#678 – Manchester City : Brewerymen

Les hommes de la brasserie. Les racines de Manchester City se situent au XIXème siècle au sein de la paroisse de St. Mark’s dans le quartier de West Gorton, au sud-est de Manchester. Pour occuper les hommes et les jeunes pendant les longs mois d’hiver, le recteur de l’église encouragea l’équipe de cricket de la paroisse à pratiquer le football. Ainsi naquit le club de football de St. Mark’s (West Gorton) en 1880. Comme beaucoup de clubs au début du développement du football, St. Mark’s connut des premières saisons plutôt chaotiques étant donné le manque de structure et les faibles moyens financiers du club. Le principale sujet de préoccupation était de trouver un terrain d’accueil pour jouer. Le premier lieu était évidemment un terrain près de l’église St. Mark’s, dans Clowes Street, mais ce dernier était plutôt accidenté. En 1881, l’équipe déménagea sur le proche terrain de cricket de Kirkmanshulme mais la cohabitation avec les joueurs de cricket fut difficile et les footeux furent bannis du terrain en 1883-1884. Cette expulsion encouragea à la fusion avec une autre équipe locale mais l’union ne dura pas plus d’un an. Le club changea alors de nom pour Gorton AFC. Puis, en 1887, poussé par une nouvelle expulsion du terrain qu’il occupait et par le fort développement du football en Angleterre (organisation de compétition officielle, apparition du professionnalisme …), le club prit 3 importantes décisions pour se structurer et donc perdurer. Premièrement, le club trouva un nouveau terrain de jeu près d’un viaduc ferroviaire à Ardwick, qui était donc en dehors du quartier originel de Gorton. Deuxième décision, le changement de nom. En s’expatriant du quartier de Gorton, s’appeler Gorton AFC apparaît désormais un terme impropre. Par conséquent, le club fut officiellement rebaptisé Ardwick Association Football Club, du nom du nouveau quartier. Enfin, alors que le club était officiellement amateur depuis sa création, la direction décida pour la première fois en 1887 d’attribuer à un joueur un salaire hebdomadaire de 5 shillings pour ses services, le club devenant ainsi une organisation professionnelle.

Mais toutes ces décisions furent facilitées par une rencontre que permit le déménagement à Ardwick. En effet, la direction du club sympathisa avec Stephen Chesters-Thompson, en entrepreneur local, qui possédait un hôtel (avec un pub) près de la nouvelle enceinte ainsi qu’une brasserie du nom de Chester’s, fondée en 1830, dans la quartier d’Ardwick. Les bonnes relations entre la direction du club et cet entrepreneur furent décisives pour Ardwick AFC. En effet, le siège du club s’établit d’abord au sein de l’hôtel. De même, de 1887 à 1896, l’hôtel-pub servait de vestiaire aux joueurs, ce qui pourrait expliquer certaine défaite, les matchs se déroulant après l’apéritif. Puis, la brasserie Chester’s soutint le club en aidant à financer l’aménagement du terrain et également à acheter des joueurs. En échange, elle obtint la concession de l’ensemble des bars et pubs autours de l’enceinte. Les liens étant si forts, Stephen Chesters-Thompson se fraya un chemin jusqu’à la direction du club et de nombreux salariés de la brasserie intervenaient également au sein du club de football. Puis, la brasserie serait même devenue actionnaire du club. Ainsi, Ardwick AFC (qui devint Manchester City en 1894) s’assimila dans les faits avec la brasserie Chester’s et le surnom brewerymen s’imposa. En 1920, les liens se dénouèrent entre le club et la brasserie et le surnom fut moins utilisé. La brasserie d’Ardwick continua sa vie et fut démolie en 1967.

