Les sangs et ors. Le plus grand club tunisien évolue dans un maillot rayé sang et or, accompagné souvent d’un short noir. Toutefois, lors de sa première année d’existence, les joueurs portaient un maillot rayé certes, mais vert et blanc. L’Espérance Sportive fut fondé le 15 janvier 1919. A cette époque, la Tunisie se trouvait sous protectorat français et la création d’association sportive par les populations autochtones était un moyen de résistance, le porte drapeau du nationalisme. Ainsi, le Club Africain et l’Etoile du Sahel, les deux autres grands clubs du pays, optèrent à leur création pour les couleurs rouge et blanches, en référence au drapeau national. Mais, l’Espérance choisit le vert et blanc et la raison est inconnue. J’avancerai que dans ce contexte d’affirmation nationaliste, le choix du vert et blanc pouvait mettre à l’honneur les couleurs de l’Islam. Une autre façon d’être nationaliste. Toutefois, un an plus tard, les maillots du club changèrent et passèrent au rouge et jaune. Deux légendes s’affrontent pour la raison de ce troque. La première invoque un concours de circonstances. Suite à une pénurie persistante de maillots verts, les dirigeants en cherchèrent de nouveaux et dénichèrent un stock aux couleurs sang et or. Les joueurs portèrent ces nouvelles couleurs au match suivant et gagnèrent la partie, convainquant la direction de les conserver. L’autre histoire, plus admise, rappelle que lorsque le Dr Chadli Zouiten, dentiste et joueur, rejoignit l’équipe en 1920, il apporta avec lui les équipements de l’équipe scolaire du Tunisia Football Club. En effet, cette association venait d’être dissoute et les managers se partagèrent les biens. Chadli Zouiten récupéra les maillots rouge et jaune et en fit donc don à l’Espérance. Or, de meilleur qualité, notamment plus chaud, ces maillots convainquirent la direction et les joueurs de les adopter définitivement. 100 ans plus tard, ces couleurs sont toujours celles du club.
Auteur : panamstory
#308 – St Johnstone FC : the Saints
Les saints. Le surnom est directement tiré du nom du club Saint Johnstone, qui fait référence à Saint Jean le Baptiste, saint majeur du christianisme comme de l’islam. A l’Automne 1884, l’équipe locale de cricket cherchaient à occuper son temps une fois la saison terminée. Les joueurs de cricket donnaient alors des coups de pied dans un ballon de football autour du South Inch, un grand parc public au bord de la rivière Tay. Cette pratique incita les joueurs à créer un club spécifique de football et ainsi naquit St Johnstone FC. Pour le choix du nom du club, les fondateurs s’inspirèrent de l’ancien nom de la ville où ils habitaient, Perth. Le nom Perth dérive d’un mot picte désignant le bois ou le bosquet. Mais, pendant la période médiévale, la ville était connue familièrement par ses habitants comme « St John’s Toun » ou « Saint Johnstoun ». Ce nom s’expliquait par le fait que la principale église au centre de la ville était dédiée à St Jean le Baptiste. Perth fut ainsi appelée « St Johns ton » jusqu’au milieu des années 1600. Depuis, ce nom est devenu le surnom de la ville et St Jean le Baptiste demeure le saint patron de la cité. D’ailleurs, le blason de la ville comme celui du club reprennent les couleurs de Saint Jean le Baptiste (rouge et blanc) et son symbole, l’agneau.
#307 – Cruz Azul : los Liebres, los Conejos
Les lièvres, les lapins. Même s’il ne s’agit pas du même animal, les supporteurs comme les journalistes utilisent indifféremment les deux. Pourtant, devenu mascotte du club, dénommé Blu, le conseil d’administration du club statua que la mascotte était un lièvre et non un lapin. Les origines de ce surnom sont multiples même si une version « officielle » se détache. En effet, dans les années 1960 (d’autres avancent dans les années 1940), l’équipe développa un style de jeu vertical, basé sur la vitesse et la mobilité des joueurs. En outre, comme à l’époque, l’équipe évoluait dans un maillot blanc, les supporteurs les comparèrent à des lièvres. Avec les années, ce lièvre se transforma en lapin. L’attribution du surnom fut facilité par le fait que les lièvres et lapins pullulaient dans la région d’Hidalgo où évolue le club. Une autre histoire est avancée et liée à l’usine de cimenterie, à l’origine de la création du club (cf article #81). Quand les ouvriers sortaient de l’usine après une journée de travail, ils étaient recouverts d’une poussière blanche, résidus de la production de ciment, et qui faisait penser au pelage du lapin. Enfin, une dernière histoire, plutôt ironique et assez peu répandue, prétend que ce surnom provient des qualités reproductrices des habitants de la région. Dans les années 50, les familles étaient souvent composées de plus de 5 enfants. Les footballeurs étaient encore plus prolifiques, leur moyen financier leur permettant d’entretenir de plus grandes familles. Les adversaires disaient alors qu’ils se reproduisaient comme des lapins.
