#224 – Real Madrid : los Merengues

Les meringues comme cette fameuse confiserie à base de blanc d’œuf et de sucre qui a une couleur blanche. La même couleur que l’équipe porte et qu’il a toujours porté depuis sa création. En 1902, le Real Madrid établit dans ses statuts que l’uniforme réglementaire se composerait d’une chemise blanche, d’un pantalon bleu foncé et de chaussettes foncées. Des pantalons et des chaussettes qui avec le temps deviendront totalement blancs. Deux versions existent pour expliquer le choix de cette couleur.

Au début du football, il aurait été courant de jouer avec un maillot blanc et presque toutes les équipes portaient du blanc. La raison de ce penchant immaculé était le prix des équipements. Les équipes pouvaient se procurer facilement des chemises blanches à des prix compétitif alors que les tenues colorés venant d’Angleterre étaient onéreuses. Au fil du temps, les équipements se démocratisèrent et de nombreux clubs choisirent de coloriser leurs uniformes mais le Real Madrid continua à utiliser des maillots blancs, sous prétexte qu’il était l’un des plus anciens clubs madrilènes.

Les fondateurs auraient choisi le maillot blanc pour rendre hommage au club anglais des Corinthians FC, qui évoluait en blanc. Ce dernier était un club amateur basé à Londres et fondé en 1882 par Nicholas Lane Jackson, secrétaire adjoint de la Fédération Anglaise. Jackson voulait rassembler dans ce club les meilleurs joueurs amateurs pour rivaliser avec l’équipe nationale d’Ecosse, qui dominait alors les débats. En outre, le club défendit un certain football, promouvant l’esprit sportif et le fair-play, et jouant pour l’amour du jeu. Ceci permit au club de devenir une référence, affligeant à Manchester United sa plus large défaite 11–3 (record encore aujourd’hui) ou de défaire 8-1 Blackburn Rovers qui venait pourtant de remporter la Coupe d’Angleterre face à Queens Parks, alors la référence des équipes écossaises et de l’époque.

Il y a des sources qui soulignent que le surnom était déjà utilisé par la presse dès 1913. Dans une chronique publiée le 13 mars 1916 dans Mundo Deportivo, le journaliste écrivit « Su combinación fue perfecta, jugando todos con el afán bien palpable de hacer un buen papel y cuando de una corrección tan exquisita que han merecido en Madrid, donde tan aficionados son a ponerle a todo motes, el alias Merengue Club » (Leur combinaison était parfaite, tous jouant avec le désir très palpable de faire du bon travail et quand ils ont donné une correction si exquise qu’ils ont méritée à Madrid, où ils aiment tellement donner des surnoms à tout, le pseudonyme de Club Merengue). Le Merengue soulignait alors le beau jeu développé par l’équipe. Mais la vulgarisation du surnom fut l’œuvre de l’animateur de radio, Matias Prats Cañete, qui a commencé à l’utiliser dans les années 1940 dans ses émissions.

#212 – PFK Lokomotiv Plovdiv : Смърфовете

Les Schtroumpfs. Que viennent faire les petits hommes bleus au bonnet blanc dans le football bulgare ? A force de lire les articles du site, vous allez me répondre « car le club évolue en bleu et blanc ». Je vous rassure j’ai eu la même réaction lorsque je découvrit ce surnom étrange. Sauf que le Lokomotiv Plovdiv évolue avec un maillot noir et blanc et son blason arbore un bicolore noir et rouge. Aucune couleur bleu donc à l’horizon. En réalité, cela remonte à la saison 1991-1992. Le club évoluait avec des maillots sur lesquels il était difficile de distinguer les numéros des joueurs dans le dos. Lors d’une émission, le commentateur de radio Nikolay Galov interrogea l’entraîneur du club Atanas Dramov : « Докога Локомотив ще играе с тези екипи, с които всички футболисти са еднакви и не могат да се различават?! » (Pendant combien de temps le Lokomotiv jouera-t-il avec ces maillots, avec lesquels tous les joueurs sont identiques et ne peuvent pas être différenciés ?!). Dramov répondit : « Ние сме еднакви като Смърфовете и точно като тях, в края винаги побеждаваме лошите ! » (Nous sommes comme les Schtroumpfs, tous identiques, et tout comme eux, à la fin nous battons toujours les méchants !). L’entraîneur fit cette référence aux héros de Peyo car à cette époque, le film d’animation était diffusé à la télévision nationale bulgare et connaissait un certain succès. Galov aima beaucoup cette réponse et l’utilisa alors dans ses commentaires, imposant donc ce surnom.

