#1408 – AD Ceuta FC : los Caballas

Les maquereaux. L’Afrique a bien son représentant en Europe, au delà de ses joueurs qui sont nombreux à fouler le sol des championnats européens. Si on regarde à l’Est, plusieurs clubs situés géographiquement en Asie évoluent déjà en Europe (à l’instar des nombreux clubs turcs tels que Fenerbahçe ou Trabzonspor ou des kazakhs du Kaïrat Almaty). Pour l’Afrique, il faut se pencher du côté de la seconde division espagnole où joue le club de la Ceuta, l’une des enclaves espagnoles, avec Melilla, localisées sur le sol africain.

La cité de La Ceuta possède une position stratégique à l’entrée du détroit de Gibraltar, passage obligé entre l’Océan Atlantique et la Mer Méditerranée. Ouverte vers la mer, la baie de Ceuta est naturellement abritée des vents dominants (le Levante et le Poniente) qui peuvent être très violents dans le Détroit et sa profondeur permet d’accueillir des navires à fort tirant d’eau. Pourtant, jusqu’au XIXème siècle, ses côtes n’abritaient que de modestes installations portuaires destinées avant tout à la marine militaire. La Guerre hispano-marocaine (1859-1860) mit en évidence la nécessité de renforcer le dispositif naval de la ville aussi bien pour l’armée que de développer le commerce qui s’annonçait florissant à l’ouverture probable du Canal de Suez. La construction de port débuta lentement dans les années qui suivirent et s’accéléra après la visite du Roi Alphonse XIII au début du XXème siècle. Aujourd’hui, le port a franchi la barre des 2 millions de passagers annuels, confirmant son rôle clé dans le détroit de Gibraltar, tandis que le trafic de marchandises s’élève à 1 068 092 tonnes (-2,2 %) à fin Novembre 2024.

Située au carrefour de l’Atlantique et de la Méditerranée, La Ceuta bénéficie de courants marins exceptionnels qui favorisent la présence de bancs de poissons migrateurs. À la fin du XIXème siècle et au début du XXème, la pêche constituait l’un des moteurs économiques de la ville, en particulier celle du maquereau (Scomber scombrus) qui trouva dans les eaux de La Ceuta un habitat de prédilection. La pêche du maquereau se pratiquait traditionnellement, entre autres, par la méthode de la madrague (almadraba, filet de pêche fixe). En 1899, les archives rapportent qu’en seulement deux jours de pêche, les marins remontèrent dans leurs filets plus de 60 000 maquereaux. Cette abondance permit également le développement d’une industrie florissante de la salaison et de la conserverie ainsi que de fabrication des madragues. Le maquereau était si présent dans la vie quotidienne qu’une anecdote historique rapporte que même les veilleurs de nuit (serenos) de 1895 utilisaient le mot dans leurs cris rituels : « Ave María Purísima, y caballa, por la Virgen de África » (Ave Maria très pure, et maquereau, pour la Vierge d’Afrique – la vierge d’Afrique étant La Ceuta). En outre, l’association entre la cité et le poisson devint si forte que, selon José Luis Gómez Barceló, historien, chroniqueur officiel de la ville et archiviste diocésain, le terme caballa désignait aussi au XIXème siècle la flotte de pêche de La Ceuta et, plus précisément, ses membres. En effet, les marins du Détroit, en voyant arriver les embarcations de La Ceuta avaient l’habitude de dire « Ahí vienen los caballas » (voilà les maquereaux).

En 2019, l’Académie Royale Espagnole (RAE) intégra au dictionnaire cette façon populaire et affectueuse de décrire les habitants de Ceuta comme leur gentilé.

#1407 – 1. FC Kaiserslautern : die Lauterer, die Pfälzer

Si vous suivez le football allemand, et en particulier la Bundesliga 2 cette saison, vous n’avez pas pu passer à côté du 1. FC Kaiserslautern. Ce club historique, quatre fois champion d’Allemagne, traîne derrière lui une identité puissante et une ferveur unique. Mais au-delà de son nom officiel, le FCK est désigné par plusieurs surnoms qui reviennent en boucle dans la presse et les tribunes : die Lauterer et die Pfälzer. Les deux surnoms sont liés à la localisation de la cité de Kaiserslautern.

