#979 – USM Bel Abbès : les Verts, les Vert et Rouge

En Algérie, comme souvent lors de l’émergence d’un mouvement nationaliste dans d’autres contrées, le football fut le catalyseur de la contestation de l’ordre colonial même si finalement ce sport fut importé par les français au XIXème siècle. Pour l’USM, l’histoire débuta comme souvent par une frustration. Il semblerait qu’un certain Sellam Ali se vit refuser l’entrée au Stade Paul André car ce jeune garçon n’était pas affilie à une association agréée. Se sentant victime d’une oppression des autorités européennes, il décida avec l’aide d’une quinzaine d’amis la création d’un club musulman qui se concrétisa le 7 février 1933 et dont le premier président était Lassou Li Ali. Le club est notamment connu pour avoir accédé à la finale de la coupe d’Afrique du nord en 1956 face à son rival européen du SC Bel-Abbés, qui ne put se dérouler. En outre, en 1953, la « perle noire » franco-marocaine, Larbi Ben Barek, qui fit les beaux jours de l’Atlético Madrid et l’Olympique de Marseille, signa au sein de l’USMBA en qualité de joueur-entraîneur.

Dans ce contexte de la montée du nationalisme algérien et de la volonté des fondateurs de s’opposer aux autorités, la direction opta pour des couleurs qui n’étaient pas anodines, le vert, le rouge et le blanc. Le vert et le blanc étaient censées représenter les espoirs du peuple algérien. Ces teintes étaient aussi celles des musulmans, religion dont le club se réclamait (puisque à la création USM signifiait Union Sportive Musulmane et l’objectif du nouveau club était de réunir sous une même structure les associations sportives musulmanes de l’époque). Le rouge portait la charge symbolique de l’amour de la nation ainsi que celle usuelle du sacrifice. L’avantage de ces 3 couleurs était qu’elles étaient celles du mouvement nationaliste algérien et qui donnèrent lieu au drapeau actuel de l’Algérie. Lors de manifestations syndicales le 1er mai en 1919 et 1920, des indigènes déployaient un drapeau vert et blanc marqué d’une étoile et d’un croissant rouge.

#974 – CA Chacarita Juniors : Tricolor

Le tricolor. Surnom qui n’a rien d’étonnant étant donné que les joueurs du club arborent un maillot avec 3 couleurs, rouge, noir et blanc. Précisément, il s’agit d’une tunique rayée de ces 3 couleurs. Le dessinateur et écrivain argentin, Roberto Fontanarrosa, passionné de football et supporteur de Rosario Central, exprimait dans son livre référence sur le football argentin « No te vayas campeón » son amour pour le maillot de Chacarita « Qué linda es la camiseta de Chacarita. Es más, si algún día me hacen uno de esos tontos reportajes llamados “ping-pong”, cuando me pregunten por “una camiseta”, diré: “La de Chacarita”. Es la que más me gusta (…) la de Chacarita tiene, si se quiere, un toque de sofisticación, de ingenio. Y yo creo que ese toque reside en esa línea finita, blanca, que se ha colado entre las rojas y las negras, más anchas y prepotentes. Esa línea delgada y blanca aporta un trazo de distinción, brinda luz, relieve, cierto brillo. » (Qu’elle est belle la chemise de Chacarita. D’ailleurs, si un jour ils font un de ces interviews « ping-pong » à la con, quand ils me demanderont « une chemise », je dirai : « Celle de Chacarita ». C’est celle que j’aime le plus (…) Chacarita’s a, si vous voulez, une touche de sophistication, d’ingéniosité. Et je pense que cette touche réside dans cette fine ligne blanche, qui s’est glissée entre les lignes rouge et noire, plus larges et plus imposantes. Cette fine ligne blanche apporte une touche de distinction, de lumière, de relief, un certain éclat.).

La tradition raconte que ces couleurs faisaient référence à leurs origines. Le club fut fondé le jour de la fête du travail, le 1er mai 1906, par une bande d’amis, dans les bureaux de la section 17 du Parti Socialiste local. Dans ce quartier populaire, les membres étaient tous proches des idées socialistes d’où le choix du rouge. Le noir pourrait laisser penser à une autre tendance politique de gauche, l’anarchisme de la puissante Federación Obrera Regional Argentina (Fédération Ouvrière Régionale Argentine – FORA), rattachée à la Première Internationale. Mais, il est plus communément admis que le noir représenterait le cimetière qui rythme la vie du quartier de Chacarita depuis le XIXème siècle et demeure l’un des plus grands du monde (cf. #855). Enfin, le blanc signifierait la pureté qui caractérise la jeunesse, le lien avec le terme « junior » dans le nom du club.

