#986 – FC Dieppois : les Harengs

La cité normande est surnommée « la ville aux quatre ports » car elle accueille un port de passagers (ferry transmanche), un port de commerce, un port de pêche et un port de plaisance. La présence de tant de ports témoigne du lien privilégié entre la cité et la mer. Même s’il existait un camp romain à proximité de la ville actuelle, ce sont surtout l’implantation de vikings vers 910 qui démarra l’histoire de Dieppe. L’emplacement présentait un environnement privilégié, au bord d’une rivière « profonde », la Tella, qui se jetait dans la Manche. Une digue naturelle de galets permettait aussi d’accéder au port à marée haute comme à marée basse. La ville fut officiellement fondée en 1015 par le duc de Normandie Richard II, avec l’objectif de s’offrir une débouchée marine. Comme souvent au Moyen-Âge, pour les villes de la Manche, de la Mer du Nord et de la Mer Baltique, la pêche et le commerce du hareng devinrent l’activité principale. En particulier, chaque année d’octobre à décembre, les harengs migrent de la Mer du Nord vers l’Atlantique et, au large et au proche des côtes Normandes, entre Fécamp et Dieppe, les harengs se reproduisent. Les pêcheries et salines s’installèrent donc rapidement dans la région et leur production s’expatria sur les étals parisiennes et rouennaises grâce aux chasse-marées. Au XVIIIème siècle, à Dieppe, la flotte consacrée à la pêche aux harengs fut la plus importante de la côte avec 60 bateaux. Le poisson, qui fut surnommé « poisson roi » fit la richesse de la ville jusqu’au XXème siècle. Aujourd’hui, le port de pêche se concentre avant tout sur la coquille Saint Jacques, avec 3 000 tonnes débarquées chaque année. La ville célèbre cette tradition ancestrale avec la Foire aux Harengs et à la Coquille Saint-Jacques, tous les troisièmes week-ends de novembre.

D’autres versions viennent expliquer ce choix ou plus exactement renforcent le surnom. Ainsi, au début du XXème siècle, les joueurs étaient connus pour leur agilité et leur vitesse sur le terrain. Les supporteurs comparèrent ce style de jeu aux mouvements des harengs dans l’eau. Une autre théorie suggère que le surnom fut inspiré par le traditionnel maillot du club. Ce dernier est rayé bleu et blanc (on retrouve les rayures sur le blason du club), qui ressemble au hareng (bleu sur le dos et blanc argenté sur le ventre).

#977 – Shamakhi FK : şirlər

Les lions. Double vainqueur du championnat azéri (2008 et 2010) et double vainqueur de la coupe nationale (2018 et 2021), le club fut fondé en 1997 au sein de l’Université de Khazar, l’un des établissements d’enseignement supérieur privés d’Azerbaïdjan, situé dans la capitale du pays, Bakou. Deux ans après sa fondation, la formation amateur intégra la ligue nationale. En 2004, la banque d’Etat Azərbaycan Beynəlxalq Bankı (ABB – Banque Internationale d’Azerbaïdjan) racheta les droits du club pour créer l’Inter Bakou. Le club connut ses belles heures en produisant un football offensif. Mais, à compter de la saison 2015-2016, l’Inter fit face des difficultés financières, le soutien de la banque diminuant. Fin 2017, la banque annonça la fin de son partenariat avec le club, qui amena un changement de nom pour Keşla FK. Parallèlement, en 2020, la construction d’un nouveau stade, d’une capacité de 2 200 places, fut lancée dans la ville de Shamakhi, financée conjointement par la fédération azéri, la ville de Shamakhi et l’UEFA. L’inauguration eut lieu le 1er novembre 2021 et, afin d’exploiter régulièrement ce nouveau stade et de soutenir le développement du football dans les régions, il fut proposé à Keşla FK de représenter la ville de Shamakhi. Le club répondit positivement à cette idée, lui permettant de se développer dans une grande ville régionale et sans concurrence. Ainsi, en 2022, le club déménagea et changea de nouveau de nom pour Shamakhi FK.