Die Lauterer est sans doute le surnom le plus courant et le plus direct. Il désigne tout simplement les habitants (ou les joueurs) de la ville de Kaiserslautern. En Allemagne, les noms de villes sont souvent abrégés par les locaux pour créer des diminutifs affectueux. Le long « Kaiserslautern » devient ainsi fréquemment « Lautern ». Puis, dans la langue allemande, pour désigner les habitants d’une ville, on ajoute généralement le suffixe « -er » à la fin du nom de la ville (par exemple : Berlin donne Berliner, München donne Münchner). En appliquant cette règle au diminutif de la ville, Lautern devient donc Lauterer. Die Lauterer se traduit donc littéralement par « Ceux de Lautern ».

Le nom de Kaiserslautern possède une étymologie fascinante, car il est le point de rencontre entre l’Histoire et la géographie locale. Tout d’abord, l’endroit s’appelait au IXème siècle Luthra, du vieux haut allemand lûttar signifiant « clair, limpide, brillant » et aha signifiant « eau ». Cela s’explique par la rivière Lauter qui traversait le village (aujourd’hui en grande partie souterraine). Puis, au XIIème siècle (vers 1152), l’Empereur du Saint Empire romain germanique, Frédéric Ier, dit Barberousse, appréciait tant les collines boisées environnantes, notamment le Betzenberg et le Lämmchesberg, pour la chasse qu’il décida d’y faire construire un magnifique palais impérial fortifié, le Kaiserpfalz. La ville a donc accolé son titre, Kaizer (Empereur) à son nom pour marquer ce statut de ville impériale. Résultat, si l’on traduit littéralement le nom de Kaiserslautern, cela signifie : Le domaine de l’Empereur, au bord de la rivière claire.

Die Pfälzer est le surnom de l’âme d’une région. Il désigne les habitants du Palatinat (Pfalz en Allemand), la région historique et géographique où se situe la ville. Le Palatinat pourrait être surnommé la Toscane allemande tant les deux régions présentes des similitudes. Le Palatinat bénéficie de l’un des climats les plus doux et ensoleillés d’Allemagne. Dominée par le Pfälzerwald (la forêt du Palatinat), qui est la plus grande étendue forestière d’un seul tenant en Allemagne, la région accueille également la mythique Deutsche Weinstraße (route des vins allemande). Enfin, comme pour la Toscane, le Moyen-Âge constitue l’age d’or du Palatinat, qui apparaissait comme l’un des territoires les plus puissants du Saint-Empire romain germanique. Ses dirigeants, les Comtes palatins, faisaient partie du cercle très fermé des « Princes-Électeurs » (ceux qui avaient le droit d’élire l’Empereur). La région fut couverte de châteaux forts prestigieux, dont celui de l’Empereur Barberousse à Kaiserslautern, ou le château de Trifels (où le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion fut retenu prisonnier).

#1406 – Göztepe SK : Göz Göz

Le football turque ne se résume évidemment pas aux bouillonnants clubs stambouliotes et ses 3 géans (). Partons plutôt sur la côte égéenne, dans la magnifique ville d’Izmir, pour plonger dans l’antre de l’un des clubs les plus passionnés et volcaniques du pays : le Göztepe Spor Kulübü. Si vous vous rendez dans le stade Gürsel Aksel, vous entendrez ses fervents supporters (le célèbre groupe Yalı) entonnés ce cri de ralliement qui résonne comme un tambour de guerre : « Göz ! Göz ! Göztepe ! ».

Bien entendu que le surnom fait référence au nom du club. Göztepe est tout simplement le nom du quartier d’Izmir où le club fut fondé en 1925. En turc, göz signifie littéralement « Œil«  et tepe se traduit par « Colline » ou « Sommet ». Göztepe signifie donc « La colline de l’œil » car ce quartier surélevé offre une vue panoramique imprenable sur le golfe d’Izmir. Sous l’Empire ottoman, la colline accueillait d’ailleurs un poste de guet où des sentinelles scrutaient l’horizon maritime pour protéger la ville. Les habitants de Göztepe aime aussi rappeler que la colline de Susuzde, point névralgique et culminant du quartier de Göztepe possèderait naturellement la forme d’un œil géant lorsqu’on l’observe depuis le ciel (ou sur une carte).