#677 – Cerezo Osaka : 桜

Sakura (桜 / 櫻 / さくら), les cerisiers ornementaux du Japon. Comme tout club de football japonais, Cerezo connut deux vies. Une première, patronnée par une entreprise, Yanmar (fabricant de moteurs), débuta en 1957 pour s’achever avec l’intégration à la J-League au milieu des années 1990. En 1965, le club était l’un des 8 fondateurs de la Japan Soccer League (JSL) aujourd’hui dissoute. Avec quatre titres de champion du Japon à son actif, il demeurait un pilier de la JSL Division 1 jusqu’en 1990.

Sa seconde vie, détachée du lien corporate, commença en 1995 pour se poursuivre encore aujourd’hui. En effet, lors de la création de J-League en 1993, ses organisateurs décidèrent que, pour leurs noms, les clubs participants devaient ne plus faire apparaître l’entreprise-actionnaire et accoler celui de la localité où il résidait avec un surnom. Pour assurer le succès de leur nouveau championnat, les dirigeants de la J-League avaient compris à la fois l’importance du marketing (avec le surnom) et la nécessité d’ouvrir les club à un horizon de public plus large que celui de l’entreprise. Il devait donc exister un lien entre le club et sa localité d’attache pour attirer les fans et leur permettre de s’identifier.

En 1995, quand Yanmar Diesel Soccer Club souhaita rejoindre la J-League, les dirigeants interrogèrent par sondage leurs supporteurs pour choisir le nouveau nom. Cerezo, qui est le mot espagnol pour 桜 (Sakura), emporta le vote. Sachant qu’il y avait déjà en J-League un club de la ville d’Osaka (Gamba Osaka), le choix des supporteurs étaient judicieux. Non seulement le nom du nouveau club intégrait la ville (Osaka) mais en plus son surnom était directement lié à cette ville puisque le sakura est la fleur/arbre associé à Osaka. Le club prenait un avantage sur son rival dans le futur combat pour la domination locale. Pour aller au bout de cette identification, le rose et le bleu furent choisis comme couleur. Le rose pour rappeler la fleur du sakura. Le bleu, la couleur de la ville d’Osaka.

#676 – FK Rabotnički Skopje : Црвени

Rouge. Le club fut fondé en 1937 dans le village de Debar Maalo, situé sur la rive droite de la rivière Vardar, qui intégra par la suite la ville de Skopje. Dans les années précédentes, le football apparaissait comme le loisir favori des jeunes et des ouvriers du village. Naturellement, des tentatives furent lancées pour créer une association sportive mais elles se soldèrent toutes par un échec. La Macédoine du Nord était alors intégré dans le Royaume de Yougoslavie, dominé par les Serbes. Le gouvernement poursuivait une politique de serberisation forcée de la région, ce qui entraina la naissance de mouvement indépendantiste macédonien, dont certain était encouragé par le Komintern (l’internationale communiste). Avec sa population ouvrière, Debar Maalo s’imposa comme l’un des villages les plus revendicatifs de Skopje et plusieurs personnalités révolutionnaires y sévissaient, notamment l’un qui deviendra un héros de la Macédoine, Damjan Krapchev, communiste et indépendantiste.

Conscient de l’importance du football et du pouvoir dont il disposait sur les masses, Krapchev eut l’idée de former un club qui pourrait encadrer la pratique sportive des jeunes mais également permettrait d’éveiller leur esprit révolutionnaire. Ainsi, en 1937, il fut l’instigateur de la création du club. Il proposa le nom de Rabotnički qui signifie le club des ouvriers, une évidence au vue de la population locale, et les autres membres l’adoptèrent avec enthousiasme. De même, les fondateurs adoptèrent le rouge comme couleur. Seulement, le club devait être enregistré auprès des autorités serbes et évidemment, ces dernières surveillaient de près ces nouvelles associations qui ne devaient pas constituer des foyers de contestation.