Toutefois, initialement, le club n’évolua pas dans ces couleurs devenues traditionnelles. Tout débuta avec un maillot bleu ciel avec une bande blanche horizontale sur la poitrine. Mais, à partir de 1911, certains des joueurs désertèrent vers d’autres clubs voisins et la section football perdit de sa splendeur. En 1919, une nouvelle direction décida de donner une nouvelle impulsion avec une « refondation » . Cette renaissance serait passée par le nouveau maillot tricolore. Toutefois, aucun document ou témoignage permet de prouver les raisons de ce changement, ni de le dater. D’ailleurs, l’acte de refondation ne mentionnait ni les couleurs ni les maillots.

Avant même le maillot bleu ciel, selon l’un des fondateurs, José Manuel Lema, le premier équipement porté par l’équipe consistait en une veste blanche avec un petit bouclier en guise de poche et était un cadeau de la sœur d’un des membres, Alfredo Palacios. Le 18 avril 1907, le journal « La Argentina » publiait un article qui décrivait le maillot du club comme rouge et blanc accompagné d’un pantalon blanc. Le 2 mai 1908, le journal « El Mundo » rapportait un changement de tenue avec une chemise rayée verte et blanche ainsi qu’un short bleu marine. Le 9 août 1922, le journal « La República » mentionnait un match entre Chacarita Juniors et Vida y Acción où le club évoluait avec une tenue bleue. Finalement, le fameux tricolore serait apparu en 1924. Le 12 avril de cette année, une publication de « Última hora » annonçait que Chacarita changeait ses couleurs. Selon le journal, Chacarita Juniors s’était fourni auprès d’une entreprise européenne après que les dirigeants de l’institution décidèrent ce changement afin de se distinguer des nombreux clubs qui portaient du bleu. Ces 3 couleurs proviendraient d’un maillot porté par l’un des acteurs de la refondation, Nicodemo Perticone. Selon son fils, le tissu de ce maillot aurait été offert à la mère de Nicodemo par une autre immigrée d’origine arabe sur le bateau qui les emmenaient vers l’Argentine. Mais, le tissu étant trop coloré pour la mode de l’époque, la mère de Nicodemo aurait confectionné un maillot pour que son fils pût jouer au football. Nicolás Caputo, un autre pionner de la refondation, fut séduit par les couleurs originales du maillot de son compère et les proposa à la direction.

#972 – Rayo Vallecano de Madrid : Franja, Franjirrojos

La frange (la bande), la frange rouge. A Madrid, le football se résume aux deux grands clubs, le Real et l’Atlético. Mais s’agissant d’une terre de football, d’autres clubs vivent et survivent dans la capitale espagnole et sa proche banlieue (Getafe CF, CD Leganés, AD Alcorcón, Rayo Majahonda, Rayo Vallecano, Internacional de Madrid, CF Fuenlabrada …). Parmi ceux-ci, le Rayo Vallecano est l’un des plus anciens, ayant été fondé le 29 mai 1924. Situé dans le quartier de Vallecas, le club navigue entre la seconde et la première division. Il est notamment connu pour son maillot blanc arborant une diagonale rouge, qui donna son surnom au club.

A la création du club, l’uniforme choisi était une chemise et un short blancs, avec des chaussettes noires. Les fondateurs s’inspirèrent-ils du Real Madrid ? L’histoire ne le raconte pas. Petit club, il traversait régulièrement des crises économique et en 1948, les dirigeants recherchèrent des soutiens. Le voisin de l’Atlético Madrid répondit positivement et un pacte fut scellé, l’Atlético cédant quelques joueurs au Rayo Vallecano. Mais il n’était pas acceptable pour les colchoneros (cf. #43) que le partenaire pût afficher un kit similaire à celui de son rival. Ils exigèrent alors que le Rayo afficha des éléments rouges sur son maillot, ce qu’il fut fait en intégrant à ses vêtements une bande rouge. La direction du Rayo s’inspira de l’un des clubs phares de l’après-guerre, le CA River Plate (cf. #900). Durant les années 1940, le club argentin connut une période faste (comme le football argentin) avec une équipe qui était surnommée la maquina tant elle dominait. Elle remporta 4 championnats (1941, 1942, 1945 et 1947) et fut vice-champion en 1943, 1944 et 1948, avec des joueurs emblématiques tels que José Manuel Moreno, Adolfo Pedernera, Amadeo Carrizo et Alfredo Di Stéfano. Cette équipe termina deuxième au premier tournoi continental sud-américain de clubs en 1948 (Campeonato Sudamericano de Campeones).