Mais pourquoi le répéter deux fois pour en faire un surnom ? Comme tout connaisseur de sport que vous êtes, vous savez que l’ambiance dans les stades turcs est plus que chaude et repose énormément sur des chants scandés de manière très percussive, presque militaire, par les supporteurs. Répéter la première syllabe d’un nom est une technique classique pour créer un cri de ralliement intimidant, facile à hurler à pleins poumons par des dizaines de milliers de personnes. Le « Göz Göz » est donc né dans les tribunes et apparaît comme une abréviation affectueuse et rythmique pour donner un impact maximal aux chants des supporteurs. En outre, l’histoire de ce surnom se lit en miroir de celui de son immense rival local le club de Karşıyaka (situé de l’autre côté de la baie d’Izmir). Leur opposition est féroce et fameuse (leur derby avait donné lieu à un record d’affluence pour un match de deuxième division, avec plus de 80 000 spectateurs en 1981). Les supporters de Karşıyaka ont eux aussi adopté un surnom basé sur la répétition, Kaf Sin Kaf ou Kaf Kaf (cf. #1095).

#1405 – Racing Club de France : les Pingouins

Pour les personnes de la génération, le Racing, c’est à la fois les nœuds papillons roses de l’équipe de rugby des Blanc, Mesnel, Lafond, Guillard ou Cabannes, champion de France 1990 et la parenthèse Matra de la section football qui réunissait les Fernandez, Francescoli et Littbarski. Justement, le surnom des Pingouins serait né des quolibets que les joueurs de Rugby pouvaient donné à ceux qui pratiquaient le football. Mais, l’histoire de ce club omnisport ne se résume pas aux années 1990 et s’enracine dans les dernières années de XIXème siècle.

Le Racing Club de France (fondé le 20 Avril 1882) était à l’origine une association vouée à l’athlétisme. En 1890, la section Rugby vit le jour, suivi 6 ans plus tard par le football. En 1932, avec la création du championnat de France, l’équipe de football devint professionnel et prit son indépendance. Du côté du Rugby, l’amateurisme était encore en vigueur. Et ces situations diamétralement opposées animèrent alors une rivalité joviale entre les deux sections. C’est alors que les rugbymen découvrirent une autre différence. D’un côté le rugby où le ballon vit par les bras : on le porte, on le passe à la main, on raffûte ses adversaires. De l’autre, le football avec une règle stricte : l’utilisation des membres supérieurs est formellement interdite pour les joueurs de champ. En observant les footballeurs s’entraîner à courir sur la pelouse sans jamais se servir de leurs bras, les gardant souvent collés le long du corps pour s’équilibrer ou éviter de commettre une faute de main, les rugbymen se seraient moqués des footballeurs en les comparant à des pingouins (Ces oiseaux marins dont les petites ailes, inadaptées au vol, pendent le long de leur corps de manière un peu pataude sur la terre ferme). Le surnom serait apparu vers 1934.

Les footballeurs auraient alors eu suffisamment d’auto-dérision pour prendre l’animal comme symbole. En 1939, en final de la Coupe de France, se déroula une scène insolite : Raoul Diagne, August Jordan et Oscar Heisserer promenèrent sur la pelouse un pingouin emprunté au zoo de Vincennes par le directeur sportif parisien Marcel Galay, pour porter bonheur au club. Et le Racing remporta sa deuxième Coupe de France.

#1404 – Municipal Liberia : los Pamperos

Dans le monde du football, les surnoms des clubs sont rarement choisis au hasard. Ils racontent une histoire, un patrimoine industriel ou, très souvent, une identité géographique forte. Au Costa Rica, le championnat regorge d’équipes aux identités très marquées, mais peu sont aussi fusionnelles avec leur territoire que le Municipal Liberia. Quand les supporters jaune et noir donnent de la voix dans les travées de l’Estadio Edgardo Baltodano Briceño, ils encouragent ceux qu’ils appellent fièrement los Pamperos. Mais que cache réellement ce surnom aux accents de western sud-américain ? Pour le comprendre, il faut quitter les plages pour s’enfoncer dans les terres de la province du Guanacaste où se trouve la cité de Liberia.