Pour contourner cette difficulté administrative, Krapchev et d’autres fondateurs, au vue de leurs activités révolutionnaires, n’apparurent pas sur les papiers officiels et des personnalités plus « acceptables » furent nommés aux postes de direction de la nouvelle entité. Les autorités serbes acceptèrent le nom mais pas la couleur dont ils savaient très bien qu’elle était un symbole des mouvements communistes. Suite à ce refus, les membres fondateurs, après de nombreuses discussions, acceptèrent de changer la couleur rouge pour du noir, afin de composer avec les autorités et permettre la création de l’association. Après l’enregistrement, l’équipe porta un maillot noir pour ses deux premiers matches puis ils furent remplacés par des maillots rouges que Rabotnicki porte encore aujourd’hui. Lors d’un match à Tetovo en 1938, la police exigea des joueurs de porter des maillots noirs conformes à ceux acceptés par les autorités au moment de l’enregistrement, sous peine de ne pas jouer. Malgré les menaces, les joueurs et la direction du club déjouèrent la police en sortant sur le terrain avec des maillots rouge foncé. Ayant eu connaissance des menaces, les supporters saluèrent l’entrée des joueurs en scandant « Црвени, Црвени ! » (rouge, rouge !). Depuis, cette couleur est définitivement celle de ce club ouvrier.

#675 – US Salernitana : Bersagliera

Les bersagliers. Dans les années 1970, dans le virage sud du stade Vestuti, les fans de Salernitana dressaient une banderole sur laquelle était écrite « Salernitana Bersagliera« . Les supporteurs aimaient à comparer leur club à ce fameux régiment de l’armée italienne dénommé bersaglier (Bersaglieri). Fondé le 18 juin 1836 par Alessandro La Marmora pour le Royaume de Sardaigne, ce corps d’infanterie légère se distingua dans les différentes guerres d’indépendance italiennes au XIXème siècle jusqu’à conquérir Rome en 1870 achevant l’unification de l’Italie.

Mais, ce corps d’élite se caractérise par un certain nombre de signes distinctifs. Outre le vaira, ce chapeau à larges bords orné à droite de plumes de coq de bruyère, les militaires arborent des collets de couleur cramois (un rouge profond tirant vers le violet). Or, les joueurs de Salernitana portent un maillot grenat, ie une couleur proche du cramoisi.

Par ailleurs, les Bersaglieri font office de tirailleurs ou de troupes de choc, se mouvant rapidement de lieu en lieu (ils se déplacent en courant, ce qu’ils font encore aujourd’hui quand ils défilent). Ils sont connus pour leur bravoure, leur combativité et leur endurance physique. Or le club de Salernitana, qui réside dans une ville pauvre du sud de l’Italie à l’ombre du grand Napoli, a connu une histoire mouvementé (avec notamment 3 arrêts d’activité et autant de reprise) et se battit de toutes ses forces sur et en dehors du terrain, avec acharnement. Dans les années 1970, le club se débattait en 3ème division et cultivait cette générosité et cette combativité face à des adversaires mieux armés. Ainsi, en partageant les mêmes couleurs et le même état d’esprit, les supporteurs du club de football s’identifièrent aux militaires italiens du régiment des Bersaglieri.

#674 – Chapecoense de Futebol : Verdão do Oeste

Le vert de l’Ouest. Le club réside dans la ville de Chapecó, la plus occidentale de l’Etat de Santa Catarina. Par ailleurs, les joueurs de cette équipe évolue dans un maillot vert. Le choix du vert pourrait logiquement provenir des couleurs de la ville de Chapecó, dont la bannière est constituée de deux bandes verticales vertes entourant une bande blanche. Les armes de la ville présentent également quatre quartiers, deux verts et deux blancs. Ces deux couleurs furent choisies, l’un symbolisant la pureté, l’espoir et la paix (le blanc), l’autre représentant le caractère agricole de l’Etat (le vert). Chapecó est connue comme la capitale agro-industrielle brésilienne, spécialisée dans la transformation de porcs et de volailles que les agriculteurs de la région élèvent. Ainsi, la ville est le siège de la coopérative Aurora, qui regroupent 65 000 producteurs, et compte depuis 1973 une usine de BRF (l’une des principales entreprises agro-alimentaires brésiliennes). Pourtant, l’un des fondateurs du club, Alvadir Pelisser, défendait une autre hypothèse quant au choix de la couleur verte. En effet, les fondateurs s’inspirèrent des autres clubs dont ils étaient fans : Palmeiras à São Paulo, Juventude à Caxias do Sul et Coritiba FC. Tous ces clubs évoluaient en vert et marchaient plutôt bien. Ils paraissaient alors aux fondateurs de Chapecoense que cette couleur placerait le club sous les meilleures auspices.

