générale, connaissait depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une grave crise immobilière, mêlant déficit d’habitations et logements insalubres. D’ailleurs, le quartier ouvrier de Vaise, en contre-bas de la colline de La Duchère, était surpeuplé et abritait un grand nombre de logements malpropres. Ainsi, le Maire de Lyon, Louis Pradel, s’attacha dès son premier mandat en 1957 à moderniser la ville, incluant notamment un vaste programme de construction de logements neufs, en particulier sur le quartier de La Duchère.

Alors que les premières barres d’immeuble, qui devaient accueillir les lyonnais, sortaient, une nouvelle vague d’habitants démunis arriva sur Lyon. En effet, de l’autre côté de la méditerranée, en 1962, le département français tombait et l’Algérie accédait à son indépendance. Sa population européenne et juive, venant d’Alger, Oran, Constantine et de toutes les communes, devait fuir en métropole, sans aucune ressource. Plus d’1 millions, de ceux qu’on appelait les pieds-noirs, furent rapatriés, dans des conditions difficiles et chaotiques en France. Le Fort de la Duchère accueillit ces rapatriés à qui une partie des nouveaux logements de La Duchère fut attribuée (près d’un tiers des logements).

Des associations réunirent cette population qui connaissait peu la métropole et dont les mœurs étaient différentes, dont l’Amicale des Rapatriés et de leurs Sympathisants de la Duchère-Champagne et région lyonnaise. Elle avait pour but de se mettre au service des rapatriés dans tous les domaines, sports et culture compris. Ainsi, le 25 Juin 1963, la section football vit le jour au sein de l’association. Les couleurs retenus, jaune et rouge, feraient référence soit aux armoiries de la ville d’Oran, à l’époque de l’Algérie Française, soit au drapeau espagnol (dans les deux cas, nombreux étaient les rapatriés venant d’Oranie ou aux origines espagnoles). En 1964, la section football devint indépendante et le club de l’Association Sportive Lyon-Duchère fut fondé. Aujourd’hui, cette époque et lien avec les pieds-noirs sont terminés.

#1255 – SK Sigma Olomouc : Hanáci

Les Haná. Au cœur de la Moravie Centrale se situe une région historique du pays, habitée par le peuple Haná. Il s’agit d’une plaine les plus fertiles de la République tchèque et se distingue par son climat favorable et ses riches terres boisées et fertiles. Elle est aussi connue pour ses spécialités régionales, son riche folklore ainsi que son dialecte très particulier. Oloumouc, sixième ville la plus peuplée de la République tchèque et la troisième en Moravie, a été pendant longtemps considéré comme le centre de la région des Haná.

Géographiquement, la rivière Haná constitue l’axe centrale de la région qui se répand dans l’aire d’Olomouc, l’aire de Zlín et l’aire de Moravie du Sud. Le terme Haná dérive naturellement du nom de la rivière et la première désignation de la population comme Haná provient de l’ouvrage daté de 1571 du grammairien tchèque Jan Blahoslav. Les Haná représentent le groupe ethnographique le plus ancien de la population morave, la région ayant été habitée de manière continue depuis la préhistoire. Elle se distingue tout d’abord par son dialecte particulier. Il fait partie des dialectes moraves de la langue tchèque et est généralement inclus dans le groupe dialectal dit de Moravie centrale ou hanakien. De par la richesse de la terre, les populations paysannes Haná étaient plutôt aisées et fières, vu comme de l’orgueil aux yeux des étrangers. Les opérettes et les opéras haná du XVIIIème siècle soulignaient que le confort, l’indécision et l’orgueil sont des caractéristiques typiques des Haná. Mais cette indécision serait le résultat d’un certain conservatisme et une envie de ne pas se précipiter. Cette partie pittoresque de la Moravie est particulièrement riche en histoire, folklore et culture. Outre les danses et la musique, la culture locale se distingue notamment par la cuisine qui inclut de nombreux plats à base de céréales, notamment en bouillie. Les pâtisseries, gâteaux et petits pains à base de pâte levée fourrés aux graines de pavot font partie des desserts typiques. Mardi-gras, mariage et fête de la Pentecôte constituent les 3 grands rendez-vous populaires. Enfin, les costumes traditionnelles représentent la manifestation la plus distinctive de la culture de cette région. Le costume des hommes se compose d’une longue chemise fine blanche décorée de broderies marrons et noires sur le col et de broderies crème à jaune sur l’épaule. Les pantalons, qui à l’origine n’atteignaient que les genoux, où ils étaient attachés avec des lanières décorées, sont de couleur rouge brique ou jaune. Pour les femmes, le costume se distingue par un chemisier blanc, avec des manches ballons (amples), auquel est rajoutée un corset richement décoré, le plus souvent noir, rouge, bleu ou vert. Les femmes portaient des jupes cousues avec un tablier multicolore décoré de broderies ou de motifs colorés imprimés.