Le Costa Rica évoque généralement des images de jungles impénétrables, arrosés par des pluies tropicales. Pourtant, le nord-ouest du pays, où se situe la ville de Liberia, offre un décor radicalement différent. C’est ici que s’étend la fameuse pampa guanacasteca. Ce paysage unique du Costa-Rica possède des spécificités uniques qui forgent le caractère de la région et, par extension, de son équipe de football. Le Guanacaste est connu pour sa longue saison sèche (le verano). La terre y craquelle sous un soleil de plomb et la végétation s’adapte à l’aridité. C’est un environnement exigeant qui forge des tempéraments résilients. Cette pampa se caractérise par de vastes plaines et savanes, idéales pour l’élevage bovin, qui constitue l’une des principales activités économiques et culturelles de la région. La région accueille de grandes haciendas (vastes domaines agricoles) d’élevage bovin, royaume du sabanero, le cow-boy costaricien emblématique, reconnu pour son éthique de travail acharné, son courage et son lien profond avec la terre. Le sabanero, avec sa selle, ses chapeaux (larges et en cuir ou tressé) et son mode de vie rural, est un symbole de la province, devenu populaire dans la culture costa-ricaine. Le terme vient directement du mot sabana (la savane).

Le terme pampero désigne littéralement « celui qui vient de la pampa ». Porter le maillot du Municipal Liberia, ce n’est pas seulement représenter une ville, c’est incarner l’âme de toute cette région rurale et fière.

#1403 – CA Gimnasia y Esgrima : Caracoles, Babosos

Les escargots, les baveux. On reste en Amérique du Sud, mais on quitte l’Uruguay pour franchir la frontière argentine. Mais, plutôt que rejoindre les différents clubs des quartiers bouillonnants de Buenos Aires, on se rend au pied de la cordillère des Andes, pour découvrir les fans enflammés de la ville de Mendoza. Fondé en 1908, le CA Gimnasia y Esgrima traîne deux sobriquets peu glorieux : Caracoles (les Escargots) et Babosos (les Baveux). Comment ce club centenaire a-t-il pu hériter de surnoms évoquant un gastéropode ? Oubliez la poésie et plongeons dans le quotidien du football argentin.

En Argentine, le chambrage entre supporters fait parti du folklore local, quand il ne s’agit pas d’affontement brutal entre barras bravas. Les fans argentins n’hésitent pas à trouver des surnoms imagés et moqueurs (fleurtant parfois avec l’insulte) pour désigner leurs adversaires comme Basurero pour Gimnasia y Esgrima La Plata (#1361), Quemeros pour CA Huracán (#798), Sabaleros pour le CA Colón (#692), Canallas pour Rosario Central (#681), Bosteros pour Boca Juniors (#336) ou Leprosos pour Newell’s Old Boys (#104). Pour le club de Mendoza, les fans de leur grand rival local, l’Independiente Rivadavia, sont à l’origine de la création de ces deux surnoms pour humilier les joueurs et les fans de Gimnasia.

Pourquoi avoir choisi l’escargot ? Pour trois raisons. Premièrement, les escargots se déplacent lentement et donc les fans adverses soulignaient le manque de vivacité des joueurs sur le terrain et l’apathie supposée des supporters de Gimnasia. Deuxièmement, l’escargot porte des cornes. Or, dans la culture latine, les cornes sont le symbole universel de l’homme trompé. C’est l’insulte suprême pour rabaisser l’honneur et la virilité de l’adversaire. Enfin, les fans et les joueurs de Gimnasa se traîneraient misérablement au sol, tant au classement que dans la vie, comme les escargot qui rampent.

Le surnom de Baboso n’est que la continuité logique de cette blague de mauvais goût. L’escargot étant par nature gluant, et laissant une traînée de bave (baba en espagnol) derrière lui, les rivaux ont poussé la métaphore jusqu’au bout. De plus, traiter quelqu’un de baboso en espagnol dépasse le stade de la métaphore animale : c’est un terme courant pour désigner un idiot, un prétentieux ou quelqu’un de pathétiquement collant.

