#1094 – Hartlepool United FC : the Monkey Hangers

Les pendeurs de singe. Ce surnom apparaît peu flatteur et il est vrai qu’il fut au départ utilisé pour se moquer des habitants de la ville et en conséquence des supporteurs du club de la ville. Et comme souvent, les locaux se sont appropriés ce sobriquet pour en faire un élément de différenciation, d’identité. Il en faut pour ce club, certes plus que centenaire (1908) et ayant adopté le statut professionnel dès sa fondation, qui ne jouit pas ni d’une grande aura, ni d’un palmarès.

La légende remonte au XIXème siècle, lors des guerres napoléoniennes. A cette époque de forte rivalité entre la perfide Albion et l’Empire Français, les britanniques craignaient une invasion française et l’opinion publique était très préoccupée par la possibilité d’infiltrations d’espions français. Il s’avéra qu’un bateau français (certainement un navire marchand) qui luttait contre les éléments coula au large d’Hartlepool. Le seul survivant était un singe vêtu d’un uniforme militaire (probablement pour divertir les marins). Malheureusement, l’inculture des habitants de la cité anglaise était telle qu’ils s’imaginèrent que l’animal était un espion français. Pour les excuser, il est souvent raconter qu’à l’époque, les journaux britanniques peignaient les français comme des créatures ressemblant à des singes avec des queues et des griffes. Un procès s’improvisa et la peine capitale (la mort) fut déclarée à l’encontre du singe. Le mât d’un bateau de pêche constitua la potence et le singe fut pendu. Malheureusement, il se peut que le singe fusse un enfant. Sur les bateaux, le terme powder-monkey (singe à poudre) était couramment utilisé pour désigner les enfants employés sur les navires de guerre pour amorcer les canons avec de la poudre à canon.

Cette image de pendeur de singe est nettement répandue dans la culture populaire et les références sont nombreuses dans les chansons, films, bandes dessinés et romans britanniques (et même parfois étrangers). La première chanson mentionnant cette légende, « The Monkey Song », remonte au XIXème siècle et était interprétée par l’artiste comique Ned Corvan. Les statuts de singes se multiplièrent également dans la cité. Au niveau sportif, 2 des six clubs de rugby de la ville utilisent des variantes du singe dans leurs symboles. Le club de Hartlepool United capitalisa également sur cette histoire en créant une mascotte appelée « H’Angus the Monkey » en 1999. Enfin, de manière inattendue, Stuart Drummond, qui fit campagne vêtu du costume de H’Angus et en utilisant le slogan électoral « free bananas for schoolchildren » (bananes gratuites pour les écoliers), fut élu Maire en 2002.

#1067 – Middlesbrough FC : the Smoggies

Le terme est dérivé de smog (brouillard) mais cet article vous permettra de sortir … de ce brouillard. Ce surnom s’attache à tous les habitants de Middlesbrough et ceux de la région du Teesside. Le terme désigne également l’accent local et le dialecte de la région. Il fut un peu plus tard utilisé ironiquement par les supporteurs adverses pour nommer les fans du club de Middlesbrough. Pour comprendre sa signification, il faut revenir à ce qui modela la région : la sidérurgie.

L’histoire de Middlesbrough se confond avec celle de la révolution industrielle et de l’avènement de la Reine Victoria et de l’Empire Britanique. Comme un certain nombre de villes du Nord de l’Angleterre, soutenues par les découvertes de mine de charbon, de fer ou d’autres minerais, Middlesbrough devint au cours du XIXème et XXème un important centre industriel mondial. L’essor de Middlesbrough fut d’ailleurs remarquable puisqu’en 1801, il s’agissait d’un petit hameau de 25 habitants qui se transforma en un siècle en une ville de plus de 90 000 habitants. Avec une infrastructure de transport naturelle (le fleuve Tees qui se jette dans la Mer du Nord) et des riches ressources (la découverte de réserves de fer dans les collines de Cleveland en 1850), la première usine sidérurgique (Henry Bolckow et John Vaughan) s’étendait dès 1864 sur plus de 280 hectares le long des rives de la rivière Tees. Puis, l’entreprise Dorman Long prit le relais et devint le principal producteur d’acier et le plus grand employeur. À l’apogée, 91 hauts fourneaux dans un rayon de 10 milles le long de la Tees fonctionnaient. En outre, le poids économique de la région faisait que le prix mondial de l’acier et du fer étaient fixés dans ce coin de l’Angleterre. Mais, au fil des années, la concurrence poussa au déclin. Dans les années 1960, afin de les sauver, de nombreuses entreprises (dont Dorman Long) furent nationalisées sous l’égide de British Steel. Ceci n’empêcha pas le déclin face à l’acier asiatique et les dernières aciéries fermèrent en 2015.

