#1278 – CA Lanús : los Globetrotters

Les globetrotteurs. Les années 1950 correspondirent à la première période dorée du club argentin. Pourtant la décennie avait mal débuté puisqu’à l’issue de la saison 1949, le club fut relégué de la première division suite à une série de matchs de barrage face à Huracán. Il fallut quatre matchs pour départager les deux équipes mais les décisions arbitrales et de la fédération firent polémiques et laissèrent, au delà de la sanction sportive, un gout amer et d’injustice aux supporters de Lanús. Finalement, il s’agissait peut-être d’un mal pour un bien puisque cette « injustice » permit de construire les bases d’une superbe équipe.

Lanús revint dans l’élite argentine le 16 septembre 1950. Sa première saison fut une réussite pour un promu et laissait présager de belles promesses pour les années suivantes. Après avoir terminé les matchs aller à la première place, Lanús obtint une belle 5ème place à l’issue de la saison. Seulement, pendant la saison, le club avait transféré l’attaquant José Florio pour 1 million et demi de pesos au Torino et l’équipe s’en trouva affaiblie. Il fallut 3 nouvelles saisons et l’émergence de plusieurs jeunes qui transfigurèrent le jeu de l’équipe et comptent aujourd’hui parmi les plus grandes idoles du club, pour retrouver un certain rang. Au milieu de terrain, la triplette constituée de Héctor Guidi, Nicolás Daponte et José Nazionale marqua l’équipe et imprima un style de jeu offensif et élégant, qualifiée par la presse de « galera y bastón » (une expression qui caractérise l’élégance, la beauté). Ce collectif comptait également le gardien de but Tito Álvarez Vega, l’ailier Osvaldo Gil et les attaquants Emilio Prato et Dante Lugo.

En 1954, l’aventure débuta par une prometteuse 5ème place en championnat. L’année suivante, la saison démarra par une victoire dans la nouvelle coupe Juan Domingo Perón, une compétition régionale mais relevée. Puis, l’équipe termina une nouvelle fois à la 5ème place en championnat, lui ouvrant les portes pour l’année suivante à une compétition continentale, la Coupe Atlantique. 1956 devait être l’apothéose de cette équipe. Pendant tout le championnat, Lanús fit jeu égal avec le grand River. Malheureusement, le 28 octobre 1956, à 6 journées de la fin du championnat, les espoirs de titre s’envolèrent, Lanús perdant 3 buts à 1 face à River alors qu’il menait 1 à 0 à l’issue de la première mi-temps. Le club termina vice-champion (à 2 points de River), sa meilleure performance à cette époque, ce qui constituait un exploit car la suprématie des grandes équipes paraissait alors un obstacle insurmontable pour des clubs comme Lanús. Cette année-là, l’équipe parvint également en demi-finale de la Coupe Atlantique.

Le surnom de Globetrotteur surgit en 1956 sous la plume du journaliste Lorenzo Molas, qui avait un certain savoir faire pour trouver des surnoms aux équipes. Cette année-là, les basketteurs des Harlem Globetrotters faisaient leur tournée en Argentine et impressionnèrent par leur dextérité, leur collectif bien huilé et leur sens du spectacle. Dans le journal « Critiqua », Molas écrivit à propos de l’équipe de Lanus « Esos jugadores tienen manos en los pies, y se conocen tan bien que pueden jugar con los ojos bendados… Hacen lo que quieren con la pelota; ¡son los Globetrotters del fútbol! » (Ces joueurs ont les mains à la place des pieds et se connaissent si bien qu’ils peuvent jouer avec leurs yeux bandés…. Ils font ce qu’ils veulent avec le ballon, ce sont les Globetrotters du football !).

#1270 – Nottingham Forest : the Tricky Trees

Les arbres rusés. Si on vous parle de Nottingham, vous pensez bien souvent à son shérif, l’ennemi traditionnel de Robin des Bois et de ses Joyeux Compagnons. Or, le fameux brigand au grand cœur se cachait dans la forêt de Sherwood, aujourd’hui à une trentaine de kilomètres de Nottingham. Couvrant actuellement 424,75 hectares, elle était auparavant un grand espace boisé royale, qui s’étendait, au Moyen Âge, du Nord du comté de Nottingham jusqu’à la cité de Nottingham. Or, au XIXème siècle, cette espace méridional avait été déboisée pour notamment accueillir l’Hippodrome qui fut nommé « Forest », en référence à la fameuse forêt de Sherwood. Et lors de ses premières années d’existence, le club évolua à l’Hippodrome de Forest, ce qui aurait donc inspiré son nom.