#673 – Samsunspor : Kırmızı Şimşekler

L’éclair rouge. Le football naquit dès le début du XXème siècle (1909) dans la principale ville turque de la Mer Noire, Samsun. Toutefois, les premiers clubs vécurent à peine quelques années. Puis, les années 1920 furent le véritable point de départ du développement des associations sportives dans la ville. Certains de ces clubs fusionnèrent entre eux et, lors de l’un de ces mariages, un nouveau club du nom de Samsunspor émergea en 1927. Portant des maillots noirs et blancs (dans une conception qui pouvait différer d’un joueur à l’autre), ses débuts furent chaotiques et après plusieurs fermetures-réouvertures, le club commença vraiment une nouvelle vie le 16 novembre 1950. Mais, dans le contexte de la structuration du football turque qui donna naissance à sa première division professionnelle en 1959 et à sa seconde division en 1963, la création de l’association actuelle se réalisa le 30 juin 1965 quand Samsunspor fusionna avec 4 autres clubs de la ville : 19 Mayıs, Fener Gençlik, Akınspor et Samsun Galatasaray. Cette nouvelle structure fut encouragée par le directeur régional de la Türk Ticaret Bankası (Banque Commerciale Turque), Kadri Ersan, qui accéda à sa présidence. Comme les couleurs de la banque était le rouge et le blanc, elles s’imposèrent alors au nouveau club. Même si le dessin du premier maillot était similaire à celui du Slavia Prague (un maillot séparé verticalement en deux avec une partie rouge et une partie blanche), le premier kit porté lors de sa première saison fut plus simple : un maillot rouge, un short blanc et des chaussettes rouges et blanches.

#672 – Kalmar FF : Smålands stolthet

La fierté de Småland. Fondé en 1910 dans la ville de Kalmar, cette dernière se situe dans la région historique du Småland. Dans cette région au sud de la Suède et bordée à l’est par la mer Baltique, les clubs de football qui portèrent haut ses couleurs ne sont pas légions. On compte Östers IF et Kalmar FF. Les deux clubs se tirent la bourre (4 titres de champion pour Östers contre 1 pour Kalmar) et prétendent être la fierté du Småland. Seulement Kalmar FF hérita de ce surnom après que le club l’ait déposé comme marque en 2013. La direction du club déclara à l’attention de celle de Östers : « Vi i Kalmar FF har använt oss av och levt upp till epitetet Smålands stolthet under flera framgångsrika säsonger i högsta serien. Nu har det kommit till vår kännedom att ni använder er av samma slogan. […] Detta missförstånd har förvirrat den lokala fotbollspubliken och därför har vi valt att registrera och varumärkesskydda vår slogan Smålands stolthet hos Patent- och registreringsverket. » (Chez Kalmar FF, nous avons utilisé et respecté l’épithète Smålands stolthet pendant plusieurs saisons réussies dans la plus haute série. Maintenant, il nous a été rapporté que vous utilisez le même slogan. […] Ce malentendu a dérouté le public local du football et c’est pourquoi nous avons choisi d’enregistrer et de déposer notre slogan Smålands stolthet auprès du Bureau des brevets et de l’enregistrement). Le club l’a donc protégé mais avec un déficit de palmarès, est-ce mérité ? Tout d’abord, Kalmar FF est le club doyen (1910). Ensuite, il remporta donc une fois le championnat (2008) mais également 3 Coupes de Suède (1981, 1987 et 2007) et une SuperCoupe (2009). Au total, KFF a joué 33 années en Allsvenskan (1ère division suédoise) depuis sa première saison en 1949. Le club se trouve à la 13ème place du classement de tous les temps du football suédois, est l’un des 12 clubs de football suédois qui ont été à la fois champion et vainqueur de la coupe, et demeure l’un des 14 clubs qui ont toujours joué dans l’une des trois plus hautes ligues de football nationales suédoises. En 1987, le club réussit l’exploit de remporter la Coupe tout en étant en 2nd division et même relégué à l’échelon inférieur à la fin de la saison. En 1997, alors que le club connaissait des difficultés financières, sur le terrain, l’équipe remporta tous ses matchs de 3ème division (22 matchs, pour seulement 11 buts encaissés). La saison suivante, l’équipe termina 1er de la 2nde division et accéda à l’élite.