Mais, la grande beauté des fans argentins réside dans leur capacité à renverser les stigmates et s’approprier une moquerie en un élément de leur identité. Les mots Caracoles et Babosos font aujourd’hui partie intégrante de l’histoire du Gimnasia y Esgrima de Mendoza et de ses supporteurs.

#1402 – CD Maldonado : Verdirrojo

Les vert et rouge. Aujourd’hui, direction l’Uruguay. Loin de l’hégémonie écrasante des géants de Montevideo (Peñarol et Nacional), nous partons sur la côte pour découvrir une institution fascinante : le Club Deportivo Maldonado. En 1928, les Jeux Olympiques se déroulaient à Amsterdam et le tournoi de football représentait, en l’absence de Coupe du Monde, le titre le plus important du ballon rond. Après avoir éliminé les Pays-Bas, pays organisateur, l’Allemagne et l’Italie, déjà deux mastodontes, l’Uruguay remportait la médaille d’or face aux Argentins. Dans l’euphorie de cette victoire, une bande d’amis passionnés décide de fonder une équipe dans la ville de Maldonado. Le 25 août 1928. le club du Batacazo FC vit le jour. Les fondateurs hésitèrent pour le nom avec “Honor y Patria” (Honneur et Patrie), “Nacional del Este”, “Jefatura » (Chef), « Peñarol del Este » (Peñarol de l’Est), “2do. Atlético”, “Casa García” et “Por si pega” (Au cas où). Finalement, la majorité vota pour Batacazo, un terme en espagnol que l’on pourrait traduire par « le coup d’éclat » ou « l’immense surprise ». Puis, en 1932, la direction décida de le rebaptiser Deportivo Maldonado afin de représenter la ville au championnat départemental.

Pour le choix des couleurs, une légende romantique a longtemps circulé, s’ancrant profondément dans la culture populaire locale. Le Rouge aurait été choisi pour représenter le sang, le courage inébranlable et la passion ardente des joueurs sur le terrain. Le Vert aurait été une référence à la nature environnante, et plus spécifiquement aux célèbres pins qui peuplent la région côtière de Maldonado et de Punta del Este. L’explication est belle et s’intègre à merveille dans le folklore mystique du football sud-américain. Mais la réalité historique serait tout autre. L’un des pères fondateurs du club, Juan Delfino, démentit ce beau mythe. Interrogé des années plus tard sur la signification de la tunique rayée vert et rouge, il expliqua que les fondateurs trouvaient tout simplement que le rouge et le vert s’associaient bien et que ces deux teintes leur plaisaient. Pas de grande symbolique cachée ou d’hommage à la flore locale : juste le choix purement esthétique d’une bande de jeunes qui voulaient avoir de l’allure sur le terrain.

#1401 – Aalborg BK : de Bolchestribede

Rayés comme les bonbons. L’équipe du Jutland se distingue dans le championnat danois par ses maillots rouges et blancs rayés verticalement. Il n’y a pas de source historique suffisamment précises qui permettent de dater le choix de ses maillots. Mais les plus anciennes photos du club (au moins de 1917) montrent que cet équipement était déjà présent. Les raisons qui ont amené ce choix sont encore moins connues mais je vais m’hasarder à quelques hypothèses, les plus probables au regard de la fondation du club. Car si la création du club est ancienne, elle n’en demeure pas moins courante pour l’époque. Le 13 mai 1885, des ingénieurs anglais travaillant à la construction du réseau ferroviaire du Jutland fondèrent un club qui était consacré au cricket les premières années. Initialement nommée Aalborg Cricketklub, il devint Aalborg Boldklub (club de balle d’Aalborg) en 1899. Le football y fut introduit en 1902 et est depuis devenu le sport principal. Les couleurs rouges et blanches pourraient être un rappel des fondateurs au drapeau anglais (la croix de Saint-Georges rouge sur fond blanc) tout comme une déclaration à leur nouvelle patrie, le Danemark dont le drapeau représente la Croix de Saint Olaf blanche sur fond rouge. Enfin, si le football donna naissance au maillot du club, alors il faut rappeler qu’au début du XXème siècle, Sunderland AFC était le club anglais dominant et ses joueurs portaient des maillots rayés verticalement rouges et blancs (qui inspirèrent par exemple ceux de l’Athletic Bilbao et du FC Séville).