L’importance de l’industrie lourde et son empreinte dans le développement de Middlesbrough conduit la ville à gagner rapidement le nom d’Ironopolis. Mais, la contrepartie fut des niveaux élevés de pollution, qui se concrétisaient par un épais brouillard recouvrant régulièrement la région. Les supporters rivaux de Sunderland et Newcastle ne manquèrent pas de s’en moquer. A domicile, ils scandaient « What’s it like to smell fresh air ? » (Qu’est-ce que cela fait de sentir de l’air frais ?) et à l’extérieur « smog monsters » (les monstres du brouillard). Ce dernier terme se transforma par la suite en smoggies et finalement, les supporteurs de Middlesbrough se l’approprièrent et le revendiquèrent.

#1052 – AFC Wimbledon : the Wombles

Nous n’allons pas parler tennis sur ce blog consacré aux clubs de football. Mais nous n’allons pas non plus évoquer la fameuse équipe de Londres qui fit trembler l’Angleterre du football au milieu des années 80 avec une bande de dingues (dont Vinnie Jones et Denis Wise). Car, en effet, ce dernier club disparût en 2004 ou tout du moins déménagea à 100 km du quartier de Wimbledon pour s’établir à Milton Keynes, abandonnant au passage ses racines et une grande partie de ses supporteurs. Révoltés, ces derniers décidèrent de créer un nouveau club pour représenter leur quartier de Wimbledon et le 30 Mai 2002, l’AFC Wimbledon surgit. Officiellement, cette nouvelle association n’est pas l’héritière du Wimbledon FC mais elle en reprend tous les codes : blason, couleurs et également surnoms. Et ce d’autant plus que le terme Wombles est attaché au quartier de Wimbledon plus qu’à l’équipe de football. Donc il était naturel que les joueurs qui défendent cet aire de Londres continuent à porter ce sobriquet.

Mais qu’est-ce qu’un womble ? Ne cherchez pas le mot dans un dictionnaire car vous ne trouverez aucune entrée. Les wombles sont des personnages d’une série de romans pour enfants créés par Elisabeth Beresford en 1968. Créatures au nez pointu et à fourrure, ils portaient déjà un message écologiste en incitant les enfants à recycler les déchets. La notoriété des personnages au Royaume-Uni s’accentua grâce à une émission de télévision diffusée par la BBC entre 1973 et 1975. Or, ces gentils oursons sont fondamentalement attachés au quartier de Wimbledon. D’une part, le monde des Wombles se situent dans le parc de Wimbledon Common, le grand espace vert (de 460 hectares avec ses voisins de Putney Heath et Putney Lower Common) de Wimbledon. D’autre part, l’idée naquit après une promenade menée le lendemain de Noël par Elisabeth Beresford avec ses enfants dans la parc de Wimbledon Common. Sa fille Kate déforma à plusieurs reprises le nom de Wimbledon Common en Wombledon Common. Aujourd’hui, les habitants de Wimbledon comme les équipes sportives du quartier ont hérité de ce surnom.

#1020 – Manchester United : Busby Babes

Les enfants de Busby. La Seconde Guerre Mondiale interrompit le championnat d’Angleterre pendant près de 7 ans. D’ailleurs, en 1941, le stade Old Trafford fut gravement endommagé lors d’un raid aérien allemand. Au lendemain de la guerre, pour relancer le club mancunien, la direction nomma à la tête de son équipe l’écossais Matt Busby. Ancien ailier droit de Manchester City pendant 8 ans, ce dernier se vit proposer un poste d’entraineur adjoint à Liverpool. Mais, souhaitant appliquer sa vision sans contrainte, il refusa Liverpool pour rejoindre Manchester United où il obtint les pleins pouvoirs (gestion des entrainements, transferts, compositions d’équipe). Outre un style de jeu offensif, Busby était convaincu qu’une politique de formation de jeunes talents était la clé du succès sur le long terme. Il créa ainsi un réseau de dépisteurs de jeunes joueurs et, secondé par Jimmy Murphy, les fit émerger au plus haut niveau. Après un premier cycle où Manchester cumula les places d’honneurs (vice-champion en 1947, 1948 et 1949, et victoire en FA Cup en 1948, le premier trophée majeur du club depuis 37 ans), Busby poursuivit sa politique avec une seconde vague de talents qui offrirent au club une période dorée (3 titres de champion en 1952, 1956 et 1957). Plusieurs exemples témoignent de la jeunesse de l’équipe fanion ou encore de la qualité de la formation. Le 28 novembre 1953, face à Portsmouth, en championnat, l’équipe de Manchester comptait 7 joueurs de moins de 22 ans. L’âge moyen des équipes de 1955-1956 et 1956-1957 qui furent sacrées championne n’était respectivement que de 21 et 22 ans. En 1952, la FA Youth Cup fut lancée et Manchester United écrasa la concurrence en remportant les cinq premières éditions. Malheureusement, en février 1958, l’accident aérien de Munich, où 8 joueurs perdirent la vie, mit un terme à cette époque. Matt Busby décida de relancer une nouvelle génération mais en modifiant de surnom, Busby Babes rappelant alors un évènement tragique.