Durant longtemps, l’écusson du club ne joua pas sur l’identité forestière et préféra reprendre une version adaptée des armes de la ville. En février 1973, le quotidien « Nottingham Post » lança un concours pour concevoir un nouveau blason. Plus de 800 propositions, certaines provenant d’Australie, affluèrent dans les locaux du journal. Un jeune designer, David Lewis, qui travaillait au Nottingham Polytechnic (aujourd’hui Nottingham Trent University) remporta le concours. Au cours des mois suivants, le design de David fut peaufiné avec le secrétaire du club, Ken Smales, pour parvenir à l’écusson qui trône fièrement sur le maillot de Forest jusqu’à aujourd’hui. Il se compose d’un arbre, qui rend hommage à la forêt de Sherwood, avec, au niveau de ses racines, 3 traits en forme de vague, qui rappelle le Trent, l’un des principaux fleuves du pays et qui traverse Nottingham.

Ce changement d’identité coïncida avec l’arrivée à la tête de l’équipe de Brian Clough le 6 Janvier 1975 et accompagna le changement de dimension du club. Alors qu’il luttait pour le maintien, 5 ans plus tard, Nottingham avait remporté la Premier League en 1978 (alors que le club était un promu) suivi d’une Coupe de la Ligue. Puis, Nottingham atteignit les sommets en gagnant 2 fois d’affilée la Coupe des Clubs Champions en 1979 et 1980. Opposé au kick and rush, qui était dominant dans les clubs britanniques de la fin des seventies, Brian Clough imposa un style de jeu plus construit avec la balle à terre. Donc, ce nouveau logo, avec un arbre, et ce style de jeu surprenant et donnant des résultats imposèrent le surnom Tricky Trees, qui était une expression qui caractérisait des choses difficile à gérer, compliqué. Il signifiait donc que les joueurs de Nottingham étaient des adversaires plus coriaces qu’il n’y paraît à première vue.

#1254 – IF Elfsborg : Eleganterna

Les élégants. Le site du club avance deux explications à ce surnom. Tout d’abord, les équipes du club développeraient un beau jeu sur le terrain et ce style de jeu se perpétueraient d’année en année. Même s’il n’y a pas de traces écrites, il est probable que lors de son âge d’or, les joueurs d’Elfsborg proposèrent un jeu attrayant. Dans les années 1930 et 1940, IF Elfsborg constituait l’une des attractions majeures du championnat de Suède. L’équipe remporta le titre en 1936, en 1939, en 1940, et termina à la seconde place en 1943, en 1944 et en 1945. Une finale de la coupe de Suède en 1942 se rajouta à ce palmarès. Elle était emmenée par le superbe attaquant Sven Jonasson, qui ayant fait toute sa carrière à Elfsborg, disputa un total de 411 matchs en Allsvenskan et marqua 252 buts (record en titre). Une autre performance fut réalisée au début des années 1960. Lors de la saison 1960, IF Elfsborg évoluait en seconde division et obtint son ticket dans l’élite. La saison suivante, l’équipe réussit l’exploit de remporter le titre de champion, première fois qu’une équipe suédoise parvint à ce coup d’éclat.

L’autre raison donnée par le club est son état d’esprit, la bonne conduite habituelle qui caractérise ses membres et joueurs. Selon le club, il s’agirait de son identité et sa culture, institutionnalisés depuis 2009 par un programme dénommé Elfsborgskultur (culture Elfsborg). Ce dernier vise à faire du club un modèle pour les jeunes générations, à s’impliquer dans le milieu local et prendre sa part de responsabilité sociale et sociétale. Est-ce que le club est vraiment plus RSE que les autres ou est-ce une tentative de communication de récupérer le surnom du club ? Je ne le sais pas.