#306 – SS Lazio : Aquile, Aquilotti
L’aigle, l’aiglet. L’aigle aux ailes déployés a quasiment toujours protégé le blason du club romain et demeure son symbole fort. Il apparut sur le blason vers 1906 (une lettre du 17 mars 1906 émanant du président de l’époque, Fortunato Ballerini, affiche cet écusson surmonté de l’aigle). Mais, la découverte récente d’une photo montrant le joueur Bruto Seghettini avec un badge métallique arborant le fameux aigle permet de penser que ce symbole remonte à l’année précédente (la photo datant du 1er octobre 1905).
Pourquoi avoir adopté l’aigle ? Il semble que le président Fortunato Ballerini en soit à l’origine. La première hypothèse est qu’il aurait voulu s’ancrer dans les idéaux du fondateur, Luigi Bigiarelli, qui voulait, avec la création de la Lazio, rendre hommage à l’olympisme et la Grèce antique. Or, l’aigle était l’animal favori de Zeus, le Dieu de tous les Dieux, le Dieu de l’Olympe. En outre, l’animal était dans la mythologie grecque un symbole de puissance, de victoire et de prospérité. Quoi de mieux pour inspirer l’équipe. Enfin, l’oiseau permettait également de se rattacher aux origines de la ville. En effet, l’aigle à l’époque de l’Empire romain était le protecteur des légions sur le champ de bataille et, selon la croyance de l’époque, favorisait les victoires des anciens Romains au combat. Il représentait l’étendard des troupes (l’aquila) qui ne fallait pas perdre aux combats sous peine de défaite. Il fut introduit par Caius Marius, pendant son second consulat, entre 104 et 102 av. J.-C., décernant l’aigle à ses légions comme distinction honorifique. L’oiseau était également attaché au Dieu des Dieux de la mythologie romaine puisqu’il était le messager de Jupiter. L’animal avait alors toutes les qualités pour représenter le club.
Mais il se peut que Fortunato Ballerini s’inspira d’un autre club sportif. Très investi dans le milieu sportif naissant de la capitale, il fut l’un des fondateurs en 1898 de l’Audax Ciclistico Italiano, une association cycliste dont l’emblème était une roue surmontée d’un aigle. Enfin, une autre hypothèse suppose que Fortunato Ballerini puisa cette idée dans une autre de ses passions : la randonnée. D’ailleurs, la Lazio ouvra en 1906 une section randonnée sous son impulsion. Amoureux de la nature et des grands sommets, Fortunato Ballerini adorait les balades en haute altitude et lors de ces excursions, il admirait souvent le rapace pour sa majesté. Ainsi, il décida de doter le club de ce symbole. Certainement que tous ces éléments jouèrent dans l’adoption par la Lazio de l’Aigle. En tout cas, aujourd’hui, il est bien ancré dans la vie du club. Au point, qu’en 2010, le président Lotito, fit voler un aigle dans le stade avant un match face au Milan AC. Depuis, ce spectacle est devenu une tradition et l’aigle adopté fut nommé Olimpia, en hommage à l’olympisme cher au fondateur. Cette tradition fit même des émules auprès du club bulgare du Ludogorets Razgrad.