Après un an de collaboration, l’alliance prit fin mais Vallecano décida de conserver leur bande rouge sur le maillot. En 1953, River Plate se rendit en Espagne pour jouer un match amical face au Real Madrid. Le club de Vallecas adressa au club argentin une photo de son équipe en signe d’admiration. En retour, le club argentin fit livrer au Rayo un jeu complet de maillots, shorts et chaussettes pour ses joueurs. Les deux clubs se rencontrèrent sur le terrain une seule fois, en 1978 lors d’un tournoi amical (Trofeo Villa de Madrid). Les argentins remportèrent la partie par le plus petit des scores (1-0).

#956 – Bologne FC : Rossoblù

Les rouge et bleu. En Italie, prendre ses couleurs comme surnom est une tradition commune. Club plus que centenaire, Bologne ne pouvait échapper à cette pratique. Dans la brasserie Ronzani située dans l’ancienne rue Via Spaderie, un groupe de jeunes étudiants créèrent la section per le esercitazioni di sport in campo aperto (pour la pratique du sport en plein air) du Circolo Turistico Bolognese en 1909. Un an plus tôt, un autrichien prénommé Emilio Arnstein, qui venait d’arriver à Bologne, recherchait des amateurs pour pratiquer sa passion du football. Il rejoignit un groupe d’étudiants qui jouait dans la parc Prati di Caprara. Parmi eux, on retrouvait les frères Gradi, Martelli, Puntoni, Nanni, le suisse Rauch ainsi que des étudiants du Collège d’Espagne, Rivas et Antonio Bernabéu (ni plus ni moins que le frère du futur célèbre président du Real Madrid, Santiago Bernabéu). Lors de cette réunion dans la brasserie, Louis Rauch, dentiste de profession, fut nommé premier président du club. Le premier vice-président était Arrigo Gradi, qui était l’un des meilleurs joueurs sur le terrain. Or, quand il jouait dans le parc Prati di Caprara, il portait un maillot composé de 2 quartiers bleus et 2 rouges, couleurs d’un collège suisse qui se serait nommé Schönberg à Rossbach et où il étudia. J’utilise le conditionnel car s’il existe bien des communes de ce nom dans le monde, aucune ne se situe en Suisse. Le choix fut donc fait de retenir ces couleurs comme celles de l’équipe.

Si ces couleurs provenaient donc d’un collège suisse, elles présentaient aussi l’avantage d’être celles du blason de la ville. Le premier symbole de la ville qui compose son écusson est la croix rouge sur fond blanc. Cette croix fut documentée pour la première fois en 1259 et apparut en couleur en 1311. Les origines, comme souvent, sont confuses et plusieurs versions s’affrontent. Une prétend que cette croix est la bannière des croisées derrière laquelle les chevaliers de Bologne s’étaient ralliées et avaient par la suite adressée à la ville. Une autre rapporte que la croix rouge sur fond blanc était le symbole de la Ligue Lombarde, une alliance militaire de certaines villes du nord de l’Italie du XIIème siècle, qui combattit le Saint Empire Romain Germanique. L’autre composante du blason de Bologne est un oriflamme bleu sur lequel est écrit Libertas en couleur or. Ce serait un don de Florence lors d’une autre alliance militaire face aux Etats Pontificaux. Les deux éléments ont été réunis au XVème siècle.

Une entorse importante mais historique fut faîte aux couleurs traditionnelles de l’équipe bolognaise. En 1925, lorsque l’équipe remporta son premier scudetto, l’entraineur de l’époque, Enrico Sabattini, décida pour les derniers matchs de faire porter un uniforme vert à parement noir, à l’image de celui du Rapid de Vienne. Dans les années 1920 et 1930, le Rapid était considéré comme l’une des meilleures équipes du continent, à l’époque où l’Autriche était parmi les nations dominantes du football européen. Si Bologne revint par la suite aux couleurs traditionnelles, le vert réapparut à différentes époques, en maillot alternatif.