Ainsi, nombres de joueurs sortirent des rangs de l’académie mancunienne : Geoff Bent (1948-1958), Johnny Berry (1951–1958), Jackie Blanchflower (1949-1958), Roger Byrne (1949-1958), Bobby Charlton (1953-1973), Eddie Colman (1952–1958), John Doherty (1952–1957), Duncan Edwards (1952–1958), Bill Foulkes (1950-1970), Mark Jones (1950–1958), Wilf McGuinness (1953–1959), Kenny Morgans (1956–1961), David Pegg (1952–1958), Albert Scanlon (1953–1960), Tommy Taylor (1953–1958), Dennis Viollet (1949–1962), Liam Whelan (1952–1958) et Ray Wood (1949–1958). L’expression apparut pour la première fois dans la presse écrite en 1951 sous la plume de Frank Nicklin, sous-rédacteur en chef du Manchester Evening News. Il inventa le surnom pour décrire deux jeunes joueurs (Jackie Blanchflower (18 ans) et Roger Byrne (22 ans)) qui débutèrent leur carrière lors d’un match face à Liverpool le 24 novembre 1951. Le terme se démocratisa avec la génération de joueurs qui remportèrent les titres de 1956 et 1957.

#1007 – Sunderland AFC : Makem

Voila le gentilé des habitants de Sunderland qui caractérise leur accent et leur dialecte (il peut également s’écrire Mackam, Mak’em, Mackum …). Plus on s’éloigne de Londres en montant vers le Nord du pays, plus l’accent s’accentue et le dialecte se développe (plus l’oreille des non-britanniques se tends aussi pour tenter d’accrocher quelques mots). Dans le Pays Noir, le dialecte se nomme Yam-Yam et Dee-Dah à Sheffield. Newcastle est très connu pour son Geordie (qui est également la manière de désigner ses habitants). Un peu plus au Sud, du côté de Durham, le dialecte comme les citoyens s’appellent Pitmatic. Entre les deux, se situe la ville de Sunderland qui a développé également son propre dialecte. Et n’allez pas dire qu’il ressemble aux deux autres (même si les différences sont parfois subtiles).

Il est communément admis que le terme Makem proviendrait de l’expression « Mak ’em and Tak’em« . Mak’em serait la prononciation locale de « make them » (faîtes-les) et Tak ’em de « take them » (prenez-les). Même s’il y a de nombreux débats pour identifier l’origine du terme, il semble que toutes mènent à l’activité de construction navale de la cité. Cette dernière fit la fortune de Sunderland en particulier au XIXème siècle. Sur une distance de 3 miles, 65 chantiers jalonnaient la rivière Wear (qui traverse la ville) vers 1840. En 1901, les chantiers de Sunderland produisaient 77 navires et 95 en 1905. Construit le long des berges, les marins emmenaient alors ces nouveaux navires sur la rivière Wear jusqu’à la mer ou à Tyneside pour être équipés. D’où l’idée que les ouvriers de Sunderland fabriquaient les bateaux et les marins les emmenaient. Une autre explication est que les navires étaient à la fois construits et réparés (ou pour comprendre l’expression « pris en charge pour des réparations ») à Sunderland. Le terme pourrait également faire référence au volume de navires construits durant la guerre et l’expression signifierait « Nous les fabriquons et ils les coulent ». D’ailleurs, l’augmentation des commandes à cette époque auprès des chantiers de Sunderland fit dire aux ouvriers de Newcastle que ceux de Sunderland leur avaient volé leur travail et les auraient alors surnommé Makem.

Bien qu’il exista avant (dès 1929 des articles le mentionnent), le terme se démocratisa grace au sport à la fin des années 1970 et au début des années 1980. L’expression « we still tak’em and mak’em » fut utilisée en 1973 pour faire référence au Sunderland Cricket & Rugby Football Club. Mais, ce fut la rivalité footballistique, avec le développement du hooliganisme, qui représenta le terreau fertile à sa propagation. Les supporteurs de Newcastle l’auraient utilisé pour désigner avec dédain leur rivaux de Sunderland (la première mention écrite de ce surnom péjoratif date de 1980). Puis, ces derniers se l’auraient approprié dès 1989 pour désormais le porter avec fierté.