Mais, une autre motivation à ce surnom peut également être apportée. La ville de Borås est connue depuis longtemps pour ses activités de confection textile. Même si une grande partie des vêtements est désormais importée en Suède, Borås accueille encore une importante industrie textile. Avant le XIXème siècle, la production était essentiellement artisanale, les tissus étant réalisés directement chez l’habitant et vendus par des colporteurs (dénommés knalle) dans le sud du pays. Puis, l’ère industrielle apporta les métiers à tisser mécanique. En 1834, Sven Erikson ouvrit la première usine de tissage mécanique de coton de Suède près de Borås suivie par Drufvefors (en 1871), Viskastrand (en 1876) et surtout la société Borås Wäfveri (en 1870) qui fut l’étendard de la production textile à Borås. Des usines de filature et de teinture se développèrent également le long du Viskan. Au début des années 1900, les premières entreprises de confection s’édifièrent dont Oscar Jacobson AB et Algots. En 60 ans (1860-1920), la population de Borås décupla, passant de 3 000 à 30 000 habitants. Aucune autre ville suédoise n’avait connu un développement aussi fort. Jusque dans les années 1960, le textile et l’habillement employaient les deux tiers des ouvriers de Borås. Dans les années 1920, Algots employait environ 1 500 couturières et en 1929, avec la mise en exploitation de sa première usine, l’entreprise se transforma véritablement en industrie de prêt-à-porter et devint le phare de l’ensemble de l’industrie de la mode suédoise. Dans les années 1970, en raison de la forte hausse des coûts salariaux suédois et de la baisse des prix douaniers sur les vêtements importés à bas prix d’Asie, la crise frappa de plein fouet l’industrie de la ville. Les licenciements massifs et les fermetures pures et simples conduisirent à la perte de 25 000 emplois. En 1977, la faillite d’Algots fit la une des journaux et un an plus tard, l’usine de Sven Erikson ferma ses portes. Aujourd’hui, l’industrie textile se concentre sur le design de vêtements, leur fabrication ayant été délocalisée, et sur les textile du futur. Les entreprises Gina Tricot, Svea et Oscar Jacobson ont leur siège à Borås.

#1238 – Boyacá Chicó : los Ajedrezados

Les joueurs d’échec. Malgré la jeunesse du club (fondé il y a seulement 22 ans, le 26 Mars 2002), Boyacá Chicó réussit à s’installer en première division en 2004 et devint le 3ème club de Bogota, derrière les deux géants Millonarios et Santa Fe. Pour parvenir à cette « popularité, il fallait réussir à créer une identité. Objectif difficile à réaliser étant donné la faible histoire du club et surtout quand au bout de 3 ans d’existence, il déménagea du quartier Sud de Bogota, Chicó, pour s’installer à 140 km au Nord de Bogota. Pourtant, un choix judicieux permit de le distinguer des autres clubs : un maillot à damier. Depuis sa création, le club cherche ses couleurs : noir et rouge jusqu’en 2003, noir et blanc de 2003 à 2007, vert et blanc en 2007 et en 2009, noir et bleu en 2008, blanc et bleu en 2010, puis retour au vert et blanc de 2010 à 2012, le noir et blanc en 2012, 2014 et 2015, avec une incursion en noir et orange en 2013, de nouveau vert et blanc en 2016-2017 et bleu foncé et blanc en 2018. Depuis, un accord semble avoir été trouvé avec un mariage de bleu (bleu foncé et bleu roi). Toutefois, les couleurs officielles du club sont le bleu et blanc, avec du orange qui apparaît sur l’écusson.

Dans cet arc-en-ciel de couleur, un élément du maillot est demeuré immuable : un damier. Assez peu de club dans le monde arbore ce type de tenue de manière régulière : Boavista au Portugal (cf. #159) et l’équipe nationale de Croatie. Exceptionnellement quelques clubs se livrèrent à cette originalité : Liverpool pour un maillot Third en 2020, Barcelone en 2019 pour son maillot à domicile et Lorient pour sa tunique originelle dans les années 1920 et repris en 2016. Pour Boyacá, le damier représente les échecs, un jeu d’intelligence et de stratégie, valeurs qui symboliseraient le style de jeu de l’équipe. Le damier s’imposa donc sur le maillot mais également sur le blason du club.

#1237 – Dundee United FC : Arabs

Les arabes. La péninsule arabique ne s’est pas répandue jusqu’aux rives orientales de l’Écosse. Mais, il est vrai que les supporteurs du club sont connus comme les arabes et ce sobriquet a déteint sur le club et ses joueurs. D’innombrables keffiehs (turban traditionnel arabe) à la couleur mandarine (teinte du club) coiffent la tête des supporters de United et de nombreux t-shirts annoncent que leur porteur est « proud to be an Arab » (fier d’être arabe). Si vous vous renseignez sur ce surnom, on vous parlera généralement de l’hiver 1962-1963.