En revanche, si les origines du maillots d’Aalborg demeurent inconnues, son surnom s’explique plus facilement. Les joueurs portent des maillots rayés qui ressemblent à une friandise. Les bolsjer (ou bolcher, qui se prononcent un peu comme « bol-cheur ») sont de petits bonbons durs traditionnels, semblables à nos berlingots, qui sont une véritable institution au Danemark. La légende raconte qu’au XVIIème siècle, le roi Christian V souffrait de violents maux de gorge. Son médecin lui prescrivit de l’huile d’anis pour le soulager, mais le roi détestait ce goût et refusait de prendre son remède. Pour le piéger, le médecin eut l’idée de mélanger l’anis avec du sucre fondu et un peu de jus de betterave pour lui donner une belle couleur rouge. Le roi adora le bonbon, et le Kongen af Danmark, ce berlingot rouge, naquit et demeure encore aujourd’hui l’un des bolsjer les plus populaires du pays. Car, il existe plusieurs sortes de bolsjer. Celui qui a donné son surnom à Aalborg est le Bismarck Rød (le Bismarck rouge) avec ses fameuses rayures rouges et blanches et sa saveur inchangée depuis plus d’un siècle à la menthe poivrée. Pourquoi un bonbon danois porte-t-il le nom du célèbre chancelier allemand, Otto von Bismarck ? Les sources les plus classiques affirment que ce bonbon fut créé en 1876 et nommé en l’honneur du chancelier allemand, qui était alors l’une des figures politiques les plus incontournables d’Europe. Mais, une autre version plus savoureuse existe. A la fin du XIXème siècle, les bonbons n’avaient généralement que le goût de sucre pur. L’histoire raconte que vers 1891, un confiseur maladroit renversa accidentellement de l’huile essentielle de menthe poivrée sur sa table de préparation. En goûtant le résultat, quelqu’un s’exclama « Det har en bismag », ce qui se traduit par « Ça a un arrière-goût ». Sauf que dans la bourgeoisie danoise de l’époque, il était chic de parler avec un accent mêlant danois et allemand. La phrase prononcée devenait donc « Es harbe ein bismach ! ». Par le bouche-à-oreille et des déformations amusantes, le mot bismag (arrière-goût) se transforma en Bismarck.

#1400 – Piast Gliwice : Piastunki

Le surnom Piastunki donné au club polonais du Piast Gliwice s’explique par le contexte de l’après Seconde Guerre mondiale et cela a donné lieu à un jeu de mots affectueux avec le temps. 19ème plus grande ville de Pologne, la cité de Gliwice épouse la destinée mouvementée de la Silésie, une région frontalière tiraillée pendant des siècles entre plusieurs grandes puissances européennes. La ville fut fondée au XIIIème siècle et obtint son statut de cité peu avant 1276 du duc Władysław Opolski de la dynastie Piast. Elle fit partie de différents duchés de Silésie, gouvernés par la dynastie des Piast jusqu’au XVème siècle. Puis, Gliwice tomba dans l’escarcelle du royaume de Bohême, s’éloignant de la sphère politique polonaise pour les six siècles à venir. Par le jeu des héritages royaux, la puissante maison d’Autriche, les Habsbourg, mit la main sur la Bohême et Gliwice. En 1742, lors des guerres de Silésie, le roi de Prusse Frédéric le Grand arracha la région à l’Autriche et Gliwice, désormais appelée Gleiwitz, devint prussienne. Après la Première Guerre mondiale, la Pologne renaquit et revendiqua la Haute-Silésie. Lors d’un référendum en 1921, la majorité des habitants de Gleiwitz votèrent pour demeurer en Allemagne. La ville resta donc allemande, mais située juste à la frontière de la nouvelle Pologne. Finalement, la cité réintégra la Pologne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’à la conférence de Potsdam, les Alliés redessinèrent la carte de l’Europe.