#671 – SV Darmstadt 98 : die Lilien

Les fleurs de Lys. L’écusson du club, fondé en 1898, affiche une fleur de lys, de couleur bleue et blanche et reprend directement les armes de la ville de Darmstadt. Ces dernières sont coiffées par une couronne grand-ducale (celle du Grand-Duché de Hesse où se situe Darmstadt) et se divisent en deux parties : en haut de l’écu, un lion rouge sur fond jaune et en bas, une fleur de lys blanche sur fond bleu. Les deux parties étaient par le passé séparées par une bande noire intégrant une boule blanche mais cet élément disparut quand ces armoiries furent réattribuées à la ville le 10 Mars 1917 par une lettre d’armoiries délivrée par le Grand-Duc de Hesse, Ernst Ludwig. Toutefois, ce blason apparaît déjà sur une clé de voûte de la partie inférieure de la tour de l’église de la ville (église protestante de Stadtkirche Darmstadt) datant du XVème siècle. La présence du lion se réfère à l’animal des armes des comtes de Katzenelnbogen. Il faut rappeler qu’un comte de Katzenelnbogen en 1330 obtint de l’empereur Louis de Bavière l’autorisation de construire Darmstadt, d’entourer la ville d’une enceinte et d’y tenir un marché hebdomadaire. La fleur de lys dans le bas demeure un signe distinctif par rapport aux autres villes du Grand-Duché. En effet, les autres cités (Pfungstadt, Viernheim, Zwingenberg, Riedstadt, Bischofsheim) affichaient aussi des armes divisées avec dans la partie haute le lion et dans la partie basse des éléments caractéristiques de la ville. Alors pourquoi une fleur de lys blanche sur fond bleu ?

L’origine exacte n’est pas connue avec certitude mais la cité ne souhaitait pas mettre à l’honneur le Royaume de France ou la ville italienne de Florence. Il semblerait plutôt que la fleur de lys blanche sur fond bleu soit une référence à la Vierge Marie. La fleur de lys blanche était signe de pureté dans la symbolique du Moyen Âge et était donc utilisé comme attribut dans la représentation de l’Annonciation (l’annonce par l’Archange Gabriel à la Vierge Marie de sa maternité divine). De même, la couleur bleu est celle de Marie dans la liturgie (cf articles #399 et #497). Ces références à la Vierge visaient certainement à rappeler que l’église de la ville (citée dans le paragraphe ci-avant) était la principale de la cité, n’était plus rattachée à l’église mère de Bessungen (donc était une église paroissiale indépendante) et surtout sous le patronage de la Vierge Marie, avant la Réforme.