#196 – Tigres UANL : los Felinos

Les félins. En s’appelant Tigres, le club ne pouvait avoir un autre surnom que celui-ci. Pourtant, lorsque le prédécesseur du club fut fondé en 1957, son surnom était certes animalier mais portait sur un animal moins impressionnant, le sanglier. Le surnom de félin s’attacha au club lorsque ce dernier fut repris par l’Université de Nuevo Leon (Universidad Autónoma de Nuevo León) suite à des problèmes financiers. Or, l’Université avait déjà comme mascotte le Tigre et ses équipes sportives adoptaient ce nom. En particulier l’équipe de football américain qui est à l’origine de ce surnom. Créé en 1944, le nom d’origine de l’équipe de football américain était osos (les ours) qui devint pendant les 3 premières années d’existence cachorros (les oursons). Le 25 janvier 1947, les oursons rencontrèrent une équipe de Monterrey dénommée Gatos Negros (les chat noirs) qui était invaincu. Les oursons remportèrent le match. Tony Corona, chroniqueur pour le journal El Norte, baptisa l’équipe de l’Université les Tigres du Bengale car « les étudiants universitaires se sont comportés sur le terrain avec beaucoup de courage et de substance, cessant ainsi d’être des oursons pour devenir plutôt des tigres avides de victoire ».

#177 – CA Banfield : el Taladro

La perceuse. Fin 1938, le club était au bord de la disparition : quasiment plus d’équipe, peu de partenaires, résident de seconde division. Un groupe de socios de Banfield proposa alors à l’homme d’affaires Florencio Sola de prendre la présidence du club. Pour affronter le championnat de deuxième division de 1939, il obtint le transfert de nombreux joueurs qui étaient remplaçants en première division. Cette équipe devint champion et, par conséquent, fut promu en première division. En 1940, Florencio Sola renouvela complètement son équipe et signa des joueurs tels que Rafael Sanz, Eduardo Silvera, Juan Bautista Busuzzo, Alfredo De Terán, Armando Farro et d’autres. L’équipe fit une campagne surprenante et inhabituelle pour un promu, en finissant à la dixième place, avec de belles prestations tels que des victoires 7 à 3 à Atlanta, 6 à 1 à Tigre, 5 à 0 à Newells et Lanús (en plus des victoires face aux mastodontes d’Independiente et de River). En raison de ces victoires prolifiques, le journal, « El Pampero », baptisa l’équipe du surnom de la perceuse, pour souligner la manière dont les attaquants de Banfield perçaient les défenses et les buts adverses.

#171 – ŁKS Łódź : Rycerze Wiosny

Les chevaliers du printemps. Le 7 avril 1957, le ŁKS Łódź rencontra, dans le cadre du championnat de Pologne, le club du Górnik Zabrze, qui était en chemin pour remporter son premier titre, et livra un match épique. Au bout de 30 minutes de jeu, mené 1-0, le ŁKS Łódź perdit son joueur Stanisław Wlazły sur blessure. A 10 contre 11, les joueurs pouvaient être abattus. Au lieu de cela, 4 tirs bien dirigés de Stanisław Baran et un de Władysław Soporek permirent au club de renverser la vapeur et remportait le match 5-1. Le lendemain, le journaliste Jerzy Zmarzlik faisait titrer « Messieurs, chapeau ! Vous êtes les chevaliers du printemps. » dans le journal « Revue Sport ». Cette année-là, si le Górnik Zabrze fut tout de même sacré champion, le ŁKS Łódź remporta sa première coupe de Pologne. L’année d’après, le club gagne son premier titre de champion de Pologne.

#151 – Club Libertad : Gumarelo, el Guma

Le mot n’a pas de signification mais il se rattache totalement au club paraguayen. Son origine est floue puisque deux versions coexistent. La première version indique que ce surnom provient d’un personnage fictif créé par le journaliste argentin Antonio Franiecevich, dans les années 1919/1920, dans l’hebdomadaire sportif « La Gaceta ». Ce personnage pittoresque se dénommait « Pascuale Gummarello » et tenait une rubrique intitulée « Dizertazioni, Conferenzia e Tutti-quanti » (dissertation, conférence et tout le reste). Il avait une apparence très similaire à Don Nicola (un personnage d’une bande dessinée argentine, fan de Boca Juniors) avec les mains dans les poches, un peu voûté, un chapeau et une moustache imposante. Il parlait sur n’importe quel sujet d’actualité mais surtout du Club Libertad, dont il était fan. Il s’exprimait dans un espagnol italianisé comme de nombreux supporteurs du club qui avaient leur origine en Italie.