#996 – Bradford City AFC : the Bantams

C’est le nom anglais pour les poules naines. En fonction des régions, cette variété de volailles a différents noms (gallinette,  poule de Cayenne, fanchette, bassette …). Dans les pays anglo-saxons, la poule naine prit le nom du port indonésien de Bantam (aujourd’hui Banten), dans l’ouest de Java. En effet, les marins hollandais se ravitaillaient de ces petites races de poulets d’Asie du Sud-Est lors de l’escale et finirent par les ramener en Europe au XVIIème siècle.

Fondé en 1903 et promu en 1ère division en 1908, Bradford City épousa rapidement la mode des clubs de football anglais qui consistait à adopter un surnom. Plus qu’un surnom, l’objectif du club était de se doter d’une mascotte qui ameuterait la foule à chaque match. Car, le club avait perdu son porte bonheur, un fer à cheval, et la fille de Tom Fattorini, directeur du club, suggéra de trouver une nouvelle mascotte. Dans une stratégie marketing réfléchie, le choix se porta sur cette poule naine de Batam. De prime abord, le club évoluait dans des couleurs bordeaux et ambre qui rappelait le plumage de cette volaille. Mais, la poule naine présentait aussi la caractéristique d’être un animal petit et combatif, une image que le club voulait défendre. En effet, les bantams étaient des oiseaux bien connus à l’époque pour être attrayants mais féroces. Même si la pratique était interdite depuis 1835, des concours clandestins de combats de bantams avaient toujours lieu au début du XXème siècle. En outre, comme elle est naine, le bantam apparaît comme plus faible et cette image servit par le passé à démontrer le caractère d’outsider d’autres clubs de la région. Par exemple, le quotidien « Leeds Times » du 27 mars 1886 décrivait la victoire du Bradford FC sur Bradford Trinity au deuxième tour de la Yorkshire Cup comme « the bantam pitted against the Cochin china cock » (le bantam opposé au coq de Cochinchine), soulignant la différence de niveau, notamment financier, entre les deux clubs. Cette image d’outsider, de courage et d’esprit de combat seyait à l’équipe et, régulièrement reprise par la presse et faisant appel à la culture populaire, devait vite trouver un écho auprès des fans et des adversaires.

Avant l’apparition de ce surnom, l’équipe était à la dérive, occupant la dernière place de la division avec une seule victoire en 13 matchs joués. Le surnom aurait été introduit en Novembre 1908 lors du match face à Everton, alors premier du classement, et inspira les joueurs de Bradford, qui obtinrent un match nul. Ce résultat fut suivi par deux victoires. La métamorphose de l’équipe fut toutefois de courte durée, le club évitant la relégation qu’à la dernière journée. On pourrait aussi supposer que ce furent ces évènements qui inspirèrent le surnom (un peu l’histoire de l’œuf et la poule …).

Après 1909, on ne trouve aucune trace sur le fait que le club avait adopté un bantam vivant comme mascotte. Néanmoins, des articles de presse d’avant la Première Guerre mondiale faisaient référence à des bantams emmenés à des matchs par des supporters de Bradford. En février 1909, un bantam factice fut placé sur la barre transversale pendant la mi-temps de la rencontre de FA Cup face à Sunderland. Il serait resté en place pendant toute la seconde mi-temps. Une semaine plus tard, lorsque City se rendit à Sunderland pour un match de championnat, les fans laissèrent s’échapper un bantam sur le terrain. De même, le club entretenait cette image. Le manuel du club pour la saison 1909-1910 affichait un bantam sur sa couverture. Pour autant, le surnom ne s’imposa pas et tomba en désuétude. La presse continuait à appeler le club par ses vieux surnoms de Paraders et Citizens. Mais, en octobre 1948, un nouveau conseil d’administration relança le club et raviva l’identité des Bantams. L’animal s’imposa alors sur l’écusson. Un immense panneau surplombait également le Kop et sur lequel était peint un bantam avec ballon, semblable à l’écusson des Spurs. Pendant les années 1960, un nouveau blason apparut pour quelques saisons, avec une tête de sanglier (tiré des armoiries de la ville). Mais, au début des années 1980, le bantam revint et ne quitta quasiment plus les armes du club. Aujourd’hui, une mascotte dénommée Billy Bantam circule dans le stade les jours de match.

#973 – Aston Villa : the Lions

Les lions. L’écusson du club de Birmingham affiche un lion rampant depuis quasiment la création de l’association en 1874. Il s’agit d’un des marqueurs de l’identité des villans. L’animal est un symbole commun en héraldisme et véhicule certaines valeurs de force, de noblesse et de bravoure. Mais, pour Aston Villa, le roi des animaux créait un lien avec la population écossaise qui joua un rôle important dans les premières années de la vie d’Aston Villa.