#1237 – Dundee United FC : Arabs

Les arabes. La péninsule arabique ne s’est pas répandue jusqu’aux rives orientales de l’Écosse. Mais, il est vrai que les supporteurs du club sont connus comme les arabes et ce sobriquet a déteint sur le club et ses joueurs. D’innombrables keffiehs (turban traditionnel arabe) à la couleur mandarine (teinte du club) coiffent la tête des supporters de United et de nombreux t-shirts annoncent que leur porteur est « proud to be an Arab » (fier d’être arabe). Si vous vous renseignez sur ce surnom, on vous parlera généralement de l’hiver 1962-1963.

Cet hiver là, en Écosse, les températures descendirent très bas (-30°C) et le terrain du club, Tannadice, était gelé et impraticable. Les matchs repoussés s’accumulaient et en conséquence, l’argent ne rentrait plus et les caisses du club se vidaient. En Janvier 1963, le match de Coupe d’Écosse contre Albion Rovers approchait et Jerry Kerr, le manager, se démena pour rendre possible la rencontre. Des braseros furent d’abord utilisés, mais le résultat n’était pas suffisant. William Briggs Sons, constructeurs de routes à la raffinerie Camperdown, proposa d’utiliser un brûleur de goudron pour faire fondre la couche de glace. La glace fondit effectivement mais la pelouse brûla également. Nouveau branle-bas de combat et plusieurs camions vinrent déposer du sable sur le terrain. Le 26, l’arbitre déclara à la surprise générale le terrain praticable, et devant 12.000 spectateurs, Dundee remporta aisément le match 3 buts à 0 (marqués par Doug Smith, Dennis Gillespie et Wattie Carlyle). Le lendemain, la presse souligna que l’équipe « took to the sand like Arabs » (s’était emparé du sable comme des Arabes).

L’histoire est belle mais selon des dernières recherches, il s’agirait d’une légende. Ainsi, la bonne version remonterait également aux années 1960 quand, en imitation du kop de Liverpool, les fans de United se mirent à détourner des chansons pop pour supporter leur équipe. Dans une des travées du stade, il y avait, à chaque match, un homme mince d’âge moyen portant un long manteau et une casquette qui entrainaient les jeunes à chanter. Un jour, il s’adressa à eux en déclarant « I am Nasser and you are my Arabs! » (Je suis Nasser et vous êtes mes arabes). Référence pas si étonnante à cette période. Depuis sa prise de pouvoir en 1956, le leader égyptien, Gamal Nasser, était devenu une icone dans le monde arabe, en promouvant sa doctrine socialiste et pan-arabique. Son influence sur les peuples arabes et son aura internationale s’accrurent quand il défia l’occident lors de la crise du Canal de Suez et lorsqu’il unifia la Syrie à l’Egypte, au sein de la République Arabe Unie. Au point d’atteindre l’enceinte de Dundee.

#1192 – Deportivo Independiente Medellín : el Equipo del Pueblo

L’équipe du peuple. Dans la Colombie du début du XXème siècle, les classes huppées souhaitaient se distinguer de la population ouvrières et paysannes en pratiquant des activités culturelles et sportives différentes de la plèbe. Les modes venant d’Europe et qui étaient méconnues de la population rencontraient donc un certain succès chez les jeunes bourgeois et le football en faisait parti. Ainsi, le 14 novembre 1913, Alberto Uribe Piedrahíta et ses frères Luis et Rafael, accompagnés d’un groupe de jeunes issus de familles riches, comme Guillermo Greiffenstein et José Luis Jaramillo fondèrent une équipe de football sous le nom de Medellín FootBall Club afin d’affronter un autre club de la ville, le Sporting (également appelé « Los Extranjeros », les étrangers, car il comptait dans ses rangs des joueurs belges et suisses). Au fil des années et des victoires contre les rivaux locaux, le prestige de Medellín grandit au sein de la ville ainsi que de la région d’Antioquia. En 1928, les joueurs de Medellín formèrent une grande partie de l’équipe représentant la région d’Antioquia au tournoi organisé à Cali et qui arriva en finale. En 1930, l’équipe fut invitée à Bogota comme étant le meilleur club d’Antioquia joua plusieurs matchs contre les meilleurs de la capitale dont Bartolinos, La Salle, Internacional et Juventud. A partir de ces années, Medellín FootBall Club devenait le représentant d’une région entière et emporta la passion et la fierté de ses habitants, notamment des quartiers populaires. Débutant comme un club de l’élite, il commença alors à être connu comme l’équipe du peuple.