#305 – Club Universidad de Chile : el León
Le lion. Drôle de surnom pour ce club qui affiche une chouette sur son blason et dont justement son surnom est la chouette (cf article #26). Dans les années 60, le club argentin d’Estudiantes La Plata domina le football sud-américain et même mondial. Sous la houlette de l’entraîneur Osvaldo Zubeldía, le club argentin mit en place une équipe jeune terriblement douée, dont Carlos Bilardo est le capitaine. Cette équipe brisa d’abord l’hégémonie des 5 grands clubs argentins (River Plate, Boca Juniors, Racing Club, Independiente et San Lorenzo) en remportant le championnat de 1967. Dans la foulée, le club remporta la Copa Libertadores 3 fois de suite (1968, 1969 et 1970), première équipe à réaliser cet exploit. Puis, en 1968, Estudiantes grimpa sur le toit du monde en battant le Manchester United de Georges Best lors de la finale de la Coupe Intercontinentale. L’équipe d’Estudiantes était alors surnommé el Léon (le lion). L’une des légende indique que ce surnom fut hérité du style de jeu de cette équipe qui se battait comme un lion sur le terrain et dont les attaques griffaient ces adversaires. A cette époque, la Universidad vivait aussi une époque dorée mais seulement au niveau national (Champion du Chili en 1962, 1964, 1965, 1967 et 1969). L’équipe jouait un football offensif et technique. Les deux équipes s’affrontèrent et l’équipe chilienne battit Estudiantes. La presse chilienne s’emballa devant ce qu’elle qualifia de démonstration de beau football et surnomma alors la Universidad el león chileno (le lion chilien), en référence au surnom de l’équipe argentine. Aujourd’hui, le lion est devenu la mascotte du club.
#304 – SE Palmeiras : Campeão do Século
Le champion du siècle. Surnom pour le moins pompeux mais ce titre fut décerné au club par la Federação Paulista de Futebol et la presse brésilienne en 1999. Alors pourquoi se priver d’un tel surnom ? Il est vrai que le club est le plus titré du Brésil. Fin 2020, sa vitrine présente une belle ribambelle de trophées : 10 Championnats du Brésil (record national, le dernier en 2017), 3 Coupes du Brésil, 1 Coupe des Champions, 5 fois vainqueurs du tournoi Rio-São Paulo, 23 Championnats de São Paolo (le dernier en 2020). Au plan continental, le club n’est pas en reste. Il a remporté 1 Copa Libertadores et fut 3 fois finalistes. Il gagna également une Copa Mercosur et fut 2 fois finalistes. Enfin, il perdit une finale de Coupe Intercontinentale en 1999 face à Manchester United.
#303 – Beşiktaş JK : Siyah-Beyazlılar
Les noir et blanc. Pendant longtemps, la légende racontait que les couleurs originelles du Beşiktaş étaient rouge et blanche. Puis, elles auraient été changées en noir et blanc, le noir marquant le deuil pour les morts de la première guerre de Balkans (1912-1913) où certains joueurs du club périrent. Toutefois, lors du centenaire du club en 1903, une étude détaillée fut réalisé et démontra que le club ne porta jamais de rouge. En réalité, les couleurs du club furent toujours noir et blanc. A la création du club, aucun uniforme ne fut décidé et l’anarchie régnait en la matière. Mais, avec la croissance du nombre de membres, le port d’un maillot distinctif et l’identification à des symboles, tels que les couleurs, fit son chemin. Vers 1906, l’un des membres, Mehmet Şamil Bey, qui effectua ses études à l’école française, rassembla les fondateurs. Il présenta alors le badge de son école qu’il portait à son col et déclara : « Nous devrions avoir un badge, tout comme celui-ci, et nous devrions obliger chaque membre de notre club à porter ce badge ». Les participants à la réunion adhérèrent avec enthousiasme à cette proposition. Ainsi, lors de cette réunion, les membres décidèrent du blason et des couleurs du club. Ils choisirent le noir et le blanc, les deux couleurs principales de la nature, opposées l’une à l’autre.
#302 – Panathinaïkos Athènes : οι Πράσινοι
Les verts. Dans l’article #86, vous appreniez que le surnom comme le symbole du Panathinaïkos est le trèfle. Logique alors de s’afficher en vert ? Pas si évident. La plupart des historiens comme le club affirme que le choix de la couleur verte fut faîte au même moment que le choix du trèfle comme symbole. Rappelez-vous que ce trèfle proviendrait du marathonien irlando-canadien Billy Sherring, qui portait un maillot floqué d’un énorme trèfle, lors des Jeux Olympiques de 1906. Nécessairement le trèfle devait être vert sur fond blanc, ce qui expliquerait le choix de la couleur verte pour les maillots du club. Mais certains, peu nombreux, affirment que le choix de cette couleur (ainsi que le blanc) se fit avant 1919 (date à laquelle le trèfle fut adopté) et peu d’années après la création du club (vers 1910). Ce choix aurait voulu symboliser la jeunesse, l’espoir et la nature (pour le vert) et l’éthique (pour le blanc). Mais alors dans quelles couleurs jouaient le club avant d’opter pour le vert ? Le club jouait en rouge et blanc, couleurs qui sont aujourd’hui celles de son pire ennemie, l’Olympiakos Le Pirée.