Le club fut fondé en 1874 par quinze joueurs, principalement de l’équipe de cricket de Villa Wesleyan Chapel, afin de s’occuper pendant les mois d’hiver. Entre 1760 et 1850, les années centrales de la révolution industrielle, Birmingham devint un des plus importants centres industriels et financiers de l’Angleterre. L’industrie métallurgique, textile, chimique, ferroviaire et de construction navale supportèrent le développement de la cité. Naturellement, la croissance de l’activité industrielle nécessita une importante main d’oeuvre. Entre 1800 et 1900, la population de la ville passa d’environ 100 000 personnes à 600 000. Ces ouvriers et ingénieurs venaient des autres contrées de l’Angleterre mais égaiement des autres régions britanniques, principalement de l’Ecosse et de l’Irlande. Ainsi, à la fin du XIXème siècle, une grande communauté écossaise vivait à Birmingham. Elle participa naturellement à la structuration du club comme à former le gros des troupes de supporteurs du club. Les deux principaux acteurs écossais qui menèrent le club au succès furent William McGregor et George Ramsay.

Né dans le Perthshire en 1846, William McGregor déménagea de l’Écosse à Birmingham pour créer une entreprise de draperie en 1870. La présence de trois Écossais dans l’équipe d’Aston Villa éveilla son intérêt pour le club qu’il rejoignit en 1877. En 1881, il devint administrateur du club et le servit pendant près de 20 ans, notamment en tant que président. Né à Glasgow en 1855, Georges Ramsay intégra Aston Villa en 1876. La légende raconte que Georges passait devant une séance d’entraînement de l’équipe lorsqu’il fut invité à venir la compléter pour faire le nombre. Son talent éclata aux yeux des joueurs qui, une fois la session terminée, lui demandèrent de rejoindre le club, et quelques mois plus tard, il en devint le capitaine. En 1882, Ramsay prit sa retraite en raison d’une blessure au genou, et en 1886, il fut nommé entraîneur, le premier professionnel dans le pays. Manager jusqu’en 1926, il forgea l’identité de jeu du club (basée sur des mouvements rapides et des passes courtes tels que les écossais pratiquaient le football) et lui fit connaître son age d’or, avec 6 titres de champion et 6 FA Cups. D’autres écossais occupèrent également des postes sur le terrain ou dans les sphères de direction. Fergus Johnstone fut vice-président pendant que McGregor était président. Son fils, Charles, joua pour Aston Villa et devint plus tard également vice-président dans les années 1920. Né à Peterhead en Ecosse en 1834, George Kynoch fut président d’Aston Villa de 1887 à 1888. Il était également un homme d’affaires local et un député. Enfin, sur le terrain, l’écossais Archie Hunter fut aussi un des maîtres à jouer de l’équipe et son capitaine (après le retrait de Ramsay). Il joua pour le club pendant 12 ans et était une idole des fans. Fiers de ce lien, McGregor et Ramsay en 1878 insistèrent pour que le club ait un blason qui intègre le lion, symbole de l’Ecosse. Ils savaient aussi que l’animal attirerait les écossais de Birmingham dans les travées du stade.

Pour rappel, le lion rampant constitua les armoiries et l’étendard royal d’Ecosse du XIIème siècle (certainement la première fois sous le règne de Guillaume Ier, dit William the Lion) jusqu’à l’unification des couronnes en 1603.

#958 – Exeter City FC : the Grecians

Les grecs. Je vous rassure tout de suite. Les îles britanniques n’ont pas dérivé pour atteindre les côtes hellènes. Ce surnom a toujours laissé perplexe de nombreux fans d’Exeter City, ce qui donne naturellement lieu à de nombreuses spéculations et débats.

Rappelons d’abord que le club fut fondé officiellement en 1901 sous le nom de Sidwell United, les joueurs venant notamment de l’Ecole de St Sidwell située sur Sidwell Street. Ensuite, ce surnom des Grecians n’est pas attaché uniquement aux joueurs mais aux habitants de la paroisse de St Sidwell et finalement à ceux de la ville d’Exeter. L’historienne locale Hazel Harvey dans son histoire de Sidwell Street retrouva des publications de 1737 où les résidents de Sidwell se désignaient eux-mêmes comme des Grecs. En 1835, Charles Dickens mentionnait aussi ce sobriquet dans le magazine « All Year Round ». Pour le club, après quelques tentatives comme United ou Saints qui ne prirent pas, le journaliste de l’Evening Post utilisa le terme grecians pour la première fois le 6 décembre 1901. Parlant de l’affrontement du lendemain contre St David’s dont l’enjeu était la première place du classement, il écrivit « if the Grecians should pull the match off they feel assured of obtaining the trophy » (si les Grecs réussissent le match, ils sont assurés d’obtenir le trophée).