Avec le changement de nom, un nouveau logo fut dévoilé. Il représentait deux lions se faisant face et séparé par un ballon de football. Cette représentation faisait directement référence aux armoiries de l’Etat des Chirvanchah. Ces derniers présentaient deux lions se faisant face avec une tête de taureau qui s’y intercalait. L’Etat des Chirvanchah existait dans le Caucase du Sud-Est entre 861 et 1538 et couvrait principalement l’actuelle République d’Azerbaïdjan. Fondé par une dynastie arabe, les Mazyadides puis développé par une autre, les Yazidide, cet Etat vécut en étant le vassal des différentes empires voisins (Seldjoukides, Mongols, Timourides, Séfévides et de l’Empire ottoman). Shamakhi fut la capitale de cet Etat de 918 à 1192, puis en raison des récurrents séismes que subissait la cité, le pouvoir se partagea entre Shamakhi et Bakou. L’emblème de cet Etat serait apparu au Xème siècle et les lions étaient un symbole du pouvoir et de la puissance de l’État de Shirvanshah tandis que la tête de taureau était un symbole d’abondance pour le pays. Pour le club, les lions étaient également symbole de puissance mais aussi de pratique d’un football offensif.

#958 – Exeter City FC : the Grecians

Les grecs. Je vous rassure tout de suite. Les îles britanniques n’ont pas dérivé pour atteindre les côtes hellènes. Ce surnom a toujours laissé perplexe de nombreux fans d’Exeter City, ce qui donne naturellement lieu à de nombreuses spéculations et débats.

Rappelons d’abord que le club fut fondé officiellement en 1901 sous le nom de Sidwell United, les joueurs venant notamment de l’Ecole de St Sidwell située sur Sidwell Street. Ensuite, ce surnom des Grecians n’est pas attaché uniquement aux joueurs mais aux habitants de la paroisse de St Sidwell et finalement à ceux de la ville d’Exeter. L’historienne locale Hazel Harvey dans son histoire de Sidwell Street retrouva des publications de 1737 où les résidents de Sidwell se désignaient eux-mêmes comme des Grecs. En 1835, Charles Dickens mentionnait aussi ce sobriquet dans le magazine « All Year Round ». Pour le club, après quelques tentatives comme United ou Saints qui ne prirent pas, le journaliste de l’Evening Post utilisa le terme grecians pour la première fois le 6 décembre 1901. Parlant de l’affrontement du lendemain contre St David’s dont l’enjeu était la première place du classement, il écrivit « if the Grecians should pull the match off they feel assured of obtaining the trophy » (si les Grecs réussissent le match, ils sont assurés d’obtenir le trophée).

Commençons par les légendes peu probables mais qui circulent. Certains disent que les supporteurs chantaient « We hate the Green Ones » (Nous détestons les verts) qui se serait transformé en « We are the Grecians » (Nous sommes les Grecs). D’autres fans préfèrent dire que le nom est né parce que les joueurs jouaient comme des dieux grecs. Un peu plus flatteur que des erreurs de prononciation. Une autre version propose que le surnom provient d’une bijouterie de Sidwell Street, située près du terrain du club, qui avait accroché à l’extérieur de sa vitrine une horloge affichant le nom grecians sur son cadran. Il est également suggéré que le surnom dérive d’un groupe d’enfants de St Sidwell qui étaient appelés les « Greasy Un’s » (les graisseux, du fait qu’ils étaient sales en raison de leur pauvreté). Greasy Un’s serait devenu Grecians. Une autre histoire avance que le nom gallois de la ville d’Exeter, Caerwysg, donna le gentilé de Caer Iscuns, qui éventuellement muta en grecians. Il y a aussi la possibilité que ce surnom provienne de la présence d’une forte communauté Grec orthodoxe qui s’installa au XIXème siècle dans le quartier où fut érigé en 1904 le stade du club, St James Park.