Cet hiver là, en Écosse, les températures descendirent très bas (-30°C) et le terrain du club, Tannadice, était gelé et impraticable. Les matchs repoussés s’accumulaient et en conséquence, l’argent ne rentrait plus et les caisses du club se vidaient. En Janvier 1963, le match de Coupe d’Écosse contre Albion Rovers approchait et Jerry Kerr, le manager, se démena pour rendre possible la rencontre. Des braseros furent d’abord utilisés, mais le résultat n’était pas suffisant. William Briggs Sons, constructeurs de routes à la raffinerie Camperdown, proposa d’utiliser un brûleur de goudron pour faire fondre la couche de glace. La glace fondit effectivement mais la pelouse brûla également. Nouveau branle-bas de combat et plusieurs camions vinrent déposer du sable sur le terrain. Le 26, l’arbitre déclara à la surprise générale le terrain praticable, et devant 12.000 spectateurs, Dundee remporta aisément le match 3 buts à 0 (marqués par Doug Smith, Dennis Gillespie et Wattie Carlyle). Le lendemain, la presse souligna que l’équipe « took to the sand like Arabs » (s’était emparé du sable comme des Arabes).

L’histoire est belle mais selon des dernières recherches, il s’agirait d’une légende. Ainsi, la bonne version remonterait également aux années 1960 quand, en imitation du kop de Liverpool, les fans de United se mirent à détourner des chansons pop pour supporter leur équipe. Dans une des travées du stade, il y avait, à chaque match, un homme mince d’âge moyen portant un long manteau et une casquette qui entrainaient les jeunes à chanter. Un jour, il s’adressa à eux en déclarant « I am Nasser and you are my Arabs! » (Je suis Nasser et vous êtes mes arabes). Référence pas si étonnante à cette période. Depuis sa prise de pouvoir en 1956, le leader égyptien, Gamal Nasser, était devenu une icone dans le monde arabe, en promouvant sa doctrine socialiste et pan-arabique. Son influence sur les peuples arabes et son aura internationale s’accrurent quand il défia l’occident lors de la crise du Canal de Suez et lorsqu’il unifia la Syrie à l’Egypte, au sein de la République Arabe Unie. Au point d’atteindre l’enceinte de Dundee.

#1190 – Partizan Belgrade : Парни ваљак

Le rouleau compresseur. Belgrade accueille l’un des derbys les plus intenses d’Europe, qui divise la capitale serbe, même un pays, et qui se nomme le Derby éternel. Fondés la même année, les deux clubs se partagent les 2/3 des championnats de Yougoslavie et tous les championnats de Serbie (à l’exception d’un). Leur rivalité s’exprime dans de nombreux sports (les deux clubs étant omnisports) et, en football, a rassemblé souvent des audiences au stade de plus de 90 000 personnes. Le premier match en championnat entre les deux équipes de football se déroula le 5 janvier 1947 et vit la victoire de l’Étoile Rouge (4-3). Le Partizan prit sa revanche lors du derby suivant le 27 avril 1947 avec une victoire 1 but à 0. Au 20 avril 2024, 173 derbys avaient été disputés, 68 ayant été remportés par l’Étoile Rouge contre 48 pour le Partizan.

Le 6 Décembre 1953, les deux équipes se rencontraient pour le 13ème derby de leur histoire dans le cadre du championnat de Yougoslavie. Le match se déroulait dans le stade du Partizan, Stadion Jugoslovenske narodne armije. Pendant la pré-saison, le 9 Août 1953, le Partizan gagnait un match amical face à l’Étoile Rouge, 2 buts à 1, et donc, quand le derby arriva en Décembre, les joueurs de l’Étoile Rouge voulaient prendre leur revanche. Toutefois, le Partizan demeurait sur une série de 7 victoires consécutives en championnat (9 au total sur 12 matchs disputés). Très vite, les joueurs du Partizan mirent la main sur le match et asphyxièrent leur rivaux. A la 5ème minute, le célèbre attaquant du Partizan, Stjepan Bobek, ouvrit le score. 7 minutes plus tard, Kosta Tomašević permit à l’Étoile Rouge d’égaliser et de faire illusion quelques instants. Juste avant la mi-temps, Zebec et Mihailović donnèrent deux buts d’avance au Patizan. La seconde mi-temps fut à sens unique avec 4 nouveaux buts pour le Partizan (marqués par Herceg (2x), Mihailović et Zebec). Le Partizan remporta le derby 7 buts à 1. Le lendemain, le journal « Sport » titra en une « Парtи3ahob beлиkи дah, « Парни ваљак » пpeгa3иo 3be3дy, 7:1 » (Le grand jour du Partizan, un « rouleau compresseur » bat l’Étoile 7:1). Dans l’article, le journaliste Milan Kovačević décrivit le Partizan comme un rouleau compresseur, avançant irrésistiblement et écrasant tout sur son passage. Le surnom fut immédiatement adopté par les fans. Le Partizan remporta également le match retour (2 à 0, le 2 Mai 1954) mais termina à la seconde place du championnat (devant l’Étoile, derrière le Dinamo Zagreb).