Aujourd’hui, l’Independiente Medellín suscite toujours la sympathie parmi toutes les classes sociales, tous les âges et toutes les communautés d’Antioquia. Son rival, l’Atlético Nacional, représente désormais la bourgeoisie de la ville de Medellín. Ce surnom est tellement ancré qu’en 2012 la société qui racheta le club se nommait El Equipo del Pueblo SA. Et même si sa propriété changea, elle demeure l’unique actionnaire du club de football.

#1189 – Audax Club Sportivo Italiano : los Itálicos

Les Italiens. Le club de Santiago du Chili représente la communauté italienne depuis ses origines. Quand on parle d’immigration italienne en Amérique du Sud, on pense naturellement à l’Argentine où plus de trois millions d’Italiens émigrèrent en près d’un siècle (entre 1857 et 1940), soit 10% de l’immigration italienne dans le monde. Elle laissa une trace indélébile dans le pays des gauchos. En 2011, plus de 25 millions des Argentins (soit 62,5 % de la population) avaient des origines italiennes. Le football n’y échappa pas (Boca Junior #1, River Plate #900, CS Independiente Rivadavia #1171). Mais, au tournant du XIXème et XXème siècle, l’Argentine ne fut pas la seule terre d’accueil et des italiens se retrouvèrent aux Etats-Unis et dans tous les pays d’Amérique du Sud.

Au Chili, l’immigration démarra timidement puisque le recensement de 1854 établissait qu’il y avait seulement 406 résidents italiens dans le pays. Mais, avec l’industrialisation du Chili et les difficultés économiques et politique de l’Italie, l’immigration italienne s’accéléra fortement entre 1880 et 1930 et le recensement de 1920 dénombrait alors 12 342 italiens au Chili, le chiffre le plus élevé jusqu’à présent, faisant de la colonie italienne la deuxième plus importante après la communauté espagnole. Comme pour l’Argentine, l’Etat Chilien favorisa cette immigration en allant faire directement sa promotion en Europe même (avec l’Agencia General de Colonización de Chile en Europa). Aujourd’hui, en fonction des études, les descendants d’immigrés italiens représenteraient entre 150 000 et 600 000 chiliens.

Originaires principalement du nord de l’Italie (Ligurie et Piémont), les immigrés italiens se répartirent dans tout le pays, à hauteur de 80% dans les zones urbaines, comme Valparaíso et Santiago, et dans les zones agricoles de Capitán Pastene, Parral et La Serena. A Santiago, les italiens vivaient principalement dans le quartier Barrio Italia (ou aussi connu sous le nom de Barrio Santa Isabel). Bien intégrés dans la population et constituant des piliers du développement économique et social du pays, les immigrés italiens fondèrent aussi de solides réseaux sociaux entre eux, servant à créer de la solidarité et à défendre leur identité et leur culture. En 1910, la communauté italienne offrit la statue Monumento al Genio de la Libertad pour célébrer le centenaire du Chili qui fut érigée sur la Plaza Baquedano à Santiago. La même année, 3 de ses membres, Alberto Caffi, Ruggero Cozzi et Amato Ruggieri, décidèrent de créer une institution sportives qui les représenterait. La symbolique du club s’attacha donc à se concentrer sur le rappel des liens avec l’Italie. Le premier écusson présentait une croix blanche sur un champ rouge, qui était l’écu de la Maison de Savoie, qui régnait sur l’Italie depuis son unification. Elle fut remplacée dans les années 1950 par une roue cycliste intégrant en son centre le tricolore italien (vert, blanc et rouge). Pour le maillot, le choix se porta sur le vert, accompagné d’un short blanc, s’inspirant du drapeau italien. En 2020, pour commémorer les 110 ans de la fondation du club, un maillot bleu a été porté par les joueurs, en hommage aux couleurs représentatives de la Maison de Savoie, qui inspira l’uniforme de l’équipe nationale italienne.