#301 – Standard de Liège : Standardmen
Le surnom peut facilement dérivé du nom du club. C’est le cas du Standard de Liège dont les joueurs sont simplement surnommé les Standardmen. Comment le club belge a-t-il trouvé ce nom de Standard ? En 1898, lors de la fondation du club, les étudiants organisèrent un vote pour déterminer le nom du nouveau club. Le football venant d’Angleterre, la plupart des clubs fondée à cette époque, quelque soit le pays, optèrent pour des noms à consonnance anglaise. Ainsi, le terme « Standard » l’emporta d’une voix face à « Skill« . En prenant le nom de Standard, les membres voulaient s’inspirer du club français du Standard Athletic Club. Le Standard Athletic Club était un club sportif et social rassemblant la communauté anglaise de Paris. Entre 1894 et 1904, le club du Standard AC domina les tournois français, remportant 5 fois le Championnat de France USFSA et 4 la Coupe Dewar. Son aura dépassa donc les frontières et arriva jusqu’au outre-quiévrain. Mais, si le Standard AC existe encore aujourd’hui, il demeure un club régional tandis que le Standard de Liège est un des 3 clubs majeurs du Championnat de Belgique.
#300 – Atlético de Madrid : el Pupas
Les maudits. L’acte fondateur de ce surnom remonte à la finale de la Coupe des Clubs Champions de 1974. Après un parcours parfait, l’Atlético affrontait le Bayern Munich au Heysel. Les deux équipes se neutralisèrent jusqu’à la 114ème minute. Sur coup franc, Luis Aragonés trompait Sepp Maier et la coupe tendait alors les bras au club madrilène. Sauf qu’à une poignée de secondes de la fin du match, Schwarzenbeck décrocha une frappe de 30 mètres et le Bayern revint à un partout. Un match d’appuie fut organisé. L’Atlético s’écroula et perdit 4 à 0. Les supporteurs madrilène surnommait ce match « el casi » (le match où l’Atlético fut quasiment champion d’Europe). Le président du club, Vicente Calderón, déclara, lui, après le but de Schwarzenbeck, « somos El Pupas F.C. » (nous sommes le Maudits FC). Cette terminologie négative colle depuis à la peau du club et les supporteurs l’ont adopté à défaut.
Il faut dire que la malchance de 1974 ne fut pas isolé. 40 ans plus tard, l’Atlético arriva une nouvelle fois en finale de la Ligue des Champions. Depuis la 36ème minutes, l’Atlético menait au score grace à un but du défenseur uruguayen Diego Godín. Une fois de plus, la coupe aux grandes oreilles tendaient les bras au club madrilène. Mais, dans les arrêts de jeu (93ème), son adversaire et grand rival, le Real Madrid, obtint un corner et Sergio Ramos parvint à placer sa tête pour égaliser. Lors du temps additionnel, l’Atlético s’écroula une nouvelle fois et le match se termina sur un 4 à 1 en faveur du Real. Deux ans plus tard, les deux clubs se retrouvèrent une nouvelle fois en finale de la Ligue des Champions. Le scénario fut moins cruel mais le résultat fut le même. Une nouvelle défaite de l’Atlético aux tirs au but.
La malédiction s’exprima aussi dans d’autres domaines. Par exemple, Jesus Gil, l’omnipotent président pendant 16 ans, considéra que son centre de formation coûtait trop cher et le supprima. Les jeunes en formation durent trouver de nouveaux clubs et l’un d’eux, qui était le meilleur buteur de l’Atlético au niveau junior, décida de rejoindre le Real Madrid. Ce jeune joueur était Raul Gonzalez, qui porta haut les couleurs de la Casa Blanca pendant 16 ans.
Ce fatalisme est traduit différemment par les adversaires. El Pupas devint les pleurnichards, les adversaires considérant que les supporteurs de l’Atlético se plaignent trop souvent de ce manque de chance.