Voila donc résumé un certain nombre de légendes qui entourent ce surnom. Mais, elles paraissent toutes pour des raisons différentes improbables. En fait, les versions plausibles tournent autour d’un point commun : la position du quartier de Sidwell par rapport au centre ville d’Exeter. Situé en dehors des murs du centre ville cossu, Sidwell regroupait des classes laborieuses et pauvres qui se sentaient un peu exclu. Historiquement, les personnes qui habitaient dans l’enceinte d’Exeter étaient souvent appelées les Romains. La raison est qu’ils vivaient à l’emplacement de la ville romaine (Isca Dumnoniorum) mais aussi parce que ces citoyens étaient considérées comme l’élite riche et dirigeante de la région. Les habitants de St Sidwell voulaient se distinguer des « Romains » et considèrent le surnom de Grecs. Ils trouvèrent intéressants de se comparer aux héros grecs rusés qui eurent raison des Troyens qui se pensaient en sécurité, protégés par leurs murs (comme les « Romains » d’Exeter). Cela donnait aussi une meilleure image à ses habitants pauvres de la ville. Une autre version se rapproche de celle-ci avec un peu plus de précisions. En effet, en 1726, lors d’une foire à Southernhay, un autre district près du centre-ville, pour une raison obscure, le siège de Troie fut reconstitué. Lors de la distribution des rôles, les habitants du centre-ville (à l’intérieur de l’enceinte d’Exeter) jouèrent les Troyens assiégés, tandis que ceux de Sidwell (à l’extérieur des murs) furent les assaillants Grecs. De ce spectacle, les habitants de St Sidwell en tirèrent leur surnom. Si les mythes grecs, et en particulier l’Iliade, étaient si connus à Exeter et Sidwell, c’est que des pièces du théâtre grec étaient régulièrement jouées sur le parvis de la Cathedral tout au long du XVIIIème siècle et surtout, Joseph d’Exeter écrivit une Iliade en Latin en 1183 dont le titre est Phrygii Daretis Yliadis libri sex (L’Iliade de Darès le Phrygien en six livres) et qui relate la guerre de Troie.

Pas étonnant alors que le premier stade du club fut orné d’une porte grecque.

#954 – Atlante FC : los Potros de Hierro

Les poulains de fer. Avec plus de 100 ans d’histoire, Atlante fait parti des clubs historiques et populaires du football mexicain mais malheureusement depuis près de 10 ans, l’équipe évolue en seconde division. Le championnat national mexicain fut créé en 1943 et Atlante fit parti des 10 premiers invités et participants. Atlante n’attendit pas longtemps pour obtenir son premier titre (4ème édition – saison 1946-1947). Les saisons précédentes, Atlante avait déjà marqué les esprits (Champion de Mexico en 1940, vice-champion en 1941 et 1942 et vainqueur de la Coupe de Mexico en 1942). Surtout, au terme de la saison 1945-1946, l’équipe avait réalisé un incroyable record, encore d’actualité de nos jours. Les joueurs d’Atlante, dont la quintette d’attaquants composée d’Horacio Casarín, Rafael Meza, Martí Ventolrà, Mateo Nicolau et Ángel Segura, marquèrent 121 buts en 30 matchs. A l’exception d’un match face à Puebla, Atlante scora lors de tous ses matchs et termina la saison avec une moyenne incroyable de 4,03 buts par partie. Mais, sa faible défense (80 buts encaissés contre une moyenne de 50 pour ses proches rivaux pour le titre) anéantit tout ses rêves de couronne nationale.