La deuxième version mentionne que le nom vient de la combinaison des noms de deux familles de fervents supporteurs appelés les Giummaresi et les Nuzzarello. Appartenant à la communauté italienne du Paraguay, comme beaucoup de supporteurs du club, le mélange des deux noms donnait Gummarello, qui apparemment était un mot d’un dialecte napolitain.

#79 – Fluminense : o Pó de Arroz

Poudre de riz. C’est un surnom original pour une équipe de football, sachant que la culture du riz est plutôt faible à Rio de Janeiro. Tout remonte à 1914. Pour le compte du championnat carioca, Fluminense rencontrait America le 13 mai 1914. Le match se solda par un 1-1. Sur le terrain, du côté de Fluminense évoluait Carlos Alberto, un joueur métis âgé de 17 ans qui venait de quitter l’America. Avant le match, il s’était mis de la poudre de riz sur son visage, blanchissant une partie de sa tête. Mais, avec la sueur, ce masque commença à disparaître. Les fans de l’America, mécontents du transfert du joueur, le reconnurent et scandèrent à l’encontre des joueurs de Flu « Pó de Arroz ! Pó de Arroz ! » (Poudre de riz ! Poudre de riz !). Mais pourquoi les supporteurs de Fluminense le prirent très mal au départ ?

Selon la légende, l’affaite ressurgit plus de 30 ans plus tard lorsque, dans une chronique publiée dans le « Jornal dos Sports », le journaliste Mário Filho affirmait que Carlos Alberto utilisa de la poudre de riz pour dissimuler sa peau noire car Fluminense était un équipe élitiste où seul les joueurs blancs étaient appréciés. Il est vrai qu’à sa création, si les fondateurs étaient d’origine ou de nationalité anglaise, suisse ou allemande, ils venaient tous des classes huppées de la ville et étaient tous blancs. Très vite, le club fut supporté par la bourgeoisie et les classes moyennes qui n’étaient pas, à cette époque, ouvertes aux populations noires et métisses. Même le club aujourd’hui reconnaît qu’il existait un racisme institutionnel au sein de sa structure au début du XXème siècle. Cette histoire se renforça par le fait que Carlos Alberto était le seul joueur de couleur du côté de Fluminense lors de ce match. Enfin, la rencontre se déroula un 13 mai, date de commémoration de la loi d’or (en portugais : Lei Áurea), signée le 13 mai 1888 et qui abolit l’esclavage au Brésil (renforçant le symbolisme, la portée de l’insulte de l’America).

Pourtant, aujourd’hui, les supporteurs de Fluminense se sont appropriés le surnom. Certainement car sa connotation ne serait pas raciste. Quand Carlos Alberto évoluait à l’America, il avait déjà cette habitude de se mettre de la poudre de riz. Selon un de ses coéquipiers à Fluminense, également ancien joueur de l’America, Marcos Carneiro de Mendonça, cette poudre de riz n’avait pas pour objectif de cacher sa couleur de peau mais servait à apaiser sa peau après s’être rasé. Et il est vrai qu’à l’époque la poudre de riz était appliquée sur la peau pour cacher les boutons, les tâches et les crevasses ainsi que la soulager après le rasage. D’ailleurs, Carlos Alberto avait seulement 17 ans et certainement un peu d’acné encore.

Coquetterie, honteuse ou curative, cette poudre de riz a laissé une trace indélébile sur la peau de Fluminense. En particulier, à l’entrée des joueurs dans le stade, les supporteurs de Fluminense accueillent leurs joueurs en jetant de la poudre de riz et du talc.

#66 – Lille OSC : les Dogues

L’origine de ce surnom est incertaine. Mais, la légende la plus admise veut qu’il soit un héritage de l’Olympique Lillois, un des clubs dont est issu le LOSC. Dans les années 1930, l’Olympique Lillois était un club qui comptait. Il fut notamment le premier champion de France en 1933, enregistrant une belle performance avec 8 victoires à domicile sur 9 matchs et, à l’extérieur, 6 victoires. Même si le club ne parvint pas à ajouter d’autres trophées dans sa galerie avant l’éclatement de la Seconde Guerre Mondiale, il termina à la seconde place du championnat en 1935 et atteignit la finale de la Coupe de France en 1939. Dans ces années, après une victoire face à Paris, un journaliste parisien aurait comparé les joueurs à des dogues en raison de leur pugnacité. L’image est restée. Elle sera assumée à partir du début des années 80 quand l’animal fera son apparition sur l’écusson.