#670 – FBC Melgar : el Dominó

Le domino. Résident dans la ville d’Arequipa, ce club, fondé en 1915, tient une place particulière dans le football péruvien. Perché à 2 335 mètres d’altitude, au pieds de volcan, dans les Andes péruviennes, il est le seul club de l’intérieur du pays à avoir remporté le championnat du Pérou, face aux géants de Lima, et même par deux fois (1981 et 2015) et a même glané en 1971 une Coupe du Pérou. Le club arbore un maillot singulier au Pérou, séparant par son milieu une partie noire et une partie rouge. (similaire au maillot des Blackburn Rovers). Certes, au fil de son histoire, il y eut quelques entailles à ce traditionnel équipement mais il demeure le modèle, le symbole du club. La référence au célèbre jeu de chiffre serait à chercher du côté du maillot. Bien qu’il n’existe pas de version officielle, il semblerait que ces maillots rappelaient les pièces du domino, noires et partagées en leur milieu (pour avoir deux chiffres).

#669 – SD Quito : los Chullas

Les chullas (mot quichua qui signifie impair) décrivent les habitants de Quito, particulièrement ceux qui vivaient dans la capital équatorienne entre le milieu du XIXème siècle et les années 1930. Au XVIIIème siècle, la colonie espagnole andine connait une crise du textile qui marqua durablement le pays (crisis de los obrajes). En effet, cette évènement économique fut vécut différemment par les différentes régions, certaines traversant plus facilement la crise en trouvant des ressources pour développer de nouveaux débouchés ou de nouvelles activités. Quito put ainsi réorienter sa production textile vers le marché intérieur et développer son économie avec l’exploitation minière.

Cette richesse attira des populations appauvries, qui constituèrent les racines des chullas. Car ces nouveaux habitants étaient pauvres mais ne voulaient pas se laisser abattre et le montrer. Ainsi, ils se voulaient élégants, un peu désinvoltes ou bohèmes, malicieux, de bonne humeur, toujours avec un petit mot. Certains disent qu’ils cherchaient par leur élégance à apparaître comme appartenant à la classe supérieure même, s’ils portaient quotidiennement leur unique chulla, un tailleur-pantalon, chemise, cravate et chapeau avec des chaussures bien cirées. Ils maniaient un humour élégant, pince sans rire connu aujourd’hui sous le nom de sal quiteña. Puis, au fil des générations, leurs conditions s’améliorèrent et ils devinrent la classe moyenne de la capitale, travaillant souvent dans l’administration.

Le chulla ne se distinguait pas par ses actions extraordinaires, mais par sa philosophie de l’existence, qui résumait l’état d’esprit de Quito. Cette philosophie imprégna les grands mouvements intellectuels de Quito et la plupart des artistes célèbres de la capitale dans les domaines de l’art, de la poésie et des romans furent des chullas. Dans les années 1930, les chullas se concentrèrent dans le centre ville, autour de la Plaza de San Francisco, la Plaza Grande et principalement la Plaza del Teatro. A partir de cette date, une nouvelle population pauvre venant du Sud du pays investit la capitale, poussant les chullas vers les quartiers du Nord. Ces derniers se moquèrent de ces nouveaux habitants mais, avec ce développement de la ville, les vrais chullas finirent par disparaître.

Néanmoins, cette culture existe encore et inspire encore le style de vie des habitants de la capitale. Une chanson populaire de 1947 se nomme chullita quiteño et commence par ces célèbres mots « Yo soy el chullita quiteño, la vida me paso cantando » (je suis un culla de Quito, je passe ma vie à chanter). La chanson a été écrite du point de vue du chulla qui chante la ville et ses lieux les plus emblématiques, où il y avait les divertissements pour les bohèmes de Quito. Il encense également les femmes de Quito, qui lui apparaisse aussi importantes pour la beauté de la ville que son patrimoine architectural. Le SD Quito n’est pas le seul club de football de Quito mais il naquit en 1940 sur la Plaza del Teatro, cœur des chullas. Ainsi, il représente le digne héritier, le dernier messager de cette philosophie, cette culture.