#944 – Panionios Athènes : Κυανέρυθροι

Les rouge et bleu. Dès le XIVème siècle et pendant de nombreuses années, la Grèce viva sous le joug ottoman et une importante communauté grecque habitait en Asie Mineure, territoire naturelle de la Sublime Porte. Pendant cette cohabitation, la culture grecque fut à la fois intégré dans la culture ottomane qui fut elle-même influencée par celle des grecs. En outre, le statut du millet, qui protégeait les minorités de l’Empire, permit à la langue grecque et à la religion orthodoxe de cimenter l’identité grecque. Au XIXème siècle, alors que le trop grand Empire Ottoman déclinait, la nationalisme grecque retrouvait une certaine vigueur qui conduisit en 1830 à l’indépendance de la Grèce. Les grecs d’Asie Mineure continuèrent à vivre à Constantinople ou Smyrne. Pour défendre leur identité, ils créèrent des associations culturelles qui dévièrent par la suite vers le sport. Ainsi, le 14 septembre 1890, des jeunes des éminentes familles grecques de Smyrne (Izmir) décidèrent de créer une association dénommée « Orphée ». Mais, après la défaite militaire des Grecs face aux Turques, les populations grecques d’Asie Mineure (1 300 000 personnes) émigrèrent vers la Grèce. Ils se regroupèrent et refondèrent rapidement leurs associations culturelles et sportives dans leur nouvelle patrie. Les membres de Panionios se retrouvèrent ainsi à Athènes et poursuivirent leurs activités dès le 20 novembre 1922

Quand les joueurs évoluaient encore à Izmir, les couleurs du club étaient le rouge et le blanc. Soit un maillot rouge avec un short blanc. Soit maillot et short blancs, traversé par une diagonale rouge. Le déracinement et la renaissance du club à Athènes amenèrent à changer les couleurs pour les actuelles, bleu et rouge. L’explication la plus probable sur ce choix demeure la référence à leurs origines anatoliennes. En effet, ces deux couleurs furent longtemps associés à la communauté grecque d’Asie Mineure. Par exemple, au début du XXème siècle, leurs navires arboraient une enseigne dite « gréco-ottomane » (Γραικοθωμανική παντιέρα) composée de deux bandes horizontales rouges en haut et en bas et, entre, une bande bleu horizontale. De même, la Principauté de Samos, une île grecque indépendante mais sous domination ottomane entre 1832 et 1913, qui se situe au Sud d’Izmir, avait pour drapeau une croix blanche, avec les deux quartiers inférieurs bleus et les deux supérieurs rouges. Avant son rattachement à la Grèce en 1908, la Crète avait un drapeau similaire à celui d’Izmir (croix simple blanche, avec le quartier supérieur gauche en rouge (incluant une étoile blanche à cinq branches), symbolisant la suzeraineté ottomane, et les autres quartiers en bleu). Pour tous ces drapeaux, le bleu rappelait la Grèce (il s’agit de la couleur du drapeau national) et le rouge l’Empire Ottoman (de même pour le rouge du drapeau de la Sublime Porte). Grèce et Empire Ottoman, les deux racines de cette communauté. Pour le club de Panionos, on donna une signification supplémentaire à ces deux couleurs : le bleu est la couleur de la mer et le rouge du sang des réfugiés.

Il existe de nombreuses versions différentes, qui tentent de déchiffrer la signification et l’origine du bleu dans le drapeau grec, communément appelé Γαλανόλευκη (le bleu et blanc). Le bleu pourrait faire référence à la géographie et climat de la Grèce (le ciel et la mer qui entoure la Grèce) ou aux valeurs morales des grecs (la justice, le sérieux et la loyauté) mais se rattacherait également à l’histoire riche du pays. En effet, le blanc et le bleu étaient (i) les couleurs du voile liturgique de la déesse Athéna, (ii) des motifs du bouclier d’Achille, (iii) de certaines bannières des armées d’Alexandre le Grand, (iv) des toges habituellement portés par les grecs dans l’antiquité et (v) des armoiries, drapeaux et emblèmes de certaines dynasties royales et familles nobles byzantines dont la dynastie macédonienne (IXème – XIème siècle) ou la puissante famille crétoise des Callergis (leur emblème étant d’ailleurs très proche du drapeau de la Grèce) qui prétendait descendre de l’empereur byzantin Nikephoros II Phokas. Du côte de l’Empire Ottoman, son drapeau était le même que celui de la Turquie actuelle, dont l’un des noms est Al bayrak (drapeau rouge) ou encore Al sancak (bannière rouge). L’origine de la couleur rouge n’est pas documentée mais il est possible que le rouge de la bannière tétragrammatique des Paléologues soit une des sources. D’autres avancent que le rouge était souvent utilisé dans la croyance chamanique, avant l’islamisation des populations turcophones.