Dans ce contexte, la population allemande fut expulsée et remplacée par des Polonais, dont beaucoup venaient des territoires de l’Est annexés par l’URSS (aujourd’hui l’Ukraine et la Lituanie). Pour le gouvernement communiste polonais et pour ces nouveaux habitants, il était nécessaire de justifier les racines polonaise de ces territoires récupérées (désignées ainsi par le gouvernement – Ziemie Odzyskane) et repoloniser l’identité de la ville qui avait été pendant près de 600 ans de culture germanique. Le club fut fondé le 18 Juin 1945 par des personnes déplacées de la région de Lviv. En choisissant d’appeler leur nouveau club de football en référence à la maison royale des Piast, les fondateurs souhaitaient indiquer qu’ils n’étaient pas des étrangers mais ils revenaient sur les terres historiques de leurs ancêtres polonais, les Piast.

En effet, les Piast sont la toute première dynastie royale historique de la Pologne et sont donc considérés comme les fondateurs de la Pologne. Le règne de cette dynastie débuta en 960 avec le souverain Mieszko Ier qui, en adoptant le christianisme en 966, marqua la naissance officielle de l’État polonais. Son fils, Boleslas Ier le Vaillant, fut le tout premier roi de Pologne. En 1138, le royaume de Pologne fut divisé en 5 duchés indépendants, répartis entre les fils de Boleslas III Bouche-Torse. Ainsi, 5 lignées de Piast dirigèrent les nouveaux duchés, avec une qui avait une primauté sur les autres. Le règne des Piast en Pologne prit fin en 1370 avec la mort du roi Casimir III le Grand. Les autres branches de la dynastie Piast continuèrent de régner sur le duché de Mazovie (jusqu’en 1526) et sur les duchés de Silésie jusqu’à la mort du dernier Piast silésien mâle en 1675.

Malgré ce lien royale, le surnom du club revêt un caractère affectueux. Car le mot piastunka désigne aussi une nounou (provenant du vieux verbe piastować, qui signifie prendre soin de, ou bercer). Historiquement, un piastunka dans la Pologne du haut Moyen Âge était un haut fonctionnaire chargé de l’éducation des enfants royaux. Résultat, littéralement, l’équipe est donc surnommée Les Nounous.

#1399 – Vitória Guimarães : os Afonsinhos

En portugais, le suffixe -inho est un diminutif affectueux. D’où os afonsinhos se traduit littéralement par « Les petits Afonso » ou « Les fils d’Afonso ». Ce surnom rappelle le lien entre la ville et le premier roi du Portugal, Dom Afonso Henriques. L’ombre de ce roi plane sur tout le club. Sa statue, située dans un des parcs de la cité (Paço dos Duques de Bragança) inspira dans les années 1930 le blason du club. L’enceinte de 30 000 places du Vitória se nomme D. Afonso Henriques et sa mascotte est le chevalier Super Afonso.

Si, la région où se situe Guimarães est habitée en permanence depuis au moins la fin du Chalcolithique, la cité va connaître son essor à compter de 1128 lorsque certains des principaux événements politiques et militaires qui allaient mener à l’indépendance et à la naissance du Portugal s’y déroulèrent. Au début du XIIème siècle, le Portugal n’était pas un pays, mais un simple comté (le Comté de Portucale) vassal du puissant Royaume de León (en Espagne). À la mort de son père, le jeune Afonso vit sa mère, la comtesse Thérèse de León, s’allier avec des nobles galiciens, menaçant l’autonomie du comté. En 1128, Afonso prit les armes contre sa propre mère et remporta la bataille de São Mamede (près de Guimarães). Ce fut le premier pas vers l’indépendance du Portugal. Guimarães est donc historiquement associée au premier Roi du Portugal et à sa conquête de l’indépendance et des terres du Portugal. Elle est connue comme le « berceau de la nation portugaise ». D’ailleurs, pour le rappeler aux habitants comme aux visiteurs, dans l’une des tours de l’ancienne muraille de la ville, il est inscrit « Aqui nasceu Portugal » (Ici est né le Portugal).

Il faut savoir qu’au sein du club, le terme os afonsinhos désigne aussi l’école de football et l’académie des jeunes du Vitória de Guimarães. Lorsqu’on parle des afonsinhos, on désigne donc aussi bien les jeunes talents formés au club que les joueurs de l’équipe première.