Commençons par les légendes peu probables mais qui circulent. Certains disent que les supporteurs chantaient « We hate the Green Ones » (Nous détestons les verts) qui se serait transformé en « We are the Grecians » (Nous sommes les Grecs). D’autres fans préfèrent dire que le nom est né parce que les joueurs jouaient comme des dieux grecs. Un peu plus flatteur que des erreurs de prononciation. Une autre version propose que le surnom provient d’une bijouterie de Sidwell Street, située près du terrain du club, qui avait accroché à l’extérieur de sa vitrine une horloge affichant le nom grecians sur son cadran. Il est également suggéré que le surnom dérive d’un groupe d’enfants de St Sidwell qui étaient appelés les « Greasy Un’s » (les graisseux, du fait qu’ils étaient sales en raison de leur pauvreté). Greasy Un’s serait devenu Grecians. Une autre histoire avance que le nom gallois de la ville d’Exeter, Caerwysg, donna le gentilé de Caer Iscuns, qui éventuellement muta en grecians. Il y a aussi la possibilité que ce surnom provienne de la présence d’une forte communauté Grec orthodoxe qui s’installa au XIXème siècle dans le quartier où fut érigé en 1904 le stade du club, St James Park.

Voila donc résumé un certain nombre de légendes qui entourent ce surnom. Mais, elles paraissent toutes pour des raisons différentes improbables. En fait, les versions plausibles tournent autour d’un point commun : la position du quartier de Sidwell par rapport au centre ville d’Exeter. Situé en dehors des murs du centre ville cossu, Sidwell regroupait des classes laborieuses et pauvres qui se sentaient un peu exclu. Historiquement, les personnes qui habitaient dans l’enceinte d’Exeter étaient souvent appelées les Romains. La raison est qu’ils vivaient à l’emplacement de la ville romaine (Isca Dumnoniorum) mais aussi parce que ces citoyens étaient considérées comme l’élite riche et dirigeante de la région. Les habitants de St Sidwell voulaient se distinguer des « Romains » et considèrent le surnom de Grecs. Ils trouvèrent intéressants de se comparer aux héros grecs rusés qui eurent raison des Troyens qui se pensaient en sécurité, protégés par leurs murs (comme les « Romains » d’Exeter). Cela donnait aussi une meilleure image à ses habitants pauvres de la ville. Une autre version se rapproche de celle-ci avec un peu plus de précisions. En effet, en 1726, lors d’une foire à Southernhay, un autre district près du centre-ville, pour une raison obscure, le siège de Troie fut reconstitué. Lors de la distribution des rôles, les habitants du centre-ville (à l’intérieur de l’enceinte d’Exeter) jouèrent les Troyens assiégés, tandis que ceux de Sidwell (à l’extérieur des murs) furent les assaillants Grecs. De ce spectacle, les habitants de St Sidwell en tirèrent leur surnom. Si les mythes grecs, et en particulier l’Iliade, étaient si connus à Exeter et Sidwell, c’est que des pièces du théâtre grec étaient régulièrement jouées sur le parvis de la Cathedral tout au long du XVIIIème siècle et surtout, Joseph d’Exeter écrivit une Iliade en Latin en 1183 dont le titre est Phrygii Daretis Yliadis libri sex (L’Iliade de Darès le Phrygien en six livres) et qui relate la guerre de Troie.

Pas étonnant alors que le premier stade du club fut orné d’une porte grecque.

#941 – Arsenal : the Invincibles

Les invincibles. Vous ne rêvez pas depuis quelques mois. Arsenal est bien en tête de la Premier League et apparaît désormais comme un prétendant sérieux au titre suprême. Cela faisait bien des années que l’équipe du Nord de Londres n’avait pas lutté face aux cadors des Manchester, de Liverpool et de Chelsea. Il y a 20 ans en arrière, alors dirigé par le flegmatique Arsène Wenger, Arsenal constituait pourtant une des équipes majeures de l’élite anglaise et remportait son dernier titre de champion en 2004, au terme d’une saison incroyable et dont la formation demeure connu sous le surnom des Invincibles.