#939 – Club Independiente Petrolero : el Albirrojo

Les blanc et rouge. Le club de la capitale bolivienne fut fondé le 4 avril 1932 et a remporté son premier titre en 2021 (mais pas n’importe lequel puisqu’il gagna le titre de champion de Bolivie). L’histoire du club démarra dans un esprit de rebellion. Un groupe de jeune, exclu de l’équipe de football d’un autre club de la ville, San Francisco de La Recoleta, se réunirent dans la maison d’un des joueurs, Julio Cueto, et décidèrent de créer leur propre équipe. En fondant un nouveau club, le groupe devenait ainsi indépendant et dénomma son club ainsi, Independiente Sporting Club. Dans leur démarche, ils furent vivement soutenus par les prêtres franciscains Tomás Aspe et Francisco Aguinaco, ainsi que leur professeur Isidoro Arguedas. Pour choisir les couleurs, les fondateurs décidèrent de rendre hommage à l’Espagne et à ses représentants en Bolivie, les religieux, qui avaient particulièrement œuvré pour le développement du football dans le pays. Ainsi, le maillot fut rouge et jaune, comme le drapeau hispanique. En 1953, le club fut repris par Yacimientos Petrolíferos Fiscales Bolivianos (YPFB), l’entreprise pétrolière d’Etat bolivienne. La nouvelle direction changea le nom pour Club Independiente Petrolero. Puis, de la même manière, il fut décidé de modifier les couleurs de l’équipe. La couleur jaune fut remplacée par du gris tandis que le rouge fut maintenu. Toutefois, au bout de quelques années, une nouvelle modification des couleurs fut réalisée. Le rouge se maintint une nouvelle fois afin de garder un lien avec le club originel et ses fondateurs. En revanche, le blanc se substitua au gris, en hommage à la ville de Sucre, berceau de l’indépendance bolivienne. Le nom officiel de la capital bolivienne est La Ilustre y Heroica Sucre et son surnom est la Ciudad Blanca (la ville blanche). En effet, elle tire son surnom de son architecture. Située à 2 780 mètres d’altitude et fondée par les conquérants espagnols le 29 septembre 1538, la cité est l’une des villes à l’architecture hispanique la mieux conservée d’Amérique, avec des rues pavées, des fontaines taillées dans le granit, des églises anciennes, des maisons couvertes de tuiles en terre cuite saupoudrées de chaux et des murs blancs, caractéristiques du design colonial. Ce sont tous ces immeubles blancs qui donnèrent ce surnom.

#925 – Stade de Reims : les Rouge et Blanc

Le club phare français des années 1950 et 1960 s’équipe d’un maillot mythique rouge et blanc, similaire à celui d’Arsenal, qui égaya la coupe d’Europe bien avant l’arrivée du club londonien. Pourtant, ces couleurs ne furent pas toujours celles des rémois. Si le club fut officiellement fondé le 18 juin 1931, il puise naturellement ses racines dans les bulles de Champagne. Le philanthrope, Marie Charles Jean Melchior de Polignac, petit-fils de la Veuve Pommery, était président des caves Pommery et Greno depuis 1907. Passionné de sports et soucieux de communiquer un exutoire à ses ouvriers, qui souffraient notamment d’alcoolisme, il décida la construction d’un centre sportif, connu sous le nom de Parc Pommery. Couvrant une superficie de 22 hectares, il accueillait, à partir de 1910, dans un décor représentant les dieux du stade, des pistes de courses, de sauts, de lancer, des terrains de tennis, de hockey, de football, de base-ball, de jeu de paume, une piscine et un vélodrome. Outre cette infrastructure, la maison de champagne créa le 29 septembre 1910 la Société Sportive du Parc Pommery (SSPP). Ses membres pratiquent le football, la marche, la gymnastique, le rugby, l’athlétisme et le cyclisme. Les joueurs portaient alors un short vert et un maillot doré, rappelant les couleurs du champagne. Outil humaniste, le club se transforma au fil des années en un vecteur de communication de l’entreprise Pommery et Greno. Il bénéficiait alors du soutien financier de sa maison mère, ce qui lui permettait de recruter et de rémunérer des sportifs (via des emplois au sein de la maison de champagne), afin de dominer les championnats régionaux. A la fin des années 1920, la section football commença à enregistrer des résultats et à monter les échelons.