La saison suivante, le Hongrois Luis Grocz reprit les rênes de l’équipe, et s’appuyant sur la même ossature parvint à les emmener à la consécration. Son départ fut quasi-parfait, avec 6 victoires sur les 7 premiers matchs et même 8 lors des 10 premières journées (les 2 autres matchs se soldèrent par des nuls). Lors du premier match, Atlante, qui affrontait à domicile la très réputée équipe de Puebla, scora 5 buts en 11 minutes. La saison s’annonçait tout autant offensive que la précédente. Mais ce qui intéressait le président du club, José Manuel Núñez, s’était la victoire finale et non les records. Ainsi, la saison fut moins prolifique en but mais le but initial fut atteint. L’équipe dut tout de même attendre les dernières journées pour remporter le championnat, dans un final devenu épique. A 8 journées de la fin, 3 équipes se disputaient le titre : Atlante, León et Veracruz. A ce stade, Atlante avait toujours occupé la première place sans la partager mais n’avait que 5 points d’avance sur ses 2 poursuivants. Pour ces derniers matchs, Veracruz devait rendre visite à Atlante et ce dernier devait affronter León dans son antre. Le 4 mai 1947, Atlante, leader et vice-champion la saison précédente, recevait Veracruz, 2ème au classement à 2 points du leader et champion en titre, dans une enceinte de 50 000 places, Olímpico de la Ciudad de los Deportes. L’année précédente, Veracruz était devenu champion en rossant Atlante dans son stade. Autant dire que la pression était grande. Atlante domina de la tête et des épaules le match et le remporta 5 buts à 1. Arriva la seconde finale pour l’attribution du titre : le match à León. Quelques jours avant le match, Oscar Flores, sous-secrétaire à l’élevage et chef du comité de campagne contre la fièvre aphteuse, suspendit sa tenue, en raison d’une épidémie de fièvre aphteuse dans la région de León. Après moultes tergiversations, la fédération, en accord avec les deux clubs, décida de délocaliser la rencontre à Mexico, à l’Olímpico de la Ciudad de los Deportes. En clair, Atlante allait jouer son match à l’extérieur à domicile. Le matin du 1er juin 1947, 48 622 personnes (record de l’époque), assistèrent à cette rencontre pour le titre (León était devancé de 3 points par Atlante). Comme il ne fallait qu’un point pour être champion, Atlanta joua pour ne pas perdre et le match se solda par un 0-0. La petite histoire raconte que le président d’Atlante, un proche du président Miguel Alemán Valdés, sut jouer de son influence pour diriger le match à Mexico et favoriser son équipe.

Au final, avec le meilleur joueur mexicain (Horacio Casarín) et les meilleurs étrangers du championnat, Atlante gagna son premier titre, lors d’une saison aboutie (18 victoires, 6 nuls et 4 défaites, 82 buts marqués pour 43 encaissés pour un total de 42 points en 28 matchs). Surtout, l’équipe sembla survoler les rencontres, démontrant une grande maîtrise et un jeu dynamique. Au point, qu’un reporter les surnomma les potros de hierro après avoir écrit « El Atlante juega y corren como potros desvocandose de atras hacia delante ademas de jugar aun mejor en campos llenos de lodo » (L’Atlante jouent et courent comme des poulains, se déplaçant d’arrière en avant et jouant encore mieux sur les terrains boueux).

Article réalisé avec le concours de Eduardo Ramirez (du Mexique).

#947 – VfL Bochum : die Graue Maus

La souris grise. En allemand, l’expression graue maus caractérise une personne discrète, pudique, même un peu triste, généralement utilisée pour une femme. Dans le football, elle qualifie une équipe qui joue un football peu flamboyant (pour ne pas dire ennuyeux, sans ambition) et dont les résultats conduisent à évoluer dans le ventre mou du championnat. S’il s’agit d’une expression commune et utilisable pour toutes les équipes, elle est également aujourd’hui très attachée au club de football de Bochum, qui l’illustra dans les années 1970 et 1980.

Ville de la région industrielle de la Ruhr, qui compte près de 5 200 000 d’habitants concentrés sur plusieurs cités, le club de football de Bochum est coincé footballistiquement entre Dortmund, avec son Borussia, et Gelsenkirchen, et son Schalke 04. Difficile alors d’exister entre ces deux géants historiques du football allemand. Pourtant, entre 1971 et 1993, Bochum fut un membre sans discontinuité de l’élite allemande. Mais, cette présence ne se caractérisa pas des résultats étincelants. En effet, plus que d’évoluer dans le ventre mou du championnat, Bochum fleurta plusieurs fois avec la relégation. Le meilleur classement durant cette période fut une 8ème place en 1978-1979. Sur ces 22 saisons d’affilée en Bundesliga, Bochum conclut 15 fois son exercice dans la seconde partie du classement dont 10 fois au-delà de la 14ème place. A partir de la saison 1986-1987, le club ne connut que le bas du classement. En 1990, le VfL termina la saison à la 16ème place et fut donc contraint de joueur une confrontation de barrage face au 1.FC Sarrebruck. Bochum remporta le match aller à Sarrebruck grace à un penalty (victoire 1-0). Au retour, à domicile, Bochum fit seulement match nul (1-1). A force d’évoluer sur le fil du rasoir, Bochum chuta finalement lors de l’exercice 1992-1993, après avoir fréquenté la zone de relégation depuis la 9ème journée (et même la dernière place lors de 12 journées en cumulé).