Entre le 7 mai 2003 et le 16 octobre 2004, cette équipe enchaina 49 matchs sans défaite en championnat (avec 36 victoires et 13 matchs nuls). Cet exploit, Arsène Wenger, en avait déjà rêvé la saison précédente. A la recherche de la perfection, le manager français annonçait déjà la couleur dans la presse anglaise en Septembre 2002 « Arsenal can go unbeaten all season […] It’s not impossible as A.C. Milan once did it but I can’t see why it’s so shocking to say it. Do you think Manchester United, Liverpool or Chelsea don’t dream that as well? They’re exactly the same. They just don’t say it because they’re scared to look ridiculous, but nobody is ridiculous in this job as we know anything can happen. » (Arsenal peut être invaincu toute une saison […] Ce n’est pas impossible comme l’AC Milan l’a fait une fois (ndlr : saison 1991-1992, Milan remporta la Série A avec 0 défaites), mais je ne vois pas pourquoi c’est si choquant de le dire. Pensez-vous que Manchester United, Liverpool ou Chelsea n’en rêvent pas aussi ? Ils sont exactement les mêmes. Ils ne le disent pas parce qu’ils ont peur d’avoir l’air ridicule, mais personne n’est ridicule dans ce travail car nous savons que tout peut arriver). Néanmoins, pour l’exercice 2002-2003, Arsenal échoua dans la conquête du titre face à Manchester United et enregistrait 6 défaites. Les deux derniers matchs de la saison se soldèrent par deux victoires faciles (6-1 face à Southampton et 4-0 face à Sunderland) qui allaient en appeler d’autres. A l’aube du nouvel exercice, la concurrence se renforça. Le Chelsea, tout juste racheté par le milliardaire russe Abramovich, commença ses transferts records avec 120 millions d’euros investis sur Makelele, Verón, Duff, Crespo, Joe Cole et Mutu. A l’inverse, Manchester United misa sur une jeunesse dorée (Cristiano Ronaldo, Saha, Alan Smith, Djemba-Djemba, Bellion et Howard). Arsenal ajusta sa formation avec l’intégration de Lehmann, Reyes, Clichy, van Persie et Fàbregas tandis que Vieira et Pires prolongeaient leur aventure londonienne. Si l’inusable David Seaman qui approchait des 40 ans et avait joué 13 saisons pour le club, le quitta, l’équipe comptait encore dans ses rangs des piliers comme son capitaine Patrick Vieira, Martin Keown, Robert Pires, Freddie Ljungberg, Dennis Bergkamp, Ray Parlour, Sol Campbell et surtout la star de l’attaque, Thierry Henry.

Arsenal débuta la campagne avec style, enregistrant quatre victoires et un nul. Mais, dès le 21 Septembre 2003, la saison à peine commencée, Arsenal se déplaçait chez son rival de Manchester United. Ce fut le moment clé, peut-être le déclic que l’exploit était possible. Dominé tout au long du match, diminué par l’expulsion de Vieira 10 minutes avant la fin du match, Arsenal connut la chance du futur champion puisque Ruud van Nistelrooy vit son pénalty s’écraser sur la barre transversale à la dernière minute de la rencontre. Arsenal repartit avec le point du match nul et enchaîna les victoires par la suite (battant au passage Liverpool et Chelsea). Cette équipe était faite d’acier et rien ne semblait les empêcher d’être champion, réussissant des matchs accomplis et des victoires mémorables. Le 9 avril 2004, alors mené à domicile 2 buts à 1 par Liverpool, Henry et Pires renversèrent la vapeur en seconde période pour l’emporter 4 buts à 2. Arsenal conquit mathématiquement le titre lors du derby face à Tottenham. Certes, il se conclut par le score de 2 buts partout mais pour les fans d’Arsenal, ce nul eut une saveur particulière puisque l’équipe était sacrée sur le terrain de leur ennemie de Tottenham. Après ce gain, la formation ne se relâcha pas et finit le travail en restant invaincue sur les 4 derniers matchs de la saison. Pourtant, elle faillit gâcher la fête lors de la dernière échéance. Alors que les joueurs londoniens affrontaient Leicester City, déjà relégué en Championship, ce dernier était devant à la mi-temps. Néanmoins, Arsenal se réveilla lors de la seconde période et finit par l’emporter grâce à ses français Henry et Vieira. Arsenal parvenait alors à égaliser l’exploit réalisé en 1888-1889 par Preston North End d’être invaincu lors d’une saison complète de championnat (seulement Preston n’avait disputé que 22 matchs contre 38 pour Arsenal). Les gunners finirent meilleure attaque (73 buts) et meilleure défense (26 buts encaissés). Thierry Henry fut consacré meilleur buteur avec 30 goals, premier joueur d’Arsenal à atteindre ce chiffre depuis les 33 buts de Ronnie Rooke lors de l’exercice 1947-1948. Les reconnaissances individuels tombèrent également. Arsène Wenger reçut les titres de Manager de l’année par l’association des managers et par la ligue. Thierry Henry récupéra les 3 titres de meilleurs joueurs de la Premier League décernés respectivement par les journalistes, les fans et les joueurs. 6 joueurs d’Arsenal (Lauren, Ashley Cole, Sol Campbell, Patrick Vieira, Robert Pires, Thierry Henry) finirent dans l’équipe type. Enfin, le titre d’équipe la plus fair-play comme le titre des meilleurs fans échurent également à l’équipe londonienne.