La direction de Pommery et Greno décida alors de préparer la structure à l’arrivée du professionnalisme en l’autonomisant des autres sections sportives du SSPP et de la maison de Champagne. D’un club corporatiste, il devint un outil de promotion de la ville de Reims et, le 18 juin 1931, la nouvelle entité prit le nom de Stade de Reims. Les tenues dorées et vertes paraissaient un peu pale sur le terrain et la direction opta pour des nouvelles, plus vives, reconnaissables, tango et noir (maillot tango avec un scapulaire noir et short noir). Renforcé par des joueurs et entraineurs étrangers et doté d’un nouveau stade, le club continua son évolution en atteignant la seconde division en 1935. Désormais, officiellement professionnel, le Stade de Reims peina à s’imposer dans l’antichambre de l’élite, terminant à l’avant dernière place lors de la saison 1936-1937. Pour donner un nouvel élan, il fut décidé d’unir ses forces avec celles de son rival local, le Sporting Club Rémois, fondé en 1904 et tout récent vainqueur du champion du Nord-Est (1938). Ce dernier aspirait aussi au professionnalisme mais ces demandes auprès de la fédération avaient été rejetées. La fédération estimait qu’une ville de 100 000 habitants comme Reims ne pouvait pas disposer de deux clubs professionnels. Pour lui aussi, la fusion apparaissait donc comme la seule solution. Créée en 1938, la nouvelle formation garda le nom du Stade de Reims mais adopta les couleurs rouge et blanche du Sporting. Malheureusement, il n’existe pas de document permettant d’expliquer pourquoi le Sporting évoluait dans ces couleurs. En tout cas, elles ne furent jamais remises en question pour le nouveau Stade de Reims.

En 2010 (avec Kappa) et en 2020 (avec Umbro), le marketing rencontra la tradition et des éditions spéciales du maillot de l’équipe redevinrent tango avec un scapulaire noir. A savoir aussi qu’il existe actuellement un club de rugby, fondé en 1904, dénommé Stade de Reims et évoluant en tango et noir. Est-ce le fruit du hasard car je n’ai pas trouvé de lien avec le club de football ?

#900 – CA River Plate : la Banda, la Banda Roja

La bande, la bande rouge. Possédant l’un des plus beaux palmarès (si ce n’est pas le plus beau) d’Argentine, le CA River Plate est connu dans le monde entier pour sa rivalité avec Boca Junior mais surtout pour son célèbre maillot blanc barré d’une bande diagonale de couleur rouge. Cette particularité que peu de club au monde affiche remonte aux premières années du club. Tout d’abord notons cette anecdote « amusante » . Le club fut créé par la fusion de deux entités rivales, La Rosales, qui s’appelait auparavant Juventud Boquense, et Santa Rosa, toutes deux issues du quartier de La Boca. Ce dernier, proche du centre de Buenos Aires et près du port, vit aussi la naissance de son rival de Boca Junior et où se situe encore son stade de La Bombonera.

River Plate naquit le 25 mai 1901, date hautement symbolique puisqu’elle marquait le 91ème anniversaire de l’indépendance de Buenos Aires et de sa région de la domination espagnole. Pour le choix du nom, les présidents de chacun des deux clubs s’étaient accordés qu’il fallait l’angliciser, afin de se rattacher à la patrie créatrice du football. Livio Ratto, le président de Santa Rosa, proposa Club Atlético Forward, les qualités d’attaque étant celles souvent appréciées. Pedro Martínez, son homologue de La Rosales, préférait Club Atlético River Plate. Ce nom lui vint suite à une visite du port où il vit des caisses qui étaient marqués « River Plate », anglicisation approximative de Río de la Plata, le fleuve et embouchure qui berce la capital argentine et dans lequel son port mouille.