Aujourd’hui, cette humiliation subit par l’Étoile Rouge demeure encore la plus large dans un derby. Un vieux rouleau compresseur aux couleurs du Partizan trône dans l’aile sud de l’enceinte du club. En 1975, l’écrivain et supporteur du Partizan, Slobodan Novaković, rédigea l’hymne du club dans lequel il est chanté « Parni valjak neka melje, da ispuni naše želje » (Laissons le rouleau compresseur broyer, pour exaucer nos souhaits).

#1167 – Huddersfield Town AFC : the Terriers

Les terriers. Huddersfield était encore pensionnaire de la Premier League il y a à peine 5 ans mais le club fleurte avec la relégation en 3ème division anglaise en cette fin de saison 2023-2024. Il semble que son état d’esprit « terriers » ne soit pas suffisant. Fondé en 1908, le club connut d’abord plusieurs surnoms avant que le simple mot « the Town » s’imposa, vu qu’il s’agissait du nom de l’équipe. Lors de l’exercice 1969-1970, l’équipe réalisait une belle saison et la montée en première division devint un objectif réalisable. Bill Brook, le responsable du marketing et de la communication, estima qu’il fallait profiter de cet élan pour l’accompagner avec une nouvelle identité, qui serait plus moderne, traduirait l’état d’esprit de l’équipe et rappellerait le Yorkshire, la région de Huddersfield. Bill Brook tomba sur Skippy, un Yorkshire Terrier appartenant à Colin Fisher de la ville de Honley. Cette race de chien était originaire du Yorkshire (avec le nom du comté en prime) et avait la réputation, malgré sa petite taille, d’être agressif et jappeur. Ce tempérament collait bien à ce club modeste mais à l’équipe tenace sur le terrain.

Petit gabarit avec un pelage long, de couleur beige sur la tête et gris acier foncé sur le corps, le Yorkshire Terrier est une race de chien appartenant au groupe des terriers et originaire du comté anglais qui lui donna son nom. Au milieu du XIXème siècle, des ouvriers écossais immigrèrent dans le Yorkshire à la recherche de travail et amenèrent avec eux plusieurs variétés de chiens terriers, qui donnèrent naissance par croisement au Yorkshire Terrier. Il est communément admis que le chien nommé Huddersfield Ben né en 1865 serait le père fondateur de la race. Malgré sa courte durée de vie (6 ans environ), il fut le procréateur male de la majeure partie du cheptel de base de Yorkshire Terrier. Il fut élevé à Huddersfield et remporta de nombreux concours canins.

Pour en revenir au club de football, le surnom de terriers apparût pour la première fois dans le programme officiel du match à domicile contre les Bolton Wanderers le 27 septembre 1969. Ce dernier comportait une photo de Skippy et un message de Frank Drabble, le président de l’époque, justifiant le changement en affirmant qu’il avait reçu de nombreuses lettres de jeunes supporters se demandant pourquoi d’autres clubs avaient des mascottes mais pas Huddersfield. Dès le lendemain, le journal local « Huddersfield Daily Examiner » indiquait que quelqu’un dans l’assistance réclama la présence de la nouvelle mascotte pour supporter l’équipe, juste avant qu’elle ne marque le but victorieux.

Pour autant, ce choix ne ravit pas les supporteurs à ses débuts. En plus de Skippy comme mascotte, l’image du chien avait fait son apparition sur le maillot du club en 1969 mais l’insigne ne perdura que jusqu’en mai 1970. En 1974, sous la pression des supporteurs qui préféraient le traditionnel town, la direction abandonna officiellement le surnom terriers. Finalement, ce dernier résista et le club se le réappropria. A la fois avec une lignée de mascotte terrier (en remplaçant définitivement les anciennes – une chèvre, une lampe d’Aladin, un âne entre autre – et en passant d’un vrai chien (Skippy fut la première mais son règne fut court, 6 mois) à un stadier déguisé en terrier, aujourd’hui appelé Terry) et l’image du terrier dans le blason de l’équipe revenu au début des années 1980.