Durant ces 22 saisons, l’équilibre financier du club était également fragile et pour boucler son budget, le club se séparait de ses meilleurs éléments à l’intersaison. Sur le plan de jeu, son style n’était pas flamboyant mais il semble un peu sévère de le juger comme ennuyeux. En tout cas, ce débat anime les supporteurs du club et les journalistes. Certains avancent qu’à défaut de génie, les joueurs étaient tenaces sur le terrain et qu’ils pouvaient parfois titiller les « gros chats » du championnat. Pour d’autres, il était assommant de fréquenter les travées du Vonovia-Ruhrstadion.

#937 – Millonarios FC : el Ballet Azul

Le ballet bleu. Le club colombien s’est vu attribué ce surnom pour son équipe des années 1950. Rappelons le contexte du football sud-américain au début des années 1950. D’un côté, sans l’accord de la fédération nationale, les équipes colombiennes se professionnalisaient et, en ouvrant leur capital à leurs fans, remplirent leurs caisses. De l’autre côté, les autres championnats sud-américaines pouvaient connaître des périodes difficiles ou des manques de moyens. En Argentine, en 1948, les footballeurs argentins organisèrent une grève car ils estimaient que la répartition des bénéfices n’étaient pas équitables entre les clubs et les joueurs. Le résultat de cette situation fut que les clubs colombiens avec les fonds amassés, pillèrent les clubs des pays d’Amérique du Sud en recrutant leurs joueurs. D’autant plus que exclus par la fédération colombienne et par la FIFA, les clubs colombiens pouvaient recruter des joueurs sans verser de compensation à leur club d’origine. Le football colombien connut logiquement son age d’or.

Pour Millonarios, tout commença en 1949 avec l’embauche des argentins Carlos Aldabe, en tant qu’entraîneur-joueur, et Adolfo Pedernera. Ambassadeurs pour le club, les deux argentins convainquirent d’autres compatriotes dont Alfredo Di Stéfano et Néstor Raúl Rossi, qui firent leurs débuts le 13 août 1949. Plus tard, l’équipe se renforça avec les arrivées du gardien de but de l’équipe nationale argentine, Julio Cozzi, ainsi que ses compatriotes Hugo Reyes, Antonio Báez, Reinaldo Mourin, Adolfo Jorge Benegas, Felipe Stemberg, Roberto Martinez, Julio Avila et Oscar Contreras. D’autres nationalités vinrent compléter la formation : les uruguayens Raul Pini, Ramon Villaverde, Alcides Aguilera et Víctor Bruno Lattuada. Le paraguayen Julio César Ramírez et les péruviens, Alfredo Mosquera, Ismael Soria et Jacinto Villalba. Des européens s’expatrièrent également dans le club de Bogotá dont l’écossais Robert Flawell et de l’anglais Billy Higgins.

De 1949 à 1954, avec une telle équipe, le club devint une formidable machine à gagner. Surtout, elle produisait un jeu flamboyant, que l’on pouvait comparer à un ballet. Ainsi, lors du championnat 1949, Millonarios réussit le record national d’enchainer 17 victoires consécutives. Son buteur, Pedro Cabillon, finit meilleur buteur avec 42 buts, un record en cours à ce jour. Un peu plus tard, l’équipe compta sur une fameuse et magnifique triplette d’attaquants, formée par Adolfo Pedernera, Alfredo Di Stéfano et Antonio Báez, qui marqua 74 buts en 34 matchs. En outre, l’équipe évoluait dans un maillot bleu, qui demeure aujourd’hui encore la couleur du club. Le bleu ne s’imposa pour le club qu’en 1939, la direction s’inspirant alors du maillot de l’équipe argentine Tigre, dont le sélectionneur colombien Fernando Paternoster était fan. Ce terme fut utilisé pour la première fois par le commentateur radio costaricien Carlos Arturo Rueda. C’était une des spécialités de Rueda, avec son langage fleuri, de donner des surnoms à tout le monde. L’équipe fut distinguée par le magazine allemand « Kicker » comme l’une des 40 équipes les plus légendaires de l’histoire du football.