Pour le maillot, la couleur blanche fut choisie, sans autre artifice. Finalement, à la fin 1904, la diagonale rouge fut cousue sur le maillot uni blanc par Catalina Salvarezza, la mère de Luis et Enrique Salvarezza, membre fondateur du CA River Plate. Lors du carnaval, cinq jeunes garçons remarquèrent à l’arrière du char Los habitantes del Infierno (les habitants de l’enfer) un ruban de soie rouge pendre. Ils le subtilisèrent mais avec l’objectif de rajouter un détail de couleur à la chemise de River Plate. Leur proposition fut adoptée. C’est ainsi que ce célèbre maillot est né.

Evidemment au côté de cette version certainement romancée existe des versions plus rationnelles. Les couleurs blanches et rouges rappelleraient celles de la ville italienne de Gênes. En effet, cette dernière hisse pour bannière la croix de Saint Georges (croix rouge sur fond blanc). Or, le quartier de La Boca abritait une grande population d’immigrés italiens qui pour beaucoup venaient de Gênes. D’ailleurs, parmi les fondateurs du club se trouvaient principalement des personnes originaires d’Italie (mais aussi une minorité de créoles et des enfants ou petits-enfants d’immigrés britanniques). Autre explication possible. La bande rouge pourrait figurer le Río de la Plata. En tout cas, ce changement intervint au moment où le club commença à se structurer et les joueurs à pratiquer le football au-delà du loisir. En effet, en 1905, le président du club, Leopoldo Bard, inscrivit River Plate à l’Association argentine de football, avec pour but de participer aux compétitions officielles.

En 1909, River Plate et d’autres clubs firent secession de la fédération pour créer un nouveau championnat. A la même époque, le club changea de maillot suite à l’absorption de Club Nacional de Floresta. « Envahi » par l’arrivée des joueurs de ce club, les membres originaux de River tels que Bernardo Messina et Enrique Zanni eurent peurs de perdre leur identité et résistèrent en concédant quelques changements à leur maillot (mais en conservant le rouge et le blanc). Ainsi, la chemise devint composée de rayures verticales blanches et rouges, encadré de noires. Ceci dura jusqu’en 1932, au même moment où le football argentin passa au professionnalisme. Depuis, la diagonale rouge ne quitta plus le maillot de River Plate. En 1986, le président Hugo Santilli décida d’ajouter un lion sur le maillot du club et de supprimer la bande rouge uniquement dans le dos des joueurs. Cette décision déclencha la fureur des supporteurs. Toutefois, le club entama une période riche en trophée avec une Copa Libertadores (1986), un titre de champion d’Argentine (1986), une Coupe Intercontinentale (1986) et une Copa Interamericana (1987). Mais, en 1989, le nouveau président, Alfredo Davicce revint au maillot classique. Certes, le club remporta plusieurs titres nationaux mais connut une disette internationale pendant 10 ans.

#892 – ER Belgrade : Црвено-бели 

Les rouge et blanc. En s’appelant l’Etoile Rouge, le club ne semblait pas avoir d’autre choix que d’évoluer en rouge et blanc. Mais les évidences … En 1945, à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, les clubs sportifs serbes d’avant-guerre avaient tous disparu et les autorités communistes profitèrent de cet état pour réorganiser le tissu sportif, avec l’objectif de diffuser son idéologie et consolider le nouveau régime. Dans ce contexte, à l’initiative du Conseil principal de l’Union unie de la jeunesse antifasciste de Serbie (USAOS), les deux grands clubs serbes émergèrent à quelques jours d’écart : l’Etoile Rouge le 4 mars, puis Partizan le 4 octobre 1945. L’article #87 raconte le choix du nom et du fameux symbole du club, l’Etoile. Pour les fondateurs, il restait également à choisir les couleurs du club. Au départ, 3 couleurs furent retenues : bleu, blanc et rouge. Ce trio avait l’avantage d’être les couleurs de la ville de Belgrade mais également celles du drapeau de la République de Serbie. Mais, pour le nouveau régime qui voulait mettre sous cloche les revendications nationalistes, cette référence au peuple qui apparaissait dominant n’était pas opportun. Les fondateurs se reportèrent alors sur les couleurs rouge et blanche du SK Jugoslavija. Club historique de Belgrade, ce dernier servit de base pour les structures de l’Etoile Rouge, sans que le nouveau club ne fusse officiellement son successeur. Pourquoi ce précédent club portait du rouge et du blanc ? Après sa création en 1913, les membres du SK Velika Srbija (le premier nom du SK Jugoslavija) cherchèrent à s’équiper mais les kits et accessoires de football ne se trouvaient pas à Belgrade à cette époque. L’un des joueurs, Furjanović, fut envoyé à Vienne (Autriche) pour obtenir l’équipement. Il revint avec des ballons, des chaussures de football et deux ensembles de maillots, l’un vert et l’autre rouge. Au début, les joueurs de l’équipe première évoluaient en vert tandis que les joueurs de réserve portaient le maillot rouge. Mais, le club adopta officiellement sa couleur rouge traditionnelle après la Première Guerre Mondiale avec le changement de nom du club en SK Yougoslavie. Le design du maillot changeait souvent, de sorte que le club jouait avec une chemise unie rouge, et parfois dans des maillots rayées ou à carreaux. En tout cas, le rouge demeura la couleur principale du maillot et du club, donnant alors le surnom crveni (rouge).