#1158 – Cruzeiro EC : Barcelona das Américas

Le Barcelone des Amériques. Du spectacle sur le terrain, des rafales de buts, des victoires mémorables … il y a 13 ans Cruzeiro captait le rayonnement de l’équipe catalane, qui sublimait l’Europe avec Messi, Xavi, Iniesta et Pep Guardiola aux commandes. Vice-champion du Brésil en 2010, Cruzeiro abordait la Copa Libertadores 2011 avec confiance après avoir été finaliste deux ans auparavant et quart de finaliste la saison précédente. Fábio gardait les cages tandis que Thiago Ribeiro emmenait l’attaque. Dans son groupe, le Cruzeiro devait affronter les argentins d’Estudiantes (Champion du Tournoi Ouverture 2010 et qui avait vaincu en finale 2009 Cruzeiro), les colombiens du Deportes Tolima et les paraguayens de Guaraní.

Au premier match, Cruzeiro donna un récital à domicile à Estudiantes avec une victoire 5 buts à 0. Dans la foulée, l’équipe brésilienne enchainait par une victoire (4-0) contre Guaraní, réalisait un autre impressionnant résultat contre Tolima à domicile (6-1) et battait une nouvelle fois Guaraní à l’extérieur (2-0). Le seul « faux pas » était un match nul contre Tolima (0-0) en Colombie. Pour le dernier match de poule, Cruzeiro affronta une nouvelle fois Estudiantes en Argentine et personne ne s’attendait à cette performance, une victoire 3 buts à 0. Ainsi, à l’issue des poules, Cruzeiro affichait le meilleur bilan de tous les participants avec 16 points, 20 buts marqués et un seul encaissé. Evidemment, ce parcours sans faute additionné à un style de jeu flamboyant (qualité du touchée de balle, pressing, jeu tout en mouvement et organisation qui ne disposait pas d’avant-centre fixe) effraya les autres prétendants au titre. Diego Aguirre, alors entraîneur de Peñarol, qui avait terminé à la 2ème place de son groupe, souhaitait éviter les brésiliens et ne tarit pas d’éloges sur Cruzeiro. Il déclara au site uruguayen Tenfield « Con las debidas proporciones, en el continente, (Cruzeiro) es como Barcelona. Su juego y los resultados que obtuvo en la Copa Libertadores son impresionantes » (Tout compte fait, sur le continent, Cruzeiro est comme Barcelone. Son Jeu et ses résultats qu’il a obtenu en Copa Libertadores sont impressionnants). A l’époque, Gardiola était à la tête du club catalan depuis 3 ans et avait peaufiné son style de jeu, lui permettant de devenir une référence mondiale avec un palmarès exceptionnel (3 championnats d’Espagne, 3 SuperCoupe d’Espagne, 1 coupe d’Espagne, 2 Ligues des Champions, 2 SuperCoupe d’Europe, 2 Coupe du monde des clubs). Les Puyol, Messi, Iniesta et Xavi avaient réussi l’exploit de remporter en 2009 six titres (soit toutes les compétitions dans lesquelles il était engagé), une première mondiale dans l’histoire du football.

Malheureusement, la comparaison avec Barcelone ajouta du poids sur les épaules des joueurs et fut peut-être une malédiction pour Cruzeiro, pourtant favori pour le titre. En huitième de finale, bien qu’il eût battu Once Caldas 2-1 en Colombie à l’aller, il perdit le match retour 2 buts à 0 à domicile, avec pour conséquence d’être éliminé. En championnat brésilien, Cruzeiro termina à une piteuse 16ème place, avec 17 défaites.