#894 – CA San Lorenzo : los Matadores

Les tueurs. Pour un club né sous le patronage d’un prêtre salaisien, ce surnom n’apparaît pas digne des préceptes du Christ. Mais, évidemment, ici point de mort réel, ni de joueurs sanguinaires. Il met en valeur l’exploit de l’équipe de 1968, qui proposa en outre un style élégant et efficace. Cette année-là (et jusqu’en 1985), le championnat argentin se jouait lors de deux tournois. D’un côté, le championnat dénommé Metropolitano qui représentait véritablement la première division argentine, avec des clubs directement affiliés à la fédération nationale (AFA). De l’autre, un tournoi supplémentaire, appelé le Nacional, auquel participaient également des équipes de certains championnats régionaux. En 1968, le Metropolitano se composait de deux poules de 11 équipes, avec un système de play-off pour déterminer le champion. CA San Lorenzo se présentait pour cette saison avec une équipe de joueurs talentueux (le gardien Carlos « Batman » Buttice, le défenseur uruguayen Sergio Villar recruté pour 10 millions de pesos, les défenseurs Antonio Rosl, Oscar Calics et Rafael Albrecht, les milieux Alberto Rendo, Victorio Cocco et Carlos Toti Veglio), renforcés par des jeunes loups formés au club (Roberto Telch, Pedro González, Rodolfo Fisher, Narciso Doval). L’entraineur brésilien Elba de Padua Lima fut le chef d’orchestre qui réussit à polir ces pièces pour réaliser la future performance parfaite.

Pendant la phase de poule, San Lorenzo réalisa une campagne exceptionnelle. Sur 22 matchs, l’équipe en remporta 14 pour 8 nuls, marqua 45 buts et n’en encaissa que 10 (réussissant à conserver sa cage inviolée pendant 13 matchs). Avec un tel parcours, San Lorenzo termina logiquement à la première place avec 12 points d’avance sur le second, Estudiantes. En demi-finale, le club affronta River et la remporta 3 buts à 1 devant plus de 50 000 spectateurs. La finale se joua contre Estudiantes le 4 août au stade Monumental. Le match fut âpre et démarra de la meilleure des manières pour Estudiantes qui marqua deux minutes après le début de la seconde mi-temps, grâce à un but de Verón. Toti Veglio égalisa pour San Lorenzo une vingtaine de minutes plus tard. Il fallait jouer des prolongations pendant lesquelles Fischer réussit le but de la victoire définitive de San Lorenzo. C’était le 8ème titre de champion d’Argentine du club. Surtout, depuis la création du professionnalisme, en 1931, aucun champion n’avait été couronné en étant invaincu. Cette équipe de San Lorenzo fut donc la première à devenir championne sans défaite, en produisant un jeu élégant, démoralisant les équipes adverses. Un véritable rouleau compresseur qui apparaissait comme un tueur.

Dans la foulée, avec cette équipe, San Lorenzo connut une période dorée en remportant 3 nouveaux championnats. Elle fut même la première à réaliser le doublé Metropolitano–Nacional en 1972.

#893 – West Ham United : the Academy of Football

L’académie de football. Si les nombreux clubs londoniens affichent des moyens financiers importants, et pas seulement ces dernières années, la formation a toujours fait parti de leur stratégie. En la matière, l’un des clubs s’est particulièrement distingué, West Ham United. Sa formation est reconnue comme l’une des plus performante du pays. Avec l’afflux de nombreux joueurs étrangers en Premier League, West Ham United demeure toujours comme l’un des rares clubs formateurs.