Puis, le 22 août 2004, lors de la saison suivante, le record de Nottingham Forest de 42 matchs sans défaite qui durait depuis 26 ans, tomba après une victoire difficile contre Middlesbrough, à Highbury. En effet, l’équipe combla un déficit de 3-1 en marquant 3 buts en 10 minutes puis le dernier but à la dernière minute (score finale de 5-3). L’exploit ne s’arrêta pas là puisque les gunners remportèrent 6 nouveaux matchs et enregistrèrent un match nul. Toute belle histoire a une fin et celle d’Arsenal s’arrêta face à son eternal rival de United. Le 24 octobre 2004, Manchester battait Arsenal 2 buts à 0 dans son antre d’Old Trafford. La barre s’arrêta donc ce mythique chiffre de 49 matchs sans défaite.

Lors de cette magnifique saison 2003-2004, Arsenal ne snoba pas les autres compétitions. Certes, il ne les remporta pas mais son parcours fut plus qu’honorable. Ces campagnes permirent aussi de rassurer ses rivaux anglais qui purent enfin les battre. En FA Cup, Arsenal fut éliminé en demi-finale par Manchester United. En Ligue des Champions, ce fut au tour de Chelsea de mettre fin aux espoirs d’Arsenal en quart de finale. En Coupe de la Ligue, le parcours s’arrêta en demi-finale face à Middlesbrough.

Dans le livre d’Amy Lawrence, « Invicible », Arsène Wenger déclarait « C’est douloureux pour moi de regarder en arrière, car je suis toujours énormément focalisé sur le fait d’aller vers l’avant. C’était l’un de mes rêves, finir champion en étant invaincu. Et je veux encore le faire. ».

#915 – Blackburn Rovers FC : Rovers

Il s’agit du nom du club, qui signifie vagabond. Le terme est peu flatteur mais, comme pour son synonyme Wanderers, il fut utilisé par un certain nombre de clubs anglais (Bolton, Bristol, Cray, Doncaster, Forest Green, Tranmere, Wolverhampton, Wycombe) comme étrangers (Sliema à Malte, Bray, Shamrock et Sligo en Irlande, Albion et Raith en Ecosse, Santiago au Chili, Montevideo en Uruguay) pour souvent signifier leur statut précaire qui les faisait notamment vagabonder d’un terrain à un autre. Non seulement, les terrains pour jouer étaient rares mais en outre, les clubs ne disposaient pas de grands moyens pour les louer (le soutien des collectivités étaient rares), s’ils n’en étaient pas simplement chassés en raison d’un projet immobilier.

Fondé le 5 Novembre 1875, en tant que précurseur, Blackburn n’échappa pas à la règle. Le premier terrain de Blackburn était à Oozehead Ground, près de l’école St Silas à Preston New Road en 1876. Oozehead n’évoquait pas le football de haut niveau vu les installations rudimentaires (pas de tribune) et la piètre qualité du terrain (presque au milieu du terrain se trouvait un ancien bassin de drainage d’une ferme, qui avait été recouverte de planches de bois et d’herbes). Sans surprise, leur séjour ici fut de courte durée et les membres trouvèrent un nouveau lieu d’accueil en 1877 : le terrain de cricket de Pleasington. Mais ce dernier était en très grande banlieu de Blackburn. D’où, un an plus tard, ils déménagèrent à Alexandra Meadows, proche du premier terrain de Oozehead. Pour la saison 1881-82, le club loua un nouveau terrain à Leamington Street, non loin du précédent. Le club investit 500 £ pour fournir des installations aux spectateurs. Mais, en 1890, Blackburn fut obligé de changer une nouvelle fois de terrain car les propriétaires du terrain de Leamington Street augmentèrent le loyer de manière exorbitante. La direction se pencha sur un lieu, dénommé Ewood situé un peu plus au Sud que leur quartier d’origine. Ewood n’était pas inconnu pour le club car l’équipe y joua 4 fois en 1882. À l’époque, Ewood était un terrain de sport polyvalent qui accueillait du football, de l’athlétisme et des courses de chiens. Ce site avait été construit en 1882 par quatre entrepreneurs locaux. Blackburn loua le terrain pendant dix ans pour commencer, à un loyer annuel de 60 £ pour les cinq premières années et de 70 £ pour le reste. Mais, le coût du déménagement (environ 2 700 £) pesait sur les finances du club, les recettes de match étant peu élevées. En 1893, il fut décidé de racheter le stade de Ewood pour 2 500 £, chargeant un peu plus le fardeau financier à court terme mais qui devait permettre à long terme d’assurer l’autonomie financière du club.