#1143 – Ismaily SC : الدراويش

Les derviches. Fondé en 1921 sous le nom de Renaissance de la Jeunesse Egyptienne, le club devint ensuite le Club Ismaïl, du nom du Khédive Ismaïl Pacha. En 1947, le nom fut de nouveau changé pour définitivement devenir Ismaily, du nom de la cité d’Ismaïlia. Le surnom de derviches est certainement l’un des plus célèbres pour le 3ème plus grand club égyptien. Il fait référence à la famille درويش (Darwish) qui dans les années 1960 et 1970, évoluèrent pour Ismaily. Les principaux membres comprenaient Bijou, Amin (dit Mimi) et Hassan. A cette fratrie s’ajoutait également un autre homonyme Mostafa Darwish. Tous participèrent à l’âge d’or du club, qui se conclut par le premier titre de champion d’Egypte du club lors de la saison 1966-1967 (alors que le championnat avait jusque là était remporté que par des clubs du Caire et d’Alexandrie) et surtout la première victoire d’un club égyptien et arabe en coupe d’Afrique des clubs champion en 1969 (empêchant alors le TP Mazembe de réaliser un triplé historique). Les plus célèbres Darwish, Mini et Hassan, étaient des défenseurs élégants et il n’étaient pas rare que, par leurs jeux et leurs dribbles, les Darwish fissent tourner leurs adversaires comme des toupies. A l’image des danseurs derviches. Le journaliste sportif Naguib Al-Mestakawi, qui donnait souvent des surnoms, le fit pour Ismaily en faisant la comparaison entre les Darwish et les derviches.

Les derviches sont des ascètes, membres d’une fraternité soufie. Le nom derviche dériverait du mot perse در (dar – la porte) et signifie « celui qui ouvre la porte » . Mais, il pourrait descendre d’un mot proto-iranien comme drigu- qui désigne un nécessiteux, un mendiant. Les derviches mendiaient en allant de maison en maison et l’abandon des besoins matériels comme les valeurs d’amour et de service sont les bases de leur spiritualité pour atteindre Dieu. Ils sont particulièrement connus en Occident au travers d’une attraction touristique en Turquie, les derviches tournants. Ces derniers, appartenant à l’ordre de Mevlevi, fondé au XIIIème siècle par Jalal al-Din Rumi à Konya, dansent en tournoyant, avec leurs jupes qui se soulèvent, lors d’une cérémonie formelle connue sous le nom de Samā‘. Danse extatique, elle s’accompagne d’une récitation d’une prière islamique dévotionnelle. En Égypte, la pratique du tournoiement soufique est connue sous le nom de التنورة (el-tanoura).

#1126 – Örgryte IS : Lirarnas Lag

L’équipe des champions. Club omnisports (football, bowling , lutte , athlétisme et handball), Örgryte IS est l’un des plus titrés du pays (12 titres de champion) mais surtout le pionner du football en Suède. Le dimanche 4 décembre 1887, des jeunes lancèrent une initiative visant à fonder une association de patinage et créer une patinoire au Sud-Est de Göteborg (à Balders hage). Vers 1890, l’association s’ouvrit au football et finalement, l’ÖIS joua et remporta le premier match de football disputé sur le sol suédois en 1892 (1-0 contre Lyckans Soldater). Le club aime donc à dire qu’il a apprit à la Suède à jouer au football.

Alors que le club domina le football suédois avant la Seconde Guerre mondiale (11 titres de champion + 2 non officiels), l’ÖIS évoluait seulement en seconde division au cours des années 1940 et 1950. Mais, en 1956, le légendaire attaquant Gunnar Gren (agé de 36 ans), qui venait de passer 7 ans en Italie (AC Milan, Fiorentina et Genoa), rentra au pays et signa comme entraineur-joueur à Örgryte. Sous sa houlette et en prodiguant un jeu offensif basé sur les passes, les jeunes joueurs de l’équipe se révélèrent : l’ailier gauche Lennart Wing et les attaquants Rune Börjesson et Agne Simonsson. L’équipe échoua deux années de suite en finale d’accession à l’élite suédoise. Mais, après 19 ans d’absence, Örgryte retrouva la première division en 1959. L’équipe termina alors à la 4ème place mais enregistra une moyenne de 25 507 spectateurs, record d’affluence du football suédois qui tint jusqu’en 2015. Preuve que le football pratiqué était attrayant. Lors de cette saison, Rune Börjesson finit meilleur buteur avec 21 buts et Agne Simonsson termina 5ème au classement du ballon d’or FF et remporta le Guldbollen (meilleur football suédois). En 1960, Örgryte monta sur le podium à la 3ème place, Rune Börjesson étant encore meilleur buteur (24 buts). Gunnar Gren quitta le club en 1959, Agne Simonsson rejoignit le Real Madrid en 1961 et Rune Börjesson la Juventus en 1961. Malgré l’absence de titre, le club gagna le surnom de Lirarnas Lag lors de cette époque dorée.