Dans les années 1950 et 1960, le club alignait une équipe composée de nombreux jeunes formés en son sein. En effet, quand le nouveau manager Ted Felton prit le club en main en 1950 en seconde division, il comprit que le manque de moyens du club ne lui permettrait pas de décoller. Dans son autobiographie, « Home With the Hammers », Fenton écrivait : « The only way to build the club was youth. There were lots of good players around, but I had no money to buy the key players we needed. There was always the problems of running a club on a shoe-string. » (La seule façon de construire le club était la jeunesse. Il y avait beaucoup de bons joueurs, mais je n’avais pas d’argent pour acheter les joueurs clés dont nous avions besoin. Il y avait toujours les problèmes de gestion d’un club avec peu de moyens). Ainsi, avec le soutien de son président, Reg Pratt, et du dépisteur en chef du club, Wally St. Pier, une politique et un programme de développement des jeunes commencèrent à être mis en œuvre. Cette stratégie conduisit à l’avènement de nombreux joueurs tels que Ken Brown, Malcolm Musgrove et John Bond mais surtout, d’une génération dorée, à la fin des années 1950, comprenant Geoff Hurst, John Smith, John Lyall, Ronnie Boyce et Martin Peters et emmenée par le légendaire défenseur Bobby Moore. Mais, au-delà de la formation, avec la contribution considérable du joueur Malcolm Allison, Fenton infusa auprès des joueurs une nouvelle approche moderne du football. Ils introduisirent des régimes alimentaires pour améliorer leur niveau de performance et encouragèrent les joueurs à passer du temps ensemble en dehors du terrain et à discuter leurs tactiques. Ils s’inspirèrent des méthodes d’entrainement des équipes continentales, et notamment de la fameuse équipe hongroise de Ferenc Puskás. Ces concepts innovants furent connus sous le nom de The West Ham Way.

En 1961, Fenton céda sa place à Ron Greenwood, qui va poursuivre le travail. Lors de la Coupe du Monde 1966, 3 joueurs formés à West Ham, Bobby Moore, Geoff Hurst et Martin Peters, constituèrent l’ossature de l’équipe nationale. Capitaine de la sélection aux 3 lions, Moore fut décrit par Pelé comme le plus grand défenseur contre lesquels il avait joué. Lors de la finale face à l’Allemagne de l’Ouest, remporté 4 buts à 2 par les anglais, Hurst resta célèbre pour son hat trick, complété par un but de Peters. Les fans de West Ham chantèrent alors « I remember Wembley/When West Ham beat West Germany/Peters one and Geoffrey three/And Bobby got his OBE! » (Je me souviens de Wembley/quand West Ham a battu l’Allemagne de l’Ouest/Peters un et Geoffrey trois/et Bobby a obtenu son OBE – ordre de chevalerie britannique). Depuis, l’académie de West Ham a continué à produire de nombreux joueurs professionnels, dont Frank Lampard Senior, Trevor Brooking, Clyde Best, Paul Ince, Tony Cottee, Frank Lampard, Rio Ferdinand, Jermain Defoe, Glen Johnson, Sol Campbell, Joe Cole, John Terry, Anton Ferdinand et Michael Carrick.

Avec l’arrivée de Ron Greenwood, la presse commença à utiliser le terme d’Academy of Football. Il fut repris par le club qui l’utilise régulièrement dans sa communication et nomme désormais sa structure de formation the Academy of Football. Outre être une source importante pour l’équipe première, l’académie est une partie importante de l’identité du club. Lorsque le club a été relégué de la Premier League en 2003, la vente des prometteurs jeunes joueurs de l’Académie sauva le club d’un désastre financier. Pour terminer, un article d’ITV Football du 13 septembre 2004 déclarait que « The biggest single contributor to the current England national squad is not Manchester United, Arsenal, Liverpool or Chelsea, but the West Ham Youth Academy » (Le plus grand contributeur à l’équipe nationale d’Angleterre actuelle n’est pas Manchester United, Arsenal, Liverpool ou Chelsea, mais la West Ham Youth Academy).