#47 – CA San Lorenzo : el Ciclón

Le club est surnommé le cyclone. Il existe deux versions à ce surnom. La plus répandue veut qu’il fut créé par le journaliste Hugo Marini en 1932. Alors que les réseaux sociaux et télévision n’existaient pas et que la radio en était encore à ses premiers balbutiements, la presse écrite disposait d’un immense pouvoir pour accompagner l’explosion de la popularité du football en Argentine. Par ses chroniques drôles et hyperboliques, Hugo Marini, journaliste à « Crítica », en fut l’un des plus importants représentants et surtout inventa et immortalisa un grand nombre d’expressions populaires et surnoms pour le ballon rond. Il est à l’origine de « douzième homme » et des surnoms entre autre “Millonarios” pour River, “Los Gauchos de Boedo” pour San Lorenzo et “El Fortín” pour Velez. A l’origine de la création du championnat professionnel au début des années 1930, San Lorenzo en était l’un des principaux protagonistes et produisait un superbe football offensif, basé sur le mouvement et la vitesse. Pour souligner ce style de jeu et les nombreuses raclées affligées par San Lorenzo à ses adversaires, Marini utilisa le terme ciclón.

L’autre version s’attache au principal rival du CA San Lorenzo, le CA Huracán. Les deux clubs sont les représentants des quartiers sud du centre ville de Buenos Aires. Issu en 1908 de la réunion d’une association de jeunes du quartier voisin de Nueva Pompeya et d’étudiants du Colegio San Martín, du Parque Patricios, Huracán s’établit dans ce dernier quartier pour en devenir aujourd’hui le symbole sportif. Légèrement au Nord du Parque Patricio, la même année (1908), sous l’impulsion d’un prêtre, des jeunes des quartiers limitrophes de Caballito et Almagro fondèrent le CA San Lorenzo. Almagro accueillit leur stade El Gasómetro jusqu’en 1979 et aujourd’hui, de nombreuses installations et bureaux du club s’y situent toujours. Cette rivalité géographique donne lieu au célèbre derby du clásico porteño et les deux clubs et leurs supporteurs construisirent leurs identités aussi au travers de cet affrontement. Résultat, les supporteurs de San Lorenzo baptisèrent leur club « cyclone » pour embêter et surclasser leur rivaux d’Huracan, qui signifie ouragan. Dans leur imaginaire, un cyclone était plus violent qu’un ouragan. Pourtant, d’après les météorologues, un typhon, un cyclone et un ouragan correspondent à seule et même réalité météorologique : un phénomène tourbillonnaire des régions tropicales accompagné de vents violent. Simplement, en fonction de leur emplacement géographique, le phénomène prend un nom différent.

#42 – Real Madrid : los Vikingos

Le Real Madrid est connu aussi comme les Vikings. Pourtant, Erik le Rouge ne semble pas avoir déambulé sur Gran Vía. Il existe 3 légendes à propos de ce surnom, moins utilisés de nos jours. La première raconte que dans les années 1960 un journaliste du magazine anglais, Times, compara les madrilènes aux géants du nord. En effet, après la création de la première coupe d’Europe en 1956, le Real Madrid écrasa la concurrence européenne en remportant les 5 premières éditions. Suite à la victoire en finale de la coupe d’Europe 1960 face à l’Eintracht Francfort 7 buts à 3, la 5ème Coupe des Champions remportée par le club, le journaliste écrivit dans son article « Le Real Madrid traverse l’Europe comme les Vikings avaient l’habitude de marcher, détruisant tout sur leur passage ».

La deuxième est née dans les années 1970. Le club du Real Madrid signa à cette époque des joueurs provenant d’Europe du Nord (Allemagne et Scandinavie) tels que Günter Netzer (1973-1976), Paul Breitner (1974-1977), Uli Stielike (1977-1985) ou Henning Jensen (Danemark, 1976-1979), qui affichaient des longues crinières, des moustaches et des visages blancs plutôt nordiques. Leur apparence semblait similaire aux Vikings. Il faut lire également ce surnom en mirroir de celui gagné à la même époque par les rivaux de l’Atlético, les Indiens (cf #269).

Enfin, la dernière histoire se rapporte à la géographie. Les supporteurs rivaux de l’Atlético de Madrid appelaient ainsi les joueurs du Real car le stade de Bernabeu était au nord du stade Calderón (le stade de l’Atlético). Ils venaient donc du Nord.