Entre 1945 et 1950, les joueurs de l’Etoile Rouge évoluait avec un maillot rouge et un short blanc. Puis, le club adopta le maillot à rayures verticales rouges et blanches. Par la suite, le maillot uni rouge revint. A noter que le bleu ne disparut pas totalement et quelques piqures de rappel eurent lieu. Parfois, les joueurs portèrent un short bleu. De 1995 à 2011, le bleu s’installa au côté du rouge et du blanc sur l’écusson du club.

#877 – CA Colón : los Rojinegros

Les rouge et noir. Il s’agit évidemment des deux couleurs du club. Mais, comme il y a deux couleurs, il existe deux versions quand aux choix de ces teintes. Une histoire a pris le pas sur l’autre en étant quasi-officielle. Elle est d’ailleurs racontée par le club sur son site internet. En 1905, un groupe d’ami fonda le club du CA Colón et jouait des partis de football face à d’autres clubs de leur quartier près du port, sur un champs dénommé « el Campito » . Les membres décidèrent d’uniformiser leur équipement et lancèrent une collecte pour les acheter. Ils retinrent les couleurs noires et rouges d’une péniche qui se trouvait non loin de leur terrain de jeu pour leur nouveau maillot, avec une exigence particulière. Ils indiquèrent que le maillot devait se partager en deux parties (à la façon du célèbre maillot de Blackburn) : le rouge à gauche et le noir à droite. La commande fut passée à un fabriquant de la ville « voisine » de Rosario. Toutefois, la surprise fut grande quand à la réception des kits, les membres se rendirent compte que les couleurs étaient inversées : rouge à droite, noir à gauche. L’autre surprise pour le club de Santa Fe fut de découvrir qu’une équipe de Rosario possédait le même maillot, Newell’s Old Boys (cf. Article #340). Il était impossible pour les deux clubs d’évoluer avec le même maillot en particulier s’il devait s’affronter lors d’un match. En 1911, les deux clubs décidèrent de jouer un match pour déterminer laquelle des deux équipes conserverait le maillot et ses couleurs. Le match fut remporté par Colón (1-0), mais Newell’s ne respecta pas l’accord et aujourd’hui, les deux clubs portent le même maillot.

L’autre version beaucoup moins connue avance qu’au sein du groupe des fondateurs, certains voulaient un maillot comme celui de Newell’s (qui avait été fondé deux ans auparavant) et les autres préféraient prendre les couleurs, rouges et blanches, qui étaient celles de l’Union civique radicale (un parti argentin de centre gauche). Entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle, ce parti participa à de nombreux soulèvements, notamment à celui de 1905 qui fut l’un des plus importants de l’époque et qui se déroula à Santa Fe en particulier. Pour régler le choix du maillot, les fondateurs organisèrent un match opposant les deux camps et dont le vainqueur pourrait décider la proposition retenue. Vous vous en doutez le camp du rouge et noir l’emporta.

Le club joue donc depuis ses débuts avec ce maillot rouge à droite et noir à gauche sauf lors de deux saisons. En 1974 et lors du championnat 1984-1985, les deux couleurs furent inversées, comme si le club avait tenté de coller à la première version. Mais, après tant d’habitude, les fans n’étaient pas prêts pour ce changement et le club revint toujours à son design originel.