#882 – Tersana SC : الشواكيش

C’est un terme argotique égyptien qui signifie les marteaux. Fondé en 1921 et basé à Gizeh (dans le quartier de Mit Okba) près du Caire, le club naquit sous le régime du protectorat britannique. Or, l’occupation britannique de l’Égypte depuis 1882 importa le football dans la vallée du Nil, via les expatriés anglais travaillant pour la Compagnie du canal de Suez. La création du club fut donc l’oeuvre d’un anglais, le Major E.W. Slaughter. Initialement basé à Boulaq, un des principaux ports de la capitale égyptienne, le club était destiné au personnel de l’administration maritime et des chantiers navals de ce district. Ainsi, l’ensemble des symboles du club se réfèrent au port et à ses activités. Le nom du club « tersana » est l’équivalent en arabe d’arsenal (parmi les constructeurs navals, certains devaient certainement bâtir des navires militaires). Les couleurs bleu et blanc de son maillot rappellent directement la mer. Enfin, son écusson affiche une ancre, symbole de l’univers marin.

Pour autant, le surnom du club, الشواكيش, ne le relie pas directement au monde maritime. Il existe différentes explications pour ce surnom. La première raconte que ce terme décrivait la rudesse et la force de l’équipe, qui frappait ses adversaires comme un marteau. La deuxième histoire, qui est la plus connue de toute, indique qu’à une époque, Tersana avait recruté dans ses rangs un certain nombre d’anciens fedayins. Dans les années 1940, des nationalistes égyptiens appelés fedayins formaient des petits commandos dont l’objectif étaient d’harceler les troupes britanniques qui défendaient le canal de Suez. Le marteau pouvait donc symboliser leurs actions coup de poing et leurs duretés. Enfin, la dernière version se rapproche des origines du surnom des anglais de West Ham United (cf article #313). Certains des membres initiaux travaillaient sur les chantiers navals de Boulaq. C’était pour la plupart des ouvriers qui travaillaient l’acier pour construire les navires. Le marteau était un symbole qui les représentait bien. Il semble en tout cas que le surnom fut popularisé par les célèbres commentaires sportifs, Abdul Majid Noman, écrivant pour le journal « Al Goumhoria » , et Najib Almstkawi, du quotidien national « Al Ahram » . Ayant attribué des surnoms à la plupart des clubs égyptiens, ils auraient affublé « hammers » à Tersana à la suite d’une intervention rugueuse du défenseur Fouad Gouda, qui provoqua la blessure au pied du joueur adverse, Saleh Selim.

#876 – Sheriff Tiraspol : осы

Les guêpes. Pour ceux qui connaissent les recoins des coupes européennes, le club moldave n’est pas un inconnu, plus en raison de son nom que de ses exploits. Trouver un digne représentant de la conquête de l’Ouest à l’Est de l’Europe, ce n’est pas banal. Son nom provient de son actionnaire bienfaiteur, l’un des plus puissants conglomérats de la région séparatiste de Transnistrie, Sheriff. Ce dernier possède un réseau de stations-services, une chaîne de supermarchés, un média, une maison d’édition, une entreprise de construction, un concessionnaire Mercedes-Benz, une agence de publicité, une fabrique de spiritueux, des réseaux de boulangerie ainsi qu’un opérateur de téléphonie.

Fondé en 1996, l’appui financier de son actionnaire, Sheriff, fut déterminant dans l’ascension du club. En 2000, démarra pour le club un règne sans partage sur le football moldave. De 2000 à 2010, Sheriff rafla tous les titres de champion de Moldavie ainsi que 6 coupes de Moldavie. Pour fêter le 10ème titre de champion en 2010, le club ajouta à son blason traditionnel (une étoile de sheriff) une étoile, à la façon des clubs italiens ou d’autres à travers le monde. Ce ne fut pas le seul changement puisqu’il fut décidé de doter le club d’une mascotte. Trois propositions émanèrent : un sheriff (naturellement étant donné son nom et ses symboles), un tigre et une guêpes (les deux derniers présentant des couleurs fidèles à celles du club, jaune et noir). En mai 2010, l’insecte fut désigné car, à la fois, les joueurs portaient les mêmes couleurs que l’animal et surtout ils piquaient leur adversaire comme la guêpe ses ennemies. Dès lors, à chaque début de match, une mascotte en forme de guêpe venait encourager les joueurs et chauffer les supporteurs. Résultat, au bout d’un moment, la presse commenca à appeler l’équipe тираспольские осы (guêpes de Tiraspol) puis simplement осы (guêpes).